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Économie

DOSSIER COVID : DEUXIÈME PARTIE. ALGÉRIE. SAÏD DOUMANE* : QU’EN SERA-T-IL DE L’ÉCONOMIE ALGÉRIENNE APRÈS LA PANDÉMIE DU CORONAVIRUS ?

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Faire de la survenue de la pandémie de la Covid 19 un moment de réflexion sur l’avenir économique de l’Algérie, peut être opportun et utile. Au même titre et dans le même temps que d’autres réflexions portant sur d’autres dossiers aussi épineux : la culture, l’histoire, l’enseignement, la gouvernance… Le moment est propice, paradoxalement, non parce qu’il réunirait les conditions et les moyens d’un débat serein, mais en ce qu’il révèle l’ampleur du chantier de reconstruction à entamer : le pays est économiquement à l’agonie.  En termes de moyens matériels et financiers et de “stabilité” du pouvoir décisionnel, tout le monde sait que l’Algérie a raté deux occasions qui ne se renouvelleront plus, celle allant de 1965 à 1978 (règne de Boumédiène) et celle de 1999 à 2019 (règne de Bouteflika).

Le drame qui se joue sous nos yeux, à nos dépens, depuis la fin de l’année 2019 (“la nouvelle Algérie”), s’il devait trop durer, donnerait le coup de grâce au pays pour de longues décennies. C’est que l’Algérie a, me semble-t-il, atteint les limites de ce qu’un pays ou peuple peut supporter d’incompétence institutionnelle, de mépris politique, d’injustice sociale, de gaspillage et de détournement des ressources nationales. Aussi, si la pandémie de la Covid 19, n’est pas à l’origine du fiasco économique algérien, elle a permis de mettre à nu la fragilité, sinon la facticité de ses fondements. Encore faut-il qu’elle ne soit pas considérée comme une crise ordinaire et conjoncturelle mais un moment historique pour repenser la politique économique du pays.

Les ressources naturelles ou l’arbre qui cache la forêt :

L’Algérie a vécu, jusqu’ici, au-dessus de ses moyens ! Que l’on me comprenne bien, je ne veux pas dire par là que les Algériens dans leur ensemble ont un niveau de vie élevé et de qualité[1], mais tout simplement qu’ils sont adossés, malgré eux, à un système économique et politique de prédation de ressources et non de création de richesses. L’État algérien issu de l’indépendance, soucieux avant tout de sa pérennité n’a guère cherché à fonder une économie fondée sur le travail, ce qui l’aurait amené à gérer les contradictions et les conflits inhérents à l’effort consenti et au partage du surplus économique produit. Ayant opté pour le populisme  économique (distribuer sans produire !), il s’est focalisé sur l’extraction des ressources naturelles (agriculture de rente d’origine coloniale dans les années 1960, puis les hydrocarbures à partir des années 1970 ) ; une sorte “d’économie de cueillette”(appelée plus couramment économie de rente) qui  nécessite peu  d’efforts en matière  de mise en œuvre de mécanismes socio-économiques et de régulation adéquats : liberté d’entreprendre, concurrence loyale entre investisseurs, autonomie syndicale, valorisation du travail, droit de grève, État régulateur et non prescripteur… L’option socialiste qui a prévalu jusque dans les années 1980, a servi de caution idéologique à une politique économique volontariste dont les résultats attendus en termes de rentabilité des investissements consentis et de quantité et de qualité de la production de biens et services, sont plus que décevants. Hormis le secteur des hydrocarbures, les autres secteurs de l’économie étatique sont en déficit structurel, les entreprises publiques ayant été renflouées une bonne dizaine de fois sans qu’elles aient pu retrouver un minimum de viabilité économique et financière. La rente, agricole, minière et des hydrocarbures, a toujours servi “d’assurance-vie” à une politique économique qui a prétendu s’ériger en modèle : “le modèle de développement algérien” !

“Il est aujourd’hui unanimement admis que l’entreprise publique n’est pas ce lieu où la rationalité économique fait loi. Le secteur public est resté ce lieu où la gestion du capital peine à s’émanciper de la logique clientéliste qui traverse l’ensemble des rouages de l’économie (…). Le mode de gestion des entreprises publiques n’a pas évolué (…), elles continuent de subir les injonctions politico-administratives. Les entreprises publiques sont des entités davantage politiques qu’économiques”[2].

En gros, deux types de gestion économique se sont succédé depuis 1962, correspondant au règne de deux hommes issus de la même matrice politico-idéologique (évoqués précédemment : H. Boumédiène et A. Bouteflika). Ces deux types de gestion économique peuvent être qualifiés de contradictoires dans la forme, le deuxième d’apparence libérale (1979-1999) se voulait une remise en cause du premier (1965-1978) résolument étatiste ; ils constituent en réalité un continuum dans la mesure où l’État ne s’est jamais dessaisi de son contrôle draconien sur la décision économique et de ses soubassements populistes. A y regarder de plus près, on peut même s’apercevoir que les velléités de réforme économique et politique entamées à la fin de la décennie 1980 (sous le règne de Chadli Bendjedid, 1979-1991 et des gouvernements qui ont suivi le départ de ce dernier au début de l’année 1992) ont été jugées inappropriées par le régime d’A. Bouteflika. Pour ce dernier, il fallait renouer avec le système duquel il était éjecté à la mort de H. Boumédiène dont il se voyait le successeur naturel. Contrôler les flux économiques et leur répartition pour exercer un contrôle social le plus étroit possible.

“En tant que membre de la vieille garde du FLN et nostalgique du contrat social des années Boumédiène, il  avait affirmé dès sa première année aux commandes de l’État que les réformes telles que conçues et conduites après le soulèvement de 1988 étaient en grande partie la cause du malheur du pays… tout un processus de récupération des prérogatives que les réformes (…) avaient retiré à l’État, a été engagé dès 1999 afin que l’exécutif gouvernemental recouvre l’ensemble des pouvoirs qu’il avait perdus. Les entreprises publiques, replacées sous la tutelle des ministères, reperdent à nouveau leur autonomie. Les gros investisseurs ne peuvent rien promouvoir sans l’accord du Conseil National de l’Investissement aux mains du premier ministre et les entreprises du secteur public économique ne peuvent plus effectuer des actes de gestion notables sans l’accord du Conseil des Participations présidé par le même premier ministre.”[3]

La fin du règne de Boumédiène peut être interprétée du point de vue économique comme l’échec patent d’un ” projet industrialiste” forcené[4]. Ce projet s’est caractérisé par la mobilisation autoritaire des ressources nationales (40 à 50% du PIB) au détriment des autres secteurs de l’économie ; ce qu’on a appelé un développement déséquilibré où l’industrie lourde est censée servir de locomotive entrainante. Le résultat est connu de tous les économistes ; les effets d’entrainement n’ont guère eu lieu tandis que le reste de l’économie a périclité, notamment l’agriculture et la petite production marchande ou artisanale[5]. Les tensions sociales (grèves) et les pénuries persistantes des produits de large consommation ont poussé le gouvernement dès 1980 à  apporter des correctifs socio-économiques : assouplissement du régime d’investissement au profit de la consommation (programme dit anti-pénurie) et mise en œuvre de quelques réformes destinées à desserrer l’étreinte sur les entreprises publiques (autonomie de gestion, déconcentration des monopoles…), petite ouverture sur le secteur privé et refonte du mode de gestion du domaine agricole d’État ( dégagement partiel de l’État). Un plan quinquennal (1980-1984) est dédié à ce programme rectificatif ; il préconise une inflexion du taux d’investissement dans l’industrie et les hydrocarbures, une meilleure allocation des ressources vers l’agriculture et l’hydraulique et des transferts sociaux (habitat, formation…) un peu plus consistants. Mais, au total, la structure des dépenses reste quasi inchangée en raison des rigidités des engagements hérités des plans précédents et surtout des programmes et chantiers déjà lancés mais non terminés (les restes à réaliser, RAR, du jargon officiel) qui s’élèvent parfois à plus de 50%[6] des montants initiaux. Pressentant la difficulté, une loi relative à l’investissement privé national est promulguée à la fin de l’été 1982, aux fins de donner un peu de fluidité aux rouages de l’économie étatique. Est assigné à cette loi l’objectif explicite de “réaliser la complémentarité du secteur socialiste (…), de contribuer à l’élargissement des capacités de production nationale (…) et d’intégrer au système de planification les investissements privés…[7] Le champ d’intervention du capital privé est  élargi ( la petite et moyenne industrie, le bâtiment et les travaux publics…) mais le montant du capital autorisé à être investi est limité et soumis à une procédure d’agrément et de sélection préalables. Au plan doctrinal, dans le “débat sur l’enrichissement de la Charte Nationale” en 1985, on assiste à un petit glissement sémantique dans le discours du FLN : de l’option déclarée irréversible du socialisme de la charte de 1976, on suggère l’idée de se libérer des dogmes (sic !)[8]

La fin du règne de Boumédiène peut être interprétée du point de vue économique comme l’échec patent d’un ” projet industrialiste” forcené[4]. Ce projet s’est caractérisé par la mobilisation autoritaire des ressources nationales (40 à 50% du PIB) au détriment des autres secteurs de l’économie

Le contre-choc pétrolier de 1986 (chute du prix du baril de pétrole sur le marché international) a sensiblement perturbé cette introduction “calculée” du capital privé que devait conforter le plan quinquennal 1985-1989. Cette perturbation se transforme en chamboulement à la fin de l’année 1988 suite à la révolte sanglante d’octobre et surtout l’irruption de l’islamisme au début des années 1990. La crise économique persistante s’aggrave d’une crise politique inédite et démentielle : la violence islamiste. Le pays connaitra une décennie de malheurs où l’instinct de survie passera avant tout le reste, l’économie étant devenue une préoccupation secondaire.  Cette dernière, en phase de restructuration, replonge dans ses travers et les différents gouvernements appelés à la rescousse sont contraints de faire appel à l’aide des instances financières internationales[9].

Cette nouvelle option, plutôt imposée que sollicitée, fut perçue et vécue différemment par les courants politico-économiques nationaux et internationaux. Pour les uns (les forces économiques nationales émergentes : entrepreneurs, agriculteurs, négociants, syndicats autonomes… ,instances financières internationales et partenaires économiques et  étrangers ), il s’agit d’une opportunité à saisir pour changer de paradigme économique (passer d’une économie de rente à une économie de production) ; pour les autres (les tenants de l’économie étatique et les groupes d’intérêt  en place), le problème  se pose en termes de crise ou de déséquilibres passagers à négocier en vue de retrouver une situation antérieure jugée meilleure  et porteuse d’avenir.

Du point de vue de la transition économique souhaitée par tous, selon les choix politico-idéologiques et les intérêts des uns et des autres, la question est alors d’évaluer les rapports de force en présence. Car, au-delà des modèles, l’efficacité et la réussite économiques d’un pays relèvent beaucoup plus du système de gouvernance, des institutions et des groupes d’intérêt en place que des choix ou programmes économiques proprement dits. Et, vu sous cet angle, il n’est point sûr que des changements substantiels s’opèrent parce que “l’orientation économique de l’État est soumise au pouvoir politique et, de façon plus précise, au rapport des forces internes qui structurent ce pouvoir politique”[10].

Le retour de Bouteflika (1999-2019) : changement ou reconduction du système ?

Le retour de Bouteflika au sommet du pouvoir fait suite à deux décennies incertaines, chancelante pour la première (1979-1989) et franchement chaotique pour la deuxième (1989-1999). Rappelé à la rescousse par les décideurs militaires, élu à la hussarde et marqué par son passé intimement lié au régime de Boumédiène, Bouteflika est porté à la tête de l’État à un moment où la société algérienne n’avait qu’une attente : retrouver un peu de sécurité et de paix sociale. Elle était à mille lieux de songer à exiger un débat politique, encore moins un programme économique. Ce que le nouveau chef de l’État savait mieux que tout le monde ! Dès lors, la porte était ouverte au pouvoir monarchique propre aux potentats arabes.

Dans ce qui suit, il sera essentiellement question du volet économique de son règne, même s’il ne faut pas perdre de vue qu’en Algérie l’économique n’a jamais pu se soustraire de la mainmise du politique. On verra plus loin que même sous les effets dévastateurs de la pandémie du coronavirus, le pouvoir politique actuel n’abandonne rien de ses prérogatives économiques, juridiques et administratives héritées du régime de Bouteflika qu’il prétend pourtant mettre aux oubliettes. Comme ses prédécesseurs, à son arrivée à la tête de l’État, Bouteflika annonce une batterie de mesures économiques et financières (appelée pompeusement programme du président) sans prendre la mesure des questions à résoudre, encore moins de l’état des lieux en la matière. Le volontarisme, sinon l’outrecuidance, n’étant pas les moindres caractéristiques du personnage, il ne fallait donc point s’attendre à un débat préalable et des études d’expertise approfondies si nécessaires en économie. En Algérie, depuis l’indépendance, le déblocage d’enveloppes financières conséquentes est la réponse quasi automatique aux problèmes de déficience de gestion des entreprises publiques, des institutions ou du budget de l’État et de ses organes déconcentrés.

Ainsi donc, le règne de Bouteflika commence par l’injection de 7,2 milliards de dollars) entre 2001 et 2004, au titre d’un plan de “soutien à la relance économique”, suivis juste après (2005-2009) d’un autre montant de 180 milliards de dollars au titre “d’un programme complémentaire de soutien à la croissance”. Entre 2010 et 2014, c’est un nouveau plan de développement destiné à financer 20 secteurs d’activité qui est lancé à hauteur de 286 milliards de dollars (dont 130 milliards de dollars consacrés à rattraper les ratés ou les retards (les sempiternels restes à réaliser, RAR, des plans précédents, 2001-2004 et 2005-2009[11]. De l’arrivée de Bouteflika au pouvoir à 2014, année qui a enregistré une baisse drastique du prix du pétrole sur le marché mondial, de 700 à 800 milliards de dollars ont été engrangés dont près des trois quarts ont été engloutis dans les dépenses publiques[12]. Ces sommes d’argent vertigineuses sont permises par l’augmentation du prix du pétrole sur le marché international, donc des recettes des exportations de ce produit à parti de 2002. A priori, ces investissements dits multisectoriels ont pour objectif de favoriser l’émergence d’une économie diversifiée et sortir du quasi-monopole des hydrocarbures sur l’économie. Dans les faits, la situation en matière de diversification économique, d’élargissement de l’investissement au secteur privé, d’effort à l’exportation hors hydrocarbures n’a pas beaucoup évolué.

” Bien qu’un rattrapage en matière d’infrastructures ait été opéré, et que les conditions de vie de la population se soient améliorées, l’économie algérienne reste très dépendante des hydrocarbures qui représentent près du tiers du PIB, 96% des recettes d’exportation, 70% des recettes fiscales, et seulement 3% de la population active. En fait cette équation économique est inchangée depuis une trentaine d’années”[13].

De l’arrivée de Bouteflika au pouvoir à 2014, année qui a enregistré une baisse drastique du prix du pétrole sur le marché mondial, de 700 à 800 milliards de dollars ont été engrangés dont près des trois quarts ont été engloutis dans les dépenses publiques[12].

A vrai dire, si le retour de conjoncture s’est précipité en 2014 (baisse de près de 50% du prix du baril de pétrole), les travers économiques et politiques du règne de Bouteflika ont commencé à se manifester beaucoup plus tôt. Le népotisme, la gabegie et la corruption à grande échelle ont caractérisé organiquement son régime, même si ces phénomènes lui ont préexisté à des degrés divers[14]. Le populisme étant l’instance de régulation déjà bien établie dans la pratique politico-économique, Bouteflika l’a érigé en système de gouvernement depuis 2010 [15],  en consacrant jusqu’à 30% du PIB national aux subventions dont on sait qu’elles servent pour beaucoup à “entretenir” ses clientèles[16] qu’à soutenir le pouvoir d’achat des catégories sociales fragiles.  C’est dire que, tout compte fait, ce ne sont pas les choix économiques en eux-mêmes qui sont préjudiciables mais leurs effets pratiques sur le terrain. Et ces effets pratiques sont déterminés par l’état des rapports de force politique, les orientations idéologiques dominantes, les décisions effectives et l’état de la société en général.

En fait, les options économiques de Bouteflika qui préconisait de doter le pays d’infrastructures de base, à même de favoriser l’installation d’entreprises de production de biens et de services, n’est pas récusable en soi. De même que celles de ses prédécesseurs, l’industrie sidérurgique et mécanique lourde de Boumédiène, ou celle de Bendjedid aspirant à desserrer la mainmise de l’État en introduisant un peu de souplesse dans la gestion des entreprises publiques et en exerçant un peu moins de pression sur le capital privé et la consommation des ménages algériens. Ces choix sont discutables mais pas rédhibitoires par essence.

La critique fondamentale de ces options renvoie donc, beaucoup moins à leur teneur intrinsèque ou théorique qu’à leurs conditions de mise en œuvre qui s’inscrivent dans un environnement historique, politique et social inadéquat et peu préparé. Il n’y a eu ni étude sérieuse préalable, ni suivi et réajustement appropriés en cours de route, encore moins de remise en cause courageuse[17]. L’exemple le plus frappant de ce hiatus est le cheminement chaotique du projet industrialiste. Tous les discours des gouvernants depuis le premier plan de développement, 1967-1969 (dit plan triennal) ont pourtant insisté sur la nécessaire industrialisation du pays et l’ont priorisée sur tous les autres secteurs. Les velléités de réforme engagées en 1988-89 s’attachèrent plus à modifier les règles de fonctionnement d’une économie sclérosée par un monopole étatique étouffant qu’à remettre en cause les choix de politique économique. La facilité avec laquelle ces réformes ont été mises au placard en 1992-93 (retour de l’orthodoxie étatique) en dit long sur leur manque d’ancrage politique dans les rouages du pouvoir.  C’est la raison pour laquelle dès la sortie de la crise financière et budgétaire des années 1994-1999 (où l’Algérie a sollicité l’aide du FMI et des Clubs de Paris et de Londres en contrepartie d’un plan d’ajustement structurel), les vieux réflexes étatiques reprennent leurs droits. Sans surprise, le retour de l’aisance financière (remontée substantielle du prix des hydrocarbures sur le marché international) au début des années 2000, marque celui du dirigisme politico-bureaucratique. On a beau tablé sur la nécessaire réhabilitation du capital privé (discours d’inspiration libérale entre 2000 et 2007) pour relancer l’industrialisation, c’est la gestion administrée de l’économie qui s’est peu à peu renouvelée, s’étendant même au secteur privé[18].

“La panoplie de mesures prises par le gouvernement, notamment dans les années 2009 et 2010, participe de cette volonté (…) de remettre l’économie du pays dans le giron de l’État (…). La transition à l’économie de marché entamée à la fin des années 1980, n’a pourtant pas (…) anéanti le secteur public qui continue à avoir un poids considérable dans l’économie et la société algériennes, en dépit de ses faibles performances productives”[19].

En définitive, ce qu’il y’ a lieu de considérer en dernière analyse, en économie comme dans tous les domaines de la vie d’un pays, ce sont les résultats de sa politique et de sa gouvernance. De ce point de vue, on ne peut que déplorer à la suite de la plupart des économistes et des observateurs, le peu d’efficacité de l’investissement public en Algérie, en rapport avec un gaspillage de ressources exorbitant et ce, dans un système politico-administratif opaque et imprévisible. L’investissement privé national, même s’il a prouvé “sa réussite entrepreneuriale au bout de l’épreuve “[20]est encore loin d’avoir les coudées franches, tandis que celui international (les IDE) est tétanisé par les méandres de la bureaucratie algérienne et la complexité de sa législation en la matière. Peut-on alors  s’étonner  que le projet d’industrialisation mené tambour battant pendant plus de 40 ans se trouve aujourd’hui dans un état de déliquescence avancé (5% du PIB en 2020), que l’agriculture (8%du PIB) n’arrive point à atténuer la dépendance alimentaire du pays (1er importateur africain avec plus de 8 milliards de dollars par an), que les exportations hors hydrocarbures peinent à dépasser 2,5 milliards de dollars, que le taux de chômage officiel est de 15% (en réalité au moins le double) ?…

Baisse du prix du pétrole, Covid 19 et crise politique : une chance pour l’avenir ?

Des crises, économiques, politiques, sociales, l’Algérie en a connues : En 1963, 1965, 1978, 1980,1986, 1991-92, 1999, 2001, 2014, 2019-20, … Aucune n’a été perçue comme une occasion ou opportunité pour envisager un retour sur soi, entreprendre une autocritique et changer de méthode de gouvernance…afin de sortir de l’impasse. Pourtant, il y’eut mort d’hommes en 1963, 2001 et surtout durant la décennie 1990. Que faut-il de plus pour faire évoluer un système politique aussi claustré et imbu de lui-même ?

Aujourd’hui la donne semble avoir un peu (beaucoup ?)) changé. La conjonction de trois facteurs aussi défavorables (ressources en nette baisse, crise sanitaire doublée d’une crise politique aigue) est de nature, nous semble-t-il, à modifier sensiblement l’état des rapports sociopolitiques. Surtout dans le corps social ; car il faut bien admettre que “la mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie”[21].

Ainsi, il semble bien que de nouveaux questionnements, en attendant un débat franc, soient en cours d’émergence dans la société. Bien des tabous sont tombés en désuétude : on parle désormais de pouvoir civil, de laïcité, de fédéralisme, d’égalité homme-femme, de refondation nationale, politique, économique, culturelle et linguistique… Il est bien probable que les trois crises en cours en accélèrent l’avènement. Dans le cadre restreint de cet article, dédié principalement à la perspective économique, notre propos portera sur les changements souhaitables dans l’architecture économique en vigueur jusqu’à présent. Sortir de l’économie étatique et centralisée pour inaugurer un processus de libération de forces productives latentes et enfouies à tous les niveaux du corps social algérien et de sa géographie. Que l’on appelle ce débat économie réelle, décentralisée, locale, régionale ou territoriale, le fond de la question revient à considérer le potentiel dans ce qu’il a de pérenne et de renouvelable.

Vers un renouveau du développement économique : l’émergence d’acteurs de terrain

De par sa durée, son étendue et l’impact sur la vie sociale tous secteurs confondus, la pandémie du coronavirus a révélé l’ampleur des fragilités algériennes. Quasiment tout est à reconstruire ou à tout le moins corriger et rectifier. De nombreux militants, spécialistes et observateurs avertis parlent de refondation nationale sur les principes énoncés par le Congrès de la Soummam de 1956. Dans ce cadre général de réflexion et de remise en perspective, la question du développement économique n’est pas le moindre des chantiers à prendre en charge tant il constitue la base matérielle nécessaire à la dynamique d’ensemble.

Les pages qui précèdent n’épuisent pas, loin s’en faut, la critique de la politique de développement algérienne ; de nombreux auteurs s’y sont appliqués, y compris des économistes appelés aux affaires gouvernementales (A. Benachenhou, H. Benissad, A. Benbitour…). Tous ont, chacun à leur façon, mis à nu les aberrations d’un processus de développement qui a réduit le potentiel multisectoriel d’un pays aussi diversifié que l’Algérie à une économie mono-exportatrice d’hydrocarbures. Leurs appréciations relèvent pour la plupart un constat largement partagé : au-delà des questions techniques, le problème de fond est inhérent au centralisme outrancier de la gouvernance algérienne qui prend sa source à la fois dans le jacobinisme français, le dirigisme soviétique et le pouvoir personnel de l’Égypte nassérienne.  Le système qui en est issu se caractérise par une forte rigidité qui a résisté à toutes les tentatives de réforme. La difficulté de passer d’une économie étatique moribonde à une économie libérale censée être plus efficace en est le signe évident.

En cherchant à adopter les modèles économiques européens, socialistes puis libéraux, une valse-hésitation de choix considérés comme de nature technique, les décideurs algériens ont pris l’ombre pour la proie. Ils ont oublié ou ignoré que ces modèles sont la résultante d’expériences historiques particulières. Les processus d’industrialisation de ces pays sont pourtant édifiants si l’on se donne la peine d’en étudier la genèse : ils ont tous pris racine dans leurs territoires, avec des ressources et des procédés techniques locaux ; les apports extérieurs et les innovations sont venus s’ajouter à ce potentiel de départ et non le remplacer. En périodes de crises ou de graves perturbations, ce sont les producteurs de proximité et les collectivités territoriales (petits paysans, entreprises familiales, institutions locales…) qui assurent un minimum de production de biens et de services, de présence solidaire et de cohésion sociale. De même que dans l’ex-Union Soviétique et les ex-pays socialistes marqués par les pénuries structurelles, ce sont souvent les petits agents économiques en marge des grands circuits étatiques qui ont mis à disposition des populations en manque des denrées de consommation de survie : produits alimentaires, petits outillages, services de transports…, de niveau artisanal. Et dans les pays en développement, surtout ceux dont l’État central contrôle les rouages essentiels de l’économie, il n’est pas anodin que ce soient les activités dites informelles ou non officielles qui suppléent aux défaillances de la production et de l’intervention des organismes publics ad hoc. C’est ce phénomène d’économie et de vie solidaires que l’on observe en ces temps de crise sanitaire en Algérie : petite production marchande, échanges de proximité, services informels, entraide familiale…C’est dire que les acteurs économiques, sociaux et culturels infra-étatiques s’avèrent souvent plus efficaces que les grands agents et instances de niveau central. Il y’a dans cet “underground” social et culturel des liens nécessaires qui s’établissent entre les individus et les groupes qui partagent un même lieu d’existence (village, terroir, commune, ville, région…) et des conditions de vie communes. Il s’agit d’un mode de vie vernaculaire (le pays, tamurt, leblad…) susceptible de révéler un potentiel de synergie, de solidarité, d’énergie, insoupçonné (coopération, complicité, émulation, jalousie…) à même de cristalliser un véritable levier de développement, à la condition que le pouvoir central ne le considère pas comme un reliquat de survivances anachroniques à réduire.  Dans ce cadre infra-étatique peut se déployer une gouvernance d’un type nouveau fondée sur l’interaction des acteurs locaux publics et privés, la mutualisation des ressources et des moyens et la concertation, l’objectif implicite ou affiché étant d’améliorer la “base de vie” commune. Les réseaux de producteurs-consommateurs de proximité sont, ainsi, mis en état   de veiller à la protection de leur environnement, de leurs ressources et de leur cadre de vie en général.

Le local, le régional, le territoire, le pays… : des réalités anthropologiques

L’économiste A. Lewis, Prix Nobel d’économie (en économie du développement, 1979), disait qu’un État qui veut tout contrôler finit par ne rien contrôler. C’est le cas d’un certain nombre de pays très centralisés, dont l’Algérie qui, à force de vouloir tout régenter s’est retrouvé en porte-à-faux avec la société qui supporte l’administration étatique comme un corps hostile et étranger. D’où l’absence de confiance et de sérénité entre la population et les organes étatiques. Né dans le contexte de la décolonisation, l’État algérien s’est présenté d’emblée comme un appareil providentiel pour diriger une société amorphe et sans ressorts anthropologiques, historiques et culturels. C’est pourquoi le programme économique se posait- et s’imposait- de façon catégorique : apporter la rationalité économique en rompant avec les structures socio-économiques anciennes jugées anachroniques et, de surcroit, perverties par le système colonial. L’État-démiurge s’est alors mis en place.

Le bilan du développement économique de cet État est plus que contestable ; l’espoir caressé par Boumédiène d’atteindre le niveau de l’Espagne dès la décennie 1980 (en vérité, c’est le niveau de la puissance ex-colonisatrice, la France, qui est fantasmée !) n’a pas eu lieu. Les initiateurs du projet de développement, les techno-bureaucrates dont l’horizon mental est rivé à l’État-Nation ne pouvaient pas comprendre que le véritable potentiel économique et social à mobiliser se trouve dans les profondeurs de la société (les ressources diffuses, les petits capitaux familiaux, les réseaux d’échange entre territoires, les techniques assimilées…). En lieu et place de ce potentiel, ils ont érigé une énorme machine bureaucratique budgétivore, stérile et prédatrice. Le développement économique par le “haut” part du présupposé théorique que seul un État central fort est à même de promouvoir les investissements adéquats, les décisions et les plans nécessaires et d’en assurer la cohérence d’ensemble. La multitude d’agents économiques, d’entrepreneurs autonomes, de territoires hétérogènes, d’initiatives a priori disparates…, sont perçus l’État central comme un imbroglio anarchique néfaste au développement national.

Né dans le contexte de la décolonisation, l’État algérien s’est présenté d’emblée comme un appareil providentiel pour diriger une société amorphe et sans ressorts anthropologiques, historiques et culturels.

Depuis une trentaine d’années, les économistes (re)découvrent les vertus et l’efficacité des petits entrepreneurs “cachés”, les dynamiques socio-économiques locales et situées qui ne procèdent pas des démembrements et de la sous-traitance de l’État central. Une dynamique autonome et plus ou moins improvisée d’acteurs vernaculaires dont l’émergence répond à des demandes latentes. Il s’agirait, selon certains théoriciens hétérodoxes[22] d’un processus de développement par” le bas”, mis en œuvre quasi spontanément en marge de la programmation ou de la planification étatique. On admet de plus en plus l’existence de ces entrepreneurs de terrain mais on continue à leur refuser “une légitimité différente du pouvoir central”[23]. Ces acteurs locaux aspirent à une reconnaissance institutionnelle, voire même à des concessions substantielles du pouvoir central (administration de proximité, fiscalité locale, représentation politique et syndicale…) en vue de maîtriser les instruments de gestion de leurs activités. Ainsi, délestés des pesanteurs et des blocages des instances hiérarchiques et centralisées, ils veulent acquérir une plus grande marge de manœuvre pour se constituer en réseaux proches et lointains (entre villages, villes, régions, pays…), de façon à contourner les cloisonnements bureaucratiques institués par l’administration centrale. Dans cette perspective, l’État central, en s’appuyant judicieusement sur ses fonctions régaliennes peut devenir un partenaire de choix et même jouer un rôle économique dynamique en tant qu’instance de régulation et d’ajustement. Cette configuration organisationnelle, économique et politique est, selon les conditions historiques et culturelles propres à chaque pays, le mode en vigueur dans la plupart des sociétés avancées. Même la France, réputée pour son centralisme historique, s’efforce depuis les années 1980 de se libérer de ce tropisme qui a fait de Paris et sa région l’unique miroir civilisationnel de l’espace français. Les territoires et les régions de ces pays existent et se déploient en tant qu’entités politico-institutionnelles et socio-économiques reconnues et dotées d’instances de gouvernement et de gestion largement décentralisées, autonomes ou fédérées. Ils sont souvent le creuset dans lequel naissent et s’affirment des initiatives entrepreneuriales dont certaines atteignent des dimensions internationales. De nombreuses études économiques dans l’Europe des régions (Italie, Belgique, Suisse, Allemagne…) soulignent, en effet, que la réussite économique et technologique de contrées comme la Toscane, la Flandre, le canton de Genève, la Bavière…, est essentiellement due à leur dynamisme interne[24]“Aujourd’hui, dans l’économie globalisée, le nouveau système techno-industriel est organisé sur une base territoriale et constitue une agrégation de systèmes productifs locaux”[25]Et ces systèmes productifs locaux sont assez souvent le résultat d’initiatives et de synergies d’agents locaux échafaudant des petites et moyennes entreprises avec des moyens familiaux, en symbiose avec le marché, les relations humaines et les ressources endogènes. A l’inverse des grands projets et pôles industriels à la soviétique ou à l’algérienne crées avec des moyens d’État gigantesques, fonctionnant telles des enclaves sans véritables liens organiques avec les milieux d’accueil.

C’est dire, à la suite des économistes spécialisés dans les études des expériences de développement local, que l’entreprise viable et pérenne est rarement celle qui a été mise en place par l’État central mais celle qui est secrétée par des initiatives d’acteurs territoriaux en phase avec leur milieu. Être en phase ne veut dire être déconnecté de “l’extérieur” ; les acteurs locaux sont souvent très informés de ce qui se passe loin de “chez eux” : ils savent faire la part des choses en valorisant d’abord le potentiel humain et matériel de proximité.

Au-delà des effets plus ou moins désastreux, pas seulement économiques, générés par la pandémie du coronavirus, il est à espérer que, mises face à elles-mêmes et devant les déficiences structurelles-devenues criardes- des politiques étatiques monopolistiques, les populations prendront, là où elles vivent, des résolutions allant dans le sens de leur autonomisation. Toutes les régions, en Algérie, en Afrique du Nord et ailleurs, ont des expériences historiques à méditer.

* Saïd Doumane. Économiste, ancien vice-recteur de l’Université de Tizi-Ouzou.

Bibliographie :

  • BELLAL, Samir (2017) : La crise du régime rentier, essai sur une Algérie qui stagne.
  • BENHOURIA, Tahar (1980) : L’économie de l’Algérie, éditions François Maspéro, Paris.
  • BENKO, Georges (1995) : Les théories du développement local, Revue de Sciences Humaines n° 8, février-mars.
  • BOUDJEMA, Rachid (2011) : Économie du développement de l’Algérie 1962-2010, 3 volumes, éditions Dar El Khadouniya, Alger.
  • ECREMENT, Marc () : Indépendance politique et libération politique, un quart de siècle du développement de l’Algérie, éditions Enap/Opu, Pug, Alger-Grenoble.
  • GRIM, Nordine (2012) : Entrepreneurs, Pouvoir et Société en Algérie, éditions Casbah, Alger.
  • HACHEMAOUI, Mohamed (2015) : clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine, Revue Critique Internationale n°68.
  • JOLLY, Cécile (2001) : Les cercles vicieux de la corruption en Algérie, Revue Internationale et Stratégique n° 42.
  • LECLERC-OLIVE, Michèle (1995) : Décentraliser, enjeux théoriques et pratiques, Revue des Sciences Humaines n° 8.
  • MAILLAT, Denis (1995) : Les milieux innovateurs, revue des Sciences Humaines n° 8, février-mars.
  • MEZOUAGHI, Mihoub (2015) : chronique d’une crise permanente, Revue Politique Étrangère, 3ème trimestre.
  • SADI, Saïd (2019) : Révolution du 22 février, un miracle algérien, éditions Frantz FANON, Tizi-Ouzou. 

[1]  Avec un niveau de pib/ tête d’habitant d’environ 4300 $ us en 2020, l’Algérie se situe parmi les pays africains les plus riches (ou les moins pauvres !)  mais loin derrière les pays du monde méditerranée comme l’Espagne et l’Italie (33000 $), la Turquie (15000 $), la Grèce (16000 $) et même des pays émergents dont le pib moyen par tête d’habitant est estimé par la Banque mondiale à un peu plus de 8000 $. Elle est un peu mieux lotie que ses voisins d’Afrique du Nord (Maroc : 3300 $), Tunisie :3400 $, Mauritanie : 1200 $) …En 2014, le pib /tête d’hbt est évalué à environ 5500 $, ce qui dénote une perte de pouvoir d’achat de plus de 12% en 5-6 ans.

[2]  Cf  Samir Bellal ; Quel sort pour le secteur public en Algérie ? in Le Soir d’Algérie du 27-01-2018.

[3]  Nordine Grim : Entrepreneurs, Pouvoir et Société en Algérie, édition Casbah, Alger, 20212, p.171-172.

[4]  Cf.  Tahar Benhouria : l’économie de l’Algérie, édition François Maspéro, 1980.

[5]  Cf.  Marc Ecrement : indépendance politique et libération économique, un quart de siècle de développement de l’Algérie 1962-1985, ENap/Opu (Alger)/PUG(Grenoble) 1986.

[6]  Cf M. Ecrement, op cit

[7]  Ibid P.315

[8] Un discours d’un haut responsable du FLN (cf. Révolution Africaine du 19/25- 07- 1985 stipule :” le socialisme n’est pas un dogme, ni un enseignement achevé, définitif et immuable. Il est surtout une méthode dans la conduite de l’action…”.

[9]  De 1988 à 1999, pas moins de 07 gouvernements se sont succédé pour tenter de remettre sur selle un régime fortement ébranlé par une crise multidimensionnelle. Durant la période, 04 accords sont conclus avec le Fonds Monétaire International qui, conformément à sa doctrine libérale, suggère dans les 02 premiers accords, 1989 et 1991, quelques ajustements plutôt légers au fonctionnement de l’économie algérienne (amorce d’une libéralisation des prix, légère baisse du dinar et du déficit budgétaire…) et impose une plus grande intervention dans les 02 derniers accords, 1994 et 1995, où il est question d’opérer un ajustement structurel, c’est-à-dire de réformer l’économie nationale dans le sens d’une plus grande insertion dans l’économie de marché (privatisation, libéralisation du marché interne et insertion dans le marché international…). 

[10]  Cf.  K.S Naïr, revue Sou’al n° 1, cité par M. Ecrement, op.cit P.281.

[11]  Cf.  Rachid Boudjema : Économie du développement de l’Algérie 1962-2010, édition Dar El Khadouniya, Alger, 2011.

[12]  Cf.  Mihoub Mezouaghi : chronique d’une crise permanente, revue Politique Étrangère 2015/3.

[13]  Ibd, P. 1.

[14] Cf.  Cécile Jolly : les cercles vicieux de la corruption en Algérie, in Revue Internationale et Stratégique n°42, 2001/3.

[15]  La crainte de voir la révolte tunisienne et égyptienne se propager en Algérie à partir de 2010, a poussé les autorités algériennes à mettre en place un programme de subventions très importantes, dont l’objectif était de contenir la contestation sociale (acheter la paix sociale, disait-on). Devenues structurelles, le gouvernement actuel a le plus grand mal à les réaménager dans le sens d’une meilleure efficacité socio-économique.

[16]  Cf.  Mohamed Hachemaoui : clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine, in revue Critique internationale n° 68, 2015/3.

[17] Cf.  N.  Grim : Entrepreneurs, pouvoir et société en Algérie, Casbah Éditions, Alger, 2012. 

[18]  Cf.  M. Mézouaghi, op cit.

[19]  Cf N. Grim op.cit, P. 78-79

[20]  Ibid, P.126.

[21]  Cf.  Saïd Sadi : Révolution du 22 février, un miracle algérien, Éditions Frantz Fanon, Tizi-Ouzou, 2019.

[22] Cf.  Georges Benko : les théories du développement local, in revue Science Humaines n° 8, fév.-mars, 1995

[23]  Cf.  Michèle Leclerc-Olive : Décentraliser, enjeux théoriques et politiques, in Cahiers du GMDEV n° 27, octobre 2001, Paris.

[24]  Cf G. Benko, op cit.

[25]  Cf.  Denis. Maillat : les milieux innovateurs, in revue des Sciences humaines, n° 8, février-mars 1995

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Économie

GAZODUC NIGÉRIA-MAROC : LA CEDEAO S’IMPLIQUE

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3 ou 4 ans pour débloquer les financements, 5 ans de travaux et une inauguration prévue pour 2032. Ce sont les délais nécessaires à la réalisation du Gazoduc Nigéria-Maroc dont les études de pré-faisabilité et de faisabilité sont bouclées, si l’on en croit Sediko Douka, le commissaire chargé des Infrastructure, de l’énergie et de la digitalisation au sein de la CEDEAO (communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest)  qui s’exprimait ce 15 septembre à Rabat après la signature d’un mémorandum entre le Maroc et la CEDEAO portant sur cet autre méga-projet qui ambitionne de desservir les pays de l’Afrique de l’ouest et l’Europe. (Voir adn-med du 4 septembre).

Pour Sediko Douka, le TSGP (Trans saharian gas pipeline) l’autre gazoduc qui doit traverser le Niger et se terminer en Algérie n’est pas concurrent mais complémentaire du second tracé qui doit desservir 13 pays ouest-africains. « Avec les énormes potentialités gazières du Nigéria, les 2 gazoducs trouveront leur place et seront même complémentaires (…) Sachant que le Gazoduc Nigéria-Maroc va se raccorder à d’autres pays producteurs comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire. Il y a de la place pour les 2 infrastructures » a plaidé le commissaire de la CEDEAO.

Longtemps perçus comme exclusifs l’un de l’autre, en raison notamment de la rupture des relations algéro-marocaines qui a considérablement perturbé le marché gazier en Afrique du Nord, le tracé traversant le Niger et l’Algérie et celui qui passe par la côte atlantique sont présentés désormais comme des équipements d’égale importance. 

Il reste à mobiliser des financements qui s’élèvent à plusieurs milliards de dollars pour chaque projet. Trouvera-t-on des investisseurs pour les 2 réalisations ? Oui, répondent d’une même voix les partisans du gazoduc Nigéria-Maroc. Il y va de l’accès à l’énergie, c’est-à-dire du droit au développement de 400 millions de personnes ; ce qui n’est pas sans incidence sur la stabilité et la sécurité de la région ouest-africaine qui menace de s’embraser par un effet domino à partir des foyers sahéliens qui ont déjà contaminé le Nigeria à travers des organisations comme Boko Haram. La réduction de la pauvreté, source des flux migratoires incessants est aussi, pour partie, tributaire de l’aboutissement de ce méga-projet qui pourra également pourvoir aux besoins de l’Europe de l’Ouest, ajoutent les mêmes promoteurs qui se projettent déjà dans la phase marketing du chantier.   

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MAROC : ÉQUILIBRISME DÉLICAT AVEC LES USA ET LA RUSSIE

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Nombreux furent les observateurs à être surpris de voir le Maroc s’abstenir lorsqu’il fallut mettre au vote à l’ONU la condamnation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une grande partie des commentateurs avaient lié cette décision au fait que, comme beaucoup de pays du sud, le Royaume dépendait de la Russie, premier exportateur mondial de blé, pour son approvisionnement en céréales. Il y a du vrai dans cette explication mais elle est incomplète. L’agence russe Rosselkhoznadzor, instance qui étudie les apports, besoins et qualités nutritionnelles des produits alimentaires vient de rendre publique la consommation russe en fruits et légumes. On apprend que celle-ci a augmenté depuis le début de la guerre déclenchée contre Kiev en février 2022 pour atteindre 5,1 millions de tonnes et que le Maroc rafle 45% de ce marché devant les républiques d’Asie centrale disposant pourtant de climats méridionaux comme le Turkménistan (30 %), le Kazakhstan (21 %), le Tadjikistan (16 %), l’Ouzbékistan 14 %. Assez curieusement le rapprochement affiché avec Pékin n’a pas eu d’effets significatifs sur les échanges commerciaux entre les deux pays. Sur le segment des fruits et légumes, la Chine ne pourvoie qu’à hauteur de 11 % des besoins de la fédération de Russie. 

Outre cette coopération alimentaire, le Maroc et la Russie entretiennent également de bonnes relations en matière sanitaire. C’est, entre autres, grâce au vaccin Sputnik que le Royaume a pu gérer sans grands dommages la crise du Covid 19. 

La densité du commerce et, plus généralement, la coopération entre Rabat et Moscou mettent en porte à faux la diplomatie du Royaume dont les alliés traditionnels occidentaux, notamment les USA, attendent une position ferme et solidaire sur la question ukrainienne au moment où le continent africain est l’objet d’une lutte acharnée entre la Chine et la Russie d’une part et l’UE et les USA d’autre part. Les Américains qui avaient désinvesti sous Trump le projet d’accompagnement démocratique lancé par Barack Obama se préparent à réinvestir la scène africaine avec le sommet USA-Afrique prévu du 13 au 15 décembre (Voir la chronique de Said Chekri)

Si Washington a fermé les yeux sur des relations économiques dans des secteurs où il n’y avait pas concurrence américaine directe, il sera de plus en plus difficile pour Rabat, désormais lié stratégiquement par les accords d’Abraham avec Israël et les USA, de continuer à faire le grand écart, car à partir de l’année 2023, il faudra se déterminer pour un camp ou un autre. Et les relations historiques qui lient le Maroc et les USA ne laissent pas vraiment de choix.  

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MAROC : BAISSE DRASTIQUE DES RÉCOLTES CÉRÉALIÈRES

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La campagne des récoltes céréalières actuelle a connu une baisse de 67% annonce un communiqué du ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, des régions rurales et des eaux et forêts. Cette année, le Maroc engrange 34 millions de tonnes contre 103,2 millions de tonnes l’année précédente, laquelle fut une saison exceptionnelle.

Les variétés céréalières se répartissent comme suit : 18,9 millions de tonnes pour le blé tendre, 8,1 millions de tonnes pour le blé dur et 7 millions de tonnes pour l’orge. 

Cette réduction est due au double effet de la réduction de la pluviométrie et de sa mauvaise répartition sur l’année. Essentiellement tombée en novembre et décembre, les précipitations quasiment absentes en janvier et février ont considérablement altéré la croissance des pousses. L’essentiel de la production a été assurée par les zones favorables de Fès-Meknès et de Rabat-Salé-Kénitra. Pour rappel, la campagne agricole 2021/2022 a enregistré une pluviométrie de 199 mm soit, une baisse de 34% par rapport à la même période de l’année précédente. 

Les restrictions des irrigations ont également pesé sur le volume global de la production.

La dépendance alimentaire du royaume pèse sur sa diplomatie. Les observateurs ont relevé que le Maroc s’est abstenu à l’ONU quand il a fallu condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie dont le Maroc est l’un des grands clients. La reprise d’activité du port d’Odessa d’où doivent partir les livraisons de blé est attendu avec impatience et fébrilité par Rabat et d’autres capitales africaines ou moyen orientales. 

On se souvient que le Maroc avait connu en juin 1981 des émeutes de la faim qui s’étaient soldées, selon un bilan officiel, par 114 morts à Casablanca. Le spectre de ces soulèvements, par essence imprévisibles et incontrôlables, hante tous les pays dont la fabrication de pain, de pâtes ou de couscous, consommation de base des populations, dépend d’une géopolitique de plus en plus instable. 

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ÉNERGIE : ALGER VOLE AU SECOURS DE TUNIS

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Rien ne semble perturber la lune de miel qui règne entre Alger et Tunis. Ayant déjà volé au secours du régime de Kaïs Saïed par l’octroi d’un prêt de 300 millions dans une période financière particulièrement critique l’année dernière, Alger se dit prête à augmenter ses exportations d’électricité vers la Tunisie – pays touristique grand consommateur d’énergie en été – en cas de demande. 

C’est Mourad Adjal, PDG de Sonelgaz qui a déclaré ce lundi en marge d’une réunion tenue à El Bayadh (centre-ouest) du pays, avec les cadres de son entreprise que « l’Algérie qui exporte quotidiennement plus de 500 mégawatts d’énergie électrique vers la Tunisie, pays frère, était prête à augmenter les quantités d’électricité exportées en cas de hausse de la demande”.

Autre pays qui figure parmi les grands privilégiés de la diplomatie algérienne actuelle : l’Italie. Lors de cette rencontre, le même dirigeant a annoncé qu’un projet est actuellement en cours d’études pour envisager « l’exportation d’électricité vers l’Italie ». 

Il est difficile d’établir ce qui relève des capacités algériennes à honorer ces proclamations de ce qui participe de campagnes de communication qui ne cachent plus la volonté d’attirer le voisin de l’est dans le sillage politique des nations s’alignant sur Moscou pour s’opposer à un monde occidental dont Tunis fut toujours un fidèle allié. 

Ces annonces peuvent en effet être sujettes à caution quand on sait que les coupures d’électricité en Algérie sont des désagréments que doivent affronter les foyers algériens, hiver comme été.

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Économie

GAZODUC NIGÉRIA-EUROPE : L’ALGÉRIE DEVANT LE MAROC.

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Sauf imprévu peu probable, le méga projet du Tans Saharian Gaz Pipeline, TSGP destiné à assurer le transport du gaz nigérian vers l’Europe traversera les déserts algériens et nigériens. Le Nigéria, le Niger et l’Algérie ont en effet signé un mémorandum ce jeudi pour lancer la construction d’une réalisation qui peut bouleverser le marché du gaz sur le Vieux continent. La Task force regroupant les experts des trois pays constituée à Abuja est, selon le ministre algérien, en phase opérationnelle. 

Pendant plusieurs années le Maroc avait mobilisé ses puissants réseaux tissés en Afrique de l’ouest pour convaincre ses partenaires de la viabilité de sa proposition qui ambitionnait de faire passer le gazoduc par la côte atlantique. Une puissante activité diplomatique avait été déployée par Rabat pour expliquer que les pays de l’Afrique de l’ouest allaient également bénéficier de cette source d’énergie pour booster leur développement. Pour valoriser cette option, une campagne de sensibilisation alertant contre les risques des attaques des terroristes djihadistes infestant le Sahel avait même été soutenue par Rabat. Au mois d’avril passé, rien n’était encore joué puisque les autorités marocaines et nigérianes annonçaient avoir chargé la société d’ingénierie australienne Worley de la réalisation de l’étude d’ingénierie et de conception préliminaire du gazoduc (FEED, Front-end engineering design). 

Dans cette bataille le Maroc comptait faire d’une pierre deux coups : s’émanciper définitivement de l’approvisionnement gazier algérien et renforcer son influence déjà conséquente dans la plupart des pays de l’Afrique occidentale 

Finalement, les rentrées financières enregistrées par l’Algérie avec la flambée des prix des hydrocarbures engendrée par l’invasion de l’Ukraine ont pesé lourd dans le choix des deux pays subsahariens qui ont longtemps laissé planer le doute quant à leur choix définitif du trajet à retenir. 

Curieusement, c’est par une dépêche lapidaire que l’agence officielle Algérienne, l’APS a fait état ce jeudi de la réception par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune des ministres de l’énergie et des mines des trois pays concernés par le tracé du gazoduc alors qu’Alger comme Rabat ont longtemps mené une guerre de communication sans merci pour vanter leurs dossiers respectifs.

Pour cet expert qui a gardé l’anonymat, « La conjoncture internationale favorise l’Algérie, pays producteur qui peut facilement lever les financements nécessaires à la construction de ce gigantesque équipement. Pour autant, le Nigéria et le Niger ne souhaitent pas perturber les relations culturelles et économiques privilégiées qu’ils ont établies de longue date avec le royaume chérifien. Et pour une fois Amar Belani, le préposé aux polémiques avec le Maroc a été sommé de garder le silence sur ce sujet ». Pour combien de temps ?   

Pour rappel, ce chantier soumis à discussion au début des années 2000 dans le cadre du NEPAD avait failli être définitivement abandonné pour cause de non-rentabilité avant que la crise mondiale de l’énergie ne vienne relancer l’intérêt des producteurs, des consommateurs et donc des investisseurs.  

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MAROC. LE DÉFI DE LA SÉCHERESSE

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Les observateurs et experts de la scène marocaine ont généralement et à juste titre donné un bilan controversé du long et spasmodique règne de Hassan II. Monarque autocrate et jouisseur, dont le cynisme culmina avec l‘affaire Ben Barka ; souverain deux fois miraculé qui a malgré tout prémuni son pays de l’intégrisme et sauvegardé l’intégrité d’un royaume dans un continent miné par les turbulences du tiers-mondisme révolutionnaire ; on aura dit une chose et son contraire de l’homme qui dirigea le Maroc d’une main de fer pendant près de quarante ans. 

Il y a pourtant un domaine, essentiel au développement des nations, qu’il est difficile de ne pas mettre au crédit de Hassan II : l’anticipation des problèmes liés à la raréfaction de l’eau. Si le Maroc n’échappe pas aux récurrentes coupures d’eau, on ne peut s’empêcher de penser à ce que seraient les besoins des populations citadines ou paysannes si une autre politique avait été suivie au lendemain de l’indépendance acquise en 1956.  Dès les premières années qui ont suivi la fin du protectorat, un programme soutenu de construction de barrages a vu le jour, ce qui a servi à répondre à la consommation des ménages, à l’agriculture, au début de l’industrialisation et, surtout, à l’hydrophage tourisme. 

Le royaume capte environ 80% de sa pluviométrie, ce qui demeure insuffisant si l’on sait que l’anticyclone des Açores constitue un voile qui bloque l’avancée des nuages chargés d’humidité, réduisant d’autant la masse d’eau qui atteint les côtes marocaines. Aujourd’hui les nappes phréatiques de la région de Marrakech s’amenuisent et font redouter une dangereuse montée des eaux salées. Les régions rurales forent autant qu’elles le peuvent pour subvenir à leurs besoins vitaux. On se souvient de l’émotion suscitée par la chute du petit Rayan tombé dans un puits clandestin creusé à côté de la demeure familiale.

Le Plan National de l’Eau (PNE 2020-2050) qui devrait être financé à hauteur d’environ 380 milliards de dirhams vise à une approche globale de l’approvisionnement et de la consommation en eau du royaume pour la période couvrant les trente prochaines années.

Simultanément, un vaste plan de réalisation de retenues collinaires, (127 devraient être réceptionnés d’ici 2024)   placés en amont des grands barrages est en phase d’exécution. Il a pour but de soulager les groupes sociaux éloignés des grands réseaux mais aussi de servir de bassin de rétention des charges boueuses qui envasent les anciens équipements.

Par ailleurs une politique de récupération des eaux non conventionnelles, désalinisation, traitement des eaux usées vient compléter les sources d’approvisionnement.  Il demeure que l’offre est largement en deçà de la demande qui ne cesse de croitre.

Le gouvernement traite ce dossier avec une attention qui dissimule mal l‘ampleur d’un chantier critique. On parle de gestion intégrée de l’eau pour préparer les habitants à changer leur mode de consommation voire leur rapport à des disponibilités hydriques de plus en plus réduites. Éduquer le Marocain à vivre avec un quotidien déterminé par la rareté de l’eau fait désormais partie des mesures que compte dévoiler l’exécutif. « On évoque souvent des risques de perturbation ou de déstabilisation du pays pour des considérations militaires, énergétiques ou territoriales ; dorénavant les gouvernants savent que le stress hydrique fait partie des grands périls qui peuvent ébranler la sécurité et la stabilité du royaume » confie un agriculteur du Souss. 

De douloureux et délicats arbitrages attendent Rabat qui entend se poser comme pays pivot de la région, ce qui suppose des investissements stratégiques dans les domaines militaires et technologiques.  

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MAROC : LA DIFFICILE RECONVERSION DU COMMERCE DU CANNABIS

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Les trafiquants ont toujours une longueur d’avance se désole un jeune magistrats contacté ce samedi après la saisie effectuée la veille au niveau de la station de péage de l’autoroute de Casablanca. Alors qu’un vaste programme de reconversion de la culture et du commerce du cannabis impliquant plusieurs ministères dont ceux de la santé, du commerce, de l’industrie et des affaires étrangères, rien ne semble dissuader et encore moins arrêter les activités criminelles d’un marché en perpétuelle extension.  

Ce vendredi les services de la DGSN (Direction générale de la sureté nationale) ont annoncé la saisie de deux tonnes de cannabis manifestement destinée au trafic international. En effet, le camion à bord duquel était transporté la marchandise saisie était, conduit par un homme de 34 ans assisté d’un autre âgé de 44 ans, venait de la région de Jorf El Malha et se dirigeait vers les provinces du sud. Les services de sécurité ont également trouvé à bord du véhicule un bateau pneumatique, deux moteurs marins et une somme importante d’argent. Les trafiquants ont vraisemblablement décidé de quitter temporairement les côtes rifaines, traditionnellement privilégiées pour exporter vers les rivages espagnols le haschich majoritairement produit dans cette région du nord du Maroc. Le renforcement des contrôles induits notamment pour le regain d’afflux de migrants vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ont conduit vers l’exploration d’autres pistes comme les Iles Canaries ou encore le passage par certains pays d’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs l’aggravation des tensions nées opposant l’Algérie et le Maroc depuis l’été 2021 a engendré une multiplication des mouvements de troupes des deux côtés de la frontière rendant d’autant plus difficiles les livraisons de cette drogue vers le marché algérien.  

L’ambitieuse politique de régularisation va prendre du temps à donner ses fruits estime notre interlocuteur : « Pour une longue période encore, les cultivateurs préfèreront commercer avec les trafiquants qui encouragent une activité échappant aux obligations fiscales et qui sont peu regardantes sur la qualité des produits mis à la disposition du consommateur. » Le jeune magistrat conclut que le succès de l’encadrement de la production, de la transformation et du commerce du kif dépend autant de la sécurité, de l’éducation des mentalités que de développement économique général ».        

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MAROC. ASSUMER LE CANNABIS

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Cela fait bientôt une année que le Maroc a décidé la légalisation de la culture du cannabis à usage thérapeutique et médical. Ce 2 juin, l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRARC), a tenu la première réunion de son conseil d’administration. Cet organisme a vocation à devenir un instrument stratégique pour l’économie du Royaume.

Désormais, le Maroc assume son statut de pays producteur mondial de cannabis et vise à travers ses nouvelles législations à préserver et consolider ce qui est considéré comme « un patrimoine national » par, assurent les autorités marocaines, la mise en place de mécanismes rigoureux de suivi et de contrôle pour éradiquer du marché le cannabis illégal et ses dérivés.

Le Maroc change donc radicalement de paradigme pour sortir de la culture clandestine d’une substance qui génère une économie parallèle échappant au fisc qui dégrade l’environnement, provoque des troubles comportementaux criminogènes et attente à l’image du pays. 

Selon les déclarations gouvernementales, ce programme vise à l’installation de circuits surveillant l’usage médical et industriel du cannabis en respect des engagements internationaux du Royaume. L’objectif officiellement visé est d’attirer des opérateurs internationaux dans l’investissement de la transformation et l’industrialisation des produits extraits du cannabis, afin de créer une industrie productrice de valeur et d’emplois. La problématique de la commercialisation pour usage récréatif sera également appréhendée dans la mesure où ce secteur représente la totalité du marché informel. 

Notons que jusque-là, plusieurs tentatives de canalisation et de reconversion des activités de production illicite du cannabis via des programmes de coopération internationale, notamment avec l’union européenne, se sont soldées par des échecs, les paysans préférant reprendre leurs productions traditionnelles pour des raisons de rentabilité. La capacité de capter, d’intégrer et de stabiliser dans cette nouvelle stratégie des paysans installés depuis des générations dans une culture échappant à tout contrôle est le premier vrai défi auquel sera confronté le Maroc qui doit entreprendre un chantier où sont concentrés des problèmes, écologiques, sanitaires, économiques, sécuritaires et diplomatiques.   

Les ambition des autorités marocaines apparaissent dans le panel des membres de l’exécutif présents à la réunion du 2 juin. Y ont participé le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, de la ministre de l’Économie et des Finances, du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, du ministre de l’Industrie et du Commerce, du ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, des représentants des autorités gouvernementales en charge de la santé, de l’eau et de l’environnement, ainsi que des Directeurs généraux de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations et de l’Office National de Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires. 

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Économie

ALGÉRIE. UN GROUPE ÉMIRATI SECOND FOURNISSEUR DE BLÉ

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Selon le site Africa-influence, le second importateur de blé en Algérie est le puissant groupe émirati Al Ghourair Ressources international qui arrive derrière les pays de l’Union européenne où l’Allemagne occupe la première place ; la France ayant perdu ces dernières années la place privilégiée qui était la sienne. 

L’approvisionnement à partir de l’Inde, grand producteur de blé, étant impossible – New Delhi a interdit l’exportation de son grain depuis l’invasion de l’Ukraine où le consortium émirati avait installé une filiale – ses recherches s’orientent désormais vers l’Amérique du Nord et du Sud pour compenser les quantités impossibles à convoyer après le blocage de la Mer noire.

Al Ghourair Ressources capte notamment les appels d’offre des consommateurs de pays du sud où les pouvoirs sont peu ou prou contrôlés par l’institution militaire. Il est ainsi très présent sur le marché des céréales en Égypte et de son voisin et proche allié le Soudan. Dans ce dernier pays, il a même racheté une minoterie. 

Le marché algérien est une des cibles des Émiratis qui se sont souvent posé en intermédiaires dans plusieurs autres domaines, y compris celui, très sensible, des équipements militaires. Cette coopération a connu un développement soutenu lorsque l’armée algérienne était commandée par le défunt Gaid Salah qui était chef d’état-major et vice-ministre de la défense.    

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Économie

FRANCE-ALGÉRIE : RÉCHAUFFEMENT POUSSIF

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L’Algérie et la France qui alternent des cycles de tensions et de fugaces rapprochements ne parviennent toujours pas à pérenniser des relations régulièrement chahutées par des considérations politiciennes généralement dictées par l’instrumentalisation du passé colonial. 

Il reste que la réalité économique et technique rattrape souvent ces brouilles ; des domaines de coopération technique ou scientifique ne pouvant être colmatés par le recours à la coopération italienne, allemande ou chinoise. Il en est ainsi du secteur des transport lourdement handicapé par les crises qui ont sévèrement secoué en octobre dernier les rapports entre Alger et Paris.

Ce jeudi, c’est le ministre des transports qui a reçu l’ambassadeur de France à Alger, François  Gouyette pour examiner «  les voies et moyens de renforcer la coopération des deux pays dans le domaine des transports », indique un communiqué du ministère des Transports qui précise que  « Les deux parties ont également examiné les moyens de renforcer la coopération entre les deux pays et l’échange d’expertises en matière de réalisation et d’exploitation notamment le développement de l’infrastructure ferroviaire et du réseau Tramway ».

Pour rappel, ce sont des sociétés françaises qui ont réalisé le métro d’Alger et d’autres vecteurs de transport urbain, notamment dans la capitale. La gestion de l’exploitation du métro avait été confié à la RATP avant que le pouvoir algérien décide de l’en dessaisir. Les problèmes de gestion et d’entretien de ces moyens de transport  handicapent souvent la rentabilité, affectant les usagers qui les empruntent. Pour cet élu de l’assemblée de wilaya d’Alger, « les ruptures contractuelles sont plus souvent dues à des tensions politiques qu’à des considérations économiques et commerciales ».  

On relèvera que de reports en reports, les réunions du comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), perturbées par les secousses politiques, les départements ministériels algériens, en bute à des retards de livraison de matériel, de pièces de rechanges ou à des déficits d’expertise sont réduits à solliciter l’ambassade pour parer aux contraintes les plus urgentes. 

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