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Économie

DOSSIER COVID. TROISIÈME PARTIE. MAROC. LAHCEN OULHAJ*. PERSPECTIVES D’AVENIR DE L’ÉCONOMIE MAROCAINE

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« La digitalisation de l’économie et des sociétés sera une transformation irréversible ».

Le lourd impact économique et social mondial de la crise actuelle est le résultat direct des mesures prises par les gouvernements, à travers le monde, face à la diffusion mondiale du nouveau virus Corona à la fin du premier trimestre de 2020. L’arrivée de ce virus inconnu a semé la panique partout. Complètement démunis et arbitrant en faveur de la santé publique immédiate aux dépens d’autres considérations, les gouvernements ont décrété presque partout des confinements plus ou moins sévères des populations et les fermetures des frontières nationales ainsi que des services de transport public. Du jour au lendemain, l’essentiel de l’activité économique, nationale et internationale, s’est arrêté. La décision politique a ainsi provoqué un choc brutal d’offre et de demande à la fois. 

Les confinements ont été plus ou moins stricts et plus ou moins longs à travers les pays. L’ampleur et les modalités des mesures prises par les différents gouvernements étaient variables même si les mesures étaient, dans l’ensemble, de natures similaires. Des plans de relance ont été partout adoptés. Ils ne diffèrent d’un pays à l’autre que par leurs ampleurs. Tous les gouvernements essaient de vacciner leurs populations respectives contre covid-19. Les différences ne tiennent qu’au niveau de développement scientifique et industriel et à la présence d’une industrie pharmaceutique avancée. 

Ce qui fera la plus grande différence entre les pays en développement, au lendemain de la crise, est la pertinence des ajustements structurels opérés en vue de la mise en place d’une nouvelle configuration dynamique des structures économiques et d’un nouveau fonctionnement de l’économie nationale se traduisant par une croissance économique rapide et auto-entretenue sur une longue période.

Avant de traiter des ajustements structurels opérés au Maroc, il faut d’abord mesurer l’impact économique et social de la crise et voir quelles mesures immédiates ont été prises par les pouvoirs publics pour faire face à cette crise inédite.

Ce n’est donc qu’après les exposés de l’impact de la crise, des mesures immédiates et des ajustements structurels opérés que le futur probable de l’économie nationale sera abordé.

  1. AMPLEUR DE L’IMPACT DE LA CRISE SANITAIRE

Mesurons cet impact successivement au niveau macroéconomique global, au niveau sectoriel, sur le plan des équilibres macroéconomiques, sur l’emploi, les revenus et le travail, au niveau des grands secteurs sociaux de l’éducation et de la santé, et sur le plan des effets indirects.

  1. Impact macroéconomique global

Un seul chiffre permet d’avoir une idée assez précise de l’ampleur de l’impact économique de la crise sanitaire : Le PIB marocain aurait reculé en 2020 de 6.3% par rapport au niveau de 2019.

En réalité, l’année 2020 n’a pas été au Maroc que l’année de COVID-19. Elle a été aussi une année marquée par une sécheresse terrible, si bien que la production agricole a fortement baissé de ce fait, même si les exportations agricoles se sont assez bien maintenues.

La baisse du PIB a été enregistrée presque partout dans le monde. Le PIB mondial a baissé de plus de 4%, le PIB français de presque 10%, l’espagnol de 11%… Il n’y a que la Chine et le Vietnam (et peut-être l’Égypte) qui ont enregistré des taux de croissance positifs en 2020. La variation de l’ampleur du recul du PIB d’un pays à l’autre s’explique par la structure des exportations de chaque pays.

Voici le graphique d’évolution du taux de croissance annuelle réelle au Maroc, de 1967 à 2019 :

Voici les caractéristiques statistiques descriptives de cette croissance économique :

   Min. 1st Qu.  Median    Mean 3rd Qu.    Max.    NA’s 

 -5.405   2.529   4.392   4.528   7.017  12.373       7

Sur toute la période 1967-2019, la croissance a oscillé entre le minimum de -5.4% et le maximum de +12.37%, avec une croissance moyenne de 4.53% (moyenne arithmétique).

  • Impacts sur les secteurs économiques

2.1. Secteur agricole

Le secteur agricole a été affecté par la sécheresse sans précédent de 2020, après une première sécheresse, moins grave, en 2019. Ainsi, après la baisse de 5.8% de la valeur ajoutée agricole en 2019, la baisse de 2020 a été de 8.6%. Heureusement, la pluie est revenue en 2021 et la récolte des céréales a avoisiné les 100 millions de quintaux cette année.

Mais, il faut dire que les années de sécheresse ne font plus chuter le PIB agricole aujourd’hui, comme par le passé. Les bonnes campagnes agricoles ne se traduisent pas, elles non plus, par des hausses annuelles considérables du PIB total comme par le passé. L’explication de ce lissage relatif se trouve dans la part de l’irrigué dans la production agricole, plus de 1.5 million d’hectares, en plus du recul relatif de la céréaliculture et, de manière générale, de l’agriculture vivrière dans l’agriculture marocaine. Une autre cause de ce lissage relatif, a été la baisse de la part de la valeur ajoutée agricole dans le PIB total, laquelle part n’est plus que de 11 à 15%, selon la campagne agricole.

Voici l’évolution de la croissance de la valeur ajoutée agricole à partir de 1966 :

Voici le tableau descriptif de cette croissance agricole :

   Min. 1st Qu.  Median    Mean 3rd Qu.    Max.    NA’s 

-41.008  -8.579   4.171   5.071  18.290  73.583       6

L’amplitude des fluctuations de la croissance agricole est beaucoup plus grande que celle de la croissance économique totale, entre -41% et +73.58% avec une moyenne de +5.1%. En fait, les fluctuations de la croissance du PIB total s’explique en grande partie par les fluctuations de la croissance agricole. 

2.2. PIB hors agriculture

Hors-agriculture, la croissance du PIB du Maroc est relativement stable, surtout depuis 1980. Voici son graphique pour toute la période :

La croissance économique au Maroc dépend donc de la croissance agricole. Comme les deux séries temporelles de la croissance totale et de la croissance agricole sont stationnaires, nous pouvons régresser la première sur la seconde et obtenir les résultats suivants :

On constate comme on s’y attendait que la régression est de bonne qualité (un R^2 de 0.69 : signifiant que la croissance agricole explique 70% de la croissance totale), le modèle est globalement bon (la p-valeur de la statistique de Fisher est très faible) et les coefficients sont très significatifs. 

La croissance totale est donc égale à 0.143 * croissance agricole + 3.8. Lorsque la croissance agricole est supérieure ou égale à 0, la croissance totale est égale à 3.8% plus 14% de la croissance agricole. La croissance hors-agriculture est donc d’environ 3.8% en moyenne sur la période. Lorsque la croissance agricole est positive, elle vient augmenter le taux de croissance totale, mais seulement de 14% de la croissance agricole. L’accélération de la croissance totale devrait donc viser à augmenter la croissance hors-agriculture. 

En 2020, les activités non agricoles ont vu leur valeur ajoutée reculer de 5.8%. Ces activités non agricoles sont très hétérogènes. Néanmoins, elles ont toutes été affectées par les répercussions de la crise sanitaire. Elles ont toutes, en dehors du commerce de produits alimentaires, subi un coup d’arrêt avec le confinement. Depuis le dé-confinement fin juin 2020, il y a eu reprise plus ou moins rapide des autres activités, à l’exception de celles concernant l’hôtellerie, la restauration, l’événementiel et tout ce qui concerne les voyages et les transports internationaux. Ces activités, lourdement impactées par la crise actuelle, ne commencent à reprendre que depuis juin 2021. 

Les activités industrielles dépendant de l’extérieur, soit pour leurs intrants (comme l’automobile), soit pour leurs débouchés (aéronautique, textiles, engrais, automobile…) ont également payé un assez lourd tribut à la crise. 

Comme les entreprises ont été partiellement fermées et que la demande qui leur est adressée a baissé, les investissements privés se sont contractés et les importations d’intrants et de biens d’investissement ont enregistré une chute en 2020.

  • Impact sur les équilibres macroéconomiques
  1. La stabilité monétaire interne et extérieure n’a pratiquement pas été affectée par la crise sanitaire, bien au contraire. L’indice général des prix n’a augmenté en 2020 que de 0.7%. C’est dire qu’il y a eu en 2020 un net recul du taux d’inflation. La valeur externe du dirham s’est maintenue et s’est même améliorée par moments au cours de l’année 2020.

Concernant la valeur interne du dirham, l’ampleur de la contraction de la demande globale a été supérieure à celle de la baisse de l’offre globale. Si la consommation finale des ménages n’a reculé que de 4.1%, la formation brute du capital fixe a, elle, diminué de 9% et, surtout, les exportations de biens et services ont chuté de 14.3%. Face à ces baisses importantes, la valeur ajoutée totale (aux prix de base) a baissé de 6.1% et les importations de biens et services ont baissé de 12.2%. Globalement, le besoin de financement de l’économie nationale est revenu de -4.1% du PIB en 2019, à -1.8% en 2020. 

  • Pour ce qui est de la valeur externe du dirham, la balance commerciale a enregistré une baisse de 22.8% de son déficit en 2020, dans la mesure où la chute de 14% des importations (de biens intermédiaires, biens énergétiques et de consommation et des biens d’investissement) a été supérieure à celle (-7.6%) des exportations de marchandises. Il est vrai que les recettes touristiques ont connu une chute vertigineuse en 2020, mais les transferts des Marocains résidents à l’étranger ont légèrement augmenté. Au total, les recettes courantes ont baissé de 60 Mds de dirhams, au moment où les dépenses courantes ont chuté de 86.4 Mds de MAD. Cela s’est naturellement traduit par une amélioration du déficit courant, passant de -42 Mds en 2019 à -16 Mds de MAD.
  • Ce qui explique davantage cette stabilité ou amélioration de la valeur externe du dirham, c’est la nette amélioration, en 2020, des réserves de change grâce à l’activation par le Maroc de sa Ligne de Précaution et de Liquidité (auprès du FMI) par son retrait de 3 Mds de dollars (remboursables sur 5 ans, avec une période de grâce de 3 ans), le 7 avril 2020. Le Maroc a d’ailleurs remboursé, le 21 décembre 2020, de manière anticipée, près d’1 Md de ce montant. 
  • Le déficit budgétaire a enregistré une dégradation importante en passant de 3.5% en 2019 à 7.5% du PIB, en 2020. L’arrêt de l’activité économique, puis sa lente reprise a eu pour conséquence un net recul des ressources ordinaires du budget de l’État. Ce même facteur a entraîné la distribution d’aides à la population affectée. D’un côté, diminution des recettes (de plus de 10%) et de l’autre augmentation des dépenses (de 4%). Cela s’est traduit par cette détérioration de l’équilibre du budget général.

      Il est vrai qu’il y a eu aussi ralentissement des investissements publics et des dépenses de subvention au gaz à cause du faible niveau des prix des hydrocarbures durant la crise et la contraction de la demande mondiale de ces produits. Mais, l’aggravation du déficit budgétaire ordinaire a dégagé un besoin plus élevé de ressources exceptionnelles. En effet, l’endettement public a fortement augmenté durant 2020. Ainsi, la dette publique extérieure a augmenté de 34 Mds de dirhams, soit une croissance de 10%. L’encours de cette dette est ainsi passé de 29.5% en 2019 à 35% du PIB en 2020. La part du Trésor dans cette dette est passée de 47.5% en 2019 à 53.3% en 2020. Il faut noter, à propos, que le Maroc a tout de même profité des taux bas d’intérêts du les marchés financiers internationaux.

       L’endettement public global, interne et externe, Trésor, entreprises publiques et collectivités territoriales, aurait augmenté de 80.5% en 2019 à moins de 92% en 2020. L’endettement global du Trésor a été de 77.4% du PIB en 2020. La situation de l’endettement s’est dégradée, mais elle est loin d’être catastrophique, puisque les taux d’endettement des pays européens partenaires du Maroc ont dépassé en 2020 les 100% de leurs PIB respectifs.

  • Impact sur l’emploi, les revenus et le travail

On vient de voir qu’au niveau des équilibres macroéconomiques, ce sont les finances publiques qui ont été le plus gravement affectées par la crise sanitaire, avec l’aggravation du déficit budgétaire et l’alourdissement de l’endettement public. Le volet social de ces équilibres a été lourdement impacté par la crise : chute de l’emploi et aggravation du chômage et perte ou diminution de revenus. 

Le HCP (Haut Commissariat au Plan) a estimé que 432000 emplois ont été perdus du fait de la crise et de la fermeture partielle ou définitive d’entreprises. Le Ministère du Travail affirme que parmi ces personnes ayant perdu leurs emplois, 100 mille n’avaient pas encore retrouvé d’emploi à la fin de 2020. Le taux de chômage a grimpé de 9.2% en 2019 à près de 11.9% à la fin de 2020, soit une augmentation de 2.7 points. Le nombre de personnes au chômage a augmenté de 29% en 2020, passant de 1.107 à 1.429 million, augmentant ainsi de 322 mille, essentiellement en milieu urbain et parmi les jeunes, les femmes et les diplômés de l’enseignement supérieur.

Le nombre de défaillances d’entreprises s’est situé en 2020 à 6612, en baisse de 22% par rapport à 2019. C’est que beaucoup d’entreprises ont été aidées en 2020 et sont donc restées sous perfusion. On sait, par exemple, que les entreprises du secteur de tourisme déjà évoqué sont restées inactives depuis mars 2020 jusqu’en juin 2021. On parle de 90% des hôtels fermés et de 16% des entreprises de tous les secteurs en veilleuse.

Les 5 secteurs les plus affectés par ces défaillances ont été le commerce, les BTP, l’immobilier, le transport et les industries manufacturières. L’axe Casablanca-Tanger concentre 47% de ces défaillances. Les délais de paiement ont été en hausse de 60 jours en 2020.

Cette baisse de l’activité économique n’a évidemment pas manqué d’entraîner une baisse des revenus de la population majoritaire du secteur privé. La perte d’emploi signifie perte de revenu ou, au moins, baisse importante de revenu. Cela peut se mesurer au niveau macroéconomique par la baisse de 4.1% des dépenses de consommation finale des ménages en 2020.

Un autre effet de la crise a été le développement prodigieux du travail à distance. Plusieurs administrations et institutions ont été contraintes de s’organiser de manière à poursuivre leurs activités tout en évitant les groupements de leurs agents. Il y a eu des réussites indéniables à ce niveau. Mais, les réseaux des télécommunications ont été saturés, le débit et la puissance d’Internet se sont avérés insuffisants. Il est vrai que des câbles intérieurs et extérieurs ont été posés ou remplacés. Mais, la demande a aussi porté sur des applications de visioconférence qui ne pouvaient pas être nationales. Les grandes entreprises internationales du Net ont profité à bloc de la crise sanitaire. Il appartient aux pays en développement d’investir dans le secteur et d’innover dans ce domaine pour capter une partie de cette activité qui est appelée à se développer dans le futur.

  • Impact sur les services d’éducation et de santé

Deux secteurs sociaux ont subi de plein fouet la crise sanitaire et les effets des mesures prises par les pouvoirs publics dans le but d’y faire face. La santé était aux premières loges, mais l’éducation a directement souffert des restrictions et des fermetures pures et simples des établissements scolaires et universitaires.

  1. Santé : La crise de 2020-21 a d’abord été sanitaire. Lorsqu’on est infecté par le virus, on se tourne vers les services de santé et vers le médecin. Le Maroc découvre ainsi à quel point il n’a pas développé son système de santé. Il découvre l’insuffisance des équipements, des infrastructures, et des ressources humaines, médicales et paramédicales, dans le secteur.

La mobilisation générale des services publics, comme du secteur privé, a tout de même paré au plus pressé et la catastrophe a pu être évitée. A ce jour (20 juin 2021), il y a eu, au Maroc, 526 mille cas d’infections COVID-19, contre 178 millions dans le monde et 9237 décès contre 3.86 millions dans le monde. 

  • Éducation et formation

L’éducation et la formation ont été bouleversées par la crise actuelle. D’un jour à l’autre, l’enseignement a été contraint de passer du mode présentiel au mode distanciel (à travers la télévision scolaire et Internet). Les infrastructures étant insuffisantes et les solutions techniques pour un enseignement de masse et pour une évaluation satisfaisante de masse n’étant pas au point, la proportion des élèves ayant décroché est très importante pour que l’on ne conclut pas que l’année 2019-2020 a été sérieusement perturbée et que la formation d’une promotion entière a été fortement marquée par cette crise.

  • Effets indirects de la crise sanitaire

Il a déjà été précisé que la réponse immédiate des gouvernements à l’arrivée du nouveau coronavirus a souvent été le confinement de l’ensemble de la population, durant de longues semaines. Le Maroc n’a pas échappé à la règle et le confinement strict de la population et l’interdiction de sortir du domicile, sauf pour raisons impérieuses, ont duré du 22 mars 2020 au 25 juin de la même année, date de la reprise des activités économiques et de la fin du confinement au domicile. Mais, les déplacements inter-villes sont restés interdits, notamment pour Casablanca, jusqu’à récemment.

Ce long confinement n’a pas manqué de produire des effets psychologiques plus ou moins graves sur tout le monde, de provoquer des tensions conjugales, d’accroître la violence à l’égard des femmes et des enfants. Le confinement a certainement détruit beaucoup de foyers. La preuve en a été le nombre de divorces prononcés au lendemain du dé-confinement. Au seul tribunal de la famille de Casablanca, il y a eu augmentation de 20 à 30% par rapport à la même période en 2019.

Les femmes, les enfants et les jeunes privés d’école et des lieux de loisirs ont payé le plus grand tribut à cette crise sanitaire.

D’autres effets ont été provoqués par cette crise inédite. Par exemple, des associations des droits humains considèrent qu’il y a eu régression sur le plan du respect des libertés publiques par les autorités.

  1. REACTIONS IMMEDIATES DES POUVOIRS PUBLICS

Les premières mesures prises par les pouvoirs publics pour faire face à la crise ont été de décréter l’état d’urgence sanitaire, de créer un fonds COVID de solidarité pour aider les personnes affectées, de mettre en place des mesures à caractère fiscal et de procéder à la digitalisation de services publics. Ces multiples mesures étant connues, contentons-nous d’un rappel très succinct.

  1. État d’urgence sanitaire et mobilisation générale

Le gouvernement du Maroc a pris, le 23 mars 2020, un décret-loi déclarant l’état d’urgence sanitaire traduit par un ensemble de restrictions sévères aux déplacements et aux regroupements, le port de masque, fermetures des frontières nationales et des établissements de toutes sortes d’activités collectives… Un Fonds spécial pour la gestion de l’épidémie de Covid-19 avait été créé par un décret du 16 mars 2020 sur instructions du Roi. Ce Fonds spécial avait collecté près de 35 Mds de dirhams. 

En plus, dans le cadre de cet état d’urgence sanitaire, des mesures exceptionnelles ont été prises en faveur des entreprises par le Comité de Veille Économique (CVE), la Direction Générales des Impôts (DGI) et le Ministère de l’Économie et des Finances : mise en place du mécanisme de garantie “DAMANE OXYGENE” et d’une Circulaire destinée aux Établissements et Entreprises Publics (EEP). L’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) a émis des recommandations en matière de communication financière aux émetteurs pour faciliter la circulation de l’information.

En faveur des salariés, la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNSS) a fixé les modalités d’octroi de l’indemnité forfaitaire à leur profit tandis que les compagnies d’assurance ont pris des mesures en faveur desassurés.

En faveur des employés du secteur informel, des aides ont été distribuées à travers les TIC.

Des mesures ont également été prises pour faciliter la relation employeur-employé par le Ministère concerné qui a publié un guide à ce sujet.

Des mesures temporaires de régulation de matériels essentiels à l’endiguement de l’épidémie de Covid-19 (masques, solution hydro-alcoolique…) ont été prises par le Ministère de l’Économie et des Finances et par le Ministère de l’Industrie et du Commerce.

Une loi de finances rectificative pour tenir compte des effets de la crise sur les finances publiques a été votée au parlement et publiée au Bulletin Officiel le 25 juillet 2020.

Les pouvoirs publics ont également aménagé de grands espaces couverts pour accueillir des masses de personnes infectées, mais une telle catastrophe ne s’est pas produite. De même, ils se sont vite mis d’accord avec les autorités chinoises pour que le Maroc participe aux essais cliniques du vaccin Sinopharm (de Pékin) et ont passé, dès la fin de l’été 2020, deux commandes de vaccins Sinopharm et Astra-Zeneca pour assurer la vaccination complète de 25 millions de Marocains et au-delà.

Le secteur privé s’est mobilisé pour participer à l’élan de solidarité à travers le Fonds spécial Covid-19 et aussi pour remettre des entreprises en veilleuse au travail afin de produire la solution hydro-alcoolique et les masques. Plusieurs initiatives privées ont été encouragées pour fabriquer des respirateurs, des applications numériques utiles dans le contexte et, dernièrement, un test de dépistage de covid-19.

  • Mesures financières, monétaires et sociales

Pour soutenir l’économie marocaine et accompagner les entreprises et les salariés à surmonter la crise actuelle, plusieurs mesures sont prises au fur et à mesure de l’évolution de la situation. Il serait fastidieux de dresser la liste de ces nombreuses mesures prises par le CVE, le Ministère des Finances et de l’Économie, le Ministère de l’Industrie et du Commerce, la CNSS, les différentes caisses de retraite, les autorités monétaires… Toutes ces mesures ont visé à reporter les échéances des entreprises concernant les impôts, les charges sociales et les crédits, à accélérer les règlements et à réduire les délais administratifs, à distribuer des aides, des indemnités, des allocations…, et à garantir et faciliter les crédits bancaires (de trésorerie) tout en en réduisant les coûts.

  • Digitalisation de services publics

La digitalisation des services publics n’a pas attendu la crise de COVID-19 pour être déclenchée. Le paiement de la vignette automobile a été digitalisé depuis 2016 et la dématérialisation complète pour l’IS et pour la TVA avait été prévue pour 2017 par la Direction Générale des Impôts (DGI). L’Agence de Développement du Digital a été mise en place en 2017. Placée sous la tutelle du Ministère de l’Industrie et du Commerce, elle a pour mission de «de mettre en œuvre la stratégie de l’État en matière de développement du digital et de promouvoir des outils numériques et le développement de leur usage auprès de l’administration, des entreprises et des citoyens. »

Selon le rapport de la DGI pour 2019, « 86% de la recette brute globale (hors TSAV) recouvrée par la DGI a été télé-payée, soit 129,9 millions de DH via plus de 7 millions d’opérations ».

Cela dit, la crise sanitaire actuelle a fait faire à la digitalisation de l’économie et de la société un saut considérable.

  1. POLITIQUES D’AJUSTEMENTS STRUCURELS

La crise est le moment où l’ancien commence à s’éclipser ou à être chassé et le nouveau commence à pointer avant de s’installer définitivement et annoncer la prochaine phase d’expansion et la fin définitive de l’ancien. Il est vrai que la crise économique et sociale actuelle n’avait pas été provoquée par des facteurs économiques. Elle n’est pas économique dans ses causes. Elle n’est économique et sociale que par ses effets. Il n’empêche que toute crise devrait être un moment de réexamen de conscience, pour tirer des enseignements, non seulement de la crise elle-même, mais de ce qui n’allait pas bien. C’est le « bon » moment pour procéder à des restructurations qui n’auraient pas été acceptées en temps normal.

C’est ainsi que tous les pays, des États-Unis d’Amérique aux pays européens, ont mis de côté les règles de gestion macroéconomique qui étaient des dogmes avant la crise. Les vannes des budgets étatiques et des banques centrales ont partout été ouvertes. L’endettement public a explosé, sans états d’âme. Les discours économiques nationalistes et protectionnistes sont revenus sur le devant de la scène. Le discours sur les activités stratégiques et de souveraineté ne sont plus l’apanage des nationalistes réactionnaires. L’intérêt national avant tout est devenu le leitmotiv de presque tous les gouvernements, y compris dans la campagne de vaccination.

  1.  Révision d’un accord de libre-échange

Le Maroc avait accueilli en 1994, à Marrakech, la conférence qui a transformé le GATT en Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dont il est membre fondateur.

Le Maroc avait signé des accords de libre-échange avec l’Union Européenne en 2000, les USA et la Turquie en 2006, les pays de l’accord d’Agadir en 2007 (Tunisie, Égypte et Jordanie), les Émirats Arabes Unis (en 2001) et les pays de la ZLECAf (Zone de libre échange continentale africaine). La ZLECAf est un processus continental de long terme (horizon de 2063). Le Maroc envisageait d’autres accords de libre-échange avec le Canada et la Chine.

Si les accords de libre-échange avec les pays industriels permettent au Maroc de s’équiper et d’augmenter ses exportations, ceux signés avec les pays en développement similaires au Maroc ont eu un bilan globalement négatif, les importations de produits que le Maroc a les moyens de produire ayant augmenté beaucoup plus vite que les exportations vers ces pays. Le marché marocain des produits de consommation finale a été littéralement inondé par les importations de faible niveau technologique de Turquie et d’Égypte, alors que lorsque le Maroc a commencé à exporter les voitures produites à Tanger, les portes des marchés égyptien et tunisien n’ont pas été ouvertes aisément.

Il faut dire que les facilités accordées aux importateurs et le climat des affaires pour les producteurs nationaux peu favorables ont favorisé la fermeture d’unités nationales de production et la transformation de producteurs en importateurs. D’où un transfert d’emploi vers l’extérieur et un alourdissement du déficit commercial.

La crise actuelle a mis à nu cette situation. Des appels ont été lancés pour réviser les accords de libre-échange et favoriser la production nationale des produits grevant la balance commerciale et la balance de l’emploi. Les autorités n’ont pas été sourdes. Une révision de l’accord de libre-échange avec la Turquie a été effectuée (rétablissement de droits de douane à l’équivalent de 90% du régime commun sur une liste de 1200 produits, essentiellement des produits de textile et habillement, le cuir, l’automobile, la métallurgie, le bois et l’électricité), entrée en vigueur en mai 2021, et une banque de projets industriels de substitution aux importations a été mise en place. 

  • Stratégie de restructurations industrielles

En réalité, le Maroc s’est engagé dans une voie de transformation structurelle de son industrie depuis déjà plusieurs années. Un « plan d’accélération industrielle 2014-2020 » avait été mis en place en vue d’accélérer la transformation industrielle. Ce plan comporte 10 séries de mesures :

  1. Création et animation des écosystèmes ;
  2. Compensation industrielle (retombées de la commande publique) ;
  3. Accompagnement de l’informel vers le formel ;
  4. Qualification des ressources humaines (capital humain) ;
  5. Amélioration de la compétitivité des PME ;
  6. Outils d’intervention financiers (fonds de développement industriel) ;
  7. Infrastructures accessibles en location (plateforme industrielle) ;
  8. Intégration du royaume à l’international ;
  9. Instaurer la culture du « deal making » pour les IDE ;
  10. Amplifier la vocation africaine (co-investissement, co-développement, hub Casa-Finance.

Ce qui est nouveau dans ce domaine et qui peut être considéré comme une retombée de la crise sanitaire, c’est la réorientation vers le développement de la substitution à l’importation. C’est ainsi que le Ministère de l’Industrie et du Commerce, MCINET, avait donc lancé, en septembre 2020, dans le cadre du Plan de relance industriel 2021-2023, une banque de projets industriels de substitution à l’importation. Cette banque dispose, début juin 2021, de 523 projets industriels validés, représentant « un potentiel de 35.5 milliards de DH d’importation ». 

« Au total, 73 nouveaux projets d’investissement d’un montant global de 2.8 milliards de DH ont été signés. » Ces nouveaux projets concernent 8 régions (sur 12) du pays. Ils permettront la création de 10600 emplois dans 10 secteurs industriels. Ils représentent un potentiel d’exportations de 1.4 milliard et 4.1 milliards d’importation. 

Ces projets d’investissements concernent le textile (22 projets), la chimie et parachimie (17), l’agro-alimentaire (15), la plasturgie (6), les industries mécaniques et métallurgiques (5), matériaux de construction, mobilité et transport, cuir, électronique, économie circulaire…

De même, à la faveur de l’évolution de l’attitude de la communauté internationale à l’égard des usages industriels, médicaux, pharmaceutiques et cosmétiques du cannabis, le parlement marocain vient d’adopter une loi visant à développer une telle filière au Maroc, en légalisant et réglementant la culture et la transformation du cannabis. Des investissements nationaux et internationaux seront encouragés dans ce domaine. L’industrie pharmaceutique nationale (forte de 43 entreprises) semble mobilisée à cet effet. 

  • Politiques monétaire et budgétaire

Avant la crise actuelle, le Maroc était engagé, depuis janvier 2018, dans un processus de flexibilisation de la monnaie nationale. La première phase avait été achevée avec succès et il était question de passer à la deuxième phase qui élargit la bande de fluctuation de la valeur du DH (laquelle bande avait été fixée à 5% depuis janvier 2018) de la valeur du DH. Dans son nouveau rapport sur le Maroc, achevé le 3 décembre 2019, le FMI appelle les autorités à accélérer la réforme du régime de change considérant que toutes les conditions étaient réunies pour cet élargissement de bande et que cela était à même d’aider le pays à accélérer sa croissance et à renforcer sa compétitivité.

Le 9 mars 2020, les autorités monétaires accèdent à la demande du FMI en élargissant la bande de fluctuation du dirham de 5 à 10%. A peine quelques jours après, l’économie marocaine est entrée dans une crise sans précédent. Les priorités des autorités monétaires ne pouvaient que changer radicalement.

Concernant la valeur intérieure de la monnaie, la gestion de la Banque centrale a toujours été orthodoxe et s’est toujours refusée à adopter des mesures expansionnistes. Le taux d’inflation est resté bas depuis la sortie du programme d’ajustement structurel des années 1980. A la veille de la crise actuelle, le taux d’inflation était inférieur à 2%, d’où les recommandations du FMI d’accélérer la flexibilisation du dirham. 

La chute de la demande globale provoquée par l’arrêt, puis la lente reprise de l’activité économique, a fait passer l’« inflation » au niveau de 0.7% en 2020. Pourtant, les autorités monétaires ont réagi à la crise en prenant un arsenal de mesures visant la facilitation et l’encouragement du crédit bancaire. Mais, n’emprunte que celui qui a les moyens de rembourser, celui qui a un carnet de commande garni ! En effet, seuls 16% des entreprises ont bénéficié des facilités accordées par le système bancaire sous l’impulsion de la Banque centrale. Cette dernière a refusé d’aller jusqu’à mettre en œuvre la planche à billets. 

Durant l’été 2020, le Roi avait annoncé un plan de relance économique comportant 120 milliards de DH, soit près de 11% du PIB. La ventilation annoncée de cette enveloppe par le Ministère des finances est 75 milliards de garanties des crédits bancaires au profit des entreprises selon différents mécanismes mis en place en 2020 et 45 milliards d’investissements de restructuration industrielle et économique. Un Fonds Mohammed VI d’investissements stratégiques a été créé à cet effet. En juin 2021, ce Fonds n’est pas encore opérationnel, la crise sanitaire ayant été plus longue que prévu. 

  • Généralisation de la protection sociale

Une des mesures phares décidées par le Roi durant l’été 2020, comme réaction à la crise, mais aussi pour mettre en place un nouveau modèle social pour servir de base solide à un développement économique et social inclusif, est la décision de généralisation de la protection sociale.

A la suite du discours royal, un Conseil des ministres a adopté le 11 février 2021 un projet de loi-cadre sur la protection sociale. Ce projet a été voté par la Parlement un mois après. Le 14 avril 2021, le Roi lance la mise en œuvre du chantier avec la signature des conventions y afférentes. 

Ce grand chantier structurant comporte :

– La généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), à fin 2022, au profit de 22 millions personnes supplémentaires qui bénéficieront d’une assurance couvrant les frais de traitement, de médicaments et d’hospitalisation.

– La généralisation des allocations familiales durant les années 2023 et 2024 au profit des familles qui n’en profitent pas selon les textes en vigueur. Ces familles bénéficieront selon le cas d’indemnités forfaitaires ou d’indemnités de protection des dangers relatifs à l’enfance (déperdition scolaire) ciblant 7 millions d’enfants en âge de scolarité.

– L’élargissement de la base des adhérents aux régimes de retraite pour inclure environ 5 millions de personnes qui exercent un emploi et ne bénéficient d’aucune pension à horizon 2025.

– La généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi durant l’année 2025 pour couvrir toute personne exerçant un emploi stable.

Le coût annuel de cette réforme sera de 51 milliards de DH dont 23 proviendront du budget général de l’État et 28 des contributions des partenaires sociaux : 14 Mds pour l’AMO (dont 8.5 du budget général), 20 Mds pour les allocations familiales (dont 14.5 du BG), 16 Mds pour la retraite et 1 Md pour l’IPE.

  • Réforme du secteur de la santé

Il a été déjà dit que la crise sanitaire actuelle a montré, entre autres, le très insuffisant niveau de développement du secteur de la santé au Maroc, à tous les points de vue (Infrastructures, équipements et ressources humaines). On pouvait déjà auparavant constater que les tentatives étatiques d’extension de l’assurance maladie se heurtaient à l’insuffisance de l’offre de soins. Puis, il s’est avéré que la décision de généraliser la protection sociale et, notamment son important volet concernant la couverture médicale, ne peut point réussir dans l’état actuel du secteur de la santé. D’où le lancement d’un projet de réforme pour accompagner le processus de généralisation de la protection sociale.

 Cette réforme vise la création d’instances de gestion et de gouvernance, à savoir l’instance supérieure pour la législation intégrée de la santé, les agences régionales de santé et les groupements territoriaux de santé. Il y aura donc création d’une fonction publique de santé. Il s’agira de valoriser les ressources humaines, de renforcer l’investissement étranger pour développer l’infrastructure et l’équipement, de corriger les inégalités territoriales en appuyant la dimension régionale, d’instaurer le principe de l’égalité de traitement entre les médecins marocains et leurs confrères étrangers …

  1. PERSPECTIVES DE L’ECONOMIE MAROCAINE : ATOUTS ET SERVITUDES

La crise sanitaire mondiale, qui s’est déclarée à la fin du premier trimestre de 2020, semble devoir se prolonger jusqu’à la fin de 2021, au moins. Pour les transports aériens et pour le tourisme international, le retour à la normale prendra beaucoup plus de temps.

Au milieu de 2021, les prévisions de croissance pour l’année et pour les différents pays, ne permettront pas d’effacer la forte contraction du PIB de 2020 pour retrouver le niveau antérieur à la crise. On prévoit ainsi, pour 2021, le taux de croissance annuel de 4.3% pour l’ensemble des pays de l’OCDE (3.3 pour l’Allemagne, 5.8 pour la France et 5.9 pour l’Espagne). Pour le Maroc, la Banque centrale prévoit un taux de 5.3%. La Banque mondiale prévoit 4.6% et le FMI prévoit 4.5%. Ces prévisions sont en augmentation depuis le début de l’année. 

Concernant l’évolution sectorielle au Maroc, il a déjà été précisé que la campagne agricole de 2021 a été excellente. Le secteur de la pêche semble aussi bien évoluer. 

Pour le secteur secondaire, le secteur minier a bien évolué au premier trimestre de l’année avec un taux de croissance de 6.3%, l’énergie électrique également avec une croissance de 5.4%, le secteur des BTP a crû au taux de 25.4% à fin mai 2021, l’industrie manufacturière n’a crû que de 0.9% au T1, bien que le taux d’utilisation des capacités ait bondi de 10 pts à fin avril et les exportations industrielles se sont bien comportées.

Pour le secteur tertiaire, le secteur touristique connaît toujours de sérieuses difficultés après la chute brutale des recettes de voyages de 2020. A fin avril 2021, la chute a été de près de 66%. Le transport aérien a enregistré une baisse de 70.2%. L’ouverture des frontières aériennes à partir du 15 juin 2021, apportera des améliorations à ce niveau. Mais, l’année 2021 sera à ce niveau bien en-deçà du niveau de 2019.

Le retour aux niveaux d’avant la crise se fera attendre, au moins, jusqu’en 2022, selon l’évolution actuelle. Il ne faut jurer de rien en économie, tellement la marge d’erreur est considérable.

Pour l’évolution à moyen et long terme, le Maroc devra rétablir assez rapidement les équilibres macroéconomiques impactés négativement par la crise. Pour cela, il faudra retrouver des taux de croissance élevés. Cela permettra d’augmenter les ressources budgétaires, de rembourser la dette et d’investir dans des secteurs d’exportation, mais aussi dans le capital humain pour augmenter la productivité et la compétitivité de l’économie marocaine. Avec une croissance molle, l’économie aura des difficultés à faire face au service de la dette. Il ne pourra pas être possible d’assurer l’investissement nécessaire et très vite on sera dans la situation du début des années 1980, laquelle situation avait nécessité une réduction drastique des dépenses sociales et d’investissement, et le rétablissement des équilibres avait nécessité près d’une décennie. 

Nous savons que c’était ce rétablissement des équilibres macroéconomiques au début des années 1990 qui avait permis une croissance économique assez vigoureuse jusqu’en 2010, pour retomber ensuite à un pallier moins élevé. 

Pour rétablir assez rapidement les équilibres macroéconomiques et retrouver des niveaux de croissance élevés pour de longues années, l’économie marocaine ne manque pas d’atouts :

  • Des infrastructures d’un bon niveau en amélioration constante ;
  • Un secteur financier relativement solide en internationalisation croissante ;
  • De bons choix en matière des énergies renouvelables et de l’eau avec de nouvelles solutions en cours de développement ;
  • Un nouveau repositionnement géostratégique du Maroc prometteur après la réorientation vers l’Afrique Subsaharienne.

Le nouveau repositionnement géostratégique du Maroc peut apporter beaucoup d’IDE et de haute technologie. Mais, le pays devrait prendre plus au sérieux la question du capital humain et de l’environnement pénalisant pour l’entreprise, bien que le climat des affaires vu de l’extérieur s’est nettement amélioré ces dernières années. 

Rappelons brièvement ces atouts, avant d’évoquer ces relatives servitudes.

  1. Niveau d’infrastructures en amélioration

Le Maroc dispose aujourd’hui s’un réseau autoroutier assez important : l’autoroute va de Tanger à Agadir et d’Oujda à Rabat et arrive à Beni-Mellal. Une voie express ira de Tiznit à Dakhla et au-delà. Elle est déjà arrivée à Essaouira. Il faudra développer, dans l’avenir d’autres axes autoroutiers pour arriver à Ouarzazate et Errachidia, creuser des tunnels pour traverser les Atlas.

Le TGV qui va de Tanger à Casablanca a été une réussite. Il est prévu qu’il arrive jusqu’à Agadir. L’expérience des tramways de Rabat et Casablanca en extension continue ont favorablement transformé ces deux villes. Leur extension dans ces deux villes devrait être plus rapide et ces expériences devraient bénéficier aux autres grandes villes du Maroc.

Le Maroc est entré dans une nouvelle ère depuis qu’il a construit le grand port de Tanger Med, vis à vis du port d’Algésiras et à côté de Sebta occupée. Il est en train de construire un grand port à Nador à côté de la ville occupée de Mellilia. Un autre port d’une grande importance stratégique est celui de Dakhla atlantique qui couvrira une zone portuaire de 650 ha. Il s’agit d’un mégaprojet structurant pour le renforcement de la vocation africaine du pays et pour le développement économique des provinces du sud du Maroc. Les études relatives au projet ont été achevées et un appel d’offres de construction avait été lancé en 2020 et a été remporté en avril 2021 par le groupement SGTM-Somagec Sud. 

« Doté d’une conception évolutive et extensible, ce projet portera sur la réalisation d’un port en eaux profondes sur la façade Atlantique de la région de Dakhla-Oued Eddahab, selon trois composantes : un port de commerce à une profondeur de -16 m/zéro hydrographique, un port dédié à la pêche côtière et hauturière, et un port dédié à l’industrie navale » (selon Aujourd’hui le Maroc).

Un autre projet, non moins structurant et relatif à la vocation africaine de l’économie marocaine est le grand projet de gazoduc Nigéria-Maroc dont l’idée remonte à la visite royale au Nigéria en 2016. Aujourd’hui, l’étude de faisabilité de ce projet qui sera bénéfique pour tous les pays de la CEDEAO est achevée et la décision finale de financement est en cours de validation (au 23 juin 2021).

Le niveau de développement des télécommunications est élevé et l’opérateur historique, Maroc Telecom est désormais présent, à travers ses filiales et participations, dans 10 pays de l’Afrique de l’Ouest. Selon l’ANRT, le Maroc comptait en 2019 46.6 millions de lignes de téléphonie mobile, le taux de croissance du parc était de 4.3% et le trafic de données Internet augmentait annuellement de 30%. Le nombre de lignes Internet avait atteint 25.3 millions.

La crise sanitaire a amplifié la digitalisation de l’économie et de la société. Le Maroc devrait améliorer le débit d’Internet en généralisant la 5G et en renforçant les installations, mais aussi l’équipement des ménages. Une production d’ordinateurs à la portée des petites bourses devrait être mise en place.

  • Un secteur financier relativement solide

Le Maroc dispose d’un secteur bancaire moderne et solide. Le taux de bancarisation a été amélioré de manière significative depuis la création de Barid Bank. Les banques marocaines sont présentes dans plusieurs pays, à travers des succursales dans des pays industriels et des filiales dans plusieurs pays africains. Il n’empêche que le caractère oligopolistique de ce secteur n’est pas à même de favoriser la concurrence avec l’amélioration de la qualité des services bancaires et la diminution des coûts, même si des efforts importants ont été fournis dans ce sens. 

Le secteur des assurances du Maroc est également à un niveau de développement élevé par rapport aux pays comparables au Maroc. Les assurances du Maroc ont également investi à l’extérieur du pays. On peut se féliciter de la mise en place, en 2016, de l’Autorité de contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale (ACAPS). Une implication des assurances dans l’investissement industriel devrait être favorisée, afin de contribuer à la transformation structurelle de l’industrie marocaine pour plus d’exportations de haute technologie.

Un autre atout concernant le système financier marocain est Casablanca Finance City (CFC) qui vise à attirer les entreprises financières internationales et à faire de Casablanca un hub financier régional en Afrique. En 2019, Casablanca Finance City est classée 22ème place financière mondiale dans le rapport GFCI 25 (elle était 62ème en 2014).

  • Traitement des questions énergétique et hydrique

Selon l’Agence marocaine des énergies renouvelables (Masen), le bilan des réalisations et des projets en cours à fin 2019 a été que la puissance installée s’élève à 3.685 MW, dont 700 MW pour le solaire, 1.215 MW pour l’éolien et 1.770 MW pour l’hydroélectrique. En 2019 donc, aucune nouvelle capacité n’a été ajoutée, sachant que l’objectif est d’atteindre en 2020 une puissance de 6.000 MW. Cela dit, plusieurs projets solaires et éoliens étaient en cours de réalisation ou de lancement. Selon l’Agence, les capacités engagées en 2020 auraient été en ligne avec les objectifs annoncés, l’objectif étant de porter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique national à 42% en 2020 et à 52% à l’horizon 2030. Le Roi a appelé à réviser cet objectif à la hausse en pointant (en octobre 2020) des retards dans l’exécution.

L’objectif de 42% en 2020 n’avait pas été atteint, puisque la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique s’est située à 35% (contre 33% en 2019). Il faut donc accélérer dans la réalisation et œuvrer pour renforcer l’intégration de ces énergies renouvelables dans l’économie marocaine à travers le développement de filières industrielles de production d’équipements et d’intrants pour ces énergies renouvelables ainsi que pour la production de services de maintenance et d’entretien. Un institut de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique a été créé en décembre 2020 et inauguré en février 2021. Dans l’indice international de protection du climat 2021 de German Watch, le Maroc s’affiche parmi les pays en tête de liste en occupant la 7ème position sur 57 pays.

Évidemment, les objectifs du Maroc en la matière, devraient être d’assurer l’indépendance du pays en matière d’énergie et la production d’une énergie « propre » et bon marché pour renforcer la compétitivité de ses entreprises et de ses produits à l’export. La production locale d’énergie et de tout ce qui est lié à cette production est également à même de créer de l’emploi.

Par ailleurs, un accord germano-marocain sur l’hydrogène, a été signé à Berlin en juin 2020. Cet accord prévoit que la RFA soutienne le Maroc dans la construction d’une usine de production d’hydrogène vert. Des fonds à hauteur de 300 millions d’euros ont déjà été promis à cette fin et devraient permettre à l’Allemagne d’acheter de l’hydrogène vert au Maroc dans le futur. Il faut tout de même noter que les relations diplomatiques des deux pays connaissent en 2021 une crise qui risque de se prolonger jusqu’après le remplacement de la Chancelière Merkel en septembre 2021.

Pour ce qui est de la question hydrique, le Maroc a adopté, sans discontinuer, une stratégie de construction de grands barrages, depuis 1945.  Début 2020, le Maroc dispose de 145 grands barrages ainsi que de 255 barrages collinaires. En 2021, il y a eu lancement de 5 nouveaux grands barrages avec une enveloppe budgétaire globale de 4.8 Mds de DH et une capacité de 525 millions de m^3. Cela portera la capacité de retenue des barrages à 6.8 milliards de mètres cubes, au moment où le pays aspire à porter cette capacité des barrages au terme du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-27 à 27 milliards. Le pays disposera à cet horizon de 179 barrages.

A côté des grands barrages et toujours dans le cadre de ce programme national d’approvisionnement en eau pour atténuer le stress hydrique, le Maroc a lancé des projets importants de dessalement de l’eau de mer. « Des stations dédiées sont lancées dans les régions les plus impactées par la sécheresse. Ainsi, des stations ont vu le jour à Laâyoune, Boujdour, Tan-Tan et Akhfenir. D’autres sont en projet comme celles de Dakhla, Safi, Al Hoceima, Agadir ou Casablanca. La station de Casablanca aura une capacité de production de 300 millions de m^3 et alimentera en eau potable la métropole et sa région, soit une population cible de 7,4 millions d’habitants qui passera en 2030 à près de 9 millions. » Le Maroc vise en la matière une capacité de production d’1 milliard de m^3. 

Si la nécessité du dessalement de l’eau de mer est indiscutable, il conviendrait d’assurer le caractère vert des technologies utilisées et l’intégration du processus de dessalement de l’eau à travers le traitement de ses sous-produits et la production locale des équipements et techniques nécessaires ainsi que de leur entretien et maintenance. 

  • Un nouveau repositionnement géostratégique prometteur

Traditionnellement, le Maroc entretenait l’essentiel de ses échanges économiques avec l’Europe et, notamment, avec la France, puis avec l’Espagne devenue premier partenaire commercial depuis 2012. L’essentiel de ces échanges passait par le port de Casablanca.

Le Maroc a effectué un premier repositionnement géostratégique dans deux directions : celle de la Méditerranée à travers la construction, au début du présent siècle, un hub logistique mondial autour du port Tanger Med, puis à travers la réorientation des activités économiques d’investissement et de production vers l’Afrique Subsaharienne.

Le hub de Tanger Med « est connecté à plus de 180 ports mondiaux, offrant des capacités de traitement pour 9 millions de conteneurs, 7 millions de passagers, 700 000 camions et 1 million de véhicules. Tanger Med constitue une plateforme industrielle pour plus de 1100 entreprises qui représentent un volume d’affaires annuel de 5300 MEUR dans différents secteurs tel que l’automobile, l’aéronautique, la logistique, le textile et le commerce. » Tanger Med est devenu le Premier Port à Conteneurs en Méditerranée. Sa plateforme industrielle se classe 2ème zone économique spéciale dans le monde. Le tonnage global s’élevant à 81 millions de tonnes, en 2020, est en augmentation de 23% par rapport à 2019. 

L’activité de Tanger Med a bien sûr été lourdement affectée par la crise sanitaire. Si le nombre de camions TIR traités a stagné en 2020 par rapport à 2019 au niveau de plus de 357 mille, le nombre de passagers a chuté de 75% pour se situer à 702 mille et le nombre d véhicules neufs a baissé de 28% pour se limiter à 358 mille. On s’attend à une reprise vigoureuse cet été 2021, avec le lancement de l’opération d’accueil des Marocains résidents à l’étranger et la reprise des exportations de voitures neuves, jusques là ralentie par le manque de pièces détachées habituellement importées d’Asie. 

Pour la réorientation économique vers l’Afrique Subsaharienne, il suffit de rappeler que le Maroc est désormais le deuxième investisseur africain en Afrique au sud du Sahara, après l’Afrique du Sud. Le Maroc a investi pour 5.4 Mds de DH en Afrique, en 2019. Il « est présent en Afrique subsaharienne, première destination de ses IDE en Afrique, dans plus de 14 pays dont la Côte d’Ivoire (13 %) le Tchad (12 %), le Sénégal (9 %), Madagascar (7 %), le Cameroun (4 %) et l’Île Maurice (3 %) », selon la DEPF (Ministère des Finances).

Les secteurs concernés par les IDE marocains en Afrique sont les banques, les télécommunications, les assurances, le BTP, les TIC et médias, les mines, le pharmaceutique, le transport aérien, l’enseignement supérieur et de plus en plus de fabrication d’engrais. 

Les échanges commerciaux du Maroc avec l’Afrique Subsaharienne enregistrent une croissance annuelle moyenne de 9,1% sur la période 2008-2016. Mais, la part de ces échanges dans les échanges commerciaux du Maroc demeure modeste et ne à s’élève qu’à 3% du total en 2016 contre 2% en 2008.

Un second repositionnement géostratégique du Maroc se dessine et semble se confirmer en 2020-21. Il s’agit pour le Maroc de s’émanciper de son axe traditionnel vers la France et l’Espagne pour une plus grande diversification de ses échanges économiques, au-delà des échanges commerciaux, en direction de la Chine et du Royaume-Uni sorti de l’UE, en direction de l’Inde et du Brésil (sur la base de l’industrie phosphatière). Et depuis décembre dernier, un axe alternatif à l’axe traditionnel semble prendre de l’ampleur. Il s’agit de l’axe Maroc-USA-Israël. Au-delà des relations historiques entre le Maroc et chacun des deux autres pôles, la coopération multiforme entre les trois pays avec le choix du Maroc comme porte d’entrée en Afrique Subsaharienne prend de plus en plus forme. Le choix des USA d’installer au Maroc son Initiative de prospérité africaine va dans cette direction. Cet axe pourra fournir des IDE accompagnés de haute technologie au Maroc et pourra être à l’origine d’un cycle vertueux de croissance économique rapide.

Les deux servitudes que le Maroc devrait surmonter, pour mieux profiter de ce repositionnement géostratégique, concernent la formation d’un capital humain de grande qualité et une nette amélioration de l’environnement de l’entreprise marocaine.

  1. Pour un capital humain de grande qualité

L’une des grandes faiblesses de l’économie marocaine est le niveau de développement de son capital humain. C’est le système d’éducation, d’enseignement supérieur et de recherche scientifique ainsi que de la formation professionnelle et qui est responsable de ce bas niveau.

Si l’objectif de la généralisation de la scolarisation primaire a été atteint, on est loin de la généralisation de l’enseignement préscolaire, de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur. En plus, les déperditions dans l’enseignement fondamental demeurent trop élevées.

Le plus grand problème dans ce domaine est celui de la qualité de l’enseignement. Six axes de redressement pourraient contribuer à améliorer la qualité de l’enseignement et de son output, le capital humain.

  1. Le premier axe consisterait à généraliser et moderniser l’enseignement préscolaire basé sur l’acquisition et la maîtrise des langues maternelles (arabe et amazigh) et le développement personnel ;
  2. Le deuxième axe concerne le renforcement de l’enseignement des langues vivantes internationales dans l’enseignement secondaire (collège et lycée) ;
  3. Le troisième est relatif au renforcement de l’enseignement scientifique et technologique à partir du primaire. Le baccalauréat scientifique avec des filières diversifiées devrait représenter entre 80 et 90% des élèves ;
  4. Le quatrième est l’enseignement des technologies de l’information et de communication, ainsi que l’Intelligence artificielle à introduire dès la fin du primaire et à renforcer de manière significative, dans le secondaire pour tous les élèves ;
  5. Le cinquième concerne l’enseignement professionnel (agricole, industriel et tertiaire) qui devrait être intégré à l’enseignement général pour permettre aux élèves des va-et-vient entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général et le recyclage, l’apprentissage tout au long de la vie et le retour aux bancs de l’université à toute étape de la vie ;
  6. Le dernier axe concerne la digitalisation partielle de l’enseignement à partir du lycée pour économiser les locaux, former des élèves à distance, permettre à des élèves qui abandonnent l’école traditionnelle de reprendre leur éducation. Cette digitalisation de formations scientifiques et professionnelles permettrait aussi d’améliorer le niveau de qualification de la population active. Elle permettrait aussi aux étudiants marocains de bénéficier, à partir du Maroc, des meilleurs enseignements disponibles à l’international. Cette digitalisation ne devrait pas se limiter aux supports pédagogiques. Elle devrait viser à développer des plateformes Internet de formation et d’évaluation.
  • Pour un environnement plus favorable à l’entreprise marocaine

La seconde faiblesse à souligner concerne la place de l’entreprise dans l’économie marocaine. Il est vrai que ces dernières années, beaucoup d’efforts ont été fournis pour améliorer le climat des affaires et pour étendre les libertés économiques et cela a donné des résultats au niveau des classements internationaux du Maroc.

C’est ainsi que le classement du Maroc dans l’indice du climat des affaires que constitue « doing business », est passé de 128ème place, il y a 10 ans à la 53ème en 2020. Cette nette amélioration est due à l’accélération du commerce transfrontalier, à l’introduction du paiement électronique pour les frais de port, l’organisation de la dématérialisation des formalités douanières, la prolongation des horaires d’ouverture des ports. En revanche, le Maroc accuse un retard en matière de transferts de propriété, de réglementation de l’insolvabilité et plus particulièrement en matière d’obtention de prêts.

Concernant les libertés économiques, le think tank américain Heritage Institute établit un indice de la liberté économique classant 178 pays et territoires selon 12 facteurs groupés en 4 grands piliers que sont :

  • État de droits
  • Taille du gouvernement
  • Efficacité réglementaire
  • Ouverture des marchés

Le Maroc a obtenu, en 2020, le score de 63.3 pts. Ce qui le classe à la 81ème place mondiale, la première place en Afrique du Nord (y compris l’Égypte), la 6ème place en Afrique.

Toutefois, si ces classements internationaux du Maroc sont importants, ils le sont davantage pour l’investisseur étranger que pour l’entrepreneur marocain. Vu de l’intérieur du Maroc, le climat des affaires est encore pesant pour l’entreprise marocaine. Le coût de l’administration est étouffant, celui de la fiscalité et des charges sociales est lourd, l’accompagnement de l’entreprise, de l’idée de projet jusqu’à l’internationalisation est peu significatif.

L’entreprise devrait être valorisée, encouragée et soutenue par son environnement, bancaire et financier, étatique, syndical, territorial…

Les start-ups innovantes et exportatrices de produits digitaux et de haute technologie devraient être entourées de toute l’attention des pouvoirs publics.

Le capital-risque devrait être développé et le financement des PME devrait être facilité et son coût devrait être davantage réduit.

CONCLUSION

La science économique a toujours été en retard par rapport à la réalité économique. Ce n’est évidemment pas parce que les économistes étaient moins compétents que leurs homologues des autres disciplines scientifiques. Mais, c’est parce que chaque variable économique dépend d’un très grand nombre de variables et que le principe de Walras d’interdépendance générale des marchés se vérifie dans la réalité. 

En économie, les variables influant sur une variable donnée étant nombreuses, la relation entre deux variables isolées ne peut être étudiée qu’en adoptant la clause ceteris paribus. Évidemment, lorsque toutes choses par ailleurs ne sont pas égales, l’action d’une variable isolée sur une autre variable isolée ne peut plus être prédite de manière satisfaisante.

Les prévisions des économistes sont basées sur l’hypothèse que le futur ressemblera au passé. Si un choc important frappe l’économie, cette dernière sort de sa trajectoire passée, elle « déraille », et toute prédiction devient hasardeuse. Tout cela pour dire que la prudence est de mise quand il s’agit d’évoquer les perspectives de l’économie, quelle qu’elle soit. 

Il faut ajouter à cela que seules de grandes économies comme l’américaine et la chinoise peuvent s’inventer un futur, et encore. L’économie marocaine n’a pas une grande marge de manœuvre. Il faut tout de même éviter d’avancer à reculons et choisir un bon positionnement dans le tunnel qui s’offre, quand bien même ce dernier était étroit. 

En tout cas, sur le plan politique, il faut voler à basse altitude pour ne pas se faire remarquer. La stratégie politique devrait être complémentaire de la stratégie économique et devrait être à son service, l’objectif ultime étant de se développer économiquement, d’assurer le progrès social et d’améliorer le bien-être de la population. 

Quant à l’avenir de l’économie marocaine, il faut être un devin, non pas pour le dire, quiconque peut se le permettre, mais pour le prédire de manière exacte. Car, si l’évolution économique du pays dépend, non seulement de l’action assez déterminante des pouvoirs publics, mais aussi des décisions et réactions des millions d’opérateurs privés marocains, elle dépend aussi et beaucoup de l’évolution de l’économie mondiale, dont, notamment, celles de nos principaux partenaires économiques. 

Comment évoluera l’économie mondiale durant les années à venir ? Ce qui est certain, c’est qu’après chaque grande crise économique mondiale, celle de 1929, celle des années 1973-75, celle de 2007-8, le fonctionnement de l’économie se transforme et de nouvelles théories ou idéologies économiques remplacent les anciennes, pour de longues années. 

On sait qu’après 1929, on est passé de l’économie libérale d’avant à l’économie de la synthèse néokeynésienne qui a dominé jusqu’aux années 1970. Après la crise des années 1970, on est passé de l’économie néokeynésienne à l’économie des Nouveaux Classiques et du consensus de Washington. La crise de 2007-8, n’a pas beaucoup bouleversé, de manière durable, ce fonctionnement « néolibéral », quoique la gestion étatique des systèmes financiers en a été transformée. 

Cette crise sanitaire mondiale, qui s’est vite transformée en grande crise économique et sociale, nous fera-t-elle passer d’un « modèle » économique à un autre ? Ce qui est certain, c’est que le coup de fouet donné à la digitalisation des économies et des sociétés sera une transformation irréversible : les services seront de plus en plus digitaux, le travail, l’enseignement, la santé seront de plus en plus des services rendus à distance. Cela bouleverse et bouleversera les rapports sociaux.

Pour les pays en développement, les économies qui ont été émergentes, « dans la vie d’avant », étaient des économies exportatrices de biens manufacturés. Les économies émergentes de demain, seront-elles les économies exportatrices de biens digitaux ? C’est ce qu’il semble se dessiner. Il appartient donc aux pays en développement qui désirent s’en sortir dans le futur, de développer une économie numérique dynamique. Pour ce faire, une éducation de qualité, moderne et ouverte, devrait être assurée aux dirigeants de demain, un secteur d’enseignement et de recherche devrait être développé et intégré de manière forte à l’économie pour en devenir la principale locomotive.

Les économies de l’Afrique du Nord, ont-elles un avenir en commun ? Il est difficile de répondre à une telle question, la situation politique présente étant conflictuelle et trop compliquée. Au-delà des problèmes politiques paraissant insolubles, s’il faut commencer par quelque action dans le but de construire un avenir souhaitable, peut-être qu’il conviendrait de commencer par intégrer les économies numériques nationales, encore à l’état embryonnaire, pour en faire un secteur assez développé et pouvant tirer vers le haut les économies nationales.

* Lahcen OULHAJ. Économiste, Président de la commission permanente d’analyse et de conjoncture économique et sociale du Conseil Economique et Social et Environnemental.

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QUEBEC : L’ENTREPRENEURIAT RASSEMBLE LA DIASPORA NORD-AFRICAINE

L’évènement est d’autant plus remarquable qu’il est le fait de jeunes opérateurs tunisiens, algériens et marocains dont on pouvait imaginer qu’à l’inverse leur ainés, soudés par le combat anti-colonialiste, les premiers avaient été impactés par la doxa belliqueuse dans laquelle se sont engagés les pouvoirs algérien et marocain depuis bientôt un demi-siècle.

Une initiative réfléchie

Un projet de réseautage entre jeunes entrepreneurs nord-africains établis au Canada est en passe de retisser les liens que les régimes politiques tentent de dissoudre dans un climat de rejet réciproque soigneusement entretenu par les factions conservatrices des deux principaux pays de la région.

L’initiative revient à la Jeune Chambre de commerce algérienne du Canada (JCCAC) qui a décidé d’organiser un événement de réseautage à Montréal, conjointement avec la Jeune Chambre marocaine du Québec (JCMQ) et la Jeune Chambre tunisienne du Québec (JCTQ). Cet événement, pionnier dans les annales de la diaspora nord-africaine, aura lieu mercredi prochain au siège social de la Banque de développement du Canada (BDC), à Montréal. Il poursuit l’objectif d’offrir des outils pratiques aux jeunes émigrés désireux de se lancer dans les affaires. Beaucoup de nos compatriotes, jeunes diplômés le plus souvent, manquent d’informations à même de les aider à intégrer l’écosystème économique et financier québécois, déplorent d’une même voix les organisateurs. Il est vrai que l’élite entrepreneuriale nord-africaine est relativement jeune et que ses débuts dans le monde du business de la Belle province sont récents, contrairement aux communautés italienne, libanaise et portugaise, par exemple, qui y sont établies depuis longtemps.

Le président de la JCCAC, Mehdi Houhou, estime que ce genre de rencontres participe à créer des liens entre entrepreneurs et autres chefs d’entreprises, dont certains ignorent par exemple « l’existence de programmes de soutien financier dédiés aux jeunes investisseurs ». L’objectif assigné au cocktail de mercredi prochain est donc de sensibiliser les membres des trois chambres consulaires sur les occasions de financement et de mentorat avec l’espoir de démontrer la complémentarité des trois chambres et donc leur intérêt à conjuguer leurs expertises. Le climat des affaires contraste avec ce qui se fait dans les pays d’Afrique du Nord, en ce sens qu’au Québec il faut à peine une demi-journée pour créer une entreprise, parfois moins. D’ailleurs, la JCCAC prévoit d’organsiner une mission commerciale en Algérie en associant des entreprises québécoises et canadiennes pour prospecter les opportunités du moment, le commerce mondial ayant connu de profonds bouleversements après l’invasion de l’Ukraine.

Transcender les aléas conjoncturels

Même si on peut évoquer les discriminations qui peuvent, par moment, affecter les diasporas dans leurs pays d’origine, « cela ne doit pas constituer, pour autant, un obstacle rédhibitoire pour les jeunes entrepreneurs », croit pouvoir dire un membre de la CJTQ pour qui une telle initiative « est une occasion de faire rayonner la communauté avec tout ce qu’elle peut apporter au développement des sociétés des trois pays ».

Outre la BDC, les organismes Evol, Futurpreneur, Investissement Québec et PME Montréal sont également partenaires de cet événement qui ambitionne de démontrer la synergie des potentialités économiques nord-africaines. Il y a un marché de cent millions de consommateurs que les binationaux peuvent aider à mieux faire connaitre mais il existe aussi un marché de la communauté nord-africaine dans les pays d’accueil que, pour les raisons abordées auparavant, les pouvoirs algériens et marocains ne veulent et ne peuvent envisager, pour l’instant, de prendre en charge. La diaspora est donc appelée à amorcer la pompe de ce chantier si essentiel à la solidarité nord-africaine au Canada, à sa visibilité dans ce pays et à la stabilité des relations Canada-Afrique du nord.  

Jusque-là, l’idée de construire un entité nord-africaine identifiable au Canada n’a pas dépassé le cadre de rares et modestes rencontres autour de manifestations organisées par les associations culturelles amazighes. La mise en place d’un cadre économique nord-africain au Québec ouvre de vraies perspectives aux trois pays, veut se convaincre ce tout nouveau membre de la TCTQ.

La volonté de démontrer une entente et une disponibilité à soutenir un pays autre que celui dont on est originaire a été révélé par un puissant et spontané élan populaire lors de la Coupe du monde de football organisée au Qatar. À chaque victoire de l’équipe du Maroc, on a vu des Algériens et des Tunisiens festoyer et célébrer les Lions de l’Atlas avec les supporters marocains dans une ambiance sur laquelle les crispations qui gèlent les relations entre les États nord-africains n’avaient aucune emprise.

De Montréal : Younès Lamri

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Économie

TUNISIE : MOODY’S DEGRADE ENCORE LA NOTE TUNISIENNE A Caa2

A Caa3, c’est l’impossibilité pour le pays d’accéder à des financements extérieurs

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TUNISIE : MOODY’S DEGRADE ENCORE LA NOTE TUNISIENNE A Caa2

La dégradation de la situation financière tunisienne ne connait pas de répit. Ce 27 janvier l’agence de notation Moody’s annonce avoir encore dégradé la note de la Tunisie qui se situe désormais au niveau Caa2 « avec perspectives négatives », ce qui expose le pays à un scénario de plus en plus probable de défaut de paiement.  Ce niveau est l’avant-dernier palier qui précède celui qui signifie qu’un pays est en faillite. Avec Caa3 se profile l’impossibilité pour le pays d’accéder à des financements extérieurs.

L’examen du dossier tunisien commencé en septembre 2022 a conduit Moody’s à abaisser aussi les notations de la dette senior, non garantie, et la notation senior de la Banque centrale de Tunisie, également non garantie.

Le déclassement du niveau Caa1 à Caa2 est essentiellement motivé par le manque de ressources monétaires pouvant répondre aux besoins massifs et urgents de financement dont a besoin le pays (5 milliards $ de financement extérieur pour 2023). Moody’s estime en effet que, sauf opportunité de financement externe – pour l’heure peu évidente – la perspective de défaut de paiement risque de conduire le pays à une situation difficilement compatible avec la notation Caa2, ce qui augure d’une dégringolade aux effets dévastateurs.

Le retard de la signature du prêt de 1,9 milliards de dollars avec le FMI qui affecte les réserves en devises de la Tunisie, l’aggravation des tensions sociales et l’instabilité politique révélées par la faible participation aux législatives du 17 décembre créent un écosystème délétère entretenu par l’incapacité des différents gouvernements à élaborer, programmer et exécuter des réformes économiques à même de mettre un terme aux déséquilibres budgétaires, détaille Moody’s.

Pour l’agence de notation, l’accord survenu en septembre 2022 entre le gouvernement et la centrale syndicale, l’UGTT ainsi que l’autorégulation des prix des carburants et du gaz naturel demeurent insuffisants à arrêter la spirale d’un marasme de la situation financière de plus en plus critique. Moody’s note qu’à ce stade de délitement social et de crise politique, la restauration des grands équilibres économiques et financiers restent hypothétiques même si l’accord avec le FMI venait à être paraphé.

Cette nouvelle baisse de la notation tunisienne traduit en fait un diagnostic établi de longue date par les experts et commis de l’Etat tunisiens ainsi que les principaux partenaires du pays. La dynamique régressive qui enfonce la Tunisie dans une crise sans nom est la conséquence mécanique d’un aventurisme politique qui a culminé le 25 juillet 2021 quand Kaïs Saïed commit son coup d’Etat constitutionnel. Une date que le président tunisien, plus autiste que jamais, se plait à considérer comme le moment de la renaissance nationale.

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DEPRECIATION DU DIRHAM : VENT DE PANIQUE EPHEMERE

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MAROC DEPRECIATION DU DIRHAM : VENT DE PANIQUE EPHEMERE

Un vent de panique s’est emparé mercredi soir de l’opinion marocaine et de certains marchés dans la soirée de mercredi et les premières heures de jeudi suite à l’affichage par le convertisseur de devises google d’un taux de change anormalement bas de la monnaie marocaine. Le moteur de recherche affichait un euro à 18,54 dirhams alors que la côte avoisinait dans la journée les 11 dirhams. Une chute de 70% incompatible avec le régime de flexibilité qui a immédiatement entrainé un communiqué rectificatif de la banque centrale qui a rappelé que « la seule able pour les cours de change du dirham est le portail de Bank Al Maghrib ( banque centrale marocaine NDLR), ainsi que Bloomberg et Refnitiv pendant les heures d’ouverture du marché de change marocain ».

Les milieux avisés ont rapidement saisi qu’il s’agissait d’un bug informatique mais sur la toile l’information a donné cours à des spéculations fantaisistes voire alarmistes qui suggéraient l’idée d’une crise monétaire analogue à celle qui affecte la Turquie voire d’un effondrement de l’économie marocaine. 

Si les esprits sont vite revenus à la raison pour imputer cette poussée de fièvre à un malencontreux incident technique des titres de paresse marocaine, à l’instar de l’Opinion,  comme n’ont pas hésité à soulever l’hypothèse d’un acte malveillant qui «  aurait sciemment manipulé l’algorithme de Google Finance » lequel, de son côté se défend en mettant en avant une clause de « non responsabilité », expliquant que les données «  proviennent de marché boursier de fournisseurs de contenu (…) Google ne procède à aucune vérification des données et décline toute obligation dans ce sens. »

Une alerte sans grande incidence financière, le bug étant intervenu à la clôture des marchés, mais qui soulève de nouveau la question de la supposé infaillibilité des géants de la toile.

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Économie

TUNISIE : KAIS SAIED FAIT GELER 105 COMPTES BANCAIRES

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TUNISIE : KAIS SAIED FAIT GELER 105 COMPTES BANCAIRES

105 comptes bancaires appartenant à des personnes physiques ou des entreprises embrassant divers secteurs viennent d’être gelés. Démantèlement d’un complot d’envergure impliquant des financements occultes islamistes, comme le suggèrent discrètement les gorges chaudes proches du Palais de Carthage, ou énième manœuvre destinée à faire diversion moins de deux semaines avant le deuxième tour des élections législatives plombées le 17 décembre par une participation calamiteuse du premier tour ? C’est la question de l’heure qui agite les milieux politico-médiatiques tunisois et qui peinent à y apporter une réponse tranchée tant les décisions similaires annoncées par le passé à grands fracas publicitaire et demeurées sans suite ou abandonnées laissent perplexes une grande partie de l’opinion publique lassée par les rengaines d’un président qui fait de « la chasse aux voleurs pour donner aux pauvres » l’alpha et l’oméga d’une gestion aussi stérile qu’aléatoire. Est-ce à dire que cette opération est forcément une réplique des précédentes ? Si des observateurs demeurent prudents, d’autres, par inclination idéologique ou connaissance du retraitement de l’argent sale par les réseaux islamistes, préfèrent accorder le bénéfice du doute à cette initiative.

Les faits 

Le 18 janvier, une missive émanant de l’Unité d’investigation sur les crimes financiers complexes, une des structures de la Direction de la police judiciaire, fuite. Elle fait état de 101 noms de personnes physiques et morales dont les comptes sont bloqués. Le lendemain, la même liste contenant 4 noms supplémentaires est portée à la connaissance du public par le même procédé.

Les titulaires de ces comptes sont des membres de la mouvance islamiste ou des acteurs qui leur sont proches. On y trouve Soumaya Jebali qui n’est autre que la fille de l’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali, Mouadh Kheriji, le fils Rached Ghannouchi (responsable du parti Ennahdha) Adel Daadaa ( dissident du même parti ), Ameur Laarayedh ( autre dirigeant nahdhaoui)…Figurent également dans cette liste des sociétés de communication comme Zitouna TV ou  Carthage Plus, connues pour leurs lignes éditoriales conservatrices, des entreprises de nettoyage… La correspondance fuitée est destinée aux banques et aux organes intervenant en bourse qui sont informés qu’une instruction du parquet près le pôle judiciaire économique et financier en date du 28 décembre, faisant suite à une enquête en cours, a décidé du gel de 105 comptes bancaires à partir du 6 janvier.

Les interrogations

Sans atteindre une telle envergure, des opérations analogues ont déjà été lancées sans que rien de probant ne viennent corroborer les accusations portées sur la place publique avant même que les enquêtes n’aient été bouclées. Des médias tunisois, peu suspects de sympathies islamistes, invitent à la prudence sans pour autant éliminer formellement l’hypothèse d’un vaste réseau de recyclage de grandes masses financières dédiées à l’infiltration des institutions, au conditionnement des opinions publiques, aux recrutements clientélistes et…à l’enrichissement personnel.  Il reste que la divulgation sur la toile de 25 noms appartenant au camp démocratique à l’occasion du premier tour ou d’autres cabales, plus anciennes, comme les interdictions de quitter le territoire national, les arrestations abusives ou les assignations à résidence impromptues frappant des opposants jettent une suspicion sur une affaire que le choix du timing comme le recours au fuitage comme mode communication ne contribue pas à crédibiliser. Outre la banalisation de l’invocation des complots si chers à Kais Saied, les milliers de manifestants qui ont investi la capitale le 14 janvier et les autres villes du pays, l’aide alimentaire libyenne vécue comme une humiliation par des segments importants des classes moyennes ( voir ADN-Med des 15 et 18 janvier ) et la proximité du second tour hypothèquent la fiabilité d’une enquête dont, pourtant, les tenants et les aboutissants peuvent ne pas être une vue de l’esprit tant l’internationale des Frères musulmans a généreusement arrosé ses démembrements organiques en Afrique du nord, Ennahdha en tête.

La confusion qui entoure ce dossier est illustrée par la savoureuse boutade de cet ancien destourien, vieux routier des coulisses de la vie politique tunisienne : «  Kais Saied a tellement affabulé et abusé de son pouvoir que même quand il dira la vérité ou appliquera la loi, les Tunisiens y verront mensonge et injustice. »

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Économie

AIDE ALIMENTAIRE : LA LIBYE VOLE AU SECOURS DE LA TUNISIE

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La dégradation de la situation socio-économique tunisienne se précipite. Cette fois c’est la Libye, en proie à une guerre civile sans fin, qui vole au secours de son voisin de l’ouest. Le chargé d’affaires de l’ambassade libyenne à Tunis révèle ce 17 janvier sur les ondes de radio Mosaïque FM que la Libye vient d’envoyer par voie routière des convois acheminant des produits de première nécessité comme la farine, le riz, l’huile ou le sucre. Le diplomate libyen a déclaré que 96 camions ont déjà passé le poste frontière Ras Jedir.  La quantité totale de véhicules lourds «  atteindra les 170 camions chargés de produits de base » a déclaré le chargé d’affaire qui précise qu’il s’agit d’une aide  « envoyée par le gouvernement d’unité nationale présidé par Abdelhamid Dbeibah » opposé au gouvernement Bachagha du  soutenu par des pays comme l’Égypte.        

Cette aide intervient au moment où le ministère des finances publie un rapport qui témoigne des difficultés qui assaillent une Tunisie coincée entre les exigences des institutions financières internationales qui conditionnent leur coopération par une cohérence prospective qui tarde à venir et des revendications de l’UGTT, une centrale syndicale qui a longtemps modéré ses propos, avant d’afficher une position plus ferme pour être en phase avec une rue de plus en plus tendue.

Ce rapport propose une réforme qui doit faire progresser les revenus fiscaux de 11,2% sur la période allant de 2023 à 2025, contenir les dépenses salariales qui qui ne doivent pas évoluer de plus 5,4% pour la même durée. Ainsi, la masse salariale devra peser 12,9% du PIB en 2025 au lieu des 15,1% de 2022. Autre contrainte qui affectera les couches les plus modestes, les compensations qui pèsent 8,3% en 2022 seront ramenées à 1,7% du PIB en  2025, ce qui est considérable.     

Des réductions qui risquent d’alimenter des tensions sociales déjà grandes.

Cette paupérisation continue qui fait dépendre les besoins les plus élémentaires du pays de soutiens, pas toujours désintéressés de l’Algérie et maintenant du la Libye, suscite des commentaires acerbes de la part des figures les plus crédibles de la vie universitaire et médiatique tunisiennes. Outre la dégradation de l’image du pays qu’elles génèrent, ces observateurs voient dans ces soutiens un cout politique et diplomatique qui se fait au détriment des positions traditionnelles de la Tunisie qui, avant l’avènement de Kais Saied,  a su garder une relative autonomie sur les grandes questions régionales et internationales comme la question du Sahara occidental ou le positionnement par rapport à la Russie. Des commentaires qui ne semblent pas infléchir la vision autocratique un président tunisien plus rigide que jamais.

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Économie

EXCLUSIF. EXPLOITATION DU GISEMENT DE GARA DJEBILET (ALGÉRIE). POURQUOI MAINTENANT ?

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Le 8 mai 2022, le conseil des ministres entérinait le principe du lancement de la première phase d’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet situé dans le grand sud-ouest algérien. Le 31 juillet, le ministre de l’Énergie et des mines Mohamed Arkab se rendait sur les lieux pour lancer l’ouverture du site. Le 17 aout l’agence de presse officielle APS annonçait une extraction de 1000 tonnes. Selon Mohamed Arkab, une première étape s’échelonnant de 2020 à 2025 devrait permettre une production de 2 à 3 millions de tonnes en attendant d’atteindre des volumes allant de 40 à 50 millions de tonnes à partir de 2026. Entretemps, les autorités algériennes font état de démarches devant conduire à une joint-venture avec le chinois CMH. 

Pourquoi cette précipitation ? Pourquoi ce gisement connu de longue date fut-il ignoré à ce jour ? Qu’est ce qui a décidé le gouvernement algérien à se lancer dans ce projet aujourd’hui ? Que représente cette ressource et quelle en est la nature. Adn-Med s’est penché sur un dossier où se croisent les données économiques, les contraintes techniques et financières et les considérations géopolitiques. 

Un site majeur

Gara Djebilet est un des plus grands gisements du monde. Il renferme 2 milliards de tonnes de minerai de fer dont 800 à 900 millions de tonnes à 57-58% de fer métal, ce qui est un taux appréciable.

Le site qui est situé à 130 km au sud-est de Tindouf, ville reliée par une route goudronnée de 990 km à Béchar, se trouve à 400 km de l’Atlantique et à 1560 km du port d’Arzew.

Signalé pour la première fois en 1952, Gara Djebilet avait été alors étudié par le Bureau de Recherche Minière en Algérie, BRMA. Après l’indépendance, la Société Nationale d’Exploitation et de Recherche Minières, SONAREM, s’y investit dès 1966, date de sa création. L’endroit est donc relativement bien connu sur les plans de la géologie, de la métallogénie, de la géophysique (aéroportée et magnétique) et de la géochimie, grâce à de nombreux travaux exploratoires, dont plusieurs sondages (plus de 200 soit 7000 ml de carottes) et puits de reconnaissance permettant de recueillir et d’analyser suffisamment d’échantillons pour avoir une idée précise de la valeur, la nature et la quantité du minerai.

Géologie

Les archives de SONAREM révèlent qu’il s’agit d’un gisement sédimentaire, stratiforme, dans lequel des strates particulières sont minéralisées en fer. Évidente plus-value économique, les couches de fer oolithique (microparticules sphériques de fer constituant la substance utile du minerai) datées d’environ 400 millions d’années affleurent partiellement dans trois (3) zones principales dans un périmètre global de 140 km2 environ : 

– Gara Djebilet Ouest de 40 km2 (10 km x 4 km) ;

– Gara Djebilet Centre de 90 km2 (20 km x 4,5 km) ;

– Gara Djebilet Est de faible étendue 7 km2 (7 x 1 km).

Une station d’essai fut construite à proximité du gisement ouest, afin d’étudier les possibilités d’enrichissement du minerai par épierrage à sec sur séparateurs magnétiques basse intensité (technique de séparation du fer et de la terre permettant le captage du minerai par la magnétisation du rouleau).  

Dans le bassin Gara Djebilet ouest, la lentille minéralisée, de direction NW-SE, subhorizontale ou à très faible pendage NE (1°-2°) est recouverte par des grès. Elle est facilement accessible dans la partie sud du bassin sous forme d’une falaise formée par un minerai compact, induré, dominant de plusieurs dizaines de mètres les terrains sous-jacents.

Dans le bassin Gara Djebilet centre, situé à 10 km du bassin ouest, la lentille minéralisée de même orientation et pendage que la précédente se développe sur 90 km2 environ. Elle est également recouverte par des grès. Sa bordure sud offre également une falaise, mais moins abrupte et moins haute que sa voisine ouest.

Enfin, le bassin Est, distant du central de 8 km, plus réduit est de l’ordre de 7 km2 (7 x 1 km).

Dans cette zone ferrifère de 137 km2, des lentilles plus riches en fer s’individualisent dans chacun des trois secteurs.

Le mur (la base) des couches utiles est constitué d’une alternance de niveaux oolithiques, grès et argiles sur une épaisseur de 15 m sous la couche minéralisée.

Le minerai commence par un niveau pouvant atteindre 10 m d’épaisseur, de produit non magnétique aux couleurs variant de l’ocre au gris-rouge. Les teneurs moyennes en fer varient de 40 à 57% et atteignent parfois 58% de fer dans la Gara ouest.

Au-dessus, se trouve le minerai magnétique, oolithique, stratifié de couleur variable. Sa teneur en fer dépasse 57% sur la Gara centre, 58 % sur la gara ouest et atteint parfois 60% dans les parties les plus riches.

Dans l’ensemble les couches sont régulières et peu ou pas affectées par les cassures, à l’exception d’une faille de 13 m de rejet qui affecte le gisement central.

Dans la partie sud du bassin, la couche utile a été dénudée par l’érosion, livrant ainsi le minerai à ciel ouvert, ce qui représente évidemment un avantage certain pour la production.

À Gara Djebilet, la minéralisation se présente sous forme de trois couches superposées (parallèles) dont l’épaisseur totale varie de 15 à 20 mètres. La teneur moyenne générale est de 56%. La couche médiane, dite couche utile, épaisse de 8 à 9 m a une teneur de 58% à Gara ouest et 57% à Gara centre. 

Les réserves dans cette seule couche utile seraient de 900 millions à 1 milliard de tonnes, dont 500 millions de tonnes dans la zone centre et 400 millions dans la zone ouest.

L’épaisseur des recouvrements stériles sont de l’ordre de 10 m en zone ouest et de 20 m en zone centre, ce qui ne constitue pas en soi une grande contrainte pour le déblaiement et donc l’accès au minerai. 

L’exploitation à ciel ouvert est possible, ce qui rend d’autant plus rentable l’extraction. Ainsi la zone ouest, plus favorable à cet égard, pourrait assurer les 25 premières années un rythme de 15 millions de tonnes par an. 

A priori donc les données géophysiques font de Gara Djebilet l’un des endroits les plus attractifs au monde. Sauf que… 

Caractéristiques chimiques 

Les recherches de Sonarem ont identifié les éléments suivants :

Fer = 57- 58 % ; Silice (Si O2) = 4,7-4,9 % ; Al2O3+ Ti = 4,3-4,7 % ; CaO + MgO = 1,6 % ; CO2 = 2,5-3,6 % ; H2O combinée = 2,9-3% ; Soufre (S) = 1,01% ; Phosphore (P) = 0,8 % ; Arsenic (As) =0,026%.

Ces analyses mettent en évidence la richesse du gisement en fer (entre 57 et 58 %), la présence de silice (4,7 à 4,9 %) et du phosphore (0,8%).

Si la teneur en silice est dans les valeurs acceptées par le marché mondial, il n’en est pas de même pour le phosphore (0,8%) ; les normes admises dans le commerce international devant être inférieures à 0,1%. 

Il convient de souligner qu’à tous les stades de son traitement (enrichissement, agglomération, bouletage, réduction, etc.) les techniques les plus appropriées sont indispensables pour déphosphorer le minerai afin de tendre vers zéro phosphore, préalable à une utilisation industrielle de qualité.

Exploitation

Extraction et traitement nécessiteront l’installation d’usines préparant un minerai de fer commercialisable conduisant à la fabrication d’acier de qualité.

Par ailleurs, l’éloignement du gisement des ports de l’ouest algérien (1560 km : Arzew, un peu moins pour Oran et Béni Saf) ainsi que l’importance des installations de traitement nécessaires, rendent l’exploitation relativement coûteuse. Pour parvenir à un niveau de rentabilité concurrentielle, il faut un tonnage annuel exploité de l’ordre de 15 millions de tonnes/an, encore faudrait-il recourir à des techniques d’extraction les moins onéreuses possibles.

Avec ces 15 millions de tonnes/an, les réserves connues de minerai riches de l’ordre de 900 millions de tonnes, permettent une exploitation sur environ 60 ans, ce qui est remarquable.

Considérations politiques 

On a souvent avancé la question de la déphosphoration, particulièrement énergivore, pour expliquer le renoncement de l’Algérie à se lancer dans l’exploitation de Gara Djebilet. Sans être anodine, cette contrainte n’est pas la plus importante dans la mise en veilleuse du chantier. Les disponibilités en gaz et en énergie solaire pouvaient satisfaire à la consommation des unités devant séparer le phosphore du fer.

Le conflit du Sahara occidental dont les premières manifestations remontent à 1973 semblent avoir poussé le pouvoir algérien à différer le lancement de ce mégaprojet tant que les décisions des autorités espagnoles quand au devenir de leur colonie n’étaient pas connues. 

Par la suite, l’intensité des affrontements opposant le Polisario et l’armée marocaine ont dissuadé les autorités algériennes de se lancer dans des investissements lourds dans une zone d’instabilité démographique – les camps saharaouis sont à quelques encablures du site – et de grande insécurité militaire. D’où l’abandon du chantier sachant que la condition d’un transport rapide et court, c’est-à-dire d’une rentabilité financière satisfaisante, requérait l’ouverture d’un couloir vers l’Atlantique. 

Cette éventualité est aujourd’hui aussi hypothéquée qu’au début du conflit. 

Pourquoi Alger a-t-il relancé une exploitation minière dont les paramètres qui l’avaient empêchée sont plus que jamais d’actualité ? Le transport du minerai vers les ports du nord sera-t-il soutenable financièrement ?  Des usines sidérurgiques seront-elles implantées sur sites pour créer un écosystème justifiant la mobilisation de tant de moyens ? Les ressources en eau que nécessiterait cette implantation seront-elles disponibles ? Les problématiques environnementales dans un espace largement affecté par une désertification de plus en plus envahissante ont-elles été appréhendées ? Après l’épuisement du gisement, c’est à dire 60 années, le lieu de vie serait-il viable ?

Demeurent les spéculations des think tanks et des chancelleries. Les options stratégiques du Maroc qui se projettent dans une perspective supra régionale avec tout ce que cela implique comme choix culturels et géostratégiques contraignent l’Algérie à « meubler » le site en créant ex nihilo une cité importante et durable pour marquer un territoire disputé depuis toujours par son voisin de l’ouest. Et ceci quel qu’en soit le prix. 

Un ancien cadre de SONAREM s’interroge : « Quand bien même ces sacrifices seraient-ils pertinents pour une période de 60 ans ; un tel projet, avec la mise en œuvre des moyens qu’il appelle et ses implications financières, urbanistiques, écologiques et humaines ne méritait-il pas un débat parlementaire voire citoyen ? »

On n’a pas fini de le constater : le conflit du Sahara occidental reste l’obstacle majeur du développement de l’Afrique du Nord. Et le moins que l’on puisse en dire est que pour l’heure aucun compromis n’apparait à l’horizon.  

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MAROC : RENFORCEMENT DE LA FLOTTE DE CANADAIRS

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Une enveloppe de 1,3 milliards de dirhams a été dégagée pour renforcer de trois avions une flotte de Canadairs composée déjà de cinq appareils de type 415. Un Canadair coute entre 25 et 35 millions d’euros, selon le modèle.

C’est le ministre délégué auprès du chef de gouvernement, chargé de l’Administration de la Défense nationale, Abdellatif Loudiyi qui a fait cette annonce mardi devant la commission des Affaires étrangères. Le projet de loi des finances 2023 prévoit pour ce département un budget de 62,3 milliards de dirhams. 

Le Maroc a subi ces quatre dernières années des incendies qui ont essentiellement touché le nord du pays, zone la plus boisée du royaume. Les régions de Larache, Ouezzane, Tétouan et Chefchaouen ont ainsi vu plus de 9.000 hectares détruits par les feux. De l’avis de plusieurs ONG marocaines, ces dommages ont cependant été considérablement limités grâce à l’intervention des Canadairs que le pays utilise par ailleurs comme moyen de sauvetage ou de transport de marchandises voire de voyageurs en dehors des périodes à risques incendiaires. Pour l’heure, le Maroc reste le seul pays africain à disposer de ce genre d’appareils. Lors des incendies qui avaient dévasté les forêts algériennes, notamment en Kabylie, à l’été 2021, les autorités marocaines avaient proposé la mise à disposition de leurs Canadairs à leur voisin de l’est. L’offre fut rejetée par Alger en raison des relations qui venaient de se dégrader entre les deux pays mais aussi pour ne pas donner à voir une comparaison préjudiciable au pouvoir algérien face à un rival historique. L’Algérie avait néanmoins fini par accepter l’intervention de deux Canadairs français pour lesquels le gouvernement avait alors remercié…l’Union européenne.    

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GAZODUC NIGÉRIA-AFRIQUE DU NORD : RABAT ET ALGER SUR LE PIED DE GUERRE

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Voilà encore un dossier où Alger et Rabat se rendent coup pour coup. 

Dimanche, le Roi du Maroc Mohamed VI s’adressant à la nation à l’occasion du 47ème anniversaire de la marche verte rappelait l’initiative prise « avec son excellence Muhammadu Bouhait, président de la République fédérale du Nigéria de lancer le projet Gazoduc Nigéria-Maroc » et se félicitait de « l’avancement de ce grand projet, conformément à l’accord signé en 2016 ».

Le même jour, le ministre des Affaires étrangères du Nigéria, Geoffrey Onyeama était reçu à Alger par son homologue algérien Ramtane Lamamra et le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune. Il déclarait que « les deux pays (L’Algérie et le Nigéria NDLR) ont procédé à la mise en place d’un Conseil d’affaires algéro-nigérian », insistant particulièrement sur « les projets structurants, notamment le gazoduc Alger-Lagos, la Transsaharienne et la dorsale à fibre optique ».

Ce Méga projet était déjà l’objet d’une sourde opposition diplomatique entre Alger et Rabat depuis plusieurs années (voir adn-med du 17 septembre). Il est devenu un terrain d’affrontement ouvert après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays survenue en août 2021, à l’initiative d’Alger.

Le Maroc qui a réussi à intéresser à sa démarche les pays de la CEDEAO fait valoir le développement dont profiteraient les 400 millions de personnes des treize pays que traverserait le gazoduc avec ce que cela implique comme stabilité des flux migratoires et garantie sécuritaire dans le Sahel et l’ouest africain. De son côté, l’Algérie met en avant un trajet plus court (4000 km au lieu des 6000 pour le tracé marocain) et son statut de pays producteur de gaz à même de contribuer à une meilleure potentialisation de l’offre sur le marché européen.  

Pour l’instant, les financements des deux projets demeurent incertains. D’une part les sommes nécessaires à leur réalisation dépassent largement les capacités d’emprunt des pays concernés – ce qui appelle la mobilisation des capitaux des grandes entreprises multinationales voire des États – d’autres parts, et malgré la pression induite sur le marché des hydrocarbures par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’investissement à long terme dans les énergies fossiles reste sujet à controverse.  

En attendant, Rabat et Alger ont trouvé matière à ouvrir un autre champ de bataille.  

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Économie

TUNIS PARALYSÉE : GRÈVE SURPRISE DANS LES TRANSPORTS

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La capitale tunisienne s’est réveillée ce mercredi sans transports suite à l’appel à une grève ouverte lancée la veille par de la Fédération générale du transport affiliée à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) alors que le chef de l’État se trouve à Alger où il participe au 31ème sommet de la Ligue arabe. 

Dans l’émission la Matinale de radio Shems fm, Wejih Zidi, le secrétaire général de la Fédération, explique ce mercredi la soudaineté de cette action par le silence des autorités de tutelle à savoir le ministère des transports et de la direction générale de la Société des transports de Tunis (Transtu). Cette dernière structure n’a pas réagi aux doléances des travailleurs dont les rémunérations n’ont toujours pas été versées, obligeant ces derniers, dénonce le responsable de la Fédération, à recourir à des moyens expéditifs pour rembourser leurs traites, pourvoir aux besoins de leurs familles ou simplement se procurer un médicament. 

Wejih Zidi signale que lorsque dans le passé leur entreprise était confrontée à des difficultés de trésoreries, celle-ci avertissait les employés d’un possible retard de paiement des mensualités alors que cette fois aucune information ne leur a été fournie.

Outre ces causes immédiates, Wejih Zidi rappelle les conditions déplorables dans lesquelles exercent les travailleurs qui sont souvent agressés ainsi que l’état du parc roulant qui empêche le collectif d’offrir le service de qualité auquel ont droit les usagers du grand Tunis. 

Tout en se faisant l’écho de la colère qui anime les agents de l’entreprise, le syndicaliste laisse la porte ouverte au dialogue en déclarant que « la grève peut s’arrêter en quelques instants et que ceci dépendait des autorités de tutelle ».

Ce mouvement risque de perturber davantage la mobilité d’un monde du travail tunisien dont les performances sont déjà durement affectées par une grave crise financière qui freine la consommation et raréfie les importations des pièces de rechange, rendant la compétitivité des unités économiques encore plus aléatoire.

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Économie

MAROC : ASSUMER L’INDUSTRIE DU CANNABIS

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Le Maroc organise à partir de ce mardi un colloque international de 2 jours sur la problématique du cannabis dont il est un des tous premiers producteurs mondiaux. Les ministres de l’enseignements supérieur et de la recherche scientifique ainsi que celui de la santé font partie des responsables politiques qui sont partie prenante de cette initiative. Le  conseil national économique, social et environnemental et plusieurs universitaires participent à une rencontre qui vient prolonger une réflexion engagée dans le royaume depuis plusieurs années.

Plus de soixante intervenants dont des experts venus du Canada, d’Angleterre, de Belgique se sont associés aux différents acteurs marocains  pour traiter de disciplines comme la question juridique de la légalisation, de la transformation, de la commercialisation ou des vertus thérapeutiques du principe actif du cannabis le tetra hydroxycanabinol.

Le parlement marocain qui a déjà eu à aborder cet important et délicat dossier semble vouloir approfondir les données médicales, sociologiques, économiques et culturelles d’un problème qui concerne en premier chef le Royaume chérifien mais aussi des pays riverains et plus généralement ceux de l’Europe qui ne parviennent pas à venir à bout d’un flux ininterrompu d’un produit qui irrigue une économie parallèle qui brasse plusieurs milliards d’euros avec des conséquences qui menacent autant les domaines sanitaires des populations que les  aspects sécuritaires des États.

La perspective de la légalisation semble désormais actée au Maroc qui adhère à la thèse qu’une mise sur le marché du cannabis soumise à un contrôle des pouvoirs publics peut à la fois assurer à terme la réduction des réseaux clandestins, la surveillance de la qualité des produits commercialisés et enfin une rentabilité économique transparente et donc soumise à la fiscalité des finances générés par cette culture.

Il reste que les études menées par les pays qui ont déjà légalisé le cannabis ne permettent pas de tirer des conclusions unanimes ou définitives. Le Portugal qui adopte une politique libérale semble vouloir continuer son expérience relativement récente. À l’inverse, aux Pays-Bas où la légalisation existe depuis de longues années, des voix commencent à s’élever pour relever les limites et les risques de cette approche, le cannabis étant dans la quasi-totalité des cas la porte d’entrée qui mène aux addictions sévères.

Pour l’heure, le Maroc semble résolu à organiser la production et la commercialisation d’une production que ni les aides massives de l’union européenne dédiées à la promotion de cultures de substitution ni les campagnes plus ou moins crédibles d’éradication n’ont pu réduire significativement.  

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