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Économie

DOSSIER COVID : DEUXIÈME PARTIE. ALGÉRIE. SAÏD DOUMANE* : QU’EN SERA-T-IL DE L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE APRÈS LA PANDÉMIE DU CORONAVIRUS ?

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Faire de la survenue de la pandémie de la Covid 19 un moment de réflexion sur l’avenir économique de l’Algérie, peut être opportun et utile. Au même titre et dans le même temps que d’autres réflexions portant sur d’autres dossiers aussi épineux : la culture, l’histoire, l’enseignement, la gouvernance… Le moment est propice, paradoxalement, non parce qu’il réunirait les conditions et les moyens d’un débat serein, mais en ce qu’il révèle l’ampleur du chantier de reconstruction à entamer : le pays est économiquement à l’agonie.  En termes de moyens matériels et financiers et de “stabilité” du pouvoir décisionnel, tout le monde sait que l’Algérie a raté deux occasions qui ne se renouvelleront plus, celle allant de 1965 à 1978 (règne de Boumédiène) et celle de 1999 à 2019 (règne de Bouteflika).

Le drame qui se joue sous nos yeux, à nos dépens, depuis la fin de l’année 2019 (“la nouvelle Algérie”), s’il devait trop durer, donnerait le coup de grâce au pays pour de longues décennies. C’est que l’Algérie a, me semble-t-il, atteint les limites de ce qu’un pays ou peuple peut supporter d’incompétence institutionnelle, de mépris politique, d’injustice sociale, de gaspillage et de détournement des ressources nationales. Aussi, si la pandémie de la Covid 19, n’est pas à l’origine du fiasco économique algérien, elle a permis de mettre à nu la fragilité, sinon la facticité de ses fondements. Encore faut-il qu’elle ne soit pas considérée comme une crise ordinaire et conjoncturelle mais un moment historique pour repenser la politique économique du pays.

Les ressources naturelles ou l’arbre qui cache la forêt :

L’Algérie a vécu, jusqu’ici, au-dessus de ses moyens ! Que l’on me comprenne bien, je ne veux pas dire par là que les Algériens dans leur ensemble ont un niveau de vie élevé et de qualité[1], mais tout simplement qu’ils sont adossés, malgré eux, à un système économique et politique de prédation de ressources et non de création de richesses. L’État algérien issu de l’indépendance, soucieux avant tout de sa pérennité n’a guère cherché à fonder une économie fondée sur le travail, ce qui l’aurait amené à gérer les contradictions et les conflits inhérents à l’effort consenti et au partage du surplus économique produit. Ayant opté pour le populisme  économique (distribuer sans produire !), il s’est focalisé sur l’extraction des ressources naturelles (agriculture de rente d’origine coloniale dans les années 1960, puis les hydrocarbures à partir des années 1970 ) ; une sorte “d’économie de cueillette”(appelée plus couramment économie de rente) qui  nécessite peu  d’efforts en matière  de mise en œuvre de mécanismes socio-économiques et de régulation adéquats : liberté d’entreprendre, concurrence loyale entre investisseurs, autonomie syndicale, valorisation du travail, droit de grève, État régulateur et non prescripteur… L’option socialiste qui a prévalu jusque dans les années 1980, a servi de caution idéologique à une politique économique volontariste dont les résultats attendus en termes de rentabilité des investissements consentis et de quantité et de qualité de la production de biens et services, sont plus que décevants. Hormis le secteur des hydrocarbures, les autres secteurs de l’économie étatique sont en déficit structurel, les entreprises publiques ayant été renflouées une bonne dizaine de fois sans qu’elles aient pu retrouver un minimum de viabilité économique et financière. La rente, agricole, minière et des hydrocarbures, a toujours servi “d’assurance-vie” à une politique économique qui a prétendu s’ériger en modèle : “le modèle de développement algérien” !

“Il est aujourd’hui unanimement admis que l’entreprise publique n’est pas ce lieu où la rationalité économique fait loi. Le secteur public est resté ce lieu où la gestion du capital peine à s’émanciper de la logique clientéliste qui traverse l’ensemble des rouages de l’économie (…). Le mode de gestion des entreprises publiques n’a pas évolué (…), elles continuent de subir les injonctions politico-administratives. Les entreprises publiques sont des entités davantage politiques qu’économiques”[2].

En gros, deux types de gestion économique se sont succédé depuis 1962, correspondant au règne de deux hommes issus de la même matrice politico-idéologique (évoqués précédemment : H. Boumédiène et A. Bouteflika). Ces deux types de gestion économique peuvent être qualifiés de contradictoires dans la forme, le deuxième d’apparence libérale (1979-1999) se voulait une remise en cause du premier (1965-1978) résolument étatiste ; ils constituent en réalité un continuum dans la mesure où l’État ne s’est jamais dessaisi de son contrôle draconien sur la décision économique et de ses soubassements populistes. A y regarder de plus près, on peut même s’apercevoir que les velléités de réforme économique et politique entamées à la fin de la décennie 1980 (sous le règne de Chadli Bendjedid, 1979-1991 et des gouvernements qui ont suivi le départ de ce dernier au début de l’année 1992) ont été jugées inappropriées par le régime d’A. Bouteflika. Pour ce dernier, il fallait renouer avec le système duquel il était éjecté à la mort de H. Boumédiène dont il se voyait le successeur naturel. Contrôler les flux économiques et leur répartition pour exercer un contrôle social le plus étroit possible.

“En tant que membre de la vieille garde du FLN et nostalgique du contrat social des années Boumédiène, il  avait affirmé dès sa première année aux commandes de l’État que les réformes telles que conçues et conduites après le soulèvement de 1988 étaient en grande partie la cause du malheur du pays… tout un processus de récupération des prérogatives que les réformes (…) avaient retiré à l’État, a été engagé dès 1999 afin que l’exécutif gouvernemental recouvre l’ensemble des pouvoirs qu’il avait perdus. Les entreprises publiques, replacées sous la tutelle des ministères, reperdent à nouveau leur autonomie. Les gros investisseurs ne peuvent rien promouvoir sans l’accord du Conseil National de l’Investissement aux mains du premier ministre et les entreprises du secteur public économique ne peuvent plus effectuer des actes de gestion notables sans l’accord du Conseil des Participations présidé par le même premier ministre.”[3]

La fin du règne de Boumédiène peut être interprétée du point de vue économique comme l’échec patent d’un ” projet industrialiste” forcené[4]. Ce projet s’est caractérisé par la mobilisation autoritaire des ressources nationales (40 à 50% du PIB) au détriment des autres secteurs de l’économie ; ce qu’on a appelé un développement déséquilibré où l’industrie lourde est censée servir de locomotive entrainante. Le résultat est connu de tous les économistes ; les effets d’entrainement n’ont guère eu lieu tandis que le reste de l’économie a périclité, notamment l’agriculture et la petite production marchande ou artisanale[5]. Les tensions sociales (grèves) et les pénuries persistantes des produits de large consommation ont poussé le gouvernement dès 1980 à  apporter des correctifs socio-économiques : assouplissement du régime d’investissement au profit de la consommation (programme dit anti-pénurie) et mise en œuvre de quelques réformes destinées à desserrer l’étreinte sur les entreprises publiques (autonomie de gestion, déconcentration des monopoles…), petite ouverture sur le secteur privé et refonte du mode de gestion du domaine agricole d’État ( dégagement partiel de l’État). Un plan quinquennal (1980-1984) est dédié à ce programme rectificatif ; il préconise une inflexion du taux d’investissement dans l’industrie et les hydrocarbures, une meilleure allocation des ressources vers l’agriculture et l’hydraulique et des transferts sociaux (habitat, formation…) un peu plus consistants. Mais, au total, la structure des dépenses reste quasi inchangée en raison des rigidités des engagements hérités des plans précédents et surtout des programmes et chantiers déjà lancés mais non terminés (les restes à réaliser, RAR, du jargon officiel) qui s’élèvent parfois à plus de 50%[6] des montants initiaux. Pressentant la difficulté, une loi relative à l’investissement privé national est promulguée à la fin de l’été 1982, aux fins de donner un peu de fluidité aux rouages de l’économie étatique. Est assigné à cette loi l’objectif explicite de “réaliser la complémentarité du secteur socialiste (…), de contribuer à l’élargissement des capacités de production nationale (…) et d’intégrer au système de planification les investissements privés…[7] Le champ d’intervention du capital privé est  élargi ( la petite et moyenne industrie, le bâtiment et les travaux publics…) mais le montant du capital autorisé à être investi est limité et soumis à une procédure d’agrément et de sélection préalables. Au plan doctrinal, dans le “débat sur l’enrichissement de la Charte Nationale” en 1985, on assiste à un petit glissement sémantique dans le discours du FLN : de l’option déclarée irréversible du socialisme de la charte de 1976, on suggère l’idée de se libérer des dogmes (sic !)[8]

La fin du règne de Boumédiène peut être interprétée du point de vue économique comme l’échec patent d’un ” projet industrialiste” forcené[4]. Ce projet s’est caractérisé par la mobilisation autoritaire des ressources nationales (40 à 50% du PIB) au détriment des autres secteurs de l’économie

Le contre-choc pétrolier de 1986 (chute du prix du baril de pétrole sur le marché international) a sensiblement perturbé cette introduction “calculée” du capital privé que devait conforter le plan quinquennal 1985-1989. Cette perturbation se transforme en chamboulement à la fin de l’année 1988 suite à la révolte sanglante d’octobre et surtout l’irruption de l’islamisme au début des années 1990. La crise économique persistante s’aggrave d’une crise politique inédite et démentielle : la violence islamiste. Le pays connaitra une décennie de malheurs où l’instinct de survie passera avant tout le reste, l’économie étant devenue une préoccupation secondaire.  Cette dernière, en phase de restructuration, replonge dans ses travers et les différents gouvernements appelés à la rescousse sont contraints de faire appel à l’aide des instances financières internationales[9].

Cette nouvelle option, plutôt imposée que sollicitée, fut perçue et vécue différemment par les courants politico-économiques nationaux et internationaux. Pour les uns (les forces économiques nationales émergentes : entrepreneurs, agriculteurs, négociants, syndicats autonomes… ,instances financières internationales et partenaires économiques et  étrangers ), il s’agit d’une opportunité à saisir pour changer de paradigme économique (passer d’une économie de rente à une économie de production) ; pour les autres (les tenants de l’économie étatique et les groupes d’intérêt  en place), le problème  se pose en termes de crise ou de déséquilibres passagers à négocier en vue de retrouver une situation antérieure jugée meilleure  et porteuse d’avenir.

Du point de vue de la transition économique souhaitée par tous, selon les choix politico-idéologiques et les intérêts des uns et des autres, la question est alors d’évaluer les rapports de force en présence. Car, au-delà des modèles, l’efficacité et la réussite économiques d’un pays relèvent beaucoup plus du système de gouvernance, des institutions et des groupes d’intérêt en place que des choix ou programmes économiques proprement dits. Et, vu sous cet angle, il n’est point sûr que des changements substantiels s’opèrent parce que “l’orientation économique de l’État est soumise au pouvoir politique et, de façon plus précise, au rapport des forces internes qui structurent ce pouvoir politique”[10].

Le retour de Bouteflika (1999-2019) : changement ou reconduction du système ?

Le retour de Bouteflika au sommet du pouvoir fait suite à deux décennies incertaines, chancelante pour la première (1979-1989) et franchement chaotique pour la deuxième (1989-1999). Rappelé à la rescousse par les décideurs militaires, élu à la hussarde et marqué par son passé intimement lié au régime de Boumédiène, Bouteflika est porté à la tête de l’État à un moment où la société algérienne n’avait qu’une attente : retrouver un peu de sécurité et de paix sociale. Elle était à mille lieux de songer à exiger un débat politique, encore moins un programme économique. Ce que le nouveau chef de l’État savait mieux que tout le monde ! Dès lors, la porte était ouverte au pouvoir monarchique propre aux potentats arabes.

Dans ce qui suit, il sera essentiellement question du volet économique de son règne, même s’il ne faut pas perdre de vue qu’en Algérie l’économique n’a jamais pu se soustraire de la mainmise du politique. On verra plus loin que même sous les effets dévastateurs de la pandémie du coronavirus, le pouvoir politique actuel n’abandonne rien de ses prérogatives économiques, juridiques et administratives héritées du régime de Bouteflika qu’il prétend pourtant mettre aux oubliettes. Comme ses prédécesseurs, à son arrivée à la tête de l’État, Bouteflika annonce une batterie de mesures économiques et financières (appelée pompeusement programme du président) sans prendre la mesure des questions à résoudre, encore moins de l’état des lieux en la matière. Le volontarisme, sinon l’outrecuidance, n’étant pas les moindres caractéristiques du personnage, il ne fallait donc point s’attendre à un débat préalable et des études d’expertise approfondies si nécessaires en économie. En Algérie, depuis l’indépendance, le déblocage d’enveloppes financières conséquentes est la réponse quasi automatique aux problèmes de déficience de gestion des entreprises publiques, des institutions ou du budget de l’État et de ses organes déconcentrés.

Ainsi donc, le règne de Bouteflika commence par l’injection de 7,2 milliards de dollars) entre 2001 et 2004, au titre d’un plan de “soutien à la relance économique”, suivis juste après (2005-2009) d’un autre montant de 180 milliards de dollars au titre “d’un programme complémentaire de soutien à la croissance”. Entre 2010 et 2014, c’est un nouveau plan de développement destiné à financer 20 secteurs d’activité qui est lancé à hauteur de 286 milliards de dollars (dont 130 milliards de dollars consacrés à rattraper les ratés ou les retards (les sempiternels restes à réaliser, RAR, des plans précédents, 2001-2004 et 2005-2009[11]. De l’arrivée de Bouteflika au pouvoir à 2014, année qui a enregistré une baisse drastique du prix du pétrole sur le marché mondial, de 700 à 800 milliards de dollars ont été engrangés dont près des trois quarts ont été engloutis dans les dépenses publiques[12]. Ces sommes d’argent vertigineuses sont permises par l’augmentation du prix du pétrole sur le marché international, donc des recettes des exportations de ce produit à parti de 2002. A priori, ces investissements dits multisectoriels ont pour objectif de favoriser l’émergence d’une économie diversifiée et sortir du quasi-monopole des hydrocarbures sur l’économie. Dans les faits, la situation en matière de diversification économique, d’élargissement de l’investissement au secteur privé, d’effort à l’exportation hors hydrocarbures n’a pas beaucoup évolué.

” Bien qu’un rattrapage en matière d’infrastructures ait été opéré, et que les conditions de vie de la population se soient améliorées, l’économie algérienne reste très dépendante des hydrocarbures qui représentent près du tiers du PIB, 96% des recettes d’exportation, 70% des recettes fiscales, et seulement 3% de la population active. En fait cette équation économique est inchangée depuis une trentaine d’années”[13].

De l’arrivée de Bouteflika au pouvoir à 2014, année qui a enregistré une baisse drastique du prix du pétrole sur le marché mondial, de 700 à 800 milliards de dollars ont été engrangés dont près des trois quarts ont été engloutis dans les dépenses publiques[12].

A vrai dire, si le retour de conjoncture s’est précipité en 2014 (baisse de près de 50% du prix du baril de pétrole), les travers économiques et politiques du règne de Bouteflika ont commencé à se manifester beaucoup plus tôt. Le népotisme, la gabegie et la corruption à grande échelle ont caractérisé organiquement son régime, même si ces phénomènes lui ont préexisté à des degrés divers[14]. Le populisme étant l’instance de régulation déjà bien établie dans la pratique politico-économique, Bouteflika l’a érigé en système de gouvernement depuis 2010 [15],  en consacrant jusqu’à 30% du PIB national aux subventions dont on sait qu’elles servent pour beaucoup à “entretenir” ses clientèles[16] qu’à soutenir le pouvoir d’achat des catégories sociales fragiles.  C’est dire que, tout compte fait, ce ne sont pas les choix économiques en eux-mêmes qui sont préjudiciables mais leurs effets pratiques sur le terrain. Et ces effets pratiques sont déterminés par l’état des rapports de force politique, les orientations idéologiques dominantes, les décisions effectives et l’état de la société en général.

En fait, les options économiques de Bouteflika qui préconisait de doter le pays d’infrastructures de base, à même de favoriser l’installation d’entreprises de production de biens et de services, n’est pas récusable en soi. De même que celles de ses prédécesseurs, l’industrie sidérurgique et mécanique lourde de Boumédiène, ou celle de Bendjedid aspirant à desserrer la mainmise de l’État en introduisant un peu de souplesse dans la gestion des entreprises publiques et en exerçant un peu moins de pression sur le capital privé et la consommation des ménages algériens. Ces choix sont discutables mais pas rédhibitoires par essence.

La critique fondamentale de ces options renvoie donc, beaucoup moins à leur teneur intrinsèque ou théorique qu’à leurs conditions de mise en œuvre qui s’inscrivent dans un environnement historique, politique et social inadéquat et peu préparé. Il n’y a eu ni étude sérieuse préalable, ni suivi et réajustement appropriés en cours de route, encore moins de remise en cause courageuse[17]. L’exemple le plus frappant de ce hiatus est le cheminement chaotique du projet industrialiste. Tous les discours des gouvernants depuis le premier plan de développement, 1967-1969 (dit plan triennal) ont pourtant insisté sur la nécessaire industrialisation du pays et l’ont priorisée sur tous les autres secteurs. Les velléités de réforme engagées en 1988-89 s’attachèrent plus à modifier les règles de fonctionnement d’une économie sclérosée par un monopole étatique étouffant qu’à remettre en cause les choix de politique économique. La facilité avec laquelle ces réformes ont été mises au placard en 1992-93 (retour de l’orthodoxie étatique) en dit long sur leur manque d’ancrage politique dans les rouages du pouvoir.  C’est la raison pour laquelle dès la sortie de la crise financière et budgétaire des années 1994-1999 (où l’Algérie a sollicité l’aide du FMI et des Clubs de Paris et de Londres en contrepartie d’un plan d’ajustement structurel), les vieux réflexes étatiques reprennent leurs droits. Sans surprise, le retour de l’aisance financière (remontée substantielle du prix des hydrocarbures sur le marché international) au début des années 2000, marque celui du dirigisme politico-bureaucratique. On a beau tablé sur la nécessaire réhabilitation du capital privé (discours d’inspiration libérale entre 2000 et 2007) pour relancer l’industrialisation, c’est la gestion administrée de l’économie qui s’est peu à peu renouvelée, s’étendant même au secteur privé[18].

“La panoplie de mesures prises par le gouvernement, notamment dans les années 2009 et 2010, participe de cette volonté (…) de remettre l’économie du pays dans le giron de l’État (…). La transition à l’économie de marché entamée à la fin des années 1980, n’a pourtant pas (…) anéanti le secteur public qui continue à avoir un poids considérable dans l’économie et la société algériennes, en dépit de ses faibles performances productives”[19].

En définitive, ce qu’il y’ a lieu de considérer en dernière analyse, en économie comme dans tous les domaines de la vie d’un pays, ce sont les résultats de sa politique et de sa gouvernance. De ce point de vue, on ne peut que déplorer à la suite de la plupart des économistes et des observateurs, le peu d’efficacité de l’investissement public en Algérie, en rapport avec un gaspillage de ressources exorbitant et ce, dans un système politico-administratif opaque et imprévisible. L’investissement privé national, même s’il a prouvé “sa réussite entrepreneuriale au bout de l’épreuve “[20]est encore loin d’avoir les coudées franches, tandis que celui international (les IDE) est tétanisé par les méandres de la bureaucratie algérienne et la complexité de sa législation en la matière. Peut-on alors  s’étonner  que le projet d’industrialisation mené tambour battant pendant plus de 40 ans se trouve aujourd’hui dans un état de déliquescence avancé (5% du PIB en 2020), que l’agriculture (8%du PIB) n’arrive point à atténuer la dépendance alimentaire du pays (1er importateur africain avec plus de 8 milliards de dollars par an), que les exportations hors hydrocarbures peinent à dépasser 2,5 milliards de dollars, que le taux de chômage officiel est de 15% (en réalité au moins le double) ?…

Baisse du prix du pétrole, Covid 19 et crise politique : une chance pour l’avenir ?

Des crises, économiques, politiques, sociales, l’Algérie en a connues : En 1963, 1965, 1978, 1980,1986, 1991-92, 1999, 2001, 2014, 2019-20, … Aucune n’a été perçue comme une occasion ou opportunité pour envisager un retour sur soi, entreprendre une autocritique et changer de méthode de gouvernance…afin de sortir de l’impasse. Pourtant, il y’eut mort d’hommes en 1963, 2001 et surtout durant la décennie 1990. Que faut-il de plus pour faire évoluer un système politique aussi claustré et imbu de lui-même ?

Aujourd’hui la donne semble avoir un peu (beaucoup ?)) changé. La conjonction de trois facteurs aussi défavorables (ressources en nette baisse, crise sanitaire doublée d’une crise politique aigue) est de nature, nous semble-t-il, à modifier sensiblement l’état des rapports sociopolitiques. Surtout dans le corps social ; car il faut bien admettre que “la mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie”[21].

Ainsi, il semble bien que de nouveaux questionnements, en attendant un débat franc, soient en cours d’émergence dans la société. Bien des tabous sont tombés en désuétude : on parle désormais de pouvoir civil, de laïcité, de fédéralisme, d’égalité homme-femme, de refondation nationale, politique, économique, culturelle et linguistique… Il est bien probable que les trois crises en cours en accélèrent l’avènement. Dans le cadre restreint de cet article, dédié principalement à la perspective économique, notre propos portera sur les changements souhaitables dans l’architecture économique en vigueur jusqu’à présent. Sortir de l’économie étatique et centralisée pour inaugurer un processus de libération de forces productives latentes et enfouies à tous les niveaux du corps social algérien et de sa géographie. Que l’on appelle ce débat économie réelle, décentralisée, locale, régionale ou territoriale, le fond de la question revient à considérer le potentiel dans ce qu’il a de pérenne et de renouvelable.

Vers un renouveau du développement économique : l’émergence d’acteurs de terrain

De par sa durée, son étendue et l’impact sur la vie sociale tous secteurs confondus, la pandémie du coronavirus a révélé l’ampleur des fragilités algériennes. Quasiment tout est à reconstruire ou à tout le moins corriger et rectifier. De nombreux militants, spécialistes et observateurs avertis parlent de refondation nationale sur les principes énoncés par le Congrès de la Soummam de 1956. Dans ce cadre général de réflexion et de remise en perspective, la question du développement économique n’est pas le moindre des chantiers à prendre en charge tant il constitue la base matérielle nécessaire à la dynamique d’ensemble.

Les pages qui précèdent n’épuisent pas, loin s’en faut, la critique de la politique de développement algérienne ; de nombreux auteurs s’y sont appliqués, y compris des économistes appelés aux affaires gouvernementales (A. Benachenhou, H. Benissad, A. Benbitour…). Tous ont, chacun à leur façon, mis à nu les aberrations d’un processus de développement qui a réduit le potentiel multisectoriel d’un pays aussi diversifié que l’Algérie à une économie mono-exportatrice d’hydrocarbures. Leurs appréciations relèvent pour la plupart un constat largement partagé : au-delà des questions techniques, le problème de fond est inhérent au centralisme outrancier de la gouvernance algérienne qui prend sa source à la fois dans le jacobinisme français, le dirigisme soviétique et le pouvoir personnel de l’Égypte nassérienne.  Le système qui en est issu se caractérise par une forte rigidité qui a résisté à toutes les tentatives de réforme. La difficulté de passer d’une économie étatique moribonde à une économie libérale censée être plus efficace en est le signe évident.

En cherchant à adopter les modèles économiques européens, socialistes puis libéraux, une valse-hésitation de choix considérés comme de nature technique, les décideurs algériens ont pris l’ombre pour la proie. Ils ont oublié ou ignoré que ces modèles sont la résultante d’expériences historiques particulières. Les processus d’industrialisation de ces pays sont pourtant édifiants si l’on se donne la peine d’en étudier la genèse : ils ont tous pris racine dans leurs territoires, avec des ressources et des procédés techniques locaux ; les apports extérieurs et les innovations sont venus s’ajouter à ce potentiel de départ et non le remplacer. En périodes de crises ou de graves perturbations, ce sont les producteurs de proximité et les collectivités territoriales (petits paysans, entreprises familiales, institutions locales…) qui assurent un minimum de production de biens et de services, de présence solidaire et de cohésion sociale. De même que dans l’ex-Union Soviétique et les ex-pays socialistes marqués par les pénuries structurelles, ce sont souvent les petits agents économiques en marge des grands circuits étatiques qui ont mis à disposition des populations en manque des denrées de consommation de survie : produits alimentaires, petits outillages, services de transports…, de niveau artisanal. Et dans les pays en développement, surtout ceux dont l’État central contrôle les rouages essentiels de l’économie, il n’est pas anodin que ce soient les activités dites informelles ou non officielles qui suppléent aux défaillances de la production et de l’intervention des organismes publics ad hoc. C’est ce phénomène d’économie et de vie solidaires que l’on observe en ces temps de crise sanitaire en Algérie : petite production marchande, échanges de proximité, services informels, entraide familiale…C’est dire que les acteurs économiques, sociaux et culturels infra-étatiques s’avèrent souvent plus efficaces que les grands agents et instances de niveau central. Il y’a dans cet “underground” social et culturel des liens nécessaires qui s’établissent entre les individus et les groupes qui partagent un même lieu d’existence (village, terroir, commune, ville, région…) et des conditions de vie communes. Il s’agit d’un mode de vie vernaculaire (le pays, tamurt, leblad…) susceptible de révéler un potentiel de synergie, de solidarité, d’énergie, insoupçonné (coopération, complicité, émulation, jalousie…) à même de cristalliser un véritable levier de développement, à la condition que le pouvoir central ne le considère pas comme un reliquat de survivances anachroniques à réduire.  Dans ce cadre infra-étatique peut se déployer une gouvernance d’un type nouveau fondée sur l’interaction des acteurs locaux publics et privés, la mutualisation des ressources et des moyens et la concertation, l’objectif implicite ou affiché étant d’améliorer la “base de vie” commune. Les réseaux de producteurs-consommateurs de proximité sont, ainsi, mis en état   de veiller à la protection de leur environnement, de leurs ressources et de leur cadre de vie en général.

Le local, le régional, le territoire, le pays… : des réalités anthropologiques

L’économiste A. Lewis, Prix Nobel d’économie (en économie du développement, 1979), disait qu’un État qui veut tout contrôler finit par ne rien contrôler. C’est le cas d’un certain nombre de pays très centralisés, dont l’Algérie qui, à force de vouloir tout régenter s’est retrouvé en porte-à-faux avec la société qui supporte l’administration étatique comme un corps hostile et étranger. D’où l’absence de confiance et de sérénité entre la population et les organes étatiques. Né dans le contexte de la décolonisation, l’État algérien s’est présenté d’emblée comme un appareil providentiel pour diriger une société amorphe et sans ressorts anthropologiques, historiques et culturels. C’est pourquoi le programme économique se posait- et s’imposait- de façon catégorique : apporter la rationalité économique en rompant avec les structures socio-économiques anciennes jugées anachroniques et, de surcroit, perverties par le système colonial. L’État-démiurge s’est alors mis en place.

Le bilan du développement économique de cet État est plus que contestable ; l’espoir caressé par Boumédiène d’atteindre le niveau de l’Espagne dès la décennie 1980 (en vérité, c’est le niveau de la puissance ex-colonisatrice, la France, qui est fantasmée !) n’a pas eu lieu. Les initiateurs du projet de développement, les techno-bureaucrates dont l’horizon mental est rivé à l’État-Nation ne pouvaient pas comprendre que le véritable potentiel économique et social à mobiliser se trouve dans les profondeurs de la société (les ressources diffuses, les petits capitaux familiaux, les réseaux d’échange entre territoires, les techniques assimilées…). En lieu et place de ce potentiel, ils ont érigé une énorme machine bureaucratique budgétivore, stérile et prédatrice. Le développement économique par le “haut” part du présupposé théorique que seul un État central fort est à même de promouvoir les investissements adéquats, les décisions et les plans nécessaires et d’en assurer la cohérence d’ensemble. La multitude d’agents économiques, d’entrepreneurs autonomes, de territoires hétérogènes, d’initiatives a priori disparates…, sont perçus l’État central comme un imbroglio anarchique néfaste au développement national.

Né dans le contexte de la décolonisation, l’État algérien s’est présenté d’emblée comme un appareil providentiel pour diriger une société amorphe et sans ressorts anthropologiques, historiques et culturels.

Depuis une trentaine d’années, les économistes (re)découvrent les vertus et l’efficacité des petits entrepreneurs “cachés”, les dynamiques socio-économiques locales et situées qui ne procèdent pas des démembrements et de la sous-traitance de l’État central. Une dynamique autonome et plus ou moins improvisée d’acteurs vernaculaires dont l’émergence répond à des demandes latentes. Il s’agirait, selon certains théoriciens hétérodoxes[22] d’un processus de développement par” le bas”, mis en œuvre quasi spontanément en marge de la programmation ou de la planification étatique. On admet de plus en plus l’existence de ces entrepreneurs de terrain mais on continue à leur refuser “une légitimité différente du pouvoir central”[23]. Ces acteurs locaux aspirent à une reconnaissance institutionnelle, voire même à des concessions substantielles du pouvoir central (administration de proximité, fiscalité locale, représentation politique et syndicale…) en vue de maîtriser les instruments de gestion de leurs activités. Ainsi, délestés des pesanteurs et des blocages des instances hiérarchiques et centralisées, ils veulent acquérir une plus grande marge de manœuvre pour se constituer en réseaux proches et lointains (entre villages, villes, régions, pays…), de façon à contourner les cloisonnements bureaucratiques institués par l’administration centrale. Dans cette perspective, l’État central, en s’appuyant judicieusement sur ses fonctions régaliennes peut devenir un partenaire de choix et même jouer un rôle économique dynamique en tant qu’instance de régulation et d’ajustement. Cette configuration organisationnelle, économique et politique est, selon les conditions historiques et culturelles propres à chaque pays, le mode en vigueur dans la plupart des sociétés avancées. Même la France, réputée pour son centralisme historique, s’efforce depuis les années 1980 de se libérer de ce tropisme qui a fait de Paris et sa région l’unique miroir civilisationnel de l’espace français. Les territoires et les régions de ces pays existent et se déploient en tant qu’entités politico-institutionnelles et socio-économiques reconnues et dotées d’instances de gouvernement et de gestion largement décentralisées, autonomes ou fédérées. Ils sont souvent le creuset dans lequel naissent et s’affirment des initiatives entrepreneuriales dont certaines atteignent des dimensions internationales. De nombreuses études économiques dans l’Europe des régions (Italie, Belgique, Suisse, Allemagne…) soulignent, en effet, que la réussite économique et technologique de contrées comme la Toscane, la Flandre, le canton de Genève, la Bavière…, est essentiellement due à leur dynamisme interne[24]“Aujourd’hui, dans l’économie globalisée, le nouveau système techno-industriel est organisé sur une base territoriale et constitue une agrégation de systèmes productifs locaux”[25]Et ces systèmes productifs locaux sont assez souvent le résultat d’initiatives et de synergies d’agents locaux échafaudant des petites et moyennes entreprises avec des moyens familiaux, en symbiose avec le marché, les relations humaines et les ressources endogènes. A l’inverse des grands projets et pôles industriels à la soviétique ou à l’algérienne crées avec des moyens d’État gigantesques, fonctionnant telles des enclaves sans véritables liens organiques avec les milieux d’accueil.

C’est dire, à la suite des économistes spécialisés dans les études des expériences de développement local, que l’entreprise viable et pérenne est rarement celle qui a été mise en place par l’État central mais celle qui est secrétée par des initiatives d’acteurs territoriaux en phase avec leur milieu. Être en phase ne veut dire être déconnecté de “l’extérieur” ; les acteurs locaux sont souvent très informés de ce qui se passe loin de “chez eux” : ils savent faire la part des choses en valorisant d’abord le potentiel humain et matériel de proximité.

Au-delà des effets plus ou moins désastreux, pas seulement économiques, générés par la pandémie du coronavirus, il est à espérer que, mises face à elles-mêmes et devant les déficiences structurelles-devenues criardes- des politiques étatiques monopolistiques, les populations prendront, là où elles vivent, des résolutions allant dans le sens de leur autonomisation. Toutes les régions, en Algérie, en Afrique du Nord et ailleurs, ont des expériences historiques à méditer.

* Saïd Doumane. Économiste, ancien vice-recteur de l’Université de Tizi-Ouzou.

Bibliographie :

  • BELLAL, Samir (2017) : La crise du régime rentier, essai sur une Algérie qui stagne.
  • BENHOURIA, Tahar (1980) : L’économie de l’Algérie, éditions François Maspéro, Paris.
  • BENKO, Georges (1995) : Les théories du développement local, Revue de Sciences Humaines n° 8, février-mars.
  • BOUDJEMA, Rachid (2011) : Économie du développement de l’Algérie 1962-2010, 3 volumes, éditions Dar El Khadouniya, Alger.
  • ECREMENT, Marc () : Indépendance politique et libération politique, un quart de siècle du développement de l’Algérie, éditions Enap/Opu, Pug, Alger-Grenoble.
  • GRIM, Nordine (2012) : Entrepreneurs, Pouvoir et Société en Algérie, éditions Casbah, Alger.
  • HACHEMAOUI, Mohamed (2015) : clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine, Revue Critique Internationale n°68.
  • JOLLY, Cécile (2001) : Les cercles vicieux de la corruption en Algérie, Revue Internationale et Stratégique n° 42.
  • LECLERC-OLIVE, Michèle (1995) : Décentraliser, enjeux théoriques et pratiques, Revue des Sciences Humaines n° 8.
  • MAILLAT, Denis (1995) : Les milieux innovateurs, revue des Sciences Humaines n° 8, février-mars.
  • MEZOUAGHI, Mihoub (2015) : chronique d’une crise permanente, Revue Politique Étrangère, 3ème trimestre.
  • SADI, Saïd (2019) : Révolution du 22 février, un miracle algérien, éditions Frantz FANON, Tizi-Ouzou. 

[1]  Avec un niveau de pib/ tête d’habitant d’environ 4300 $ us en 2020, l’Algérie se situe parmi les pays africains les plus riches (ou les moins pauvres !)  mais loin derrière les pays du monde méditerranée comme l’Espagne et l’Italie (33000 $), la Turquie (15000 $), la Grèce (16000 $) et même des pays émergents dont le pib moyen par tête d’habitant est estimé par la Banque mondiale à un peu plus de 8000 $. Elle est un peu mieux lotie que ses voisins d’Afrique du Nord (Maroc : 3300 $), Tunisie :3400 $, Mauritanie : 1200 $) …En 2014, le pib /tête d’hbt est évalué à environ 5500 $, ce qui dénote une perte de pouvoir d’achat de plus de 12% en 5-6 ans.

[2]  Cf  Samir Bellal ; Quel sort pour le secteur public en Algérie ? in Le Soir d’Algérie du 27-01-2018.

[3]  Nordine Grim : Entrepreneurs, Pouvoir et Société en Algérie, édition Casbah, Alger, 20212, p.171-172.

[4]  Cf.  Tahar Benhouria : l’économie de l’Algérie, édition François Maspéro, 1980.

[5]  Cf.  Marc Ecrement : indépendance politique et libération économique, un quart de siècle de développement de l’Algérie 1962-1985, ENap/Opu (Alger)/PUG(Grenoble) 1986.

[6]  Cf M. Ecrement, op cit

[7]  Ibid P.315

[8] Un discours d’un haut responsable du FLN (cf. Révolution Africaine du 19/25- 07- 1985 stipule :” le socialisme n’est pas un dogme, ni un enseignement achevé, définitif et immuable. Il est surtout une méthode dans la conduite de l’action…”.

[9]  De 1988 à 1999, pas moins de 07 gouvernements se sont succédé pour tenter de remettre sur selle un régime fortement ébranlé par une crise multidimensionnelle. Durant la période, 04 accords sont conclus avec le Fonds Monétaire International qui, conformément à sa doctrine libérale, suggère dans les 02 premiers accords, 1989 et 1991, quelques ajustements plutôt légers au fonctionnement de l’économie algérienne (amorce d’une libéralisation des prix, légère baisse du dinar et du déficit budgétaire…) et impose une plus grande intervention dans les 02 derniers accords, 1994 et 1995, où il est question d’opérer un ajustement structurel, c’est-à-dire de réformer l’économie nationale dans le sens d’une plus grande insertion dans l’économie de marché (privatisation, libéralisation du marché interne et insertion dans le marché international…). 

[10]  Cf.  K.S Naïr, revue Sou’al n° 1, cité par M. Ecrement, op.cit P.281.

[11]  Cf.  Rachid Boudjema : Économie du développement de l’Algérie 1962-2010, édition Dar El Khadouniya, Alger, 2011.

[12]  Cf.  Mihoub Mezouaghi : chronique d’une crise permanente, revue Politique Étrangère 2015/3.

[13]  Ibd, P. 1.

[14] Cf.  Cécile Jolly : les cercles vicieux de la corruption en Algérie, in Revue Internationale et Stratégique n°42, 2001/3.

[15]  La crainte de voir la révolte tunisienne et égyptienne se propager en Algérie à partir de 2010, a poussé les autorités algériennes à mettre en place un programme de subventions très importantes, dont l’objectif était de contenir la contestation sociale (acheter la paix sociale, disait-on). Devenues structurelles, le gouvernement actuel a le plus grand mal à les réaménager dans le sens d’une meilleure efficacité socio-économique.

[16]  Cf.  Mohamed Hachemaoui : clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine, in revue Critique internationale n° 68, 2015/3.

[17] Cf.  N.  Grim : Entrepreneurs, pouvoir et société en Algérie, Casbah Éditions, Alger, 2012. 

[18]  Cf.  M. Mézouaghi, op cit.

[19]  Cf N. Grim op.cit, P. 78-79

[20]  Ibid, P.126.

[21]  Cf.  Saïd Sadi : Révolution du 22 février, un miracle algérien, Éditions Frantz Fanon, Tizi-Ouzou, 2019.

[22] Cf.  Georges Benko : les théories du développement local, in revue Science Humaines n° 8, fév.-mars, 1995

[23]  Cf.  Michèle Leclerc-Olive : Décentraliser, enjeux théoriques et politiques, in Cahiers du GMDEV n° 27, octobre 2001, Paris.

[24]  Cf G. Benko, op cit.

[25]  Cf.  Denis. Maillat : les milieux innovateurs, in revue des Sciences humaines, n° 8, février-mars 1995

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Économie

TUNISIE : MOODY’S DEGRADE ENCORE LA NOTE TUNISIENNE A Caa2

A Caa3, c’est l’impossibilité pour le pays d’accéder à des financements extérieurs

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TUNISIE : MOODY’S DEGRADE ENCORE LA NOTE TUNISIENNE A Caa2

La dégradation de la situation financière tunisienne ne connait pas de répit. Ce 27 janvier l’agence de notation Moody’s annonce avoir encore dégradé la note de la Tunisie qui se situe désormais au niveau Caa2 « avec perspectives négatives », ce qui expose le pays à un scénario de plus en plus probable de défaut de paiement.  Ce niveau est l’avant-dernier palier qui précède celui qui signifie qu’un pays est en faillite. Avec Caa3 se profile l’impossibilité pour le pays d’accéder à des financements extérieurs.

L’examen du dossier tunisien commencé en septembre 2022 a conduit Moody’s à abaisser aussi les notations de la dette senior, non garantie, et la notation senior de la Banque centrale de Tunisie, également non garantie.

Le déclassement du niveau Caa1 à Caa2 est essentiellement motivé par le manque de ressources monétaires pouvant répondre aux besoins massifs et urgents de financement dont a besoin le pays (5 milliards $ de financement extérieur pour 2023). Moody’s estime en effet que, sauf opportunité de financement externe – pour l’heure peu évidente – la perspective de défaut de paiement risque de conduire le pays à une situation difficilement compatible avec la notation Caa2, ce qui augure d’une dégringolade aux effets dévastateurs.

Le retard de la signature du prêt de 1,9 milliards de dollars avec le FMI qui affecte les réserves en devises de la Tunisie, l’aggravation des tensions sociales et l’instabilité politique révélées par la faible participation aux législatives du 17 décembre créent un écosystème délétère entretenu par l’incapacité des différents gouvernements à élaborer, programmer et exécuter des réformes économiques à même de mettre un terme aux déséquilibres budgétaires, détaille Moody’s.

Pour l’agence de notation, l’accord survenu en septembre 2022 entre le gouvernement et la centrale syndicale, l’UGTT ainsi que l’autorégulation des prix des carburants et du gaz naturel demeurent insuffisants à arrêter la spirale d’un marasme de la situation financière de plus en plus critique. Moody’s note qu’à ce stade de délitement social et de crise politique, la restauration des grands équilibres économiques et financiers restent hypothétiques même si l’accord avec le FMI venait à être paraphé.

Cette nouvelle baisse de la notation tunisienne traduit en fait un diagnostic établi de longue date par les experts et commis de l’Etat tunisiens ainsi que les principaux partenaires du pays. La dynamique régressive qui enfonce la Tunisie dans une crise sans nom est la conséquence mécanique d’un aventurisme politique qui a culminé le 25 juillet 2021 quand Kaïs Saïed commit son coup d’Etat constitutionnel. Une date que le président tunisien, plus autiste que jamais, se plait à considérer comme le moment de la renaissance nationale.

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Économie

DEPRECIATION DU DIRHAM : VENT DE PANIQUE EPHEMERE

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MAROC DEPRECIATION DU DIRHAM : VENT DE PANIQUE EPHEMERE

Un vent de panique s’est emparé mercredi soir de l’opinion marocaine et de certains marchés dans la soirée de mercredi et les premières heures de jeudi suite à l’affichage par le convertisseur de devises google d’un taux de change anormalement bas de la monnaie marocaine. Le moteur de recherche affichait un euro à 18,54 dirhams alors que la côte avoisinait dans la journée les 11 dirhams. Une chute de 70% incompatible avec le régime de flexibilité qui a immédiatement entrainé un communiqué rectificatif de la banque centrale qui a rappelé que « la seule able pour les cours de change du dirham est le portail de Bank Al Maghrib ( banque centrale marocaine NDLR), ainsi que Bloomberg et Refnitiv pendant les heures d’ouverture du marché de change marocain ».

Les milieux avisés ont rapidement saisi qu’il s’agissait d’un bug informatique mais sur la toile l’information a donné cours à des spéculations fantaisistes voire alarmistes qui suggéraient l’idée d’une crise monétaire analogue à celle qui affecte la Turquie voire d’un effondrement de l’économie marocaine. 

Si les esprits sont vite revenus à la raison pour imputer cette poussée de fièvre à un malencontreux incident technique des titres de paresse marocaine, à l’instar de l’Opinion,  comme n’ont pas hésité à soulever l’hypothèse d’un acte malveillant qui «  aurait sciemment manipulé l’algorithme de Google Finance » lequel, de son côté se défend en mettant en avant une clause de « non responsabilité », expliquant que les données «  proviennent de marché boursier de fournisseurs de contenu (…) Google ne procède à aucune vérification des données et décline toute obligation dans ce sens. »

Une alerte sans grande incidence financière, le bug étant intervenu à la clôture des marchés, mais qui soulève de nouveau la question de la supposé infaillibilité des géants de la toile.

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Économie

TUNISIE : KAIS SAIED FAIT GELER 105 COMPTES BANCAIRES

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TUNISIE : KAIS SAIED FAIT GELER 105 COMPTES BANCAIRES

105 comptes bancaires appartenant à des personnes physiques ou des entreprises embrassant divers secteurs viennent d’être gelés. Démantèlement d’un complot d’envergure impliquant des financements occultes islamistes, comme le suggèrent discrètement les gorges chaudes proches du Palais de Carthage, ou énième manœuvre destinée à faire diversion moins de deux semaines avant le deuxième tour des élections législatives plombées le 17 décembre par une participation calamiteuse du premier tour ? C’est la question de l’heure qui agite les milieux politico-médiatiques tunisois et qui peinent à y apporter une réponse tranchée tant les décisions similaires annoncées par le passé à grands fracas publicitaire et demeurées sans suite ou abandonnées laissent perplexes une grande partie de l’opinion publique lassée par les rengaines d’un président qui fait de « la chasse aux voleurs pour donner aux pauvres » l’alpha et l’oméga d’une gestion aussi stérile qu’aléatoire. Est-ce à dire que cette opération est forcément une réplique des précédentes ? Si des observateurs demeurent prudents, d’autres, par inclination idéologique ou connaissance du retraitement de l’argent sale par les réseaux islamistes, préfèrent accorder le bénéfice du doute à cette initiative.

Les faits 

Le 18 janvier, une missive émanant de l’Unité d’investigation sur les crimes financiers complexes, une des structures de la Direction de la police judiciaire, fuite. Elle fait état de 101 noms de personnes physiques et morales dont les comptes sont bloqués. Le lendemain, la même liste contenant 4 noms supplémentaires est portée à la connaissance du public par le même procédé.

Les titulaires de ces comptes sont des membres de la mouvance islamiste ou des acteurs qui leur sont proches. On y trouve Soumaya Jebali qui n’est autre que la fille de l’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali, Mouadh Kheriji, le fils Rached Ghannouchi (responsable du parti Ennahdha) Adel Daadaa ( dissident du même parti ), Ameur Laarayedh ( autre dirigeant nahdhaoui)…Figurent également dans cette liste des sociétés de communication comme Zitouna TV ou  Carthage Plus, connues pour leurs lignes éditoriales conservatrices, des entreprises de nettoyage… La correspondance fuitée est destinée aux banques et aux organes intervenant en bourse qui sont informés qu’une instruction du parquet près le pôle judiciaire économique et financier en date du 28 décembre, faisant suite à une enquête en cours, a décidé du gel de 105 comptes bancaires à partir du 6 janvier.

Les interrogations

Sans atteindre une telle envergure, des opérations analogues ont déjà été lancées sans que rien de probant ne viennent corroborer les accusations portées sur la place publique avant même que les enquêtes n’aient été bouclées. Des médias tunisois, peu suspects de sympathies islamistes, invitent à la prudence sans pour autant éliminer formellement l’hypothèse d’un vaste réseau de recyclage de grandes masses financières dédiées à l’infiltration des institutions, au conditionnement des opinions publiques, aux recrutements clientélistes et…à l’enrichissement personnel.  Il reste que la divulgation sur la toile de 25 noms appartenant au camp démocratique à l’occasion du premier tour ou d’autres cabales, plus anciennes, comme les interdictions de quitter le territoire national, les arrestations abusives ou les assignations à résidence impromptues frappant des opposants jettent une suspicion sur une affaire que le choix du timing comme le recours au fuitage comme mode communication ne contribue pas à crédibiliser. Outre la banalisation de l’invocation des complots si chers à Kais Saied, les milliers de manifestants qui ont investi la capitale le 14 janvier et les autres villes du pays, l’aide alimentaire libyenne vécue comme une humiliation par des segments importants des classes moyennes ( voir ADN-Med des 15 et 18 janvier ) et la proximité du second tour hypothèquent la fiabilité d’une enquête dont, pourtant, les tenants et les aboutissants peuvent ne pas être une vue de l’esprit tant l’internationale des Frères musulmans a généreusement arrosé ses démembrements organiques en Afrique du nord, Ennahdha en tête.

La confusion qui entoure ce dossier est illustrée par la savoureuse boutade de cet ancien destourien, vieux routier des coulisses de la vie politique tunisienne : «  Kais Saied a tellement affabulé et abusé de son pouvoir que même quand il dira la vérité ou appliquera la loi, les Tunisiens y verront mensonge et injustice. »

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Économie

AIDE ALIMENTAIRE : LA LIBYE VOLE AU SECOURS DE LA TUNISIE

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La dégradation de la situation socio-économique tunisienne se précipite. Cette fois c’est la Libye, en proie à une guerre civile sans fin, qui vole au secours de son voisin de l’ouest. Le chargé d’affaires de l’ambassade libyenne à Tunis révèle ce 17 janvier sur les ondes de radio Mosaïque FM que la Libye vient d’envoyer par voie routière des convois acheminant des produits de première nécessité comme la farine, le riz, l’huile ou le sucre. Le diplomate libyen a déclaré que 96 camions ont déjà passé le poste frontière Ras Jedir.  La quantité totale de véhicules lourds «  atteindra les 170 camions chargés de produits de base » a déclaré le chargé d’affaire qui précise qu’il s’agit d’une aide  « envoyée par le gouvernement d’unité nationale présidé par Abdelhamid Dbeibah » opposé au gouvernement Bachagha du  soutenu par des pays comme l’Égypte.        

Cette aide intervient au moment où le ministère des finances publie un rapport qui témoigne des difficultés qui assaillent une Tunisie coincée entre les exigences des institutions financières internationales qui conditionnent leur coopération par une cohérence prospective qui tarde à venir et des revendications de l’UGTT, une centrale syndicale qui a longtemps modéré ses propos, avant d’afficher une position plus ferme pour être en phase avec une rue de plus en plus tendue.

Ce rapport propose une réforme qui doit faire progresser les revenus fiscaux de 11,2% sur la période allant de 2023 à 2025, contenir les dépenses salariales qui qui ne doivent pas évoluer de plus 5,4% pour la même durée. Ainsi, la masse salariale devra peser 12,9% du PIB en 2025 au lieu des 15,1% de 2022. Autre contrainte qui affectera les couches les plus modestes, les compensations qui pèsent 8,3% en 2022 seront ramenées à 1,7% du PIB en  2025, ce qui est considérable.     

Des réductions qui risquent d’alimenter des tensions sociales déjà grandes.

Cette paupérisation continue qui fait dépendre les besoins les plus élémentaires du pays de soutiens, pas toujours désintéressés de l’Algérie et maintenant du la Libye, suscite des commentaires acerbes de la part des figures les plus crédibles de la vie universitaire et médiatique tunisiennes. Outre la dégradation de l’image du pays qu’elles génèrent, ces observateurs voient dans ces soutiens un cout politique et diplomatique qui se fait au détriment des positions traditionnelles de la Tunisie qui, avant l’avènement de Kais Saied,  a su garder une relative autonomie sur les grandes questions régionales et internationales comme la question du Sahara occidental ou le positionnement par rapport à la Russie. Des commentaires qui ne semblent pas infléchir la vision autocratique un président tunisien plus rigide que jamais.

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Économie

EXCLUSIF. EXPLOITATION DU GISEMENT DE GARA DJEBILET (ALGÉRIE). POURQUOI MAINTENANT ?

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Le 8 mai 2022, le conseil des ministres entérinait le principe du lancement de la première phase d’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet situé dans le grand sud-ouest algérien. Le 31 juillet, le ministre de l’Énergie et des mines Mohamed Arkab se rendait sur les lieux pour lancer l’ouverture du site. Le 17 aout l’agence de presse officielle APS annonçait une extraction de 1000 tonnes. Selon Mohamed Arkab, une première étape s’échelonnant de 2020 à 2025 devrait permettre une production de 2 à 3 millions de tonnes en attendant d’atteindre des volumes allant de 40 à 50 millions de tonnes à partir de 2026. Entretemps, les autorités algériennes font état de démarches devant conduire à une joint-venture avec le chinois CMH. 

Pourquoi cette précipitation ? Pourquoi ce gisement connu de longue date fut-il ignoré à ce jour ? Qu’est ce qui a décidé le gouvernement algérien à se lancer dans ce projet aujourd’hui ? Que représente cette ressource et quelle en est la nature. Adn-Med s’est penché sur un dossier où se croisent les données économiques, les contraintes techniques et financières et les considérations géopolitiques. 

Un site majeur

Gara Djebilet est un des plus grands gisements du monde. Il renferme 2 milliards de tonnes de minerai de fer dont 800 à 900 millions de tonnes à 57-58% de fer métal, ce qui est un taux appréciable.

Le site qui est situé à 130 km au sud-est de Tindouf, ville reliée par une route goudronnée de 990 km à Béchar, se trouve à 400 km de l’Atlantique et à 1560 km du port d’Arzew.

Signalé pour la première fois en 1952, Gara Djebilet avait été alors étudié par le Bureau de Recherche Minière en Algérie, BRMA. Après l’indépendance, la Société Nationale d’Exploitation et de Recherche Minières, SONAREM, s’y investit dès 1966, date de sa création. L’endroit est donc relativement bien connu sur les plans de la géologie, de la métallogénie, de la géophysique (aéroportée et magnétique) et de la géochimie, grâce à de nombreux travaux exploratoires, dont plusieurs sondages (plus de 200 soit 7000 ml de carottes) et puits de reconnaissance permettant de recueillir et d’analyser suffisamment d’échantillons pour avoir une idée précise de la valeur, la nature et la quantité du minerai.

Géologie

Les archives de SONAREM révèlent qu’il s’agit d’un gisement sédimentaire, stratiforme, dans lequel des strates particulières sont minéralisées en fer. Évidente plus-value économique, les couches de fer oolithique (microparticules sphériques de fer constituant la substance utile du minerai) datées d’environ 400 millions d’années affleurent partiellement dans trois (3) zones principales dans un périmètre global de 140 km2 environ : 

– Gara Djebilet Ouest de 40 km2 (10 km x 4 km) ;

– Gara Djebilet Centre de 90 km2 (20 km x 4,5 km) ;

– Gara Djebilet Est de faible étendue 7 km2 (7 x 1 km).

Une station d’essai fut construite à proximité du gisement ouest, afin d’étudier les possibilités d’enrichissement du minerai par épierrage à sec sur séparateurs magnétiques basse intensité (technique de séparation du fer et de la terre permettant le captage du minerai par la magnétisation du rouleau).  

Dans le bassin Gara Djebilet ouest, la lentille minéralisée, de direction NW-SE, subhorizontale ou à très faible pendage NE (1°-2°) est recouverte par des grès. Elle est facilement accessible dans la partie sud du bassin sous forme d’une falaise formée par un minerai compact, induré, dominant de plusieurs dizaines de mètres les terrains sous-jacents.

Dans le bassin Gara Djebilet centre, situé à 10 km du bassin ouest, la lentille minéralisée de même orientation et pendage que la précédente se développe sur 90 km2 environ. Elle est également recouverte par des grès. Sa bordure sud offre également une falaise, mais moins abrupte et moins haute que sa voisine ouest.

Enfin, le bassin Est, distant du central de 8 km, plus réduit est de l’ordre de 7 km2 (7 x 1 km).

Dans cette zone ferrifère de 137 km2, des lentilles plus riches en fer s’individualisent dans chacun des trois secteurs.

Le mur (la base) des couches utiles est constitué d’une alternance de niveaux oolithiques, grès et argiles sur une épaisseur de 15 m sous la couche minéralisée.

Le minerai commence par un niveau pouvant atteindre 10 m d’épaisseur, de produit non magnétique aux couleurs variant de l’ocre au gris-rouge. Les teneurs moyennes en fer varient de 40 à 57% et atteignent parfois 58% de fer dans la Gara ouest.

Au-dessus, se trouve le minerai magnétique, oolithique, stratifié de couleur variable. Sa teneur en fer dépasse 57% sur la Gara centre, 58 % sur la gara ouest et atteint parfois 60% dans les parties les plus riches.

Dans l’ensemble les couches sont régulières et peu ou pas affectées par les cassures, à l’exception d’une faille de 13 m de rejet qui affecte le gisement central.

Dans la partie sud du bassin, la couche utile a été dénudée par l’érosion, livrant ainsi le minerai à ciel ouvert, ce qui représente évidemment un avantage certain pour la production.

À Gara Djebilet, la minéralisation se présente sous forme de trois couches superposées (parallèles) dont l’épaisseur totale varie de 15 à 20 mètres. La teneur moyenne générale est de 56%. La couche médiane, dite couche utile, épaisse de 8 à 9 m a une teneur de 58% à Gara ouest et 57% à Gara centre. 

Les réserves dans cette seule couche utile seraient de 900 millions à 1 milliard de tonnes, dont 500 millions de tonnes dans la zone centre et 400 millions dans la zone ouest.

L’épaisseur des recouvrements stériles sont de l’ordre de 10 m en zone ouest et de 20 m en zone centre, ce qui ne constitue pas en soi une grande contrainte pour le déblaiement et donc l’accès au minerai. 

L’exploitation à ciel ouvert est possible, ce qui rend d’autant plus rentable l’extraction. Ainsi la zone ouest, plus favorable à cet égard, pourrait assurer les 25 premières années un rythme de 15 millions de tonnes par an. 

A priori donc les données géophysiques font de Gara Djebilet l’un des endroits les plus attractifs au monde. Sauf que… 

Caractéristiques chimiques 

Les recherches de Sonarem ont identifié les éléments suivants :

Fer = 57- 58 % ; Silice (Si O2) = 4,7-4,9 % ; Al2O3+ Ti = 4,3-4,7 % ; CaO + MgO = 1,6 % ; CO2 = 2,5-3,6 % ; H2O combinée = 2,9-3% ; Soufre (S) = 1,01% ; Phosphore (P) = 0,8 % ; Arsenic (As) =0,026%.

Ces analyses mettent en évidence la richesse du gisement en fer (entre 57 et 58 %), la présence de silice (4,7 à 4,9 %) et du phosphore (0,8%).

Si la teneur en silice est dans les valeurs acceptées par le marché mondial, il n’en est pas de même pour le phosphore (0,8%) ; les normes admises dans le commerce international devant être inférieures à 0,1%. 

Il convient de souligner qu’à tous les stades de son traitement (enrichissement, agglomération, bouletage, réduction, etc.) les techniques les plus appropriées sont indispensables pour déphosphorer le minerai afin de tendre vers zéro phosphore, préalable à une utilisation industrielle de qualité.

Exploitation

Extraction et traitement nécessiteront l’installation d’usines préparant un minerai de fer commercialisable conduisant à la fabrication d’acier de qualité.

Par ailleurs, l’éloignement du gisement des ports de l’ouest algérien (1560 km : Arzew, un peu moins pour Oran et Béni Saf) ainsi que l’importance des installations de traitement nécessaires, rendent l’exploitation relativement coûteuse. Pour parvenir à un niveau de rentabilité concurrentielle, il faut un tonnage annuel exploité de l’ordre de 15 millions de tonnes/an, encore faudrait-il recourir à des techniques d’extraction les moins onéreuses possibles.

Avec ces 15 millions de tonnes/an, les réserves connues de minerai riches de l’ordre de 900 millions de tonnes, permettent une exploitation sur environ 60 ans, ce qui est remarquable.

Considérations politiques 

On a souvent avancé la question de la déphosphoration, particulièrement énergivore, pour expliquer le renoncement de l’Algérie à se lancer dans l’exploitation de Gara Djebilet. Sans être anodine, cette contrainte n’est pas la plus importante dans la mise en veilleuse du chantier. Les disponibilités en gaz et en énergie solaire pouvaient satisfaire à la consommation des unités devant séparer le phosphore du fer.

Le conflit du Sahara occidental dont les premières manifestations remontent à 1973 semblent avoir poussé le pouvoir algérien à différer le lancement de ce mégaprojet tant que les décisions des autorités espagnoles quand au devenir de leur colonie n’étaient pas connues. 

Par la suite, l’intensité des affrontements opposant le Polisario et l’armée marocaine ont dissuadé les autorités algériennes de se lancer dans des investissements lourds dans une zone d’instabilité démographique – les camps saharaouis sont à quelques encablures du site – et de grande insécurité militaire. D’où l’abandon du chantier sachant que la condition d’un transport rapide et court, c’est-à-dire d’une rentabilité financière satisfaisante, requérait l’ouverture d’un couloir vers l’Atlantique. 

Cette éventualité est aujourd’hui aussi hypothéquée qu’au début du conflit. 

Pourquoi Alger a-t-il relancé une exploitation minière dont les paramètres qui l’avaient empêchée sont plus que jamais d’actualité ? Le transport du minerai vers les ports du nord sera-t-il soutenable financièrement ?  Des usines sidérurgiques seront-elles implantées sur sites pour créer un écosystème justifiant la mobilisation de tant de moyens ? Les ressources en eau que nécessiterait cette implantation seront-elles disponibles ? Les problématiques environnementales dans un espace largement affecté par une désertification de plus en plus envahissante ont-elles été appréhendées ? Après l’épuisement du gisement, c’est à dire 60 années, le lieu de vie serait-il viable ?

Demeurent les spéculations des think tanks et des chancelleries. Les options stratégiques du Maroc qui se projettent dans une perspective supra régionale avec tout ce que cela implique comme choix culturels et géostratégiques contraignent l’Algérie à « meubler » le site en créant ex nihilo une cité importante et durable pour marquer un territoire disputé depuis toujours par son voisin de l’ouest. Et ceci quel qu’en soit le prix. 

Un ancien cadre de SONAREM s’interroge : « Quand bien même ces sacrifices seraient-ils pertinents pour une période de 60 ans ; un tel projet, avec la mise en œuvre des moyens qu’il appelle et ses implications financières, urbanistiques, écologiques et humaines ne méritait-il pas un débat parlementaire voire citoyen ? »

On n’a pas fini de le constater : le conflit du Sahara occidental reste l’obstacle majeur du développement de l’Afrique du Nord. Et le moins que l’on puisse en dire est que pour l’heure aucun compromis n’apparait à l’horizon.  

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Économie

MAROC : RENFORCEMENT DE LA FLOTTE DE CANADAIRS

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Une enveloppe de 1,3 milliards de dirhams a été dégagée pour renforcer de trois avions une flotte de Canadairs composée déjà de cinq appareils de type 415. Un Canadair coute entre 25 et 35 millions d’euros, selon le modèle.

C’est le ministre délégué auprès du chef de gouvernement, chargé de l’Administration de la Défense nationale, Abdellatif Loudiyi qui a fait cette annonce mardi devant la commission des Affaires étrangères. Le projet de loi des finances 2023 prévoit pour ce département un budget de 62,3 milliards de dirhams. 

Le Maroc a subi ces quatre dernières années des incendies qui ont essentiellement touché le nord du pays, zone la plus boisée du royaume. Les régions de Larache, Ouezzane, Tétouan et Chefchaouen ont ainsi vu plus de 9.000 hectares détruits par les feux. De l’avis de plusieurs ONG marocaines, ces dommages ont cependant été considérablement limités grâce à l’intervention des Canadairs que le pays utilise par ailleurs comme moyen de sauvetage ou de transport de marchandises voire de voyageurs en dehors des périodes à risques incendiaires. Pour l’heure, le Maroc reste le seul pays africain à disposer de ce genre d’appareils. Lors des incendies qui avaient dévasté les forêts algériennes, notamment en Kabylie, à l’été 2021, les autorités marocaines avaient proposé la mise à disposition de leurs Canadairs à leur voisin de l’est. L’offre fut rejetée par Alger en raison des relations qui venaient de se dégrader entre les deux pays mais aussi pour ne pas donner à voir une comparaison préjudiciable au pouvoir algérien face à un rival historique. L’Algérie avait néanmoins fini par accepter l’intervention de deux Canadairs français pour lesquels le gouvernement avait alors remercié…l’Union européenne.    

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Économie

GAZODUC NIGÉRIA-AFRIQUE DU NORD : RABAT ET ALGER SUR LE PIED DE GUERRE

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Voilà encore un dossier où Alger et Rabat se rendent coup pour coup. 

Dimanche, le Roi du Maroc Mohamed VI s’adressant à la nation à l’occasion du 47ème anniversaire de la marche verte rappelait l’initiative prise « avec son excellence Muhammadu Bouhait, président de la République fédérale du Nigéria de lancer le projet Gazoduc Nigéria-Maroc » et se félicitait de « l’avancement de ce grand projet, conformément à l’accord signé en 2016 ».

Le même jour, le ministre des Affaires étrangères du Nigéria, Geoffrey Onyeama était reçu à Alger par son homologue algérien Ramtane Lamamra et le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune. Il déclarait que « les deux pays (L’Algérie et le Nigéria NDLR) ont procédé à la mise en place d’un Conseil d’affaires algéro-nigérian », insistant particulièrement sur « les projets structurants, notamment le gazoduc Alger-Lagos, la Transsaharienne et la dorsale à fibre optique ».

Ce Méga projet était déjà l’objet d’une sourde opposition diplomatique entre Alger et Rabat depuis plusieurs années (voir adn-med du 17 septembre). Il est devenu un terrain d’affrontement ouvert après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays survenue en août 2021, à l’initiative d’Alger.

Le Maroc qui a réussi à intéresser à sa démarche les pays de la CEDEAO fait valoir le développement dont profiteraient les 400 millions de personnes des treize pays que traverserait le gazoduc avec ce que cela implique comme stabilité des flux migratoires et garantie sécuritaire dans le Sahel et l’ouest africain. De son côté, l’Algérie met en avant un trajet plus court (4000 km au lieu des 6000 pour le tracé marocain) et son statut de pays producteur de gaz à même de contribuer à une meilleure potentialisation de l’offre sur le marché européen.  

Pour l’instant, les financements des deux projets demeurent incertains. D’une part les sommes nécessaires à leur réalisation dépassent largement les capacités d’emprunt des pays concernés – ce qui appelle la mobilisation des capitaux des grandes entreprises multinationales voire des États – d’autres parts, et malgré la pression induite sur le marché des hydrocarbures par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’investissement à long terme dans les énergies fossiles reste sujet à controverse.  

En attendant, Rabat et Alger ont trouvé matière à ouvrir un autre champ de bataille.  

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Économie

TUNIS PARALYSÉE : GRÈVE SURPRISE DANS LES TRANSPORTS

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La capitale tunisienne s’est réveillée ce mercredi sans transports suite à l’appel à une grève ouverte lancée la veille par de la Fédération générale du transport affiliée à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) alors que le chef de l’État se trouve à Alger où il participe au 31ème sommet de la Ligue arabe. 

Dans l’émission la Matinale de radio Shems fm, Wejih Zidi, le secrétaire général de la Fédération, explique ce mercredi la soudaineté de cette action par le silence des autorités de tutelle à savoir le ministère des transports et de la direction générale de la Société des transports de Tunis (Transtu). Cette dernière structure n’a pas réagi aux doléances des travailleurs dont les rémunérations n’ont toujours pas été versées, obligeant ces derniers, dénonce le responsable de la Fédération, à recourir à des moyens expéditifs pour rembourser leurs traites, pourvoir aux besoins de leurs familles ou simplement se procurer un médicament. 

Wejih Zidi signale que lorsque dans le passé leur entreprise était confrontée à des difficultés de trésoreries, celle-ci avertissait les employés d’un possible retard de paiement des mensualités alors que cette fois aucune information ne leur a été fournie.

Outre ces causes immédiates, Wejih Zidi rappelle les conditions déplorables dans lesquelles exercent les travailleurs qui sont souvent agressés ainsi que l’état du parc roulant qui empêche le collectif d’offrir le service de qualité auquel ont droit les usagers du grand Tunis. 

Tout en se faisant l’écho de la colère qui anime les agents de l’entreprise, le syndicaliste laisse la porte ouverte au dialogue en déclarant que « la grève peut s’arrêter en quelques instants et que ceci dépendait des autorités de tutelle ».

Ce mouvement risque de perturber davantage la mobilité d’un monde du travail tunisien dont les performances sont déjà durement affectées par une grave crise financière qui freine la consommation et raréfie les importations des pièces de rechange, rendant la compétitivité des unités économiques encore plus aléatoire.

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Économie

MAROC : ASSUMER L’INDUSTRIE DU CANNABIS

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Le Maroc organise à partir de ce mardi un colloque international de 2 jours sur la problématique du cannabis dont il est un des tous premiers producteurs mondiaux. Les ministres de l’enseignements supérieur et de la recherche scientifique ainsi que celui de la santé font partie des responsables politiques qui sont partie prenante de cette initiative. Le  conseil national économique, social et environnemental et plusieurs universitaires participent à une rencontre qui vient prolonger une réflexion engagée dans le royaume depuis plusieurs années.

Plus de soixante intervenants dont des experts venus du Canada, d’Angleterre, de Belgique se sont associés aux différents acteurs marocains  pour traiter de disciplines comme la question juridique de la légalisation, de la transformation, de la commercialisation ou des vertus thérapeutiques du principe actif du cannabis le tetra hydroxycanabinol.

Le parlement marocain qui a déjà eu à aborder cet important et délicat dossier semble vouloir approfondir les données médicales, sociologiques, économiques et culturelles d’un problème qui concerne en premier chef le Royaume chérifien mais aussi des pays riverains et plus généralement ceux de l’Europe qui ne parviennent pas à venir à bout d’un flux ininterrompu d’un produit qui irrigue une économie parallèle qui brasse plusieurs milliards d’euros avec des conséquences qui menacent autant les domaines sanitaires des populations que les  aspects sécuritaires des États.

La perspective de la légalisation semble désormais actée au Maroc qui adhère à la thèse qu’une mise sur le marché du cannabis soumise à un contrôle des pouvoirs publics peut à la fois assurer à terme la réduction des réseaux clandestins, la surveillance de la qualité des produits commercialisés et enfin une rentabilité économique transparente et donc soumise à la fiscalité des finances générés par cette culture.

Il reste que les études menées par les pays qui ont déjà légalisé le cannabis ne permettent pas de tirer des conclusions unanimes ou définitives. Le Portugal qui adopte une politique libérale semble vouloir continuer son expérience relativement récente. À l’inverse, aux Pays-Bas où la légalisation existe depuis de longues années, des voix commencent à s’élever pour relever les limites et les risques de cette approche, le cannabis étant dans la quasi-totalité des cas la porte d’entrée qui mène aux addictions sévères.

Pour l’heure, le Maroc semble résolu à organiser la production et la commercialisation d’une production que ni les aides massives de l’union européenne dédiées à la promotion de cultures de substitution ni les campagnes plus ou moins crédibles d’éradication n’ont pu réduire significativement.  

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Économie

GAZODUC NIGÉRIA-MAROC : LA CEDEAO S’IMPLIQUE

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3 ou 4 ans pour débloquer les financements, 5 ans de travaux et une inauguration prévue pour 2032. Ce sont les délais nécessaires à la réalisation du Gazoduc Nigéria-Maroc dont les études de pré-faisabilité et de faisabilité sont bouclées, si l’on en croit Sediko Douka, le commissaire chargé des Infrastructure, de l’énergie et de la digitalisation au sein de la CEDEAO (communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest)  qui s’exprimait ce 15 septembre à Rabat après la signature d’un mémorandum entre le Maroc et la CEDEAO portant sur cet autre méga-projet qui ambitionne de desservir les pays de l’Afrique de l’ouest et l’Europe. (Voir adn-med du 4 septembre).

Pour Sediko Douka, le TSGP (Trans saharian gas pipeline) l’autre gazoduc qui doit traverser le Niger et se terminer en Algérie n’est pas concurrent mais complémentaire du second tracé qui doit desservir 13 pays ouest-africains. « Avec les énormes potentialités gazières du Nigéria, les 2 gazoducs trouveront leur place et seront même complémentaires (…) Sachant que le Gazoduc Nigéria-Maroc va se raccorder à d’autres pays producteurs comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire. Il y a de la place pour les 2 infrastructures » a plaidé le commissaire de la CEDEAO.

Longtemps perçus comme exclusifs l’un de l’autre, en raison notamment de la rupture des relations algéro-marocaines qui a considérablement perturbé le marché gazier en Afrique du Nord, le tracé traversant le Niger et l’Algérie et celui qui passe par la côte atlantique sont présentés désormais comme des équipements d’égale importance. 

Il reste à mobiliser des financements qui s’élèvent à plusieurs milliards de dollars pour chaque projet. Trouvera-t-on des investisseurs pour les 2 réalisations ? Oui, répondent d’une même voix les partisans du gazoduc Nigéria-Maroc. Il y va de l’accès à l’énergie, c’est-à-dire du droit au développement de 400 millions de personnes ; ce qui n’est pas sans incidence sur la stabilité et la sécurité de la région ouest-africaine qui menace de s’embraser par un effet domino à partir des foyers sahéliens qui ont déjà contaminé le Nigeria à travers des organisations comme Boko Haram. La réduction de la pauvreté, source des flux migratoires incessants est aussi, pour partie, tributaire de l’aboutissement de ce méga-projet qui pourra également pourvoir aux besoins de l’Europe de l’Ouest, ajoutent les mêmes promoteurs qui se projettent déjà dans la phase marketing du chantier.   

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