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ALGÉRIE : FETHI GHERAS CONDAMNÉ À DEUX ANS DE PRISON FERME

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Le coordinateur du Mouvement démocratique et social (MDS), Fathi Gheras vient d’être condamné ce dimanche à deux ans de prison ferme, a annoncé le Comité national pour la libération des détenus (CNLD). Lors de son procès qui a eu lieu le 26 décembre, le parquet avait requis trois ans de prison et une amende de 100.000 dinars. Mise à part l’atteinte à la personne du chef de l’État, les autres chefs d’inculpation retenus contre lui sont globalement les mêmes que ceux qui ont servi à la condamnation des détenus d’opinion qui sont près de trois cents à attendre leur procès ou à purger leurs peines dans les prisons algériennes. On retrouve régulièrement l’outrage à corps constitués, la diffusion de publications ou d’informations attentant à l’unité nationale ou l’ordre public…

Pour rappel Fathi GHERAS est incarcéré depuis le 1er juillet après avoir été arrêté la veille à son domicile.

Cette condamnation qui atteint un responsable politique vient confirmer la stratégie de fermeture générale qui cible aussi bien la libre expression des citoyens que celle des partis de l’opposition.

Une pétition signée par plusieurs centaines d’Algériens (voir adn-med. Une nouvelle pétition contre l’arbitraire) rendue publique ce samedi déplore une  « dérive en cours ( qui ) piétine tous les engagements internationaux de l’Algérie en matière de respect des droits de l’Homme et la met au banc des nations ».

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Algérie : L’islamologue Saïd Djabelkhir relaxé

Ce procès remet sous les projecteurs la question de la liberté de conscience supprimée dans la nouvelle constitution de 2020.

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Algérie : L’islamologue Saïd Djabelkhir relaxé

Condamné en première instance, en avril 2021, à une peine de trois ans de prison ferme, l’islamologue algérien, Said Djabelkhir, a été relaxé ce mercredi par la chambre pénale de la Cour d’Alger.

Inquisition

Annoncé par l’intéressé lui-même sur son compte facebook, ce verdict intervient à l’issue d’un procès en appel concernant un jugement du tribunal de Sidi M’Hamed l’ayant condamné le 22 avril 2021 à trois ans de prison ferme et à une amende de 50000 da (250 euros).

Said Djabelkhir était poursuivi pour « offense à l’islam » et « dénigrement du dogme » et « des préceptes de l’islam » en vertu de l’article 144 bis du code pénal algérien réprimant le blasphème. Tout a commencé au début de l’année 2020, lorsqu’un prédicateur salafiste, Mohamed Ali Ferkous, prononça une « fetwa » contre la célébration de Yennayer, nouvel an berbère en le qualifiant de « fête païenne ». En réponse, Said Djabelkhir affirme, à travers des publications, que certaines pratiques de l’Islam, à l’image du pèlerinage et de la Omra ou encore le rite du sacrifice sont antérieures à l’Islam et d’origine païenne. Une sortie qui n’était pas du goût de certains milieux islamo-conservateurs que le penseur, un des rares à tenter d’ouvrir le débat autour d’une vision et d’un regard rénovés de l’Islam, a irrité.

Fin janvier de la même année, un enseignant d’informatique, de l’université de Sidi Bel Abbes, Abderrazak Boubedjra, soutenu par une poignée d’avocats, décide d’intenter une action en justice contre l’islamologue. Cette action, qui a remis sous les projecteurs la question de la liberté de conscience, supprimée dans la nouvelle constitution de 2020, et des libertés publiques, n’a pas manqué de susciter une vague d’indignation dans les milieux progressistes et intellectuels, en Algérie et à l’étranger.

Soutien salutaire

Dans une tribune publiée fin janvier 2022 dans les médias, une vingtaine d’intellectuels et d’essayistes dont Boualem Sansal, écrivain algérien; Rémi Brague, philosophe, membre de l’Institut de France; Chantal Delsol, philosophe, membre de l’Institut de France; Claude Habib, professeur émérite des universités; Annie Laurent, docteur en science politique et essayiste; Zineb El Rhazoui, journaliste et militante des droits de l’homme, Javier Borrego Borrego, ancien juge à la Cour européenne des droits de l’Homme; Alfred de Zayas, historien, écrivain et ancien expert indépendant des Nations Unies sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable ou encore Claude Gilliot, islamologue français; Yassine Mansour, doctorant et Hela Ouardi, professeure universitaire et écrivaine tunisienne ont appelé les autorités algériennes à garantir les libertés d’expression et de recherche académique, conformément au droit international, notamment au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie en 1989. Ils ont également appelé à l’abrogation de l’article 144 bis du code pénal. Reste à savoir si cette relaxe fera désormais jurisprudence et partant sur les limites du débat sur la religion dans un pays où l’islamisme est devenu social.  

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INTERVIEW AVEC RAZIKA ADNANI : « Le sentiment d’infériorité des populations maghrébines est incarné dans cette citation d’Ibn Badis. »

Razika Adnani est une philosophe, islamologue et conférencière franco-algérienne. Elle est membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et membre du conseil scientifique du centre civique du fait religieux. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont le dernier est Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique. Une étude socio-politique publiée par Fondapol en décembre 2022.

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Razika Adnani est une philosophe, islamologue et conférencière franco-algérienne. Elle est membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et membre du conseil scientifique du centre civique du fait religieux. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont le dernier est Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique. Une étude socio-politique publiée par Fondapol en décembre 2022.

ADN-MED : Dans votre dernier ouvrage « Maghreb, : l’impact de l’Islam sur l’évolution sociale et politique. Maroc, Algérie, Tunisie », vous décrivez un sentiment d‘infériorité chez les populations maghrébines qui se cherchent des ascendances arabes et cultivent un islam plus ostentatoire et rigoriste que celui des autres. Ce zèle constaté par Ibn Khaldoun chez nous ne se retrouve pas, en tout cas pas à ce point, chez les musulmans asiatiques. Pourquoi ?

R.A. : Dans mon ouvrage, j’analyse le phénomène du retour en arrière et du renoncement progressif aux acquis de la Nahda, période de modernisation située entre le début du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, et qui a changé considérablement les pays musulmans. Cependant, progressivement et sous l’influence des conservateurs et du renforcement du religieux, on constate un retour en arrière aux traditions et au passé dans les domaines politique et social dans les trois pays du Maghreb ainsi que dans tous les pays à majorité musulmane. Je me suis demandée jusqu’où ira ce renoncement aux acquis de la Nahda, car la Nahda c’est l’abolition de l’esclavage et de la dhimmitude, c’est la reconnaissance des droits des femmes : droit à l’éducation, au travail, droit de sortir de la maison et de ne pas se voiler, même si elles n’ont jamais eu les mêmes droits juridiques que les hommes. Ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan, où les talibans privent les filles de leur droit d’aller à l’école, privent les femmes de voyager et d’accéder à l’université et même aux soins puisqu’ils ont déclaré qu’un homme ne peut pas soigner une femme, est très inquiétant. Rappelons que Daesh a rétabli l’esclavage et n’oublions surtout pas que dans les années 1990, le FIS (Front islamiste du salut) algérien envisageait les mêmes règles obscurantistes notamment pour les Algériennes. C’est pour cela que celles-ci devaient être les premières à sortir dans les rues pour soutenir les femmes afghanes, mais ce n’est pas le cas.

L’excès de zèle concernant la pratique de la religion et le désir d’avoir des ascendances arabes concernant une grande partie de Maghrébins soulevés par Ibn Khaldûn sont des éléments explicatifs du penchant de ces populations pour fondamentalisme, une pratique rigoriste de l’islam qui persiste aujourd’hui. Pourquoi n’observe-t-on pas, ou pas de cette ampleur, ce phenomene chez d’autres populations islamisées comme en Asie ? C’est une question que je me suis justement posée lorsque j’ai écrit mon ouvrage La nécessaire réconciliation dans lequel j’ai considéré que la réconciliation des populations maghrébines avec leur histoire ancienne et leurs origines, donc avec elles-mêmes, est indispensable pour remédier à beaucoup de leurs problèmes. L’analyse des deux doctrines islamiques,  les plus répandues au Maghreb et même en Afrique à l’exception de la partie la plus à l’est : le malékisme et le soufisme, m’a permis de déduire qu’elles portent une très grande responsabilité dans la relation que les maghrébins entretiennent avec eux-mêmes et pourquoi beaucoup ont préféré s’inventer des origines arabes et sont dans une pratique rigoriste de l’islam.

Cependant, d’autres éléments ne sont pas à négliger dans la compréhension de ce phénomène, telle que celui du pouvoir et de la langue. Concernant la langue, les Amazighs ont fait de leur langue une langue orale, et c’est le cas des autres langues africaines, bien avant l’arrivée de l’islam. Avec l’arabisation des villes, le berbère ou tamazight a reculé vers les zones rurales devenant la langue de la ruralité et de l’illettrisme. Et parce que les hommes et les femmes sont toujours à la recherche d’honneurs, pour les obtenir ils préfèrent adopter une langue de savoir et de pouvoir. Beaucoup de Berbères ont ressenti de la honte à parler le tamazight.

La France a sa part de responsabilité dans la pérennisation de ce phénomène. Dans une note publiée en janvier1991, l’historien français Daniel Rivet raconte que Napoléon III (1808-1873) voulait créer un royaume arabe s’étendant d’Alger à Baghdâd sous la protection de la France ; on peut donc dire que Napoléon III est le précurseur du panarabisme. Daniel Rivet ajoute qu’en arrivant à Alger le 17 septembre 1860, Napoléon III a déclaré dans son discours que le premier devoir de la France était de s’occuper « du bonheur des trois millions d’Arabes ». Ainsi, Napoléon III pour des raisons politiques décide que les trois millions d’Algériens étaient des Arabes. La France a créé au XIXe siècles « Les bureaux Arabes » pour s’occuper des affaires de la population autochtone. Pour elle, il y avait, les Européens et les Arabes, ce qui a consolidé la prétention d’être Arabes chez une partie de la population.

ADN-MED : Vous dites que le malékisme comme le soufisme, dominant en Afrique du nord, sont consubstantiels du retour au passé. Ces deux doctrines imprègnent l’islam urbain ou confrérique. Quid du troisième islam ? Le syncrétisme qui a absorbé des rudiments du dogme et s’accommode de rites païens. Des paysans adorent autant un rocher ou un olivier qu’un saint. Que représente cette croyance si mal étudiée ? A-t-elle un avenir ou peut-elle évoluer dans un monde désormais spirituellement contraint par l’école, les médias, la toile ?

R.A. : Dans cet ouvrage j’analyse l’idée qui revient très souvent chez beaucoup de  Maghrébins et des populations de l’Afrique subsaharienne, selon laquelle le soufisme et le malékisme seraient la solution à tous les problèmes qui se posent au sein de l’islam. Or, ces deux doctrines majoritaires en Afrique font partie des causes des problèmes d’une part et, d’autre part, le croire signifie qu’on pense encore que la solution ne peut venir que du passé et des salafs étant donné que les deux doctrines remontent aux premiers siècles de l’islam.

Or, la solution ne peut venir que d’un esprit libéré de la suprématie du passé présenté constamment comme seul porteur de vérité. Il n’y a pas d’avenir pour ces sociétés si elles ne sont pas capables de regarder vers le futur, de s’émanciper de l’esprit salafiste.

Une des questions qui interpelle beaucoup aujourd’hui est l’échec des mouvements populaires dans les pays à majorité musulmane à révolutionner leurs sociétés. Bien au contraire tous ces mouvements débouchent sur davantage de conservatisme et de renoncement aux acquis de la Nahda donc sur un retour en arrière, au passé. La raison réside justement dans la peur de regarder vers l’avenir qui fait que ces mouvements sont incapables de concevoir des idées nouvelles nécessaires pour créer le changement, c’est-à-dire de réformes sociales et politiques profondes. Vous avez raison de citer l’école car c’est au niveau de l’école que le travail doit commencer. L’école doit cultiver chez les jeunes leurs capacités à s’émanciper intellectuellement et avoir comme objectif de développer en eux l’esprit scientifique. C’était un des projets de la Nahda comme je le dis dans l’ouvrage. Le problème, c’est que l’école n’est pas épargnée par l’impact de la montée du religieux et du retour en arrière.

ADN-MED : Comment expliquez-vous que ce qui a valu dans la chrétienté où l’amazighe Saint Augustin a pu perforer le glacis du dogme pour s’évader philosophiquement avant de faire partager, pour ne pas dire endosser, ses innovations à l‘Eglise ne s’est-il pas produit pour l’islam en Afrique du nord où les autochtones ont investi la surenchère religieuse ?

R.A. : Les maghrébins n’ont pas pu s’évader philosophiquement car la philosophie est l’activité d’une pensée libre capable d’exercer son esprit critique sans contraintes hormis celle de la cohérence et de l’honnêteté intellectuelle. Cette dernière est selon moi très importante.  Or, les Maghrébins ont adopté  des doctrines, le malékisme, le soufisme et l’acharisme, qui ne valorisaient pas la pensée libre, rationnelle et créatrice. Elles sont fondées sur l’idée que la vérité n’est pas construite mais révélée et transmise, autrement dit ne valorisent pas le travail de la pensée. Dans le malékisme, la pensée n’intervient qu’en dernier recours, car la première source du savoir juridique est le Coran, ensuite les hadiths(les paroles) du prophète, ensuite les traditions des compagnons du prophète, ensuite les habitudes des habitants de Médine. Dans le soufisme, la vérité est dévoilée à certaines personnes qui sont les saints. Quant à l’acharisme qui est la doctrine théologique que le malékisme l’islam le plus répandu au Maghreb a adopté vers le xe siècle, il prône le littéralisme, le déterminisme et la théorie du Coran incréé qui ont comme objectif d’empêcher la pensée de s’exprimer. Ces doctrines ne valorisant pas la pensée créatrice et rationnelle font que les musulmans répètent des idées reçues au sujet de leur religion sans jamais les remettre en question, ni les soumettre à l’esprit critique pour vérifier leur degré de véracité. Le problème, c’est que l’islam n’est pas seulement une religion, c’est également un système social, juridique et politique. Ainsi, ont voulu les musulmans qu’il soit en tout cas jusque-là. S’interdire de réfléchir au sujet de l’islam, revient à s’interdire de réfléchir au sujet de la société, du droit et de la politique, de l’art et de la science. C’est à ce niveau-là que se situe le problème de tous les musulmans.

Pour s’évader philosophiquement, il faut croire en soi et en son intelligence, ce que ni le malékisme ni  le soufisme, fondés sur la supérimatie des Arabes, ne permettent au Maghreb et en Afrique subsaharienne. « Il ne peut attribuer (c’est-à-dire Dieu) ce grand message qu’à une nation grande, car seules les grandes nations et les grands peuples peuvent entreprendre les grandes tâches » disait Ibn Badis (1889-1940), fondateur de l’association des oulémas musulmans algériens, en parlant des Arabes. Sachant que Dieu n’a confié aux Berbères aucune grande tâche. Ils ne seraient selon les propos d’Ibn Badis ni une grande nation ni un grand peuple, contrairement aux Arabes. Tout le sentiment d’infériorité des populations maghrébines est incarné dans cette citation d’Ibn Badis.

ADN-MED : L’Afrique du nord a subi les sept plus grandes invasions qu’ait connues la Méditerranée. Sans jamais avoir disposé d’un État centralisé, le parler berbère, les repères mentaux, le rapport à la nature, bref la culture a survécu. Il n’est rien resté, ou si peu, de la civilisation, par ailleurs florissantes, des Étrusques, des Aztèques ou des Incas. Comment expliquer cette résilience ?  

R.A. :  Parce que ces populations n’ont pas abandonné leur langue malgré leur admiration pour la langue arabe, la langue du Coran et du prophète, dans beaucoup de région la langue berbère a continué à être utilisée. Parce qu’elles sont restées attachées à leur culture y compris dans les régions qui se sont arabisées. Une langue et une culture continuent de vivre s’il y a des gens qui s’y attachent et les utilisent. Il y a aussi le fait que l’arabisation s’est faite sur une longue période et n’a touché généralement que les grandes villes et que les Berbères n’ont pas cédé le pouvoir aux Arabes. Je pense que ce dernier élément a aidé à la préservation de leur culture. Bien que beaucoup de ceux qui ont le pouvoir ont prétendu avoir des origines arabes pour avoir la légitimité politique. La plus grande vague d’arabisation en Afrique du nord a eu lieu après les indépendances de ces pays et la généralisation de l’école arabisée mais aussi des moyens de communication orientés vers le Proche Orient. Cependant, et paradoxalement, on constate depuis quelques années une prise de conscience et une résistance pour la protection de la culture et la langue berbère qui concernent également les arabophones qui sont majoritairement des Berbères arabisés.

ADN-MED : Depuis quelques années, des élites nord-africaines assument, chacun à sa manière, de poser la question de la réforme du corpus du Coran. On a vu en Tunisie Heda Ouardi exposer librement ses recherches sur les origines et la transmission du message islamique. Récemment au Maroc l’universitaire Lahcen Oulhaj a produit une contribution remarquée opposant l’islam populaire (néoplatonicien) et celui des puissants (aristotélicien). Vous-même invitez à explorer une vision cultuelle décomplexée pour faire émerger la citoyenneté. Pourquoi est-ce plus dans de cette région que se développe cette audace qui, au fond, soulève la seule vraie question que pose l’islamisme ?

R.A. : Aujourd’hui les questions liées à l’islam et le problème de l’islamisme interrogent beaucoup les musulmans et cela dans tout le monde musulman. En Égypte, l’islamisme, qu’on présente comme synonyme des frères musulmans, est l’un des sujets qui suscitent le plus de débat notamment avec l’arrivée du Général Sissi au pouvoir qui a fait de leur confrérie son opposant politique. Cependant, l’important est de savoir comment la question est posée. Quelle est la réponse ou les réponses qu’on y apporte ? Ces réponses sont-elles capables de résoudre les problèmes qui se posent au sein de l’islam et d’apporter des réponses fiables ? Concernant le terme islamisme, s’il signifie l’islam politique, définition que les Occidentaux lui donnent à partir des années 1970, l’islam est un islamisme étant donné qu’il n’est pas séparé de sa dimension politique et cela depuis l’an 622. D’ailleurs, le terme islamisme est né en Occident. Il n’était pas connu dans la pensée musulmane.

Pour ma part, j’ai toujours considéré que le travail au sein de l’islam était une condition sine qua none pour toute réforme sociale et politique et surtout pour que ces réformes ne soient pas menacées par le retour en arrière qui se fait toujours par une riposte de la part des conservateurs qu’ils mènent au nom de l’islam. J’ai toujours expliqué et plus en détails dans mon ouvrage Islam : quel problème ? Les défis de la réforme que cette réforme doit être tournée vers l’avenir avec pour objectif non pas de changer la charia pour lui permettre de continuer à administrer la société, mais que les croyants puissent vivre leur religion sans se trouver en conflit avec les règles de la société qui sont issues de la raison. C’est pour cela que la réforme de l’islam doit en premier lieu faire que l’islam soit une religion et non une politique.

ADN-MED : A bien vous lire, la victoire des religieux sur les modernistes renvoie au fait que dans les pays musulmans ces derniers n’assument pas le changement avec notamment l’égalité et la liberté de la femme, nœud gordien de l’emprise théocratique. Pourquoi les élites algériennes, tunisiennes ou marocaines marquent-elles un arrêt devant l’obstacle à chaque fois que la rupture s’impose ?

R.A. : Lorsque les pays musulmans voulaient se moderniser au début du XXe siècle, ils se sont heurtés au principe de l’égalité qui ne concerne pas seulement les musulmans par rapport au non-musulmans et les maîtres par rapport aux esclaves mais aussi les femmes par rapport aux hommes. Quand on analyse cette période de modernisation jusqu’à aujourd’hui, on réalise que les musulmans ont accepté les deux premières mais pas la troisième. C’est à ce niveau précisément, c’est-à-dire l’égalité entre les hommes et les femmes, que le principe d’égalité pose problème dans les sociétés musulmanes marquées par le patriarcat.

Aucun de ces pays du monde arabe et du Maghreb n’a reconnu l’égalité entre les femmes et les hommes. Les décisions politiques étaient pourtant aux mains des démocrates mais tous ont affirmé les discriminations à l’égard des femmes au nom de la charia.  Bourguiba n’a pas libéré la femme tunisienne de toutes les discriminations juridiques dont elle était victime. Les modernistes et les démocrates n’étaient pas émancipés de leur désir de dominer l’autre et cet autre était la femme. Le point commun que les démocrates avaient avec les islamistes était celui de soumettre les femmes à la domination masculine, c’est-à-dire de les exclure de la modernité. Les démocrates ont sur ce point précis cédé aux islamistes, ce qui a fait échouer la construction de l’État moderne.

Le problème des discriminations juridiques et sociales dont sont victimes les femmes sont encore un tabou pour la majorité de l’élite intellectuelle et politique alors qu’elles sont au cœur de toutes les difficultés à sortir du passé et de l’archaïsme. Une des conséquences de l’impact de l’islam sur l’évolution sociale, est visible dans le combat féministe. Les femmes revendiquent de moins au moins leur droit d’avoir les mêmes droits juridiques que les hommes. Même quand elles sont universitaires, médecins ou ingénieur, elles acceptent au nom de la religion d’être juridiquement inférieurs

ADN-MED : Votre vision de l’occident laisse perplexe. Source des lumières, ses tergiversations le place, selon vous, en situation de vulnérabilité historique critique. Vous donnez en exemple les récurrences qui caractérisent les reculs ou démissions devant la guérilla du voile pour illustrer une forme de défaite idéologique qui ne s’avoue pas.  Pourquoi cette indolence ? Fin de cycle inéluctable comme en ont connu d’autres civilisations ? Culpabilité post-coloniale mal cicatrisée ? Recul devant un islam à plusieurs visages mais toujours conquérant ?…  

R..A. : La civilisation occidentale traverse une période très difficile. Elle est fondée sur des valeurs, l’égalité et la liberté, qu’elle n’est plus capable de défendre. Aujourd’hui beaucoup d’Occidentaux défendent le port du voile alors qu’il est fondamentalement discriminatoire. Il suffit de se rappeler qu’il est imposé aux femmes et non aux hommes et que son objectif est de distinguer les femmes voilées dites « pudiques » des femmes non-voilées dites « non-pudiques » qui mériteraient d’être agressées. Logiquement une civilisation qui n’est pas capable de défendre ses fondements est une civilisation en déclin. Nous verrons ce que dira l’avenir car quand il s’agit du comportement humain, celui-ci est capable de changer le cours de l’histoire. L’égalité entre tous les êtres humains, notamment entre les femmes et les hommes, est ce que la civilisation occidentale a offert de plus noble et de plus précieux à l’humanité. Ce sont ces valeurs qui ont permis aux musulmans d’abolir l’esclavage et le système de la dhimmitude, sans aller au point de reconnaître l’égalité entre les hommes et les femmes. Si l’humanité renonce à l’égalité de tous les êtres humains en droit et dignité, c’est à un pan entier de son évolution vers la maturité qu’elle renoncera.

Quant aux causes de cette indolence, comme vous dites, elles sont multiples. Les nouvelles idéologies déviantes, arrivant notamment des États-Unis, qui travestissent le sens des termes égalité et liberté, les problèmes économiques qui font qu’on s’inquiète de son compte bancaire que des valeurs humanistes. Les pays riches qui répandent un islam radical et conquérant ont compris la logique du capitalisme et ils l’utilisent à leur profit.

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ALGERIE : « SOS-DISPARUS » DANS LE COLLIMAEUR DU POUVOIR  

A l’inverse de l’Afrique du sud ou du Maroc qui assumèrent vérité et justice, l’Algérie opta pour le déni.

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ALGERIE : « SOS-DISPARUS » DANS LE COLLIMAEUR DU POUVOIR

Née à la fin des années 90 pour défendre le droit à la justice et à la vérité aux familles dont des membres ont été victimes de disparitions forcées lors de la « décennie noire », l’association « SOS-disparus » risque de connaître le même sort que la LADDH. 

Arbitraire d’Etat 

Quelques jours seulement après la confirmation de la dissolution de la ligue algérienne de défense des droits de l’homme, LADDH, l’association « SOS-disparus » se retrouve, à son tour, dans le collimateur des autorités. Mercredi, aux alentours de 18 heures, deux policiers dont un en uniforme et l’autre en civil se sont présentés au siège de l’association sise à Alger. A l’avocate qui leur a ouvert la porte, ils ont demandé après le propriétaire pour lui remettre une convocation.  

« Le document de format A4 entre les mains de l’officier de police n’avait nullement l’apparence d’une convocation. Un document plutôt très inquiétant », indique l’association dans un communiqué publié sur sa page Facebook. SOS-disparus ne fournit pas davantage de détails sur cette intervention. Mais, en ciblant le propriétaire de l’appartement servant de local à l’association, laquelle n’a pas d’existence légale malgré toutes les démarches entreprises, les autorités entendent visiblement la réduire au silence par les pressions ou les intimidations. « Les familles de disparus déclarent aux plus hautes instances algériennes que la rue les a vus naitre, elles continueront d’y grandir et d’exister tant qu’elles n’auront pas trouvé de réponses à leurs questions, avec ou sans local », promet l’association.

Le déni fait loi

La question des disparitions forcées est considérée comme « close » par les autorités algériennes à la faveur de la charte pour la paix et la réconciliation nationale adoptée en 2005. A l’inverse de l’Afrique du sud ou du Maroc où des instances « vérité et justice » ont pu avoir une fonction de catharsis dans les sociétés, le pouvoir algérien a préféré la voie du déni. Outre les indemnisations proposées aux familles, cette charte disculpe les agents de l’Etat éventuellement impliqués dans les disparitions et interdit l’évocation de la « tragédie », selon le vocable officiel. « Aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vertu de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation et de la préservation des institutions de la République algérienne démocratique et populaire», dispose l’article 45 de la charte, tandis que l’article 46 prévoit qu’« est puni d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 250 000 dinars algériens à 500 000 dinars algériens, quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à l’honorabilité des agents qui l’ont dignement servi, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international ». 

Officiellement, le nombre de disparus est estimé à plus de 8000 personnes, dont la plupart des familles a été indemnisée, alors que les ONG évoquent le nombre de 24000. Mais l’association « SOS-disparus », non convaincue de la démarche officielle, a toujours poursuivi son combat en faveur de la « vérité » et de la « justice ». Durant ces dernières années, ses locaux ont même été ouverts aux activistes et autres avocats pour organiser leurs rencontres. « SOS disparus et le CFDA (comité des familles des disparus en Algérie) appellent à la solidarité inconditionnelle à toutes les organisations de défense des droits de l’homme en Algérie qui subissent la répression d’un Etat autoritaire. Nos associations représentent les derniers bastions démocratiques à donner une voix aux victimes des violences de l’Etat algérien », conclut le communiqué. 

Longtemps sujet tabou, carte de pression de certains organismes internationaux et de formations politiques à la fin des années 90 sur le régime algérien, « SOS disparus » qui limite ses investigations aux seules disparitions attribuées aux agents de l’Etat connut une période de controverses du fait qu’elle refusait d’intégrer dans ses investigations les disparitions dont s’étaient rendus coupables les groupes islamistes. Une attitude qui priva l’association de soutiens de cercles intellectuels et politiques qui voyaient dans son approche, une partialité que ces acteurs interprétèrent comme un alignement sur les thèses des islamistes qui nient ou occultent leur responsabilité dans des enlèvements individuels ou collectifs de civils. Il demeure que le rouleau compresseur du régime n’épargne aucune structure qui échappe à son contrôle et ceci indépendamment des orientations idéologiques des animateurs.

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Politique

26 ASSOCIATIONS TUNISIENNES SOLIDAIRES DE LA LADDH

La société civile tunisienne promeut et assume la solidarité nord-africaine

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26 ASSOCIATIONS TUNISIENNES SOLIDAIRES DE LA LADDH

La dissolution aussi abusive que rocambolesque dont a fait l’objet la LADDH a surpris puis révolté l’opinion nationale. La plus ancienne organisation autonome de la société civile algérienne vient de recevoir le soutien de 26 associations tunisiennes activant dans le pays ou la diaspora.

Le communiqué qui revient sur les motifs fallacieux et illégaux qui ont présidé à cet abus d’autorité ( Voir ADN-Med du 23 janvier ) « condamne la décision arbitraire de dissoudre la LADDH » et rappelle que cette sanction  «  coïncide avec une campagne de criminalisation et de diabolisation de la LADDH et s’inscrit dans le cadre de l’engagement de poursuites, d’interdictions et de (sic) d’emprisonnements qui visent les organisations et les médias indépendants dans le but d’intimider, d’assujettir et d’étouffer toute voix critique discordante. »

Malgré les tentatives assumées du régime de Kaïs Saïed d’en venir à bout, la société civile tunisienne promeut et assume la solidarité nord-africaine. Elle manque en effet rarement l’occasion de témoigner son soutien aux citoyens ou organisations algériennes et marocaines, victimes de la répression des régimes qui sévissent dans leurs pays respectifs. Une culture citoyenne qui, jusque-là,  n’a pas d’équivalent dans les deux autres nations d’Afrique du nord où les militants ne parviennent pas à se mobiliser quand des violations des lois sont commises au-delà de leurs propres frontières. En l’occurrence, le message insiste sur l’impératif de la cohésion qui doit lier les trois peuples. 

« Les organisations et les associations tunisiennes soussignées, partant de leur conviction en l’unité de la lutte des peuples du Grand Maghreb pour la liberté, la dignité, la justice et la souveraineté contre toutes les formes de tyrannie et d’arbitraire, proclament leur pleine solidarité avec la ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme et ses militants… »

Par ailleurs, « Les signataires appellent les autorités algériennes à revenir sur leur décision arbitraire ( …) et à respecter les libertés individuelles et publiques, au premier rang desquelles la liberté d’opinion et d’expression et le droit d’association »

Pour rappel, les fondeurs de la LADDH avaient pris langue avec les dirigeants de la Ligue tunisienne, la LTDH dès 1983, c’est à dire bien avant de lancer leur initiative en Algérie. Première ONG œuvrant à la promotion des droits de l’homme en Afrique du Nord et déjà affiliée à la FIDH, l’expérience de la LTDH fut, selon les témoignages de ces membres, d’une grande utilité quand il fallut affronter le régime et déjouer les manœuvres de diversion et de désinformation que ce dernier déploya sur la scène internationale.

Les organisations signataires :

  • Coalition Tunisienne Contre la Peine de Mort
  • Organisation contre la torture en Tunisie
  • Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme
  • Syndicat National des journalistes Tunisiens
  • Association Tunisienne des Femmes Démocrates
  • Association Tunisienne pour la vigilance et l’Etat civique
  • Observatoire National Pour la Défense du Caractère Civil de l’Etat
  • DAMJ : Association Tunisienne pour la justice et l’égalité
  • Association Beity
  • Forum de la pensée citoyenne et progressiste
  • Organisation AL-Bawsala
  • Organisation du Martyr de la liberté Nabil Barakati -Mémoire et Fidélité
  • Association pour la promotion du droit à la différence
  • Association Tunisienne de Défense des droits de l’Enfant
  • Association Tunisienne de l’Action Culturelle
  • Association des Tunisiens en France
  • Comité de vigilance pour la démocratie en Tunisie-Belgique
  • Association Tunisienne des Droits et Libertés
  • Groupe Tawhida Ben Chikh, recherche et action pour la santé des femmes
  • Association Mawjoudin We Exist
  • Association Joussour Citoyenneté 
  • Danseurs Citoyens Sud
  • Association Femme et Citoyenneté
  • Association Intersection pour les Droits et les Libertés
  • Association Legal Agendas Tunisia
  • Association Bina
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Politique

FRANCE-MAROC :  LA CRISE ?

Acculé, le Maroc dénonce la complicité de la France et de l’Europe avec…l’Algérie.

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FRANCE-MAROC : LA CRISE ?

La tension est vive entre Rabat et Paris. Une campagne politico-médiatique engageant le Parlement et les médias périphériques du Palais royal accuse la France d’avoir fomenté la condamnation quasi-unanime du Parlement européen dénonçant les atteintes aux libertés de la presse et l’emprisonnement des journalistes dans le Royaume. La résolution des eurodéputés est d’autant plus mal vécue à Rabat qu’elle fait suite au scandale de corruption qu’on appelle désormais à Bruxelles et Strasbourg le Marocgate.  ( voir ADN-Med du 20 janvier. )

Dépit marocain

Les attaques marocaines sont suffisamment directes et nombreuses pour susciter une réponse officielle de la part de la porte-parole du Quai d’Orsay, Anne Claire Legendre qui rassure : « Nous sommes au contraire dans un partenariat d’exception que nous entendons nourrir », et d’insister pour préciser que son pays inscrivait sa relation avec le Maroc « dans les 10 à 20 ans » qui viennent. Une manière de suggérer que le réchauffement qui caractérise les relations franco-algériennes et qui hérisse bien des poils à Rabat, ne peut se faire au détriment de l’amitié franco-marocaine, autrement plus ancienne et stable.

Le Maroc, qui traverse actuellement une tempête diplomatique et médiatique dont il se serait bien passé, s’indigne pêle-mêle de l’arrogance de l’ancienne puissance coloniale et de la trahison d’un pays ami. Les deux chambres du parlement réunies en sciences extraordinaire, déclarent être « profondément préoccupées » à la suite des « allégations selon lesquelles les autorités marocaines auraient corrompu des députés au Parlement européen. » Le député Ahmed Touizi résume assez bien le message que sont chargés de délivrer les officiels de la classe politique marocaine : « Dans les coulisses de cette décision ( la résolution du parlement européen NDLR )  se cache un pays que l’on croyait ami et partenaire sûr mais l’odeur du gaz lui a fait perdre la tête. » Allusion on ne peut plus claire aux multiples et récentes visites que se rendent les autorités françaises et algériennes.

En plus de se retrouver sur la sellette au Parlement européen où il était jusque-là considéré comme le partenaire du Sud le plus fiable, Rabat suit avec inquiétude et agacement la densité des échanges qui se développent entre Alger et Paris. Le site Hespress écrit que la résolution de Strasbourg ciblant le Royaume a été « dirigée par la France pour satisfaire sa nouvelle alliance avec l’Algérie ».  Preuve de cette coupable complicité ? Les eurodéputés du parti du président français « ont voté à l’unanimité » le texte condamnant les violations de la liberté de la presse au Maroc. Une accusation que la porte-parole du Quai d’Orsay balaie d’un revers de la main en rappelant que « le Parlement européen exerce ses prérogatives de manière indépendante. » Même Jeune Afrique, pourtant très prudent quand il doit traiter de l’épineux dossier algéro-marocain, se désole : « Maladresses, faux pas et incompréhensions se multiplient entre Paris et Rabat », ce qui ne facilitera pas un « retour à la normale », écrit le magazine fondé par Bechir ben Yahmed

Le dépit marocain est tel que la visite d’Emmanuel Macron prévue pour le premier trimestre 2023 n’est toujours pas fixée.

Ambiguïtés européennes

Au Maroc, nul ne peut aborder le fond d’un problème qui ronge sa diplomatie. Le lobbying de Rabat fraie souvent avec la tentation permanente d’exporter les largesses que dispense le Palais à ses sujets quand il décide de gratifier une allégeance. Faute de pouvoir évoquer ce travers, on pointe les ambiguïtés qui accompagnent la charge des parlementaires européens contre Rabat. Et il est vrai qu’il y a matière à spéculation. La résolution du Parlement européen est arrivée bien après les condamnations abusives qui avaient frappé les journalistes marocains des mois voire, pour certains, des années auparavant. Du coup, on saisit cette concomitance pour souligner que cette décision a d’abord été une sanction qui fait suite à l’éclatement du scandale de corruption qui a éclaboussé le Maroc et le Qatar visés par des enquêtes révélant les méthodes peu orthodoxes employées par ces deux pays pour circonvenir des eurodéputés indélicats. Vite faite, la relation de cause à effet donne prise au discours tiers-mondiste qui soutient que la défense des droits de l’homme prônée par l’Occident est bien souvent une opération à la carte qui sert à faire pression sur les Etats du sud dans des circonstances particulières. Et de citer l’Algérie épargnée par les interpellations européennes – parce que protégée par Paris, susurre-t-on à Rabat – alors que le pays subit un hiver démocratique où la presse est l’une des premières victimes.

Entre la France et le Maroc plane toujours l’ombre de l’Algérie. Présentement, Rabat se plait à mettre en avant ses relations historiques avec les Etats-Unis dont il accuse la France de mal accepter l’excellence. Une diversion de plus pour éluder le conflit, pour l’instant diplomatique, qui oppose deux voisins que tout invite à coopérer et qui demeure le nœud gordien de l’instabilité chronique de l’Afrique du nord.    

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Politique

CHENGRIHA A PARIS : LE FOND ET LA FORME

La visite du militaire algérien à Paris précède et fixe le contenu et le sens de celle que doit effectuer au mois de mai le président Tebboune

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CHENGRIHA A PARIS : LE FOND ET LA FORME

Le chef de l’état-major de l’armée nationale populaire algérienne, l’ANP vient de clore ce jeudi 26 janvier une visite de quatre jours à Paris au cours de laquelle il a rencontré son homologue français après avoir été reçu par le président français et son ministre des armées, Sébastien Lecornu ; un ordre protocolaire qui souligne le poids de l’institution militaire dans le système politique algérien.

Nouveau décor

Si les secousses politiques récurrentes ont peu influé sur la qualité des relations qu’entretiennent les armées des deux pays, vérifiées notamment par la bonne coopération de leurs services de renseignement, les déplacements de responsables militaires de haut rang, qui plus est sur une période aussi longue sont peu fréquents. Du reste, les communiqués sanctionnant ces liens sont peu diserts. L’Algérie, soucieuse de préserver sa rhétorique anticolonialiste préfère afficher les exercices communs effectués avec les militaires russes ou d’autres partenaires et la France évite d’insister sur l’exposition d’une institution qui a conduit une guerre sanglante qui a meurtri les populations locales, épisode que n’hésitent pas à lui rappeler les officiels algériens à chaque poussée de fièvre survenant entre les deux capitales. 

Cette visite n’échappe pas à la règle : elle a servi à définir « les perspectives et les voies permettant de consolider la coopération dans les deux domaines militaire et sécuritaire », fait savoir le ministère de la défense algérienne dans un communiqué lapidaire. Pour leur part, les médias de l’Hexagone se sont contentés de signaler l’arrivée du militaire algérien à Paris.  

Il faut donc chercher ailleurs les explications qui font de ce déplacement un évènement particulier. Sa durée, quatre jours, son agenda – il survient à peine cinq mois après le voyage du président français qui avait eu à Alger une séance de travail avec la haute hiérarchie militaire algérienne, une première, et il précède la visite du président Abdelmadjid Tebboune, programmée pour le mois de mai –, autant d’éléments qui font que les observateurs initiés aux arcanes de la politique algérienne ont scrupuleusement suivi les faits et gestes du chef de l’état-major de l’ANP.

Les militaires algériens, apparaissent rarement sur la scène politique et encore moins quand il s’agit d’échanges avec la France. Cette visibilité assumée atteste d’une démarche inédite. Tout se passe comme si l’armée, véritable détentrice du pouvoir, entendait fixer dans l’intimité des cabinets les règles devant désormais lier les deux nations et les objectifs auxquels elles doivent tendre avant que ces accords ne soient rendus publics au printemps lors de la visite du chef de l’Etat algérien. 

Alger a la main

Dans les milieux français, les commentaires se font encore plus discrets. Les relations avec l’Algérie se remettent d’une violente brouille, pas question donc de prendre le moindre risque de perturber une lune de miel que Macron entend bien prolonger en mariage de raison faute de le vivre dans la passion que célèbrent les amoureux des deux peuples. Paris qui a fait son deuil de la singularité de son histoire avec Alger veut rester pragmatique avec des dirigeants qui tiennent toujours à cultiver leur statut de colonisé pour empêcher l’émergence de rapports transparents et horizontaux où des gouvernements adultes pourraient se parler en tant que tels.

Pour Alger le message est clair. Si la France renonce à son soft power en Algérie, c’est-à-dire qu’elle accepte la disparition de langue française et qu’elle s’abstient de commenter le caractère despotique du régime en place, les affaires peuvent prospérer. Le pouvoir apprécie d’ailleurs que le chef de l’Etat français – jugé peu convaincu de la réalité de la culture française et insensible aux  ressentis subjectifs légués par l’histoire – ait rétropédalé sur les jugements crus qu’il avait portés sur la nature du régime algérien en 2021. Sitôt le regret esquissé, les entreprises françaises furent informées qu’elles allaient accéder au marché algérien et, pourquoi pas, voir le volume commercial de leurs exportations revenir à des niveaux qui pourraient avoisiner ceux qui avaient longtemps fait de la France le premier fournisseur de l’Algérie. Le deal est simple : silences contre contrats. Sur le plan économique, les choses étaient bien engagées après la visite de la première ministre française qui a rapidement suivi celle de son président. Il restait à étendre la nouvelle vision aux domaines militaires.  

Au lendemain de l’indépendance et malgré le choix de la proximité avec l’URSS, la coopération militaire algéro-française  était dense, notamment en matière de formation. Beaucoup de hauts gradés algériens ont bénéficié d’un stage, d’une mise à niveau ou d’une spécialisation dans l’une des grandes écoles militaires françaises et ceci pour toutes les armes.

Avec le déclin de la langue française, ces cycles se rarifièrent pour être effectués en Russie (qui a toujours accueilli des militaires algériens), dans certains pays anglo-saxons, plus rarement ceux de l’ex Europe de l’est et quelques académies arabes.

C’est donc une vieille tradition que cherche à restaurer l’état-major algérien. Pourquoi ?

On vient de le voir, business is business, et la France où vit une communauté importante d’Algériens sensibles au destin de son pays d’origine, a décidé « de stériliser émotionnellement » ses rapports avec son ancienne colonie. Le quai d’Orsay n’a pas soufflé mot sur les abus d’un pouvoir décidé à caporaliser la société. Sensible à cette compréhension, les responsables algériens font autant de concessions économiques que nécessaire pour obtenir les silences complices sans lesquels il leur serait vain de postuler à un minimum de respectabilité internationale.

Un autre problème pèse sur cette conjoncture où se croisent les considérations diplomatiques et géopolitiques. En effet, en Afrique du nord, Paris vit un ménage à trois. Pour voler le statut de partenaire privilégié à Rabat, Alger est prêt à bien des accommodements voire des sacrifices. Après avoir accusé le coup suite à l’alignement de Madrid sur les positions marocaines dans le dossier du Sahara occidental, les Algériens suivent avec une jubilation non dissimulée le scandale de corruption dans lequel se débat le Royaume au Parlement européen. Dans l’immédiat, Rabat n’est plus le vis à vis fiable et prévisible que choyait l’Union européenne et Alger compte bien pousser la situation à son avantage.

Enfin, le déclassement de la France au Sahel – où l’Algérie reste particulièrement présente et active -, met cette dernière dans un rapport de force qui lui est largement favorable.

Limites d’une entente

A première vue, la France semble avoir cautérisé les béances politiques et les aigreurs subjectives qui minaient ses relations avec le système FLN. Les données sur lesquelles repose cette nouvelle entente sont factuellement justes. Mais à y regarder de près, les règles qui fondent le new deal algéro-français sont stratégiquement erronées pour certaines et aléatoires pour d’autres, autant de considérations qui annoncent, à terme, des retours de flammes à hauts risques.   

La sous-traitance sécuritaire tacite concédée par la force des choses à l’Algérie au Sahel sera rapidement confrontée à un conflit de loyauté que ne peut longtemps compenser le grand écart auquel se livrent les Algériens. Pour le président français, les milices russes Wagner présentes en Libye, au Mali, en Centre Afrique et bientôt au Burkina Faso sont une manifestation de l’impérialisme russe qui surfe sur les ressentiments post-coloniaux. Une analyse que ne peut se permettre d’entendre Alger pour qui Moscou reste un allié, c’est un euphémisme, de premier choix qui pourvoit à l’essentiel des besoins de son armée. Par ailleurs, dans la crise ukrainienne, la position du pouvoir algérien – qui aspire à rejoindre les BRICS – confirme ses préférences pour le futur ordre mondial auquel travaille le Kremlin et où les autocraties se présenteraient comme une alternative à la démocratie occidentale décadente.  

Sur le plan régional, rien ne dit que les difficultés passagères essuyées par le Maroc – qui sont aussi des signes d’un régime conservateur qui peine à s’affranchir de pratiques féodales qui handicapent d’abord le citoyen marocain – ne seront pas dépassées par la dynamique d’ouverture amorcée, entre autres, par « les accords d’Abraham ».

Autre erreur d’appréciation stratégique : l’émigration.  Passer par perte et profit la communauté algérienne résidant en France – potentiel levier de connexion féconde entre les deux pays –  en encourageant la Mosquée de Paris à accomplir des missions dévolues à l’ambassade et celles de la défunte et sinistre Amicale des Algériens en Europe est un pari risqué. L’expérience a montré que s’agissant de l’islam, la délégation de l’autorité politique au dogme religieux, quand bien même celui-ci serait-il incarné par un profil bcbg, pour espérer canaliser ou, plus grave, former les esprits, a en définitive toujours profité aux radicalismes. C’est parce que l’Algérie a confié son école aux Oulamas que le fondamentalisme a prospéré.

Reste la question énergétique. Consommant l’essentiel des ressources financières tirées de ses hydrocarbures pour importer des produits de première nécessité, l’Algérie n’a pas pu investir suffisamment pour augmenter ses capacités de production gazière. Tenue par des contrats qui la lie à l’Espagne et ayant fait le choix d’alimenter massivement l’Italie qui envisage d’être un hub pour le gaz algérien, elle ne peut satisfaire d’autres demandes, en tout cas pas dans les prochaines années.

Enfin, tirer profit d’un exode des cadres algériens poussés à l’exil par l’indigence d’un pouvoir que l’on se choisit comme l’un de ses partenaires privilégiés dans le sud ne peut constituer un projet de construction géopolitique viable sur les moyen et long termes.  On ne peut pas coopérer durablement avec un pays qui ne parvient pas à retenir, rassurer et séduire ses enfants.

Cette difficulté à définir des perspectives communes crédibles et performantes pouvant garantir la stabilité dans la Méditerranée occidentale et en Afrique du nord est aggravée par l’incapacité des élites algériennes à porter un projet démocratique alternatif. 

Dans la nouvelle relation algéro-française, la tactique prime la stratégie. En s’occupant des effets et en occultant délibérément les causes de leurs mésententes, Paris et Alger peuvent se procurer une période de répit, ce faisant elles auront différé – et à quel prix ? – les moments de vérité que n’ont pas voulu traiter des régimes qui gouvernent deux peuples qui, quoi qu’on dise, ont vécu ensemble pendant plus d’un siècle et qui sont plus que jamais interdépendants.      

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Politique

LA SOUS-SECRÉTAIRE US SISON A ALGER : UNE VISITE PARTICULIERE

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LA SOUS-SECRÉTAIRE US A ALGER : UNE VISITE ET DES QUESTIONS

La sous-secrétaire américaine Michele SISON en charge des organisations internationales est arrivée à Alger ce mardi où elle a été reçue par le président algérien. « Ma visite était une opportunité pour renforcer et élargir notre coopération avec l’Algérie et cerner ses priorités au sein du réseau onusien et du conseil des Droits de l’Homme, étant donné que l’Algérie et les Etats-Unis sont des membres élus au sien de ce conseil », peut-on lire auprès de l’agence officielle APS qui rapporte la déclaration de madame SISON.

Interpellation

La sobriété de cette dépêche contraste avec les termes de la conférence de presse tenue par la sous-secrétaire d’État américaine à l’ambassade des USA à Alger – où elle a reçu des activistes des droits de l’homme et des journalistes – et au cours de laquelle elle a donné plus de détails sur les propos qu’elle a adressés aux responsables algériens : « la société civile, y compris les défenseurs des droits de l‘homme et les journalistes indépendants, peuvent être des partenaires essentiels pour le gouvernement et en tant qu’État membre ( du conseil des droits de l’homme, CDH, NDLR ) qui cherche à mettre en œuvre ses engagements internationaux en matière de droits de l’homme pour tous. » Le décalage qui caractérise les actes du pouvoir algérien avec ses déclarations publiques et ses obligations internationales semblent avoir constitué une partie importante du message délivré par madame Sison. : « Nous tenons à souligner que l’expérience a montré que lorsque les gens sont en mesure d’exercer leurs libertés fondamentales (…) les sociétés sont plus pacifiques et plus prospères. » Concernant la question de l’adhésion de l’Algérie au CDH pour ce mandat de trois ans, la responsable US a déclaré : « Aux Etats-Unis et dans le monde, les journalistes indépendants et les médias indépendants sont des piliers essentiels de la démocratie et de la société civile (…) L’Algérie s’est présentée et a été élue au CDH. Nous avons tous la responsabilité de respecter ces priorités ».S’agissant du problème de l’examen périodique des droits de l’homme en Algérie qui a eu lieu à Genève au mois de novembre et pendant lequel le régime algérien a essuyé des critiques de la plupart des pays démocratiques, madame Sison a insisté sur le fait que le pays doit accepter les « visites de rapporteurs spéciaux de l’ONU lorsque de telles demandes sont faites. », chose à laquelle l’Algérie ne souscrit pas toujours de bonne grâce.

Alger sur la sellette

Ce déplacement survient dans un contexte de rétrécissement particulièrement sévère des libertés, la dernière décision liberticide concerne deux projets de loi portant sur l’exercice du droit syndical et le droit de grève. Des textes si restrictifs qu’ils ont été rejetés même par la très officielle Union générale des travailleurs algériens, l’UGTA.

Depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune au pouvoir en 2020, L’Algérie s’est engagée dans une politique de repression permanente qui conjugue les arrestations arbitraires et les dissolutions des associations de la société civile. Plus de 300 personnes, dont certaines sont en détention préventive depuis plus d’une année, croupissent toujours en prison et, récemment encore, le Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, créée en 1985, a été dissoute ( voir ADN-Med du 23 janvier) après une décision de justice prise le 29 septembre sans que l’organisation concernée ne soit informée de la sanction qui l’avait frappée. Auparavant, d’autres structures de la société civile comme SOS Bab El Oued, Rassemblement action jeunesse, RAJ ou l’organisation caritative CARITAS avaient connu le même sort.

Radio M, dernier media libre algérien, a vu son directeur El Kadi Ihsane arrêté le 24 décembre et ses locaux mis sous scellés. Un abus qui a provoqué une réaction du département d’Etat-américain dont le porte-parole a déclaré à cette occasion : « Nous avons relevé et continuerons de relever le rôle essentiel de la presse auprès du gouvernement algérien (…) nos relations bilatérales dans le monde sont renforcées lorsqu’il y a des progrès dans le domaine des droits de l’homme, y compris ceux liés à la liberté d’expression ».

D’aucuns n’hésitent pas à poser la question de savoir si cette arrestation n’a pas précipité – ou même si elle n’est pas à l’origine – de la visite de madame Sison en Algérie.

Certaines décisions du régime sont prises en dehors de toute légalité, les dirigeants ayant fait le choix de jouer de la terreur pour tétaniser les citoyens dans et en dehors du pays. Outre les arrestations d’activistes de la société civile, des émigrés rentrés au pays pour des raisons familiales ou professionnelles font régulièrement l’objet d’interdiction de sortie du territoire national, ISTN.

Pour l’instant, le pouvoir algérien semble tabler sur la crise ukrainienne qui accapare l’opinion internationale pour réintroduire et imposer les canons de la pensée unique chers au FLN.

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TUNISIE : L’UNIVERSITAIRE CHAIMA ISSA DEVANT LA JUSTICE MILITAIRE

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TUNISIE : L’UNIVERSITAIRE CHAIMA ISSA DEVANT LA JUSTICE MILITAIRE

Militante des droits humains, journaliste, membre du Collectif « Citoyens contre le coup d’État » et du Comité politique du Front de Salut national, Chaima ISSA est une figure connue des luttes démocratiques tunisiennes. Elle devra comparaitre le 27 janvier 2023 devant le Tribunal militaire de 1ère Instance de Tunis pour répondre de trois hallucinants chef d’inculpation ; à savoir : « l’incitation, par n’importe quel moyen, d’un groupe de plus de trois militaires, à la désobéissance, la résistance et l’exercice des violences contre le supérieur hiérarchique », « offense au chef de l’État » et, enfin, « la production, la diffusion, l’envoi, la rédaction de fausses nouvelles et données, de rumeurs, dans le but de porter atteinte aux droits d’autrui ou de porter préjudice à la sureté publique ou à la défense nationale ou de semer la terreur parmi la population ».

Motif de ces accusations ? Avoir déclaré sur Radio IFM le 22 décembre 2022 que devant « l’impasse constitutionnelle et politique dans laquelle se trouve le pays depuis le coup d’État du 25 juillet 2021, l’effondrement économique qui sévit, l’échec des élections du 17 décembre 2022 » elle « doute que les institutions de défense du pays continueront de soutenir un tel processus, notamment le second tour d’élections législatives fictives ».

Cette convocation a provoqué un tollé dans la société civile tunisoise où un « Comité de soutien à Chaima ISSA » rassemblant les grands noms des mondes universitaire, médiatique, associatif et politique s’est aussitôt mis en place pour dénoncer la dérive autoritaire du régime et les dangers que représente le recours abusif à la justice militaire pour harceler les opposants.

On retrouve parmi les premiers signataires les noms de la juriste Sana Ben Achour, Bochra Bel Haj Hmida, avocate féministe et ancienne présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité, COLIBE, Kamal Jendoubi, ancien ministre et ancien président de l’instance supérieure indépendante pour les élections, ISIE, Khadija Cherif, ancienne vice-présidente de la FIDH, Souhair Belhassein, présidente d’honneur de la FIDH, Yadh Ben Achour ancien doyen et président du comité des droits humains, Hatem Nafti, journaliste, essayiste…

C’est sous le pouvoir de Kaïs Saïed, juriste de profession, que la dérive politico-judiciaire, banalisant l’implication de la justice militaire, connait en Tunisie une ampleur rarement égalée.

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TUNISIE : CINQ IMMOLATIONS PAR LE FEU EN UNE SEMAINE

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TUNISIE : CINQ IMMOLATIONS PAR LE FEU EN UNE SEMAINE

C’est l’avocat et fondateur du parti Erray el wataniya, Mabrouk Korchid qui s’alarme dans un post publié ce dimanche : cinq personnes se sont immolées par le feu en l’espace d’une semaine. Toutes les victimes ont réagi à des situations sociales désespérées. La dernière en date est un ouvrier qui est venu devant le siège du gouvernorat de Nabeul pour mettre fin à ses jours ce samedi.  Évacué à l’hôpital, l’homme a succombé à ses blessures.

Le message particulièrement tranché est une interpellation adressée directement au président  Kaïs Saïed auquel il reproche son incapacité à se connecter avec la dégradation d’une situation intenable : «  le nombre de personnes décédées après s’être immolées par le feu en une semaine dépasse celui de ces vingt dernières années », relève l’avocat qui ne manque pas de dénoncer la pompe des déplacements des membres du gouvernement qui mobilisent des escouades d’agents pour paralyser la circulation.

Mabrouk Korchid qui stigmatise un pouvoir qui cherche « à jeter en prison des opposants à travers des procès injustes » prévoit une fin ubuesque à des responsables qui se donnent en spectacle « avec une cravache » pendant que « les pauvres brûlent et que les opposants sont opprimés. »

En Tunisie le climat social se détériore dangereusement, la situation financière du pays reste tributaire d’aides internationales qui tardent à venir – le FMI a récemment différé une réunion devant traiter un prêt de 1,9 milliard de dollars – la répression multiforme sévit quotidiennement, l’opposition se mobilise mais reste divisée à cause du sulfureux parti islamiste Ennehdha.

A Tunis toutes les chancelleries sont suspendues à une question à laquelle elles peinent à répondre : combien de temps peut durer cette situation ?  

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ALGERIE : LA LIGUE DE DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME OFFICIELLEMENT DISSOUTE

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ALGERIE : LA LIGUE DE DEFENSE DES DROITS DE L’HOMME OFFICIELLEMENT DISSOUTE

L’hiver qui sévit sur la société civile en Algérie n’est pas près de se dissiper : la ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), créée en 1985 a été officiellement dissoute.

C’est l’organisation elle-même qui le confirme, ce dimanche, authentifiant ainsi un document publié il y a quelques jours sur les réseaux sociaux par un ex fonctionnaire du ministère de l’intérieur. Créée au milieu des années 80 par un groupe de militants, à la tête desquels se trouvait le défunt Ali Yahia Abdenour, qui avaient défié le régime du parti unique et qui furent condamnés à de lourdes peines de prison.

« La Ligue Algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) confirme, ce dimanche 22 janvier 2022, l’authenticité du document balancé le 18 janvier sur les réseaux sociaux par une tierce personne, d’une manière intrigante et illégale, relatif à un arrêt du tribunal administratif d’Alger portant sur la dissolution de la LADDH », rapporte l’organisation dans un communiqué rendu public. Tenue à l’écart et dans l’ignorance de la procédure, la LADDH note que le jugement portant sa dissolution remonte au 29 septembre dernier. C’est en juin que le tribunal administratif avait statué en faveur du ministère du l’intérieur, auteur d‘une requête introductive réclamant la dissolution de l’organisation déposée un mois plus tôt.

« Comme d’autres organisations et partis politiques, la LADDH paye son engagement, au même titre que des millions d’Algériens et Algériennes, dans le mouvement pacifique du Hirak. Un engagement pour la démocratie, les libertés et les droits humains », estime cette structure, Agréée à la faveur de la Constitution de 1989, la LADDH se distinguera par ses prises de position politique et une grande activité en faveur des droits humains. Mais, dès 1989, elle connaîtra de graves dissensions concernant la neutralité de ses statuts et la finalité de ses objectifs. Conflit qui aboutit à l’émergence de plusieurs ailes, qui entacheront sérieusement sa crédibilité et son influence.

Les arguments avancés par les autorités sont les mêmes que ceux qui ont servis à attenter à d’autres organisations de la société civile.

 « La question de la conformité avec la loi sur les associations a toujours fait objet de blocage et d’instrumentalisation de la part des pouvoir publics », ajoute le texte, comme pour suggérer que les autorités lui reprochent la non-conformité à la loi sur les associations de 2012 alors qu’elle avait fourni un dossier resté sans réponse. « Comment ne pas douter de cet argument quand on sait que les véritables membres de la LADDH se sont inscrits dans une dynamique collective de refondation de l’organisation et sa stabilisation », souligne les auteurs du communiqué.

« Plus surprenant encore, il est reproché à la LADDH de travailler sur la question des droits de l’Homme avec d’autres instances et organisations internationalement reconnues (…) », ajoute la même source qui « dénonce l’acharnement continu qui la cible et qui prend, avec cette dernière décision, une proportion d’une extrême gravité. Elle étudiera ce jugement et fera valoir ses droits en usant de tous les moyens légaux et légitimes disponibles », annonce la LADDH.

Cette dissolution intervient alors qu’une autre association, Rassemblement Action Jeunesse (RAJ) devrait connaitre son sort le 26 janvier prochain. Dissoute en octobre 2021 par le tribunal administratif sur plainte du ministère de l’intérieur qui lui reproche de « transgresser les lois et règlements régissant l’activité associative », RAJ a introduit un appel auprès du Conseil d’Etat qui devrait statuer dans les prochains jours. En septembre dernier, l’association chrétienne Cartitas Algérie a été contrainte par les autorités de cesser ses activités caritatives au motif qu’elle serait « une organisation non autorisée ». Créée à l’indépendance du pays, cette mission humanitaire était connue pour ses initiatives socioculturelles et des actions de solidarité en faveur des démunis et des catégories vulnérables. En avril 2021, c’est l’association SOS-Bab El Oued qui avait dû cesser ses activités après la perquisition de ses locaux par la police. Son président, Nacer Meghnine, accusé de « financement étranger », avait été condamné en novembre de la même année à une année de prison ferme.

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