Suivez-nous !

Politique

DROITS HUMAINS EN AFRIQUE DU NORD : LE DIFFICILE ANCRAGE

Publié il y a

le

En ce dix décembre 2021, l’observateur neutre a quelques raisons de s’inquiéter de la situation des droits humains en Afrique du Nord. La dynamique de régression connaît certes des accélérations différentes mais depuis plusieurs années, la permanence de la menace se précise et s’accentue dans les trois pays.  

TUNISIE : exemple en péril ?

La ligue tunisienne des droits de l’homme, la LTDH  a quarante quatre ans. La qualité de ses premiers responsables que furent Saadeddine Zmerli, Khmaies Chemari ou Mohamed Charfi, la volonté de Bourguiba, qui avait compris qu’après plus de vingt ans de despotisme ( éclairé ?) qu’il fallait admettre un regard critique indépendant sur le fonctionnement des institutions, la relative tolérance qui existait à l’époque dans les différents courants politiques traversant la société civile  ont fait de cette institution un modèle de compromis  et un exemple d’organisation pour les pays voisins. C’est du reste la LTDH qui encouragea et accompagna dès 1978 les militants algériens dans leur volonté de création de la ligue algérienne, la LADH en 1985.

Bien structurée dans tout le pays et comptant plusieurs milliers d’adhérents, la LTDH semblait avoir atteint une majorité politique et une rigueur éthique qui la mettait à l’abri des retours de bâtons du pouvoir et des dérapages internes qui en feraient un instrument politicien dont seraient tentés d’abuser les dirigeants qui en auraient la charge au moment où la tendance à laquelle ces derniers appartiendraient auraient le vent en poupe. La LTDH n’échappa à aucun de ces deux risques. Après les premières années du règne de Ben Ali vécues dans la stabilité et une remarquable progression, les discrètes manœuvres des islamistes se firent jour pour infléchir l’action de la Ligue dans le sens de leur projet idéologique et politique (en tentant par exemple d’exclure du champ d’intervention de la Ligue les droits non prescrits par la charia). Soumis à l’époque à de rudes pressions de la part du pouvoir, les fondamentalistes tunisiens qui avaient souvent été protégés par la LTDH se gardèrent de faire de leurs exigences un point de rupture. De son côté, la police de Ben Ali, notamment dans la dernière décennie de son règne, n’eut de cesse de restreindre les activités de la Ligue aussi bien par les intimidations et la répression des militants que par des tentatives d’infiltration de ses structures régionales et nationales. Mais à chaque fois la direction réussit à déjouer les interférences islamistes et contrecarrer les abus des autorités. 

Lors de la période qui suivit la chute de Ben Ali, la LTDH joua un rôle capital dans la préservation et la traduction institutionnelle de la révolution de janvier, malgré les coups de boutoir portés violemment par les islamistes désormais au pouvoir contre le pluralisme et les libertés.  Elle fut d’ailleurs distinguée par le prix Nobel de la paix avec le syndicat UGTT, l’organisation patronale UTICA et l’Ordre des avocats, pour avoir conduit avec succès le Dialogue national qui sortit la Tunisie de l’impasse politique en 2014.

Curieusement, c’est après la Révolution que l’action de la Ligue dans la construction d’une société engagée dans la défense des droits humains s’est affaiblie au fil du temps. En analyser les causes nécessiterait des développements plus approfondis. Mais nul doute que l’ouverture du champ politique et l’émergence d’une multiplicité d’organisations de défense des droits catégoriels à tous les niveaux (droits des femmes, droits des minorités, des LGBT, droits à l’expression libre, droits économiques et sociaux, lutte contre la torture et la traite des personnes, etc.) fruits aussi du long combat de la Ligue trois décennies durant, ont contribué à estomper la place centrale de celle-ci telle qu’elle l’occupait avant l’insurrection de 2010 qui mit un terme à la dictature.  

La qualité de la formation de son encadrement, l’influence de la société civile où les femmes jouent toujours un rôle décisif confère à la LTDH un statut et une crédibilité à l’interne comme sur la scène internationale que lui envient ses homologues algériennes et marocaines. Il n’empêche que le glissement césariste auquel est soumise la Tunisie depuis juillet 2021 fait rentrer les droits humains dans une grisaille critique. Le décret présidentiel du 22 septembre 2021 qui supplante la constitution met les citoyens dans un état de précarité juridique dont les Tunisiens pensaient être prémunis. A l’image du pays, la LTDH est, elle aussi, à un tournant de son histoire. Saura-t-elle se repositionner comme acteur influent du combat contre la restauration autoritaire ? 

ALGERIE : un gâchis

En Algérie le dossier de la ligue algérienne des droits de l’homme, la LADH connut à travers le procès de la Cour de sureté de l’Etat de Médéa de décembre 1985, couvert par la presse internationale et suivi par plusieurs ONG, un écho retentissant dans et en dehors du pays. Les Algériens venaient de découvrir que des citoyens s’étaient engagés, au péril de leur liberté, pour défendre leurs droits. Le départ ne fut pourtant pas simple. Entamée dès 1978, la démarche de sensibilisation sur la condition des droits de l’homme auprès de la FIDH fut laborieuse. Les socialistes français quasiment hégémoniques dans cette ONG avaient encore de solides relations avec le FLN. L’étude du dossier algérien connut plusieurs retards et reports. La solidarité de la LTDH et les condamnations sévères qui furent prononcées à Médéa finirent par obliger la FIDH à statuer favorablement en faveur des militants emprisonnés malgré les manœuvres du pouvoir algérien qui créa sa propre Ligue. Comme pour la ligue tunisienne qui ne profita pas du départ de Ben Ali, le paradoxe fut complet en Algérie. C’est l’ouverture politique qui provoqua une explosion organique et éthique dans la LADH et dont ne se remettra plus jamais le combat pour les droits humains. Après l’explosion d’octobre 1988, le FLN devenait un boulet pour une gauche française pressée de faire oublier sa proximité avec l’ancien parti unique. L’apparition des islamistes autour desquels se regroupèrent d’autres partis créa une dynamique qui aspira une petite minorité des membres de la Ligue dont son président maitre Ali Yahia. Ce fut la crise. Depuis la Ligue algérienne n’en finit pas de se démultiplier par un processus mitotique mortifère. Aujourd’hui les ligues s’apparentent à des sectes sans enracinement qui regroupent quelques membres ; chacune ne se mobilisant que si un de ses proches est victime d’un abus. Actuellement la seule structure qui suit avec sérieux et efficacité les dépassements dont se rend régulièrement coupable le pouvoir c’est la Comité national pour la libération de détenus, le CNLD qui a tissé un remarquable réseau de drainage de l’information. C’est du reste le CNLD qui donne en temps réel les informations les plus complètes et les plus crédibles. Pour sa part, la section d’Amnesty international Algérie qui avait entamé une belle carrière avec le professeur Abdelmadjid Bencheikh en 1989 connaît une forme d’atrophie qui réduit ses manifestations à la publication de quelques communiqués.

Parti pour être une terre de pédagogie des droits humains, l’Algérie est le territoire nord-africain où ce chantier a subi le plus sévère déclin. Non seulement il n’y a pas eu de fructification d’un combat héroïque mais les concurrences et les affrontements entre faction rivales qui s’en sont suivis ont démonétisé un sujet qui mettra beaucoup de temps à retrouver la place qui est la sienne dans toute société aspirant à vivre dans un Etat de droit.  

Sur ces ruines, le pouvoir algérien s’adonne à une répression sans limite. Rarement la justice algérienne, pourtant coutumière des instrumentalisations primaires, n’a été aussi asservie et dégradée. Des centaines de prisonniers politiques sont détenus dans des conditions qui, souvent, mettent en péril leur intégrité physique. La mission des avocats est quotidiennement bafouée. En Algérie la nuit des droits de l’homme est plus épaisse que jamais.  

MAROC : le sursis

Le Maroc a créé son organisation des droits humains, l’OMDH en janvier 1989. Pour l’instant, le Royaume a évité l’éclatement de son instance. A la fin du long et terrible règne de Hassan II mais surtout après la montée sur le trône de Mohamed VI, la promesse de l’avènement d’une monarchie constitutionnelle avait donné une vraie visibilité à l’OMDH dont le dynamisme provoqua un foisonnement de courageuses publications. Les témoignages de détenus politiques furent légion et accessibles à tous. Même les survivants de Tazmamart ou les rescapés des deux coups d’Etat de 1971 et 1972 s’exprimèrent en toute liberté. C’est dans la foulée de cette libre expression que le public marocain découvrit le calvaire des enfants d’Oufkir. Le Royaume chérifien acceptait de regarder son histoire dans toutes ses vérités. 

Dans la société civile, le tissu associatif irriguait l’ensemble des cités et des zones. Même le monde rural, historiquement périphérique dans la vie culturelle marocaine, s’éveilla à la citoyenneté. Il n’était pas de village de l’Atlas qui n’avait pas son association culturelle environnementale ou sportive. La culture amazighe connut alors une promotion qui ne tarda pas à imprimer sa vigueur aux réformes institutionnelles du pays. Le visiteur qui parcourait le Maroc en ces années 90 était frappé par la discrétion des structures religieuses. 

Au Maroc aussi c’est l’avènement de l’islam politique qui marqua le recul des libertés. La mécanique est toujours la même. Les violences intégristes attentent aux comportements autonomes des citoyens qui limitent ou renoncent à l’expression de leurs droits dans l’espace public. Ces replis autorisent les islamistes à se faire plus intransigeants pour imposer leurs modes de vie et de pensée. Les pouvoirs se saisissent de ces menaces – qu’ils instrumentalisent souvent – pour rogner sur les libertés individuelles et collectives. Il n’est pas rare que des citoyens donnent leur assentiment pour une période de serrage de vis qu’ils espèrent la plus courte possible. 

Depuis la déroute des islamistes lors des dernières législatives, le Maroc vit à son tour cette période clair-obscur. Après l’incarcération des insurgés du Rif et leurs lourdes condamnations, la répression qui avait aussi longtemps sévi au Sahara occidental est moins directement politiques ; elle cible les catégories potentiellement porteuses d’émancipation. Les journalistes et les femmes sont actuellement les premières victimes du Makhzen. 

Conclusion :

Le jeu d’équilibrisme où les pouvoirs se donnent pour mission d’arbitrer entre « deux extrémismes » se traduit en Afrique du nord par le même scénario. Pour apparaître comme un recours garant d’harmonie, les régimes reprennent à leur compte les exigences islamistes. Le président tunisien qui laisse dire et croire qu’à travers l’élimination d’Ennahdha il veut éradiquer l’intégrisme ne jure que par la charia. Le pouvoir algérien qui a déclaré « organisation terroriste » le mouvement Rachad, certes lié à l’internationale islamiste, vient de donner la majorité absolue au parlement à l’islamisme domestique. La police marocaine n’hésite pas à jouer le rôle de police des mœurs violant souvent les concessions octroyées par la Moudawana… 

Pourquoi ces blocages récurrents ?

L’interview de la philosophe et islamologue Razika Adnani publiée par ADNmed apporte une bonne partie des explications qu’appelle cette lancinante question.

En tout état de cause, c’est à l’aune du respect des droits humains que s’apprécieront les progrès effectifs de la promotion démocratique en Afrique du Nord.

En attendant, les organisations des droits humains des trois pays s’ignorent souverainement. Aucune rencontre, aucune initiative commune n’a été envisagée pour appréhender des problèmes pourtant si communs et, hélas, de plus en plus banals.

Partager avec
Continuer la lecture
Cliquer pour commenter

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Politique

REGAIN DES TENSIONS DIPLOMATIQUES ENTRE ALGER ET RABAT

Publié il y a

le

Par

En l’espace d’une semaine, Alger et Rabat se sont retrouvés impliqués directement ou indirectement dans des attaques et contre-attaques diplomatiques sur la question du Sahara occidental. 

La plus rocambolesque de ces joutes eut lieu au Kenya. Sitôt élu, le nouveau président William Ruto publia un Tweet annonçant le retrait de son pays de la reconnaissance accordée à la RASD. Le Maroc crie victoire. Le 15 septembre, coup de théâtre. Le ministère des Affaires étrangères kenyan désavoue son président dans un communiqué sévère où il est affirmé que la politique étrangère du Kenya ne se fait pas par Tweet. La position du Kenya est rappelée sans ambages : le pays est « totalement aligné » sur la résolution de l’OUA de 1982 qui a actée l’admission de la RASD. Et pour faire bonne mesure, Nairobi souligne son attachement à la résolution de l’ONU consacrant le « droit inaliénable des peuples à l’autodétermination ». Cette fois, c’est Alger qui jubile via son agence de presse officielle, l’APS. Le communiqué prend cependant soin de faire part de la volonté du Kenya de développer « ses relations commerciales » avec le Maroc, alors que Mohamed VI venait d’exiger de ses partenaires de clarifier « sans ambiguïté » leur position sur la question sahraouie.  

Quelques jours auparavant, des sources algériennes avaient cru voir une évolution de la position du Soudan du Sud favorable à sa thèse sur le dossier sahraoui.  Vendredi c’est le chef de l’État lui-même, Salva Miir Mayardit, qui assure le souverain marocain que son pays « reconnait uniquement les États membres des nations unies ».  Point pour le Maroc. 

Le même jour les royaumes d’Espagne et du Maroc signent à l’ONU une déclaration commune confirmant leur adhésion à « l’initiative marocaine présentée en 2007 comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend » alors que ces dernières semaines Alger se plaisait à déceler de possibles rétractions de Madrid sur un sujet qui avait provoqué une sérieuse crise avec Madrid. Là encore, le Royaume alaouite a réussi à dissiper les éventuels doutes. 

En revanche, sur le plan régional, le succès algérien est total puisque Tunis est désormais gagné à sa cause au grand dam de Rabat qui ne décolère pas contre Kais Saied. 

Derrière cette fébrilité se cache une guerre d’influence entre Alger et Rabat, chacun tentant de peser sur le continent avant les grands choix que la précipitation de la guerre en Ukraine ne manquera pas d’imposer aux uns et aux autres. 

L’antagonisme algéro-marocain, aigu et permanent, pèse sur tous les secteurs de la vie africaine. Le projet de gazoduc Nigeria-Europe est l’un des domaines où s’affrontent âprement les deux pays, chacun essayant de gagner les investisseurs au tracé qui passerait sur son propre sol. (Voir adn-med du 17 septembre).

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

ALGER-TUNIS : LA POMME DE DISCORDE ENNAHDHA

Publié il y a

le

Par

Tout baigne entre Alger et Tunis. Enfin, presque. Car l’acharnement de Kaid Saïed contre le parti islamiste Ennahdha n’est pas du gout d’Alger qui a fait savoir sa désapprobation sur la gestion de ce dossier à plusieurs reprises. Celle-ci se traduit par des attaques politiques et procédures judiciaires si maladroites qu’elles ont fini par redonner sinon du crédit du moins de l’empathie à une formation islamiste en déroute, 

Dernière pantalonnade en date, les dirigeants d’Ennahdha comme Ali Larayedh, Redha Jaouadi, Mohamed Frikha ou Mohamed Affes que Kais Saïed voulait voir impliqués dans les réseaux de recrutements terroristes viennent d’être tous relâchés des gardes à vue de quelques heures pour certains à quelques jours pour d’autres. Les observateurs qui suivent le dossier se perdent en conjectures. Cette relaxe fait-elle suite à de nouvelles pressions d’Alger ou résulte-elle d’un fonctionnement judiciaire gravement perturbé par les intrusions itératives et incohérentes du chef de l’État. 

Jusque-là Kais Saïed avait pu préserver sa proximité avec son puissant voisin de l’ouest qui lui livre la quasi-totalité de son gaz et a ouvert ses frontières en pleine saison estivale – après avoir quand même hésité quelques semaines pour signifier son agacement – pour le plus grand bonheur d’un secteur touristique tunisien bien mal en point. 

A la fête de l’indépendance algérienne célébrée en juillet, le président tunisien accepta de s’exposer à côté d’Abdelmadjid Tebboune qui avait pris soin de placer à côté de lui Brahim Ghali, le responsable du Polisairio ; ce qui souleva l’ire de nombreux cercles politiques tunisiens qui voyaient leur pays aspiré par l’Algérie dans un conflit où Tunis avait toujours gardé la neutralité. 

Si la lune de miel connait des éclipses, ce sera à cause de Ghannouchi en qui le président tunisien voit, sans doute à tort, le seul adversaire potentiel. Or, dans la géopolitique islamiste, les militaires algériens ont fait le choix depuis longtemps de ménager les Frères musulmans contre les salafistes, d’où leur insistance à protéger Ghannouchi. Pour le reste ; Kais Saied qui apprécie au plus haut point le panarabisme dans lequel replonge l’Algérie est prêt à toutes les concessions. 

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

ONU : LAMAMRA LE COUTEAU SUISSE ALGÉRIEN

Publié il y a

le

Par

Il est partout à l’ONU. Et plutôt efficace. Malgré une politique intérieure dominée par une répression de tous les instants et une situation économique des plus préoccupantes, Lamamra, replace peu à peu l’Algérie dans les grandes enceintes internationales. Il est vrai que la crise énergétique qui fait du gaz un produit rare et recherché aide à faire de ce pays producteur un partenaire qu’il faut savoir ménager. Mais tout de même. On a vu des périodes où le renchérissement des hydrocarbures fut tout aussi haut sans qu’Alger n’en ait retiré des avantages diplomatiques conséquents.  

Pourtant, le pouvoir algérien partait de loin. Isolée et sérieusement secouée après l’insurrection de 2019, l’Algérie redevient visible – en attendant d’être audible ? – sur la scène internationale. L’auteur de ce redéploiement n’est autre que le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra dont l’épais carnet d’adresse personnel est mis à profit pour activer des relations personnelles ou remettre au goût du jour des initiatives tombées en désuétude comme l’accord d’Alger sur la crise malienne. 

Le régime attend aussi beaucoup du délicat sommet de la Ligue arabe qu’il veut faire coïncider avec l’anniversaire du déclenchement de lutte armée du 1er novembre, évènement autour duquel le chef de la diplomatie algérienne s’est dépensé sans compter. 

La revanche

Ironie de l’histoire ces relations furent nouées par Lamamra au moment où, blacklisté par le général Betchine à l’époque de Liamine Zéroual, il se fit apprécier à l’ONU et l’UA (l’OUA à l’époque) où il exerça d’éminentes responsabilités. 

Á l’occasion de ses nombreux entretiens en marge de l’assemblée générale de l’ONU où il représentait son pays, Lamamra a appelé à ”la nécessité pour les pays africains de s’exprimer d’une seule voix pour plaider en faveur d’une action climatique effective et efficace qui prenne en compte les priorités de l’Afrique et ses préoccupations, notamment en lien avec les tentatives répétées tendant à remettre en cause la validité du principe des responsabilités communes mais différenciées”. Une manière de fédérer le continent sur des dossiers consensuels au moment où la crise ukrainienne risque de provoquer des fissures entre les pays membre de L’UA.

Cette activité saluée par les professionnels de la diplomatie suscite cependant réserves, suspicion et même inquiétude dans et en dehors du pays. Des gourous du sérail n’oublient pas que le ministre des Affaires étrangères s’était mis dans les starting-blocks pour la succession de Boutelika, période où il recommanda la mansuétude pour l’ancien chef de l’État, chose qui lui fut reprochée par une bonne partie de l’opinion publique comme la (seule) faute politique qui ait entaché un parcours, par ailleurs, exemplaire. « Cette ambition n’est pas oubliée par les clans qui ont toujours veillé à ce que le pouvoir soit transmis dans les réseaux occultes. Or, si Lamamra est apprécié pour ses compétences professionnelles, ce Kabyle réservé sur les questions internes ne figure pas sur les tablettes de ces parrains. », soutient un des anciens collaborateurs du chef de la diplomatie.

Le Maroc est l’autre acteur qui s’alarme de cette hyperactivité. N’a-t-on pas dit que c’est Lamamra qui serait à l’origine du fracassant désaveu du tout nouveau président kenyan par son ministre des Affaires étrangères quand le premier annonça dès son élection la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental. 

Un caillou dans la chaussure

Un écueil, accidentel ou intentionnel, risque cependant de perturber le travail du ministre algérien. Il vient en effet de se voir désigner comme secrétaire général un certain Amar Belani. « Un éléphant dans un magasin de porcelaine affecté aux bruyantes polémiques avec le Royaume chérifien. L’inverse des méthodes de travail de Lamamra qui privilégie l’argumentation et la préservation des qualités relationnelles. On peut voir dans cette promotion, non pas un désaveu mais le signe d’une mise sous-surveillance d’un ministre qui a déjà montré par le passé sa liberté de manœuvre », précise notre interlocuteur. 

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

ALGÉRIE : INSTABILITÉ, FERMETURE OU SÉCURITÉ ?

Publié il y a

le

Par

« Discipline et confidentialité » ce sont les maîtres mots qu’Abdelmadjid Tebboune exige désormais de ses collaborateurs. « La gestion d’El Mouradia n’est plus informelle et désordonnée comme c’était le cas durant plus de deux décennies », se réjouit ce dimanche l’APS qui avait inlassablement célébré les capacités organisationnelles de celui dont elle stigmatise aujourd’hui l’incurie.

Il est extrêmement difficile de dresser un bilan cohérent des décisions qui caractérisent les cascades de nominations ou de suspensions. Aucun secteur n’est épargné. Des ministres sont relevés de leur fonction sans qu’aucune explication ne soit donnée à l’opinion publique ; il est de même pour le corps des ambassadeurs, celui des magistrats ou, plus récemment, des walis. Ces derniers ont vu leurs prérogatives considérablement réduites pour, assure-t-on, limiter la prédation et la corruption dont s’étaient effectivement rendus coupables des fonctionnaires de l’administration territoriale qui avaient abusé de leur pouvoir pour brader les terrains domaniaux ou concéder des autorisations à de activités économiques pas toujours compatibles avec les besoins des populations ou les contraintes environnementales. Pour autant s’interroge cet ancien chef de daïra « le jacobinisme est-il la solution dans un pays qui a plus que jamais besoin de décentralisation voire de régionalisation ? »

Même des domaines aussi sensibles que le renseignement n’échappent pas à un turn-over qui surprend observateurs et partenaires de l’Algérie. On ne compte plus en effet le nombre d’officiers nommés et démis quelques semaines ou même quelques jours après leur installation.

La lutte contre la corruption affichée comme une entreprise de salubrité publique souffre des mêmes inconséquences. La chasse aux affidés de Bouteflika et de Gaïd Salah se veut sans répits ni concession mais les deux principaux responsables du marasme combattu ont eu droit à des funérailles nationales.

Donnée effectivement remarquable : les secrets entourant les mouvements de la haute administration que salue l’APS sont bien gardés. Reste à savoir si, avec la disparition des journaux privés, cela relève de la discipline que revendique le pouvoir ou si, au contraire, elle participe du refus de transparence que dénoncent les avocats et les dernières ONG qui osent encore s’exprimer.   

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

TUNISIE : LA LOI ÉLECTORALE DÉCRIÉE

Publié il y a

le

Par

La nouvelle loi électorale, modifiée par décret présidentiel, publiée au journal officiel de la République tunisienne, JORT ce 15 décembre, annonçant les procédures devant régir les élections législatives fixées pour le 17 décembre 2022 ne pas l’unanimité, loin s’en faut.  

Scrutin uninominal, il est fustigé par une dizaine d’association féminines qui dénoncent la non parité de la loi qui fera la part belle aux candidats disposant dans leur circonscription de relais sociaux et de moyens financiers importants dont seules les grandes bourses peuvent bénéficier. 

Dans un communiqué commun l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), l’association Beity, l’association Aswat Nissa, l’association Tawhida Ben Cheikh, l’Association des Femmes Tunisiennes pour la recherche sur le développement (AFTURD), l’Association femme et citoyenneté du Kef, l’association Amal pour la famille et l’enfant, l’association Joussour de citoyenneté du Kef, l’association Calam et la Ligue des électrices tunisiennes relèvent également la contradiction qui fait de la parité une obligation pour les parrainages et non pour les candidatures, réduisant ainsi la femme à une fonction de décoration. 

Par ailleurs, cette loi qui stigmatise les binationaux fait également l’objet de violentes attaques puisqu’un Tunisien né de père ou de mère étranger ne peut se porter candidat à la députation dans une circonscription située en territoire tunisien, alors qu’il peut candidater pour tente d’enlever l’un des sièges réservés aux Tunisiens de l’étranger quand bien même ne serait-il jamais sorti du territoire national.  Pourquoi déchoir de ses droits civiques un citoyen uniquement au motif qu’il a un parent étranger alors qu’il vit en Tunisie, y travaille, y paie ses impôts et qu’il n’a jamais fait l’objet de condamnation ? s’étrangle un jeune juriste qui pose d’ailleurs la question de la constitutionnalité de cette disposition. 

Cette loi qui durcit les sanctions contre les fraudes et interdit tout financement étranger vise en réalité à réduire les influences des partis dans le futur parlement considérablement affaibli devant le pouvoir exécutif. 

Plusieurs voix dont celles de nombreux partis politiques avaient annoncé l’idée d’un boycott pour disqualifier par l’abstention les élections législatives. Sauf que la faiblesse du taux de participation (moins de 30%) du référendum constitutionnel ne semble pas gêner outre mesure un président décidé à imposer son agenda à une opposition fragmentée et qui peine à faire émerger une figure à même de rassembler une opinion publique qui voit la Tunisie sombrer dans la précarité et l’instabilité politique.

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

ALGÉRIE-ESPAGNE : L’AFFAIRE BRAHIM GHALI REBONDIT

Publié il y a

le

Par

L’entrée du leader du Polisairio, Bahim Ghali en Espagne en avril 2021 pour recevoir des soins contre le coronavirus et qui avait provoqué une sérieuse crise entre Rabat et Madrid ne semble pas connaitre d’épilogue.

Selon « Voz Populi » qui suit le dossier de près « le tribunal a mandaté une commission rogatoire en Algérie pour s’enquérir de faux document fourni par Brahim Ghali à l’hôpital de Logroño où il avait été admis en avril 2021 pour se soigner du coronavirus ».

Par ailleurs, le même média ajoute qu’en vertu du traité de coopération judiciaire signé entre Alger et Madrid en 2002, le Parquet a sollicité le juge d’instruction pour demander une aide judiciaire de l’Algérie en vue de revenir sur les conditions d’entrée de Brahim Ghali en Espagne.

Enfin, et toujours selon la même source, le magistrat instructeur souhaite interroger le fils de Brahim Ghali sur l’accès de son père à l’hôpital de Logroño mais aussi sur l’identité de ceux qui avaient fait le voyage avec lui.

Pour rappel, l’hospitalisation de Brahim Ghali avec un passeport algérien alors qu’il était sous le coup de poursuites judiciaires en Espagne avait entrainé la démission de la ministre des Affaires étrangères Arancha Gonzles Laya accusée par Camilla Vilalrino, son chef de cabinet d’avoir favorisé l’arrivée en Espagne de Brahim Ghali. Celle-ci blanchie depuis par la justice avait cependant déclaré que « si c’était à refaire, elle n’hésiterait pas à recommencer pour une raison humanitaire ».

Encore un dossier qui risque de compliquer les laborieuses tentatives du chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez au moment où il tente un rapprochement avec Alger.

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

RÉUNION DE LA LIGUE ARABE À ALGER : LE YOYO PERMANENT

Publié il y a

le

Par

La réunion de la Ligue arabe prévue à Alger les 1er et 2 novembre n’en finit pas de susciter des annonces aussitôt démenties ou des décisions d’apaisement rattrapées par d’autres qui les dissolvent…

Ainsi, la réintégration de la Syrie à laquelle travaillait l’Algérie a finalement été démentie après quelques semaines de rumeurs contradictoires. De son côté, l’Egypte qui n’a que très modérément apprécié les visites des dirigeants éthiopiens à Alger a fait planer l’hypothèse d’un nouveau report du sommet. Le Caire entendait signifier son irritation devant le rapprochement ostentatoire du pays hôte avec un adversaire éthiopien auquel l’oppose la construction du barrage de la Renaissance – qui doit capter les eaux en amont du Nil – et qui est à l’origine d’un conflit, pour l’instant contenu, mais qui peut dégénérer du jour au lendemain. La perturbation politico-diplomatique égyptienne à peine retombée qu’un autre sujet de tension, et pas des moindres, rejaillit : la participation du Maroc avec lequel l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques. L’invitation finalement adressée à Mohamed VI pouvait laisser deviner une disponibilité à privilégier la détente avant une rencontre sur laquelle avaient pesé hypothèques et polémiques.

Moins de quarante-huit heures après avoir solutionné la présence du souverain alaouite,  la nomination d’Amar Belani – appelé « le porte flingue » du dossier marocain -, au poste de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères algérien, si elle venait à se confirmer, relancerait de facto la stratégie de la tension.

Indépendamment du maintien ou d’un éventuel nouveau report du sommet, les observateurs se perdent en conjectures sur le contenu des discussions (et des résolutions auxquelles celles-ci aboutiraient) qui pourraient rassembler des pays frontalement opposés sur l’invasion de l’Ukraine, sur la question du Sahara Occidental ou la position à adopter envers le Hamas palestinien.  

Pour cet ancien diplomate algérien qui fut en fonction à deux reprises au Caire ce sommet « est le type même de casse-tête diplomatique : s’il ne se tient pas, il confirmerait un délitement d’une Ligue arabe qui vaut plus par les adversités qui s’y expriment que par des compromis qu’elle ne produit plus depuis des lustres ; s’il se tient, il risque de voir les animosités latentes qui déchirent les états membres s’exacerber ; ce qui pose objectivement la question du bénéfice-risque de ce genre de cénacles ».

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

ALGÉRIE : L’ANP AVEC LA RUSSIE EN MER DU JAPON

Publié il y a

le

Par

Pour la première fois, l’armée algérienne participe avec une centaine d’hommes aux côtés de la Russie, de la Chine et de l’Inde aux exercices militaires VOSTOK qui se déroulent dans l’extrême orient russe sur les rives de la mer du Japon et de la mer d’Okhotsk. Ces opérations qui mobilisent 50 000 hommes, dont 10 000 viendraient de Chine, concernent tous les corps d’armée. Elles impliquent également l’Arménie, le Kazakhstan, la Syrie, le Nicaragua, le Laos, la Mongolie, le Belarus, le Tadjikistan et le Kirghizistan, autant de solides alliés et clients de Moscou dans le marché de l’armement.  La presse algérienne qui répercute méticuleusement les actions et décisions de l’armée s’est montrée particulièrement discrète sur cet engagement.

Selon plusieurs observateurs, cette participation qui intervient seulement quelques semaines avant des manœuvres anti-terroristes prévues en novembre 2022 avec la Russie à une cinquantaine de kilomètres du Maroc relativise déjà la portée de la visite récemment effectuée par le président Macron en Algérie et de laquelle certains commentateurs avaient cru attendre une inflexion des positions pro-russes de l’Algérie ; le chef d’Etat français ayant expressément dénoncé à Alger la politique du Kremlin comme une source de menace sur la paix du monde.  

Le rapprochement entre Algériens et Russes s’est renforcé à la faveur de l’invasion de l’Ukraine qu’à l’instar de plusieurs pays du Sud l’Algérie s’est gardée de condamner.

Le site Atalayar, généralement bien informé sur les questions militaires des mers chaudes, rapporte que depuis 2019, l’Algérie dépend à plus de 80% de ses besoins militaires des importations russes, faisant de ce pays le troisième client de Moscou après la Chine et l’Inde.

Le Mali est l’autre terrain sur lequel El Mouradia et le Kremlin coopèrent étroitement. Après l’éviction de la France de son ancienne colonie sahélienne, ce sont les deux pays qui y exercent désormais les plus grandes influences politique et sécuritaire. 

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

ALGÉRIE-UE : HYDROCARBURES ET SILENCES

Publié il y a

le

Par

Les relations Algérie-UE se réchauffent après le coup de froid induit par les tensions consécutives aux menaces de suspension de livraison du gaz algérien à l’Espagne. Madrid avait alors fait valoir son statut de membre de l’Union Européenne pour rappeler via Bruxelles Alger à ses obligations contractuelles. 

Cette friction semble dépassée puisque ce lundi le chef de l’État algérien a reçu au siège de la présidence de la République Charles Michel, le président du conseil européen qui a tenu à rappeler que « l’Algérie est un partenaire fiable en matière énergétique », propos signifiant que l’incident espagnol est clos.

La délégation algérienne qui a assisté aux entretiens aux côtés d’Abdelmadjid Tebboune composée du ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, M. Ramtane Lamamra, du directeur de Cabinet à la Présidence de la République, M. Abdelaziz Khellaf, du ministre de l’Energie et des Mines, M. Mohamed Arkab, et du ministre du Commerce et de la Promotion des exportations, M. Kamel Rezig, donne une indication de l’objet de la visite dans un contexte européen dominé par l’urgente nécessité de se libérer de la dépendance au gaz russe. Objectif confirmé implicitement par M. Charles Michel qui s’en est tenu à déclarer que les échanges ont porté sur “un certain nombre de situations liées au voisinage et au contexte géopolitique”.

Important producteur de gaz situé aux portes de l’Europe, l’Algérie est courtisée et se sait présentement en position de force. En effet, secouée par une insurrection populaire qui a duré près de deux ans et longtemps mise au banc des accusés pour cause de violation des libertés fondamentales, Alger revient sur la scène internationale à la faveur d’une crise énergétique qui réinstalle les polarisations géopolitiques de la guerre froide ; ce qui remet au gout du jour un pragmatisme qui relativise les atteintes récurrentes aux droits de l’homme que dénoncent, sans grand écho, les ONG locales.

C’était dans ce contexte que s’est déroulée la visite du président Macron à la fin du mois d’aout, lequel s’est bien gardé d’aborder le sort des quelques trois cents détenus d’opinion qui croupissent dans les prisons algériennes. « Les prisons sont pénibles mais les hivers sont rigoureux en Europe », ironisa en privé un binational qui faisait partie de la délégation qui avait accompagné Macron en Algérie et dont un des parents est détenu depuis bientôt un an et demi.  

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

U17 : FINALE ALGÉRIE-MAROC

Publié il y a

le

Par

Les Marocains affronteront les Algériens en coupe arabe U17. La compétition organisée par l’UAFA se déroule en Algérie. Les Marocains ont battu les Yéménites avec un score de 2 buts à 0 inscrits en seconde période. Pour leur part, les Algériens sont laborieusement venus à bout des Saoudiens à la suite d’une séance tendue de tirs aux buts (5 à 4), le match s’étant terminé sur un score vierge entre les deux équipes. 

Au-delà du relatif enjeu sportif qui engage des équipes par définition évolutives, la situation qui prévaut dans la région a nourri sur la toile des commentaires qui oscillent entre dérision et agacement. Pour arriver en Algérie, les Marocains doivent faire plusieurs escales pour contourner la fermeture de l’espace aérien algérien décidé à la suite de la rupture des relations diplomatiques survenue à l’été 2021 entre Rabat et Alger. C’est ainsi que pour atteindre Oran, ville située à moins de 200km de la frontière en vue de participer aux jeux méditerranéens, la délégation marocaine a dû se rendre à Tunis avant de faire le trajet inverse pour regagner la capitale de l’ouest algérien. Aujourd’hui, c’est la Tunisie que boycotte le Maroc qui a décidé d’annuler la participation de ses athlètes à toutes les compétions internationales programmées à Tunis. 

Au final, les équipes marocaines qui n’ont pas le droit de survoler l’espace aérien algérien dans les avions de leur pays peuvent concourir en Algérie. Cependant, les Marocains qui peuvent se rendre en Tunisie par la Royal air Maroc ne vont pas participer aux différents championnats qui s’y déroule. La cause de ces imbroglios : la question du Sahara occidental.   

Partager avec
Continuer la lecture

Les plus vus de la semaine

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com