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ALGER-TUNIS : LIAISONS EN TROMPE L’ŒIL ?

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Les Tunisiens ont enfin vu leur président sourire ce 15 décembre quand il a reçu le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune. Ils n’avaient plus revu pareille expression sur son visage depuis son déplacement au Caire en avril dernier quand il y avait rencontré sa compatriote, l’artiste Latifa Arfaoui. 

Il est pourtant bien loin le temps où les chefs d’Etat algériens étaient accueillis par des foules tunisoises en liesse. La pandémie n’est pas la seule raison qui a limité les signes de considération à la pompe protocolaire qui a marqué cette visite d’Etat. Le filtre des journalistes opéré par la présidence tunisienne lors de la conférence de presse des deux dirigeants ne contribue pas à donner crédit à une rencontre dont les intentions et les objectifs laissaient déjà dubitatifs les observateurs. Cette censure vient d’ailleurs de provoquer la colère du Syndicat national des journalistes tunisiens, (SNJT) qui « promet l’escalade. » 

Plus généralement, la presse tunisienne a fait le minimum requis en pareille circonstance. Elle a consacré un traitement plus bienveillant qu’enthousiaste à la visite du puissant voisin, soulignant la bonne qualité qui a toujours marqué les relations qui lient les deux pays. Elle avait salué davantage, 2 jours auparavant, le prêt de 300 millions de dollars accordé par l’Algérie comme une « bouffée d’oxygène » selon l’expression d’un ancien diplomate et ministre tunisien, Ahmed Ounaies.

Dans une atmosphère tunisoise de plus en plus gagnée par le risque de ruades présidentielles aussi directes qu’imprévisibles, l’alignement total affiché par Kaïs sur un partenaire algérien en « panne démocratique » profonde et durable pose questions.

Que retenir de probant de ce voyage ? Haythem El Mekki, le mordant chroniqueur de radio Mosaïque FM résume assez bien le sentiment général qui prévaut en raillant les fans de Kaïs Saïed qui se félicitent de la signature de 27 accords tout en reconnaissant ne rien savoir de leur contenu : « Je n’ai pas besoin de le savoir, je fais confiance à Kaïs ! ». 

Les deux capitales se félicitent en effet que 27 accords et mémorandums ont été signés, mais peu de détails ont été fournis sur leur contenu concret. Les experts qui scrutent la multiplicité de ces dossiers relèvent que les mémorandums sont des textes génériques sans contenus ni évaluations financières précis. Les autres accords portent pour certains sur des dossiers gelés de longue date dont quelques-uns pourraient être réactivés. Il en est ainsi des zones frontalières de libre échange qui sont une vieille lune des relations algéro-tunisiennes. En considérant que la fragile situation politique tunisienne perdure, quelques décisions mineures pourraient voir le jour rapidement. Elles concerneraient la densification des liaisons aériennes Tunis-Alger, la réouverture des frontières terrestres, des assouplissements des blocages administratifs concernant les modalités de résidences des ressortissants des deux pays… Ce n’est donc pas sur le niveau économique qu’il faut apprécier cette visite. L’Algérie, elle-même en état de dégradation avancée, n’a ni les moyens humains ni la capacité financière ni la voilure diplomatique pour aider à affronter une situation tunisienne explosive à tous égards. 

Sur le fond, la conférence de presse des deux dirigeants fut plutôt soporifique. Seule la crise libyenne qui doit « rester une affaire libo-libyenne », selon les termes du président tunisien, a constitué un point d’accord précis entre les deux chefs d’Etat. Et c’est justement à travers ce sujet qu’il faut scanner le voyage du responsable algérien. Tunis comme Alger estiment qu’il faut éradiquer « les mercenaires » qui sévissent chez leur voisin de l’est. Sauf qu’une partie non négligeable de ces mercenaires appartient au réseau Wagner de Vladimir Poutine, allié et protecteur du pouvoir algérien. Tebboune comme Kaïs espèrent-ils voir élire bientôt en Libye un régime qu’ils voudraient associer à leur binôme ? Le Maroc et ses alliés se trouveraient alors dans une situation particulièrement délicate. 

Kaïs ne cache pas son admiration sans limite pour le « grand frère » algérien. C’est à Alger qu’il avait déclaré après son élection : « l’Algérie est le pays du million et demi de martyrs ; la Tunisie est le pays du million et demi de voleurs ». Par ailleurs, le panarabisme viscéral du président tunisien fait écho à une vulgate du FLN qui reste l’une des plus exacerbée dans ce domaine.

Si l’on conjugue la contestation dont est l’objet le dirigeant tunisien à l’illégitimité originelle de Tebboune, on peut supposer que les deux pouvoirs sont partis pour sceller une forme de coalition du pire.

Restent les divergences que l’on se cache. Les militaires algériens ont toujours câliné les islamistes d’Ennahdha que Kaïs voue aux gémonies. Combien de temps l’obligé d’Alger pourra-t-il imposer ses animosités à des éléments que ses tuteurs entendent réintroduire dans le jeu politique tunisien ? À cet égard, il convient de souligner qu’aucune allusion ni aucun soutien n’a été exprimé par Tebboune à la feuille de route politique que Kaïs Saïed vient de dévoiler.

Autre incertitude. Pour l’heure Moscou semble accepter de laisser l’ire algérienne s’amplifier dans le conflit qui l’oppose à Rabat. La Russie entend pourtant bien avoir deux fers au feu. Et les relations entre Moscou et Rabat sont bien moins distantes qu’il n’y paraît (Voir article de ADN-MED sur les droits de l’homme au Maroc). Si l’on ajoute qu’en Lybie, l’Egypte et les Emirats Arabes Unis, c’est à dire les USA, sont présents en force, on peut supposer que quel que soit le résultat de la prochaine présidentielle libyenne, la stabilité du pays sera sujette à caution. 

Les enjeux de cette visite ne sont pas toujours ceux que donnent à lire les dépêches. Les prochains mois vont amener des développements sur lesquels Algériens et Tunisiens auront peu de leviers à actionner pour influencer le cours d’évènements géopolitiques majeurs. « Le carnet d’adresse de Lamamra a beau être fourni, il ne peut pas tout. » confie un ancien conseiller d’ambassade qui a bien connu le très actif ministre des affaires étrangères.

Il demeure qu’au delà des maladresses marocaines qui ont provoqué une colère algérienne latente, la coalition algéro-tunisienne porte en elle-même deux failles : la tutelle russe sous laquelle s’abrite cette alliance stratégique n’est pas une garantie certaine pour un soutien complet ou durable ; toute démarche qui se fait sans et a fortiori contre un acteur de la région est vouée à l’échec. 

Et ce n’est pas la très ambiguë « déclaration de Carthage » qui veut « adopter un espace régional, unificateur, complémentaire et intégré, fondé sur les valeurs, les idéaux et principes communs » à l’insu de l’un des principaux partenaires de la région qui lèvera les doutes. 

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CONFUSION À OUAGADOUGOU

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Vendredi un groupe de soldats mené par le capitaine Ibrahim Traoré a donné à la télévision lecture d’un communiqué annonçant la destitution du lieutenant-colonel Paul Henri Samaogo Damiga qui a lui-même pris le pouvoir par la force il y a huit mois. Les soldats ont investi des rues de la capitale burkinabé après avoir tiré des coups de feu nourris. 

Les putschistes se disaient déterminés à aller vers « d’autres partenaires qui les aideraient dans la lutte contre le terrorisme ».  

Samedi, Damiga publie un message sur la page de la Présidence pour appeler les putschistes « à revenir à la raison » et démentir s’être réfugié dans la base militaire française comme le laissaient entendre ses adversaires qui déclaraient qu’il préparait une « contre-offensive à partir d’une base étrangère ».  

Dans la matinée, un communiqué de l’armée annonçait que celle-ci ne reconnaissait pas le coup d’État et que les décisions des putschistes ne représentaient pas la position de l’institution tout en admettant qu’elle traversait « une crise interne et que des concertations étaient en cours ».

Cette instabilité survient sur fond de ressentiment anti-français. Des troubles ont éclaté devant l’ambassade de France et le centre culturel français de Bobo Dioulasso. Parmi les contestataires, certains portaient des drapeaux russes.

Le lieutenant colonel Damiba a finalement démissionné de son poste de responsable de la transition après arbitrage des chefs religieux. Selon les dernières informations, il aurait trouvé refuge au Togo. La constitution et les activités des partis et associations sont suspendues et un couvre feu a été instauré par les putschistes. 

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ÉLECTIONS PROVINCIALES AU QUÉBEC : L’IMMIGRATION AU CENTRE DES DÉBATS

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ÉLECTIONS PROVINCIALES AU QUÉBEC : L’IMMIGRATION AU CENTRE DES DÉBATS

Les Québécois sont appelés aux urnes ce 3 octobre pour élire les 125 députés de l’Assemblée nationale du Québec. La bataille se jouera essentiellement entre 5 partis politiques sur la trentaine autorisés. La question de l’immigration est devenue un enjeu politique sur lequel les chefs de partis ont débattu à bâtons rompus pendant toute la campagne. 

L’immigration : un sujet qui divise

Liant les flux migratoires au déclin du français, à la menace de la laïcité et l’identité québécoise, le chef de la Coalition Avenir Québec, CAQ, un parti de centre-droit, a provoqué l’ire d’une bonne partie de la classe politique qui juge ces déclarations déplacées sinon dangereuses.

La CAQ qui est au pouvoir depuis 4 ans espère que les Québécois lui renouvelleront leur confiance pour diriger le gouvernement avec François Legault comme premier ministre. Les sondages le donnant vainqueur avec 37 %, on se dirige très probablement vers un gouvernement minoritaire. Les propos de Legault concernant l’immigration ont suscité une polémique telle, qu’il a dû s’en excuser. Ainsi l’assimilation de la communauté immigrée à la violence qui sévit ces derniers temps à Montréal et certaines régions du Québec, ont suscité une vigoureuse réaction de Dominique Anglade, la cheffe du parti libéral qui a fustigé son adversaire. 

« C’est un amalgame extrêmement dangereux. La dernière chose dont on a besoin au Québec, c’est des gens qui nous divisent. François Legault ne cesse de vouloir diviser les Québécois (…) Je n’en reviens tout simplement pas, s’est-elle indignée. François Legault fait un lien entre l’immigration, la violence et l’extrémisme. Ce genre de discours n’a pas sa place au Québec (…) Ça m’écœure » a-t-elle lancé dans une vidéo postée dans les réseaux sociaux.

Il faut dire que ce n’est pas la première fois que ce responsable joue de l’épouvantail de l’immigration pour jouer sur les peurs et renforcer son camp politique en l’ancrant plus à droite.

Un immigré, Ferid Chikhi, défenseur acharné de la laïcité au Québec a réagi sur sa page Facebook : 

« Tout ce qui est présenté introduit l’immigration comme étant à l’origine des contraintes que vit le Québec. Une petite liste nous donne une idée des incontournables immigrants anciens et nouveaux : la démographie est menacée par l’immigration; l’identité se perd à cause de l’immigration; le recul du français, c’est à cause de l’immigration; l’anglicisation du Québec est facilitée par l’immigration; la pénurie de main-d’œuvre c’est la faute de l’immigration; le chômage à cause de l’immigration; la « canadisation » du Québec c’est à cause de l’immigration; les gangs de rue à cause de l’immigration; etc. Les immigrants ne s’intègrent pas c’est la faute aux immigrants. » 

Cette généralisation qui peut paraitre caricaturale constitue pourtant la substance de certains discours.

On se souvient des décisions controversées du ministre de l’Immigration de la CAQ, Simon Jolin-Barrette, qui visaient en 2019 à restreindre les droits des étudiants étrangers et travailleurs temporaires dont un très grand pourcentage maîtrise la langue française ! 

Ce ministre avait proposé certaines mesures coercitives dans un programme de l’expérience québécoise (PEQ) qui avaient soulevé un tollé dans les communautés scientifique, universitaire et économique. Ces mesures étaient incohérentes et inadaptées aux attentes des différentes corporations du Québec. La fédération des chambres de commerce de la Province, par la voix de son président, Charles Milliards, qui avait prévenu que les entreprises québécoises pâtiront sévèrement de la volonté de mettre un frein à l’immigration, ajouta que ce n’était pas le bon temps de la réguler. Le fait est qu’aujourd’hui, beaucoup de compagnies peinent à se maintenir à cause du manque de main-d’œuvre. 

Le Parti Conservateur du Québec, PCQ, quant à lui, n’exclut pas d’ériger un mur à la frontière du Québec avec les USA pour lutter contre l’immigration illégale. Les demandeurs d’asile au Canada avaient augmenté sensiblement pendant le règne de Donald Trump. L’idée sur laquelle ironisèrent les internautes venait d’Éric Duhaime, chef du PCQ amena ses adversaires à comparer ce responsable à ce même Trump. Ce parti est néanmoins à 15 % dans les sondages.

Tentative d’intégration civique

Le Parti Libéral du Québec, PLQ, que dirige Dominique Anglade, une femme d’origine haïtienne est à 16 % des intentions de vote. Les chances de reprendre le pouvoir que cette formation a perdu en 2018 avec l’ancien chef du parti Philippe Couillard sont minces, mais le PLQ peut espérer garder sa place comme opposition officielle. Il a mené une campagne pour un projet libéral et qui rassemble les Québécoises et les Québécois. Illustration de cette doctrine : pour la circonscription de Marie-Victorin, c’est Lyes Chekal, directeur général des ressources St-Jean-Vianney de Longueuil – un lieu d’accueil, de rencontres, d’aide, d’entraide et de solidarité sociale – qui a été choisi comme candidat du PLQ. Il vient d’Algérie.

Pour sa part, le parti québécois (PQ) qui ratisse dans le terrain de la CAQ pourrait, lui aussi, prétendre au rôle d’opposition officielle, car il remonte dans les sondages pour atteindre maintenant 15 %. Sous la houlette de Paul St-Pierre Plamondon, les péquistes qui n’ont jamais abandonné l’idée de voir un jour le Québec indépendant ont investi le terrain politique en avisant l’opinion sur le déclin de la langue française face à l’anglicisme. Pour affirmer la souveraineté du Québec, le chef du PQ dit que s’il était élu, il ne ferait pas serment d’allégeance à la Couronne britannique comme le prévoit la loi. Sur la liste des candidats du PQ, on trouve le jeune Yastene Adda se présentant dans la circonscription d’Anjou-Louis-Riel (Montréal). Âgé d’à peine 19 ans, il séduit déjà les citoyens par un engagement remarquable en politique. Il est appuyé par son propre parti et la communauté algérienne dont il est issu et qui est bien présente dans sa circonscription. Il y a aussi Rachid Bandou qui s’est distingué comme militant actif qui se porte candidat à Chomedy (Laval). En octobre 2021, la Société nationale du Québec à Laval et le Mouvement national des Québécois et Québécoises lui ont remis le « Prix Artisan de la Fête nationale 2021 » au Conseiller général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, pour son travail au sein d’Amitié Québec-Kabylie et pour son implication liée à la langue française et l’intégration des immigrants.

Dérive islamiste

Il reste le Québec solidaire (QS), une formation politique de gauche qui risque de créer une surprise. Son Co-porte-parole, le dynamique Gabriel Nadeau-Dubois insiste devant les Québécois sur la nécessité de lutter contre la pauvreté et de bien répartir les richesses, l’essentiel des propositions concerne des mesures et des programmes promettant de mieux gérer la ressource nationale. Avec l’inflation, l’inquiétude est présente chez les jeunes, les aînés et les familles à faibles revenus. Le QS voit dans cette situation sociale une opportunité pour faire élire un maximum de députés. Cependant, sa proximité assumée avec les mouvements islamistes et ses positions que beaucoup estiment contraires aux principes et valeurs de laïcité le mettent dans une position délicate vis-à-vis d’importantes franges de la société québequoise, immigrants compris. Le soutien affiché aux communautés maghrébines et celles issues de l’Orient à connotations religieuses qui relancent régulièrement les demandes d’accommodements font débat. En avril 2019, des milliers de personnes dont les militants et les cadres de Québec solidaire ont répondu à l’appel d’un collectif canadien contre l’islamophobie et le projet de loi 21 pour la laïcité que dirige un certain Adil Cherkaoui. S’afficher avec cet homme d’origine marocaine, soupçonné d’appartenir à El Qaida et qui fut arrêté par le gouvernement canadien en mai 2003, puis libéré après 21 mois de détention, n’a pas contribué à dissiper le soupçon de complicité vore de compromission avec des mouvements religieux qui sont de plus en plus perçus au Canada comme une menace pour la démocratie et les valeurs républicaines.

Voulant paraitre comme le défenseur de la diversité ethnoculturelle, le QS a conçu une liste caléidoscopique où on retrouve, entre autres, une Algérienne, un Tunisien, une Palestinienne, un Burundais et une autochtone. Cet affichage sera-t-il suffisant à masquer la dérive islamiste ?  

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L’IMAM IQUIOUSSEN ARRÊTÉ EN BELGIQUE

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Le prédicateur marocain Iquioussen qui avait fui la France vient d’être arrêté ce vendredi à Mons, une ville belge proche de la frontière française. Il devrait être renvoyé vers la France où la justice française aura à statuer sur son cas avant d’être renvoyé vers son pays d’origine. Bien que né en France Iquioussen a en effet préféré garder la nationalité marocaine.

Pour rappel, I’imam fiché S était accusé d’avoir proféré des propos antisémites et homophobes. Il avait disparu de son domicile alors qu’il était sous le coup d’un arrêté d’expulsion en date du 28 juillet. Une expulsion contestée dans un premier temps par le tribunal administratif avant d’être validée par le conseil d’Etat.  

Sachant probablement sa cabale aléatoire, Iquioussen a remis à des proches des vidéos enregistrées avant son arrestation où il se déclare confiant dans la justice.

Le ministre de l’intérieur français Gerald Darmanin a pris la parole à partir de la Guyane pour assurer que sitôt les procédures légales exécutées, Iquioussen sera retenu dans un centre de rétention où une place lui est déjà réservée, présumant ainsi de la décision que la justice aura à prendre dans cette affaire où il s’est personnellement investi.

La procédure devrait prendre quelques semaines avant d’arriver à son épilogue.      

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MANŒUVRES ALGÉRO-RUSSES : MOSCOU VEUT RASSURER RABAT

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Nous sommes maintenant à quelques semaines des exercices militaires algéro-russes « Bouclier du désert » qui doivent se tenir début novembre au camp d’entrainement de Hammaguir, base proche de Béchar, ville du sud-ouest algérien se trouvant à quelques encablures de la frontière avec le Maroc. 

La porte-parole du ministère russe des Affaire étrangères Maria Zakharova, reprise par l’agence Spoutnik, a déclaré :  « nous tenons à souligner que, comme tous les exercices militaires auxquels la Russie participe, ceux-ci ne visent aucun tiers», la diplomate ajoute que : «ces exercices de lutte contre le terrorisme sont planifiés et menés dans le cadre du programme de coopération militaire avec l’Algérie». 

Les observateurs voient dans ce message appuyé la volonté de rassurer le voisinage de l’endroit où doivent se mener ces opérations ; en fait le Maroc, pays avec lequel Moscou entretient des relations commerciales denses. La Russie pourvoie, entre autres, à une part importante de la consommation marocaine en céréales pendant que Rabat y exporte une grande quantité de ses agrumes.  

Selon plusieurs sources, d’autres pays comme l’Égypte confrontée à un terrorisme chronique au Sinaï, le Kazakstan ou le Pakistan devraient être associés à ce programme qui avait suscité, lors de son annonce, une vigoureuse campagne de dénonciation dans la presse marocaine où des milieux diplomatiques avaient cru deviner une impulsion du Palais Royal. 

Notons que de son côté, le Maroc a abrité au mois de juin les plus grandes manœuvres militaires organisées en Afrique, l’African Lion 2022, auxquelles ont participé les USA. 

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REGAIN DES TENSIONS DIPLOMATIQUES ENTRE ALGER ET RABAT

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En l’espace d’une semaine, Alger et Rabat se sont retrouvés impliqués directement ou indirectement dans des attaques et contre-attaques diplomatiques sur la question du Sahara occidental. 

La plus rocambolesque de ces joutes eut lieu au Kenya. Sitôt élu, le nouveau président William Ruto publia un Tweet annonçant le retrait de son pays de la reconnaissance accordée à la RASD. Le Maroc crie victoire. Le 15 septembre, coup de théâtre. Le ministère des Affaires étrangères kenyan désavoue son président dans un communiqué sévère où il est affirmé que la politique étrangère du Kenya ne se fait pas par Tweet. La position du Kenya est rappelée sans ambages : le pays est « totalement aligné » sur la résolution de l’OUA de 1982 qui a actée l’admission de la RASD. Et pour faire bonne mesure, Nairobi souligne son attachement à la résolution de l’ONU consacrant le « droit inaliénable des peuples à l’autodétermination ». Cette fois, c’est Alger qui jubile via son agence de presse officielle, l’APS. Le communiqué prend cependant soin de faire part de la volonté du Kenya de développer « ses relations commerciales » avec le Maroc, alors que Mohamed VI venait d’exiger de ses partenaires de clarifier « sans ambiguïté » leur position sur la question sahraouie.  

Quelques jours auparavant, des sources algériennes avaient cru voir une évolution de la position du Soudan du Sud favorable à sa thèse sur le dossier sahraoui.  Vendredi c’est le chef de l’État lui-même, Salva Miir Mayardit, qui assure le souverain marocain que son pays « reconnait uniquement les États membres des nations unies ».  Point pour le Maroc. 

Le même jour les royaumes d’Espagne et du Maroc signent à l’ONU une déclaration commune confirmant leur adhésion à « l’initiative marocaine présentée en 2007 comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend » alors que ces dernières semaines Alger se plaisait à déceler de possibles rétractions de Madrid sur un sujet qui avait provoqué une sérieuse crise avec Madrid. Là encore, le Royaume alaouite a réussi à dissiper les éventuels doutes. 

En revanche, sur le plan régional, le succès algérien est total puisque Tunis est désormais gagné à sa cause au grand dam de Rabat qui ne décolère pas contre Kais Saied. 

Derrière cette fébrilité se cache une guerre d’influence entre Alger et Rabat, chacun tentant de peser sur le continent avant les grands choix que la précipitation de la guerre en Ukraine ne manquera pas d’imposer aux uns et aux autres. 

L’antagonisme algéro-marocain, aigu et permanent, pèse sur tous les secteurs de la vie africaine. Le projet de gazoduc Nigeria-Europe est l’un des domaines où s’affrontent âprement les deux pays, chacun essayant de gagner les investisseurs au tracé qui passerait sur son propre sol. (Voir adn-med du 17 septembre).

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ALGER-TUNIS : LA POMME DE DISCORDE ENNAHDHA

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Tout baigne entre Alger et Tunis. Enfin, presque. Car l’acharnement de Kaid Saïed contre le parti islamiste Ennahdha n’est pas du gout d’Alger qui a fait savoir sa désapprobation sur la gestion de ce dossier à plusieurs reprises. Celle-ci se traduit par des attaques politiques et procédures judiciaires si maladroites qu’elles ont fini par redonner sinon du crédit du moins de l’empathie à une formation islamiste en déroute, 

Dernière pantalonnade en date, les dirigeants d’Ennahdha comme Ali Larayedh, Redha Jaouadi, Mohamed Frikha ou Mohamed Affes que Kais Saïed voulait voir impliqués dans les réseaux de recrutements terroristes viennent d’être tous relâchés des gardes à vue de quelques heures pour certains à quelques jours pour d’autres. Les observateurs qui suivent le dossier se perdent en conjectures. Cette relaxe fait-elle suite à de nouvelles pressions d’Alger ou résulte-elle d’un fonctionnement judiciaire gravement perturbé par les intrusions itératives et incohérentes du chef de l’État. 

Jusque-là Kais Saïed avait pu préserver sa proximité avec son puissant voisin de l’ouest qui lui livre la quasi-totalité de son gaz et a ouvert ses frontières en pleine saison estivale – après avoir quand même hésité quelques semaines pour signifier son agacement – pour le plus grand bonheur d’un secteur touristique tunisien bien mal en point. 

A la fête de l’indépendance algérienne célébrée en juillet, le président tunisien accepta de s’exposer à côté d’Abdelmadjid Tebboune qui avait pris soin de placer à côté de lui Brahim Ghali, le responsable du Polisairio ; ce qui souleva l’ire de nombreux cercles politiques tunisiens qui voyaient leur pays aspiré par l’Algérie dans un conflit où Tunis avait toujours gardé la neutralité. 

Si la lune de miel connait des éclipses, ce sera à cause de Ghannouchi en qui le président tunisien voit, sans doute à tort, le seul adversaire potentiel. Or, dans la géopolitique islamiste, les militaires algériens ont fait le choix depuis longtemps de ménager les Frères musulmans contre les salafistes, d’où leur insistance à protéger Ghannouchi. Pour le reste ; Kais Saied qui apprécie au plus haut point le panarabisme dans lequel replonge l’Algérie est prêt à toutes les concessions. 

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ONU : LAMAMRA LE COUTEAU SUISSE ALGÉRIEN

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Il est partout à l’ONU. Et plutôt efficace. Malgré une politique intérieure dominée par une répression de tous les instants et une situation économique des plus préoccupantes, Lamamra, replace peu à peu l’Algérie dans les grandes enceintes internationales. Il est vrai que la crise énergétique qui fait du gaz un produit rare et recherché aide à faire de ce pays producteur un partenaire qu’il faut savoir ménager. Mais tout de même. On a vu des périodes où le renchérissement des hydrocarbures fut tout aussi haut sans qu’Alger n’en ait retiré des avantages diplomatiques conséquents.  

Pourtant, le pouvoir algérien partait de loin. Isolée et sérieusement secouée après l’insurrection de 2019, l’Algérie redevient visible – en attendant d’être audible ? – sur la scène internationale. L’auteur de ce redéploiement n’est autre que le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra dont l’épais carnet d’adresse personnel est mis à profit pour activer des relations personnelles ou remettre au goût du jour des initiatives tombées en désuétude comme l’accord d’Alger sur la crise malienne. 

Le régime attend aussi beaucoup du délicat sommet de la Ligue arabe qu’il veut faire coïncider avec l’anniversaire du déclenchement de lutte armée du 1er novembre, évènement autour duquel le chef de la diplomatie algérienne s’est dépensé sans compter. 

La revanche

Ironie de l’histoire ces relations furent nouées par Lamamra au moment où, blacklisté par le général Betchine à l’époque de Liamine Zéroual, il se fit apprécier à l’ONU et l’UA (l’OUA à l’époque) où il exerça d’éminentes responsabilités. 

Á l’occasion de ses nombreux entretiens en marge de l’assemblée générale de l’ONU où il représentait son pays, Lamamra a appelé à ”la nécessité pour les pays africains de s’exprimer d’une seule voix pour plaider en faveur d’une action climatique effective et efficace qui prenne en compte les priorités de l’Afrique et ses préoccupations, notamment en lien avec les tentatives répétées tendant à remettre en cause la validité du principe des responsabilités communes mais différenciées”. Une manière de fédérer le continent sur des dossiers consensuels au moment où la crise ukrainienne risque de provoquer des fissures entre les pays membre de L’UA.

Cette activité saluée par les professionnels de la diplomatie suscite cependant réserves, suspicion et même inquiétude dans et en dehors du pays. Des gourous du sérail n’oublient pas que le ministre des Affaires étrangères s’était mis dans les starting-blocks pour la succession de Boutelika, période où il recommanda la mansuétude pour l’ancien chef de l’État, chose qui lui fut reprochée par une bonne partie de l’opinion publique comme la (seule) faute politique qui ait entaché un parcours, par ailleurs, exemplaire. « Cette ambition n’est pas oubliée par les clans qui ont toujours veillé à ce que le pouvoir soit transmis dans les réseaux occultes. Or, si Lamamra est apprécié pour ses compétences professionnelles, ce Kabyle réservé sur les questions internes ne figure pas sur les tablettes de ces parrains. », soutient un des anciens collaborateurs du chef de la diplomatie.

Le Maroc est l’autre acteur qui s’alarme de cette hyperactivité. N’a-t-on pas dit que c’est Lamamra qui serait à l’origine du fracassant désaveu du tout nouveau président kenyan par son ministre des Affaires étrangères quand le premier annonça dès son élection la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental. 

Un caillou dans la chaussure

Un écueil, accidentel ou intentionnel, risque cependant de perturber le travail du ministre algérien. Il vient en effet de se voir désigner comme secrétaire général un certain Amar Belani. « Un éléphant dans un magasin de porcelaine affecté aux bruyantes polémiques avec le Royaume chérifien. L’inverse des méthodes de travail de Lamamra qui privilégie l’argumentation et la préservation des qualités relationnelles. On peut voir dans cette promotion, non pas un désaveu mais le signe d’une mise sous-surveillance d’un ministre qui a déjà montré par le passé sa liberté de manœuvre », précise notre interlocuteur. 

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ALGÉRIE : INSTABILITÉ, FERMETURE OU SÉCURITÉ ?

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« Discipline et confidentialité » ce sont les maîtres mots qu’Abdelmadjid Tebboune exige désormais de ses collaborateurs. « La gestion d’El Mouradia n’est plus informelle et désordonnée comme c’était le cas durant plus de deux décennies », se réjouit ce dimanche l’APS qui avait inlassablement célébré les capacités organisationnelles de celui dont elle stigmatise aujourd’hui l’incurie.

Il est extrêmement difficile de dresser un bilan cohérent des décisions qui caractérisent les cascades de nominations ou de suspensions. Aucun secteur n’est épargné. Des ministres sont relevés de leur fonction sans qu’aucune explication ne soit donnée à l’opinion publique ; il est de même pour le corps des ambassadeurs, celui des magistrats ou, plus récemment, des walis. Ces derniers ont vu leurs prérogatives considérablement réduites pour, assure-t-on, limiter la prédation et la corruption dont s’étaient effectivement rendus coupables des fonctionnaires de l’administration territoriale qui avaient abusé de leur pouvoir pour brader les terrains domaniaux ou concéder des autorisations à de activités économiques pas toujours compatibles avec les besoins des populations ou les contraintes environnementales. Pour autant s’interroge cet ancien chef de daïra « le jacobinisme est-il la solution dans un pays qui a plus que jamais besoin de décentralisation voire de régionalisation ? »

Même des domaines aussi sensibles que le renseignement n’échappent pas à un turn-over qui surprend observateurs et partenaires de l’Algérie. On ne compte plus en effet le nombre d’officiers nommés et démis quelques semaines ou même quelques jours après leur installation.

La lutte contre la corruption affichée comme une entreprise de salubrité publique souffre des mêmes inconséquences. La chasse aux affidés de Bouteflika et de Gaïd Salah se veut sans répits ni concession mais les deux principaux responsables du marasme combattu ont eu droit à des funérailles nationales.

Donnée effectivement remarquable : les secrets entourant les mouvements de la haute administration que salue l’APS sont bien gardés. Reste à savoir si, avec la disparition des journaux privés, cela relève de la discipline que revendique le pouvoir ou si, au contraire, elle participe du refus de transparence que dénoncent les avocats et les dernières ONG qui osent encore s’exprimer.   

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TUNISIE : LA LOI ÉLECTORALE DÉCRIÉE

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La nouvelle loi électorale, modifiée par décret présidentiel, publiée au journal officiel de la République tunisienne, JORT ce 15 décembre, annonçant les procédures devant régir les élections législatives fixées pour le 17 décembre 2022 ne pas l’unanimité, loin s’en faut.  

Scrutin uninominal, il est fustigé par une dizaine d’association féminines qui dénoncent la non parité de la loi qui fera la part belle aux candidats disposant dans leur circonscription de relais sociaux et de moyens financiers importants dont seules les grandes bourses peuvent bénéficier. 

Dans un communiqué commun l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), l’association Beity, l’association Aswat Nissa, l’association Tawhida Ben Cheikh, l’Association des Femmes Tunisiennes pour la recherche sur le développement (AFTURD), l’Association femme et citoyenneté du Kef, l’association Amal pour la famille et l’enfant, l’association Joussour de citoyenneté du Kef, l’association Calam et la Ligue des électrices tunisiennes relèvent également la contradiction qui fait de la parité une obligation pour les parrainages et non pour les candidatures, réduisant ainsi la femme à une fonction de décoration. 

Par ailleurs, cette loi qui stigmatise les binationaux fait également l’objet de violentes attaques puisqu’un Tunisien né de père ou de mère étranger ne peut se porter candidat à la députation dans une circonscription située en territoire tunisien, alors qu’il peut candidater pour tente d’enlever l’un des sièges réservés aux Tunisiens de l’étranger quand bien même ne serait-il jamais sorti du territoire national.  Pourquoi déchoir de ses droits civiques un citoyen uniquement au motif qu’il a un parent étranger alors qu’il vit en Tunisie, y travaille, y paie ses impôts et qu’il n’a jamais fait l’objet de condamnation ? s’étrangle un jeune juriste qui pose d’ailleurs la question de la constitutionnalité de cette disposition. 

Cette loi qui durcit les sanctions contre les fraudes et interdit tout financement étranger vise en réalité à réduire les influences des partis dans le futur parlement considérablement affaibli devant le pouvoir exécutif. 

Plusieurs voix dont celles de nombreux partis politiques avaient annoncé l’idée d’un boycott pour disqualifier par l’abstention les élections législatives. Sauf que la faiblesse du taux de participation (moins de 30%) du référendum constitutionnel ne semble pas gêner outre mesure un président décidé à imposer son agenda à une opposition fragmentée et qui peine à faire émerger une figure à même de rassembler une opinion publique qui voit la Tunisie sombrer dans la précarité et l’instabilité politique.

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Politique

ALGÉRIE-ESPAGNE : L’AFFAIRE BRAHIM GHALI REBONDIT

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L’entrée du leader du Polisairio, Bahim Ghali en Espagne en avril 2021 pour recevoir des soins contre le coronavirus et qui avait provoqué une sérieuse crise entre Rabat et Madrid ne semble pas connaitre d’épilogue.

Selon « Voz Populi » qui suit le dossier de près « le tribunal a mandaté une commission rogatoire en Algérie pour s’enquérir de faux document fourni par Brahim Ghali à l’hôpital de Logroño où il avait été admis en avril 2021 pour se soigner du coronavirus ».

Par ailleurs, le même média ajoute qu’en vertu du traité de coopération judiciaire signé entre Alger et Madrid en 2002, le Parquet a sollicité le juge d’instruction pour demander une aide judiciaire de l’Algérie en vue de revenir sur les conditions d’entrée de Brahim Ghali en Espagne.

Enfin, et toujours selon la même source, le magistrat instructeur souhaite interroger le fils de Brahim Ghali sur l’accès de son père à l’hôpital de Logroño mais aussi sur l’identité de ceux qui avaient fait le voyage avec lui.

Pour rappel, l’hospitalisation de Brahim Ghali avec un passeport algérien alors qu’il était sous le coup de poursuites judiciaires en Espagne avait entrainé la démission de la ministre des Affaires étrangères Arancha Gonzles Laya accusée par Camilla Vilalrino, son chef de cabinet d’avoir favorisé l’arrivée en Espagne de Brahim Ghali. Celle-ci blanchie depuis par la justice avait cependant déclaré que « si c’était à refaire, elle n’hésiterait pas à recommencer pour une raison humanitaire ».

Encore un dossier qui risque de compliquer les laborieuses tentatives du chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez au moment où il tente un rapprochement avec Alger.

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