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MAROC. LAHCEN OULHAJ* : LA CONSTRUCTION RÉGIONALE NÉCESSITE…UNE VOLONTÉ POLITIQUE

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Les accords d’Abraham, outre le repositionnement géopolitique qu’ils ils impliquent, semblent définir un nouveau format du projet économique marocain. Si l’économiste que vous êtes partage cette perception, pourriez-vous nous dire de quoi est constituée cette nouvelle approche et, surtout, vers quoi tendrait-elle ?

Lahcen OULHAJ : Les accords d’Abraham, compris comme stratégie US de réconciliation et de rapprochement d’Israël avec ses voisins arabes, concernent davantage l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis et Bahreïn. 

La coopération politique et économique entre Israël et le Maroc remonte aux années 1960-70. Les relations entre les deux pays ont été officielles entre 1994 et 2000. Aujourd’hui, il s’agit d’une reprise officielle de cette coopération qui ne s’était pas arrêtée. 

C’était Feu Hassan II qui évoquait assez souvent l’idée des fils d’Abraham (au sens religieux s’entend) et la nécessité de l’entente de ces fils et de l’alliance de l’argent (pétrolier) arabe avec l’intelligence et la technologie israéliennes ou juives de manière générale. 

Ces Accords d’Abraham n’impliquent donc pas de repositionnement géopolitique pour le Maroc. Notre pays s’est toujours défini et voulu comme faisant partie du bloc Ouest dirigé alors par les USA, et ce, depuis le débarquement des Américains à Casablanca, en 1942. Il y a eu des bases américaines sur le sol marocain, jusqu’aux années 1970. Il est vrai qu’après l’Indépendance (acquise en novembre 1955 et officialisée en mars 1956), il y a eu la tentation du mouvement des Non-Alignés et le progressisme ambiant de l’époque, surtout sous le gouvernement socialiste Abdallah Ibrahim (1959-1960). Les relations ont ainsi été établies avec la Chine Populaire, l’URSS, la Yougoslavie… Le renvoi de ce gouvernement ne s’était pas traduit par la remise en cause de ces relations, considérées comme purement économiques. Le Maroc est le seul pays africain à avoir signé un accord de libre-échange avec les USA, entré en vigueur en 2006. Cet accord a permis de multiplier par 5 le volume des échanges commerciaux entre les deux pays, entre cette date et 2019. L’économie marocaine demeure libérale et ouverte sur le monde avec des accords de libre-échange avec 56 pays étrangers. Une coopération économique active existe entre le Maroc et le reste du monde : la Russie, l’Inde, la Chine, l’Europe, l’Afrique Subsaharienne, l’Amérique du Sud (Brésil surtout). Il n’y a pas de changement du positionnement géopolitique du Maroc. 

Toutefois, l’accord tripartite de décembre 2020, entre les USA, Israël et le Maroc, s’est traduit par la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur l’ensemble du Sahara (occidental), en contrepartie de la reprise des relations officielles entre Israël et le Maroc. Cela change radicalement la donne du conflit entre le Maroc et l’Algérie autour du Sahara. Cela a permis une coopération sans précédent en matière de défense entre Israël et le Maroc. Cela renforce considérablement les capacités militaires du Maroc. De même, l’accord se traduit par davantage d’investissements israéliens dans des domaines technologiques, au Maroc. Il y a également des promesses d’investissements américains et israéliens importants, surtout dans la région de Dakhla et en direction de l’Afrique subsaharienne. En somme, lorsque le quantitatif dépasse un seuil, il est perçu comme un changement qualitatif. Donc, si l’accord tripartite tient toutes ses promesses, on pourra parler de repositionnement géopolitique du Maroc. Mais, cela sera un résultat et non un choix nouveau. 

Il est vrai qu’avec la perte de poids économique et politique de l’Europe et des USA dans le monde pour la première et dans la région pour les seconds, le Maroc ne se sentait pas bien à l’aise dans ses relations traditionnelles avec ce bloc de l’Ouest, depuis surtout l’avènement du nouveau règne, en 1999. C’est ainsi qu’il a beaucoup renforcé ses relations économiques avec l’Afrique Subsaharienne, l’Amérique du Sud et l’Asie (Chine, Inde, Corée du Sud…) Le repositionnement géo- économique du Maroc date donc du début de ce siècle, bien que notre pays accordât, à cette époque, énormément d’importance à l’accord de libre-échange avec l’UE ; importance à tempérer, cependant, par le lancement des négociations de l’accord de libre-échange avec les USA, dès 2002, et du dialogue stratégique entre les deux pays.

La crise avec l’Algérie et la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe (GME) donne à penser que le Maroc change les paradigmes de son marché énergétique : accélération des explorations des gisements de Guercif et Larache, sollicitation du géant israélien New med Energy pour les recherches, projet d’un port gazier à Mohammedia…C’est la fin du marché nord-africain ?

Lahcen OULHAJ : Il est vrai qu’il y a une certaine accélération dans ce domaine d’exploration et de traitement du gaz. Le Maroc a été forcé. Il doit trouver des solutions dans l’immédiat. A terme, il faudra bien un jour que tous les pays se passent du pétrole et du gaz comme sources d’énergie. Est-ce la fin du marché nord-africain ? Ce marché n’a jamais été autre chose qu’un souhait. Il n’a jamais été une réalité, sauf pour le gaz. Aujourd’hui, l’Algérie a choisi de fermer ce marché et de rompre toutes relations avec le Maroc. La géographie n’a pas été modifiée pour autant. Elle est toujours là. A long terme, même si nous serons tous morts, comme disait J.M. Keynes, les problèmes politiques disparaitront, les échanges et la coopération renaîtront et se développeront. 

Quand bien même le Maroc aurait-il amorcé un décollage économique viable, il reste que le développement n’est pas seulement une affaire comptable, même si cet aspect est important. L’environnement, la confiance, la stabilité conditionnent, en dernière instance l’émancipation durable d’un pays. 

Lahcen OULHAJ : Le Maroc a certainement réalisé des avancées socio-économiques ayant leur importance, au vu de la pauvreté de ses ressources naturelles. Mais, de là à parler de décollage économique réussi, il ne faut rien exagérer. Le pays a encore beaucoup de problèmes de sous-développement. Quant à la réussite dans un milieu hostile, elle est possible. Il n’y a qu’à considérer les exemples d’Israël, de la Corée du Sud… Au contraire. L’hostilité du milieu peut être un aiguillon. Évidemment, la confiance à l’intérieur du pays, la stabilité politique et sociale sont déterminantes pour la croissance et le développement. Je pense que la réforme constitutionnelle de 2011 et les politiques sociales adoptées ces dernières années ont beaucoup renforcé la stabilité politique et sociale du Maroc. Quant à la confiance des citoyens dans les gouvernants, elle passe par la bonne gouvernance dans tous les domaines – dont, surtout, la justice – impliquant la reddition des comptes. Les élections générales de septembre dernier ont été une sanction éclatante de l’incompétence pitoyable des islamistes à gérer la chose publique. Cela a dû renforcer la confiance des citoyens en eux-mêmes et en leur pouvoir de récompenser et de punir les politiques.

Le Maroc fait le choix de l’investissement massif de l’Afrique de l’ouest. On comprend la volonté de compenser la chimère nord-africaine par la projection vers d’autres espaces. Mais cette zone est aussi sujette à l’instabilité : Mali, Guinée, Burkina Faso viennent d’être des théâtres de coups d’état ? Renoncer au rêve nord-africain, malgré les échecs, n’est-ce pas lâcher la proie pour l’ombre ?

Lahcen OULHAJ : Il est vrai que beaucoup de pays de l’Afrique subsaharienne souffrent d’instabilité politique et sociale. Il est vrai qu’il y a des risques pour l’investissement. Seulement, les investissements marocains en Afrique Subsaharienne sont des investissements privés. Il n’y a pratiquement pas d’investissements publics, sauf pour des aides dans le domaine d’équipements culturels, religieux ou de santé. L’essentiel des investissements sont dans les secteurs financiers (banque et assurance), des télécommunications et de services (dont des activités liées au commerce des marchandises). Le capital privé est, de par sa nature, opportuniste. Il y va parce qu’il y a un profit à tirer, plus élevé qu’ailleurs. On peut donc imaginer que s’il y a des investissements privés marocains en Afrique Subsaharienne, c’est parce qu’il y a des marges bénéficiaires importantes et couvrant les risques encourus. Évidemment, l’État du Maroc a signé avec les pays récipiendaires un très grand nombre d’accords économiques et commerciaux visant, entre autres, la protection de ces investissements. Mais, le risque zéro n’est pas de ce monde. 

Concernant le rêve nord-africain, investir en Afrique Subsaharienne n’est pas incompatible avec le développement de relations économiques avec les pays de l’Afrique du Nord. Le Maroc avait signé l’accord d’Agadir avec la Tunisie, l’Égypte et d’autres pays du Moyen-Orient. Il y a donc des échanges avec ces pays, mais nos pays sont souvent concurrents, sur le plan commercial. Avec l’Algérie, il y a une complémentarité indéniable, mais ce n’est pas le Maroc qui a choisi de rompre. Les opportunités économiques sont réelles en Afrique Subsaharienne et loin d’être une ombre qui serait saisie au lieu de la proie. Malheureusement, la proie est pour le moment un mirage, dont il faut pour le Maroc se détourner. 

L’Afrique Subsaharienne est convoitée par toutes les puissances économiques mondiales. Ses atouts et ses potentiels contrebalancent, et de loin, ses servitudes. Même les USA qui avaient détourné leur regard vers l’Asie, semblent maintenant vouloir s’y faire une grande place. La Grande-Bretagne se retire progressivement de l’Europe et regarde vers de plus en plus vers l’Afrique…

Depuis la conférence du Caire de 1947, en passant par la conférence de Tanger, l’Union du Maghreb arabe ( UMA), l’Afrique du nord court derrière son destin. Ces échecs sont-ils le fait d’égoïsmes économiques latents ou explicites des États ou, au contraire, les échecs économiques sont-ils la conséquence logique d’une conception géopolitique erronée de la construction régionale ?

Lahcen OULHAJ : La construction régionale nécessite avant tout une volonté politique commune à tous les États de la région à construire. Les conférences du Caire et de Tanger n’ont pas été le fait d’États souverains, mais de mouvements politiques, plus ou moins isolés. La seule tentative des États a été la création de l’UMA à Marrakech, le 17/2/1989. Kadhafi a imposé l’épithète « arabe » à l’UM, que la constitution marocaine a d’ailleurs rejeté depuis 2011. Les conditions politiques (conflit du Sahara) et économiques d’une union n’étaient d’ailleurs pas réunies. En plus, 3 ans après cette création, Benjedid a été démis de ses fonctions et Taya de Maurétanie a été assez vite renversé. Aujourd’hui, tous les acteurs signataires de l’accord (sauf ce dernier) ne sont plus de ce monde. 

L’intégration régionale nécessite d’abord et avant tout une volonté politique de construire un ensemble économique intégré et fort. Ensuite, il faut libérer les forces économiques privées pour assurer cette intégration en l’encadrant sur les plans institutionnels et juridiques. L’exemple de l’UE est là. On peut s’en inspirer. Des adversaires sur le plan politique ne peuvent en aucun cas construire un projet économique commun. Au contraire, les égoïsmes économiques sont le moteur de la croissance et du développement. Il faut libérer les égoïsmes individuels. Les États ne doivent pas poursuivre des objectifs politiques dans le cadre d’un jeu à somme nulle : ce que je gagne tu le perds et ce que tu gagnes je le perds. Lorsque les États s’inscriront dans un jeu coopératif à somme positive (gain mutuel), la construction nord-africaine avancera. Elle pourra avancer rapidement étant donné la proximité non seulement géographique, mais aussi linguistique et culturelle.

Adn-med travaille à un sursaut des élites qui doivent assumer leur devoir de lucidité et de courage en transcendant les tensions conjoncturelles. Au bout de quelques mois des femmes et des hommes des trois pays commencent à échanger dans le respect des opinions de chacun malgré un climat officiel délétère.  Cet élan peut-il, à terme, dépasser les échanges intellectuels pour atteindre des acteurs économiques ?

Lahcen OULHAJ : L’économie ne se fait pas en l’air. Elle se fait nécessairement dans un cadre étatique. Il ne peut pas y avoir d’échanges et de coopération économique lorsque les États s’y opposent. La question politique est déterminante pour l’économique. Maintenant, les échanges intellectuels sont nécessaires, car ils peuvent à terme influencer les politiques. Il faudrait viser l’objectif de renversement de l’hégémonie mentale et culturelle chez les décideurs politiques en travaillant la jeunesse qui accédera tôt ou tard aux leviers de commande. Si les jeunes nord-africains sont convaincus que tous les peuples de la région devraient travailler ensemble pour se développer ensemble, lorsque ces jeunes arriveront aux centres de décisions, les choses changeront inéluctablement positivement. 

* Lahcen OULHAJ est Professeur de sciences économiques et Président de la commission permanente chargée de l’analyse de la conjoncture économique et sociale au CESE 

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QUEBEC : L’ENTREPRENEURIAT RASSEMBLE LA DIASPORA NORD-AFRICAINE

Un cadre économique nord-africain au Québec ouvre de vraies perspectives aux trois pays

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QUEBEC : L’ENTREPRENEURIAT RASSEMBLE LA DIASPORA NORD-AFRICAINE

L’évènement est d’autant plus remarquable qu’il est le fait de jeunes opérateurs tunisiens, algériens et marocains dont on pouvait imaginer qu’à l’inverse leur ainés, soudés par le combat anti-colonialiste, les premiers avaient été impactés par la doxa belliqueuse dans laquelle se sont engagés les pouvoirs algérien et marocain depuis bientôt un demi-siècle.

Une initiative réfléchie

Un projet de réseautage entre jeunes entrepreneurs nord-africains établis au Canada est en passe de retisser les liens que les régimes politiques tentent de dissoudre dans un climat de rejet réciproque soigneusement entretenu par les factions conservatrices des deux principaux pays de la région.

L’initiative revient à la Jeune Chambre de commerce algérienne du Canada (JCCAC) qui a décidé d’organiser un événement de réseautage à Montréal, conjointement avec la Jeune Chambre marocaine du Québec (JCMQ) et la Jeune Chambre tunisienne du Québec (JCTQ). Cet événement, pionnier dans les annales de la diaspora nord-africaine, aura lieu mercredi prochain au siège social de la Banque de développement du Canada (BDC), à Montréal. Il poursuit l’objectif d’offrir des outils pratiques aux jeunes émigrés désireux de se lancer dans les affaires. Beaucoup de nos compatriotes, jeunes diplômés le plus souvent, manquent d’informations à même de les aider à intégrer l’écosystème économique et financier québécois, déplorent d’une même voix les organisateurs. Il est vrai que l’élite entrepreneuriale nord-africaine est relativement jeune et que ses débuts dans le monde du business de la Belle province sont récents, contrairement aux communautés italienne, libanaise et portugaise, par exemple, qui y sont établies depuis longtemps.

Le président de la JCCAC, Mehdi Houhou, estime que ce genre de rencontres participe à créer des liens entre entrepreneurs et autres chefs d’entreprises, dont certains ignorent par exemple « l’existence de programmes de soutien financier dédiés aux jeunes investisseurs ». L’objectif assigné au cocktail de mercredi prochain est donc de sensibiliser les membres des trois chambres consulaires sur les occasions de financement et de mentorat avec l’espoir de démontrer la complémentarité des trois chambres et donc leur intérêt à conjuguer leurs expertises. Le climat des affaires contraste avec ce qui se fait dans les pays d’Afrique du Nord, en ce sens qu’au Québec il faut à peine une demi-journée pour créer une entreprise, parfois moins. D’ailleurs, la JCCAC prévoit d’organsiner une mission commerciale en Algérie en associant des entreprises québécoises et canadiennes pour prospecter les opportunités du moment, le commerce mondial ayant connu de profonds bouleversements après l’invasion de l’Ukraine.

Transcender les aléas conjoncturels

Même si on peut évoquer les discriminations qui peuvent, par moment, affecter les diasporas dans leurs pays d’origine, « cela ne doit pas constituer, pour autant, un obstacle rédhibitoire pour les jeunes entrepreneurs », croit pouvoir dire un membre de la CJTQ pour qui une telle initiative « est une occasion de faire rayonner la communauté avec tout ce qu’elle peut apporter au développement des sociétés des trois pays ».

Outre la BDC, les organismes Evol, Futurpreneur, Investissement Québec et PME Montréal sont également partenaires de cet événement qui ambitionne de démontrer la synergie des potentialités économiques nord-africaines. Il y a un marché de cent millions de consommateurs que les binationaux peuvent aider à mieux faire connaitre mais il existe aussi un marché de la communauté nord-africaine dans les pays d’accueil que, pour les raisons abordées auparavant, les pouvoirs algériens et marocains ne veulent et ne peuvent envisager, pour l’instant, de prendre en charge. La diaspora est donc appelée à amorcer la pompe de ce chantier si essentiel à la solidarité nord-africaine au Canada, à sa visibilité dans ce pays et à la stabilité des relations Canada-Afrique du nord.  

Jusque-là, l’idée de construire un entité nord-africaine identifiable au Canada n’a pas dépassé le cadre de rares et modestes rencontres autour de manifestations organisées par les associations culturelles amazighes. La mise en place d’un cadre économique nord-africain au Québec ouvre de vraies perspectives aux trois pays, veut se convaincre ce tout nouveau membre de la TCTQ.

La volonté de démontrer une entente et une disponibilité à soutenir un pays autre que celui dont on est originaire a été révélé par un puissant et spontané élan populaire lors de la Coupe du monde de football organisée au Qatar. À chaque victoire de l’équipe du Maroc, on a vu des Algériens et des Tunisiens festoyer et célébrer les Lions de l’Atlas avec les supporters marocains dans une ambiance sur laquelle les crispations qui gèlent les relations entre les États nord-africains n’avaient aucune emprise.

De Montréal : Younès Lamri

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TUNISIE : MOODY’S DEGRADE ENCORE LA NOTE TUNISIENNE A Caa2

A Caa3, c’est l’impossibilité pour le pays d’accéder à des financements extérieurs

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TUNISIE : MOODY’S DEGRADE ENCORE LA NOTE TUNISIENNE A Caa2

La dégradation de la situation financière tunisienne ne connait pas de répit. Ce 27 janvier l’agence de notation Moody’s annonce avoir encore dégradé la note de la Tunisie qui se situe désormais au niveau Caa2 « avec perspectives négatives », ce qui expose le pays à un scénario de plus en plus probable de défaut de paiement.  Ce niveau est l’avant-dernier palier qui précède celui qui signifie qu’un pays est en faillite. Avec Caa3 se profile l’impossibilité pour le pays d’accéder à des financements extérieurs.

L’examen du dossier tunisien commencé en septembre 2022 a conduit Moody’s à abaisser aussi les notations de la dette senior, non garantie, et la notation senior de la Banque centrale de Tunisie, également non garantie.

Le déclassement du niveau Caa1 à Caa2 est essentiellement motivé par le manque de ressources monétaires pouvant répondre aux besoins massifs et urgents de financement dont a besoin le pays (5 milliards $ de financement extérieur pour 2023). Moody’s estime en effet que, sauf opportunité de financement externe – pour l’heure peu évidente – la perspective de défaut de paiement risque de conduire le pays à une situation difficilement compatible avec la notation Caa2, ce qui augure d’une dégringolade aux effets dévastateurs.

Le retard de la signature du prêt de 1,9 milliards de dollars avec le FMI qui affecte les réserves en devises de la Tunisie, l’aggravation des tensions sociales et l’instabilité politique révélées par la faible participation aux législatives du 17 décembre créent un écosystème délétère entretenu par l’incapacité des différents gouvernements à élaborer, programmer et exécuter des réformes économiques à même de mettre un terme aux déséquilibres budgétaires, détaille Moody’s.

Pour l’agence de notation, l’accord survenu en septembre 2022 entre le gouvernement et la centrale syndicale, l’UGTT ainsi que l’autorégulation des prix des carburants et du gaz naturel demeurent insuffisants à arrêter la spirale d’un marasme de la situation financière de plus en plus critique. Moody’s note qu’à ce stade de délitement social et de crise politique, la restauration des grands équilibres économiques et financiers restent hypothétiques même si l’accord avec le FMI venait à être paraphé.

Cette nouvelle baisse de la notation tunisienne traduit en fait un diagnostic établi de longue date par les experts et commis de l’Etat tunisiens ainsi que les principaux partenaires du pays. La dynamique régressive qui enfonce la Tunisie dans une crise sans nom est la conséquence mécanique d’un aventurisme politique qui a culminé le 25 juillet 2021 quand Kaïs Saïed commit son coup d’Etat constitutionnel. Une date que le président tunisien, plus autiste que jamais, se plait à considérer comme le moment de la renaissance nationale.

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DEPRECIATION DU DIRHAM : VENT DE PANIQUE EPHEMERE

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MAROC DEPRECIATION DU DIRHAM : VENT DE PANIQUE EPHEMERE

Un vent de panique s’est emparé mercredi soir de l’opinion marocaine et de certains marchés dans la soirée de mercredi et les premières heures de jeudi suite à l’affichage par le convertisseur de devises google d’un taux de change anormalement bas de la monnaie marocaine. Le moteur de recherche affichait un euro à 18,54 dirhams alors que la côte avoisinait dans la journée les 11 dirhams. Une chute de 70% incompatible avec le régime de flexibilité qui a immédiatement entrainé un communiqué rectificatif de la banque centrale qui a rappelé que « la seule able pour les cours de change du dirham est le portail de Bank Al Maghrib ( banque centrale marocaine NDLR), ainsi que Bloomberg et Refnitiv pendant les heures d’ouverture du marché de change marocain ».

Les milieux avisés ont rapidement saisi qu’il s’agissait d’un bug informatique mais sur la toile l’information a donné cours à des spéculations fantaisistes voire alarmistes qui suggéraient l’idée d’une crise monétaire analogue à celle qui affecte la Turquie voire d’un effondrement de l’économie marocaine. 

Si les esprits sont vite revenus à la raison pour imputer cette poussée de fièvre à un malencontreux incident technique des titres de paresse marocaine, à l’instar de l’Opinion,  comme n’ont pas hésité à soulever l’hypothèse d’un acte malveillant qui «  aurait sciemment manipulé l’algorithme de Google Finance » lequel, de son côté se défend en mettant en avant une clause de « non responsabilité », expliquant que les données «  proviennent de marché boursier de fournisseurs de contenu (…) Google ne procède à aucune vérification des données et décline toute obligation dans ce sens. »

Une alerte sans grande incidence financière, le bug étant intervenu à la clôture des marchés, mais qui soulève de nouveau la question de la supposé infaillibilité des géants de la toile.

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TUNISIE : KAIS SAIED FAIT GELER 105 COMPTES BANCAIRES

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TUNISIE : KAIS SAIED FAIT GELER 105 COMPTES BANCAIRES

105 comptes bancaires appartenant à des personnes physiques ou des entreprises embrassant divers secteurs viennent d’être gelés. Démantèlement d’un complot d’envergure impliquant des financements occultes islamistes, comme le suggèrent discrètement les gorges chaudes proches du Palais de Carthage, ou énième manœuvre destinée à faire diversion moins de deux semaines avant le deuxième tour des élections législatives plombées le 17 décembre par une participation calamiteuse du premier tour ? C’est la question de l’heure qui agite les milieux politico-médiatiques tunisois et qui peinent à y apporter une réponse tranchée tant les décisions similaires annoncées par le passé à grands fracas publicitaire et demeurées sans suite ou abandonnées laissent perplexes une grande partie de l’opinion publique lassée par les rengaines d’un président qui fait de « la chasse aux voleurs pour donner aux pauvres » l’alpha et l’oméga d’une gestion aussi stérile qu’aléatoire. Est-ce à dire que cette opération est forcément une réplique des précédentes ? Si des observateurs demeurent prudents, d’autres, par inclination idéologique ou connaissance du retraitement de l’argent sale par les réseaux islamistes, préfèrent accorder le bénéfice du doute à cette initiative.

Les faits 

Le 18 janvier, une missive émanant de l’Unité d’investigation sur les crimes financiers complexes, une des structures de la Direction de la police judiciaire, fuite. Elle fait état de 101 noms de personnes physiques et morales dont les comptes sont bloqués. Le lendemain, la même liste contenant 4 noms supplémentaires est portée à la connaissance du public par le même procédé.

Les titulaires de ces comptes sont des membres de la mouvance islamiste ou des acteurs qui leur sont proches. On y trouve Soumaya Jebali qui n’est autre que la fille de l’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali, Mouadh Kheriji, le fils Rached Ghannouchi (responsable du parti Ennahdha) Adel Daadaa ( dissident du même parti ), Ameur Laarayedh ( autre dirigeant nahdhaoui)…Figurent également dans cette liste des sociétés de communication comme Zitouna TV ou  Carthage Plus, connues pour leurs lignes éditoriales conservatrices, des entreprises de nettoyage… La correspondance fuitée est destinée aux banques et aux organes intervenant en bourse qui sont informés qu’une instruction du parquet près le pôle judiciaire économique et financier en date du 28 décembre, faisant suite à une enquête en cours, a décidé du gel de 105 comptes bancaires à partir du 6 janvier.

Les interrogations

Sans atteindre une telle envergure, des opérations analogues ont déjà été lancées sans que rien de probant ne viennent corroborer les accusations portées sur la place publique avant même que les enquêtes n’aient été bouclées. Des médias tunisois, peu suspects de sympathies islamistes, invitent à la prudence sans pour autant éliminer formellement l’hypothèse d’un vaste réseau de recyclage de grandes masses financières dédiées à l’infiltration des institutions, au conditionnement des opinions publiques, aux recrutements clientélistes et…à l’enrichissement personnel.  Il reste que la divulgation sur la toile de 25 noms appartenant au camp démocratique à l’occasion du premier tour ou d’autres cabales, plus anciennes, comme les interdictions de quitter le territoire national, les arrestations abusives ou les assignations à résidence impromptues frappant des opposants jettent une suspicion sur une affaire que le choix du timing comme le recours au fuitage comme mode communication ne contribue pas à crédibiliser. Outre la banalisation de l’invocation des complots si chers à Kais Saied, les milliers de manifestants qui ont investi la capitale le 14 janvier et les autres villes du pays, l’aide alimentaire libyenne vécue comme une humiliation par des segments importants des classes moyennes ( voir ADN-Med des 15 et 18 janvier ) et la proximité du second tour hypothèquent la fiabilité d’une enquête dont, pourtant, les tenants et les aboutissants peuvent ne pas être une vue de l’esprit tant l’internationale des Frères musulmans a généreusement arrosé ses démembrements organiques en Afrique du nord, Ennahdha en tête.

La confusion qui entoure ce dossier est illustrée par la savoureuse boutade de cet ancien destourien, vieux routier des coulisses de la vie politique tunisienne : «  Kais Saied a tellement affabulé et abusé de son pouvoir que même quand il dira la vérité ou appliquera la loi, les Tunisiens y verront mensonge et injustice. »

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AIDE ALIMENTAIRE : LA LIBYE VOLE AU SECOURS DE LA TUNISIE

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La dégradation de la situation socio-économique tunisienne se précipite. Cette fois c’est la Libye, en proie à une guerre civile sans fin, qui vole au secours de son voisin de l’ouest. Le chargé d’affaires de l’ambassade libyenne à Tunis révèle ce 17 janvier sur les ondes de radio Mosaïque FM que la Libye vient d’envoyer par voie routière des convois acheminant des produits de première nécessité comme la farine, le riz, l’huile ou le sucre. Le diplomate libyen a déclaré que 96 camions ont déjà passé le poste frontière Ras Jedir.  La quantité totale de véhicules lourds «  atteindra les 170 camions chargés de produits de base » a déclaré le chargé d’affaire qui précise qu’il s’agit d’une aide  « envoyée par le gouvernement d’unité nationale présidé par Abdelhamid Dbeibah » opposé au gouvernement Bachagha du  soutenu par des pays comme l’Égypte.        

Cette aide intervient au moment où le ministère des finances publie un rapport qui témoigne des difficultés qui assaillent une Tunisie coincée entre les exigences des institutions financières internationales qui conditionnent leur coopération par une cohérence prospective qui tarde à venir et des revendications de l’UGTT, une centrale syndicale qui a longtemps modéré ses propos, avant d’afficher une position plus ferme pour être en phase avec une rue de plus en plus tendue.

Ce rapport propose une réforme qui doit faire progresser les revenus fiscaux de 11,2% sur la période allant de 2023 à 2025, contenir les dépenses salariales qui qui ne doivent pas évoluer de plus 5,4% pour la même durée. Ainsi, la masse salariale devra peser 12,9% du PIB en 2025 au lieu des 15,1% de 2022. Autre contrainte qui affectera les couches les plus modestes, les compensations qui pèsent 8,3% en 2022 seront ramenées à 1,7% du PIB en  2025, ce qui est considérable.     

Des réductions qui risquent d’alimenter des tensions sociales déjà grandes.

Cette paupérisation continue qui fait dépendre les besoins les plus élémentaires du pays de soutiens, pas toujours désintéressés de l’Algérie et maintenant du la Libye, suscite des commentaires acerbes de la part des figures les plus crédibles de la vie universitaire et médiatique tunisiennes. Outre la dégradation de l’image du pays qu’elles génèrent, ces observateurs voient dans ces soutiens un cout politique et diplomatique qui se fait au détriment des positions traditionnelles de la Tunisie qui, avant l’avènement de Kais Saied,  a su garder une relative autonomie sur les grandes questions régionales et internationales comme la question du Sahara occidental ou le positionnement par rapport à la Russie. Des commentaires qui ne semblent pas infléchir la vision autocratique un président tunisien plus rigide que jamais.

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EXCLUSIF. EXPLOITATION DU GISEMENT DE GARA DJEBILET (ALGÉRIE). POURQUOI MAINTENANT ?

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Le 8 mai 2022, le conseil des ministres entérinait le principe du lancement de la première phase d’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet situé dans le grand sud-ouest algérien. Le 31 juillet, le ministre de l’Énergie et des mines Mohamed Arkab se rendait sur les lieux pour lancer l’ouverture du site. Le 17 aout l’agence de presse officielle APS annonçait une extraction de 1000 tonnes. Selon Mohamed Arkab, une première étape s’échelonnant de 2020 à 2025 devrait permettre une production de 2 à 3 millions de tonnes en attendant d’atteindre des volumes allant de 40 à 50 millions de tonnes à partir de 2026. Entretemps, les autorités algériennes font état de démarches devant conduire à une joint-venture avec le chinois CMH. 

Pourquoi cette précipitation ? Pourquoi ce gisement connu de longue date fut-il ignoré à ce jour ? Qu’est ce qui a décidé le gouvernement algérien à se lancer dans ce projet aujourd’hui ? Que représente cette ressource et quelle en est la nature. Adn-Med s’est penché sur un dossier où se croisent les données économiques, les contraintes techniques et financières et les considérations géopolitiques. 

Un site majeur

Gara Djebilet est un des plus grands gisements du monde. Il renferme 2 milliards de tonnes de minerai de fer dont 800 à 900 millions de tonnes à 57-58% de fer métal, ce qui est un taux appréciable.

Le site qui est situé à 130 km au sud-est de Tindouf, ville reliée par une route goudronnée de 990 km à Béchar, se trouve à 400 km de l’Atlantique et à 1560 km du port d’Arzew.

Signalé pour la première fois en 1952, Gara Djebilet avait été alors étudié par le Bureau de Recherche Minière en Algérie, BRMA. Après l’indépendance, la Société Nationale d’Exploitation et de Recherche Minières, SONAREM, s’y investit dès 1966, date de sa création. L’endroit est donc relativement bien connu sur les plans de la géologie, de la métallogénie, de la géophysique (aéroportée et magnétique) et de la géochimie, grâce à de nombreux travaux exploratoires, dont plusieurs sondages (plus de 200 soit 7000 ml de carottes) et puits de reconnaissance permettant de recueillir et d’analyser suffisamment d’échantillons pour avoir une idée précise de la valeur, la nature et la quantité du minerai.

Géologie

Les archives de SONAREM révèlent qu’il s’agit d’un gisement sédimentaire, stratiforme, dans lequel des strates particulières sont minéralisées en fer. Évidente plus-value économique, les couches de fer oolithique (microparticules sphériques de fer constituant la substance utile du minerai) datées d’environ 400 millions d’années affleurent partiellement dans trois (3) zones principales dans un périmètre global de 140 km2 environ : 

– Gara Djebilet Ouest de 40 km2 (10 km x 4 km) ;

– Gara Djebilet Centre de 90 km2 (20 km x 4,5 km) ;

– Gara Djebilet Est de faible étendue 7 km2 (7 x 1 km).

Une station d’essai fut construite à proximité du gisement ouest, afin d’étudier les possibilités d’enrichissement du minerai par épierrage à sec sur séparateurs magnétiques basse intensité (technique de séparation du fer et de la terre permettant le captage du minerai par la magnétisation du rouleau).  

Dans le bassin Gara Djebilet ouest, la lentille minéralisée, de direction NW-SE, subhorizontale ou à très faible pendage NE (1°-2°) est recouverte par des grès. Elle est facilement accessible dans la partie sud du bassin sous forme d’une falaise formée par un minerai compact, induré, dominant de plusieurs dizaines de mètres les terrains sous-jacents.

Dans le bassin Gara Djebilet centre, situé à 10 km du bassin ouest, la lentille minéralisée de même orientation et pendage que la précédente se développe sur 90 km2 environ. Elle est également recouverte par des grès. Sa bordure sud offre également une falaise, mais moins abrupte et moins haute que sa voisine ouest.

Enfin, le bassin Est, distant du central de 8 km, plus réduit est de l’ordre de 7 km2 (7 x 1 km).

Dans cette zone ferrifère de 137 km2, des lentilles plus riches en fer s’individualisent dans chacun des trois secteurs.

Le mur (la base) des couches utiles est constitué d’une alternance de niveaux oolithiques, grès et argiles sur une épaisseur de 15 m sous la couche minéralisée.

Le minerai commence par un niveau pouvant atteindre 10 m d’épaisseur, de produit non magnétique aux couleurs variant de l’ocre au gris-rouge. Les teneurs moyennes en fer varient de 40 à 57% et atteignent parfois 58% de fer dans la Gara ouest.

Au-dessus, se trouve le minerai magnétique, oolithique, stratifié de couleur variable. Sa teneur en fer dépasse 57% sur la Gara centre, 58 % sur la gara ouest et atteint parfois 60% dans les parties les plus riches.

Dans l’ensemble les couches sont régulières et peu ou pas affectées par les cassures, à l’exception d’une faille de 13 m de rejet qui affecte le gisement central.

Dans la partie sud du bassin, la couche utile a été dénudée par l’érosion, livrant ainsi le minerai à ciel ouvert, ce qui représente évidemment un avantage certain pour la production.

À Gara Djebilet, la minéralisation se présente sous forme de trois couches superposées (parallèles) dont l’épaisseur totale varie de 15 à 20 mètres. La teneur moyenne générale est de 56%. La couche médiane, dite couche utile, épaisse de 8 à 9 m a une teneur de 58% à Gara ouest et 57% à Gara centre. 

Les réserves dans cette seule couche utile seraient de 900 millions à 1 milliard de tonnes, dont 500 millions de tonnes dans la zone centre et 400 millions dans la zone ouest.

L’épaisseur des recouvrements stériles sont de l’ordre de 10 m en zone ouest et de 20 m en zone centre, ce qui ne constitue pas en soi une grande contrainte pour le déblaiement et donc l’accès au minerai. 

L’exploitation à ciel ouvert est possible, ce qui rend d’autant plus rentable l’extraction. Ainsi la zone ouest, plus favorable à cet égard, pourrait assurer les 25 premières années un rythme de 15 millions de tonnes par an. 

A priori donc les données géophysiques font de Gara Djebilet l’un des endroits les plus attractifs au monde. Sauf que… 

Caractéristiques chimiques 

Les recherches de Sonarem ont identifié les éléments suivants :

Fer = 57- 58 % ; Silice (Si O2) = 4,7-4,9 % ; Al2O3+ Ti = 4,3-4,7 % ; CaO + MgO = 1,6 % ; CO2 = 2,5-3,6 % ; H2O combinée = 2,9-3% ; Soufre (S) = 1,01% ; Phosphore (P) = 0,8 % ; Arsenic (As) =0,026%.

Ces analyses mettent en évidence la richesse du gisement en fer (entre 57 et 58 %), la présence de silice (4,7 à 4,9 %) et du phosphore (0,8%).

Si la teneur en silice est dans les valeurs acceptées par le marché mondial, il n’en est pas de même pour le phosphore (0,8%) ; les normes admises dans le commerce international devant être inférieures à 0,1%. 

Il convient de souligner qu’à tous les stades de son traitement (enrichissement, agglomération, bouletage, réduction, etc.) les techniques les plus appropriées sont indispensables pour déphosphorer le minerai afin de tendre vers zéro phosphore, préalable à une utilisation industrielle de qualité.

Exploitation

Extraction et traitement nécessiteront l’installation d’usines préparant un minerai de fer commercialisable conduisant à la fabrication d’acier de qualité.

Par ailleurs, l’éloignement du gisement des ports de l’ouest algérien (1560 km : Arzew, un peu moins pour Oran et Béni Saf) ainsi que l’importance des installations de traitement nécessaires, rendent l’exploitation relativement coûteuse. Pour parvenir à un niveau de rentabilité concurrentielle, il faut un tonnage annuel exploité de l’ordre de 15 millions de tonnes/an, encore faudrait-il recourir à des techniques d’extraction les moins onéreuses possibles.

Avec ces 15 millions de tonnes/an, les réserves connues de minerai riches de l’ordre de 900 millions de tonnes, permettent une exploitation sur environ 60 ans, ce qui est remarquable.

Considérations politiques 

On a souvent avancé la question de la déphosphoration, particulièrement énergivore, pour expliquer le renoncement de l’Algérie à se lancer dans l’exploitation de Gara Djebilet. Sans être anodine, cette contrainte n’est pas la plus importante dans la mise en veilleuse du chantier. Les disponibilités en gaz et en énergie solaire pouvaient satisfaire à la consommation des unités devant séparer le phosphore du fer.

Le conflit du Sahara occidental dont les premières manifestations remontent à 1973 semblent avoir poussé le pouvoir algérien à différer le lancement de ce mégaprojet tant que les décisions des autorités espagnoles quand au devenir de leur colonie n’étaient pas connues. 

Par la suite, l’intensité des affrontements opposant le Polisario et l’armée marocaine ont dissuadé les autorités algériennes de se lancer dans des investissements lourds dans une zone d’instabilité démographique – les camps saharaouis sont à quelques encablures du site – et de grande insécurité militaire. D’où l’abandon du chantier sachant que la condition d’un transport rapide et court, c’est-à-dire d’une rentabilité financière satisfaisante, requérait l’ouverture d’un couloir vers l’Atlantique. 

Cette éventualité est aujourd’hui aussi hypothéquée qu’au début du conflit. 

Pourquoi Alger a-t-il relancé une exploitation minière dont les paramètres qui l’avaient empêchée sont plus que jamais d’actualité ? Le transport du minerai vers les ports du nord sera-t-il soutenable financièrement ?  Des usines sidérurgiques seront-elles implantées sur sites pour créer un écosystème justifiant la mobilisation de tant de moyens ? Les ressources en eau que nécessiterait cette implantation seront-elles disponibles ? Les problématiques environnementales dans un espace largement affecté par une désertification de plus en plus envahissante ont-elles été appréhendées ? Après l’épuisement du gisement, c’est à dire 60 années, le lieu de vie serait-il viable ?

Demeurent les spéculations des think tanks et des chancelleries. Les options stratégiques du Maroc qui se projettent dans une perspective supra régionale avec tout ce que cela implique comme choix culturels et géostratégiques contraignent l’Algérie à « meubler » le site en créant ex nihilo une cité importante et durable pour marquer un territoire disputé depuis toujours par son voisin de l’ouest. Et ceci quel qu’en soit le prix. 

Un ancien cadre de SONAREM s’interroge : « Quand bien même ces sacrifices seraient-ils pertinents pour une période de 60 ans ; un tel projet, avec la mise en œuvre des moyens qu’il appelle et ses implications financières, urbanistiques, écologiques et humaines ne méritait-il pas un débat parlementaire voire citoyen ? »

On n’a pas fini de le constater : le conflit du Sahara occidental reste l’obstacle majeur du développement de l’Afrique du Nord. Et le moins que l’on puisse en dire est que pour l’heure aucun compromis n’apparait à l’horizon.  

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Économie

MAROC : RENFORCEMENT DE LA FLOTTE DE CANADAIRS

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Une enveloppe de 1,3 milliards de dirhams a été dégagée pour renforcer de trois avions une flotte de Canadairs composée déjà de cinq appareils de type 415. Un Canadair coute entre 25 et 35 millions d’euros, selon le modèle.

C’est le ministre délégué auprès du chef de gouvernement, chargé de l’Administration de la Défense nationale, Abdellatif Loudiyi qui a fait cette annonce mardi devant la commission des Affaires étrangères. Le projet de loi des finances 2023 prévoit pour ce département un budget de 62,3 milliards de dirhams. 

Le Maroc a subi ces quatre dernières années des incendies qui ont essentiellement touché le nord du pays, zone la plus boisée du royaume. Les régions de Larache, Ouezzane, Tétouan et Chefchaouen ont ainsi vu plus de 9.000 hectares détruits par les feux. De l’avis de plusieurs ONG marocaines, ces dommages ont cependant été considérablement limités grâce à l’intervention des Canadairs que le pays utilise par ailleurs comme moyen de sauvetage ou de transport de marchandises voire de voyageurs en dehors des périodes à risques incendiaires. Pour l’heure, le Maroc reste le seul pays africain à disposer de ce genre d’appareils. Lors des incendies qui avaient dévasté les forêts algériennes, notamment en Kabylie, à l’été 2021, les autorités marocaines avaient proposé la mise à disposition de leurs Canadairs à leur voisin de l’est. L’offre fut rejetée par Alger en raison des relations qui venaient de se dégrader entre les deux pays mais aussi pour ne pas donner à voir une comparaison préjudiciable au pouvoir algérien face à un rival historique. L’Algérie avait néanmoins fini par accepter l’intervention de deux Canadairs français pour lesquels le gouvernement avait alors remercié…l’Union européenne.    

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Économie

GAZODUC NIGÉRIA-AFRIQUE DU NORD : RABAT ET ALGER SUR LE PIED DE GUERRE

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Voilà encore un dossier où Alger et Rabat se rendent coup pour coup. 

Dimanche, le Roi du Maroc Mohamed VI s’adressant à la nation à l’occasion du 47ème anniversaire de la marche verte rappelait l’initiative prise « avec son excellence Muhammadu Bouhait, président de la République fédérale du Nigéria de lancer le projet Gazoduc Nigéria-Maroc » et se félicitait de « l’avancement de ce grand projet, conformément à l’accord signé en 2016 ».

Le même jour, le ministre des Affaires étrangères du Nigéria, Geoffrey Onyeama était reçu à Alger par son homologue algérien Ramtane Lamamra et le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune. Il déclarait que « les deux pays (L’Algérie et le Nigéria NDLR) ont procédé à la mise en place d’un Conseil d’affaires algéro-nigérian », insistant particulièrement sur « les projets structurants, notamment le gazoduc Alger-Lagos, la Transsaharienne et la dorsale à fibre optique ».

Ce Méga projet était déjà l’objet d’une sourde opposition diplomatique entre Alger et Rabat depuis plusieurs années (voir adn-med du 17 septembre). Il est devenu un terrain d’affrontement ouvert après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays survenue en août 2021, à l’initiative d’Alger.

Le Maroc qui a réussi à intéresser à sa démarche les pays de la CEDEAO fait valoir le développement dont profiteraient les 400 millions de personnes des treize pays que traverserait le gazoduc avec ce que cela implique comme stabilité des flux migratoires et garantie sécuritaire dans le Sahel et l’ouest africain. De son côté, l’Algérie met en avant un trajet plus court (4000 km au lieu des 6000 pour le tracé marocain) et son statut de pays producteur de gaz à même de contribuer à une meilleure potentialisation de l’offre sur le marché européen.  

Pour l’instant, les financements des deux projets demeurent incertains. D’une part les sommes nécessaires à leur réalisation dépassent largement les capacités d’emprunt des pays concernés – ce qui appelle la mobilisation des capitaux des grandes entreprises multinationales voire des États – d’autres parts, et malgré la pression induite sur le marché des hydrocarbures par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’investissement à long terme dans les énergies fossiles reste sujet à controverse.  

En attendant, Rabat et Alger ont trouvé matière à ouvrir un autre champ de bataille.  

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Économie

TUNIS PARALYSÉE : GRÈVE SURPRISE DANS LES TRANSPORTS

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La capitale tunisienne s’est réveillée ce mercredi sans transports suite à l’appel à une grève ouverte lancée la veille par de la Fédération générale du transport affiliée à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) alors que le chef de l’État se trouve à Alger où il participe au 31ème sommet de la Ligue arabe. 

Dans l’émission la Matinale de radio Shems fm, Wejih Zidi, le secrétaire général de la Fédération, explique ce mercredi la soudaineté de cette action par le silence des autorités de tutelle à savoir le ministère des transports et de la direction générale de la Société des transports de Tunis (Transtu). Cette dernière structure n’a pas réagi aux doléances des travailleurs dont les rémunérations n’ont toujours pas été versées, obligeant ces derniers, dénonce le responsable de la Fédération, à recourir à des moyens expéditifs pour rembourser leurs traites, pourvoir aux besoins de leurs familles ou simplement se procurer un médicament. 

Wejih Zidi signale que lorsque dans le passé leur entreprise était confrontée à des difficultés de trésoreries, celle-ci avertissait les employés d’un possible retard de paiement des mensualités alors que cette fois aucune information ne leur a été fournie.

Outre ces causes immédiates, Wejih Zidi rappelle les conditions déplorables dans lesquelles exercent les travailleurs qui sont souvent agressés ainsi que l’état du parc roulant qui empêche le collectif d’offrir le service de qualité auquel ont droit les usagers du grand Tunis. 

Tout en se faisant l’écho de la colère qui anime les agents de l’entreprise, le syndicaliste laisse la porte ouverte au dialogue en déclarant que « la grève peut s’arrêter en quelques instants et que ceci dépendait des autorités de tutelle ».

Ce mouvement risque de perturber davantage la mobilité d’un monde du travail tunisien dont les performances sont déjà durement affectées par une grave crise financière qui freine la consommation et raréfie les importations des pièces de rechange, rendant la compétitivité des unités économiques encore plus aléatoire.

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Économie

MAROC : ASSUMER L’INDUSTRIE DU CANNABIS

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Le Maroc organise à partir de ce mardi un colloque international de 2 jours sur la problématique du cannabis dont il est un des tous premiers producteurs mondiaux. Les ministres de l’enseignements supérieur et de la recherche scientifique ainsi que celui de la santé font partie des responsables politiques qui sont partie prenante de cette initiative. Le  conseil national économique, social et environnemental et plusieurs universitaires participent à une rencontre qui vient prolonger une réflexion engagée dans le royaume depuis plusieurs années.

Plus de soixante intervenants dont des experts venus du Canada, d’Angleterre, de Belgique se sont associés aux différents acteurs marocains  pour traiter de disciplines comme la question juridique de la légalisation, de la transformation, de la commercialisation ou des vertus thérapeutiques du principe actif du cannabis le tetra hydroxycanabinol.

Le parlement marocain qui a déjà eu à aborder cet important et délicat dossier semble vouloir approfondir les données médicales, sociologiques, économiques et culturelles d’un problème qui concerne en premier chef le Royaume chérifien mais aussi des pays riverains et plus généralement ceux de l’Europe qui ne parviennent pas à venir à bout d’un flux ininterrompu d’un produit qui irrigue une économie parallèle qui brasse plusieurs milliards d’euros avec des conséquences qui menacent autant les domaines sanitaires des populations que les  aspects sécuritaires des États.

La perspective de la légalisation semble désormais actée au Maroc qui adhère à la thèse qu’une mise sur le marché du cannabis soumise à un contrôle des pouvoirs publics peut à la fois assurer à terme la réduction des réseaux clandestins, la surveillance de la qualité des produits commercialisés et enfin une rentabilité économique transparente et donc soumise à la fiscalité des finances générés par cette culture.

Il reste que les études menées par les pays qui ont déjà légalisé le cannabis ne permettent pas de tirer des conclusions unanimes ou définitives. Le Portugal qui adopte une politique libérale semble vouloir continuer son expérience relativement récente. À l’inverse, aux Pays-Bas où la légalisation existe depuis de longues années, des voix commencent à s’élever pour relever les limites et les risques de cette approche, le cannabis étant dans la quasi-totalité des cas la porte d’entrée qui mène aux addictions sévères.

Pour l’heure, le Maroc semble résolu à organiser la production et la commercialisation d’une production que ni les aides massives de l’union européenne dédiées à la promotion de cultures de substitution ni les campagnes plus ou moins crédibles d’éradication n’ont pu réduire significativement.  

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