Suivez-nous !

Économie

DOSSIER COVID. TROISIÈME PARTIE. MAROC. LAHCEN OULHAJ*. PERSPECTIVES D’AVENIR DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE

Publié il y a

le

« La digitalisation de l’économie et des sociétés sera une transformation irréversible ».

Le lourd impact économique et social mondial de la crise actuelle est le résultat direct des mesures prises par les gouvernements, à travers le monde, face à la diffusion mondiale du nouveau virus Corona à la fin du premier trimestre de 2020. L’arrivée de ce virus inconnu a semé la panique partout. Complètement démunis et arbitrant en faveur de la santé publique immédiate aux dépens d’autres considérations, les gouvernements ont décrété presque partout des confinements plus ou moins sévères des populations et les fermetures des frontières nationales ainsi que des services de transport public. Du jour au lendemain, l’essentiel de l’activité économique, nationale et internationale, s’est arrêté. La décision politique a ainsi provoqué un choc brutal d’offre et de demande à la fois. 

Les confinements ont été plus ou moins stricts et plus ou moins longs à travers les pays. L’ampleur et les modalités des mesures prises par les différents gouvernements étaient variables même si les mesures étaient, dans l’ensemble, de natures similaires. Des plans de relance ont été partout adoptés. Ils ne diffèrent d’un pays à l’autre que par leurs ampleurs. Tous les gouvernements essaient de vacciner leurs populations respectives contre covid-19. Les différences ne tiennent qu’au niveau de développement scientifique et industriel et à la présence d’une industrie pharmaceutique avancée. 

Ce qui fera la plus grande différence entre les pays en développement, au lendemain de la crise, est la pertinence des ajustements structurels opérés en vue de la mise en place d’une nouvelle configuration dynamique des structures économiques et d’un nouveau fonctionnement de l’économie nationale se traduisant par une croissance économique rapide et auto-entretenue sur une longue période.

Avant de traiter des ajustements structurels opérés au Maroc, il faut d’abord mesurer l’impact économique et social de la crise et voir quelles mesures immédiates ont été prises par les pouvoirs publics pour faire face à cette crise inédite.

Ce n’est donc qu’après les exposés de l’impact de la crise, des mesures immédiates et des ajustements structurels opérés que le futur probable de l’économie nationale sera abordé.

  1. AMPLEUR DE L’IMPACT DE LA CRISE SANITAIRE

Mesurons cet impact successivement au niveau macroéconomique global, au niveau sectoriel, sur le plan des équilibres macroéconomiques, sur l’emploi, les revenus et le travail, au niveau des grands secteurs sociaux de l’éducation et de la santé, et sur le plan des effets indirects.

  1. Impact macroéconomique global

Un seul chiffre permet d’avoir une idée assez précise de l’ampleur de l’impact économique de la crise sanitaire : Le PIB marocain aurait reculé en 2020 de 6.3% par rapport au niveau de 2019.

En réalité, l’année 2020 n’a pas été au Maroc que l’année de COVID-19. Elle a été aussi une année marquée par une sécheresse terrible, si bien que la production agricole a fortement baissé de ce fait, même si les exportations agricoles se sont assez bien maintenues.

La baisse du PIB a été enregistrée presque partout dans le monde. Le PIB mondial a baissé de plus de 4%, le PIB français de presque 10%, l’espagnol de 11%… Il n’y a que la Chine et le Vietnam (et peut-être l’Égypte) qui ont enregistré des taux de croissance positifs en 2020. La variation de l’ampleur du recul du PIB d’un pays à l’autre s’explique par la structure des exportations de chaque pays.

Voici le graphique d’évolution du taux de croissance annuelle réelle au Maroc, de 1967 à 2019 :

Voici les caractéristiques statistiques descriptives de cette croissance économique :

   Min. 1st Qu.  Median    Mean 3rd Qu.    Max.    NA’s 

 -5.405   2.529   4.392   4.528   7.017  12.373       7

Sur toute la période 1967-2019, la croissance a oscillé entre le minimum de -5.4% et le maximum de +12.37%, avec une croissance moyenne de 4.53% (moyenne arithmétique).

  • Impacts sur les secteurs économiques

2.1. Secteur agricole

Le secteur agricole a été affecté par la sécheresse sans précédent de 2020, après une première sécheresse, moins grave, en 2019. Ainsi, après la baisse de 5.8% de la valeur ajoutée agricole en 2019, la baisse de 2020 a été de 8.6%. Heureusement, la pluie est revenue en 2021 et la récolte des céréales a avoisiné les 100 millions de quintaux cette année.

Mais, il faut dire que les années de sécheresse ne font plus chuter le PIB agricole aujourd’hui, comme par le passé. Les bonnes campagnes agricoles ne se traduisent pas, elles non plus, par des hausses annuelles considérables du PIB total comme par le passé. L’explication de ce lissage relatif se trouve dans la part de l’irrigué dans la production agricole, plus de 1.5 million d’hectares, en plus du recul relatif de la céréaliculture et, de manière générale, de l’agriculture vivrière dans l’agriculture marocaine. Une autre cause de ce lissage relatif, a été la baisse de la part de la valeur ajoutée agricole dans le PIB total, laquelle part n’est plus que de 11 à 15%, selon la campagne agricole.

Voici l’évolution de la croissance de la valeur ajoutée agricole à partir de 1966 :

Voici le tableau descriptif de cette croissance agricole :

   Min. 1st Qu.  Median    Mean 3rd Qu.    Max.    NA’s 

-41.008  -8.579   4.171   5.071  18.290  73.583       6

L’amplitude des fluctuations de la croissance agricole est beaucoup plus grande que celle de la croissance économique totale, entre -41% et +73.58% avec une moyenne de +5.1%. En fait, les fluctuations de la croissance du PIB total s’explique en grande partie par les fluctuations de la croissance agricole. 

2.2. PIB hors agriculture

Hors-agriculture, la croissance du PIB du Maroc est relativement stable, surtout depuis 1980. Voici son graphique pour toute la période :

La croissance économique au Maroc dépend donc de la croissance agricole. Comme les deux séries temporelles de la croissance totale et de la croissance agricole sont stationnaires, nous pouvons régresser la première sur la seconde et obtenir les résultats suivants :

On constate comme on s’y attendait que la régression est de bonne qualité (un R^2 de 0.69 : signifiant que la croissance agricole explique 70% de la croissance totale), le modèle est globalement bon (la p-valeur de la statistique de Fisher est très faible) et les coefficients sont très significatifs. 

La croissance totale est donc égale à 0.143 * croissance agricole + 3.8. Lorsque la croissance agricole est supérieure ou égale à 0, la croissance totale est égale à 3.8% plus 14% de la croissance agricole. La croissance hors-agriculture est donc d’environ 3.8% en moyenne sur la période. Lorsque la croissance agricole est positive, elle vient augmenter le taux de croissance totale, mais seulement de 14% de la croissance agricole. L’accélération de la croissance totale devrait donc viser à augmenter la croissance hors-agriculture. 

En 2020, les activités non agricoles ont vu leur valeur ajoutée reculer de 5.8%. Ces activités non agricoles sont très hétérogènes. Néanmoins, elles ont toutes été affectées par les répercussions de la crise sanitaire. Elles ont toutes, en dehors du commerce de produits alimentaires, subi un coup d’arrêt avec le confinement. Depuis le dé-confinement fin juin 2020, il y a eu reprise plus ou moins rapide des autres activités, à l’exception de celles concernant l’hôtellerie, la restauration, l’événementiel et tout ce qui concerne les voyages et les transports internationaux. Ces activités, lourdement impactées par la crise actuelle, ne commencent à reprendre que depuis juin 2021. 

Les activités industrielles dépendant de l’extérieur, soit pour leurs intrants (comme l’automobile), soit pour leurs débouchés (aéronautique, textiles, engrais, automobile…) ont également payé un assez lourd tribut à la crise. 

Comme les entreprises ont été partiellement fermées et que la demande qui leur est adressée a baissé, les investissements privés se sont contractés et les importations d’intrants et de biens d’investissement ont enregistré une chute en 2020.

  • Impact sur les équilibres macroéconomiques
  1. La stabilité monétaire interne et extérieure n’a pratiquement pas été affectée par la crise sanitaire, bien au contraire. L’indice général des prix n’a augmenté en 2020 que de 0.7%. C’est dire qu’il y a eu en 2020 un net recul du taux d’inflation. La valeur externe du dirham s’est maintenue et s’est même améliorée par moments au cours de l’année 2020.

Concernant la valeur interne du dirham, l’ampleur de la contraction de la demande globale a été supérieure à celle de la baisse de l’offre globale. Si la consommation finale des ménages n’a reculé que de 4.1%, la formation brute du capital fixe a, elle, diminué de 9% et, surtout, les exportations de biens et services ont chuté de 14.3%. Face à ces baisses importantes, la valeur ajoutée totale (aux prix de base) a baissé de 6.1% et les importations de biens et services ont baissé de 12.2%. Globalement, le besoin de financement de l’économie nationale est revenu de -4.1% du PIB en 2019, à -1.8% en 2020. 

  • Pour ce qui est de la valeur externe du dirham, la balance commerciale a enregistré une baisse de 22.8% de son déficit en 2020, dans la mesure où la chute de 14% des importations (de biens intermédiaires, biens énergétiques et de consommation et des biens d’investissement) a été supérieure à celle (-7.6%) des exportations de marchandises. Il est vrai que les recettes touristiques ont connu une chute vertigineuse en 2020, mais les transferts des Marocains résidents à l’étranger ont légèrement augmenté. Au total, les recettes courantes ont baissé de 60 Mds de dirhams, au moment où les dépenses courantes ont chuté de 86.4 Mds de MAD. Cela s’est naturellement traduit par une amélioration du déficit courant, passant de -42 Mds en 2019 à -16 Mds de MAD.
  • Ce qui explique davantage cette stabilité ou amélioration de la valeur externe du dirham, c’est la nette amélioration, en 2020, des réserves de change grâce à l’activation par le Maroc de sa Ligne de Précaution et de Liquidité (auprès du FMI) par son retrait de 3 Mds de dollars (remboursables sur 5 ans, avec une période de grâce de 3 ans), le 7 avril 2020. Le Maroc a d’ailleurs remboursé, le 21 décembre 2020, de manière anticipée, près d’1 Md de ce montant. 
  • Le déficit budgétaire a enregistré une dégradation importante en passant de 3.5% en 2019 à 7.5% du PIB, en 2020. L’arrêt de l’activité économique, puis sa lente reprise a eu pour conséquence un net recul des ressources ordinaires du budget de l’État. Ce même facteur a entraîné la distribution d’aides à la population affectée. D’un côté, diminution des recettes (de plus de 10%) et de l’autre augmentation des dépenses (de 4%). Cela s’est traduit par cette détérioration de l’équilibre du budget général.

      Il est vrai qu’il y a eu aussi ralentissement des investissements publics et des dépenses de subvention au gaz à cause du faible niveau des prix des hydrocarbures durant la crise et la contraction de la demande mondiale de ces produits. Mais, l’aggravation du déficit budgétaire ordinaire a dégagé un besoin plus élevé de ressources exceptionnelles. En effet, l’endettement public a fortement augmenté durant 2020. Ainsi, la dette publique extérieure a augmenté de 34 Mds de dirhams, soit une croissance de 10%. L’encours de cette dette est ainsi passé de 29.5% en 2019 à 35% du PIB en 2020. La part du Trésor dans cette dette est passée de 47.5% en 2019 à 53.3% en 2020. Il faut noter, à propos, que le Maroc a tout de même profité des taux bas d’intérêts du les marchés financiers internationaux.

       L’endettement public global, interne et externe, Trésor, entreprises publiques et collectivités territoriales, aurait augmenté de 80.5% en 2019 à moins de 92% en 2020. L’endettement global du Trésor a été de 77.4% du PIB en 2020. La situation de l’endettement s’est dégradée, mais elle est loin d’être catastrophique, puisque les taux d’endettement des pays européens partenaires du Maroc ont dépassé en 2020 les 100% de leurs PIB respectifs.

  • Impact sur l’emploi, les revenus et le travail

On vient de voir qu’au niveau des équilibres macroéconomiques, ce sont les finances publiques qui ont été le plus gravement affectées par la crise sanitaire, avec l’aggravation du déficit budgétaire et l’alourdissement de l’endettement public. Le volet social de ces équilibres a été lourdement impacté par la crise : chute de l’emploi et aggravation du chômage et perte ou diminution de revenus. 

Le HCP (Haut Commissariat au Plan) a estimé que 432000 emplois ont été perdus du fait de la crise et de la fermeture partielle ou définitive d’entreprises. Le Ministère du Travail affirme que parmi ces personnes ayant perdu leurs emplois, 100 mille n’avaient pas encore retrouvé d’emploi à la fin de 2020. Le taux de chômage a grimpé de 9.2% en 2019 à près de 11.9% à la fin de 2020, soit une augmentation de 2.7 points. Le nombre de personnes au chômage a augmenté de 29% en 2020, passant de 1.107 à 1.429 million, augmentant ainsi de 322 mille, essentiellement en milieu urbain et parmi les jeunes, les femmes et les diplômés de l’enseignement supérieur.

Le nombre de défaillances d’entreprises s’est situé en 2020 à 6612, en baisse de 22% par rapport à 2019. C’est que beaucoup d’entreprises ont été aidées en 2020 et sont donc restées sous perfusion. On sait, par exemple, que les entreprises du secteur de tourisme déjà évoqué sont restées inactives depuis mars 2020 jusqu’en juin 2021. On parle de 90% des hôtels fermés et de 16% des entreprises de tous les secteurs en veilleuse.

Les 5 secteurs les plus affectés par ces défaillances ont été le commerce, les BTP, l’immobilier, le transport et les industries manufacturières. L’axe Casablanca-Tanger concentre 47% de ces défaillances. Les délais de paiement ont été en hausse de 60 jours en 2020.

Cette baisse de l’activité économique n’a évidemment pas manqué d’entraîner une baisse des revenus de la population majoritaire du secteur privé. La perte d’emploi signifie perte de revenu ou, au moins, baisse importante de revenu. Cela peut se mesurer au niveau macroéconomique par la baisse de 4.1% des dépenses de consommation finale des ménages en 2020.

Un autre effet de la crise a été le développement prodigieux du travail à distance. Plusieurs administrations et institutions ont été contraintes de s’organiser de manière à poursuivre leurs activités tout en évitant les groupements de leurs agents. Il y a eu des réussites indéniables à ce niveau. Mais, les réseaux des télécommunications ont été saturés, le débit et la puissance d’Internet se sont avérés insuffisants. Il est vrai que des câbles intérieurs et extérieurs ont été posés ou remplacés. Mais, la demande a aussi porté sur des applications de visioconférence qui ne pouvaient pas être nationales. Les grandes entreprises internationales du Net ont profité à bloc de la crise sanitaire. Il appartient aux pays en développement d’investir dans le secteur et d’innover dans ce domaine pour capter une partie de cette activité qui est appelée à se développer dans le futur.

  • Impact sur les services d’éducation et de santé

Deux secteurs sociaux ont subi de plein fouet la crise sanitaire et les effets des mesures prises par les pouvoirs publics dans le but d’y faire face. La santé était aux premières loges, mais l’éducation a directement souffert des restrictions et des fermetures pures et simples des établissements scolaires et universitaires.

  1. Santé : La crise de 2020-21 a d’abord été sanitaire. Lorsqu’on est infecté par le virus, on se tourne vers les services de santé et vers le médecin. Le Maroc découvre ainsi à quel point il n’a pas développé son système de santé. Il découvre l’insuffisance des équipements, des infrastructures, et des ressources humaines, médicales et paramédicales, dans le secteur.

La mobilisation générale des services publics, comme du secteur privé, a tout de même paré au plus pressé et la catastrophe a pu être évitée. A ce jour (20 juin 2021), il y a eu, au Maroc, 526 mille cas d’infections COVID-19, contre 178 millions dans le monde et 9237 décès contre 3.86 millions dans le monde. 

  • Éducation et formation

L’éducation et la formation ont été bouleversées par la crise actuelle. D’un jour à l’autre, l’enseignement a été contraint de passer du mode présentiel au mode distanciel (à travers la télévision scolaire et Internet). Les infrastructures étant insuffisantes et les solutions techniques pour un enseignement de masse et pour une évaluation satisfaisante de masse n’étant pas au point, la proportion des élèves ayant décroché est très importante pour que l’on ne conclut pas que l’année 2019-2020 a été sérieusement perturbée et que la formation d’une promotion entière a été fortement marquée par cette crise.

  • Effets indirects de la crise sanitaire

Il a déjà été précisé que la réponse immédiate des gouvernements à l’arrivée du nouveau coronavirus a souvent été le confinement de l’ensemble de la population, durant de longues semaines. Le Maroc n’a pas échappé à la règle et le confinement strict de la population et l’interdiction de sortir du domicile, sauf pour raisons impérieuses, ont duré du 22 mars 2020 au 25 juin de la même année, date de la reprise des activités économiques et de la fin du confinement au domicile. Mais, les déplacements inter-villes sont restés interdits, notamment pour Casablanca, jusqu’à récemment.

Ce long confinement n’a pas manqué de produire des effets psychologiques plus ou moins graves sur tout le monde, de provoquer des tensions conjugales, d’accroître la violence à l’égard des femmes et des enfants. Le confinement a certainement détruit beaucoup de foyers. La preuve en a été le nombre de divorces prononcés au lendemain du dé-confinement. Au seul tribunal de la famille de Casablanca, il y a eu augmentation de 20 à 30% par rapport à la même période en 2019.

Les femmes, les enfants et les jeunes privés d’école et des lieux de loisirs ont payé le plus grand tribut à cette crise sanitaire.

D’autres effets ont été provoqués par cette crise inédite. Par exemple, des associations des droits humains considèrent qu’il y a eu régression sur le plan du respect des libertés publiques par les autorités.

  1. REACTIONS IMMEDIATES DES POUVOIRS PUBLICS

Les premières mesures prises par les pouvoirs publics pour faire face à la crise ont été de décréter l’état d’urgence sanitaire, de créer un fonds COVID de solidarité pour aider les personnes affectées, de mettre en place des mesures à caractère fiscal et de procéder à la digitalisation de services publics. Ces multiples mesures étant connues, contentons-nous d’un rappel très succinct.

  1. État d’urgence sanitaire et mobilisation générale

Le gouvernement du Maroc a pris, le 23 mars 2020, un décret-loi déclarant l’état d’urgence sanitaire traduit par un ensemble de restrictions sévères aux déplacements et aux regroupements, le port de masque, fermetures des frontières nationales et des établissements de toutes sortes d’activités collectives… Un Fonds spécial pour la gestion de l’épidémie de Covid-19 avait été créé par un décret du 16 mars 2020 sur instructions du Roi. Ce Fonds spécial avait collecté près de 35 Mds de dirhams. 

En plus, dans le cadre de cet état d’urgence sanitaire, des mesures exceptionnelles ont été prises en faveur des entreprises par le Comité de Veille Économique (CVE), la Direction Générales des Impôts (DGI) et le Ministère de l’Économie et des Finances : mise en place du mécanisme de garantie “DAMANE OXYGENE” et d’une Circulaire destinée aux Établissements et Entreprises Publics (EEP). L’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) a émis des recommandations en matière de communication financière aux émetteurs pour faciliter la circulation de l’information.

En faveur des salariés, la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS) a fixé les modalités d’octroi de l’indemnité forfaitaire à leur profit tandis que les compagnies d’assurance ont pris des mesures en faveur desassurés.

En faveur des employés du secteur informel, des aides ont été distribuées à travers les TIC.

Des mesures ont également été prises pour faciliter la relation employeur-employé par le Ministère concerné qui a publié un guide à ce sujet.

Des mesures temporaires de régulation de matériels essentiels à l’endiguement de l’épidémie de Covid-19 (masques, solution hydro-alcoolique…) ont été prises par le Ministère de l’Économie et des Finances et par le Ministère de l’Industrie et du Commerce.

Une loi de finances rectificative pour tenir compte des effets de la crise sur les finances publiques a été votée au parlement et publiée au Bulletin Officiel le 25 juillet 2020.

Les pouvoirs publics ont également aménagé de grands espaces couverts pour accueillir des masses de personnes infectées, mais une telle catastrophe ne s’est pas produite. De même, ils se sont vite mis d’accord avec les autorités chinoises pour que le Maroc participe aux essais cliniques du vaccin Sinopharm (de Pékin) et ont passé, dès la fin de l’été 2020, deux commandes de vaccins Sinopharm et Astra-Zeneca pour assurer la vaccination complète de 25 millions de Marocains et au-delà.

Le secteur privé s’est mobilisé pour participer à l’élan de solidarité à travers le Fonds spécial Covid-19 et aussi pour remettre des entreprises en veilleuse au travail afin de produire la solution hydro-alcoolique et les masques. Plusieurs initiatives privées ont été encouragées pour fabriquer des respirateurs, des applications numériques utiles dans le contexte et, dernièrement, un test de dépistage de covid-19.

  • Mesures financières, monétaires et sociales

Pour soutenir l’économie marocaine et accompagner les entreprises et les salariés à surmonter la crise actuelle, plusieurs mesures sont prises au fur et à mesure de l’évolution de la situation. Il serait fastidieux de dresser la liste de ces nombreuses mesures prises par le CVE, le Ministère des Finances et de l’Économie, le Ministère de l’Industrie et du Commerce, la CNSS, les différentes caisses de retraite, les autorités monétaires… Toutes ces mesures ont visé à reporter les échéances des entreprises concernant les impôts, les charges sociales et les crédits, à accélérer les règlements et à réduire les délais administratifs, à distribuer des aides, des indemnités, des allocations…, et à garantir et faciliter les crédits bancaires (de trésorerie) tout en en réduisant les coûts.

  • Digitalisation de services publics

La digitalisation des services publics n’a pas attendu la crise de COVID-19 pour être déclenchée. Le paiement de la vignette automobile a été digitalisé depuis 2016 et la dématérialisation complète pour l’IS et pour la TVA avait été prévue pour 2017 par la Direction Générale des Impôts (DGI). L’Agence de Développement du Digital a été mise en place en 2017. Placée sous la tutelle du Ministère de l’Industrie et du Commerce, elle a pour mission de «de mettre en œuvre la stratégie de l’État en matière de développement du digital et de promouvoir des outils numériques et le développement de leur usage auprès de l’administration, des entreprises et des citoyens. »

Selon le rapport de la DGI pour 2019, « 86% de la recette brute globale (hors TSAV) recouvrée par la DGI a été télé-payée, soit 129,9 millions de DH via plus de 7 millions d’opérations ».

Cela dit, la crise sanitaire actuelle a fait faire à la digitalisation de l’économie et de la société un saut considérable.

  1. POLITIQUES D’AJUSTEMENTS STRUCURELS

La crise est le moment où l’ancien commence à s’éclipser ou à être chassé et le nouveau commence à pointer avant de s’installer définitivement et annoncer la prochaine phase d’expansion et la fin définitive de l’ancien. Il est vrai que la crise économique et sociale actuelle n’avait pas été provoquée par des facteurs économiques. Elle n’est pas économique dans ses causes. Elle n’est économique et sociale que par ses effets. Il n’empêche que toute crise devrait être un moment de réexamen de conscience, pour tirer des enseignements, non seulement de la crise elle-même, mais de ce qui n’allait pas bien. C’est le « bon » moment pour procéder à des restructurations qui n’auraient pas été acceptées en temps normal.

C’est ainsi que tous les pays, des États-Unis d’Amérique aux pays européens, ont mis de côté les règles de gestion macroéconomique qui étaient des dogmes avant la crise. Les vannes des budgets étatiques et des banques centrales ont partout été ouvertes. L’endettement public a explosé, sans états d’âme. Les discours économiques nationalistes et protectionnistes sont revenus sur le devant de la scène. Le discours sur les activités stratégiques et de souveraineté ne sont plus l’apanage des nationalistes réactionnaires. L’intérêt national avant tout est devenu le leitmotiv de presque tous les gouvernements, y compris dans la campagne de vaccination.

  1.  Révision d’un accord de libre-échange

Le Maroc avait accueilli en 1994, à Marrakech, la conférence qui a transformé le GATT en Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dont il est membre fondateur.

Le Maroc avait signé des accords de libre-échange avec l’Union Européenne en 2000, les USA et la Turquie en 2006, les pays de l’accord d’Agadir en 2007 (Tunisie, Égypte et Jordanie), les Émirats Arabes Unis (en 2001) et les pays de la ZLECAf (Zone de libre échange continentale africaine). La ZLECAf est un processus continental de long terme (horizon de 2063). Le Maroc envisageait d’autres accords de libre-échange avec le Canada et la Chine.

Si les accords de libre-échange avec les pays industriels permettent au Maroc de s’équiper et d’augmenter ses exportations, ceux signés avec les pays en développement similaires au Maroc ont eu un bilan globalement négatif, les importations de produits que le Maroc a les moyens de produire ayant augmenté beaucoup plus vite que les exportations vers ces pays. Le marché marocain des produits de consommation finale a été littéralement inondé par les importations de faible niveau technologique de Turquie et d’Égypte, alors que lorsque le Maroc a commencé à exporter les voitures produites à Tanger, les portes des marchés égyptien et tunisien n’ont pas été ouvertes aisément.

Il faut dire que les facilités accordées aux importateurs et le climat des affaires pour les producteurs nationaux peu favorables ont favorisé la fermeture d’unités nationales de production et la transformation de producteurs en importateurs. D’où un transfert d’emploi vers l’extérieur et un alourdissement du déficit commercial.

La crise actuelle a mis à nu cette situation. Des appels ont été lancés pour réviser les accords de libre-échange et favoriser la production nationale des produits grevant la balance commerciale et la balance de l’emploi. Les autorités n’ont pas été sourdes. Une révision de l’accord de libre-échange avec la Turquie a été effectuée (rétablissement de droits de douane à l’équivalent de 90% du régime commun sur une liste de 1200 produits, essentiellement des produits de textile et habillement, le cuir, l’automobile, la métallurgie, le bois et l’électricité), entrée en vigueur en mai 2021, et une banque de projets industriels de substitution aux importations a été mise en place. 

  • Stratégie de restructurations industrielles

En réalité, le Maroc s’est engagé dans une voie de transformation structurelle de son industrie depuis déjà plusieurs années. Un « plan d’accélération industrielle 2014-2020 » avait été mis en place en vue d’accélérer la transformation industrielle. Ce plan comporte 10 séries de mesures :

  1. Création et animation des écosystèmes ;
  2. Compensation industrielle (retombées de la commande publique) ;
  3. Accompagnement de l’informel vers le formel ;
  4. Qualification des ressources humaines (capital humain) ;
  5. Amélioration de la compétitivité des PME ;
  6. Outils d’intervention financiers (fonds de développement industriel) ;
  7. Infrastructures accessibles en location (plateforme industrielle) ;
  8. Intégration du royaume à l’international ;
  9. Instaurer la culture du « deal making » pour les IDE ;
  10. Amplifier la vocation africaine (co-investissement, co-développement, hub Casa-Finance.

Ce qui est nouveau dans ce domaine et qui peut être considéré comme une retombée de la crise sanitaire, c’est la réorientation vers le développement de la substitution à l’importation. C’est ainsi que le Ministère de l’Industrie et du Commerce, MCINET, avait donc lancé, en septembre 2020, dans le cadre du Plan de relance industriel 2021-2023, une banque de projets industriels de substitution à l’importation. Cette banque dispose, début juin 2021, de 523 projets industriels validés, représentant « un potentiel de 35.5 milliards de DH d’importation ». 

« Au total, 73 nouveaux projets d’investissement d’un montant global de 2.8 milliards de DH ont été signés. » Ces nouveaux projets concernent 8 régions (sur 12) du pays. Ils permettront la création de 10600 emplois dans 10 secteurs industriels. Ils représentent un potentiel d’exportations de 1.4 milliard et 4.1 milliards d’importation. 

Ces projets d’investissements concernent le textile (22 projets), la chimie et parachimie (17), l’agro-alimentaire (15), la plasturgie (6), les industries mécaniques et métallurgiques (5), matériaux de construction, mobilité et transport, cuir, électronique, économie circulaire…

De même, à la faveur de l’évolution de l’attitude de la communauté internationale à l’égard des usages industriels, médicaux, pharmaceutiques et cosmétiques du cannabis, le parlement marocain vient d’adopter une loi visant à développer une telle filière au Maroc, en légalisant et réglementant la culture et la transformation du cannabis. Des investissements nationaux et internationaux seront encouragés dans ce domaine. L’industrie pharmaceutique nationale (forte de 43 entreprises) semble mobilisée à cet effet. 

  • Politiques monétaire et budgétaire

Avant la crise actuelle, le Maroc était engagé, depuis janvier 2018, dans un processus de flexibilisation de la monnaie nationale. La première phase avait été achevée avec succès et il était question de passer à la deuxième phase qui élargit la bande de fluctuation de la valeur du DH (laquelle bande avait été fixée à 5% depuis janvier 2018) de la valeur du DH. Dans son nouveau rapport sur le Maroc, achevé le 3 décembre 2019, le FMI appelle les autorités à accélérer la réforme du régime de change considérant que toutes les conditions étaient réunies pour cet élargissement de bande et que cela était à même d’aider le pays à accélérer sa croissance et à renforcer sa compétitivité.

Le 9 mars 2020, les autorités monétaires accèdent à la demande du FMI en élargissant la bande de fluctuation du dirham de 5 à 10%. A peine quelques jours après, l’économie marocaine est entrée dans une crise sans précédent. Les priorités des autorités monétaires ne pouvaient que changer radicalement.

Concernant la valeur intérieure de la monnaie, la gestion de la Banque centrale a toujours été orthodoxe et s’est toujours refusée à adopter des mesures expansionnistes. Le taux d’inflation est resté bas depuis la sortie du programme d’ajustement structurel des années 1980. A la veille de la crise actuelle, le taux d’inflation était inférieur à 2%, d’où les recommandations du FMI d’accélérer la flexibilisation du dirham. 

La chute de la demande globale provoquée par l’arrêt, puis la lente reprise de l’activité économique, a fait passer l’« inflation » au niveau de 0.7% en 2020. Pourtant, les autorités monétaires ont réagi à la crise en prenant un arsenal de mesures visant la facilitation et l’encouragement du crédit bancaire. Mais, n’emprunte que celui qui a les moyens de rembourser, celui qui a un carnet de commande garni ! En effet, seuls 16% des entreprises ont bénéficié des facilités accordées par le système bancaire sous l’impulsion de la Banque centrale. Cette dernière a refusé d’aller jusqu’à mettre en œuvre la planche à billets. 

Durant l’été 2020, le Roi avait annoncé un plan de relance économique comportant 120 milliards de DH, soit près de 11% du PIB. La ventilation annoncée de cette enveloppe par le Ministère des finances est 75 milliards de garanties des crédits bancaires au profit des entreprises selon différents mécanismes mis en place en 2020 et 45 milliards d’investissements de restructuration industrielle et économique. Un Fonds Mohammed VI d’investissements stratégiques a été créé à cet effet. En juin 2021, ce Fonds n’est pas encore opérationnel, la crise sanitaire ayant été plus longue que prévu. 

  • Généralisation de la protection sociale

Une des mesures phares décidées par le Roi durant l’été 2020, comme réaction à la crise, mais aussi pour mettre en place un nouveau modèle social pour servir de base solide à un développement économique et social inclusif, est la décision de généralisation de la protection sociale.

A la suite du discours royal, un Conseil des ministres a adopté le 11 février 2021 un projet de loi-cadre sur la protection sociale. Ce projet a été voté par la Parlement un mois après. Le 14 avril 2021, le Roi lance la mise en œuvre du chantier avec la signature des conventions y afférentes. 

Ce grand chantier structurant comporte :

– La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), à fin 2022, au profit de 22 millions personnes supplémentaires qui bénéficieront d’une assurance couvrant les frais de traitement, de médicaments et d’hospitalisation.

– La généralisation des allocations familiales durant les années 2023 et 2024 au profit des familles qui n’en profitent pas selon les textes en vigueur. Ces familles bénéficieront selon le cas d’indemnités forfaitaires ou d’indemnités de protection des dangers relatifs à l’enfance (déperdition scolaire) ciblant 7 millions d’enfants en âge de scolarité.

– L’élargissement de la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure environ 5 millions de personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension à horizon 2025.

– La généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi durant l’année 2025 pour couvrir toute personne exerçant un emploi stable.

Le coût annuel de cette réforme sera de 51 milliards de DH dont 23 proviendront du budget général de l’État et 28 des contributions des partenaires sociaux : 14 Mds pour l’AMO (dont 8.5 du budget général), 20 Mds pour les allocations familiales (dont 14.5 du BG), 16 Mds pour la retraite et 1 Md pour l’IPE.

  • Réforme du secteur de la santé

Il a été déjà dit que la crise sanitaire actuelle a montré, entre autres, le très insuffisant niveau de développement du secteur de la santé au Maroc, à tous les points de vue (Infrastructures, équipements et ressources humaines). On pouvait déjà auparavant constater que les tentatives étatiques d’extension de l’assurance maladie se heurtaient à l’insuffisance de l’offre de soins. Puis, il s’est avéré que la décision de généraliser la protection sociale et, notamment son important volet concernant la couverture médicale, ne peut point réussir dans l’état actuel du secteur de la santé. D’où le lancement d’un projet de réforme pour accompagner le processus de généralisation de la protection sociale.

 Cette réforme vise la création d’instances de gestion et de gouvernance, à savoir l’instance supérieure pour la législation intégrée de la santé, les agences régionales de santé et les groupements territoriaux de santé. Il y aura donc création d’une fonction publique de santé. Il s’agira de valoriser les ressources humaines, de renforcer l’investissement étranger pour développer l’infrastructure et l’équipement, de corriger les inégalités territoriales en appuyant la dimension régionale, d’instaurer le principe de l’égalité de traitement entre les médecins marocains et leurs confrères étrangers …

  1. PERSPECTIVES DE L’ECONOMIE MAROCAINE : ATOUTS ET SERVITUDES

La crise sanitaire mondiale, qui s’est déclarée à la fin du premier trimestre de 2020, semble devoir se prolonger jusqu’à la fin de 2021, au moins. Pour les transports aériens et pour le tourisme international, le retour à la normale prendra beaucoup plus de temps.

Au milieu de 2021, les prévisions de croissance pour l’année et pour les différents pays, ne permettront pas d’effacer la forte contraction du PIB de 2020 pour retrouver le niveau antérieur à la crise. On prévoit ainsi, pour 2021, le taux de croissance annuel de 4.3% pour l’ensemble des pays de l’OCDE (3.3 pour l’Allemagne, 5.8 pour la France et 5.9 pour l’Espagne). Pour le Maroc, la Banque centrale prévoit un taux de 5.3%. La Banque mondiale prévoit 4.6% et le FMI prévoit 4.5%. Ces prévisions sont en augmentation depuis le début de l’année. 

Concernant l’évolution sectorielle au Maroc, il a déjà été précisé que la campagne agricole de 2021 a été excellente. Le secteur de la pêche semble aussi bien évoluer. 

Pour le secteur secondaire, le secteur minier a bien évolué au premier trimestre de l’année avec un taux de croissance de 6.3%, l’énergie électrique également avec une croissance de 5.4%, le secteur des BTP a crû au taux de 25.4% à fin mai 2021, l’industrie manufacturière n’a crû que de 0.9% au T1, bien que le taux d’utilisation des capacités ait bondi de 10 pts à fin avril et les exportations industrielles se sont bien comportées.

Pour le secteur tertiaire, le secteur touristique connaît toujours de sérieuses difficultés après la chute brutale des recettes de voyages de 2020. A fin avril 2021, la chute a été de près de 66%. Le transport aérien a enregistré une baisse de 70.2%. L’ouverture des frontières aériennes à partir du 15 juin 2021, apportera des améliorations à ce niveau. Mais, l’année 2021 sera à ce niveau bien en-deçà du niveau de 2019.

Le retour aux niveaux d’avant la crise se fera attendre, au moins, jusqu’en 2022, selon l’évolution actuelle. Il ne faut jurer de rien en économie, tellement la marge d’erreur est considérable.

Pour l’évolution à moyen et long terme, le Maroc devra rétablir assez rapidement les équilibres macroéconomiques impactés négativement par la crise. Pour cela, il faudra retrouver des taux de croissance élevés. Cela permettra d’augmenter les ressources budgétaires, de rembourser la dette et d’investir dans des secteurs d’exportation, mais aussi dans le capital humain pour augmenter la productivité et la compétitivité de l’économie marocaine. Avec une croissance molle, l’économie aura des difficultés à faire face au service de la dette. Il ne pourra pas être possible d’assurer l’investissement nécessaire et très vite on sera dans la situation du début des années 1980, laquelle situation avait nécessité une réduction drastique des dépenses sociales et d’investissement, et le rétablissement des équilibres avait nécessité près d’une décennie. 

Nous savons que c’était ce rétablissement des équilibres macroéconomiques au début des années 1990 qui avait permis une croissance économique assez vigoureuse jusqu’en 2010, pour retomber ensuite à un pallier moins élevé. 

Pour rétablir assez rapidement les équilibres macroéconomiques et retrouver des niveaux de croissance élevés pour de longues années, l’économie marocaine ne manque pas d’atouts :

  • Des infrastructures d’un bon niveau en amélioration constante ;
  • Un secteur financier relativement solide en internationalisation croissante ;
  • De bons choix en matière des énergies renouvelables et de l’eau avec de nouvelles solutions en cours de développement ;
  • Un nouveau repositionnement géostratégique du Maroc prometteur après la réorientation vers l’Afrique Subsaharienne.

Le nouveau repositionnement géostratégique du Maroc peut apporter beaucoup d’IDE et de haute technologie. Mais, le pays devrait prendre plus au sérieux la question du capital humain et de l’environnement pénalisant pour l’entreprise, bien que le climat des affaires vu de l’extérieur s’est nettement amélioré ces dernières années. 

Rappelons brièvement ces atouts, avant d’évoquer ces relatives servitudes.

  1. Niveau d’infrastructures en amélioration

Le Maroc dispose aujourd’hui s’un réseau autoroutier assez important : l’autoroute va de Tanger à Agadir et d’Oujda à Rabat et arrive à Beni-Mellal. Une voie express ira de Tiznit à Dakhla et au-delà. Elle est déjà arrivée à Essaouira. Il faudra développer, dans l’avenir d’autres axes autoroutiers pour arriver à Ouarzazate et Errachidia, creuser des tunnels pour traverser les Atlas.

Le TGV qui va de Tanger à Casablanca a été une réussite. Il est prévu qu’il arrive jusqu’à Agadir. L’expérience des tramways de Rabat et Casablanca en extension continue ont favorablement transformé ces deux villes. Leur extension dans ces deux villes devrait être plus rapide et ces expériences devraient bénéficier aux autres grandes villes du Maroc.

Le Maroc est entré dans une nouvelle ère depuis qu’il a construit le grand port de Tanger Med, vis à vis du port d’Algésiras et à côté de Sebta occupée. Il est en train de construire un grand port à Nador à côté de la ville occupée de Mellilia. Un autre port d’une grande importance stratégique est celui de Dakhla atlantique qui couvrira une zone portuaire de 650 ha. Il s’agit d’un mégaprojet structurant pour le renforcement de la vocation africaine du pays et pour le développement économique des provinces du sud du Maroc. Les études relatives au projet ont été achevées et un appel d’offres de construction avait été lancé en 2020 et a été remporté en avril 2021 par le groupement SGTM-Somagec Sud. 

« Doté d’une conception évolutive et extensible, ce projet portera sur la réalisation d’un port en eaux profondes sur la façade Atlantique de la région de Dakhla-Oued Eddahab, selon trois composantes : un port de commerce à une profondeur de -16 m/zéro hydrographique, un port dédié à la pêche côtière et hauturière, et un port dédié à l’industrie navale » (selon Aujourd’hui le Maroc).

Un autre projet, non moins structurant et relatif à la vocation africaine de l’économie marocaine est le grand projet de gazoduc Nigéria-Maroc dont l’idée remonte à la visite royale au Nigéria en 2016. Aujourd’hui, l’étude de faisabilité de ce projet qui sera bénéfique pour tous les pays de la CEDEAO est achevée et la décision finale de financement est en cours de validation (au 23 juin 2021).

Le niveau de développement des télécommunications est élevé et l’opérateur historique, Maroc Telecom est désormais présent, à travers ses filiales et participations, dans 10 pays de l’Afrique de l’Ouest. Selon l’ANRT, le Maroc comptait en 2019 46.6 millions de lignes de téléphonie mobile, le taux de croissance du parc était de 4.3% et le trafic de données Internet augmentait annuellement de 30%. Le nombre de lignes Internet avait atteint 25.3 millions.

La crise sanitaire a amplifié la digitalisation de l’économie et de la société. Le Maroc devrait améliorer le débit d’Internet en généralisant la 5G et en renforçant les installations, mais aussi l’équipement des ménages. Une production d’ordinateurs à la portée des petites bourses devrait être mise en place.

  • Un secteur financier relativement solide

Le Maroc dispose d’un secteur bancaire moderne et solide. Le taux de bancarisation a été amélioré de manière significative depuis la création de Barid Bank. Les banques marocaines sont présentes dans plusieurs pays, à travers des succursales dans des pays industriels et des filiales dans plusieurs pays africains. Il n’empêche que le caractère oligopolistique de ce secteur n’est pas à même de favoriser la concurrence avec l’amélioration de la qualité des services bancaires et la diminution des coûts, même si des efforts importants ont été fournis dans ce sens. 

Le secteur des assurances du Maroc est également à un niveau de développement élevé par rapport aux pays comparables au Maroc. Les assurances du Maroc ont également investi à l’extérieur du pays. On peut se féliciter de la mise en place, en 2016, de l’Autorité de contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS). Une implication des assurances dans l’investissement industriel devrait être favorisée, afin de contribuer à la transformation structurelle de l’industrie marocaine pour plus d’exportations de haute technologie.

Un autre atout concernant le système financier marocain est Casablanca Finance City (CFC) qui vise à attirer les entreprises financières internationales et à faire de Casablanca un hub financier régional en Afrique. En 2019, Casablanca Finance City est classée 22ème place financière mondiale dans le rapport GFCI 25 (elle était 62ème en 2014).

  • Traitement des questions énergétique et hydrique

Selon l’Agence marocaine des énergies renouvelables (Masen), le bilan des réalisations et des projets en cours à fin 2019 a été que la puissance installée s’élève à 3.685 MW, dont 700 MW pour le solaire, 1.215 MW pour l’éolien et 1.770 MW pour l’hydroélectrique. En 2019 donc, aucune nouvelle capacité n’a été ajoutée, sachant que l’objectif est d’atteindre en 2020 une puissance de 6.000 MW. Cela dit, plusieurs projets solaires et éoliens étaient en cours de réalisation ou de lancement. Selon l’Agence, les capacités engagées en 2020 auraient été en ligne avec les objectifs annoncés, l’objectif étant de porter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national à 42% en 2020 et à 52% à l’horizon 2030. Le Roi a appelé à réviser cet objectif à la hausse en pointant (en octobre 2020) des retards dans l’exécution.

L’objectif de 42% en 2020 n’avait pas été atteint, puisque la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique s’est située à 35% (contre 33% en 2019). Il faut donc accélérer dans la réalisation et œuvrer pour renforcer l’intégration de ces énergies renouvelables dans l’économie marocaine à travers le développement de filières industrielles de production d’équipements et d’intrants pour ces énergies renouvelables ainsi que pour la production de services de maintenance et d’entretien. Un institut de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique a été créé en décembre 2020 et inauguré en février 2021. Dans l’indice international de protection du climat 2021 de German Watch, le Maroc s’affiche parmi les pays en tête de liste en occupant la 7ème position sur 57 pays.

Évidemment, les objectifs du Maroc en la matière, devraient être d’assurer l’indépendance du pays en matière d’énergie et la production d’une énergie « propre » et bon marché pour renforcer la compétitivité de ses entreprises et de ses produits à l’export. La production locale d’énergie et de tout ce qui est lié à cette production est également à même de créer de l’emploi.

Par ailleurs, un accord germano-marocain sur l’hydrogène, a été signé à Berlin en juin 2020. Cet accord prévoit que la RFA soutienne le Maroc dans la construction d’une usine de production d’hydrogène vert. Des fonds à hauteur de 300 millions d’euros ont déjà été promis à cette fin et devraient permettre à l’Allemagne d’acheter de l’hydrogène vert au Maroc dans le futur. Il faut tout de même noter que les relations diplomatiques des deux pays connaissent en 2021 une crise qui risque de se prolonger jusqu’après le remplacement de la Chancelière Merkel en septembre 2021.

Pour ce qui est de la question hydrique, le Maroc a adopté, sans discontinuer, une stratégie de construction de grands barrages, depuis 1945.  Début 2020, le Maroc dispose de 145 grands barrages ainsi que de 255 barrages collinaires. En 2021, il y a eu lancement de 5 nouveaux grands barrages avec une enveloppe budgétaire globale de 4.8 Mds de DH et une capacité de 525 millions de m^3. Cela portera la capacité de retenue des barrages à 6.8 milliards de mètres cubes, au moment où le pays aspire à porter cette capacité des barrages au terme du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-27 à 27 milliards. Le pays disposera à cet horizon de 179 barrages.

A côté des grands barrages et toujours dans le cadre de ce programme national d’approvisionnement en eau pour atténuer le stress hydrique, le Maroc a lancé des projets importants de dessalement de l’eau de mer. « Des stations dédiées sont lancées dans les régions les plus impactées par la sécheresse. Ainsi, des stations ont vu le jour à Laâyoune, Boujdour, Tan-Tan et Akhfenir. D’autres sont en projet comme celles de Dakhla, Safi, Al Hoceima, Agadir ou Casablanca. La station de Casablanca aura une capacité de production de 300 millions de m^3 et alimentera en eau potable la métropole et sa région, soit une population cible de 7,4 millions d’habitants qui passera en 2030 à près de 9 millions. » Le Maroc vise en la matière une capacité de production d’1 milliard de m^3. 

Si la nécessité du dessalement de l’eau de mer est indiscutable, il conviendrait d’assurer le caractère vert des technologies utilisées et l’intégration du processus de dessalement de l’eau à travers le traitement de ses sous-produits et la production locale des équipements et techniques nécessaires ainsi que de leur entretien et maintenance. 

  • Un nouveau repositionnement géostratégique prometteur

Traditionnellement, le Maroc entretenait l’essentiel de ses échanges économiques avec l’Europe et, notamment, avec la France, puis avec l’Espagne devenue premier partenaire commercial depuis 2012. L’essentiel de ces échanges passait par le port de Casablanca.

Le Maroc a effectué un premier repositionnement géostratégique dans deux directions : celle de la Méditerranée à travers la construction, au début du présent siècle, un hub logistique mondial autour du port Tanger Med, puis à travers la réorientation des activités économiques d’investissement et de production vers l’Afrique Subsaharienne.

Le hub de Tanger Med « est connecté à plus de 180 ports mondiaux, offrant des capacités de traitement pour 9 millions de conteneurs, 7 millions de passagers, 700 000 camions et 1 million de véhicules. Tanger Med constitue une plateforme industrielle pour plus de 1100 entreprises qui représentent un volume d’affaires annuel de 5300 MEUR dans différents secteurs tel que l’automobile, l’aéronautique, la logistique, le textile et le commerce. » Tanger Med est devenu le Premier Port à Conteneurs en Méditerranée. Sa plateforme industrielle se classe 2ème zone économique spéciale dans le monde. Le tonnage global s’élevant à 81 millions de tonnes, en 2020, est en augmentation de 23% par rapport à 2019. 

L’activité de Tanger Med a bien sûr été lourdement affectée par la crise sanitaire. Si le nombre de camions TIR traités a stagné en 2020 par rapport à 2019 au niveau de plus de 357 mille, le nombre de passagers a chuté de 75% pour se situer à 702 mille et le nombre d véhicules neufs a baissé de 28% pour se limiter à 358 mille. On s’attend à une reprise vigoureuse cet été 2021, avec le lancement de l’opération d’accueil des Marocains résidents à l’étranger et la reprise des exportations de voitures neuves, jusques là ralentie par le manque de pièces détachées habituellement importées d’Asie. 

Pour la réorientation économique vers l’Afrique Subsaharienne, il suffit de rappeler que le Maroc est désormais le deuxième investisseur africain en Afrique au sud du Sahara, après l’Afrique du Sud. Le Maroc a investi pour 5.4 Mds de DH en Afrique, en 2019. Il « est présent en Afrique subsaharienne, première destination de ses IDE en Afrique, dans plus de 14 pays dont la Côte d’Ivoire (13 %) le Tchad (12 %), le Sénégal (9 %), Madagascar (7 %), le Cameroun (4 %) et l’Île Maurice (3 %) », selon la DEPF (Ministère des Finances).

Les secteurs concernés par les IDE marocains en Afrique sont les banques, les télécommunications, les assurances, le BTP, les TIC et médias, les mines, le pharmaceutique, le transport aérien, l’enseignement supérieur et de plus en plus de fabrication d’engrais. 

Les échanges commerciaux du Maroc avec l’Afrique Subsaharienne enregistrent une croissance annuelle moyenne de 9,1% sur la période 2008-2016. Mais, la part de ces échanges dans les échanges commerciaux du Maroc demeure modeste et ne à s’élève qu’à 3% du total en 2016 contre 2% en 2008.

Un second repositionnement géostratégique du Maroc se dessine et semble se confirmer en 2020-21. Il s’agit pour le Maroc de s’émanciper de son axe traditionnel vers la France et l’Espagne pour une plus grande diversification de ses échanges économiques, au-delà des échanges commerciaux, en direction de la Chine et du Royaume-Uni sorti de l’UE, en direction de l’Inde et du Brésil (sur la base de l’industrie phosphatière). Et depuis décembre dernier, un axe alternatif à l’axe traditionnel semble prendre de l’ampleur. Il s’agit de l’axe Maroc-USA-Israël. Au-delà des relations historiques entre le Maroc et chacun des deux autres pôles, la coopération multiforme entre les trois pays avec le choix du Maroc comme porte d’entrée en Afrique Subsaharienne prend de plus en plus forme. Le choix des USA d’installer au Maroc son Initiative de prospérité africaine va dans cette direction. Cet axe pourra fournir des IDE accompagnés de haute technologie au Maroc et pourra être à l’origine d’un cycle vertueux de croissance économique rapide.

Les deux servitudes que le Maroc devrait surmonter, pour mieux profiter de ce repositionnement géostratégique, concernent la formation d’un capital humain de grande qualité et une nette amélioration de l’environnement de l’entreprise marocaine.

  1. Pour un capital humain de grande qualité

L’une des grandes faiblesses de l’économie marocaine est le niveau de développement de son capital humain. C’est le système d’éducation, d’enseignement supérieur et de recherche scientifique ainsi que de la formation professionnelle et qui est responsable de ce bas niveau.

Si l’objectif de la généralisation de la scolarisation primaire a été atteint, on est loin de la généralisation de l’enseignement préscolaire, de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur. En plus, les déperditions dans l’enseignement fondamental demeurent trop élevées.

Le plus grand problème dans ce domaine est celui de la qualité de l’enseignement. Six axes de redressement pourraient contribuer à améliorer la qualité de l’enseignement et de son output, le capital humain.

  1. Le premier axe consisterait à généraliser et moderniser l’enseignement préscolaire basé sur l’acquisition et la maîtrise des langues maternelles (arabe et amazigh) et le développement personnel ;
  2. Le deuxième axe concerne le renforcement de l’enseignement des langues vivantes internationales dans l’enseignement secondaire (collège et lycée) ;
  3. Le troisième est relatif au renforcement de l’enseignement scientifique et technologique à partir du primaire. Le baccalauréat scientifique avec des filières diversifiées devrait représenter entre 80 et 90% des élèves ;
  4. Le quatrième est l’enseignement des technologies de l’information et de communication, ainsi que l’Intelligence artificielle à introduire dès la fin du primaire et à renforcer de manière significative, dans le secondaire pour tous les élèves ;
  5. Le cinquième concerne l’enseignement professionnel (agricole, industriel et tertiaire) qui devrait être intégré à l’enseignement général pour permettre aux élèves des va-et-vient entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général et le recyclage, l’apprentissage tout au long de la vie et le retour aux bancs de l’université à toute étape de la vie ;
  6. Le dernier axe concerne la digitalisation partielle de l’enseignement à partir du lycée pour économiser les locaux, former des élèves à distance, permettre à des élèves qui abandonnent l’école traditionnelle de reprendre leur éducation. Cette digitalisation de formations scientifiques et professionnelles permettrait aussi d’améliorer le niveau de qualification de la population active. Elle permettrait aussi aux étudiants marocains de bénéficier, à partir du Maroc, des meilleurs enseignements disponibles à l’international. Cette digitalisation ne devrait pas se limiter aux supports pédagogiques. Elle devrait viser à développer des plateformes Internet de formation et d’évaluation.
  • Pour un environnement plus favorable à l’entreprise marocaine

La seconde faiblesse à souligner concerne la place de l’entreprise dans l’économie marocaine. Il est vrai que ces dernières années, beaucoup d’efforts ont été fournis pour améliorer le climat des affaires et pour étendre les libertés économiques et cela a donné des résultats au niveau des classements internationaux du Maroc.

C’est ainsi que le classement du Maroc dans l’indice du climat des affaires que constitue « doing business », est passé de 128ème place, il y a 10 ans à la 53ème en 2020. Cette nette amélioration est due à l’accélération du commerce transfrontalier, à l’introduction du paiement électronique pour les frais de port, l’organisation de la dématérialisation des formalités douanières, la prolongation des horaires d’ouverture des ports. En revanche, le Maroc accuse un retard en matière de transferts de propriété, de réglementation de l’insolvabilité et plus particulièrement en matière d’obtention de prêts.

Concernant les libertés économiques, le think tank américain Heritage Institute établit un indice de la liberté économique classant 178 pays et territoires selon 12 facteurs groupés en 4 grands piliers que sont :

  • État de droits
  • Taille du gouvernement
  • Efficacité réglementaire
  • Ouverture des marchés

Le Maroc a obtenu, en 2020, le score de 63.3 pts. Ce qui le classe à la 81ème place mondiale, la première place en Afrique du Nord (y compris l’Égypte), la 6ème place en Afrique.

Toutefois, si ces classements internationaux du Maroc sont importants, ils le sont davantage pour l’investisseur étranger que pour l’entrepreneur marocain. Vu de l’intérieur du Maroc, le climat des affaires est encore pesant pour l’entreprise marocaine. Le coût de l’administration est étouffant, celui de la fiscalité et des charges sociales est lourd, l’accompagnement de l’entreprise, de l’idée de projet jusqu’à l’internationalisation est peu significatif.

L’entreprise devrait être valorisée, encouragée et soutenue par son environnement, bancaire et financier, étatique, syndical, territorial…

Les start-ups innovantes et exportatrices de produits digitaux et de haute technologie devraient être entourées de toute l’attention des pouvoirs publics.

Le capital-risque devrait être développé et le financement des PME devrait être facilité et son coût devrait être davantage réduit.

CONCLUSION

La science économique a toujours été en retard par rapport à la réalité économique. Ce n’est évidemment pas parce que les économistes étaient moins compétents que leurs homologues des autres disciplines scientifiques. Mais, c’est parce que chaque variable économique dépend d’un très grand nombre de variables et que le principe de Walras d’interdépendance générale des marchés se vérifie dans la réalité. 

En économie, les variables influant sur une variable donnée étant nombreuses, la relation entre deux variables isolées ne peut être étudiée qu’en adoptant la clause ceteris paribus. Évidemment, lorsque toutes choses par ailleurs ne sont pas égales, l’action d’une variable isolée sur une autre variable isolée ne peut plus être prédite de manière satisfaisante.

Les prévisions des économistes sont basées sur l’hypothèse que le futur ressemblera au passé. Si un choc important frappe l’économie, cette dernière sort de sa trajectoire passée, elle « déraille », et toute prédiction devient hasardeuse. Tout cela pour dire que la prudence est de mise quand il s’agit d’évoquer les perspectives de l’économie, quelle qu’elle soit. 

Il faut ajouter à cela que seules de grandes économies comme l’américaine et la chinoise peuvent s’inventer un futur, et encore. L’économie marocaine n’a pas une grande marge de manœuvre. Il faut tout de même éviter d’avancer à reculons et choisir un bon positionnement dans le tunnel qui s’offre, quand bien même ce dernier était étroit. 

En tout cas, sur le plan politique, il faut voler à basse altitude pour ne pas se faire remarquer. La stratégie politique devrait être complémentaire de la stratégie économique et devrait être à son service, l’objectif ultime étant de se développer économiquement, d’assurer le progrès social et d’améliorer le bien-être de la population. 

Quant à l’avenir de l’économie marocaine, il faut être un devin, non pas pour le dire, quiconque peut se le permettre, mais pour le prédire de manière exacte. Car, si l’évolution économique du pays dépend, non seulement de l’action assez déterminante des pouvoirs publics, mais aussi des décisions et réactions des millions d’opérateurs privés marocains, elle dépend aussi et beaucoup de l’évolution de l’économie mondiale, dont, notamment, celles de nos principaux partenaires économiques. 

Comment évoluera l’économie mondiale durant les années à venir ? Ce qui est certain, c’est qu’après chaque grande crise économique mondiale, celle de 1929, celle des années 1973-75, celle de 2007-8, le fonctionnement de l’économie se transforme et de nouvelles théories ou idéologies économiques remplacent les anciennes, pour de longues années. 

On sait qu’après 1929, on est passé de l’économie libérale d’avant à l’économie de la synthèse néokeynésienne qui a dominé jusqu’aux années 1970. Après la crise des années 1970, on est passé de l’économie néokeynésienne à l’économie des Nouveaux Classiques et du consensus de Washington. La crise de 2007-8, n’a pas beaucoup bouleversé, de manière durable, ce fonctionnement « néolibéral », quoique la gestion étatique des systèmes financiers en a été transformée. 

Cette crise sanitaire mondiale, qui s’est vite transformée en grande crise économique et sociale, nous fera-t-elle passer d’un « modèle » économique à un autre ? Ce qui est certain, c’est que le coup de fouet donné à la digitalisation des économies et des sociétés sera une transformation irréversible : les services seront de plus en plus digitaux, le travail, l’enseignement, la santé seront de plus en plus des services rendus à distance. Cela bouleverse et bouleversera les rapports sociaux.

Pour les pays en développement, les économies qui ont été émergentes, « dans la vie d’avant », étaient des économies exportatrices de biens manufacturés. Les économies émergentes de demain, seront-elles les économies exportatrices de biens digitaux ? C’est ce qu’il semble se dessiner. Il appartient donc aux pays en développement qui désirent s’en sortir dans le futur, de développer une économie numérique dynamique. Pour ce faire, une éducation de qualité, moderne et ouverte, devrait être assurée aux dirigeants de demain, un secteur d’enseignement et de recherche devrait être développé et intégré de manière forte à l’économie pour en devenir la principale locomotive.

Les économies de l’Afrique du Nord, ont-elles un avenir en commun ? Il est difficile de répondre à une telle question, la situation politique présente étant conflictuelle et trop compliquée. Au-delà des problèmes politiques paraissant insolubles, s’il faut commencer par quelque action dans le but de construire un avenir souhaitable, peut-être qu’il conviendrait de commencer par intégrer les économies numériques nationales, encore à l’état embryonnaire, pour en faire un secteur assez développé et pouvant tirer vers le haut les économies nationales.

* Lahcen OULHAJ. Économiste, Président de la commission permanente d’analyse et de conjoncture économique et sociale du Conseil Economique et Social et Environnemental.

Partager avec
Continuer la lecture
Cliquer pour commenter

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Économie

GAZODUC NIGÉRIA-MAROC : LA CEDEAO S’IMPLIQUE

Publié il y a

le

Par

3 ou 4 ans pour débloquer les financements, 5 ans de travaux et une inauguration prévue pour 2032. Ce sont les délais nécessaires à la réalisation du Gazoduc Nigéria-Maroc dont les études de pré-faisabilité et de faisabilité sont bouclées, si l’on en croit Sediko Douka, le commissaire chargé des Infrastructure, de l’énergie et de la digitalisation au sein de la CEDEAO (communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest)  qui s’exprimait ce 15 septembre à Rabat après la signature d’un mémorandum entre le Maroc et la CEDEAO portant sur cet autre méga-projet qui ambitionne de desservir les pays de l’Afrique de l’ouest et l’Europe. (Voir adn-med du 4 septembre).

Pour Sediko Douka, le TSGP (Trans saharian gas pipeline) l’autre gazoduc qui doit traverser le Niger et se terminer en Algérie n’est pas concurrent mais complémentaire du second tracé qui doit desservir 13 pays ouest-africains. « Avec les énormes potentialités gazières du Nigéria, les 2 gazoducs trouveront leur place et seront même complémentaires (…) Sachant que le Gazoduc Nigéria-Maroc va se raccorder à d’autres pays producteurs comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire. Il y a de la place pour les 2 infrastructures » a plaidé le commissaire de la CEDEAO.

Longtemps perçus comme exclusifs l’un de l’autre, en raison notamment de la rupture des relations algéro-marocaines qui a considérablement perturbé le marché gazier en Afrique du Nord, le tracé traversant le Niger et l’Algérie et celui qui passe par la côte atlantique sont présentés désormais comme des équipements d’égale importance. 

Il reste à mobiliser des financements qui s’élèvent à plusieurs milliards de dollars pour chaque projet. Trouvera-t-on des investisseurs pour les 2 réalisations ? Oui, répondent d’une même voix les partisans du gazoduc Nigéria-Maroc. Il y va de l’accès à l’énergie, c’est-à-dire du droit au développement de 400 millions de personnes ; ce qui n’est pas sans incidence sur la stabilité et la sécurité de la région ouest-africaine qui menace de s’embraser par un effet domino à partir des foyers sahéliens qui ont déjà contaminé le Nigeria à travers des organisations comme Boko Haram. La réduction de la pauvreté, source des flux migratoires incessants est aussi, pour partie, tributaire de l’aboutissement de ce méga-projet qui pourra également pourvoir aux besoins de l’Europe de l’Ouest, ajoutent les mêmes promoteurs qui se projettent déjà dans la phase marketing du chantier.   

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

MAROC : ÉQUILIBRISME DÉLICAT AVEC LES USA ET LA RUSSIE

Publié il y a

le

Par

Nombreux furent les observateurs à être surpris de voir le Maroc s’abstenir lorsqu’il fallut mettre au vote à l’ONU la condamnation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Une grande partie des commentateurs avaient lié cette décision au fait que, comme beaucoup de pays du sud, le Royaume dépendait de la Russie, premier exportateur mondial de blé, pour son approvisionnement en céréales. Il y a du vrai dans cette explication mais elle est incomplète. L’agence russe Rosselkhoznadzor, instance qui étudie les apports, besoins et qualités nutritionnelles des produits alimentaires vient de rendre publique la consommation russe en fruits et légumes. On apprend que celle-ci a augmenté depuis le début de la guerre déclenchée contre Kiev en février 2022 pour atteindre 5,1 millions de tonnes et que le Maroc rafle 45% de ce marché devant les républiques d’Asie centrale disposant pourtant de climats méridionaux comme le Turkménistan (30 %), le Kazakhstan (21 %), le Tadjikistan (16 %), l’Ouzbékistan 14 %. Assez curieusement le rapprochement affiché avec Pékin n’a pas eu d’effets significatifs sur les échanges commerciaux entre les deux pays. Sur le segment des fruits et légumes, la Chine ne pourvoie qu’à hauteur de 11 % des besoins de la fédération de Russie. 

Outre cette coopération alimentaire, le Maroc et la Russie entretiennent également de bonnes relations en matière sanitaire. C’est, entre autres, grâce au vaccin Sputnik que le Royaume a pu gérer sans grands dommages la crise du Covid 19. 

La densité du commerce et, plus généralement, la coopération entre Rabat et Moscou mettent en porte à faux la diplomatie du Royaume dont les alliés traditionnels occidentaux, notamment les USA, attendent une position ferme et solidaire sur la question ukrainienne au moment où le continent africain est l’objet d’une lutte acharnée entre la Chine et la Russie d’une part et l’UE et les USA d’autre part. Les Américains qui avaient désinvesti sous Trump le projet d’accompagnement démocratique lancé par Barack Obama se préparent à réinvestir la scène africaine avec le sommet USA-Afrique prévu du 13 au 15 décembre (Voir la chronique de Said Chekri)

Si Washington a fermé les yeux sur des relations économiques dans des secteurs où il n’y avait pas concurrence américaine directe, il sera de plus en plus difficile pour Rabat, désormais lié stratégiquement par les accords d’Abraham avec Israël et les USA, de continuer à faire le grand écart, car à partir de l’année 2023, il faudra se déterminer pour un camp ou un autre. Et les relations historiques qui lient le Maroc et les USA ne laissent pas vraiment de choix.  

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

MAROC : BAISSE DRASTIQUE DES RÉCOLTES CÉRÉALIÈRES

Publié il y a

le

Par

La campagne des récoltes céréalières actuelle a connu une baisse de 67% annonce un communiqué du ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, des régions rurales et des eaux et forêts. Cette année, le Maroc engrange 34 millions de tonnes contre 103,2 millions de tonnes l’année précédente, laquelle fut une saison exceptionnelle.

Les variétés céréalières se répartissent comme suit : 18,9 millions de tonnes pour le blé tendre, 8,1 millions de tonnes pour le blé dur et 7 millions de tonnes pour l’orge. 

Cette réduction est due au double effet de la réduction de la pluviométrie et de sa mauvaise répartition sur l’année. Essentiellement tombée en novembre et décembre, les précipitations quasiment absentes en janvier et février ont considérablement altéré la croissance des pousses. L’essentiel de la production a été assurée par les zones favorables de Fès-Meknès et de Rabat-Salé-Kénitra. Pour rappel, la campagne agricole 2021/2022 a enregistré une pluviométrie de 199 mm soit, une baisse de 34% par rapport à la même période de l’année précédente. 

Les restrictions des irrigations ont également pesé sur le volume global de la production.

La dépendance alimentaire du royaume pèse sur sa diplomatie. Les observateurs ont relevé que le Maroc s’est abstenu à l’ONU quand il a fallu condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie dont le Maroc est l’un des grands clients. La reprise d’activité du port d’Odessa d’où doivent partir les livraisons de blé est attendu avec impatience et fébrilité par Rabat et d’autres capitales africaines ou moyen orientales. 

On se souvient que le Maroc avait connu en juin 1981 des émeutes de la faim qui s’étaient soldées, selon un bilan officiel, par 114 morts à Casablanca. Le spectre de ces soulèvements, par essence imprévisibles et incontrôlables, hante tous les pays dont la fabrication de pain, de pâtes ou de couscous, consommation de base des populations, dépend d’une géopolitique de plus en plus instable. 

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

ÉNERGIE : ALGER VOLE AU SECOURS DE TUNIS

Publié il y a

le

Par

Rien ne semble perturber la lune de miel qui règne entre Alger et Tunis. Ayant déjà volé au secours du régime de Kaïs Saïed par l’octroi d’un prêt de 300 millions dans une période financière particulièrement critique l’année dernière, Alger se dit prête à augmenter ses exportations d’électricité vers la Tunisie – pays touristique grand consommateur d’énergie en été – en cas de demande. 

C’est Mourad Adjal, PDG de Sonelgaz qui a déclaré ce lundi en marge d’une réunion tenue à El Bayadh (centre-ouest) du pays, avec les cadres de son entreprise que « l’Algérie qui exporte quotidiennement plus de 500 mégawatts d’énergie électrique vers la Tunisie, pays frère, était prête à augmenter les quantités d’électricité exportées en cas de hausse de la demande”.

Autre pays qui figure parmi les grands privilégiés de la diplomatie algérienne actuelle : l’Italie. Lors de cette rencontre, le même dirigeant a annoncé qu’un projet est actuellement en cours d’études pour envisager « l’exportation d’électricité vers l’Italie ». 

Il est difficile d’établir ce qui relève des capacités algériennes à honorer ces proclamations de ce qui participe de campagnes de communication qui ne cachent plus la volonté d’attirer le voisin de l’est dans le sillage politique des nations s’alignant sur Moscou pour s’opposer à un monde occidental dont Tunis fut toujours un fidèle allié. 

Ces annonces peuvent en effet être sujettes à caution quand on sait que les coupures d’électricité en Algérie sont des désagréments que doivent affronter les foyers algériens, hiver comme été.

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

GAZODUC NIGÉRIA-EUROPE : L’ALGÉRIE DEVANT LE MAROC.

Publié il y a

le

Par

Sauf imprévu peu probable, le méga projet du Tans Saharian Gaz Pipeline, TSGP destiné à assurer le transport du gaz nigérian vers l’Europe traversera les déserts algériens et nigériens. Le Nigéria, le Niger et l’Algérie ont en effet signé un mémorandum ce jeudi pour lancer la construction d’une réalisation qui peut bouleverser le marché du gaz sur le Vieux continent. La Task force regroupant les experts des trois pays constituée à Abuja est, selon le ministre algérien, en phase opérationnelle. 

Pendant plusieurs années le Maroc avait mobilisé ses puissants réseaux tissés en Afrique de l’ouest pour convaincre ses partenaires de la viabilité de sa proposition qui ambitionnait de faire passer le gazoduc par la côte atlantique. Une puissante activité diplomatique avait été déployée par Rabat pour expliquer que les pays de l’Afrique de l’ouest allaient également bénéficier de cette source d’énergie pour booster leur développement. Pour valoriser cette option, une campagne de sensibilisation alertant contre les risques des attaques des terroristes djihadistes infestant le Sahel avait même été soutenue par Rabat. Au mois d’avril passé, rien n’était encore joué puisque les autorités marocaines et nigérianes annonçaient avoir chargé la société d’ingénierie australienne Worley de la réalisation de l’étude d’ingénierie et de conception préliminaire du gazoduc (FEED, Front-end engineering design). 

Dans cette bataille le Maroc comptait faire d’une pierre deux coups : s’émanciper définitivement de l’approvisionnement gazier algérien et renforcer son influence déjà conséquente dans la plupart des pays de l’Afrique occidentale 

Finalement, les rentrées financières enregistrées par l’Algérie avec la flambée des prix des hydrocarbures engendrée par l’invasion de l’Ukraine ont pesé lourd dans le choix des deux pays subsahariens qui ont longtemps laissé planer le doute quant à leur choix définitif du trajet à retenir. 

Curieusement, c’est par une dépêche lapidaire que l’agence officielle Algérienne, l’APS a fait état ce jeudi de la réception par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune des ministres de l’énergie et des mines des trois pays concernés par le tracé du gazoduc alors qu’Alger comme Rabat ont longtemps mené une guerre de communication sans merci pour vanter leurs dossiers respectifs.

Pour cet expert qui a gardé l’anonymat, « La conjoncture internationale favorise l’Algérie, pays producteur qui peut facilement lever les financements nécessaires à la construction de ce gigantesque équipement. Pour autant, le Nigéria et le Niger ne souhaitent pas perturber les relations culturelles et économiques privilégiées qu’ils ont établies de longue date avec le royaume chérifien. Et pour une fois Amar Belani, le préposé aux polémiques avec le Maroc a été sommé de garder le silence sur ce sujet ». Pour combien de temps ?   

Pour rappel, ce chantier soumis à discussion au début des années 2000 dans le cadre du NEPAD avait failli être définitivement abandonné pour cause de non-rentabilité avant que la crise mondiale de l’énergie ne vienne relancer l’intérêt des producteurs, des consommateurs et donc des investisseurs.  

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

MAROC. LE DÉFI DE LA SÉCHERESSE

Publié il y a

le

Par

Les observateurs et experts de la scène marocaine ont généralement et à juste titre donné un bilan controversé du long et spasmodique règne de Hassan II. Monarque autocrate et jouisseur, dont le cynisme culmina avec l‘affaire Ben Barka ; souverain deux fois miraculé qui a malgré tout prémuni son pays de l’intégrisme et sauvegardé l’intégrité d’un royaume dans un continent miné par les turbulences du tiers-mondisme révolutionnaire ; on aura dit une chose et son contraire de l’homme qui dirigea le Maroc d’une main de fer pendant près de quarante ans. 

Il y a pourtant un domaine, essentiel au développement des nations, qu’il est difficile de ne pas mettre au crédit de Hassan II : l’anticipation des problèmes liés à la raréfaction de l’eau. Si le Maroc n’échappe pas aux récurrentes coupures d’eau, on ne peut s’empêcher de penser à ce que seraient les besoins des populations citadines ou paysannes si une autre politique avait été suivie au lendemain de l’indépendance acquise en 1956.  Dès les premières années qui ont suivi la fin du protectorat, un programme soutenu de construction de barrages a vu le jour, ce qui a servi à répondre à la consommation des ménages, à l’agriculture, au début de l’industrialisation et, surtout, à l’hydrophage tourisme. 

Le royaume capte environ 80% de sa pluviométrie, ce qui demeure insuffisant si l’on sait que l’anticyclone des Açores constitue un voile qui bloque l’avancée des nuages chargés d’humidité, réduisant d’autant la masse d’eau qui atteint les côtes marocaines. Aujourd’hui les nappes phréatiques de la région de Marrakech s’amenuisent et font redouter une dangereuse montée des eaux salées. Les régions rurales forent autant qu’elles le peuvent pour subvenir à leurs besoins vitaux. On se souvient de l’émotion suscitée par la chute du petit Rayan tombé dans un puits clandestin creusé à côté de la demeure familiale.

Le Plan National de l’Eau (PNE 2020-2050) qui devrait être financé à hauteur d’environ 380 milliards de dirhams vise à une approche globale de l’approvisionnement et de la consommation en eau du royaume pour la période couvrant les trente prochaines années.

Simultanément, un vaste plan de réalisation de retenues collinaires, (127 devraient être réceptionnés d’ici 2024)   placés en amont des grands barrages est en phase d’exécution. Il a pour but de soulager les groupes sociaux éloignés des grands réseaux mais aussi de servir de bassin de rétention des charges boueuses qui envasent les anciens équipements.

Par ailleurs une politique de récupération des eaux non conventionnelles, désalinisation, traitement des eaux usées vient compléter les sources d’approvisionnement.  Il demeure que l’offre est largement en deçà de la demande qui ne cesse de croitre.

Le gouvernement traite ce dossier avec une attention qui dissimule mal l‘ampleur d’un chantier critique. On parle de gestion intégrée de l’eau pour préparer les habitants à changer leur mode de consommation voire leur rapport à des disponibilités hydriques de plus en plus réduites. Éduquer le Marocain à vivre avec un quotidien déterminé par la rareté de l’eau fait désormais partie des mesures que compte dévoiler l’exécutif. « On évoque souvent des risques de perturbation ou de déstabilisation du pays pour des considérations militaires, énergétiques ou territoriales ; dorénavant les gouvernants savent que le stress hydrique fait partie des grands périls qui peuvent ébranler la sécurité et la stabilité du royaume » confie un agriculteur du Souss. 

De douloureux et délicats arbitrages attendent Rabat qui entend se poser comme pays pivot de la région, ce qui suppose des investissements stratégiques dans les domaines militaires et technologiques.  

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

MAROC : LA DIFFICILE RECONVERSION DU COMMERCE DU CANNABIS

Publié il y a

le

Par

Les trafiquants ont toujours une longueur d’avance se désole un jeune magistrats contacté ce samedi après la saisie effectuée la veille au niveau de la station de péage de l’autoroute de Casablanca. Alors qu’un vaste programme de reconversion de la culture et du commerce du cannabis impliquant plusieurs ministères dont ceux de la santé, du commerce, de l’industrie et des affaires étrangères, rien ne semble dissuader et encore moins arrêter les activités criminelles d’un marché en perpétuelle extension.  

Ce vendredi les services de la DGSN (Direction générale de la sureté nationale) ont annoncé la saisie de deux tonnes de cannabis manifestement destinée au trafic international. En effet, le camion à bord duquel était transporté la marchandise saisie était, conduit par un homme de 34 ans assisté d’un autre âgé de 44 ans, venait de la région de Jorf El Malha et se dirigeait vers les provinces du sud. Les services de sécurité ont également trouvé à bord du véhicule un bateau pneumatique, deux moteurs marins et une somme importante d’argent. Les trafiquants ont vraisemblablement décidé de quitter temporairement les côtes rifaines, traditionnellement privilégiées pour exporter vers les rivages espagnols le haschich majoritairement produit dans cette région du nord du Maroc. Le renforcement des contrôles induits notamment pour le regain d’afflux de migrants vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ont conduit vers l’exploration d’autres pistes comme les Iles Canaries ou encore le passage par certains pays d’Afrique de l’Ouest. Par ailleurs l’aggravation des tensions nées opposant l’Algérie et le Maroc depuis l’été 2021 a engendré une multiplication des mouvements de troupes des deux côtés de la frontière rendant d’autant plus difficiles les livraisons de cette drogue vers le marché algérien.  

L’ambitieuse politique de régularisation va prendre du temps à donner ses fruits estime notre interlocuteur : « Pour une longue période encore, les cultivateurs préfèreront commercer avec les trafiquants qui encouragent une activité échappant aux obligations fiscales et qui sont peu regardantes sur la qualité des produits mis à la disposition du consommateur. » Le jeune magistrat conclut que le succès de l’encadrement de la production, de la transformation et du commerce du kif dépend autant de la sécurité, de l’éducation des mentalités que de développement économique général ».        

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

MAROC. ASSUMER LE CANNABIS

Publié il y a

le

Par

Cela fait bientôt une année que le Maroc a décidé la légalisation de la culture du cannabis à usage thérapeutique et médical. Ce 2 juin, l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRARC), a tenu la première réunion de son conseil d’administration. Cet organisme a vocation à devenir un instrument stratégique pour l’économie du Royaume.

Désormais, le Maroc assume son statut de pays producteur mondial de cannabis et vise à travers ses nouvelles législations à préserver et consolider ce qui est considéré comme « un patrimoine national » par, assurent les autorités marocaines, la mise en place de mécanismes rigoureux de suivi et de contrôle pour éradiquer du marché le cannabis illégal et ses dérivés.

Le Maroc change donc radicalement de paradigme pour sortir de la culture clandestine d’une substance qui génère une économie parallèle échappant au fisc qui dégrade l’environnement, provoque des troubles comportementaux criminogènes et attente à l’image du pays. 

Selon les déclarations gouvernementales, ce programme vise à l’installation de circuits surveillant l’usage médical et industriel du cannabis en respect des engagements internationaux du Royaume. L’objectif officiellement visé est d’attirer des opérateurs internationaux dans l’investissement de la transformation et l’industrialisation des produits extraits du cannabis, afin de créer une industrie productrice de valeur et d’emplois. La problématique de la commercialisation pour usage récréatif sera également appréhendée dans la mesure où ce secteur représente la totalité du marché informel. 

Notons que jusque-là, plusieurs tentatives de canalisation et de reconversion des activités de production illicite du cannabis via des programmes de coopération internationale, notamment avec l’union européenne, se sont soldées par des échecs, les paysans préférant reprendre leurs productions traditionnelles pour des raisons de rentabilité. La capacité de capter, d’intégrer et de stabiliser dans cette nouvelle stratégie des paysans installés depuis des générations dans une culture échappant à tout contrôle est le premier vrai défi auquel sera confronté le Maroc qui doit entreprendre un chantier où sont concentrés des problèmes, écologiques, sanitaires, économiques, sécuritaires et diplomatiques.   

Les ambition des autorités marocaines apparaissent dans le panel des membres de l’exécutif présents à la réunion du 2 juin. Y ont participé le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, de la ministre de l’Économie et des Finances, du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, du ministre de l’Industrie et du Commerce, du ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation, des représentants des autorités gouvernementales en charge de la santé, de l’eau et de l’environnement, ainsi que des Directeurs généraux de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations et de l’Office National de Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires. 

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

ALGÉRIE. UN GROUPE ÉMIRATI SECOND FOURNISSEUR DE BLÉ

Publié il y a

le

Par

Selon le site Africa-influence, le second importateur de blé en Algérie est le puissant groupe émirati Al Ghourair Ressources international qui arrive derrière les pays de l’Union européenne où l’Allemagne occupe la première place ; la France ayant perdu ces dernières années la place privilégiée qui était la sienne. 

L’approvisionnement à partir de l’Inde, grand producteur de blé, étant impossible – New Delhi a interdit l’exportation de son grain depuis l’invasion de l’Ukraine où le consortium émirati avait installé une filiale – ses recherches s’orientent désormais vers l’Amérique du Nord et du Sud pour compenser les quantités impossibles à convoyer après le blocage de la Mer noire.

Al Ghourair Ressources capte notamment les appels d’offre des consommateurs de pays du sud où les pouvoirs sont peu ou prou contrôlés par l’institution militaire. Il est ainsi très présent sur le marché des céréales en Égypte et de son voisin et proche allié le Soudan. Dans ce dernier pays, il a même racheté une minoterie. 

Le marché algérien est une des cibles des Émiratis qui se sont souvent posé en intermédiaires dans plusieurs autres domaines, y compris celui, très sensible, des équipements militaires. Cette coopération a connu un développement soutenu lorsque l’armée algérienne était commandée par le défunt Gaid Salah qui était chef d’état-major et vice-ministre de la défense.    

Partager avec
Continuer la lecture

Économie

FRANCE-ALGÉRIE : RÉCHAUFFEMENT POUSSIF

Publié il y a

le

Par

L’Algérie et la France qui alternent des cycles de tensions et de fugaces rapprochements ne parviennent toujours pas à pérenniser des relations régulièrement chahutées par des considérations politiciennes généralement dictées par l’instrumentalisation du passé colonial. 

Il reste que la réalité économique et technique rattrape souvent ces brouilles ; des domaines de coopération technique ou scientifique ne pouvant être colmatés par le recours à la coopération italienne, allemande ou chinoise. Il en est ainsi du secteur des transport lourdement handicapé par les crises qui ont sévèrement secoué en octobre dernier les rapports entre Alger et Paris.

Ce jeudi, c’est le ministre des transports qui a reçu l’ambassadeur de France à Alger, François  Gouyette pour examiner «  les voies et moyens de renforcer la coopération des deux pays dans le domaine des transports », indique un communiqué du ministère des Transports qui précise que  « Les deux parties ont également examiné les moyens de renforcer la coopération entre les deux pays et l’échange d’expertises en matière de réalisation et d’exploitation notamment le développement de l’infrastructure ferroviaire et du réseau Tramway ».

Pour rappel, ce sont des sociétés françaises qui ont réalisé le métro d’Alger et d’autres vecteurs de transport urbain, notamment dans la capitale. La gestion de l’exploitation du métro avait été confié à la RATP avant que le pouvoir algérien décide de l’en dessaisir. Les problèmes de gestion et d’entretien de ces moyens de transport  handicapent souvent la rentabilité, affectant les usagers qui les empruntent. Pour cet élu de l’assemblée de wilaya d’Alger, « les ruptures contractuelles sont plus souvent dues à des tensions politiques qu’à des considérations économiques et commerciales ».  

On relèvera que de reports en reports, les réunions du comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), perturbées par les secousses politiques, les départements ministériels algériens, en bute à des retards de livraison de matériel, de pièces de rechanges ou à des déficits d’expertise sont réduits à solliciter l’ambassade pour parer aux contraintes les plus urgentes. 

Partager avec
Continuer la lecture

Les plus vus de la semaine

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com