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FRANCE. PRIMAIRE DE LA GAUCHE : TAUBIRA ARRIVE EN TÊTE

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La primaire populaire organisée pour désigner une candidature unique de la gauche a mobilisé près de 400.000 citoyens. Le scrutin a donné la victoire à l’ancienne ministre de la justice Christiane Taubira. Sans surprise puisqu’à l’inverse de la maire de Paris, Anne Hidalgo, investie par le PS, de Yannik Jadot, sorti vainqueur de la primaire d’Europe écologie les Verts et de Jean Luc Mélanchon, candidat de la France Insoumise, seule Taubira avait accepté le principe de cette désignation, les autres étant inscrits malgré eux. 

Du coup, l’opération a produit le contraire de l’effet escompté. Au lieu de rassembler les forces de la gauche, elle en a accentué les fractures. Et ce dimanche, les petites phrases assassines ont fleuri. Certes, les candidats soucieux de ménager un électorat de gauche volatile ont affiché une indifférence plus ou moins feinte après l’annonce des résultats : «  Je ne suis pas concerné » a déclaré Mélanchon, « Je n’ai rien à dire  », a réagi Jadot qui ne peut s’empêcher, cependant, de préciser que cette primaire qui avait vocation à rassembler a finalement produit l’inverse : une candidature de plus. En revanche, leurs proches n’ont pas retenu leurs coups. David Gormand, porte-parole d’Europe Ecologie les Verts, qui récuse l’idée que la multiplicité des candidatures est la cause de l’échec assène :  « La gauche n’est pas faible parce qu’elle est divisée ; elle est divisée parce qu’elle est faible ». Il ne reste donc plus à la gauche qu’à régler le problème de l’œuf et de la poule. D’autres soudards comme cet inconsolable jospinien ne s’encombrent pas de subtilités « Taubira ? Elle ne sait pas gagner mais nul ne peut nier qu’elle a un incontestable don pour faire perdre ». 

Nouveauté dans la sociologie électorale française, les voix des binationaux nord-africains, naguère majoritairement captives de la gauche socialiste, ne constituent plus désormais un gisement préempté. Peu de militants ou de sympathisants issus de l’émigration se sont affichés dans cette primaire.

À noter qu’à de rares exceptions, comme Mounir Mahjoubi, les nouvelles figures de cette catégorie sociale sont le plus souvent des femmes. À l’instar de Lydia Guirous, Bariza Khiari, Sonia Mabrouk, Lynda Kebbab, Najwa el Haité ou Fatiha Agag Boudjehlat, les prétendants à la vie publique ne s’astreignent plus au sas de gauche où doit nécessairement s’acclimater « l’indigène »  qui postule à la responsabilité politique, médiatique ou syndicale.   

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L’EUROPE BASCULE À DROITE : QUEL IMPACT SUR L’ADN ?

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Giorgia Meloni est une femme de 45 ans aujourd’hui aux portes du pouvoir. Elle se définit comme une mère de famille, une chrétienne et une nationaliste italienne. Elle fut dans sa jeunesse une adepte de Mussolini avant de s’en démarquer plus tard. L’accusation de femme nostalgique du fascisme qu’agitent ses adversaires ne semble pas avoir atteint cette militante déterminée mais qui sait se pondérer sans pour autant renoncer à ses convictions conservatrices. Sur la question ukrainienne, par exemple, Meloni qui se tient aux côtés de Kiev se distingue des ambiguïtés pro-poutiniennes qui caractérisent les autres courants de la droite radicale européenne.

La jeune dirigeante a fait le choix de rester résolument dans l’opposition depuis 2018 pour construire son parti, Fratelli d’Italia, qui est passé en quatre ans de 4,3% des intentions de vote à un score oscillant entre 22 et 26 % selon les premiers sondages sortis des urnes, pour devenir, après les élections de ce dimanche 25 septembre, la première formation italienne. 

Le centre gauche, rassemblé derrière le parti démocrate obtiendrait 25,5 à 29,5 % des voix, alors que le mouvement populiste 5 étoiles doit se contenter d’un score allant de 13,5 à 17,5%. 

Bascule historique

La forte abstention annoncée n’a pas eu lieu et, sauf rebondissement peu probable de dernière minute, Meloni dirigera le prochain gouvernement italien. Pugnace et travailleuse, la jeune femme a réussi à sensibiliser les couches populaires sans s’aliéner les classes moyennes. Ces derniers mois, elle s’est employée à lisser son euroscepticisme qui hérissa les milieux d’affaires qu’elle n’a eu de cesse de rassurer. Vis-à-vis de l’UE, les observateurs attendent avec une certaine gourmandise le match qui se jouera entre Ursula Vander Leyen et Giorgia Meloni, deux femmes aux caractères bien trempés.

Après la Suède, désormais dirigée par un gouvernement d’extrême droite, c’est l’Italie qui prend un virage à droite avec le trio Meloni, Salvini et l’inoxydable Silvio Berlusconi.

Pologne, Hongrie, Suède et maintenant Italie, l’Europe assume son tropisme droitier, la gauche essoufflée n’ayant pas pu ou voulu voir les conséquences d’une problématique migratoire qui hante des franges importantes des populations, lesquelles voient leur mode de vie perturbé par l’insécurité et même, pensent certains, menacé dans ses fondements civilisationnels. 

En Espagne, les prochaines législatives prévues en décembre 2023 peuvent être remportées par une coalition droite-extrême droite.

Reste la France. Le Rassemblement national, déjà requinqué par son succès aux législatives, peut surfer sur la victoire du voisin transalpin. Combien de temps tiendra le tout sauf Le Pen ?

L’Afrique du nord amorphe

La vie des populations émigrées, les flux migratoires, les relations commerciales et diplomatiques, et, plus généralement, les positionnements géostratégiques connaitront des bouleversements auxquels les partenaires de l’Europe doivent se préparer.   

Assez curieusement, le mouvement tectonique en cours ne suscite pas de débat particulier en Afrique du nord, zone de proximité européenne qui ne manquera pas d’enregistrer les impacts des décisions qu’auraient à prendre des gouvernements ultra-nationalistes.   

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GAZA : MARTYRE D’UN PEUPLE ET MATCH DES EXTRÊMES

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Pourquoi la récurrence des attaques contre la bande de Gaza ? Quels en sont les véritables enjeux et quelles évolutions ou issues peut-on raisonnablement leur prévoir ?

Une fois de plus, des bombardements contre la bande de Gaza viennent de faire au moins 44 morts dont 15 enfants et 253 blessés, selon un bilan provisoire du HAMAS. 

Le phénomène est un classique. Quelques roquettes plus ou moins artisanales tirées de Gaza vers Israël où elles provoquent un nombre de victimes israéliennes souvent minime sont suivies d’un tapis de bombes de Tsahal qui se solde systématiquement par une hécatombe du côté palestinien avec des destructions d’infrastructures importantes dans un territoire déjà sous-équipé. Une question légitime peut se poser : pourquoi ce conflit commence-t-il toujours à partir de Gaza tenue par les Frères musulmans et non de Cisjordanie, gérée par l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ?

Raisons anciennes

Cette guerre disproportionnée était jusque-là, en partie au moins, indirectement déterminée par la volonté du conglomérat des faucons israéliens qui entendent ne rien céder sur tout ce qui peut permettre l’accomplissement du Grand Israël. Pour cette frange mystico-politique, aucune concession ne doit être envisagée sur les colonies, les réfugiés, la question de l’eau… Même non majoritaire, ce courant mobilise assez de monde pour constituer une minorité de blocage à la Knesset qui pèse sur la constitution du gouvernement dont elle parvient souvent à entrainer la chute. Il est loisible de relever que cette secte, très organisée et réactive, se manifeste dès qu’est évoquée une hypothèse de relance d’un processus de paix. 

Face à cette doctrine de fer, le HAMAS n’hésite pas, de son côté, à se livrer à la provocation sachant que les réactions de l’armée israélienne seront systématiquement meurtrières. Après avoir renoncé aux attentats kamikazes, son leader Ismaël Haniyeh lance des attaques aux roquettes. La stratégie a moins pour objectif de peser militairement sur le cours des choses que de maintenir une pression sécuritaire sur les populations israéliennes ; peurs dont se saisissent aussitôt les orthodoxes pour crier au laxisme voire à l’abandon du peuple élu. Pour Hamas, les objectifs sont multiples mais complémentaires. Il s’agit en effet d’entretenir un statut victimaire devant l’opinion internationale, d’enraciner la culture de la radicalité dans la population, notamment les jeunes auxquels aucune perspective n’est ouverte, de faire diversion sur une gestion calamiteuse et, surtout, de mettre sur la défensive une Autorité palestinienne, déjà affaiblie par sa sénescence politique, et qui n’a d’autres choix que de s’aligner sur les positions de HAMAS. 

Depuis maintenant deux ans, ces deux antagonistes qui se nourrissent mutuellement voient leurs surenchères menacées par des évolutions géopolitiques sur lesquelles ils n’ont que peu d’emprise.  

Nouvelles donnes  

La normalisation des relations de certains pays du Golfe avec Israël qui vient s’ajouter à celle, déjà ancienne, nouée par l’Égypte est appréhendée par les extrémismes israéliens et palestiniens comme un péril pouvant mettre fin à des situations de rente politique qui les plaçaient vis-à-vis de leur collectivité, en tant que gardiens de l’orthodoxie judaïque pour l’un et dépositaire de la pureté islamique pour l’autre. Le Qatar, l’un des financiers privilégiés de HAMAS, pousse son protégé à la réconciliation avec Mahmoud Abbas. Des pays comme l’Algérie qui jouent de la cause palestinienne pour des raisons de politique intérieure s’associent à cette démarche, espérant faire avorter la dynamique des accords d’Abraham qui semble attirer de plus en plus l’attention de l’Arabie Saoudite où le controversé prince fait prendre à son pays un virage marqué par un libéralisme sociétal sur fond de répression primaire dont personne n’arrive à anticiper les finalités locales et régionales.

Or, si la reconfiguration qui s’esquisse au Moyen Orient venait à se confirmer, s’élargir et se stabiliser, HAMAS et les faucons israéliens savent que la politique de provocation-répression ne sera plus de mise. 

De stratégie qui conditionnait la survie de deux sectes et dont elles maitrisaient les scénarii avec leurs débuts et fins de clap, les épreuves meurtrières qui accablent les populations gazaouies seront désormais plus tributaires de considérations diplomatiques et géostratégiques sur lesquelles les orthodoxes israéliens et les frères musulmans palestiniens n’auront que peu d’influence. 

Naturellement, le déséquilibre des forces, l’historique des deux branches et leurs espaces institutionnels différents n’autorisent pas les symétries faciles renvoyant dos à dos les deux entités. Mais il est indéniable que les radicalismes de ces deux extrémismes religieux piègent les sources de la modération chez les deux peuples ; prenant en otage la paix.  

Force est de constater cependant que si l’on observe des avis critiques du côté juif quant à la nature archaïque et manifestement coloniale des visions de certains de leurs coreligionnaires, les analyses des intellectuels arabes ou musulmans sont souvent des postures sans nuances qui dupliquent les déclarations du défunt front du refus des années 70.       

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LÉGISLATIVES EN FRANCE : MACRON EN DIFFICULTÉ

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La coalition présidentielle composée de la REM de Macron, de Horizons d’Edouard Philippe et du Modem de François Bayrou a perdu sa majorité. Le front national a effectué une percée remarquable avec un groupe parlementaire avoisinant les 90 députés malgré un mode de scrutin ignorant la proportionnelle. Deux enseignements se dégagent de cette surprise : le sacro-saint front républicain a vécu et Marine Le Pen a brisé le plafond de verre qui interdisait au parti nationaliste de prétendre à une représentation parlementaire significative. 

De son côté la NUPE rassemblant les partis de gauche menée par Jean Luc Mélanchon enregistre un score honorable mais n’atteint pas l’objectif qu’il s’était fixé : atteindre la majorité qui lui aurait permis d’être nommé premier ministre. 

L’abstention qui approche les 54% a probablement sanctionné la NUPE dans la mesure où les jeunes et les quartiers défavorisés ont boudé les urnes malgré le radicalisme et même les inclinations communautaires auxquelles a sacrifié la France Insoumise. L’autre problème que devra affronter la NUPE est de garder sa cohésion après le vote. Les fissures difficilement colmatées pendant la campagne risquent de réapparaître dès demain. 

Un autre parti qui a des soucis à se faire, est le parti gaulliste Les Républicains. Des responsables comme François Coppé appellent dès ce soir à constituer une coalition avec le groupe ensemble d’Emmanuel Macron alors que le premier responsable de ce parti, Christian Jacob assure que LR restera dans l’opposition.  

La magie macronienne n’opère plus. Des compagnons de la première heure du chef de l’État comme Richard Ferrand, président de l’assemblée nationale ou Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur ont été battus.

Le président Macron devra revoir son projet de réformes faute de pouvoir constituer une majorité. Des observateurs évoquent déjà une possible dissolution. Reste à savoir si le rejet dont il est l’objet lui donnera de meilleurs résultats que ceux qu’il a obtenu ce soir. 

La France risque-t-elle un blocage ? La situation le suggère. 

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LE MALI QUITTE LE G5 SAHEL 

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Bamako n’a manifestement pas peur de jouer l’isolement. Dimanche soir, la junte militaire vient de faire connaitre sa décision de quitter tous les organes et instances du G5 Sahel, « y compris la force conjointe », cette dernière structure étant essentiellement dédiée à la lutte anti-djihadiste. Le G5 regroupe la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso. Les autorités maliennes justifient leur sortie par le refus de leur accorder la présidence de cette organisation eu égard à la situation interne que connait ce pays.  

En effet, une conférence des chefs d’Etat prévue pour février 2022 au cours de laquelle devait s’opérer le transfert de la présidence du G5 Sahel au Mali ne s’est toujours pas tenue «  près d’un trimestre après le terme indiqué », déplore Bamako qui « rejette fermement l’argument d’un Etat membre du G5 Sahel qui avance la situation politique interne nationale pour s’opposer à l’exercice par le Mali de la présidence du G5 Sahel », sans toutefois citer le pays qui serait à l’origine de ce blocage. La déclaration de la junte laisse entendre que l’auteur de cette entrave serait en fait un pouvoir sous influence d’un « Etat extra-régional » qui lui aussi n’est pas explicitement cité mais dont on peut supposer qu’il s’agit de la France.  

Depuis l’arrivée des militaires au pouvoir en mai 2021, Bamako pense sa stratégie et sa diplomatie autour deux axes dont le colonel Chguel Kollala Maïga, formé en Russie, s’est fait le chantre : le rejet de la présence française sur le sol malien et le rapprochement avec Moscou. 

Cette allergie commence d’ailleurs à gagner des pays limitrophes. On a vu des drapeaux russes exhibés par des manifestants à Ouagadougou lors du putsch commis le 24 janvier 2022. 

Depuis quelques semaines, des réactions analogues se font jour au Tchad. Signe d’une extension à diffusion connectée, ce dimanche, une dizaine d’émigrés tchadiens ont organisé une prise de parole Place de la République à Paris pour exiger le départ des troupes françaises stationnées à Ndjamena.  

Pour l’instant, trois pays africains assument leur satellisation par la Russie : le Mali, la Centrafrique et l’Érythrée.   

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LE 8 MAI ET NOUS : CONFLITS D’HIER ET DÉFIS D’AUJOURD’HUI

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Source de toutes les légitimités pour le Kremlin et journée de l’Europe pour Bruxelles, le 8 mai rouvre les plaies du passé et annonce des débats vifs et complexes sur le devenir du Vieux continent. 

Mise à part la rhétorique sur le nazisme confondu avec tout ce qui conteste ou refuse l’autocratie russe, Poutine a été moins martial que l’avaient prévu nombre d’observateurs. « Je vous félicite à l’occasion de la grande victoire » a-t-il déclaré à l’adresse de ses troupes, ajoutant, toujours en référence à la deuxième guerre mondiale, « Aujourd’hui vous combattez dans le Dombas pour la sécurité de notre patrie ». La déclaration de guerre impliquant la mobilisation des réservistes n’a pas eu lieu et l’annulation du défilé aérien dont le clou devait être le vol de l’Iliouchine 80 surnommé l’avion de l’apocalypse, justifiée par le porte-parole du Kremlin D. Restov par les conditions météorologiques, peut être interprétée comme un message d’accalmie voire de retrait que d’aucuns se sont empressés de lier à d’hypothétiques dissensions qui secoueraient le pouvoir russe.

De son côté, le président ukrainien Zelinsky a réagi par une dénonciation du hold-up mémoriel russe en contestant à Poutine le droit de « s’approprier l’Histoire », les Ukrainiens, rappelle-t-on à Kiev, ayant participé massivement à la défaite du nazisme. 

Pour sa part, l’Europe occidentale avance en gérant le double problème de ses différences d’approche sur l’Ukraine et l’avenir du continent ainsi que celui du leadership américain, Washington assurant vouloir en finir avec la puissance russe pour dissuader Moscou de lancer d’autres agressions. 

Quelques heures après le discours de Poutine sur la Place rouge, Charles Michel, président du Conseil européen, en visite à Odessa avait dû être mis à l’abri à la suite d’une frappe russe ciblant la ville.  Dans la foulée, Emmanuel Macron, président en exercice de l’UE, intervenant devant le parlement européen de Strasbourg, enjambe la guerre en Ukraine pour remettre au centre des enjeux la proposition de Confédération européenne formulée par Mitterrand ou le concept de Maison commune de Gorbatchev. Projet qui reporte implicitement les demandes d’adhésion à l’UE de l’Ukraine, de la Géorgie et de la Moldavie.  

La mise en perspective macronienne de l’Europe est aussi une réponse implicite aux USA qui veulent assigner d’autres objectifs à la fin du conflit que la libération de l’Ukraine. Washington veut en effet se saisir de l’invasion de l’Ukraine pour délivrer un message à Pékin sur l’épineux dossier de Taïwan. Tout en revendiquant la nécessité de sanctionner les crimes commis en Ukraine, le président français avertit contre les tentations d’humiliation et le sentiment de revanche.

On le constate chaque jour, le conflit déclenché par la Russie, pour l’instant circonscrit à un pays, voit déjà ses répliques doctrinales, géopolitiques et économiques dessiner un nouveau monde. Pour leur part, les dirigeants nord-africains ne semblent pas particulièrement concernés par ce mouvement planétaire.  Exemple illustrant cet isolement, l’Algérie qui commémore le massacre de mai 1945, s’en est tenue, cette année encore à une célébration domestique qui décontextualise l’évènement d’un climat post-guerre mondiale qui promettait la liberté de tous les peuples. Pour l’instant, la reconfiguration qui se profile n’a pas fait l’objet d’une quelconque prise de parole officielle nationale ou régionale.   

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DIVORCE BAMAKO – PARIS : LA BOITE DE PANDORE

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La junte malienne a dénoncé lundi les accords de défense liant le Mali à la France. Un pas de plus vient d’être franchi par des autorités militaires dont le changement de cap stratégique se confirmait semaines après semaines.

Le communiqué lu à la télévision nationale donne trois causes de cette décision.  “L’attitude unilatérale du partenaire français qui a décidé les 3 et 7 juin 2021, sans consulter le Mali, de suspendre les opérations conjointes avec les forces armées maliennes et de mettre fin à l’opération Barkhane, les multiples violations de l’espace aérien malien par des compagnies militaires françaises ». Enfin, Bamako dénonce une « manœuvre dilatoire » de la France qui a demandé « une réunion d’experts pour la relecture du traité de défense au lieu d’envoyer ses amendements, tout cela plus de deux mois après que le Mali ait envoyé ses amendements en décembre 2021 ».

Ces arguments ont certainement leur poids mais la volonté de rompre avec la coopération française doit être recherché auprès de l’homme fort du régime malien, le colonel Abdoulaye Maïga, formé en Russie, qui déclare que “Depuis quelque temps, le gouvernement de la République du Mali constate avec regret une profonde détérioration de la coopération militaire avec la France”.

Cette dégradation est simultanée d’un rapprochement désormais assumé avec Moscou. Longtemps niée puis déclarée comme instance de soutien technique, le groupe Wagner, déjà déployé en Centre Afrique est désormais en phase opérationnelle. 

Paris qui estime que cette décision est « injustifiée », assure que son désengagement du Mali se fera selon le programme convenu, c’est-à-dire qu’il s’échelonnera sur six mois. Six mois pendant lesquels beaucoup de choses peuvent se passer dans les cercles militaires maliens et…en Russie.

La France qui se replie sur le Niger et la Mauritanie pour sécuriser le bouclier destiné à amortir les incursions djihadistes vers l’Afrique de l’ouest considère le Mali comme un espace à sacrifier autant pour des raisons militaires que géopolitiques. Le Mali est l’un des pays africains où les institutions étatiques ne parviennent pas à se mettre en place et le tropisme russe de Bamako a précipité la décision française d’en finir avec une opération militaire déclenchée depuis 2013. Depuis quatre ans ; des parlementaires pressaient l’exécutif de quitter ce pays avant qu’il ne se transforme en Afghanistan pour Paris.

La crise franco-malienne est bien plus qu’un différend opposant deux pays. C’est le foyer paroxystique autour duquel va se cristalliser la frontière qui séparera les États après le bouleversement révélé par l’invasion de l’Ukraine. Quelle autre nation pourrait et voudrait s’agréger à l’attelage Mali-Centrafrique ?

À court terme Bamako, isolé par la CEDEAO, peut compter sur le voisin algérien et l’appui russe. Autant dire que les marges de manœuvre de la junte sont conditionnées par des considérations qui la dépassent. 

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MISSILES RUSSES SUR KIEV RECEVANT GUTERRES

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Dans la soirée de ce jeudi, Kiev qui n’avait pas été bombardée depuis la mi-avril était touchée par un missile (le second a été détruit par la défense anti-aérienne ukrainienne) qui a démoli un bâtiment résidentiel faisant selon un premier bilan six blessés. Le jour même le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, en visite à Moscou la veille, était reçu par le président ukrainien Zelinski. 

Auparavant, le responsable onusien avait visité le charnier de Boutcha sur lequel enquêtent, parmi d’autres abus, des ONG et la cour pénale internationale.

Outre le défi adressé à l’ONU, l’attaque du Kremlin de ce soir qui évoque de plus en plus le risque d’un recours aux armes non conventionnelles (chimiques voire atomiques) fait écho au discours du président Biden qui avait annoncé dans la journée une rallonge de 30 milliards de dollars d’aide à l’Ukraine, dont 20 milliards de fournitures militaires.

Le missile de ce jeudi risque de plonger dans l’embarras les soutiens de Moscou qui refusaient de condamner l’invasion russe mais en appelaient à une solution pacifique dans le cadre du droit international. Or, c’est le temple de la communauté internationale qui vient d’être symboliquement visée ce jeudi.

Depuis une semaine, les plateaux des télévisions russes s’emploient à conditionner leur opinion à une troisième guerre mondiale devenue inévitable à cause, disent-ils, de la déchéance du monde occidental. Rhétorique d’un pouvoir mis en difficulté sur le terrain militaire et contraint de requinquer son image en interne, allèguent certains analystes occidentaux ; préparation à l’irréparable par un homme condamné à la fuite en avant qui mène irrémédiablement à l’irréparable, assurent d’autres. 

Parallèlement à cette propagande, une opération de sabotage ciblant des pylônes radios en Transnistrie, petite enclave russophone de la Moldavie, a été exécutée avant hier. Des observateurs ont cru y voir une possible manœuvre de Moscou destinée à justifier une intervention russe dans ce pays ; une espèce de remake de ce qui a conduit l’intervention de Moscou au Dombass.   

Sur un autre plan, le Conseil de sécurité est bloqué par le véto russe, la Chine hésitant à suivre un allié dont elle redoute à terme autant la concurrence que l’esprit d’aventure.  

À l’heure où nous mettons en ligne Antonio Guterres est mis en sécurité mais son entourage le dit « choqué ». Homme de communication, le président Zelinski a aussitôt dénoncé la frappe russe comme une humiliation de l’ONU.     

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FRANCE : VERS LE PARLEMENT DE LA RUE ?

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En France trois pôles politiques ont émergé des cendres des vieux partis de gouvernement. Le macronisme, le Rassemblement national et la France insoumise occupent désormais l’espace politique français. Si on peut supposer que des barons socialistes ou LR peuvent sauver leur siège lors des législatives du mois de juin, il est permis de prévoir une meilleure représentativité de ces nouveaux courants malgré un système électoral toujours réfractaire à la proportionnelle. 

A priori, ce format triangulaire joue en faveur d’Emmanuel Macron, la France insoumise et le Rassemblement national étant en théorie opposés sur tout. La réalité est moins tranchée car ces deux formations drainent en fait un électorat protestataire à la porosité manifeste.

C’est sur cette fluidité que vont se déterminer les rapports de force politiques. Sauf qu’ils ne s’exprimeront pas dans les institutions. Les votes solidaires au parlement ou les appels aux manifestations communes de la LFI et du RN étant improbables, les colères sur lesquelles les partis des extrêmes fondent leur stratégie vont s’agréger dans des mouvements sociaux où les militants de droite et de gauche n’ont aucune peine à se retrouver ensemble. Et ces deux groupes peuvent voir leurs rangs gonflés par le camp des abstentionnistes, ce qui représente près de deux tiers des Français.

La rue avec ses aléas risque donc d’être le lieu d’arbitrage de la vie politique française.

À moins que les anciens partis dont des cadres pèsent encore sur les syndicats, les organisations professionnelles, la haute administration et les cercles économiques et financiers ne se résignent à se regrouper derrière le chef de l’État, si tant est que ce dernier parvient à trouver en lui les ressorts à même de susciter et d’entretenir la culture du compromis.  

C’est une révolution doctrinale et méthodologique que doit affronter la France. Macron saura-t-il se révéler à la mesure des enjeux ?

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FRANCE. MACRON RÉÉLU PAR 58 % DES SUFFRAGES. ET MAINTENANT ?

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Président par défaut diront ses adversaires. Peut-être pas. Réélu à quarante-quatre ans par 58 % des voix, le candidat sortant peut se targuer d’avoir réussi son challenge compte tenu de difficultés sérieuses et imprévues qui ont haché son premier mandat. En recueillant 27,8% d’abstentionnistes, soit le taux le plus élevé de la cinquième république après le scrutin particulier de 1969, la présidentielle française de 2022 n’a pas déjoué les pronostics qui la donnaient comme celle de la non adhésion à un projet mais l’expression du rejet des deux finalistes.

Macron est certes mal élu et ses postures et propos inutilement provocants n’y sont pas pour rien, mais il demeure en situation de conduire pour la deuxième fois une puissance moyenne dans un contexte national et international singulier.

Bien qu’il ne l’ait pas réformée autant qu’il aurait voulu, la France de Macron ne va pas aussi mal que le prétendent certains observateurs. Comparée aux autres pays européens sa situation économique est plutôt bonne et, pour la première fois depuis plus de vingt ans, la courbe du chômage se tasse de façon significative. Demeure le lourd déficit de son commerce extérieur pendant que l’Allemagne et l’Italie affichent des volumes d’exportations surprenants à la sortie de la COVID 19.

Comment continuer à moderniser un pays toujours tenté par le conservatisme social et même sociétal alors qu’une partie réfractaire de l’électorat demande plus de protectionnisme dans un monde livrée à une compétitivité sans merci. Macron a pu redonner de l’attractivité à son pays ; il lui reste à relever le défi se faire accepter non pas en tant que dirigeant mais en tant qu’homme. Un combat qu’il devra livrer autant contre ses contempteurs que lui-même. 

Deux choix s’offrent au président français. Continuer la réforme avec une méthode plus consensuelle ; une hypothèse souhaitable pour le pays et les principaux partenaires de la France dont fait partie l’Afrique du nord. Autre possibilité, moins probable car ne répondant pas au tempérament du personnage : inhibé par la perspective de l’exaspération la rue, le président joue le mandat du confort pour lisser et laisser une image qui a été dégradée par des réactions mal calibrées aux temps et espaces où elles ont été commises.   

Cette élection a révélé un autre phénomène : Marine Le Pen. Lestée par un nom lourd à porter, une insuffisance technique rédhibitoire elle a pu, malgré un environnement médiatique pas toujours disposé à l’objectivité, à poser dans le paysage politique français un parti émancipé des saillies paternelles pour en faire la première force d’opposition française soulevant des problématiques que la gauche et la droite traditionnelles ont probablement trop longtemps occultées ou sous-évaluées. 

Le score d’aujourd’hui aurait-il été le même si Marine Le Pen s’était appelée Dupont et si elle avait pu bénéficier d’expertises à même de mieux vertébrer et crédibiliser ses propositions ? La question ne manquera pas d’être méditée autant par les Français que les partenaires de Paris. 

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PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE : QUELLE LEÇON POUR L’IMMIGRATION ?

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Dans moins de 24 heures, et sauf sursaut exceptionnel des abstentionnistes qui totalisent un gisement électoral de quelques douze millions de votants, Emmanuel Macron entamera un deuxième mandat de cinq ans. 

Plus que dans d’autres scrutins, l’immigration nord-africaine et les binationaux ont occupé une bonne partie des débats. Entre les frileux qui leur imputent la déchéance française et ceux qui jouent de la victimisation pour leur assigner une fonction de supplétifs des colères stratégiques, il y a eu peu de place pour une expression calme et saine sur un sujet sérieux. 

Pourquoi celles et ceux qui peuvent exprimer la position et les attentes de l’écrasante majorité de cette catégorie de citoyens français ne parviennent-ils pas à ancrer leur parole chez les leurs ? 

Cette campagne souligne deux faits : au premier tour, la majorité des électeurs ayant une attache avec la rive sud de la Méditerranée occidentale s’est rangée derrière Jean Luc Mélenchon. C’est-à-dire que la partie électoralement active choisit encore le vote protestataire. Pourtant, Macron a pris le risque de brouiller son image en adoptant des postures ambiguës sur des questions essentielles comme la laïcité, l’histoire ou l’immigration pour se distinguer des discours extrémistes. Ces esquives qui furent dénoncées dans le camp du chef de l’État français n’ont pas pour autant eu d’impact significatif sur les quartiers populaires où le candidat de la France insoumise est arrivé largement en tête. 

D’un autre côté, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), réputée proche des Frères musulmans comme la mosquée de Paris, sous influence algérienne, ont appelé à voter Macron sans avoir été entendues.  Second constat : les quartiers populaires échappent aux emprises des organisations officielles. L’islam de cités est plus sensible aux appels de l’extrêmes gauche qu’aux invitations des cadres officiels. 

Sur un autre registre, les figures, notamment des femmes d’origines nord-africaines comme Lydia Guirous, Sonia Mabrouk, Fatiha Agag Boudjehlat ou Najwa El Haité, qui en appellent à une intégration assumée dans la Républicaine, ne rencontrent que peu d’écho dans les sphères immigrées démocrates, pourtant largement majoritaires. 

Autant le radicalisme islamiste encadré par des cercles gauchistes, capte des catégories précarisées, essentiellement jeunes, autant des acteurs intellectuels et médiatiques raisonnables et dévoués, portant un discours rationnel, adapté aux valeurs du pays d’accueil et largement partagé par la majorité de leurs coreligionnaires demeurent peu audibles. 

L’une des raisons pouvant expliquer ce paradoxe vient de ce que les Français d’origine nord-africaine n’ont pas pu se donner de cadre organisé pour faire valoir une position collective qui assume ou même revendique les racines des parents tout en s’accomplissant comme citoyen de la République française. Les structures existantes, généralement cornaquées par les pouvoirs sévissant dans les pays d’origine, manquent de crédibilité. Pire, elles travaillent en fait à maintenir les rancœurs et les victimisations revanchardes.

Pour l’heure, les porteurs de parole libre et adulte apparaissent comme des électrons libres extérieurs au monde dont ils sont issus quand ils ne sont pas désignés comme des renégats. 

On connait l’organisation des étudiants juifs de France, on vient de découvrir l’équivalent ukrainien à la faveur de la guerre déclenchée par la Russie ; à l’exception notable de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) (voir adn-med du 19 avril), on serait bien en peine de trouver une instance pérenne de femmes ou d’étudiants de la rive sud. 

Longtemps privé d’espace d’échange et de concertation, la diaspora nord-africaine est dépourvue d’outil pouvant assurer un écho à ses visions et besoins. Masse informe et sans voix, elle demeure otage de marchandages électoraux où elle a rarement son mot à dire. Cette élection présidentielle vient confirmer que le Nord-africain reste un alibi pour des adversaires politiques qui, selon des intérêts souvent opposés, en présentent des profils qui servent des objectifs rarement avouables.  

Pour le ressourcement du Sud comme pour l’harmonie du Nord, la structuration de la diaspora nord-africaine devient un impératif.

C’est l’une des grandes leçons de cette élection par ailleurs banalisée autant par des thématiques convenues que ses résultats attendus.       

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