dimanche, décembre 3, 2023
Politique

TUNISIE : MACRON ET L’ALLEMAGNE RAPPELLENT À L’ORDRE GENTIMENT KAIS SAIED

Une semaine après que des manifestations célébrant la Révolution tunisienne ont été violemment réprimées et au cours desquelles un journaliste français du quotidien « Libération » avait été victime de violences policières, le président français Emmanuel Macron a exhorté, lors d’un appel téléphonique samedi 22 janvier, son homologue tunisien Kais Saied, à « mener la transition dans le cadre le plus inclusif possible ». L’Elysée précise que le président tunisien « s’est engagé à respecter l’État de droit et les libertés démocratiques ».

L’Elysée a également indiqué que Emmanuel Macron « a encouragé le président tunisien à mettre en place un programme de réformes nécessaires pour faire face à la crise économique que connait la Tunisie. Il a confirmé que la France était comme toujours prête à appuyer la Tunisie, et à l’accompagner dans la mise en œuvre de ces réformes ».

Ces encouragements sous forme de rappel à l’ordre semblent avoir laissé Kais Saied « droit dans ses bottes ». Dans un communiqué du palais de Carthage qui reprend sa rhétorique habituelle du complot contre le peuple et la Tunisie, le président Saïed a expliqué que « ce qui est relayé dans certains médias et réseaux sociaux n’a aucun lien avec la réalité » et que ce sont des « parties opposées à la démocratie, à la liberté et à la justice » qui répandent des mensonges « contre d’importantes sommes d’argent » pour « porter atteinte à la Tunisie et au peuple tunisien ».  Le chef de l’Etat tunisien a tenu à rassurer son homologue français quant aux réformes qu’il a engagées le 13 décembre dernier. Elles ont « pour but de préserver la liberté, établir la justice et lutter contre tous ceux qui ont pillé l’argent du peuple ».

La volonté des partenaires européens de préserver, malgré tout, le processus démocratique en Tunisie s’est aussi exprimé la veille par la voix de l’’Allemagne. Celle-ci a décidé de verser une aide de 100 millions d’euros à la Tunisie en soutien à la promesse du président Kais Saied d’un « retour à l’ordre constitutionnel » et d’une restauration «de l’acquis démocratique ».

C’est ce qu’a annoncé l’ambassadeur d’Allemagne, Peter Prügel, lors d’une rencontre avec la ministre tunisienne des Finances, Sihem Boughdiri Nemsia, le 21 janvier. Il a précisé que le prêt de 100 millions d’euros destiné aux PME et convenu en 2020 serait « décaissé dans les prochains jours ». Le communiqué de l’ambassade d’Allemagne souligne que «la décision a été prise avec la conviction que la feuille de route du président ouvrait la voie au retour à l’ordre constitutionnel et restaurait l’acquis démocratique dans le pays ». L’ambassadeur a rappelé la déclaration de l’Union européenne du 16 décembre dernier, mettant l’accent sur «l’importance du respect des droits de l’Homme et des droits fondamentaux des Tunisiens » et la nécessité «d’assurer la séparation des pouvoirs et l’Etat de droit dans le pays ».

L’Allemagne « est prête à continuer de soutenir la consolidation de la démocratie tunisienne » mais elle « suit de près l’évolution de la situation en étroite coopération avec ses partenaires européens et internationaux ».

Ces rappels à l’ordre bienveillants sont-ils susceptibles d’infléchir le raidissement d’un Kais Saied plus populaire que jamais? Le dernier sondage d’opinion paru ce 22 février le crédite de 88% d’intentions de vote si des élections présidentielles se tenaient aujourd’hui. Son bras de fer de plus en plus violent et fortement médiatisé avec le Conseil supérieur de la magistrature qu’il souhaite révoquer semble le conforter dans ses postures populistes d’«apprenti-dictateur» selon la formule d’un journal en ligne de la place.

 Ce paradoxe tunisien a de quoi laisser perplexes les partenaires internationaux les plus importants. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, a déclaré ce 21 janvier, lors d’une conférence de presse au siège de l’ONU à New York suivre « avec inquiétude » l’évolution de la situation en Tunisie. « La révolution démocratique tunisienne a inspiré l’espoir dans le monde entier, et nous voulons certainement qu’elle soit préservée (…) Nous voyons les inquiétudes et j’espère que ces inquiétudes seront levées par la restauration complète d’un cadre démocratique institutionnel qui fonctionne pour tous les Tunisiens ».

Partager avec

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Advertisment ad adsense adlogger