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Économie

DOSSIER COVID. TROISIÈME PARTIE. MAROC. LAHCEN OULHAJ*. PERSPECTIVES D’AVENIR DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE

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« La digitalisation de l’économie et des sociétés sera une transformation irréversible ».

Le lourd impact économique et social mondial de la crise actuelle est le résultat direct des mesures prises par les gouvernements, à travers le monde, face à la diffusion mondiale du nouveau virus Corona à la fin du premier trimestre de 2020. L’arrivée de ce virus inconnu a semé la panique partout. Complètement démunis et arbitrant en faveur de la santé publique immédiate aux dépens d’autres considérations, les gouvernements ont décrété presque partout des confinements plus ou moins sévères des populations et les fermetures des frontières nationales ainsi que des services de transport public. Du jour au lendemain, l’essentiel de l’activité économique, nationale et internationale, s’est arrêté. La décision politique a ainsi provoqué un choc brutal d’offre et de demande à la fois. 

Les confinements ont été plus ou moins stricts et plus ou moins longs à travers les pays. L’ampleur et les modalités des mesures prises par les différents gouvernements étaient variables même si les mesures étaient, dans l’ensemble, de natures similaires. Des plans de relance ont été partout adoptés. Ils ne diffèrent d’un pays à l’autre que par leurs ampleurs. Tous les gouvernements essaient de vacciner leurs populations respectives contre covid-19. Les différences ne tiennent qu’au niveau de développement scientifique et industriel et à la présence d’une industrie pharmaceutique avancée. 

Ce qui fera la plus grande différence entre les pays en développement, au lendemain de la crise, est la pertinence des ajustements structurels opérés en vue de la mise en place d’une nouvelle configuration dynamique des structures économiques et d’un nouveau fonctionnement de l’économie nationale se traduisant par une croissance économique rapide et auto-entretenue sur une longue période.

Avant de traiter des ajustements structurels opérés au Maroc, il faut d’abord mesurer l’impact économique et social de la crise et voir quelles mesures immédiates ont été prises par les pouvoirs publics pour faire face à cette crise inédite.

Ce n’est donc qu’après les exposés de l’impact de la crise, des mesures immédiates et des ajustements structurels opérés que le futur probable de l’économie nationale sera abordé.

  1. AMPLEUR DE L’IMPACT DE LA CRISE SANITAIRE

Mesurons cet impact successivement au niveau macroéconomique global, au niveau sectoriel, sur le plan des équilibres macroéconomiques, sur l’emploi, les revenus et le travail, au niveau des grands secteurs sociaux de l’éducation et de la santé, et sur le plan des effets indirects.

  1. Impact macroéconomique global

Un seul chiffre permet d’avoir une idée assez précise de l’ampleur de l’impact économique de la crise sanitaire : Le PIB marocain aurait reculé en 2020 de 6.3% par rapport au niveau de 2019.

En réalité, l’année 2020 n’a pas été au Maroc que l’année de COVID-19. Elle a été aussi une année marquée par une sécheresse terrible, si bien que la production agricole a fortement baissé de ce fait, même si les exportations agricoles se sont assez bien maintenues.

La baisse du PIB a été enregistrée presque partout dans le monde. Le PIB mondial a baissé de plus de 4%, le PIB français de presque 10%, l’espagnol de 11%… Il n’y a que la Chine et le Vietnam (et peut-être l’Égypte) qui ont enregistré des taux de croissance positifs en 2020. La variation de l’ampleur du recul du PIB d’un pays à l’autre s’explique par la structure des exportations de chaque pays.

Voici le graphique d’évolution du taux de croissance annuelle réelle au Maroc, de 1967 à 2019 :

Voici les caractéristiques statistiques descriptives de cette croissance économique :

   Min. 1st Qu.  Median    Mean 3rd Qu.    Max.    NA’s 

 -5.405   2.529   4.392   4.528   7.017  12.373       7

Sur toute la période 1967-2019, la croissance a oscillé entre le minimum de -5.4% et le maximum de +12.37%, avec une croissance moyenne de 4.53% (moyenne arithmétique).

  • Impacts sur les secteurs économiques

2.1. Secteur agricole

Le secteur agricole a été affecté par la sécheresse sans précédent de 2020, après une première sécheresse, moins grave, en 2019. Ainsi, après la baisse de 5.8% de la valeur ajoutée agricole en 2019, la baisse de 2020 a été de 8.6%. Heureusement, la pluie est revenue en 2021 et la récolte des céréales a avoisiné les 100 millions de quintaux cette année.

Mais, il faut dire que les années de sécheresse ne font plus chuter le PIB agricole aujourd’hui, comme par le passé. Les bonnes campagnes agricoles ne se traduisent pas, elles non plus, par des hausses annuelles considérables du PIB total comme par le passé. L’explication de ce lissage relatif se trouve dans la part de l’irrigué dans la production agricole, plus de 1.5 million d’hectares, en plus du recul relatif de la céréaliculture et, de manière générale, de l’agriculture vivrière dans l’agriculture marocaine. Une autre cause de ce lissage relatif, a été la baisse de la part de la valeur ajoutée agricole dans le PIB total, laquelle part n’est plus que de 11 à 15%, selon la campagne agricole.

Voici l’évolution de la croissance de la valeur ajoutée agricole à partir de 1966 :

Voici le tableau descriptif de cette croissance agricole :

   Min. 1st Qu.  Median    Mean 3rd Qu.    Max.    NA’s 

-41.008  -8.579   4.171   5.071  18.290  73.583       6

L’amplitude des fluctuations de la croissance agricole est beaucoup plus grande que celle de la croissance économique totale, entre -41% et +73.58% avec une moyenne de +5.1%. En fait, les fluctuations de la croissance du PIB total s’explique en grande partie par les fluctuations de la croissance agricole. 

2.2. PIB hors agriculture

Hors-agriculture, la croissance du PIB du Maroc est relativement stable, surtout depuis 1980. Voici son graphique pour toute la période :

La croissance économique au Maroc dépend donc de la croissance agricole. Comme les deux séries temporelles de la croissance totale et de la croissance agricole sont stationnaires, nous pouvons régresser la première sur la seconde et obtenir les résultats suivants :

On constate comme on s’y attendait que la régression est de bonne qualité (un R^2 de 0.69 : signifiant que la croissance agricole explique 70% de la croissance totale), le modèle est globalement bon (la p-valeur de la statistique de Fisher est très faible) et les coefficients sont très significatifs. 

La croissance totale est donc égale à 0.143 * croissance agricole + 3.8. Lorsque la croissance agricole est supérieure ou égale à 0, la croissance totale est égale à 3.8% plus 14% de la croissance agricole. La croissance hors-agriculture est donc d’environ 3.8% en moyenne sur la période. Lorsque la croissance agricole est positive, elle vient augmenter le taux de croissance totale, mais seulement de 14% de la croissance agricole. L’accélération de la croissance totale devrait donc viser à augmenter la croissance hors-agriculture. 

En 2020, les activités non agricoles ont vu leur valeur ajoutée reculer de 5.8%. Ces activités non agricoles sont très hétérogènes. Néanmoins, elles ont toutes été affectées par les répercussions de la crise sanitaire. Elles ont toutes, en dehors du commerce de produits alimentaires, subi un coup d’arrêt avec le confinement. Depuis le dé-confinement fin juin 2020, il y a eu reprise plus ou moins rapide des autres activités, à l’exception de celles concernant l’hôtellerie, la restauration, l’événementiel et tout ce qui concerne les voyages et les transports internationaux. Ces activités, lourdement impactées par la crise actuelle, ne commencent à reprendre que depuis juin 2021. 

Les activités industrielles dépendant de l’extérieur, soit pour leurs intrants (comme l’automobile), soit pour leurs débouchés (aéronautique, textiles, engrais, automobile…) ont également payé un assez lourd tribut à la crise. 

Comme les entreprises ont été partiellement fermées et que la demande qui leur est adressée a baissé, les investissements privés se sont contractés et les importations d’intrants et de biens d’investissement ont enregistré une chute en 2020.

  • Impact sur les équilibres macroéconomiques
  1. La stabilité monétaire interne et extérieure n’a pratiquement pas été affectée par la crise sanitaire, bien au contraire. L’indice général des prix n’a augmenté en 2020 que de 0.7%. C’est dire qu’il y a eu en 2020 un net recul du taux d’inflation. La valeur externe du dirham s’est maintenue et s’est même améliorée par moments au cours de l’année 2020.

Concernant la valeur interne du dirham, l’ampleur de la contraction de la demande globale a été supérieure à celle de la baisse de l’offre globale. Si la consommation finale des ménages n’a reculé que de 4.1%, la formation brute du capital fixe a, elle, diminué de 9% et, surtout, les exportations de biens et services ont chuté de 14.3%. Face à ces baisses importantes, la valeur ajoutée totale (aux prix de base) a baissé de 6.1% et les importations de biens et services ont baissé de 12.2%. Globalement, le besoin de financement de l’économie nationale est revenu de -4.1% du PIB en 2019, à -1.8% en 2020. 

  • Pour ce qui est de la valeur externe du dirham, la balance commerciale a enregistré une baisse de 22.8% de son déficit en 2020, dans la mesure où la chute de 14% des importations (de biens intermédiaires, biens énergétiques et de consommation et des biens d’investissement) a été supérieure à celle (-7.6%) des exportations de marchandises. Il est vrai que les recettes touristiques ont connu une chute vertigineuse en 2020, mais les transferts des Marocains résidents à l’étranger ont légèrement augmenté. Au total, les recettes courantes ont baissé de 60 Mds de dirhams, au moment où les dépenses courantes ont chuté de 86.4 Mds de MAD. Cela s’est naturellement traduit par une amélioration du déficit courant, passant de -42 Mds en 2019 à -16 Mds de MAD.
  • Ce qui explique davantage cette stabilité ou amélioration de la valeur externe du dirham, c’est la nette amélioration, en 2020, des réserves de change grâce à l’activation par le Maroc de sa Ligne de Précaution et de Liquidité (auprès du FMI) par son retrait de 3 Mds de dollars (remboursables sur 5 ans, avec une période de grâce de 3 ans), le 7 avril 2020. Le Maroc a d’ailleurs remboursé, le 21 décembre 2020, de manière anticipée, près d’1 Md de ce montant. 
  • Le déficit budgétaire a enregistré une dégradation importante en passant de 3.5% en 2019 à 7.5% du PIB, en 2020. L’arrêt de l’activité économique, puis sa lente reprise a eu pour conséquence un net recul des ressources ordinaires du budget de l’État. Ce même facteur a entraîné la distribution d’aides à la population affectée. D’un côté, diminution des recettes (de plus de 10%) et de l’autre augmentation des dépenses (de 4%). Cela s’est traduit par cette détérioration de l’équilibre du budget général.

      Il est vrai qu’il y a eu aussi ralentissement des investissements publics et des dépenses de subvention au gaz à cause du faible niveau des prix des hydrocarbures durant la crise et la contraction de la demande mondiale de ces produits. Mais, l’aggravation du déficit budgétaire ordinaire a dégagé un besoin plus élevé de ressources exceptionnelles. En effet, l’endettement public a fortement augmenté durant 2020. Ainsi, la dette publique extérieure a augmenté de 34 Mds de dirhams, soit une croissance de 10%. L’encours de cette dette est ainsi passé de 29.5% en 2019 à 35% du PIB en 2020. La part du Trésor dans cette dette est passée de 47.5% en 2019 à 53.3% en 2020. Il faut noter, à propos, que le Maroc a tout de même profité des taux bas d’intérêts du les marchés financiers internationaux.

       L’endettement public global, interne et externe, Trésor, entreprises publiques et collectivités territoriales, aurait augmenté de 80.5% en 2019 à moins de 92% en 2020. L’endettement global du Trésor a été de 77.4% du PIB en 2020. La situation de l’endettement s’est dégradée, mais elle est loin d’être catastrophique, puisque les taux d’endettement des pays européens partenaires du Maroc ont dépassé en 2020 les 100% de leurs PIB respectifs.

  • Impact sur l’emploi, les revenus et le travail

On vient de voir qu’au niveau des équilibres macroéconomiques, ce sont les finances publiques qui ont été le plus gravement affectées par la crise sanitaire, avec l’aggravation du déficit budgétaire et l’alourdissement de l’endettement public. Le volet social de ces équilibres a été lourdement impacté par la crise : chute de l’emploi et aggravation du chômage et perte ou diminution de revenus. 

Le HCP (Haut Commissariat au Plan) a estimé que 432000 emplois ont été perdus du fait de la crise et de la fermeture partielle ou définitive d’entreprises. Le Ministère du Travail affirme que parmi ces personnes ayant perdu leurs emplois, 100 mille n’avaient pas encore retrouvé d’emploi à la fin de 2020. Le taux de chômage a grimpé de 9.2% en 2019 à près de 11.9% à la fin de 2020, soit une augmentation de 2.7 points. Le nombre de personnes au chômage a augmenté de 29% en 2020, passant de 1.107 à 1.429 million, augmentant ainsi de 322 mille, essentiellement en milieu urbain et parmi les jeunes, les femmes et les diplômés de l’enseignement supérieur.

Le nombre de défaillances d’entreprises s’est situé en 2020 à 6612, en baisse de 22% par rapport à 2019. C’est que beaucoup d’entreprises ont été aidées en 2020 et sont donc restées sous perfusion. On sait, par exemple, que les entreprises du secteur de tourisme déjà évoqué sont restées inactives depuis mars 2020 jusqu’en juin 2021. On parle de 90% des hôtels fermés et de 16% des entreprises de tous les secteurs en veilleuse.

Les 5 secteurs les plus affectés par ces défaillances ont été le commerce, les BTP, l’immobilier, le transport et les industries manufacturières. L’axe Casablanca-Tanger concentre 47% de ces défaillances. Les délais de paiement ont été en hausse de 60 jours en 2020.

Cette baisse de l’activité économique n’a évidemment pas manqué d’entraîner une baisse des revenus de la population majoritaire du secteur privé. La perte d’emploi signifie perte de revenu ou, au moins, baisse importante de revenu. Cela peut se mesurer au niveau macroéconomique par la baisse de 4.1% des dépenses de consommation finale des ménages en 2020.

Un autre effet de la crise a été le développement prodigieux du travail à distance. Plusieurs administrations et institutions ont été contraintes de s’organiser de manière à poursuivre leurs activités tout en évitant les groupements de leurs agents. Il y a eu des réussites indéniables à ce niveau. Mais, les réseaux des télécommunications ont été saturés, le débit et la puissance d’Internet se sont avérés insuffisants. Il est vrai que des câbles intérieurs et extérieurs ont été posés ou remplacés. Mais, la demande a aussi porté sur des applications de visioconférence qui ne pouvaient pas être nationales. Les grandes entreprises internationales du Net ont profité à bloc de la crise sanitaire. Il appartient aux pays en développement d’investir dans le secteur et d’innover dans ce domaine pour capter une partie de cette activité qui est appelée à se développer dans le futur.

  • Impact sur les services d’éducation et de santé

Deux secteurs sociaux ont subi de plein fouet la crise sanitaire et les effets des mesures prises par les pouvoirs publics dans le but d’y faire face. La santé était aux premières loges, mais l’éducation a directement souffert des restrictions et des fermetures pures et simples des établissements scolaires et universitaires.

  1. Santé : La crise de 2020-21 a d’abord été sanitaire. Lorsqu’on est infecté par le virus, on se tourne vers les services de santé et vers le médecin. Le Maroc découvre ainsi à quel point il n’a pas développé son système de santé. Il découvre l’insuffisance des équipements, des infrastructures, et des ressources humaines, médicales et paramédicales, dans le secteur.

La mobilisation générale des services publics, comme du secteur privé, a tout de même paré au plus pressé et la catastrophe a pu être évitée. A ce jour (20 juin 2021), il y a eu, au Maroc, 526 mille cas d’infections COVID-19, contre 178 millions dans le monde et 9237 décès contre 3.86 millions dans le monde. 

  • Éducation et formation

L’éducation et la formation ont été bouleversées par la crise actuelle. D’un jour à l’autre, l’enseignement a été contraint de passer du mode présentiel au mode distanciel (à travers la télévision scolaire et Internet). Les infrastructures étant insuffisantes et les solutions techniques pour un enseignement de masse et pour une évaluation satisfaisante de masse n’étant pas au point, la proportion des élèves ayant décroché est très importante pour que l’on ne conclut pas que l’année 2019-2020 a été sérieusement perturbée et que la formation d’une promotion entière a été fortement marquée par cette crise.

  • Effets indirects de la crise sanitaire

Il a déjà été précisé que la réponse immédiate des gouvernements à l’arrivée du nouveau coronavirus a souvent été le confinement de l’ensemble de la population, durant de longues semaines. Le Maroc n’a pas échappé à la règle et le confinement strict de la population et l’interdiction de sortir du domicile, sauf pour raisons impérieuses, ont duré du 22 mars 2020 au 25 juin de la même année, date de la reprise des activités économiques et de la fin du confinement au domicile. Mais, les déplacements inter-villes sont restés interdits, notamment pour Casablanca, jusqu’à récemment.

Ce long confinement n’a pas manqué de produire des effets psychologiques plus ou moins graves sur tout le monde, de provoquer des tensions conjugales, d’accroître la violence à l’égard des femmes et des enfants. Le confinement a certainement détruit beaucoup de foyers. La preuve en a été le nombre de divorces prononcés au lendemain du dé-confinement. Au seul tribunal de la famille de Casablanca, il y a eu augmentation de 20 à 30% par rapport à la même période en 2019.

Les femmes, les enfants et les jeunes privés d’école et des lieux de loisirs ont payé le plus grand tribut à cette crise sanitaire.

D’autres effets ont été provoqués par cette crise inédite. Par exemple, des associations des droits humains considèrent qu’il y a eu régression sur le plan du respect des libertés publiques par les autorités.

  1. REACTIONS IMMEDIATES DES POUVOIRS PUBLICS

Les premières mesures prises par les pouvoirs publics pour faire face à la crise ont été de décréter l’état d’urgence sanitaire, de créer un fonds COVID de solidarité pour aider les personnes affectées, de mettre en place des mesures à caractère fiscal et de procéder à la digitalisation de services publics. Ces multiples mesures étant connues, contentons-nous d’un rappel très succinct.

  1. État d’urgence sanitaire et mobilisation générale

Le gouvernement du Maroc a pris, le 23 mars 2020, un décret-loi déclarant l’état d’urgence sanitaire traduit par un ensemble de restrictions sévères aux déplacements et aux regroupements, le port de masque, fermetures des frontières nationales et des établissements de toutes sortes d’activités collectives… Un Fonds spécial pour la gestion de l’épidémie de Covid-19 avait été créé par un décret du 16 mars 2020 sur instructions du Roi. Ce Fonds spécial avait collecté près de 35 Mds de dirhams. 

En plus, dans le cadre de cet état d’urgence sanitaire, des mesures exceptionnelles ont été prises en faveur des entreprises par le Comité de Veille Économique (CVE), la Direction Générales des Impôts (DGI) et le Ministère de l’Économie et des Finances : mise en place du mécanisme de garantie “DAMANE OXYGENE” et d’une Circulaire destinée aux Établissements et Entreprises Publics (EEP). L’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) a émis des recommandations en matière de communication financière aux émetteurs pour faciliter la circulation de l’information.

En faveur des salariés, la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS) a fixé les modalités d’octroi de l’indemnité forfaitaire à leur profit tandis que les compagnies d’assurance ont pris des mesures en faveur desassurés.

En faveur des employés du secteur informel, des aides ont été distribuées à travers les TIC.

Des mesures ont également été prises pour faciliter la relation employeur-employé par le Ministère concerné qui a publié un guide à ce sujet.

Des mesures temporaires de régulation de matériels essentiels à l’endiguement de l’épidémie de Covid-19 (masques, solution hydro-alcoolique…) ont été prises par le Ministère de l’Économie et des Finances et par le Ministère de l’Industrie et du Commerce.

Une loi de finances rectificative pour tenir compte des effets de la crise sur les finances publiques a été votée au parlement et publiée au Bulletin Officiel le 25 juillet 2020.

Les pouvoirs publics ont également aménagé de grands espaces couverts pour accueillir des masses de personnes infectées, mais une telle catastrophe ne s’est pas produite. De même, ils se sont vite mis d’accord avec les autorités chinoises pour que le Maroc participe aux essais cliniques du vaccin Sinopharm (de Pékin) et ont passé, dès la fin de l’été 2020, deux commandes de vaccins Sinopharm et Astra-Zeneca pour assurer la vaccination complète de 25 millions de Marocains et au-delà.

Le secteur privé s’est mobilisé pour participer à l’élan de solidarité à travers le Fonds spécial Covid-19 et aussi pour remettre des entreprises en veilleuse au travail afin de produire la solution hydro-alcoolique et les masques. Plusieurs initiatives privées ont été encouragées pour fabriquer des respirateurs, des applications numériques utiles dans le contexte et, dernièrement, un test de dépistage de covid-19.

  • Mesures financières, monétaires et sociales

Pour soutenir l’économie marocaine et accompagner les entreprises et les salariés à surmonter la crise actuelle, plusieurs mesures sont prises au fur et à mesure de l’évolution de la situation. Il serait fastidieux de dresser la liste de ces nombreuses mesures prises par le CVE, le Ministère des Finances et de l’Économie, le Ministère de l’Industrie et du Commerce, la CNSS, les différentes caisses de retraite, les autorités monétaires… Toutes ces mesures ont visé à reporter les échéances des entreprises concernant les impôts, les charges sociales et les crédits, à accélérer les règlements et à réduire les délais administratifs, à distribuer des aides, des indemnités, des allocations…, et à garantir et faciliter les crédits bancaires (de trésorerie) tout en en réduisant les coûts.

  • Digitalisation de services publics

La digitalisation des services publics n’a pas attendu la crise de COVID-19 pour être déclenchée. Le paiement de la vignette automobile a été digitalisé depuis 2016 et la dématérialisation complète pour l’IS et pour la TVA avait été prévue pour 2017 par la Direction Générale des Impôts (DGI). L’Agence de Développement du Digital a été mise en place en 2017. Placée sous la tutelle du Ministère de l’Industrie et du Commerce, elle a pour mission de «de mettre en œuvre la stratégie de l’État en matière de développement du digital et de promouvoir des outils numériques et le développement de leur usage auprès de l’administration, des entreprises et des citoyens. »

Selon le rapport de la DGI pour 2019, « 86% de la recette brute globale (hors TSAV) recouvrée par la DGI a été télé-payée, soit 129,9 millions de DH via plus de 7 millions d’opérations ».

Cela dit, la crise sanitaire actuelle a fait faire à la digitalisation de l’économie et de la société un saut considérable.

  1. POLITIQUES D’AJUSTEMENTS STRUCURELS

La crise est le moment où l’ancien commence à s’éclipser ou à être chassé et le nouveau commence à pointer avant de s’installer définitivement et annoncer la prochaine phase d’expansion et la fin définitive de l’ancien. Il est vrai que la crise économique et sociale actuelle n’avait pas été provoquée par des facteurs économiques. Elle n’est pas économique dans ses causes. Elle n’est économique et sociale que par ses effets. Il n’empêche que toute crise devrait être un moment de réexamen de conscience, pour tirer des enseignements, non seulement de la crise elle-même, mais de ce qui n’allait pas bien. C’est le « bon » moment pour procéder à des restructurations qui n’auraient pas été acceptées en temps normal.

C’est ainsi que tous les pays, des États-Unis d’Amérique aux pays européens, ont mis de côté les règles de gestion macroéconomique qui étaient des dogmes avant la crise. Les vannes des budgets étatiques et des banques centrales ont partout été ouvertes. L’endettement public a explosé, sans états d’âme. Les discours économiques nationalistes et protectionnistes sont revenus sur le devant de la scène. Le discours sur les activités stratégiques et de souveraineté ne sont plus l’apanage des nationalistes réactionnaires. L’intérêt national avant tout est devenu le leitmotiv de presque tous les gouvernements, y compris dans la campagne de vaccination.

  1.  Révision d’un accord de libre-échange

Le Maroc avait accueilli en 1994, à Marrakech, la conférence qui a transformé le GATT en Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dont il est membre fondateur.

Le Maroc avait signé des accords de libre-échange avec l’Union Européenne en 2000, les USA et la Turquie en 2006, les pays de l’accord d’Agadir en 2007 (Tunisie, Égypte et Jordanie), les Émirats Arabes Unis (en 2001) et les pays de la ZLECAf (Zone de libre échange continentale africaine). La ZLECAf est un processus continental de long terme (horizon de 2063). Le Maroc envisageait d’autres accords de libre-échange avec le Canada et la Chine.

Si les accords de libre-échange avec les pays industriels permettent au Maroc de s’équiper et d’augmenter ses exportations, ceux signés avec les pays en développement similaires au Maroc ont eu un bilan globalement négatif, les importations de produits que le Maroc a les moyens de produire ayant augmenté beaucoup plus vite que les exportations vers ces pays. Le marché marocain des produits de consommation finale a été littéralement inondé par les importations de faible niveau technologique de Turquie et d’Égypte, alors que lorsque le Maroc a commencé à exporter les voitures produites à Tanger, les portes des marchés égyptien et tunisien n’ont pas été ouvertes aisément.

Il faut dire que les facilités accordées aux importateurs et le climat des affaires pour les producteurs nationaux peu favorables ont favorisé la fermeture d’unités nationales de production et la transformation de producteurs en importateurs. D’où un transfert d’emploi vers l’extérieur et un alourdissement du déficit commercial.

La crise actuelle a mis à nu cette situation. Des appels ont été lancés pour réviser les accords de libre-échange et favoriser la production nationale des produits grevant la balance commerciale et la balance de l’emploi. Les autorités n’ont pas été sourdes. Une révision de l’accord de libre-échange avec la Turquie a été effectuée (rétablissement de droits de douane à l’équivalent de 90% du régime commun sur une liste de 1200 produits, essentiellement des produits de textile et habillement, le cuir, l’automobile, la métallurgie, le bois et l’électricité), entrée en vigueur en mai 2021, et une banque de projets industriels de substitution aux importations a été mise en place. 

  • Stratégie de restructurations industrielles

En réalité, le Maroc s’est engagé dans une voie de transformation structurelle de son industrie depuis déjà plusieurs années. Un « plan d’accélération industrielle 2014-2020 » avait été mis en place en vue d’accélérer la transformation industrielle. Ce plan comporte 10 séries de mesures :

  1. Création et animation des écosystèmes ;
  2. Compensation industrielle (retombées de la commande publique) ;
  3. Accompagnement de l’informel vers le formel ;
  4. Qualification des ressources humaines (capital humain) ;
  5. Amélioration de la compétitivité des PME ;
  6. Outils d’intervention financiers (fonds de développement industriel) ;
  7. Infrastructures accessibles en location (plateforme industrielle) ;
  8. Intégration du royaume à l’international ;
  9. Instaurer la culture du « deal making » pour les IDE ;
  10. Amplifier la vocation africaine (co-investissement, co-développement, hub Casa-Finance.

Ce qui est nouveau dans ce domaine et qui peut être considéré comme une retombée de la crise sanitaire, c’est la réorientation vers le développement de la substitution à l’importation. C’est ainsi que le Ministère de l’Industrie et du Commerce, MCINET, avait donc lancé, en septembre 2020, dans le cadre du Plan de relance industriel 2021-2023, une banque de projets industriels de substitution à l’importation. Cette banque dispose, début juin 2021, de 523 projets industriels validés, représentant « un potentiel de 35.5 milliards de DH d’importation ». 

« Au total, 73 nouveaux projets d’investissement d’un montant global de 2.8 milliards de DH ont été signés. » Ces nouveaux projets concernent 8 régions (sur 12) du pays. Ils permettront la création de 10600 emplois dans 10 secteurs industriels. Ils représentent un potentiel d’exportations de 1.4 milliard et 4.1 milliards d’importation. 

Ces projets d’investissements concernent le textile (22 projets), la chimie et parachimie (17), l’agro-alimentaire (15), la plasturgie (6), les industries mécaniques et métallurgiques (5), matériaux de construction, mobilité et transport, cuir, électronique, économie circulaire…

De même, à la faveur de l’évolution de l’attitude de la communauté internationale à l’égard des usages industriels, médicaux, pharmaceutiques et cosmétiques du cannabis, le parlement marocain vient d’adopter une loi visant à développer une telle filière au Maroc, en légalisant et réglementant la culture et la transformation du cannabis. Des investissements nationaux et internationaux seront encouragés dans ce domaine. L’industrie pharmaceutique nationale (forte de 43 entreprises) semble mobilisée à cet effet. 

  • Politiques monétaire et budgétaire

Avant la crise actuelle, le Maroc était engagé, depuis janvier 2018, dans un processus de flexibilisation de la monnaie nationale. La première phase avait été achevée avec succès et il était question de passer à la deuxième phase qui élargit la bande de fluctuation de la valeur du DH (laquelle bande avait été fixée à 5% depuis janvier 2018) de la valeur du DH. Dans son nouveau rapport sur le Maroc, achevé le 3 décembre 2019, le FMI appelle les autorités à accélérer la réforme du régime de change considérant que toutes les conditions étaient réunies pour cet élargissement de bande et que cela était à même d’aider le pays à accélérer sa croissance et à renforcer sa compétitivité.

Le 9 mars 2020, les autorités monétaires accèdent à la demande du FMI en élargissant la bande de fluctuation du dirham de 5 à 10%. A peine quelques jours après, l’économie marocaine est entrée dans une crise sans précédent. Les priorités des autorités monétaires ne pouvaient que changer radicalement.

Concernant la valeur intérieure de la monnaie, la gestion de la Banque centrale a toujours été orthodoxe et s’est toujours refusée à adopter des mesures expansionnistes. Le taux d’inflation est resté bas depuis la sortie du programme d’ajustement structurel des années 1980. A la veille de la crise actuelle, le taux d’inflation était inférieur à 2%, d’où les recommandations du FMI d’accélérer la flexibilisation du dirham. 

La chute de la demande globale provoquée par l’arrêt, puis la lente reprise de l’activité économique, a fait passer l’« inflation » au niveau de 0.7% en 2020. Pourtant, les autorités monétaires ont réagi à la crise en prenant un arsenal de mesures visant la facilitation et l’encouragement du crédit bancaire. Mais, n’emprunte que celui qui a les moyens de rembourser, celui qui a un carnet de commande garni ! En effet, seuls 16% des entreprises ont bénéficié des facilités accordées par le système bancaire sous l’impulsion de la Banque centrale. Cette dernière a refusé d’aller jusqu’à mettre en œuvre la planche à billets. 

Durant l’été 2020, le Roi avait annoncé un plan de relance économique comportant 120 milliards de DH, soit près de 11% du PIB. La ventilation annoncée de cette enveloppe par le Ministère des finances est 75 milliards de garanties des crédits bancaires au profit des entreprises selon différents mécanismes mis en place en 2020 et 45 milliards d’investissements de restructuration industrielle et économique. Un Fonds Mohammed VI d’investissements stratégiques a été créé à cet effet. En juin 2021, ce Fonds n’est pas encore opérationnel, la crise sanitaire ayant été plus longue que prévu. 

  • Généralisation de la protection sociale

Une des mesures phares décidées par le Roi durant l’été 2020, comme réaction à la crise, mais aussi pour mettre en place un nouveau modèle social pour servir de base solide à un développement économique et social inclusif, est la décision de généralisation de la protection sociale.

A la suite du discours royal, un Conseil des ministres a adopté le 11 février 2021 un projet de loi-cadre sur la protection sociale. Ce projet a été voté par la Parlement un mois après. Le 14 avril 2021, le Roi lance la mise en œuvre du chantier avec la signature des conventions y afférentes. 

Ce grand chantier structurant comporte :

– La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), à fin 2022, au profit de 22 millions personnes supplémentaires qui bénéficieront d’une assurance couvrant les frais de traitement, de médicaments et d’hospitalisation.

– La généralisation des allocations familiales durant les années 2023 et 2024 au profit des familles qui n’en profitent pas selon les textes en vigueur. Ces familles bénéficieront selon le cas d’indemnités forfaitaires ou d’indemnités de protection des dangers relatifs à l’enfance (déperdition scolaire) ciblant 7 millions d’enfants en âge de scolarité.

– L’élargissement de la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure environ 5 millions de personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension à horizon 2025.

– La généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi durant l’année 2025 pour couvrir toute personne exerçant un emploi stable.

Le coût annuel de cette réforme sera de 51 milliards de DH dont 23 proviendront du budget général de l’État et 28 des contributions des partenaires sociaux : 14 Mds pour l’AMO (dont 8.5 du budget général), 20 Mds pour les allocations familiales (dont 14.5 du BG), 16 Mds pour la retraite et 1 Md pour l’IPE.

  • Réforme du secteur de la santé

Il a été déjà dit que la crise sanitaire actuelle a montré, entre autres, le très insuffisant niveau de développement du secteur de la santé au Maroc, à tous les points de vue (Infrastructures, équipements et ressources humaines). On pouvait déjà auparavant constater que les tentatives étatiques d’extension de l’assurance maladie se heurtaient à l’insuffisance de l’offre de soins. Puis, il s’est avéré que la décision de généraliser la protection sociale et, notamment son important volet concernant la couverture médicale, ne peut point réussir dans l’état actuel du secteur de la santé. D’où le lancement d’un projet de réforme pour accompagner le processus de généralisation de la protection sociale.

 Cette réforme vise la création d’instances de gestion et de gouvernance, à savoir l’instance supérieure pour la législation intégrée de la santé, les agences régionales de santé et les groupements territoriaux de santé. Il y aura donc création d’une fonction publique de santé. Il s’agira de valoriser les ressources humaines, de renforcer l’investissement étranger pour développer l’infrastructure et l’équipement, de corriger les inégalités territoriales en appuyant la dimension régionale, d’instaurer le principe de l’égalité de traitement entre les médecins marocains et leurs confrères étrangers …

  1. PERSPECTIVES DE L’ECONOMIE MAROCAINE : ATOUTS ET SERVITUDES

La crise sanitaire mondiale, qui s’est déclarée à la fin du premier trimestre de 2020, semble devoir se prolonger jusqu’à la fin de 2021, au moins. Pour les transports aériens et pour le tourisme international, le retour à la normale prendra beaucoup plus de temps.

Au milieu de 2021, les prévisions de croissance pour l’année et pour les différents pays, ne permettront pas d’effacer la forte contraction du PIB de 2020 pour retrouver le niveau antérieur à la crise. On prévoit ainsi, pour 2021, le taux de croissance annuel de 4.3% pour l’ensemble des pays de l’OCDE (3.3 pour l’Allemagne, 5.8 pour la France et 5.9 pour l’Espagne). Pour le Maroc, la Banque centrale prévoit un taux de 5.3%. La Banque mondiale prévoit 4.6% et le FMI prévoit 4.5%. Ces prévisions sont en augmentation depuis le début de l’année. 

Concernant l’évolution sectorielle au Maroc, il a déjà été précisé que la campagne agricole de 2021 a été excellente. Le secteur de la pêche semble aussi bien évoluer. 

Pour le secteur secondaire, le secteur minier a bien évolué au premier trimestre de l’année avec un taux de croissance de 6.3%, l’énergie électrique également avec une croissance de 5.4%, le secteur des BTP a crû au taux de 25.4% à fin mai 2021, l’industrie manufacturière n’a crû que de 0.9% au T1, bien que le taux d’utilisation des capacités ait bondi de 10 pts à fin avril et les exportations industrielles se sont bien comportées.

Pour le secteur tertiaire, le secteur touristique connaît toujours de sérieuses difficultés après la chute brutale des recettes de voyages de 2020. A fin avril 2021, la chute a été de près de 66%. Le transport aérien a enregistré une baisse de 70.2%. L’ouverture des frontières aériennes à partir du 15 juin 2021, apportera des améliorations à ce niveau. Mais, l’année 2021 sera à ce niveau bien en-deçà du niveau de 2019.

Le retour aux niveaux d’avant la crise se fera attendre, au moins, jusqu’en 2022, selon l’évolution actuelle. Il ne faut jurer de rien en économie, tellement la marge d’erreur est considérable.

Pour l’évolution à moyen et long terme, le Maroc devra rétablir assez rapidement les équilibres macroéconomiques impactés négativement par la crise. Pour cela, il faudra retrouver des taux de croissance élevés. Cela permettra d’augmenter les ressources budgétaires, de rembourser la dette et d’investir dans des secteurs d’exportation, mais aussi dans le capital humain pour augmenter la productivité et la compétitivité de l’économie marocaine. Avec une croissance molle, l’économie aura des difficultés à faire face au service de la dette. Il ne pourra pas être possible d’assurer l’investissement nécessaire et très vite on sera dans la situation du début des années 1980, laquelle situation avait nécessité une réduction drastique des dépenses sociales et d’investissement, et le rétablissement des équilibres avait nécessité près d’une décennie. 

Nous savons que c’était ce rétablissement des équilibres macroéconomiques au début des années 1990 qui avait permis une croissance économique assez vigoureuse jusqu’en 2010, pour retomber ensuite à un pallier moins élevé. 

Pour rétablir assez rapidement les équilibres macroéconomiques et retrouver des niveaux de croissance élevés pour de longues années, l’économie marocaine ne manque pas d’atouts :

  • Des infrastructures d’un bon niveau en amélioration constante ;
  • Un secteur financier relativement solide en internationalisation croissante ;
  • De bons choix en matière des énergies renouvelables et de l’eau avec de nouvelles solutions en cours de développement ;
  • Un nouveau repositionnement géostratégique du Maroc prometteur après la réorientation vers l’Afrique Subsaharienne.

Le nouveau repositionnement géostratégique du Maroc peut apporter beaucoup d’IDE et de haute technologie. Mais, le pays devrait prendre plus au sérieux la question du capital humain et de l’environnement pénalisant pour l’entreprise, bien que le climat des affaires vu de l’extérieur s’est nettement amélioré ces dernières années. 

Rappelons brièvement ces atouts, avant d’évoquer ces relatives servitudes.

  1. Niveau d’infrastructures en amélioration

Le Maroc dispose aujourd’hui s’un réseau autoroutier assez important : l’autoroute va de Tanger à Agadir et d’Oujda à Rabat et arrive à Beni-Mellal. Une voie express ira de Tiznit à Dakhla et au-delà. Elle est déjà arrivée à Essaouira. Il faudra développer, dans l’avenir d’autres axes autoroutiers pour arriver à Ouarzazate et Errachidia, creuser des tunnels pour traverser les Atlas.

Le TGV qui va de Tanger à Casablanca a été une réussite. Il est prévu qu’il arrive jusqu’à Agadir. L’expérience des tramways de Rabat et Casablanca en extension continue ont favorablement transformé ces deux villes. Leur extension dans ces deux villes devrait être plus rapide et ces expériences devraient bénéficier aux autres grandes villes du Maroc.

Le Maroc est entré dans une nouvelle ère depuis qu’il a construit le grand port de Tanger Med, vis à vis du port d’Algésiras et à côté de Sebta occupée. Il est en train de construire un grand port à Nador à côté de la ville occupée de Mellilia. Un autre port d’une grande importance stratégique est celui de Dakhla atlantique qui couvrira une zone portuaire de 650 ha. Il s’agit d’un mégaprojet structurant pour le renforcement de la vocation africaine du pays et pour le développement économique des provinces du sud du Maroc. Les études relatives au projet ont été achevées et un appel d’offres de construction avait été lancé en 2020 et a été remporté en avril 2021 par le groupement SGTM-Somagec Sud. 

« Doté d’une conception évolutive et extensible, ce projet portera sur la réalisation d’un port en eaux profondes sur la façade Atlantique de la région de Dakhla-Oued Eddahab, selon trois composantes : un port de commerce à une profondeur de -16 m/zéro hydrographique, un port dédié à la pêche côtière et hauturière, et un port dédié à l’industrie navale » (selon Aujourd’hui le Maroc).

Un autre projet, non moins structurant et relatif à la vocation africaine de l’économie marocaine est le grand projet de gazoduc Nigéria-Maroc dont l’idée remonte à la visite royale au Nigéria en 2016. Aujourd’hui, l’étude de faisabilité de ce projet qui sera bénéfique pour tous les pays de la CEDEAO est achevée et la décision finale de financement est en cours de validation (au 23 juin 2021).

Le niveau de développement des télécommunications est élevé et l’opérateur historique, Maroc Telecom est désormais présent, à travers ses filiales et participations, dans 10 pays de l’Afrique de l’Ouest. Selon l’ANRT, le Maroc comptait en 2019 46.6 millions de lignes de téléphonie mobile, le taux de croissance du parc était de 4.3% et le trafic de données Internet augmentait annuellement de 30%. Le nombre de lignes Internet avait atteint 25.3 millions.

La crise sanitaire a amplifié la digitalisation de l’économie et de la société. Le Maroc devrait améliorer le débit d’Internet en généralisant la 5G et en renforçant les installations, mais aussi l’équipement des ménages. Une production d’ordinateurs à la portée des petites bourses devrait être mise en place.

  • Un secteur financier relativement solide

Le Maroc dispose d’un secteur bancaire moderne et solide. Le taux de bancarisation a été amélioré de manière significative depuis la création de Barid Bank. Les banques marocaines sont présentes dans plusieurs pays, à travers des succursales dans des pays industriels et des filiales dans plusieurs pays africains. Il n’empêche que le caractère oligopolistique de ce secteur n’est pas à même de favoriser la concurrence avec l’amélioration de la qualité des services bancaires et la diminution des coûts, même si des efforts importants ont été fournis dans ce sens. 

Le secteur des assurances du Maroc est également à un niveau de développement élevé par rapport aux pays comparables au Maroc. Les assurances du Maroc ont également investi à l’extérieur du pays. On peut se féliciter de la mise en place, en 2016, de l’Autorité de contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS). Une implication des assurances dans l’investissement industriel devrait être favorisée, afin de contribuer à la transformation structurelle de l’industrie marocaine pour plus d’exportations de haute technologie.

Un autre atout concernant le système financier marocain est Casablanca Finance City (CFC) qui vise à attirer les entreprises financières internationales et à faire de Casablanca un hub financier régional en Afrique. En 2019, Casablanca Finance City est classée 22ème place financière mondiale dans le rapport GFCI 25 (elle était 62ème en 2014).

  • Traitement des questions énergétique et hydrique

Selon l’Agence marocaine des énergies renouvelables (Masen), le bilan des réalisations et des projets en cours à fin 2019 a été que la puissance installée s’élève à 3.685 MW, dont 700 MW pour le solaire, 1.215 MW pour l’éolien et 1.770 MW pour l’hydroélectrique. En 2019 donc, aucune nouvelle capacité n’a été ajoutée, sachant que l’objectif est d’atteindre en 2020 une puissance de 6.000 MW. Cela dit, plusieurs projets solaires et éoliens étaient en cours de réalisation ou de lancement. Selon l’Agence, les capacités engagées en 2020 auraient été en ligne avec les objectifs annoncés, l’objectif étant de porter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national à 42% en 2020 et à 52% à l’horizon 2030. Le Roi a appelé à réviser cet objectif à la hausse en pointant (en octobre 2020) des retards dans l’exécution.

L’objectif de 42% en 2020 n’avait pas été atteint, puisque la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique s’est située à 35% (contre 33% en 2019). Il faut donc accélérer dans la réalisation et œuvrer pour renforcer l’intégration de ces énergies renouvelables dans l’économie marocaine à travers le développement de filières industrielles de production d’équipements et d’intrants pour ces énergies renouvelables ainsi que pour la production de services de maintenance et d’entretien. Un institut de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique a été créé en décembre 2020 et inauguré en février 2021. Dans l’indice international de protection du climat 2021 de German Watch, le Maroc s’affiche parmi les pays en tête de liste en occupant la 7ème position sur 57 pays.

Évidemment, les objectifs du Maroc en la matière, devraient être d’assurer l’indépendance du pays en matière d’énergie et la production d’une énergie « propre » et bon marché pour renforcer la compétitivité de ses entreprises et de ses produits à l’export. La production locale d’énergie et de tout ce qui est lié à cette production est également à même de créer de l’emploi.

Par ailleurs, un accord germano-marocain sur l’hydrogène, a été signé à Berlin en juin 2020. Cet accord prévoit que la RFA soutienne le Maroc dans la construction d’une usine de production d’hydrogène vert. Des fonds à hauteur de 300 millions d’euros ont déjà été promis à cette fin et devraient permettre à l’Allemagne d’acheter de l’hydrogène vert au Maroc dans le futur. Il faut tout de même noter que les relations diplomatiques des deux pays connaissent en 2021 une crise qui risque de se prolonger jusqu’après le remplacement de la Chancelière Merkel en septembre 2021.

Pour ce qui est de la question hydrique, le Maroc a adopté, sans discontinuer, une stratégie de construction de grands barrages, depuis 1945.  Début 2020, le Maroc dispose de 145 grands barrages ainsi que de 255 barrages collinaires. En 2021, il y a eu lancement de 5 nouveaux grands barrages avec une enveloppe budgétaire globale de 4.8 Mds de DH et une capacité de 525 millions de m^3. Cela portera la capacité de retenue des barrages à 6.8 milliards de mètres cubes, au moment où le pays aspire à porter cette capacité des barrages au terme du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-27 à 27 milliards. Le pays disposera à cet horizon de 179 barrages.

A côté des grands barrages et toujours dans le cadre de ce programme national d’approvisionnement en eau pour atténuer le stress hydrique, le Maroc a lancé des projets importants de dessalement de l’eau de mer. « Des stations dédiées sont lancées dans les régions les plus impactées par la sécheresse. Ainsi, des stations ont vu le jour à Laâyoune, Boujdour, Tan-Tan et Akhfenir. D’autres sont en projet comme celles de Dakhla, Safi, Al Hoceima, Agadir ou Casablanca. La station de Casablanca aura une capacité de production de 300 millions de m^3 et alimentera en eau potable la métropole et sa région, soit une population cible de 7,4 millions d’habitants qui passera en 2030 à près de 9 millions. » Le Maroc vise en la matière une capacité de production d’1 milliard de m^3. 

Si la nécessité du dessalement de l’eau de mer est indiscutable, il conviendrait d’assurer le caractère vert des technologies utilisées et l’intégration du processus de dessalement de l’eau à travers le traitement de ses sous-produits et la production locale des équipements et techniques nécessaires ainsi que de leur entretien et maintenance. 

  • Un nouveau repositionnement géostratégique prometteur

Traditionnellement, le Maroc entretenait l’essentiel de ses échanges économiques avec l’Europe et, notamment, avec la France, puis avec l’Espagne devenue premier partenaire commercial depuis 2012. L’essentiel de ces échanges passait par le port de Casablanca.

Le Maroc a effectué un premier repositionnement géostratégique dans deux directions : celle de la Méditerranée à travers la construction, au début du présent siècle, un hub logistique mondial autour du port Tanger Med, puis à travers la réorientation des activités économiques d’investissement et de production vers l’Afrique Subsaharienne.

Le hub de Tanger Med « est connecté à plus de 180 ports mondiaux, offrant des capacités de traitement pour 9 millions de conteneurs, 7 millions de passagers, 700 000 camions et 1 million de véhicules. Tanger Med constitue une plateforme industrielle pour plus de 1100 entreprises qui représentent un volume d’affaires annuel de 5300 MEUR dans différents secteurs tel que l’automobile, l’aéronautique, la logistique, le textile et le commerce. » Tanger Med est devenu le Premier Port à Conteneurs en Méditerranée. Sa plateforme industrielle se classe 2ème zone économique spéciale dans le monde. Le tonnage global s’élevant à 81 millions de tonnes, en 2020, est en augmentation de 23% par rapport à 2019. 

L’activité de Tanger Med a bien sûr été lourdement affectée par la crise sanitaire. Si le nombre de camions TIR traités a stagné en 2020 par rapport à 2019 au niveau de plus de 357 mille, le nombre de passagers a chuté de 75% pour se situer à 702 mille et le nombre d véhicules neufs a baissé de 28% pour se limiter à 358 mille. On s’attend à une reprise vigoureuse cet été 2021, avec le lancement de l’opération d’accueil des Marocains résidents à l’étranger et la reprise des exportations de voitures neuves, jusques là ralentie par le manque de pièces détachées habituellement importées d’Asie. 

Pour la réorientation économique vers l’Afrique Subsaharienne, il suffit de rappeler que le Maroc est désormais le deuxième investisseur africain en Afrique au sud du Sahara, après l’Afrique du Sud. Le Maroc a investi pour 5.4 Mds de DH en Afrique, en 2019. Il « est présent en Afrique subsaharienne, première destination de ses IDE en Afrique, dans plus de 14 pays dont la Côte d’Ivoire (13 %) le Tchad (12 %), le Sénégal (9 %), Madagascar (7 %), le Cameroun (4 %) et l’Île Maurice (3 %) », selon la DEPF (Ministère des Finances).

Les secteurs concernés par les IDE marocains en Afrique sont les banques, les télécommunications, les assurances, le BTP, les TIC et médias, les mines, le pharmaceutique, le transport aérien, l’enseignement supérieur et de plus en plus de fabrication d’engrais. 

Les échanges commerciaux du Maroc avec l’Afrique Subsaharienne enregistrent une croissance annuelle moyenne de 9,1% sur la période 2008-2016. Mais, la part de ces échanges dans les échanges commerciaux du Maroc demeure modeste et ne à s’élève qu’à 3% du total en 2016 contre 2% en 2008.

Un second repositionnement géostratégique du Maroc se dessine et semble se confirmer en 2020-21. Il s’agit pour le Maroc de s’émanciper de son axe traditionnel vers la France et l’Espagne pour une plus grande diversification de ses échanges économiques, au-delà des échanges commerciaux, en direction de la Chine et du Royaume-Uni sorti de l’UE, en direction de l’Inde et du Brésil (sur la base de l’industrie phosphatière). Et depuis décembre dernier, un axe alternatif à l’axe traditionnel semble prendre de l’ampleur. Il s’agit de l’axe Maroc-USA-Israël. Au-delà des relations historiques entre le Maroc et chacun des deux autres pôles, la coopération multiforme entre les trois pays avec le choix du Maroc comme porte d’entrée en Afrique Subsaharienne prend de plus en plus forme. Le choix des USA d’installer au Maroc son Initiative de prospérité africaine va dans cette direction. Cet axe pourra fournir des IDE accompagnés de haute technologie au Maroc et pourra être à l’origine d’un cycle vertueux de croissance économique rapide.

Les deux servitudes que le Maroc devrait surmonter, pour mieux profiter de ce repositionnement géostratégique, concernent la formation d’un capital humain de grande qualité et une nette amélioration de l’environnement de l’entreprise marocaine.

  1. Pour un capital humain de grande qualité

L’une des grandes faiblesses de l’économie marocaine est le niveau de développement de son capital humain. C’est le système d’éducation, d’enseignement supérieur et de recherche scientifique ainsi que de la formation professionnelle et qui est responsable de ce bas niveau.

Si l’objectif de la généralisation de la scolarisation primaire a été atteint, on est loin de la généralisation de l’enseignement préscolaire, de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur. En plus, les déperditions dans l’enseignement fondamental demeurent trop élevées.

Le plus grand problème dans ce domaine est celui de la qualité de l’enseignement. Six axes de redressement pourraient contribuer à améliorer la qualité de l’enseignement et de son output, le capital humain.

  1. Le premier axe consisterait à généraliser et moderniser l’enseignement préscolaire basé sur l’acquisition et la maîtrise des langues maternelles (arabe et amazigh) et le développement personnel ;
  2. Le deuxième axe concerne le renforcement de l’enseignement des langues vivantes internationales dans l’enseignement secondaire (collège et lycée) ;
  3. Le troisième est relatif au renforcement de l’enseignement scientifique et technologique à partir du primaire. Le baccalauréat scientifique avec des filières diversifiées devrait représenter entre 80 et 90% des élèves ;
  4. Le quatrième est l’enseignement des technologies de l’information et de communication, ainsi que l’Intelligence artificielle à introduire dès la fin du primaire et à renforcer de manière significative, dans le secondaire pour tous les élèves ;
  5. Le cinquième concerne l’enseignement professionnel (agricole, industriel et tertiaire) qui devrait être intégré à l’enseignement général pour permettre aux élèves des va-et-vient entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général et le recyclage, l’apprentissage tout au long de la vie et le retour aux bancs de l’université à toute étape de la vie ;
  6. Le dernier axe concerne la digitalisation partielle de l’enseignement à partir du lycée pour économiser les locaux, former des élèves à distance, permettre à des élèves qui abandonnent l’école traditionnelle de reprendre leur éducation. Cette digitalisation de formations scientifiques et professionnelles permettrait aussi d’améliorer le niveau de qualification de la population active. Elle permettrait aussi aux étudiants marocains de bénéficier, à partir du Maroc, des meilleurs enseignements disponibles à l’international. Cette digitalisation ne devrait pas se limiter aux supports pédagogiques. Elle devrait viser à développer des plateformes Internet de formation et d’évaluation.
  • Pour un environnement plus favorable à l’entreprise marocaine

La seconde faiblesse à souligner concerne la place de l’entreprise dans l’économie marocaine. Il est vrai que ces dernières années, beaucoup d’efforts ont été fournis pour améliorer le climat des affaires et pour étendre les libertés économiques et cela a donné des résultats au niveau des classements internationaux du Maroc.

C’est ainsi que le classement du Maroc dans l’indice du climat des affaires que constitue « doing business », est passé de 128ème place, il y a 10 ans à la 53ème en 2020. Cette nette amélioration est due à l’accélération du commerce transfrontalier, à l’introduction du paiement électronique pour les frais de port, l’organisation de la dématérialisation des formalités douanières, la prolongation des horaires d’ouverture des ports. En revanche, le Maroc accuse un retard en matière de transferts de propriété, de réglementation de l’insolvabilité et plus particulièrement en matière d’obtention de prêts.

Concernant les libertés économiques, le think tank américain Heritage Institute établit un indice de la liberté économique classant 178 pays et territoires selon 12 facteurs groupés en 4 grands piliers que sont :

  • État de droits
  • Taille du gouvernement
  • Efficacité réglementaire
  • Ouverture des marchés

Le Maroc a obtenu, en 2020, le score de 63.3 pts. Ce qui le classe à la 81ème place mondiale, la première place en Afrique du Nord (y compris l’Égypte), la 6ème place en Afrique.

Toutefois, si ces classements internationaux du Maroc sont importants, ils le sont davantage pour l’investisseur étranger que pour l’entrepreneur marocain. Vu de l’intérieur du Maroc, le climat des affaires est encore pesant pour l’entreprise marocaine. Le coût de l’administration est étouffant, celui de la fiscalité et des charges sociales est lourd, l’accompagnement de l’entreprise, de l’idée de projet jusqu’à l’internationalisation est peu significatif.

L’entreprise devrait être valorisée, encouragée et soutenue par son environnement, bancaire et financier, étatique, syndical, territorial…

Les start-ups innovantes et exportatrices de produits digitaux et de haute technologie devraient être entourées de toute l’attention des pouvoirs publics.

Le capital-risque devrait être développé et le financement des PME devrait être facilité et son coût devrait être davantage réduit.

CONCLUSION

La science économique a toujours été en retard par rapport à la réalité économique. Ce n’est évidemment pas parce que les économistes étaient moins compétents que leurs homologues des autres disciplines scientifiques. Mais, c’est parce que chaque variable économique dépend d’un très grand nombre de variables et que le principe de Walras d’interdépendance générale des marchés se vérifie dans la réalité. 

En économie, les variables influant sur une variable donnée étant nombreuses, la relation entre deux variables isolées ne peut être étudiée qu’en adoptant la clause ceteris paribus. Évidemment, lorsque toutes choses par ailleurs ne sont pas égales, l’action d’une variable isolée sur une autre variable isolée ne peut plus être prédite de manière satisfaisante.

Les prévisions des économistes sont basées sur l’hypothèse que le futur ressemblera au passé. Si un choc important frappe l’économie, cette dernière sort de sa trajectoire passée, elle « déraille », et toute prédiction devient hasardeuse. Tout cela pour dire que la prudence est de mise quand il s’agit d’évoquer les perspectives de l’économie, quelle qu’elle soit. 

Il faut ajouter à cela que seules de grandes économies comme l’américaine et la chinoise peuvent s’inventer un futur, et encore. L’économie marocaine n’a pas une grande marge de manœuvre. Il faut tout de même éviter d’avancer à reculons et choisir un bon positionnement dans le tunnel qui s’offre, quand bien même ce dernier était étroit. 

En tout cas, sur le plan politique, il faut voler à basse altitude pour ne pas se faire remarquer. La stratégie politique devrait être complémentaire de la stratégie économique et devrait être à son service, l’objectif ultime étant de se développer économiquement, d’assurer le progrès social et d’améliorer le bien-être de la population. 

Quant à l’avenir de l’économie marocaine, il faut être un devin, non pas pour le dire, quiconque peut se le permettre, mais pour le prédire de manière exacte. Car, si l’évolution économique du pays dépend, non seulement de l’action assez déterminante des pouvoirs publics, mais aussi des décisions et réactions des millions d’opérateurs privés marocains, elle dépend aussi et beaucoup de l’évolution de l’économie mondiale, dont, notamment, celles de nos principaux partenaires économiques. 

Comment évoluera l’économie mondiale durant les années à venir ? Ce qui est certain, c’est qu’après chaque grande crise économique mondiale, celle de 1929, celle des années 1973-75, celle de 2007-8, le fonctionnement de l’économie se transforme et de nouvelles théories ou idéologies économiques remplacent les anciennes, pour de longues années. 

On sait qu’après 1929, on est passé de l’économie libérale d’avant à l’économie de la synthèse néokeynésienne qui a dominé jusqu’aux années 1970. Après la crise des années 1970, on est passé de l’économie néokeynésienne à l’économie des Nouveaux Classiques et du consensus de Washington. La crise de 2007-8, n’a pas beaucoup bouleversé, de manière durable, ce fonctionnement « néolibéral », quoique la gestion étatique des systèmes financiers en a été transformée. 

Cette crise sanitaire mondiale, qui s’est vite transformée en grande crise économique et sociale, nous fera-t-elle passer d’un « modèle » économique à un autre ? Ce qui est certain, c’est que le coup de fouet donné à la digitalisation des économies et des sociétés sera une transformation irréversible : les services seront de plus en plus digitaux, le travail, l’enseignement, la santé seront de plus en plus des services rendus à distance. Cela bouleverse et bouleversera les rapports sociaux.

Pour les pays en développement, les économies qui ont été émergentes, « dans la vie d’avant », étaient des économies exportatrices de biens manufacturés. Les économies émergentes de demain, seront-elles les économies exportatrices de biens digitaux ? C’est ce qu’il semble se dessiner. Il appartient donc aux pays en développement qui désirent s’en sortir dans le futur, de développer une économie numérique dynamique. Pour ce faire, une éducation de qualité, moderne et ouverte, devrait être assurée aux dirigeants de demain, un secteur d’enseignement et de recherche devrait être développé et intégré de manière forte à l’économie pour en devenir la principale locomotive.

Les économies de l’Afrique du Nord, ont-elles un avenir en commun ? Il est difficile de répondre à une telle question, la situation politique présente étant conflictuelle et trop compliquée. Au-delà des problèmes politiques paraissant insolubles, s’il faut commencer par quelque action dans le but de construire un avenir souhaitable, peut-être qu’il conviendrait de commencer par intégrer les économies numériques nationales, encore à l’état embryonnaire, pour en faire un secteur assez développé et pouvant tirer vers le haut les économies nationales.

* Lahcen OULHAJ. Économiste, Président de la commission permanente d’analyse et de conjoncture économique et sociale du Conseil Economique et Social et Environnemental.

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Économie

FRANCE-ALGÉRIE : RÉCHAUFFEMENT POUSSIF

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L’Algérie et la France qui alternent des cycles de tensions et de fugaces rapprochements ne parviennent toujours pas à pérenniser des relations régulièrement chahutées par des considérations politiciennes généralement dictées par l’instrumentalisation du passé colonial. 

Il reste que la réalité économique et technique rattrape souvent ces brouilles ; des domaines de coopération technique ou scientifique ne pouvant être colmatés par le recours à la coopération italienne, allemande ou chinoise. Il en est ainsi du secteur des transport lourdement handicapé par les crises qui ont sévèrement secoué en octobre dernier les rapports entre Alger et Paris.

Ce jeudi, c’est le ministre des transports qui a reçu l’ambassadeur de France à Alger, François  Gouyette pour examiner «  les voies et moyens de renforcer la coopération des deux pays dans le domaine des transports », indique un communiqué du ministère des Transports qui précise que  « Les deux parties ont également examiné les moyens de renforcer la coopération entre les deux pays et l’échange d’expertises en matière de réalisation et d’exploitation notamment le développement de l’infrastructure ferroviaire et du réseau Tramway ».

Pour rappel, ce sont des sociétés françaises qui ont réalisé le métro d’Alger et d’autres vecteurs de transport urbain, notamment dans la capitale. La gestion de l’exploitation du métro avait été confié à la RATP avant que le pouvoir algérien décide de l’en dessaisir. Les problèmes de gestion et d’entretien de ces moyens de transport  handicapent souvent la rentabilité, affectant les usagers qui les empruntent. Pour cet élu de l’assemblée de wilaya d’Alger, « les ruptures contractuelles sont plus souvent dues à des tensions politiques qu’à des considérations économiques et commerciales ».  

On relèvera que de reports en reports, les réunions du comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), perturbées par les secousses politiques, les départements ministériels algériens, en bute à des retards de livraison de matériel, de pièces de rechanges ou à des déficits d’expertise sont réduits à solliciter l’ambassade pour parer aux contraintes les plus urgentes. 

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Économie

ALGÉRIE. ZONES FRANCHES, LE SERPENT DES MERS

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Véritable miroir aux alouettes, le projet de création de zones franches vient d’être relancé ce mardi par le ministre du commerce Kamel Rezig. Lors d’une séanceprésidée par M. Smaïl Kouadria, responsable de la Commission des affaires économiques, du développement, de l’industrie et de la planification à l’Assemblée populaire nationale (APN),et à laquelle a participé la ministre des Relations avec le Parlement, Basma Azouar, M. Rezig a présenté le projet de loi encadrant la mise en place des zones franches commerciales. Détaillant sa proposition, il a annoncé la création d’une entreprise dédiée à la gestion de ces zones, dénommée “Société algérienne des zones franches” et l‘installation d’une Commission nationale des zones franches commerciales, qui dépendra du ministère du Commerce. 

Selon le ministre, le projet de loi, incitatif en matière fiscale et douanière, ambitionne de favoriser l’investissement, de stimuler et de diversifier la production de l’économie nationale avec pour objectif essentiel l’augmentation des exportations afin de réduire la facture des importations.

Mais les autorités espèrent également que la création de zones franches avec les pays africains voisins permettra de résoudre ou au moins de limiter les effets de la contrebande, véritable fléau qui gangrène l’économie du pays. Des villes comme Tadjenant (est du pays) se sont spécialisées dans l’écoulement de marchandises importées frauduleusement causant de graves préjudices à la production nationale et au fisc. 

Il est difficile de savoir si cette nouvelle annonce va aboutir, sachant que d’autres initiatives portant sur le même sujet ont jusque-là toutes avorté. Une opinion largement répandue n’hésite pas à mettre sur le compte de puissants lobbies du commerce parallèle ces entraves. Embrassant des milliards de dinars, des secteurs comme l’informatique, la téléphonie mobile ou le textile que se répartissent des groupes d’influence islamistes – frères musulmans ou salafistes – sont des activités où se recyclent l’argent octroyé par l’islamisme international ou celui récupéré pendant les années 90. 

Cette nouvelle proposition laisse dubitatifs les agents des milieux financiers privés et publics. Pour ce cadre du ministère des finances qui a requis l’anonymat « Ce n’est pas maintenant que les islamistes et assimilés sont majoritaires au parlement que les zones franches vont voir le jour ».  Désabusé, notre interlocuteur ne manque pas d’ajouter que « Lorsque des bureaux de change parallèle qui spéculent sur la monnaie nationale ouvrent à quelques pas des commissariats de police, on peut douter de la volonté de mettre de l’ordre dans l’activité commerciale ».  

Pour rappel ; la ratification de l’Accord sur la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) doit entrer en vigueur le 1er juillet 2022. Cet accord qui implique 54 pays porte sur un marché de 1,2 milliard d’habitants avec un produit intérieur brut (PIB) de 2.500 milliards de dollars US. 

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DÉCOUVERTES D’HYDROCARBURES AU MAROC : MIROIR AUX ALOUETTES ?

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Les annonces de découvertes de gaz ou de champs pétroliers se multiplient au Maroc. Pour autant, les quantités annoncées prêtent toujours à supputation. Les gisements gaziers de Guercif, de Larache ou ceux en off-shore au large de Tanger donnés comme rentables ne suscitent plus l’intérêt médiatique relevé au début de l’année 2022 (voir and-med des 16 et 19 janvier 2022). En pleine crise avec Alger qui a décidé de fermer le Gazoduc Maghreb Europe (GME) en octobre 2021, les pouvoirs publics marocains avaient directement ou implicitement relayé la communication vantant le potentiel de ces sites.

Récemment, la société britannique Europa Gas and Oil a annoncé la découverte d’un champ pétrolier off-shore au large d’Agadir dont la capacité est estimée à un milliard de barils récupérables sans risques. 

Cette fois, les institutions officielles se montrent plus discrètes. À raison. En août 2021, la même Europa Oil and Gas avait estimé les réserves potentielles de ce site à plus de 2 milliards de barils avant de revoir à la baisse ses prévisions. Plus grave, le 24 avril, l’association des géologues et géophysiciens pétroliers espagnols (AGGEP) fait état d’une « découverte fantôme » ajoutant que l’annonce était un coup de communication destiné à survendre le potentiel du sous-sol marocain pour y attirer des investisseurs à même de mobiliser les moyens de prospection importants des majors, la société Europa and Gas ne disposant que de modestes capacités.

Le gouvernement marocain a déjà été confronté à une déconvenue de taille en relayant imprudemment des informations euphoriques d’une société de recherche. Au début des années 2000, il avait suscité d’immenses espoirs en donnant comme acquis le potentiel de plusieurs milliards de barils du gisement de Talsint (Maroc Oriental) confié à la société Lone Star Energy corporation. Quelques semaines plus tard, les autorités marocaines découvrent une supercherie.

Depuis l’été 2021, quand l’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, Rabat multiplie les annonces sur les forages prometteurs. Ces informations sont généralement suivies par un silence qui cache mal une volonté de dédramatiser la coupure du GME qui alimentait 97% des besoins du royaume.

Pour l’heure, c’est l’Espagne qui, au grand dam d’Alger, a décidé de pourvoir à la consommation du Maroc en utilisant le GME dont on a inversé les flux.

Plus fondamentalement, le royaume chérifien compte beaucoup plus sur le gazoduc Nigeria-Maroc qui, en plus d’irriguer l’Afrique de l’ouest, doit permettre au Maroc d’échapper à la dépendance algérienne et même de renvoyer l’ascenseur à l’Espagne qui pourrait bénéficier de ce gazoduc.

Les Marocains assurent que la seconde phase de l’étude du projet est bien avancée. Il reste à suivre la réalisation de ce chantier, sachant  que les Algériens s’y sont aussi intéressés et même positionnés.  

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MAROC. LES CARBURANTS, POUDRIÈRE SOCIALE

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La flambée des prix des hydrocarbures nourrit les chaînes inflammables de contestations sans fin au Maroc. Après divers secteurs des transports qui ont déjà dû recourir à des grèves pour faire entendre leurs voix, (Voir adn-med du 9 mars. Maroc : grève renouvelable des transporteurs routiers), c’est au tour de la fédération des propriétaires et gérants des pompes à essence de tirer la sonnette d’alarme.

Dans un communiqué réquisitoire, la Fédération a interpellé le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, pour lui demander de sortir de son mutisme.

Ce département est en effet resté de marbre après une demande de réunion qui lui a été adressée pour faire le point sur la situation des pompistes. Les membres de la fédération exigent des mesures de soutien urgentes en matière d’allègement fiscal comme l’exemption de la cotisation minimale applicable au chiffre d’affaires. Les protestataires rappellent que leur marge bénéficiaire est fixe et cela indépendamment du prix de vente du litre de carburant, alors que les autres paramètres de gestion de leur activité sont lourdement impactés par les surcouts induits par les perturbations du marché mondial.

Le silence du ministère de tutelle résulte en partie du fait que le gouvernement qui a déjà libéré des sommes conséquentes afin de réduire et de stabiliser les coûts des transports voit ses marges de manœuvre financières considérablement limitées par une situation budgétaire déjà contrainte. D’autres secteurs comme les chauffeurs de taxis, les pêcheurs ou les agriculteurs qui ont déjà alerté sur leur précarité risquent d’ajouter leurs voix pour demander des mesures atténuant les coûts d’exploitation de leur matériels motorisés, révélant un mécontentement qui s’étale comme un feu de brousse.

Ces tensions qui affectent les secteurs professionnels grand consommateurs de carburant s’ajoutent à une fausse constante des prix des produits de consommation courante qui durent depuis plusieurs mois.

Source d’apaisement relatif pour le Royaume : les dernières pluies ont permis d’assurer un taux de remplissage d’environ 40% des barrages qui étaient encore au début mars quasiment à sec. 

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TUNISIE. VERS UN DÉFAUT DE PAIEMENT ?

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Le rapport de la banque américaine d’investissement Morgan Stanley publié ce 21 mars dresse une sombre projection de la situation tunisienne. Même l’hypothèse, pour l’instant incertaine, d’une négociation rapide et aboutie avec le FMI ne semble pas annoncer des situations économiques et financières rassurantes. Quand bien même y aurait-il accord pour « un éventuel programme du Fonds Monétaire International (FMI) en 2023, il est probable que les fondamentaux se détérioreront nettement dans l’intervalle avec un possible défaut de paiement en vue » prévient la banque américaine.

La gestion en solo du chef de l’État a eu le don d’irriter la direction de la pourtant très conciliante UGTT qui ne cesse de déplorer l’opacité qui entoure les relations entre la présidence de la république et les institutions financières internationales. Le ton entre l’organisation syndicale, accusée par une partie de ses adhérents de cultiver un rapport ambigu sinon de complaisance avec Kaïs Saïed, est d’ailleurs récemment monté d’un cran. 

La tension porte essentiellement sur le refus de Kaïs Saïed de répondre favorablement aux multiples appels à un “dialogue inclusif” afin de trouver un accord sur l’agenda et la nature des réformes de structures à entreprendre pour, éventuellement, ralentir la détérioration actuelle des finances publiques. Une opposition qui annonce des difficultés à dégager un compromis entre le gouvernement et les structures socio-professionnelles comme la centrale syndicale et l’organisation patronale UTICA. 

À lire les estimations de Morgan Stanley, il est presque déjà trop tard. 

« Dans un scénario où le rythme actuel de détérioration des finances publiques se poursuit, il est probable que la Tunisie se retrouve en défaut de paiement sur sa dette. (…) Notre hypothèse de base est l’absence de programme avec le FMI en 2022 avec une forte probabilité de défaut en 2023, si des réformes importantes ne sont pas entreprises à court terme ».

Or, sur le court terme Kaïs Saïed, obnubilé par un agenda vampirisé par une consultation populaire qui n’a mobilisé que 6% du corps électoral, oppose la sourde oreille aux appels des partenaires sociaux qui le pressent de dévoiler ses intentions.

Le président cherche à gagner du temps et le temps c’est ce qui est le plus compté à la Tunisie actuellement. La dette par rapport au PIB du pays est, à terme, insoutenable. Face à des échéances qui exigent consensus, pertinence et réactivité, Kaïs Saïed s’en tient à sa double marotte : accuser ses adversaires d’être des agents de l’étranger et promettre d’enlever aux voleurs et donner aux pauvres.

Même la dégradation continue de la note souveraine de la Tunisie laisse de marbre le locataire de Carthage. 

Cela désespère même ses plus fervents soutiens, comme le secrétaire général du Mouvement du peuple (Harakat Echaab) qui reconnait que “quel que soit son génie, il ne pourra pas résoudre tout seul la crise“.

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AIR ALGERIE CANADA : APRÈS LE CRASH FINANCIER, LE CASH !

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La communauté algérienne du Canada a longtemps attendu la réouverture de la ligne Air Algérie Alger-Montréal. Une fois l’information vérifiée, le voyageur se rend compte qu’il doit encore se soumettre à une procédure de paiement particulière puisqu’il lui est demandé de s’acquitter du prix de son billet par…cash, pour, lit-on sur une affiche de l’agence “problème technique”. Ce n’est pourtant pas le temps qui a manqué pour organiser la reprise des vols.

Ferhat, chauffeur de taxi habitué des courses vers les aéroports n’a pas de mots assez durs : « Imaginez une famille de 5 personnes par exemple. Elle doit faire un retrait avoisinant les 10.000 dollars et les ramener dans un sac pour payer les billets » s’étrangle-t-il, prenant à témoins son ami Boussad, infirmier qui renchérit : « C’est très délicat. Ce n’est pas bien pour l’image de la compagnie et du pays. Le système bancaire canadien à l’instar de ceux de beaucoup d’autres pays n’encourage pas cette pratique pour des raisons liées au contrôle du flux financier et toute sorte de fraudes comme la dissimulation des fonds pour échapper à l’impôt, le blanchiment d’argent ou l’évasion fiscale ; sans compter le risque de trimballer de grandes sommes d’argent sur soi ». 

Ferhat qui ne décolère pas repart de plus belle : « Moi, j’entends les clients. Ils fuiront la compagnie nationale à la première offre d’un concurrent. On dirait que les dirigeants cherchent à achever une entreprise qui est déjà au bord du crash financier. Je suis jaloux d’entendre les Tunisiens et les Marocains parler de la façon dont ils voyagent. Et les différences de prix avec nos voisins. Un scandale ». À titre comparatif, nous avons vérifié les prix des billets aller-retour à partir de Paris concernant la période fin mars- début avril sur les trois compagnies nationales. Paris – Tunis : 270 euros, Paris-Alger : 644 euros et Paris – Casablanca : 186 euros. Malgré les prix prohibitifs du pavillon algérien, la trésorerie d’Air Algérie est au rouge depuis plusieurs années. 

Pour faire une réservation en ligne ou vérifier la disponibilité des billets Alger-Montréal, une messagerie répond : « Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée, une erreur est survenue pendant le traitement de votre demande ». 

Comment se fait-il qu’après tant d’années, Air Algérie ne se soit pas adaptée aux normes commerciales canadiennes pour perpétuer une gestion financière qui ouvre la voie à toute sorte d’abus comptables ?

Dans tous les pays où l’influence anglo-saxonne est forte, la tradition protestante a établi une relation très rigoureuse dans la gestion de l’argent. Et au Canada comme ailleurs, le paiement par cash est l’exception. 

Ce procédé de paiement archaïque n’est pas propre à Air Algérie. Le Consulat Général d’Algérie à Montréal n’est toujours pas équipé pour gérer les frais liés aux prestations administratives par le paiement par carte bancaire. Ceux qui n’ont pas l’habitude d’avoir à faire avec la représentation algérienne au Canada sont souvent obligés de repartir pour revenir avec de l’argent en espèce afin de s’acquitter du coût des services consulaires. 

L’une des raisons officieuses avancées pour expliquer le limogeage du ministre des transports Kamal Naceri « pour faute grave dans l’exercice de ses fonctions » serait en relation avec la gestion du dossier Air Algérie. 

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MAROC. LAHCEN OULHAJ* : LA CONSTRUCTION RÉGIONALE NÉCESSITE…UNE VOLONTÉ POLITIQUE

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Les accords d’Abraham, outre le repositionnement géopolitique qu’ils ils impliquent, semblent définir un nouveau format du projet économique marocain. Si l’économiste que vous êtes partage cette perception, pourriez-vous nous dire de quoi est constituée cette nouvelle approche et, surtout, vers quoi tendrait-elle ?

Lahcen OULHAJ : Les accords d’Abraham, compris comme stratégie US de réconciliation et de rapprochement d’Israël avec ses voisins arabes, concernent davantage l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn. 

La coopération politique et économique entre Israël et le Maroc remonte aux années 1960-70. Les relations entre les deux pays ont été officielles entre 1994 et 2000. Aujourd’hui, il s’agit d’une reprise officielle de cette coopération qui ne s’était pas arrêtée. 

C’était Feu Hassan II qui évoquait assez souvent l’idée des fils d’Abraham (au sens religieux s’entend) et la nécessité de l’entente de ces fils et de l’alliance de l’argent (pétrolier) arabe avec l’intelligence et la technologie israéliennes ou juives de manière générale. 

Ces Accords d’Abraham n’impliquent donc pas de repositionnement géopolitique pour le Maroc. Notre pays s’est toujours défini et voulu comme faisant partie du bloc Ouest dirigé alors par les USA, et ce, depuis le débarquement des Américains à Casablanca, en 1942. Il y a eu des bases américaines sur le sol marocain, jusqu’aux années 1970. Il est vrai qu’après l’Indépendance (acquise en novembre 1955 et officialisée en mars 1956), il y a eu la tentation du mouvement des Non-Alignés et le progressisme ambiant de l’époque, surtout sous le gouvernement socialiste Abdallah Ibrahim (1959-1960). Les relations ont ainsi été établies avec la Chine Populaire, l’URSS, la Yougoslavie… Le renvoi de ce gouvernement ne s’était pas traduit par la remise en cause de ces relations, considérées comme purement économiques. Le Maroc est le seul pays africain à avoir signé un accord de libre-échange avec les USA, entré en vigueur en 2006. Cet accord a permis de multiplier par 5 le volume des échanges commerciaux entre les deux pays, entre cette date et 2019. L’économie marocaine demeure libérale et ouverte sur le monde avec des accords de libre-échange avec 56 pays étrangers. Une coopération économique active existe entre le Maroc et le reste du monde : la Russie, l’Inde, la Chine, l’Europe, l’Afrique Subsaharienne, l’Amérique du Sud (Brésil surtout). Il n’y a pas de changement du positionnement géopolitique du Maroc. 

Toutefois, l’accord tripartite de décembre 2020, entre les USA, Israël et le Maroc, s’est traduit par la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur l’ensemble du Sahara (occidental), en contrepartie de la reprise des relations officielles entre Israël et le Maroc. Cela change radicalement la donne du conflit entre le Maroc et l’Algérie autour du Sahara. Cela a permis une coopération sans précédent en matière de défense entre Israël et le Maroc. Cela renforce considérablement les capacités militaires du Maroc. De même, l’accord se traduit par davantage d’investissements israéliens dans des domaines technologiques, au Maroc. Il y a également des promesses d’investissements américains et israéliens importants, surtout dans la région de Dakhla et en direction de l’Afrique subsaharienne. En somme, lorsque le quantitatif dépasse un seuil, il est perçu comme un changement qualitatif. Donc, si l’accord tripartite tient toutes ses promesses, on pourra parler de repositionnement géopolitique du Maroc. Mais, cela sera un résultat et non un choix nouveau. 

Il est vrai qu’avec la perte de poids économique et politique de l’Europe et des USA dans le monde pour la première et dans la région pour les seconds, le Maroc ne se sentait pas bien à l’aise dans ses relations traditionnelles avec ce bloc de l’Ouest, depuis surtout l’avènement du nouveau règne, en 1999. C’est ainsi qu’il a beaucoup renforcé ses relations économiques avec l’Afrique Subsaharienne, l’Amérique du Sud et l’Asie (Chine, Inde, Corée du Sud…) Le repositionnement géo- économique du Maroc date donc du début de ce siècle, bien que notre pays accordât, à cette époque, énormément d’importance à l’accord de libre-échange avec l’UE ; importance à tempérer, cependant, par le lancement des négociations de l’accord de libre-échange avec les USA, dès 2002, et du dialogue stratégique entre les deux pays.

La crise avec l’Algérie et la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe (GME) donne à penser que le Maroc change les paradigmes de son marché énergétique : accélération des explorations des gisements de Guercif et Larache, sollicitation du géant israélien New med Energy pour les recherches, projet d’un port gazier à Mohammedia…C’est la fin du marché nord-africain ?

Lahcen OULHAJ : Il est vrai qu’il y a une certaine accélération dans ce domaine d’exploration et de traitement du gaz. Le Maroc a été forcé. Il doit trouver des solutions dans l’immédiat. A terme, il faudra bien un jour que tous les pays se passent du pétrole et du gaz comme sources d’énergie. Est-ce la fin du marché nord-africain ? Ce marché n’a jamais été autre chose qu’un souhait. Il n’a jamais été une réalité, sauf pour le gaz. Aujourd’hui, l’Algérie a choisi de fermer ce marché et de rompre toutes relations avec le Maroc. La géographie n’a pas été modifiée pour autant. Elle est toujours là. A long terme, même si nous serons tous morts, comme disait J.M. Keynes, les problèmes politiques disparaitront, les échanges et la coopération renaîtront et se développeront. 

Quand bien même le Maroc aurait-il amorcé un décollage économique viable, il reste que le développement n’est pas seulement une affaire comptable, même si cet aspect est important. L’environnement, la confiance, la stabilité conditionnent, en dernière instance l’émancipation durable d’un pays. 

Lahcen OULHAJ : Le Maroc a certainement réalisé des avancées socio-économiques ayant leur importance, au vu de la pauvreté de ses ressources naturelles. Mais, de là à parler de décollage économique réussi, il ne faut rien exagérer. Le pays a encore beaucoup de problèmes de sous-développement. Quant à la réussite dans un milieu hostile, elle est possible. Il n’y a qu’à considérer les exemples d’Israël, de la Corée du Sud… Au contraire. L’hostilité du milieu peut être un aiguillon. Évidemment, la confiance à l’intérieur du pays, la stabilité politique et sociale sont déterminantes pour la croissance et le développement. Je pense que la réforme constitutionnelle de 2011 et les politiques sociales adoptées ces dernières années ont beaucoup renforcé la stabilité politique et sociale du Maroc. Quant à la confiance des citoyens dans les gouvernants, elle passe par la bonne gouvernance dans tous les domaines – dont, surtout, la justice – impliquant la reddition des comptes. Les élections générales de septembre dernier ont été une sanction éclatante de l’incompétence pitoyable des islamistes à gérer la chose publique. Cela a dû renforcer la confiance des citoyens en eux-mêmes et en leur pouvoir de récompenser et de punir les politiques.

Le Maroc fait le choix de l’investissement massif de l’Afrique de l’ouest. On comprend la volonté de compenser la chimère nord-africaine par la projection vers d’autres espaces. Mais cette zone est aussi sujette à l’instabilité : Mali, Guinée, Burkina Faso viennent d’être des théâtres de coups d’état ? Renoncer au rêve nord-africain, malgré les échecs, n’est-ce pas lâcher la proie pour l’ombre ?

Lahcen OULHAJ : Il est vrai que beaucoup de pays de l’Afrique subsaharienne souffrent d’instabilité politique et sociale. Il est vrai qu’il y a des risques pour l’investissement. Seulement, les investissements marocains en Afrique Subsaharienne sont des investissements privés. Il n’y a pratiquement pas d’investissements publics, sauf pour des aides dans le domaine d’équipements culturels, religieux ou de santé. L’essentiel des investissements sont dans les secteurs financiers (banque et assurance), des télécommunications et de services (dont des activités liées au commerce des marchandises). Le capital privé est, de par sa nature, opportuniste. Il y va parce qu’il y a un profit à tirer, plus élevé qu’ailleurs. On peut donc imaginer que s’il y a des investissements privés marocains en Afrique Subsaharienne, c’est parce qu’il y a des marges bénéficiaires importantes et couvrant les risques encourus. Évidemment, l’État du Maroc a signé avec les pays récipiendaires un très grand nombre d’accords économiques et commerciaux visant, entre autres, la protection de ces investissements. Mais, le risque zéro n’est pas de ce monde. 

Concernant le rêve nord-africain, investir en Afrique Subsaharienne n’est pas incompatible avec le développement de relations économiques avec les pays de l’Afrique du Nord. Le Maroc avait signé l’accord d’Agadir avec la Tunisie, l’Égypte et d’autres pays du Moyen-Orient. Il y a donc des échanges avec ces pays, mais nos pays sont souvent concurrents, sur le plan commercial. Avec l’Algérie, il y a une complémentarité indéniable, mais ce n’est pas le Maroc qui a choisi de rompre. Les opportunités économiques sont réelles en Afrique Subsaharienne et loin d’être une ombre qui serait saisie au lieu de la proie. Malheureusement, la proie est pour le moment un mirage, dont il faut pour le Maroc se détourner. 

L’Afrique Subsaharienne est convoitée par toutes les puissances économiques mondiales. Ses atouts et ses potentiels contrebalancent, et de loin, ses servitudes. Même les USA qui avaient détourné leur regard vers l’Asie, semblent maintenant vouloir s’y faire une grande place. La Grande-Bretagne se retire progressivement de l’Europe et regarde vers de plus en plus vers l’Afrique…

Depuis la conférence du Caire de 1947, en passant par la conférence de Tanger, l’Union du Maghreb arabe ( UMA), l’Afrique du nord court derrière son destin. Ces échecs sont-ils le fait d’égoïsmes économiques latents ou explicites des États ou, au contraire, les échecs économiques sont-ils la conséquence logique d’une conception géopolitique erronée de la construction régionale ?

Lahcen OULHAJ : La construction régionale nécessite avant tout une volonté politique commune à tous les États de la région à construire. Les conférences du Caire et de Tanger n’ont pas été le fait d’États souverains, mais de mouvements politiques, plus ou moins isolés. La seule tentative des États a été la création de l’UMA à Marrakech, le 17/2/1989. Kadhafi a imposé l’épithète « arabe » à l’UM, que la constitution marocaine a d’ailleurs rejeté depuis 2011. Les conditions politiques (conflit du Sahara) et économiques d’une union n’étaient d’ailleurs pas réunies. En plus, 3 ans après cette création, Benjedid a été démis de ses fonctions et Taya de Maurétanie a été assez vite renversé. Aujourd’hui, tous les acteurs signataires de l’accord (sauf ce dernier) ne sont plus de ce monde. 

L’intégration régionale nécessite d’abord et avant tout une volonté politique de construire un ensemble économique intégré et fort. Ensuite, il faut libérer les forces économiques privées pour assurer cette intégration en l’encadrant sur les plans institutionnels et juridiques. L’exemple de l’UE est là. On peut s’en inspirer. Des adversaires sur le plan politique ne peuvent en aucun cas construire un projet économique commun. Au contraire, les égoïsmes économiques sont le moteur de la croissance et du développement. Il faut libérer les égoïsmes individuels. Les États ne doivent pas poursuivre des objectifs politiques dans le cadre d’un jeu à somme nulle : ce que je gagne tu le perds et ce que tu gagnes je le perds. Lorsque les États s’inscriront dans un jeu coopératif à somme positive (gain mutuel), la construction nord-africaine avancera. Elle pourra avancer rapidement étant donné la proximité non seulement géographique, mais aussi linguistique et culturelle.

Adn-med travaille à un sursaut des élites qui doivent assumer leur devoir de lucidité et de courage en transcendant les tensions conjoncturelles. Au bout de quelques mois des femmes et des hommes des trois pays commencent à échanger dans le respect des opinions de chacun malgré un climat officiel délétère.  Cet élan peut-il, à terme, dépasser les échanges intellectuels pour atteindre des acteurs économiques ?

Lahcen OULHAJ : L’économie ne se fait pas en l’air. Elle se fait nécessairement dans un cadre étatique. Il ne peut pas y avoir d’échanges et de coopération économique lorsque les États s’y opposent. La question politique est déterminante pour l’économique. Maintenant, les échanges intellectuels sont nécessaires, car ils peuvent à terme influencer les politiques. Il faudrait viser l’objectif de renversement de l’hégémonie mentale et culturelle chez les décideurs politiques en travaillant la jeunesse qui accédera tôt ou tard aux leviers de commande. Si les jeunes nord-africains sont convaincus que tous les peuples de la région devraient travailler ensemble pour se développer ensemble, lorsque ces jeunes arriveront aux centres de décisions, les choses changeront inéluctablement positivement. 

* Lahcen OULHAJ est Professeur de sciences économiques et Président de la commission permanente chargée de l’analyse de la conjoncture économique et sociale au CESE 

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INVASION DE L’UKRAINE : LA BANQUE MONDIALE ALERTE L’AFRIQUE DU NORD

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C’est le Tunisien Ferid Belhaj, responsable de la région MENA de la Banque mondiale qui sonne le tocsin pour déplorer la distance que veulent mettre les pays nord-africains entre eux et la guerre qui s’abat sur l’Ukraine. Considérant le conflit comme lointain et délicat, les pouvoirs en place donnent en effet l’impression de jouer la montre et d’attendre de voir de quel côté, Russie ou Occident, va pencher la balance pour se positionner (voir chronique de Saïd Chekri . La guerre en Ukraine vue du sud : quand l’adoration-abhorration tue le débat).

Grave erreur, avertit le fonctionnaire international dans une publication mise en ligne par la Banque mondiale ce 7 mars. « L’actuelle zone de conflit semble éloignée, mais ce n’est qu’une apparence. À peine 1 000 km séparent les deux régions si l’on trace une ligne droite imaginaire entre l’Ukraine et les pays du Moyen-Orient ».

Rappelant ce que tout un chacun sait, l’importance des productions céréalières des deux pays qui pèsent plus de trente pour cent des exportations mondiales et le marché des graines oléagineuses qui dépend à plus de 70% des mêmes pays, Ferid Belhaj répète une évidence peu ou mal anticipée par les États de la région : la situation de guerre va « faire monter en flèche les coûts de la production agricole nationale ». Seuls les pays producteurs de gaz et pétrole peuvent tirer profit de la situation.

L’expert souligne que la région MENA qui représente 6% de la population mondiale compte 20% des catégories affectées par l’insécurité alimentaire.

Pour lui, des pays comme l’Égypte, la Tunisie ou le Maroc devront être aidés par « des opérations de soutiens budgétaires » allant même jusqu’à suggérer une forme d’adaptation du « travail réalisé depuis 2020 dans le contexte de la réponse à la pandémie de Covid-19 ».

Le responsable de la région MENA décline les effets de cette crise internationale en cinq aspects« 1) Les chocs des prix des produits alimentaires (particulièrement le blé), 2) La hausse du prix du pétrole et du gaz, 3) l’aversion mondiale face au risque/le repli sécuritaire (ce qui pourrait affecter les flux de capitaux privés vers l’ensemble des marchés émergents), 4) Les transferts de fonds, et 5) le tourisme » ; ce dernier secteur ayant massivement profité ces dernières années des charters russes et ukrainiens.

Les conséquences de ce conflit apparaitront sur le court terme et impacteront la qualité de vie en général avec une précarisation plus sévère des couches les plus vulnérables, ce qui rend d’autant plus incompréhensibles les retraits et les postures attentistes des pouvoirs publics en Afrique du nord au moment où d’autres  pays à l’instar de la France mettent en place un plan de résilience pour amortir au mieux les effets inévitables des perturbations économiques et commerciales de la guerre.  

Comment vont réagir les dirigeants à cette interpellation ?

Il y a deux mois, Ferid Belhaj avait été sévèrement pris à partie par l’Algérie suite à la publication du rapport de suivi de l’économie algérienne (voir adn-med. Algérie. Rapport de suivi. La Banque mondiale réagit).  

La charge fut si violente que la Banque mondiale avait dû faire une mise au point officielle, ce qui est une pratique rarissime dans les usages de cette institution.

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Économie

MAROC. GRÉVE RENOUVELABLE DES TRANSPORTEURS ROUTIERS

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C’est ce mercredi 9 mars que prend fin la grève de trois jours déclenchée par les transporteurs routiers sur l’ensemble du royaume. Ces derniers ont finalement mis à exécution leurs menaces de grève (voir adn-med du 22 février. Crise sociale après la crise sanitaire, Akhannouch sous pression) en engageant une épreuve de force qui paralyse leurs activités les 7, 8 et 9 mars avec possibilité de reconduction du mouvement.

Le communiqué des syndicats justifie cette action par « la négligence totale de l’Exécutif des appels au dialogue qui lui ont été adressés par les syndicats du secteur en vue de discuter et de résoudre les problèmes engendrés par la flambée des prix des carburants ».

Seule la Fédération du transport et de la logistique (FTL), affiliée à la CGEM, s’est démarquée d’un communiqué cosigné par les autres syndicats des professionnels du transport routier. En effet, la Confédération démocratique du travail (CDT), l’Union marocaine du travail (UMT), l’Union générale du travail au Maroc (UGTM), l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM) et la Fédération démocratique du travail (FDT) représentant l’essentiel des adhérents du secteur se sont joints à l’appel à la grève.

Pour l’heure, les autorités tentent de banaliser une protestation qui peut en appeler d’autres dans une conjoncture de contraintes internes et externes qui frappent le Maroc de plein fouet avec notamment les hausses brutales des prix de l’énergie et des céréales consécutives à la guerre que livre la Russie à l’Ukraine.

Le ministère de l’Intérieur qui a rappelé que le droit de grève est garanti par la constitution s’est voulu rassurant pour les usagers en affirmant que « toutes les mesures et dispositions nécessaires pour assurer la mobilité des individus et le transport des marchandises » sont prises. Il a cependant tenu à avertir qu’il traitera « avec fermeté et rigueur toute tentative de porter atteinte à la sécurité et l’ordre public, aux droits des non-grèvistes et au fonctionnement de ce service. »

Pour les autorités marocaines, le problème est d’éviter la contagion des mouvements sociaux dans un contexte marqué par des choix géopolitiques et doctrinaux qui, bien que n’ayant pas été ouvertement contestés, ne font pas l’unanimité dans le pays.

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Économie

ALGÉRIE. HAUSSE DU PRIX DU GAZ ET DES CÉRÉALES : UN JEU À SOMME NULLE ?

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Les prix des hydrocarbures flambent. Des experts n’excluent pas de voir le baril atteindre des sommets historiques. Certaines sources n’hésitent pas à envisager la barre des 190 dollars si le conflit dure, ce que de moins en moins d’observateurs écartent. 

Aux tout premiers jours de l’invasion de l’Ukraine, des responsables algériens n’avaient pas manqué de relever officieusement l’opportunité que pouvaient offrir des rentrées financières imprévues pour le pays qui est essentiellement exportateur de gaz auquel, à l’inverse du pétrole, aucune alternative sérieuse n’est disponible.

Depuis quatre jours, des voix commencent à relativiser cette euphorie. La guerre impliquant deux pays exportateurs de céréales dont les cours mondiaux grimpent avec la même célérité que les hydrocarbures, de discrets commentateurs rappellent que les factures de blé, des matières à la base de l’aliment du bétail ou celles des graines oléagineuses nécessaires à la fabrication des huiles de table peuvent considérablement relever le coût des importations et, par ricochet, atteindre directement le pouvoir d’achat des ménages. 

En effet, l’Algérie importe l’essentiel des produits servant à sa consommation domestique comme le pain, le couscous, les pattes, l’huile ou la viande. Par ailleurs, les pays occidentaux s’apprêtent à augmenter leurs marges sur les pièces de rechanges ou les médicaments, ce qui ne manquera pas d’impacter les prix d’autres besoins incompressibles. 

Mais les discussions feutrées qui meublent le plus ces derniers jours les couloirs et bureaux des administrations portent sur la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe (GME) qui provoque un manque à gagner considérable au moment où l’Europe occidentale multiplie en direction de l’Algérie les demandes urgentes de livraison de gaz. 

« S’il faut vraiment parler d’opportunité, ce sont bien les conséquences de cette fermeture qu’il faudra apprécier. Même si elles n’ont pas encore été chiffrées avec précision, on peut d’ores et déjà avancer que les pertes sont importantes, d’autant que la conjoncture place le pays en position de force pour négocier plus de contrats de longue durée et réduire encore plus les effets du marché spot », confie un ancien de Sonatrach qui nuance cependant cette infortune : « L’Algérie peut s’en tirer avec une comptabilité à somme nulle. Par contre, le Maroc qui importe son gaz et ses céréales est exposé à des jours d’autant plus difficiles qu’une sévère sécheresse affecte l’agriculture. À l’inverse, la Russie grande exportatrice de gaz et de blé gagne sur les deux tableaux. Pour ce dernier pays, il restera néanmoins à faire le bilan humain, financier, technologique, économique et politique de cette guerre. À terme, pour Moscou aussi, la facture risque d’être lourde ». 

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