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Économie

DOSSIER COVID : DEUXIÈME PARTIE. ALGÉRIE. SAÏD DOUMANE* : QU’EN SERA-T-IL DE L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE APRÈS LA PANDÉMIE DU CORONAVIRUS ?

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Faire de la survenue de la pandémie de la Covid 19 un moment de réflexion sur l’avenir économique de l’Algérie, peut être opportun et utile. Au même titre et dans le même temps que d’autres réflexions portant sur d’autres dossiers aussi épineux : la culture, l’histoire, l’enseignement, la gouvernance… Le moment est propice, paradoxalement, non parce qu’il réunirait les conditions et les moyens d’un débat serein, mais en ce qu’il révèle l’ampleur du chantier de reconstruction à entamer : le pays est économiquement à l’agonie.  En termes de moyens matériels et financiers et de “stabilité” du pouvoir décisionnel, tout le monde sait que l’Algérie a raté deux occasions qui ne se renouvelleront plus, celle allant de 1965 à 1978 (règne de Boumédiène) et celle de 1999 à 2019 (règne de Bouteflika).

Le drame qui se joue sous nos yeux, à nos dépens, depuis la fin de l’année 2019 (“la nouvelle Algérie”), s’il devait trop durer, donnerait le coup de grâce au pays pour de longues décennies. C’est que l’Algérie a, me semble-t-il, atteint les limites de ce qu’un pays ou peuple peut supporter d’incompétence institutionnelle, de mépris politique, d’injustice sociale, de gaspillage et de détournement des ressources nationales. Aussi, si la pandémie de la Covid 19, n’est pas à l’origine du fiasco économique algérien, elle a permis de mettre à nu la fragilité, sinon la facticité de ses fondements. Encore faut-il qu’elle ne soit pas considérée comme une crise ordinaire et conjoncturelle mais un moment historique pour repenser la politique économique du pays.

Les ressources naturelles ou l’arbre qui cache la forêt :

L’Algérie a vécu, jusqu’ici, au-dessus de ses moyens ! Que l’on me comprenne bien, je ne veux pas dire par là que les Algériens dans leur ensemble ont un niveau de vie élevé et de qualité[1], mais tout simplement qu’ils sont adossés, malgré eux, à un système économique et politique de prédation de ressources et non de création de richesses. L’État algérien issu de l’indépendance, soucieux avant tout de sa pérennité n’a guère cherché à fonder une économie fondée sur le travail, ce qui l’aurait amené à gérer les contradictions et les conflits inhérents à l’effort consenti et au partage du surplus économique produit. Ayant opté pour le populisme  économique (distribuer sans produire !), il s’est focalisé sur l’extraction des ressources naturelles (agriculture de rente d’origine coloniale dans les années 1960, puis les hydrocarbures à partir des années 1970 ) ; une sorte “d’économie de cueillette”(appelée plus couramment économie de rente) qui  nécessite peu  d’efforts en matière  de mise en œuvre de mécanismes socio-économiques et de régulation adéquats : liberté d’entreprendre, concurrence loyale entre investisseurs, autonomie syndicale, valorisation du travail, droit de grève, État régulateur et non prescripteur… L’option socialiste qui a prévalu jusque dans les années 1980, a servi de caution idéologique à une politique économique volontariste dont les résultats attendus en termes de rentabilité des investissements consentis et de quantité et de qualité de la production de biens et services, sont plus que décevants. Hormis le secteur des hydrocarbures, les autres secteurs de l’économie étatique sont en déficit structurel, les entreprises publiques ayant été renflouées une bonne dizaine de fois sans qu’elles aient pu retrouver un minimum de viabilité économique et financière. La rente, agricole, minière et des hydrocarbures, a toujours servi “d’assurance-vie” à une politique économique qui a prétendu s’ériger en modèle : “le modèle de développement algérien” !

“Il est aujourd’hui unanimement admis que l’entreprise publique n’est pas ce lieu où la rationalité économique fait loi. Le secteur public est resté ce lieu où la gestion du capital peine à s’émanciper de la logique clientéliste qui traverse l’ensemble des rouages de l’économie (…). Le mode de gestion des entreprises publiques n’a pas évolué (…), elles continuent de subir les injonctions politico-administratives. Les entreprises publiques sont des entités davantage politiques qu’économiques”[2].

En gros, deux types de gestion économique se sont succédé depuis 1962, correspondant au règne de deux hommes issus de la même matrice politico-idéologique (évoqués précédemment : H. Boumédiène et A. Bouteflika). Ces deux types de gestion économique peuvent être qualifiés de contradictoires dans la forme, le deuxième d’apparence libérale (1979-1999) se voulait une remise en cause du premier (1965-1978) résolument étatiste ; ils constituent en réalité un continuum dans la mesure où l’État ne s’est jamais dessaisi de son contrôle draconien sur la décision économique et de ses soubassements populistes. A y regarder de plus près, on peut même s’apercevoir que les velléités de réforme économique et politique entamées à la fin de la décennie 1980 (sous le règne de Chadli Bendjedid, 1979-1991 et des gouvernements qui ont suivi le départ de ce dernier au début de l’année 1992) ont été jugées inappropriées par le régime d’A. Bouteflika. Pour ce dernier, il fallait renouer avec le système duquel il était éjecté à la mort de H. Boumédiène dont il se voyait le successeur naturel. Contrôler les flux économiques et leur répartition pour exercer un contrôle social le plus étroit possible.

“En tant que membre de la vieille garde du FLN et nostalgique du contrat social des années Boumédiène, il  avait affirmé dès sa première année aux commandes de l’État que les réformes telles que conçues et conduites après le soulèvement de 1988 étaient en grande partie la cause du malheur du pays… tout un processus de récupération des prérogatives que les réformes (…) avaient retiré à l’État, a été engagé dès 1999 afin que l’exécutif gouvernemental recouvre l’ensemble des pouvoirs qu’il avait perdus. Les entreprises publiques, replacées sous la tutelle des ministères, reperdent à nouveau leur autonomie. Les gros investisseurs ne peuvent rien promouvoir sans l’accord du Conseil National de l’Investissement aux mains du premier ministre et les entreprises du secteur public économique ne peuvent plus effectuer des actes de gestion notables sans l’accord du Conseil des Participations présidé par le même premier ministre.”[3]

La fin du règne de Boumédiène peut être interprétée du point de vue économique comme l’échec patent d’un ” projet industrialiste” forcené[4]. Ce projet s’est caractérisé par la mobilisation autoritaire des ressources nationales (40 à 50% du PIB) au détriment des autres secteurs de l’économie ; ce qu’on a appelé un développement déséquilibré où l’industrie lourde est censée servir de locomotive entrainante. Le résultat est connu de tous les économistes ; les effets d’entrainement n’ont guère eu lieu tandis que le reste de l’économie a périclité, notamment l’agriculture et la petite production marchande ou artisanale[5]. Les tensions sociales (grèves) et les pénuries persistantes des produits de large consommation ont poussé le gouvernement dès 1980 à  apporter des correctifs socio-économiques : assouplissement du régime d’investissement au profit de la consommation (programme dit anti-pénurie) et mise en œuvre de quelques réformes destinées à desserrer l’étreinte sur les entreprises publiques (autonomie de gestion, déconcentration des monopoles…), petite ouverture sur le secteur privé et refonte du mode de gestion du domaine agricole d’État ( dégagement partiel de l’État). Un plan quinquennal (1980-1984) est dédié à ce programme rectificatif ; il préconise une inflexion du taux d’investissement dans l’industrie et les hydrocarbures, une meilleure allocation des ressources vers l’agriculture et l’hydraulique et des transferts sociaux (habitat, formation…) un peu plus consistants. Mais, au total, la structure des dépenses reste quasi inchangée en raison des rigidités des engagements hérités des plans précédents et surtout des programmes et chantiers déjà lancés mais non terminés (les restes à réaliser, RAR, du jargon officiel) qui s’élèvent parfois à plus de 50%[6] des montants initiaux. Pressentant la difficulté, une loi relative à l’investissement privé national est promulguée à la fin de l’été 1982, aux fins de donner un peu de fluidité aux rouages de l’économie étatique. Est assigné à cette loi l’objectif explicite de “réaliser la complémentarité du secteur socialiste (…), de contribuer à l’élargissement des capacités de production nationale (…) et d’intégrer au système de planification les investissements privés…[7] Le champ d’intervention du capital privé est  élargi ( la petite et moyenne industrie, le bâtiment et les travaux publics…) mais le montant du capital autorisé à être investi est limité et soumis à une procédure d’agrément et de sélection préalables. Au plan doctrinal, dans le “débat sur l’enrichissement de la Charte Nationale” en 1985, on assiste à un petit glissement sémantique dans le discours du FLN : de l’option déclarée irréversible du socialisme de la charte de 1976, on suggère l’idée de se libérer des dogmes (sic !)[8]

La fin du règne de Boumédiène peut être interprétée du point de vue économique comme l’échec patent d’un ” projet industrialiste” forcené[4]. Ce projet s’est caractérisé par la mobilisation autoritaire des ressources nationales (40 à 50% du PIB) au détriment des autres secteurs de l’économie

Le contre-choc pétrolier de 1986 (chute du prix du baril de pétrole sur le marché international) a sensiblement perturbé cette introduction “calculée” du capital privé que devait conforter le plan quinquennal 1985-1989. Cette perturbation se transforme en chamboulement à la fin de l’année 1988 suite à la révolte sanglante d’octobre et surtout l’irruption de l’islamisme au début des années 1990. La crise économique persistante s’aggrave d’une crise politique inédite et démentielle : la violence islamiste. Le pays connaitra une décennie de malheurs où l’instinct de survie passera avant tout le reste, l’économie étant devenue une préoccupation secondaire.  Cette dernière, en phase de restructuration, replonge dans ses travers et les différents gouvernements appelés à la rescousse sont contraints de faire appel à l’aide des instances financières internationales[9].

Cette nouvelle option, plutôt imposée que sollicitée, fut perçue et vécue différemment par les courants politico-économiques nationaux et internationaux. Pour les uns (les forces économiques nationales émergentes : entrepreneurs, agriculteurs, négociants, syndicats autonomes… ,instances financières internationales et partenaires économiques et  étrangers ), il s’agit d’une opportunité à saisir pour changer de paradigme économique (passer d’une économie de rente à une économie de production) ; pour les autres (les tenants de l’économie étatique et les groupes d’intérêt  en place), le problème  se pose en termes de crise ou de déséquilibres passagers à négocier en vue de retrouver une situation antérieure jugée meilleure  et porteuse d’avenir.

Du point de vue de la transition économique souhaitée par tous, selon les choix politico-idéologiques et les intérêts des uns et des autres, la question est alors d’évaluer les rapports de force en présence. Car, au-delà des modèles, l’efficacité et la réussite économiques d’un pays relèvent beaucoup plus du système de gouvernance, des institutions et des groupes d’intérêt en place que des choix ou programmes économiques proprement dits. Et, vu sous cet angle, il n’est point sûr que des changements substantiels s’opèrent parce que “l’orientation économique de l’État est soumise au pouvoir politique et, de façon plus précise, au rapport des forces internes qui structurent ce pouvoir politique”[10].

Le retour de Bouteflika (1999-2019) : changement ou reconduction du système ?

Le retour de Bouteflika au sommet du pouvoir fait suite à deux décennies incertaines, chancelante pour la première (1979-1989) et franchement chaotique pour la deuxième (1989-1999). Rappelé à la rescousse par les décideurs militaires, élu à la hussarde et marqué par son passé intimement lié au régime de Boumédiène, Bouteflika est porté à la tête de l’État à un moment où la société algérienne n’avait qu’une attente : retrouver un peu de sécurité et de paix sociale. Elle était à mille lieux de songer à exiger un débat politique, encore moins un programme économique. Ce que le nouveau chef de l’État savait mieux que tout le monde ! Dès lors, la porte était ouverte au pouvoir monarchique propre aux potentats arabes.

Dans ce qui suit, il sera essentiellement question du volet économique de son règne, même s’il ne faut pas perdre de vue qu’en Algérie l’économique n’a jamais pu se soustraire de la mainmise du politique. On verra plus loin que même sous les effets dévastateurs de la pandémie du coronavirus, le pouvoir politique actuel n’abandonne rien de ses prérogatives économiques, juridiques et administratives héritées du régime de Bouteflika qu’il prétend pourtant mettre aux oubliettes. Comme ses prédécesseurs, à son arrivée à la tête de l’État, Bouteflika annonce une batterie de mesures économiques et financières (appelée pompeusement programme du président) sans prendre la mesure des questions à résoudre, encore moins de l’état des lieux en la matière. Le volontarisme, sinon l’outrecuidance, n’étant pas les moindres caractéristiques du personnage, il ne fallait donc point s’attendre à un débat préalable et des études d’expertise approfondies si nécessaires en économie. En Algérie, depuis l’indépendance, le déblocage d’enveloppes financières conséquentes est la réponse quasi automatique aux problèmes de déficience de gestion des entreprises publiques, des institutions ou du budget de l’État et de ses organes déconcentrés.

Ainsi donc, le règne de Bouteflika commence par l’injection de 7,2 milliards de dollars) entre 2001 et 2004, au titre d’un plan de “soutien à la relance économique”, suivis juste après (2005-2009) d’un autre montant de 180 milliards de dollars au titre “d’un programme complémentaire de soutien à la croissance”. Entre 2010 et 2014, c’est un nouveau plan de développement destiné à financer 20 secteurs d’activité qui est lancé à hauteur de 286 milliards de dollars (dont 130 milliards de dollars consacrés à rattraper les ratés ou les retards (les sempiternels restes à réaliser, RAR, des plans précédents, 2001-2004 et 2005-2009[11]. De l’arrivée de Bouteflika au pouvoir à 2014, année qui a enregistré une baisse drastique du prix du pétrole sur le marché mondial, de 700 à 800 milliards de dollars ont été engrangés dont près des trois quarts ont été engloutis dans les dépenses publiques[12]. Ces sommes d’argent vertigineuses sont permises par l’augmentation du prix du pétrole sur le marché international, donc des recettes des exportations de ce produit à parti de 2002. A priori, ces investissements dits multisectoriels ont pour objectif de favoriser l’émergence d’une économie diversifiée et sortir du quasi-monopole des hydrocarbures sur l’économie. Dans les faits, la situation en matière de diversification économique, d’élargissement de l’investissement au secteur privé, d’effort à l’exportation hors hydrocarbures n’a pas beaucoup évolué.

” Bien qu’un rattrapage en matière d’infrastructures ait été opéré, et que les conditions de vie de la population se soient améliorées, l’économie algérienne reste très dépendante des hydrocarbures qui représentent près du tiers du PIB, 96% des recettes d’exportation, 70% des recettes fiscales, et seulement 3% de la population active. En fait cette équation économique est inchangée depuis une trentaine d’années”[13].

De l’arrivée de Bouteflika au pouvoir à 2014, année qui a enregistré une baisse drastique du prix du pétrole sur le marché mondial, de 700 à 800 milliards de dollars ont été engrangés dont près des trois quarts ont été engloutis dans les dépenses publiques[12].

A vrai dire, si le retour de conjoncture s’est précipité en 2014 (baisse de près de 50% du prix du baril de pétrole), les travers économiques et politiques du règne de Bouteflika ont commencé à se manifester beaucoup plus tôt. Le népotisme, la gabegie et la corruption à grande échelle ont caractérisé organiquement son régime, même si ces phénomènes lui ont préexisté à des degrés divers[14]. Le populisme étant l’instance de régulation déjà bien établie dans la pratique politico-économique, Bouteflika l’a érigé en système de gouvernement depuis 2010 [15],  en consacrant jusqu’à 30% du PIB national aux subventions dont on sait qu’elles servent pour beaucoup à “entretenir” ses clientèles[16] qu’à soutenir le pouvoir d’achat des catégories sociales fragiles.  C’est dire que, tout compte fait, ce ne sont pas les choix économiques en eux-mêmes qui sont préjudiciables mais leurs effets pratiques sur le terrain. Et ces effets pratiques sont déterminés par l’état des rapports de force politique, les orientations idéologiques dominantes, les décisions effectives et l’état de la société en général.

En fait, les options économiques de Bouteflika qui préconisait de doter le pays d’infrastructures de base, à même de favoriser l’installation d’entreprises de production de biens et de services, n’est pas récusable en soi. De même que celles de ses prédécesseurs, l’industrie sidérurgique et mécanique lourde de Boumédiène, ou celle de Bendjedid aspirant à desserrer la mainmise de l’État en introduisant un peu de souplesse dans la gestion des entreprises publiques et en exerçant un peu moins de pression sur le capital privé et la consommation des ménages algériens. Ces choix sont discutables mais pas rédhibitoires par essence.

La critique fondamentale de ces options renvoie donc, beaucoup moins à leur teneur intrinsèque ou théorique qu’à leurs conditions de mise en œuvre qui s’inscrivent dans un environnement historique, politique et social inadéquat et peu préparé. Il n’y a eu ni étude sérieuse préalable, ni suivi et réajustement appropriés en cours de route, encore moins de remise en cause courageuse[17]. L’exemple le plus frappant de ce hiatus est le cheminement chaotique du projet industrialiste. Tous les discours des gouvernants depuis le premier plan de développement, 1967-1969 (dit plan triennal) ont pourtant insisté sur la nécessaire industrialisation du pays et l’ont priorisée sur tous les autres secteurs. Les velléités de réforme engagées en 1988-89 s’attachèrent plus à modifier les règles de fonctionnement d’une économie sclérosée par un monopole étatique étouffant qu’à remettre en cause les choix de politique économique. La facilité avec laquelle ces réformes ont été mises au placard en 1992-93 (retour de l’orthodoxie étatique) en dit long sur leur manque d’ancrage politique dans les rouages du pouvoir.  C’est la raison pour laquelle dès la sortie de la crise financière et budgétaire des années 1994-1999 (où l’Algérie a sollicité l’aide du FMI et des Clubs de Paris et de Londres en contrepartie d’un plan d’ajustement structurel), les vieux réflexes étatiques reprennent leurs droits. Sans surprise, le retour de l’aisance financière (remontée substantielle du prix des hydrocarbures sur le marché international) au début des années 2000, marque celui du dirigisme politico-bureaucratique. On a beau tablé sur la nécessaire réhabilitation du capital privé (discours d’inspiration libérale entre 2000 et 2007) pour relancer l’industrialisation, c’est la gestion administrée de l’économie qui s’est peu à peu renouvelée, s’étendant même au secteur privé[18].

“La panoplie de mesures prises par le gouvernement, notamment dans les années 2009 et 2010, participe de cette volonté (…) de remettre l’économie du pays dans le giron de l’État (…). La transition à l’économie de marché entamée à la fin des années 1980, n’a pourtant pas (…) anéanti le secteur public qui continue à avoir un poids considérable dans l’économie et la société algériennes, en dépit de ses faibles performances productives”[19].

En définitive, ce qu’il y’ a lieu de considérer en dernière analyse, en économie comme dans tous les domaines de la vie d’un pays, ce sont les résultats de sa politique et de sa gouvernance. De ce point de vue, on ne peut que déplorer à la suite de la plupart des économistes et des observateurs, le peu d’efficacité de l’investissement public en Algérie, en rapport avec un gaspillage de ressources exorbitant et ce, dans un système politico-administratif opaque et imprévisible. L’investissement privé national, même s’il a prouvé “sa réussite entrepreneuriale au bout de l’épreuve “[20]est encore loin d’avoir les coudées franches, tandis que celui international (les IDE) est tétanisé par les méandres de la bureaucratie algérienne et la complexité de sa législation en la matière. Peut-on alors  s’étonner  que le projet d’industrialisation mené tambour battant pendant plus de 40 ans se trouve aujourd’hui dans un état de déliquescence avancé (5% du PIB en 2020), que l’agriculture (8%du PIB) n’arrive point à atténuer la dépendance alimentaire du pays (1er importateur africain avec plus de 8 milliards de dollars par an), que les exportations hors hydrocarbures peinent à dépasser 2,5 milliards de dollars, que le taux de chômage officiel est de 15% (en réalité au moins le double) ?…

Baisse du prix du pétrole, Covid 19 et crise politique : une chance pour l’avenir ?

Des crises, économiques, politiques, sociales, l’Algérie en a connues : En 1963, 1965, 1978, 1980,1986, 1991-92, 1999, 2001, 2014, 2019-20, … Aucune n’a été perçue comme une occasion ou opportunité pour envisager un retour sur soi, entreprendre une autocritique et changer de méthode de gouvernance…afin de sortir de l’impasse. Pourtant, il y’eut mort d’hommes en 1963, 2001 et surtout durant la décennie 1990. Que faut-il de plus pour faire évoluer un système politique aussi claustré et imbu de lui-même ?

Aujourd’hui la donne semble avoir un peu (beaucoup ?)) changé. La conjonction de trois facteurs aussi défavorables (ressources en nette baisse, crise sanitaire doublée d’une crise politique aigue) est de nature, nous semble-t-il, à modifier sensiblement l’état des rapports sociopolitiques. Surtout dans le corps social ; car il faut bien admettre que “la mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie”[21].

Ainsi, il semble bien que de nouveaux questionnements, en attendant un débat franc, soient en cours d’émergence dans la société. Bien des tabous sont tombés en désuétude : on parle désormais de pouvoir civil, de laïcité, de fédéralisme, d’égalité homme-femme, de refondation nationale, politique, économique, culturelle et linguistique… Il est bien probable que les trois crises en cours en accélèrent l’avènement. Dans le cadre restreint de cet article, dédié principalement à la perspective économique, notre propos portera sur les changements souhaitables dans l’architecture économique en vigueur jusqu’à présent. Sortir de l’économie étatique et centralisée pour inaugurer un processus de libération de forces productives latentes et enfouies à tous les niveaux du corps social algérien et de sa géographie. Que l’on appelle ce débat économie réelle, décentralisée, locale, régionale ou territoriale, le fond de la question revient à considérer le potentiel dans ce qu’il a de pérenne et de renouvelable.

Vers un renouveau du développement économique : l’émergence d’acteurs de terrain

De par sa durée, son étendue et l’impact sur la vie sociale tous secteurs confondus, la pandémie du coronavirus a révélé l’ampleur des fragilités algériennes. Quasiment tout est à reconstruire ou à tout le moins corriger et rectifier. De nombreux militants, spécialistes et observateurs avertis parlent de refondation nationale sur les principes énoncés par le Congrès de la Soummam de 1956. Dans ce cadre général de réflexion et de remise en perspective, la question du développement économique n’est pas le moindre des chantiers à prendre en charge tant il constitue la base matérielle nécessaire à la dynamique d’ensemble.

Les pages qui précèdent n’épuisent pas, loin s’en faut, la critique de la politique de développement algérienne ; de nombreux auteurs s’y sont appliqués, y compris des économistes appelés aux affaires gouvernementales (A. Benachenhou, H. Benissad, A. Benbitour…). Tous ont, chacun à leur façon, mis à nu les aberrations d’un processus de développement qui a réduit le potentiel multisectoriel d’un pays aussi diversifié que l’Algérie à une économie mono-exportatrice d’hydrocarbures. Leurs appréciations relèvent pour la plupart un constat largement partagé : au-delà des questions techniques, le problème de fond est inhérent au centralisme outrancier de la gouvernance algérienne qui prend sa source à la fois dans le jacobinisme français, le dirigisme soviétique et le pouvoir personnel de l’Égypte nassérienne.  Le système qui en est issu se caractérise par une forte rigidité qui a résisté à toutes les tentatives de réforme. La difficulté de passer d’une économie étatique moribonde à une économie libérale censée être plus efficace en est le signe évident.

En cherchant à adopter les modèles économiques européens, socialistes puis libéraux, une valse-hésitation de choix considérés comme de nature technique, les décideurs algériens ont pris l’ombre pour la proie. Ils ont oublié ou ignoré que ces modèles sont la résultante d’expériences historiques particulières. Les processus d’industrialisation de ces pays sont pourtant édifiants si l’on se donne la peine d’en étudier la genèse : ils ont tous pris racine dans leurs territoires, avec des ressources et des procédés techniques locaux ; les apports extérieurs et les innovations sont venus s’ajouter à ce potentiel de départ et non le remplacer. En périodes de crises ou de graves perturbations, ce sont les producteurs de proximité et les collectivités territoriales (petits paysans, entreprises familiales, institutions locales…) qui assurent un minimum de production de biens et de services, de présence solidaire et de cohésion sociale. De même que dans l’ex-Union Soviétique et les ex-pays socialistes marqués par les pénuries structurelles, ce sont souvent les petits agents économiques en marge des grands circuits étatiques qui ont mis à disposition des populations en manque des denrées de consommation de survie : produits alimentaires, petits outillages, services de transports…, de niveau artisanal. Et dans les pays en développement, surtout ceux dont l’État central contrôle les rouages essentiels de l’économie, il n’est pas anodin que ce soient les activités dites informelles ou non officielles qui suppléent aux défaillances de la production et de l’intervention des organismes publics ad hoc. C’est ce phénomène d’économie et de vie solidaires que l’on observe en ces temps de crise sanitaire en Algérie : petite production marchande, échanges de proximité, services informels, entraide familiale…C’est dire que les acteurs économiques, sociaux et culturels infra-étatiques s’avèrent souvent plus efficaces que les grands agents et instances de niveau central. Il y’a dans cet “underground” social et culturel des liens nécessaires qui s’établissent entre les individus et les groupes qui partagent un même lieu d’existence (village, terroir, commune, ville, région…) et des conditions de vie communes. Il s’agit d’un mode de vie vernaculaire (le pays, tamurt, leblad…) susceptible de révéler un potentiel de synergie, de solidarité, d’énergie, insoupçonné (coopération, complicité, émulation, jalousie…) à même de cristalliser un véritable levier de développement, à la condition que le pouvoir central ne le considère pas comme un reliquat de survivances anachroniques à réduire.  Dans ce cadre infra-étatique peut se déployer une gouvernance d’un type nouveau fondée sur l’interaction des acteurs locaux publics et privés, la mutualisation des ressources et des moyens et la concertation, l’objectif implicite ou affiché étant d’améliorer la “base de vie” commune. Les réseaux de producteurs-consommateurs de proximité sont, ainsi, mis en état   de veiller à la protection de leur environnement, de leurs ressources et de leur cadre de vie en général.

Le local, le régional, le territoire, le pays… : des réalités anthropologiques

L’économiste A. Lewis, Prix Nobel d’économie (en économie du développement, 1979), disait qu’un État qui veut tout contrôler finit par ne rien contrôler. C’est le cas d’un certain nombre de pays très centralisés, dont l’Algérie qui, à force de vouloir tout régenter s’est retrouvé en porte-à-faux avec la société qui supporte l’administration étatique comme un corps hostile et étranger. D’où l’absence de confiance et de sérénité entre la population et les organes étatiques. Né dans le contexte de la décolonisation, l’État algérien s’est présenté d’emblée comme un appareil providentiel pour diriger une société amorphe et sans ressorts anthropologiques, historiques et culturels. C’est pourquoi le programme économique se posait- et s’imposait- de façon catégorique : apporter la rationalité économique en rompant avec les structures socio-économiques anciennes jugées anachroniques et, de surcroit, perverties par le système colonial. L’État-démiurge s’est alors mis en place.

Le bilan du développement économique de cet État est plus que contestable ; l’espoir caressé par Boumédiène d’atteindre le niveau de l’Espagne dès la décennie 1980 (en vérité, c’est le niveau de la puissance ex-colonisatrice, la France, qui est fantasmée !) n’a pas eu lieu. Les initiateurs du projet de développement, les techno-bureaucrates dont l’horizon mental est rivé à l’État-Nation ne pouvaient pas comprendre que le véritable potentiel économique et social à mobiliser se trouve dans les profondeurs de la société (les ressources diffuses, les petits capitaux familiaux, les réseaux d’échange entre territoires, les techniques assimilées…). En lieu et place de ce potentiel, ils ont érigé une énorme machine bureaucratique budgétivore, stérile et prédatrice. Le développement économique par le “haut” part du présupposé théorique que seul un État central fort est à même de promouvoir les investissements adéquats, les décisions et les plans nécessaires et d’en assurer la cohérence d’ensemble. La multitude d’agents économiques, d’entrepreneurs autonomes, de territoires hétérogènes, d’initiatives a priori disparates…, sont perçus l’État central comme un imbroglio anarchique néfaste au développement national.

Né dans le contexte de la décolonisation, l’État algérien s’est présenté d’emblée comme un appareil providentiel pour diriger une société amorphe et sans ressorts anthropologiques, historiques et culturels.

Depuis une trentaine d’années, les économistes (re)découvrent les vertus et l’efficacité des petits entrepreneurs “cachés”, les dynamiques socio-économiques locales et situées qui ne procèdent pas des démembrements et de la sous-traitance de l’État central. Une dynamique autonome et plus ou moins improvisée d’acteurs vernaculaires dont l’émergence répond à des demandes latentes. Il s’agirait, selon certains théoriciens hétérodoxes[22] d’un processus de développement par” le bas”, mis en œuvre quasi spontanément en marge de la programmation ou de la planification étatique. On admet de plus en plus l’existence de ces entrepreneurs de terrain mais on continue à leur refuser “une légitimité différente du pouvoir central”[23]. Ces acteurs locaux aspirent à une reconnaissance institutionnelle, voire même à des concessions substantielles du pouvoir central (administration de proximité, fiscalité locale, représentation politique et syndicale…) en vue de maîtriser les instruments de gestion de leurs activités. Ainsi, délestés des pesanteurs et des blocages des instances hiérarchiques et centralisées, ils veulent acquérir une plus grande marge de manœuvre pour se constituer en réseaux proches et lointains (entre villages, villes, régions, pays…), de façon à contourner les cloisonnements bureaucratiques institués par l’administration centrale. Dans cette perspective, l’État central, en s’appuyant judicieusement sur ses fonctions régaliennes peut devenir un partenaire de choix et même jouer un rôle économique dynamique en tant qu’instance de régulation et d’ajustement. Cette configuration organisationnelle, économique et politique est, selon les conditions historiques et culturelles propres à chaque pays, le mode en vigueur dans la plupart des sociétés avancées. Même la France, réputée pour son centralisme historique, s’efforce depuis les années 1980 de se libérer de ce tropisme qui a fait de Paris et sa région l’unique miroir civilisationnel de l’espace français. Les territoires et les régions de ces pays existent et se déploient en tant qu’entités politico-institutionnelles et socio-économiques reconnues et dotées d’instances de gouvernement et de gestion largement décentralisées, autonomes ou fédérées. Ils sont souvent le creuset dans lequel naissent et s’affirment des initiatives entrepreneuriales dont certaines atteignent des dimensions internationales. De nombreuses études économiques dans l’Europe des régions (Italie, Belgique, Suisse, Allemagne…) soulignent, en effet, que la réussite économique et technologique de contrées comme la Toscane, la Flandre, le canton de Genève, la Bavière…, est essentiellement due à leur dynamisme interne[24]“Aujourd’hui, dans l’économie globalisée, le nouveau système techno-industriel est organisé sur une base territoriale et constitue une agrégation de systèmes productifs locaux”[25]Et ces systèmes productifs locaux sont assez souvent le résultat d’initiatives et de synergies d’agents locaux échafaudant des petites et moyennes entreprises avec des moyens familiaux, en symbiose avec le marché, les relations humaines et les ressources endogènes. A l’inverse des grands projets et pôles industriels à la soviétique ou à l’algérienne crées avec des moyens d’État gigantesques, fonctionnant telles des enclaves sans véritables liens organiques avec les milieux d’accueil.

C’est dire, à la suite des économistes spécialisés dans les études des expériences de développement local, que l’entreprise viable et pérenne est rarement celle qui a été mise en place par l’État central mais celle qui est secrétée par des initiatives d’acteurs territoriaux en phase avec leur milieu. Être en phase ne veut dire être déconnecté de “l’extérieur” ; les acteurs locaux sont souvent très informés de ce qui se passe loin de “chez eux” : ils savent faire la part des choses en valorisant d’abord le potentiel humain et matériel de proximité.

Au-delà des effets plus ou moins désastreux, pas seulement économiques, générés par la pandémie du coronavirus, il est à espérer que, mises face à elles-mêmes et devant les déficiences structurelles-devenues criardes- des politiques étatiques monopolistiques, les populations prendront, là où elles vivent, des résolutions allant dans le sens de leur autonomisation. Toutes les régions, en Algérie, en Afrique du Nord et ailleurs, ont des expériences historiques à méditer.

* Saïd Doumane. Économiste, ancien vice-recteur de l’Université de Tizi-Ouzou.

Bibliographie :

  • BELLAL, Samir (2017) : La crise du régime rentier, essai sur une Algérie qui stagne.
  • BENHOURIA, Tahar (1980) : L’économie de l’Algérie, éditions François Maspéro, Paris.
  • BENKO, Georges (1995) : Les théories du développement local, Revue de Sciences Humaines n° 8, février-mars.
  • BOUDJEMA, Rachid (2011) : Économie du développement de l’Algérie 1962-2010, 3 volumes, éditions Dar El Khadouniya, Alger.
  • ECREMENT, Marc () : Indépendance politique et libération politique, un quart de siècle du développement de l’Algérie, éditions Enap/Opu, Pug, Alger-Grenoble.
  • GRIM, Nordine (2012) : Entrepreneurs, Pouvoir et Société en Algérie, éditions Casbah, Alger.
  • HACHEMAOUI, Mohamed (2015) : clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine, Revue Critique Internationale n°68.
  • JOLLY, Cécile (2001) : Les cercles vicieux de la corruption en Algérie, Revue Internationale et Stratégique n° 42.
  • LECLERC-OLIVE, Michèle (1995) : Décentraliser, enjeux théoriques et pratiques, Revue des Sciences Humaines n° 8.
  • MAILLAT, Denis (1995) : Les milieux innovateurs, revue des Sciences Humaines n° 8, février-mars.
  • MEZOUAGHI, Mihoub (2015) : chronique d’une crise permanente, Revue Politique Étrangère, 3ème trimestre.
  • SADI, Saïd (2019) : Révolution du 22 février, un miracle algérien, éditions Frantz FANON, Tizi-Ouzou. 

[1]  Avec un niveau de pib/ tête d’habitant d’environ 4300 $ us en 2020, l’Algérie se situe parmi les pays africains les plus riches (ou les moins pauvres !)  mais loin derrière les pays du monde méditerranée comme l’Espagne et l’Italie (33000 $), la Turquie (15000 $), la Grèce (16000 $) et même des pays émergents dont le pib moyen par tête d’habitant est estimé par la Banque mondiale à un peu plus de 8000 $. Elle est un peu mieux lotie que ses voisins d’Afrique du Nord (Maroc : 3300 $), Tunisie :3400 $, Mauritanie : 1200 $) …En 2014, le pib /tête d’hbt est évalué à environ 5500 $, ce qui dénote une perte de pouvoir d’achat de plus de 12% en 5-6 ans.

[2]  Cf  Samir Bellal ; Quel sort pour le secteur public en Algérie ? in Le Soir d’Algérie du 27-01-2018.

[3]  Nordine Grim : Entrepreneurs, Pouvoir et Société en Algérie, édition Casbah, Alger, 20212, p.171-172.

[4]  Cf.  Tahar Benhouria : l’économie de l’Algérie, édition François Maspéro, 1980.

[5]  Cf.  Marc Ecrement : indépendance politique et libération économique, un quart de siècle de développement de l’Algérie 1962-1985, ENap/Opu (Alger)/PUG(Grenoble) 1986.

[6]  Cf M. Ecrement, op cit

[7]  Ibid P.315

[8] Un discours d’un haut responsable du FLN (cf. Révolution Africaine du 19/25- 07- 1985 stipule :” le socialisme n’est pas un dogme, ni un enseignement achevé, définitif et immuable. Il est surtout une méthode dans la conduite de l’action…”.

[9]  De 1988 à 1999, pas moins de 07 gouvernements se sont succédé pour tenter de remettre sur selle un régime fortement ébranlé par une crise multidimensionnelle. Durant la période, 04 accords sont conclus avec le Fonds Monétaire International qui, conformément à sa doctrine libérale, suggère dans les 02 premiers accords, 1989 et 1991, quelques ajustements plutôt légers au fonctionnement de l’économie algérienne (amorce d’une libéralisation des prix, légère baisse du dinar et du déficit budgétaire…) et impose une plus grande intervention dans les 02 derniers accords, 1994 et 1995, où il est question d’opérer un ajustement structurel, c’est-à-dire de réformer l’économie nationale dans le sens d’une plus grande insertion dans l’économie de marché (privatisation, libéralisation du marché interne et insertion dans le marché international…). 

[10]  Cf.  K.S Naïr, revue Sou’al n° 1, cité par M. Ecrement, op.cit P.281.

[11]  Cf.  Rachid Boudjema : Économie du développement de l’Algérie 1962-2010, édition Dar El Khadouniya, Alger, 2011.

[12]  Cf.  Mihoub Mezouaghi : chronique d’une crise permanente, revue Politique Étrangère 2015/3.

[13]  Ibd, P. 1.

[14] Cf.  Cécile Jolly : les cercles vicieux de la corruption en Algérie, in Revue Internationale et Stratégique n°42, 2001/3.

[15]  La crainte de voir la révolte tunisienne et égyptienne se propager en Algérie à partir de 2010, a poussé les autorités algériennes à mettre en place un programme de subventions très importantes, dont l’objectif était de contenir la contestation sociale (acheter la paix sociale, disait-on). Devenues structurelles, le gouvernement actuel a le plus grand mal à les réaménager dans le sens d’une meilleure efficacité socio-économique.

[16]  Cf.  Mohamed Hachemaoui : clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine, in revue Critique internationale n° 68, 2015/3.

[17] Cf.  N.  Grim : Entrepreneurs, pouvoir et société en Algérie, Casbah Éditions, Alger, 2012. 

[18]  Cf.  M. Mézouaghi, op cit.

[19]  Cf N. Grim op.cit, P. 78-79

[20]  Ibid, P.126.

[21]  Cf.  Saïd Sadi : Révolution du 22 février, un miracle algérien, Éditions Frantz Fanon, Tizi-Ouzou, 2019.

[22] Cf.  Georges Benko : les théories du développement local, in revue Science Humaines n° 8, fév.-mars, 1995

[23]  Cf.  Michèle Leclerc-Olive : Décentraliser, enjeux théoriques et politiques, in Cahiers du GMDEV n° 27, octobre 2001, Paris.

[24]  Cf G. Benko, op cit.

[25]  Cf.  Denis. Maillat : les milieux innovateurs, in revue des Sciences humaines, n° 8, février-mars 1995

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Économie

ALGÉRIE. ZONES FRANCHES, LE SERPENT DES MERS

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Véritable miroir aux alouettes, le projet de création de zones franches vient d’être relancé ce mardi par le ministre du commerce Kamel Rezig. Lors d’une séanceprésidée par M. Smaïl Kouadria, responsable de la Commission des affaires économiques, du développement, de l’industrie et de la planification à l’Assemblée populaire nationale (APN),et à laquelle a participé la ministre des Relations avec le Parlement, Basma Azouar, M. Rezig a présenté le projet de loi encadrant la mise en place des zones franches commerciales. Détaillant sa proposition, il a annoncé la création d’une entreprise dédiée à la gestion de ces zones, dénommée “Société algérienne des zones franches” et l‘installation d’une Commission nationale des zones franches commerciales, qui dépendra du ministère du Commerce. 

Selon le ministre, le projet de loi, incitatif en matière fiscale et douanière, ambitionne de favoriser l’investissement, de stimuler et de diversifier la production de l’économie nationale avec pour objectif essentiel l’augmentation des exportations afin de réduire la facture des importations.

Mais les autorités espèrent également que la création de zones franches avec les pays africains voisins permettra de résoudre ou au moins de limiter les effets de la contrebande, véritable fléau qui gangrène l’économie du pays. Des villes comme Tadjenant (est du pays) se sont spécialisées dans l’écoulement de marchandises importées frauduleusement causant de graves préjudices à la production nationale et au fisc. 

Il est difficile de savoir si cette nouvelle annonce va aboutir, sachant que d’autres initiatives portant sur le même sujet ont jusque-là toutes avorté. Une opinion largement répandue n’hésite pas à mettre sur le compte de puissants lobbies du commerce parallèle ces entraves. Embrassant des milliards de dinars, des secteurs comme l’informatique, la téléphonie mobile ou le textile que se répartissent des groupes d’influence islamistes – frères musulmans ou salafistes – sont des activités où se recyclent l’argent octroyé par l’islamisme international ou celui récupéré pendant les années 90. 

Cette nouvelle proposition laisse dubitatifs les agents des milieux financiers privés et publics. Pour ce cadre du ministère des finances qui a requis l’anonymat « Ce n’est pas maintenant que les islamistes et assimilés sont majoritaires au parlement que les zones franches vont voir le jour ».  Désabusé, notre interlocuteur ne manque pas d’ajouter que « Lorsque des bureaux de change parallèle qui spéculent sur la monnaie nationale ouvrent à quelques pas des commissariats de police, on peut douter de la volonté de mettre de l’ordre dans l’activité commerciale ».  

Pour rappel ; la ratification de l’Accord sur la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) doit entrer en vigueur le 1er juillet 2022. Cet accord qui implique 54 pays porte sur un marché de 1,2 milliard d’habitants avec un produit intérieur brut (PIB) de 2.500 milliards de dollars US. 

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DÉCOUVERTES D’HYDROCARBURES AU MAROC : MIROIR AUX ALOUETTES ?

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Les annonces de découvertes de gaz ou de champs pétroliers se multiplient au Maroc. Pour autant, les quantités annoncées prêtent toujours à supputation. Les gisements gaziers de Guercif, de Larache ou ceux en off-shore au large de Tanger donnés comme rentables ne suscitent plus l’intérêt médiatique relevé au début de l’année 2022 (voir and-med des 16 et 19 janvier 2022). En pleine crise avec Alger qui a décidé de fermer le Gazoduc Maghreb Europe (GME) en octobre 2021, les pouvoirs publics marocains avaient directement ou implicitement relayé la communication vantant le potentiel de ces sites.

Récemment, la société britannique Europa Gas and Oil a annoncé la découverte d’un champ pétrolier off-shore au large d’Agadir dont la capacité est estimée à un milliard de barils récupérables sans risques. 

Cette fois, les institutions officielles se montrent plus discrètes. À raison. En août 2021, la même Europa Oil and Gas avait estimé les réserves potentielles de ce site à plus de 2 milliards de barils avant de revoir à la baisse ses prévisions. Plus grave, le 24 avril, l’association des géologues et géophysiciens pétroliers espagnols (AGGEP) fait état d’une « découverte fantôme » ajoutant que l’annonce était un coup de communication destiné à survendre le potentiel du sous-sol marocain pour y attirer des investisseurs à même de mobiliser les moyens de prospection importants des majors, la société Europa and Gas ne disposant que de modestes capacités.

Le gouvernement marocain a déjà été confronté à une déconvenue de taille en relayant imprudemment des informations euphoriques d’une société de recherche. Au début des années 2000, il avait suscité d’immenses espoirs en donnant comme acquis le potentiel de plusieurs milliards de barils du gisement de Talsint (Maroc Oriental) confié à la société Lone Star Energy corporation. Quelques semaines plus tard, les autorités marocaines découvrent une supercherie.

Depuis l’été 2021, quand l’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, Rabat multiplie les annonces sur les forages prometteurs. Ces informations sont généralement suivies par un silence qui cache mal une volonté de dédramatiser la coupure du GME qui alimentait 97% des besoins du royaume.

Pour l’heure, c’est l’Espagne qui, au grand dam d’Alger, a décidé de pourvoir à la consommation du Maroc en utilisant le GME dont on a inversé les flux.

Plus fondamentalement, le royaume chérifien compte beaucoup plus sur le gazoduc Nigeria-Maroc qui, en plus d’irriguer l’Afrique de l’ouest, doit permettre au Maroc d’échapper à la dépendance algérienne et même de renvoyer l’ascenseur à l’Espagne qui pourrait bénéficier de ce gazoduc.

Les Marocains assurent que la seconde phase de l’étude du projet est bien avancée. Il reste à suivre la réalisation de ce chantier, sachant  que les Algériens s’y sont aussi intéressés et même positionnés.  

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MAROC. LES CARBURANTS, POUDRIÈRE SOCIALE

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La flambée des prix des hydrocarbures nourrit les chaînes inflammables de contestations sans fin au Maroc. Après divers secteurs des transports qui ont déjà dû recourir à des grèves pour faire entendre leurs voix, (Voir adn-med du 9 mars. Maroc : grève renouvelable des transporteurs routiers), c’est au tour de la fédération des propriétaires et gérants des pompes à essence de tirer la sonnette d’alarme.

Dans un communiqué réquisitoire, la Fédération a interpellé le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, pour lui demander de sortir de son mutisme.

Ce département est en effet resté de marbre après une demande de réunion qui lui a été adressée pour faire le point sur la situation des pompistes. Les membres de la fédération exigent des mesures de soutien urgentes en matière d’allègement fiscal comme l’exemption de la cotisation minimale applicable au chiffre d’affaires. Les protestataires rappellent que leur marge bénéficiaire est fixe et cela indépendamment du prix de vente du litre de carburant, alors que les autres paramètres de gestion de leur activité sont lourdement impactés par les surcouts induits par les perturbations du marché mondial.

Le silence du ministère de tutelle résulte en partie du fait que le gouvernement qui a déjà libéré des sommes conséquentes afin de réduire et de stabiliser les coûts des transports voit ses marges de manœuvre financières considérablement limitées par une situation budgétaire déjà contrainte. D’autres secteurs comme les chauffeurs de taxis, les pêcheurs ou les agriculteurs qui ont déjà alerté sur leur précarité risquent d’ajouter leurs voix pour demander des mesures atténuant les coûts d’exploitation de leur matériels motorisés, révélant un mécontentement qui s’étale comme un feu de brousse.

Ces tensions qui affectent les secteurs professionnels grand consommateurs de carburant s’ajoutent à une fausse constante des prix des produits de consommation courante qui durent depuis plusieurs mois.

Source d’apaisement relatif pour le Royaume : les dernières pluies ont permis d’assurer un taux de remplissage d’environ 40% des barrages qui étaient encore au début mars quasiment à sec. 

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Économie

TUNISIE. VERS UN DÉFAUT DE PAIEMENT ?

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Le rapport de la banque américaine d’investissement Morgan Stanley publié ce 21 mars dresse une sombre projection de la situation tunisienne. Même l’hypothèse, pour l’instant incertaine, d’une négociation rapide et aboutie avec le FMI ne semble pas annoncer des situations économiques et financières rassurantes. Quand bien même y aurait-il accord pour « un éventuel programme du Fonds Monétaire International (FMI) en 2023, il est probable que les fondamentaux se détérioreront nettement dans l’intervalle avec un possible défaut de paiement en vue » prévient la banque américaine.

La gestion en solo du chef de l’État a eu le don d’irriter la direction de la pourtant très conciliante UGTT qui ne cesse de déplorer l’opacité qui entoure les relations entre la présidence de la république et les institutions financières internationales. Le ton entre l’organisation syndicale, accusée par une partie de ses adhérents de cultiver un rapport ambigu sinon de complaisance avec Kaïs Saïed, est d’ailleurs récemment monté d’un cran. 

La tension porte essentiellement sur le refus de Kaïs Saïed de répondre favorablement aux multiples appels à un “dialogue inclusif” afin de trouver un accord sur l’agenda et la nature des réformes de structures à entreprendre pour, éventuellement, ralentir la détérioration actuelle des finances publiques. Une opposition qui annonce des difficultés à dégager un compromis entre le gouvernement et les structures socio-professionnelles comme la centrale syndicale et l’organisation patronale UTICA. 

À lire les estimations de Morgan Stanley, il est presque déjà trop tard. 

« Dans un scénario où le rythme actuel de détérioration des finances publiques se poursuit, il est probable que la Tunisie se retrouve en défaut de paiement sur sa dette. (…) Notre hypothèse de base est l’absence de programme avec le FMI en 2022 avec une forte probabilité de défaut en 2023, si des réformes importantes ne sont pas entreprises à court terme ».

Or, sur le court terme Kaïs Saïed, obnubilé par un agenda vampirisé par une consultation populaire qui n’a mobilisé que 6% du corps électoral, oppose la sourde oreille aux appels des partenaires sociaux qui le pressent de dévoiler ses intentions.

Le président cherche à gagner du temps et le temps c’est ce qui est le plus compté à la Tunisie actuellement. La dette par rapport au PIB du pays est, à terme, insoutenable. Face à des échéances qui exigent consensus, pertinence et réactivité, Kaïs Saïed s’en tient à sa double marotte : accuser ses adversaires d’être des agents de l’étranger et promettre d’enlever aux voleurs et donner aux pauvres.

Même la dégradation continue de la note souveraine de la Tunisie laisse de marbre le locataire de Carthage. 

Cela désespère même ses plus fervents soutiens, comme le secrétaire général du Mouvement du peuple (Harakat Echaab) qui reconnait que “quel que soit son génie, il ne pourra pas résoudre tout seul la crise“.

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AIR ALGERIE CANADA : APRÈS LE CRASH FINANCIER, LE CASH !

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La communauté algérienne du Canada a longtemps attendu la réouverture de la ligne Air Algérie Alger-Montréal. Une fois l’information vérifiée, le voyageur se rend compte qu’il doit encore se soumettre à une procédure de paiement particulière puisqu’il lui est demandé de s’acquitter du prix de son billet par…cash, pour, lit-on sur une affiche de l’agence “problème technique”. Ce n’est pourtant pas le temps qui a manqué pour organiser la reprise des vols.

Ferhat, chauffeur de taxi habitué des courses vers les aéroports n’a pas de mots assez durs : « Imaginez une famille de 5 personnes par exemple. Elle doit faire un retrait avoisinant les 10.000 dollars et les ramener dans un sac pour payer les billets » s’étrangle-t-il, prenant à témoins son ami Boussad, infirmier qui renchérit : « C’est très délicat. Ce n’est pas bien pour l’image de la compagnie et du pays. Le système bancaire canadien à l’instar de ceux de beaucoup d’autres pays n’encourage pas cette pratique pour des raisons liées au contrôle du flux financier et toute sorte de fraudes comme la dissimulation des fonds pour échapper à l’impôt, le blanchiment d’argent ou l’évasion fiscale ; sans compter le risque de trimballer de grandes sommes d’argent sur soi ». 

Ferhat qui ne décolère pas repart de plus belle : « Moi, j’entends les clients. Ils fuiront la compagnie nationale à la première offre d’un concurrent. On dirait que les dirigeants cherchent à achever une entreprise qui est déjà au bord du crash financier. Je suis jaloux d’entendre les Tunisiens et les Marocains parler de la façon dont ils voyagent. Et les différences de prix avec nos voisins. Un scandale ». À titre comparatif, nous avons vérifié les prix des billets aller-retour à partir de Paris concernant la période fin mars- début avril sur les trois compagnies nationales. Paris – Tunis : 270 euros, Paris-Alger : 644 euros et Paris – Casablanca : 186 euros. Malgré les prix prohibitifs du pavillon algérien, la trésorerie d’Air Algérie est au rouge depuis plusieurs années. 

Pour faire une réservation en ligne ou vérifier la disponibilité des billets Alger-Montréal, une messagerie répond : « Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée, une erreur est survenue pendant le traitement de votre demande ». 

Comment se fait-il qu’après tant d’années, Air Algérie ne se soit pas adaptée aux normes commerciales canadiennes pour perpétuer une gestion financière qui ouvre la voie à toute sorte d’abus comptables ?

Dans tous les pays où l’influence anglo-saxonne est forte, la tradition protestante a établi une relation très rigoureuse dans la gestion de l’argent. Et au Canada comme ailleurs, le paiement par cash est l’exception. 

Ce procédé de paiement archaïque n’est pas propre à Air Algérie. Le Consulat Général d’Algérie à Montréal n’est toujours pas équipé pour gérer les frais liés aux prestations administratives par le paiement par carte bancaire. Ceux qui n’ont pas l’habitude d’avoir à faire avec la représentation algérienne au Canada sont souvent obligés de repartir pour revenir avec de l’argent en espèce afin de s’acquitter du coût des services consulaires. 

L’une des raisons officieuses avancées pour expliquer le limogeage du ministre des transports Kamal Naceri « pour faute grave dans l’exercice de ses fonctions » serait en relation avec la gestion du dossier Air Algérie. 

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Économie

MAROC. LAHCEN OULHAJ* : LA CONSTRUCTION RÉGIONALE NÉCESSITE…UNE VOLONTÉ POLITIQUE

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Les accords d’Abraham, outre le repositionnement géopolitique qu’ils ils impliquent, semblent définir un nouveau format du projet économique marocain. Si l’économiste que vous êtes partage cette perception, pourriez-vous nous dire de quoi est constituée cette nouvelle approche et, surtout, vers quoi tendrait-elle ?

Lahcen OULHAJ : Les accords d’Abraham, compris comme stratégie US de réconciliation et de rapprochement d’Israël avec ses voisins arabes, concernent davantage l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn. 

La coopération politique et économique entre Israël et le Maroc remonte aux années 1960-70. Les relations entre les deux pays ont été officielles entre 1994 et 2000. Aujourd’hui, il s’agit d’une reprise officielle de cette coopération qui ne s’était pas arrêtée. 

C’était Feu Hassan II qui évoquait assez souvent l’idée des fils d’Abraham (au sens religieux s’entend) et la nécessité de l’entente de ces fils et de l’alliance de l’argent (pétrolier) arabe avec l’intelligence et la technologie israéliennes ou juives de manière générale. 

Ces Accords d’Abraham n’impliquent donc pas de repositionnement géopolitique pour le Maroc. Notre pays s’est toujours défini et voulu comme faisant partie du bloc Ouest dirigé alors par les USA, et ce, depuis le débarquement des Américains à Casablanca, en 1942. Il y a eu des bases américaines sur le sol marocain, jusqu’aux années 1970. Il est vrai qu’après l’Indépendance (acquise en novembre 1955 et officialisée en mars 1956), il y a eu la tentation du mouvement des Non-Alignés et le progressisme ambiant de l’époque, surtout sous le gouvernement socialiste Abdallah Ibrahim (1959-1960). Les relations ont ainsi été établies avec la Chine Populaire, l’URSS, la Yougoslavie… Le renvoi de ce gouvernement ne s’était pas traduit par la remise en cause de ces relations, considérées comme purement économiques. Le Maroc est le seul pays africain à avoir signé un accord de libre-échange avec les USA, entré en vigueur en 2006. Cet accord a permis de multiplier par 5 le volume des échanges commerciaux entre les deux pays, entre cette date et 2019. L’économie marocaine demeure libérale et ouverte sur le monde avec des accords de libre-échange avec 56 pays étrangers. Une coopération économique active existe entre le Maroc et le reste du monde : la Russie, l’Inde, la Chine, l’Europe, l’Afrique Subsaharienne, l’Amérique du Sud (Brésil surtout). Il n’y a pas de changement du positionnement géopolitique du Maroc. 

Toutefois, l’accord tripartite de décembre 2020, entre les USA, Israël et le Maroc, s’est traduit par la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur l’ensemble du Sahara (occidental), en contrepartie de la reprise des relations officielles entre Israël et le Maroc. Cela change radicalement la donne du conflit entre le Maroc et l’Algérie autour du Sahara. Cela a permis une coopération sans précédent en matière de défense entre Israël et le Maroc. Cela renforce considérablement les capacités militaires du Maroc. De même, l’accord se traduit par davantage d’investissements israéliens dans des domaines technologiques, au Maroc. Il y a également des promesses d’investissements américains et israéliens importants, surtout dans la région de Dakhla et en direction de l’Afrique subsaharienne. En somme, lorsque le quantitatif dépasse un seuil, il est perçu comme un changement qualitatif. Donc, si l’accord tripartite tient toutes ses promesses, on pourra parler de repositionnement géopolitique du Maroc. Mais, cela sera un résultat et non un choix nouveau. 

Il est vrai qu’avec la perte de poids économique et politique de l’Europe et des USA dans le monde pour la première et dans la région pour les seconds, le Maroc ne se sentait pas bien à l’aise dans ses relations traditionnelles avec ce bloc de l’Ouest, depuis surtout l’avènement du nouveau règne, en 1999. C’est ainsi qu’il a beaucoup renforcé ses relations économiques avec l’Afrique Subsaharienne, l’Amérique du Sud et l’Asie (Chine, Inde, Corée du Sud…) Le repositionnement géo- économique du Maroc date donc du début de ce siècle, bien que notre pays accordât, à cette époque, énormément d’importance à l’accord de libre-échange avec l’UE ; importance à tempérer, cependant, par le lancement des négociations de l’accord de libre-échange avec les USA, dès 2002, et du dialogue stratégique entre les deux pays.

La crise avec l’Algérie et la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe (GME) donne à penser que le Maroc change les paradigmes de son marché énergétique : accélération des explorations des gisements de Guercif et Larache, sollicitation du géant israélien New med Energy pour les recherches, projet d’un port gazier à Mohammedia…C’est la fin du marché nord-africain ?

Lahcen OULHAJ : Il est vrai qu’il y a une certaine accélération dans ce domaine d’exploration et de traitement du gaz. Le Maroc a été forcé. Il doit trouver des solutions dans l’immédiat. A terme, il faudra bien un jour que tous les pays se passent du pétrole et du gaz comme sources d’énergie. Est-ce la fin du marché nord-africain ? Ce marché n’a jamais été autre chose qu’un souhait. Il n’a jamais été une réalité, sauf pour le gaz. Aujourd’hui, l’Algérie a choisi de fermer ce marché et de rompre toutes relations avec le Maroc. La géographie n’a pas été modifiée pour autant. Elle est toujours là. A long terme, même si nous serons tous morts, comme disait J.M. Keynes, les problèmes politiques disparaitront, les échanges et la coopération renaîtront et se développeront. 

Quand bien même le Maroc aurait-il amorcé un décollage économique viable, il reste que le développement n’est pas seulement une affaire comptable, même si cet aspect est important. L’environnement, la confiance, la stabilité conditionnent, en dernière instance l’émancipation durable d’un pays. 

Lahcen OULHAJ : Le Maroc a certainement réalisé des avancées socio-économiques ayant leur importance, au vu de la pauvreté de ses ressources naturelles. Mais, de là à parler de décollage économique réussi, il ne faut rien exagérer. Le pays a encore beaucoup de problèmes de sous-développement. Quant à la réussite dans un milieu hostile, elle est possible. Il n’y a qu’à considérer les exemples d’Israël, de la Corée du Sud… Au contraire. L’hostilité du milieu peut être un aiguillon. Évidemment, la confiance à l’intérieur du pays, la stabilité politique et sociale sont déterminantes pour la croissance et le développement. Je pense que la réforme constitutionnelle de 2011 et les politiques sociales adoptées ces dernières années ont beaucoup renforcé la stabilité politique et sociale du Maroc. Quant à la confiance des citoyens dans les gouvernants, elle passe par la bonne gouvernance dans tous les domaines – dont, surtout, la justice – impliquant la reddition des comptes. Les élections générales de septembre dernier ont été une sanction éclatante de l’incompétence pitoyable des islamistes à gérer la chose publique. Cela a dû renforcer la confiance des citoyens en eux-mêmes et en leur pouvoir de récompenser et de punir les politiques.

Le Maroc fait le choix de l’investissement massif de l’Afrique de l’ouest. On comprend la volonté de compenser la chimère nord-africaine par la projection vers d’autres espaces. Mais cette zone est aussi sujette à l’instabilité : Mali, Guinée, Burkina Faso viennent d’être des théâtres de coups d’état ? Renoncer au rêve nord-africain, malgré les échecs, n’est-ce pas lâcher la proie pour l’ombre ?

Lahcen OULHAJ : Il est vrai que beaucoup de pays de l’Afrique subsaharienne souffrent d’instabilité politique et sociale. Il est vrai qu’il y a des risques pour l’investissement. Seulement, les investissements marocains en Afrique Subsaharienne sont des investissements privés. Il n’y a pratiquement pas d’investissements publics, sauf pour des aides dans le domaine d’équipements culturels, religieux ou de santé. L’essentiel des investissements sont dans les secteurs financiers (banque et assurance), des télécommunications et de services (dont des activités liées au commerce des marchandises). Le capital privé est, de par sa nature, opportuniste. Il y va parce qu’il y a un profit à tirer, plus élevé qu’ailleurs. On peut donc imaginer que s’il y a des investissements privés marocains en Afrique Subsaharienne, c’est parce qu’il y a des marges bénéficiaires importantes et couvrant les risques encourus. Évidemment, l’État du Maroc a signé avec les pays récipiendaires un très grand nombre d’accords économiques et commerciaux visant, entre autres, la protection de ces investissements. Mais, le risque zéro n’est pas de ce monde. 

Concernant le rêve nord-africain, investir en Afrique Subsaharienne n’est pas incompatible avec le développement de relations économiques avec les pays de l’Afrique du Nord. Le Maroc avait signé l’accord d’Agadir avec la Tunisie, l’Égypte et d’autres pays du Moyen-Orient. Il y a donc des échanges avec ces pays, mais nos pays sont souvent concurrents, sur le plan commercial. Avec l’Algérie, il y a une complémentarité indéniable, mais ce n’est pas le Maroc qui a choisi de rompre. Les opportunités économiques sont réelles en Afrique Subsaharienne et loin d’être une ombre qui serait saisie au lieu de la proie. Malheureusement, la proie est pour le moment un mirage, dont il faut pour le Maroc se détourner. 

L’Afrique Subsaharienne est convoitée par toutes les puissances économiques mondiales. Ses atouts et ses potentiels contrebalancent, et de loin, ses servitudes. Même les USA qui avaient détourné leur regard vers l’Asie, semblent maintenant vouloir s’y faire une grande place. La Grande-Bretagne se retire progressivement de l’Europe et regarde vers de plus en plus vers l’Afrique…

Depuis la conférence du Caire de 1947, en passant par la conférence de Tanger, l’Union du Maghreb arabe ( UMA), l’Afrique du nord court derrière son destin. Ces échecs sont-ils le fait d’égoïsmes économiques latents ou explicites des États ou, au contraire, les échecs économiques sont-ils la conséquence logique d’une conception géopolitique erronée de la construction régionale ?

Lahcen OULHAJ : La construction régionale nécessite avant tout une volonté politique commune à tous les États de la région à construire. Les conférences du Caire et de Tanger n’ont pas été le fait d’États souverains, mais de mouvements politiques, plus ou moins isolés. La seule tentative des États a été la création de l’UMA à Marrakech, le 17/2/1989. Kadhafi a imposé l’épithète « arabe » à l’UM, que la constitution marocaine a d’ailleurs rejeté depuis 2011. Les conditions politiques (conflit du Sahara) et économiques d’une union n’étaient d’ailleurs pas réunies. En plus, 3 ans après cette création, Benjedid a été démis de ses fonctions et Taya de Maurétanie a été assez vite renversé. Aujourd’hui, tous les acteurs signataires de l’accord (sauf ce dernier) ne sont plus de ce monde. 

L’intégration régionale nécessite d’abord et avant tout une volonté politique de construire un ensemble économique intégré et fort. Ensuite, il faut libérer les forces économiques privées pour assurer cette intégration en l’encadrant sur les plans institutionnels et juridiques. L’exemple de l’UE est là. On peut s’en inspirer. Des adversaires sur le plan politique ne peuvent en aucun cas construire un projet économique commun. Au contraire, les égoïsmes économiques sont le moteur de la croissance et du développement. Il faut libérer les égoïsmes individuels. Les États ne doivent pas poursuivre des objectifs politiques dans le cadre d’un jeu à somme nulle : ce que je gagne tu le perds et ce que tu gagnes je le perds. Lorsque les États s’inscriront dans un jeu coopératif à somme positive (gain mutuel), la construction nord-africaine avancera. Elle pourra avancer rapidement étant donné la proximité non seulement géographique, mais aussi linguistique et culturelle.

Adn-med travaille à un sursaut des élites qui doivent assumer leur devoir de lucidité et de courage en transcendant les tensions conjoncturelles. Au bout de quelques mois des femmes et des hommes des trois pays commencent à échanger dans le respect des opinions de chacun malgré un climat officiel délétère.  Cet élan peut-il, à terme, dépasser les échanges intellectuels pour atteindre des acteurs économiques ?

Lahcen OULHAJ : L’économie ne se fait pas en l’air. Elle se fait nécessairement dans un cadre étatique. Il ne peut pas y avoir d’échanges et de coopération économique lorsque les États s’y opposent. La question politique est déterminante pour l’économique. Maintenant, les échanges intellectuels sont nécessaires, car ils peuvent à terme influencer les politiques. Il faudrait viser l’objectif de renversement de l’hégémonie mentale et culturelle chez les décideurs politiques en travaillant la jeunesse qui accédera tôt ou tard aux leviers de commande. Si les jeunes nord-africains sont convaincus que tous les peuples de la région devraient travailler ensemble pour se développer ensemble, lorsque ces jeunes arriveront aux centres de décisions, les choses changeront inéluctablement positivement. 

* Lahcen OULHAJ est Professeur de sciences économiques et Président de la commission permanente chargée de l’analyse de la conjoncture économique et sociale au CESE 

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Économie

INVASION DE L’UKRAINE : LA BANQUE MONDIALE ALERTE L’AFRIQUE DU NORD

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C’est le Tunisien Ferid Belhaj, responsable de la région MENA de la Banque mondiale qui sonne le tocsin pour déplorer la distance que veulent mettre les pays nord-africains entre eux et la guerre qui s’abat sur l’Ukraine. Considérant le conflit comme lointain et délicat, les pouvoirs en place donnent en effet l’impression de jouer la montre et d’attendre de voir de quel côté, Russie ou Occident, va pencher la balance pour se positionner (voir chronique de Saïd Chekri . La guerre en Ukraine vue du sud : quand l’adoration-abhorration tue le débat).

Grave erreur, avertit le fonctionnaire international dans une publication mise en ligne par la Banque mondiale ce 7 mars. « L’actuelle zone de conflit semble éloignée, mais ce n’est qu’une apparence. À peine 1 000 km séparent les deux régions si l’on trace une ligne droite imaginaire entre l’Ukraine et les pays du Moyen-Orient ».

Rappelant ce que tout un chacun sait, l’importance des productions céréalières des deux pays qui pèsent plus de trente pour cent des exportations mondiales et le marché des graines oléagineuses qui dépend à plus de 70% des mêmes pays, Ferid Belhaj répète une évidence peu ou mal anticipée par les États de la région : la situation de guerre va « faire monter en flèche les coûts de la production agricole nationale ». Seuls les pays producteurs de gaz et pétrole peuvent tirer profit de la situation.

L’expert souligne que la région MENA qui représente 6% de la population mondiale compte 20% des catégories affectées par l’insécurité alimentaire.

Pour lui, des pays comme l’Égypte, la Tunisie ou le Maroc devront être aidés par « des opérations de soutiens budgétaires » allant même jusqu’à suggérer une forme d’adaptation du « travail réalisé depuis 2020 dans le contexte de la réponse à la pandémie de Covid-19 ».

Le responsable de la région MENA décline les effets de cette crise internationale en cinq aspects« 1) Les chocs des prix des produits alimentaires (particulièrement le blé), 2) La hausse du prix du pétrole et du gaz, 3) l’aversion mondiale face au risque/le repli sécuritaire (ce qui pourrait affecter les flux de capitaux privés vers l’ensemble des marchés émergents), 4) Les transferts de fonds, et 5) le tourisme » ; ce dernier secteur ayant massivement profité ces dernières années des charters russes et ukrainiens.

Les conséquences de ce conflit apparaitront sur le court terme et impacteront la qualité de vie en général avec une précarisation plus sévère des couches les plus vulnérables, ce qui rend d’autant plus incompréhensibles les retraits et les postures attentistes des pouvoirs publics en Afrique du nord au moment où d’autres  pays à l’instar de la France mettent en place un plan de résilience pour amortir au mieux les effets inévitables des perturbations économiques et commerciales de la guerre.  

Comment vont réagir les dirigeants à cette interpellation ?

Il y a deux mois, Ferid Belhaj avait été sévèrement pris à partie par l’Algérie suite à la publication du rapport de suivi de l’économie algérienne (voir adn-med. Algérie. Rapport de suivi. La Banque mondiale réagit).  

La charge fut si violente que la Banque mondiale avait dû faire une mise au point officielle, ce qui est une pratique rarissime dans les usages de cette institution.

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MAROC. GRÉVE RENOUVELABLE DES TRANSPORTEURS ROUTIERS

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C’est ce mercredi 9 mars que prend fin la grève de trois jours déclenchée par les transporteurs routiers sur l’ensemble du royaume. Ces derniers ont finalement mis à exécution leurs menaces de grève (voir adn-med du 22 février. Crise sociale après la crise sanitaire, Akhannouch sous pression) en engageant une épreuve de force qui paralyse leurs activités les 7, 8 et 9 mars avec possibilité de reconduction du mouvement.

Le communiqué des syndicats justifie cette action par « la négligence totale de l’Exécutif des appels au dialogue qui lui ont été adressés par les syndicats du secteur en vue de discuter et de résoudre les problèmes engendrés par la flambée des prix des carburants ».

Seule la Fédération du transport et de la logistique (FTL), affiliée à la CGEM, s’est démarquée d’un communiqué cosigné par les autres syndicats des professionnels du transport routier. En effet, la Confédération démocratique du travail (CDT), l’Union marocaine du travail (UMT), l’Union générale du travail au Maroc (UGTM), l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM) et la Fédération démocratique du travail (FDT) représentant l’essentiel des adhérents du secteur se sont joints à l’appel à la grève.

Pour l’heure, les autorités tentent de banaliser une protestation qui peut en appeler d’autres dans une conjoncture de contraintes internes et externes qui frappent le Maroc de plein fouet avec notamment les hausses brutales des prix de l’énergie et des céréales consécutives à la guerre que livre la Russie à l’Ukraine.

Le ministère de l’Intérieur qui a rappelé que le droit de grève est garanti par la constitution s’est voulu rassurant pour les usagers en affirmant que « toutes les mesures et dispositions nécessaires pour assurer la mobilité des individus et le transport des marchandises » sont prises. Il a cependant tenu à avertir qu’il traitera « avec fermeté et rigueur toute tentative de porter atteinte à la sécurité et l’ordre public, aux droits des non-grèvistes et au fonctionnement de ce service. »

Pour les autorités marocaines, le problème est d’éviter la contagion des mouvements sociaux dans un contexte marqué par des choix géopolitiques et doctrinaux qui, bien que n’ayant pas été ouvertement contestés, ne font pas l’unanimité dans le pays.

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ALGÉRIE. HAUSSE DU PRIX DU GAZ ET DES CÉRÉALES : UN JEU À SOMME NULLE ?

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Les prix des hydrocarbures flambent. Des experts n’excluent pas de voir le baril atteindre des sommets historiques. Certaines sources n’hésitent pas à envisager la barre des 190 dollars si le conflit dure, ce que de moins en moins d’observateurs écartent. 

Aux tout premiers jours de l’invasion de l’Ukraine, des responsables algériens n’avaient pas manqué de relever officieusement l’opportunité que pouvaient offrir des rentrées financières imprévues pour le pays qui est essentiellement exportateur de gaz auquel, à l’inverse du pétrole, aucune alternative sérieuse n’est disponible.

Depuis quatre jours, des voix commencent à relativiser cette euphorie. La guerre impliquant deux pays exportateurs de céréales dont les cours mondiaux grimpent avec la même célérité que les hydrocarbures, de discrets commentateurs rappellent que les factures de blé, des matières à la base de l’aliment du bétail ou celles des graines oléagineuses nécessaires à la fabrication des huiles de table peuvent considérablement relever le coût des importations et, par ricochet, atteindre directement le pouvoir d’achat des ménages. 

En effet, l’Algérie importe l’essentiel des produits servant à sa consommation domestique comme le pain, le couscous, les pattes, l’huile ou la viande. Par ailleurs, les pays occidentaux s’apprêtent à augmenter leurs marges sur les pièces de rechanges ou les médicaments, ce qui ne manquera pas d’impacter les prix d’autres besoins incompressibles. 

Mais les discussions feutrées qui meublent le plus ces derniers jours les couloirs et bureaux des administrations portent sur la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe (GME) qui provoque un manque à gagner considérable au moment où l’Europe occidentale multiplie en direction de l’Algérie les demandes urgentes de livraison de gaz. 

« S’il faut vraiment parler d’opportunité, ce sont bien les conséquences de cette fermeture qu’il faudra apprécier. Même si elles n’ont pas encore été chiffrées avec précision, on peut d’ores et déjà avancer que les pertes sont importantes, d’autant que la conjoncture place le pays en position de force pour négocier plus de contrats de longue durée et réduire encore plus les effets du marché spot », confie un ancien de Sonatrach qui nuance cependant cette infortune : « L’Algérie peut s’en tirer avec une comptabilité à somme nulle. Par contre, le Maroc qui importe son gaz et ses céréales est exposé à des jours d’autant plus difficiles qu’une sévère sécheresse affecte l’agriculture. À l’inverse, la Russie grande exportatrice de gaz et de blé gagne sur les deux tableaux. Pour ce dernier pays, il restera néanmoins à faire le bilan humain, financier, technologique, économique et politique de cette guerre. À terme, pour Moscou aussi, la facture risque d’être lourde ». 

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MAROC-ISRAËL : COOPÉRATION ENÉRGÉTIQUE

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En matière de développement d’autonomie énergétique, le Maroc semble vouloir faire actuellement feu de tout bois, si l’on peut dire. C’est sur le secteur de l’énergie verte que porte le plus grand accord privé signé entre deux sociétés marocaine et israélienne depuis l’établissement des relations diplomatiques entre le Royaume et l’État hébreu. 

Dans la foulée de la visite de Orna Barbivay, ministre de l’Économie et de l’industrie d’Israël au Maroc, Mondir Znaïber, PDG de l’entreprise marocaine Gaia Energy qui développe des projets de centrales électriques renouvelables, déjà présente dans neuf pays africains, et Yav Moaz, président de Marom, une filiale du consortium Gandyr, également spécialiste des énergies renouvelables, se sont associés dans un investissement d’une enveloppe de 13 milliards de dirhams (1,3 milliards de dollars) portant sur quatre projets concernant l’autoproduction, l’hydrogène vert, l’agrivoltaïsme et l’export d’électricité verte.

Bien que porté par des sociétés privées, cet accord s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle stratégie d’alimentation énergétique boostée par Rabat depuis la crise algéro-marocaine qui a vu la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe (GME) par lequel le royaume pourvoyait à une bonne partie de sa consommation à des tarifs préférentiels. 

Les observateurs qui suivent ce dossier n’ont pas manqué de relever l’accélération des prospections sur les sites gaziers de Guercif et Larach, la sollicitation du géant gazier israélien New med Energy pour multiplier les recherches, l’implantation d’un grand terminal gazier, une unité flottante de stockage et de regazéification à Mohammedia…À l’inverse de son voisin de l’est qui profite de la hausse des prix des hydrocarbures, le Maroc est actuellement doublement frappé par la crise de matières premières consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il doit en effet subir la charge d’une facture énergétique alourdie par l’envolée du baril et l’augmentation du prix du blé ; les deux pays slaves figurant parmi les principaux producteurs et exportateurs mondiaux. Plus de 160 bateaux céréaliers sont actuellement bloqués dans la mer d’Azov du fait du conflit déclenché par la Russie qui a notamment embrasé le sud de l’Ukraine, menaçant de provoquer des crises d’approvisionnement, voire, pour certains pays du sud, des famines.  

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