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Politique

Jaffar LAKHDARI* : « L’OPTION DU NON MAGHREB…UNE FAUTE STRATEGIQUE MAJEURE ».

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1) Comment expliquer le faible impact des travaux types Nabni sur les élites qui ont été incapables d’ouvrir des perspectives à une mobilisation inédite dans le pays ?

Le Hirak a surpris l’ensemble de la classe politique ou ce qui en tient lieu. L’idée d’une anomie de la société algérienne qui avait déjà accepté un quatrième mandat, dominait alors. Dès lors, lorsque les manifestations du Hirak ont commencé, beaucoup n’y ont vu, au mieux qu’un rejet du projet du cinquième mandat et non une remise en cause radicale du système qui y avait mené.

En ce sens, ils partageaient peu ou prou l’analyse des tenants du régime qui l’ont en quelque sorte officialisé, en séparant le Hirak béni, limité à la contestation du cinquième mandat qui a permis une recomposition du système au bénéfice d’un groupe, du Hirak séditieux, incapable de proposer, de structurer une alternative politique et finalement en partie récupéré par des courants qualifiés de terroristes.

Seule l’opposition véritable réunie au sein du PAD a saisi la portée de l’événement et porté la revendication d’un changement de système et non dans le système.

Pour ce qui concerne l’élite en général, terme assez imprécis mais qu’on pourrait assimiler à l’encadrement actuel et futur (les étudiants soit plus d’un million cinq cent mille individus en Algérie) l’engagement dans le Hirak a souvent été leur première expérience politique effective.

Une certaine méfiance à l’égard de toute forme d’organisation, a fortiori de représentation, (le PAD lui-même a pâti du discrédit général de la classe politique), un refus de la « verticalité », une illusion réelle sur la possibilité de changer les choses par une mobilisation spontanée et horizontale, confirmée par l’annulation de l’élection, la crainte d’une récupération probable dès lors qu’une représentation émergerait, l’inexpérience et l’absence de culture politique, n’ont pas permis d’exploiter la faille majeure du système à l’été 2019.

Cela étant en dehors des partis politiques, il y a eu des idées des initiatives notables et coordonnées au sein d’éléments actifs de la société civile qui ont proposé des feuilles de route articulées autour de la proposition de transition démocratique qui ont fait consensus.

Cette notion s’inspirait des expériences de changement pacifique dans d’autres pays. La conférence des Pins maritimes d’août 2019, fruit d’un long travail de contacts et de rapprochement entre acteurs de la société civile, des partis politiques et syndicats autonomes, fut l’aboutissement de ce travail.

Était-ce suffisant ? Non car le pouvoir incarné alors par le chef d’état-major Gaid Salah a décidé d’ignorer cette ouverture, ces propositions et d’appliquer sa propre feuille de route, ce fut l’annonce des nouvelles élections présidentielles avant la fin de l’année 2019.

2) Après la neutralisation du Hirak, on observe le retour aux bases de gouvernance du boumedienisme. Stigmatisation et répression de toute voix discordante, sacralisation

du pouvoir assimilé à la nation, repositionnement tiers modiste du pays avec notamment les relances emphatiques des dossiers palestiniens et sahraouis, gestion

politique de la ressource financière du pays…Comment lire ce passéisme et de quoi est-il annonciateur au niveau national et en termes géopolitiques ?

Peut-on parler de neutralisation du Hirak ? Je ne crois pas, le Hirak est un mouvement citoyen dont l’expression ne se limite pas aux marches pacifiques du vendredi. Du reste, ces marches se sont maintenues sur une durée exceptionnelle, sans équivalent dans l’histoire récente des mouvements de protestation dans le monde, avec un caractère pacifique constant malgré la répression.

En revanche, il y a bien une régression spectaculaire qui a vocation à annihiler les maigres conquêtes démocratiques des années 88/90. Celle-ci s’accompagne en effet du retour au discours politique des années 60/70 dans un

contexte national et international totalement différent.

Cependant, cette incapacité à produire du neuf en dépit de cette crise majeure, est un signe manifeste de faiblesse politique.

Contrairement à Benbella ou Boumediene, dont le discours bénéficiait d’une certaine écoute, en dépit du caractère autoritaire de leur pouvoir, aujourd’hui le discours officiel est totalement ignoré et méprisé par la population.

Ceci pour au moins deux raisons, d’abord parce qu’il émane d’une source illégitime qui a voulu ignorer la volonté populaire exprimée par plus de deux ans de Hirak, ensuite parce qu’il repose sur des thématiques tiers-mondistes des années 60 totalement obsolètes dans un monde marqué par l’émergence spectaculaire des pays du Sud qui créent un Nouveau Monde. Ce discours vindicatif ne peut plus masquer l’échec et la responsabilité entière d’un pouvoir incapable d’engager le pays dans un cycle de croissance comparable à celui des pays émergents du Sud, en dépit de ressources exceptionnelles (plus de 1000 milliards de $ de recettes hydrocarbure durant l’ère Bouteflika).

Plus aucun analyste sérieux n’utilise aujourd’hui le terme « tiers-monde », ce blocage dans le passé traduit moins une incapacité, bien réelle, à saisir le sens et les enjeux des changements que nous vivons, que la croyance naïve en la possibilité de reproduire le schéma autoritaire et national populiste qu’incarne la figure de Boumediene, en l’associant à ses deux piliers réels, la rente et le régime policier.

Croyance puérile car d’une part la société a totalement changé et d’autre part il y avait un souffle dans les années qui ont suivi l’indépendance qu’on ne retrouve plus aujourd’hui que… dans le Hirak. Ces discours d’un autre âge tombent à plat à la manière des meetings devant des salles vides, des dernières campagnes électorales du régime…

Ce qu’annonce cette fermeture est d’ores et déjà visible, le renforcement du caractère autoritaire et répressif d’un régime qui pense pouvoir ainsi compenser son absence de légitimité.

Après plus de deux ans de Hirak, cette option, même du point de vue de la stabilité de l’État est irresponsable. Elle est d’autant plus irresponsable que le mouvement citoyen n’a cessé de proposer une transition pacifique qui préserverait cette stabilité.

Sur le plan international en revanche, je ne crois pas que le régime ait les moyens d’aller au-delà des effets de manche habituels. Le vrai problème est ailleurs, les crises en cours obligent le système à s’adapter pour survivre. Il n’a nullement les moyens de faire plier ces réalités et se contente de camper sur ses positions.

Cependant, rester immobile dans un monde qui se remodèle, c’est se condamner à le subir.

L’option confirmée du non Maghreb en particulier, est une faute stratégique majeure, dont le coût sera de plus en plus élevé dans les années à venir.

3) D’aucuns estiment que le blocage actuel du pays est une question générationnelle. Les dirigeants enkystés dans la nostalgie post coloniale ne parviennent pas à, actualiser leur logiciel. Partagez-vous cette analyse ou voyez-vous d’autres raisons à la permanence de la rigidité algérienne ?

Le fonctionnement du régime porte en lui sa dégénérescence gérontocratique à la manière de l’URSS finissante.

C’est un système qui fonctionne par cooptation, mécanisme qui a pour effet un très faible renouvellement de la classe politique qui connaît donc vieillissement et immobilisme.

Cette sclérose est le reflet de celle de la classe des mandants, des détenteurs de la souveraineté, ensemble de cercles concentriques au sein desquels ont lieu les débats politiques réels et la recherche de consensus. Le dernier mot revient au cœur du système décisionnaire, les cercles dirigeants de l’armée.

Ces cercles ne sont pas homogènes et il y a souvent de réelles divergences de vue et des conflits d’intérêts entre les groupes qui le composent. Le nécessaire consensus se fait autour du plus petit dénominateur commun, ce qui mécaniquement entraine stagnation voire recul vers le dernier point de stabilité connu.…

C’est ce qui explique l’absurdité de la décision du cinquième mandat qui illustre que ce système comme le disait justement Monsieur Hamrouche, est antinational en ce sens que la recherche prioritaire de son équilibre se fait souvent au détriment de l’intérêt national.

C’est la leçon du projet antinational du cinquième mandat. Le vieillissement avéré de la caste au pouvoir est donc un effet du système et non sa cause.

De ce fait, ce système ne peut produire sui generis, un grand réformateur, un Deng Xiaoping local qui serait capable d’orienter l’économie dans la voix du développement en bouleversant les équilibres. La transition de l’économie administrative vers l’économie de marché qui dure depuis plus de 40 ans, a encore de beaux jours devant elle…

On doit aussi s’interroger sur les racines anthropologiques du système qui serait aussi une explication possible de sa résilience. Le fonctionnement collégial au sein d’une espèce de conseil des anciens, les cercles du pouvoir, fondé sur la recherche de consensus fait penser aux Tadjmaat. Mais on ne gère pas un état, a fortiori un état de droit démocratique, comme on gère un village.

La démocratie c’est le débat contradictoire public sanctionné par le vote des citoyens, elle obéit à d’autres logiques de fonctionnement que la recherche du consensus au sein de groupes restreints. La collégialité n’est pas la démocratie, c’est un principe oligarchique.

4) On parle souvent en Algérie de questions idéologiques mais on a rarement observé de vrais débats sur les perspectives économiques qui s’imposent à la nation. Selon vous l’échec économique est- il le résultat de choix erronés ou la conséquence naturelle d’une formation archaïque qui prive le pays de compétences à même de mettre en perspective un projet national rationnel et cohérent ?

Les débats sur la question essentielle du développement et du modèle économique ont lieu depuis bientôt quatre décennies. Les intervenants sont souvent très compétents et les goulots d’étranglement sont depuis très longtemps clairement identifiés.

En 2013, Abdelhak Lamari publiait un texte au titre évocateur « la décennie de la dernière chance » dans lequel il reprenait toutes ces analyses, confirmées par les nombreuses études et sondages qui tous classaient l’Algérie pratiquement au dernier rang mondial en matière d’environnement d’affaires. Nous sommes en 2022 la décennie est pratiquement passée.

Donc ce ne sont pas tant les débats ni les compétences qui font défaut, les choses sont dites et redites depuis des décennies. Mieux il y a l’exemple concret de nombreux pays qui sont passés rapidement d’une économie administrée à une économie de marché ouverte avec des succès souvent spectaculaires. En Europe centrale, en Asie, avec en particulier le phénoménal « miracle » économique chinois, on a partout observé des mutations économiques très rapides.

Les choses sont donc bien connues et ce retard n’est en rien un problème de défaut d’information. C’est du reste ce qu’ont expérimenté des groupes de réflexion ou Think tank comme CARE ou Nabni qui ont produit des dizaines d’études et de recommandations, argumentées et chiffrées, sur ces sujets et qui ont eu à participer à des forums et tripartites avec les autorités, voire à participer à des « task force ». Le résultat de tous ces efforts est insignifiant.

Toutes ces recommandations vont rester lettre morte et le carcan bureaucratique qui plombe l’économie sera au contraire renforcé. C’est ce qui fera que ces groupes de réflexion désigneront, en s’écartant de leur neutralité politique de principe, la question de la gouvernance comme étant le cœur du problème. La problématique de la gouvernance est la question politique par excellence qui est celle de la logique de la prise de décision, de la réalisation et de la responsabilité en termes de résultats. Ils participeront ainsi, du moins dans un premier temps, au Hirak.

L’approche, faussement naïve, des compétences qui feraient défaut aux décisionnaires, est battue en brèche par ce qu’on observe sur le terrain depuis des lustres.

En réalité les décisions économiques sont conformes à la logique d’une économie de rente adossée à un régime autoritaire qui entend conserver son contrôle sur la société civile et donc, en particulier sur le secteur économique privé dont la montée en puissance pourrait menacer cette domination.

Dans cette logique, les compétences sont inutiles voire dangereuses, sauf celles qui s’intègrent dans cette logique (neutralisant ainsi leur apport) et qui acceptent d’en faire la promotion.

Le carcan bureaucratique, principal levier de contrôle de l’économie, ne cesse de se renforcer parallèlement aux critiques officielles de la bureaucratie. Il ne s’agit donc pas d’un problème de compétences mais de la logique conservatrice d’un système de pouvoir autoritaire et collégial.

5) Le Maroc semble privilégier désormais un développement singulier à travers notamment les accords d’Abraham, la Tunisie opte pour un populisme qui voit le président Kais Saied réduire le développement à « la chasse aux voleurs ».

Quoiqu’on pense de ces choix, ils ont l’avantage de la clarté. On a de la peine à découvrir une ligne économique algérienne d’un état stratège. Pourquoi cette stérilité et comment pourrait-on la dépasser ?

Pour l’essentiel le blocage structurel tient, comme on l’a vu, au mode de fonctionnement du système c’est-à-dire autoritaire et collégial. Cette structure conduit à l’immobilisme et à l’incapacité de faire face aux défis. Le projet du cinquième mandat est le produit spectaculaire de ce mode de fonctionnement.

Tous les acteurs du système étaient, de toute évidence, conscients de l’absurdité de cette décision, un enfant de cinq ans l’aurait compris, mais l’on acté car c’était le seul consensus possible au sein du système de gouvernance. Il en va de même dans tous les domaines, c’est ce système complexe et stérile d’arbitrage qui préside aux prises de décision et souvent à l’absence de décision.

C’est ce qui désoriente souvent les partenaires économiques de l’Algérie qui ont beaucoup de mal à identifier les centres de décision et leur logique, car c’est un système polycentrique.

Cela se traduit en particulier par une inflation d’annonces, parfois spectaculaires, aussitôt contredites par des décisions contraires et surtout par la réalité du terrain, d’où le discours

contre la bureaucratie qui feint ignorer que celle-ci participe du système.

Boumediene a probablement été le seul président qui a su gérer et maîtriser ce système et pour cause il est en un des initiateurs, de sorte qu’il a pu émerger sous son règne, une ligne relativement claire.

Il est fortement improbable qu’un nouveau Boumediene puisse émerger, c’était sans doute l’ambition de Bouteflika de retrouver l’autorité de son mentor, la collégialité a repris le dessus avec ses jeux d’équilibre, d’intérêts et de visions, dont le résultat est le statut quo et la stagnation.

Ainsi, l’enjeu du changement politique n’est pas seulement de répondre à l’exigence de liberté, d’équité, de démocratie mais aussi de mettre un terme à ce mode de gouvernance qui a gaspillé les ressources de ce pays et continuera à le faire tant qu’il restera.

6) Avec l’envolée du baril, le pouvoir algérien semble convaincu qu’il peut tenir par la fermeture et la répression politique. Des avis estiment que la diaspora est en mesure d’impulser une rénovation nationale. Comment de votre côté, voyez-vous son rôle dans cette circonstance historiquement gelée ?

Tout d’abord on notera qu’en effet la hausse prévisible de la rente liée à la flambée des prix des hydrocarbures, va probablement dans un premier temps conforter le pouvoir dans sa conviction que l’orage est passé et qu’une nouvelle ère de vaches grasses s’ouvre devant lui, permettant de reconstituer des clientèles qui, faute d’un projet politique fédérateur, tiendront lieu de base.

Cependant la séquence dans laquelle nous entrons, est bien différente de celles que nous avons connues dans le passé, la dimension stratégique l’emporte plus que jamais sur l’aspect économique et pourrait réserver bien des surprises.

Par ailleurs, le contexte de fermeture répressive et de glaciation y compris des libertés qu’ont pensait acquises depuis au moins trois décennies (cf article 87 bis) font que la diaspora qui évolue dans des états de droit démocratiques peut jouer un rôle essentiel comme cela s’est vu dans les pays qui ont subi des phases répressives de régimes autoritaires (Chili en 1973, Tchécoslovaquie en 1968). Un aspect important est ici à souligner. Ce qu’on appelle le système est, on l’oublie trop souvent, d’abord un système de pensée. La diaspora dispose de tous les outils nécessaires à une déconstruction des récits qui structurent cette pensée cette idéologie, elle bénéficie surtout d’un contexte de liberté d’expression et d’un accès à l’information qui fait défaut en Algérie.

Ce travail essentiel de déconstruction des récits officiels historiques, identitaires, géopolitiques etc., est sans doute l’apport possible le plus important que peut réaliser la diaspora. Elle doit permettre au courant démocratique de conquérir ce que Gramsci nommait l’hégémonie idéologique. Cet objectif est d’autant plus accessible que l’idée démocratique, l’état de droit, l’indépendance de la justice…sont des idées désormais très largement dominantes en Algérie, même si elles ne sont pas toujours bien comprises. Cette bataille des idées si importante, a du reste été réalisée au service de sa vision par un autre courant, le courant islamo-populiste dans les années 80, avec les résultats que l’on sait.

7) La perspective d’une Afrique du nord démocratique est sérieusement compromise après la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc. ADN MED s’emploie à tisser des relations entre les différents acteurs de la région capables de s’émanciper des turbulences conjoncturelles pour s’exprimer sur l’avenir régional ; Des intellectuels de divers horizons commencent enfin à débattre sereinement. Peut-on espérer que ces échanges s’étendent aux acteurs économiques ?

Ce travail de rapprochement et de dialogue des élites est là aussi extrêmement important, d’autant plus qu’en dépit de l’exceptionnelle homogénéité culturelle et ethnique de la région et son histoire commune, l’absurde conflit du Sahara occidental a entraîné une rupture longue des relations entre les élites de cette région. C’est un drame. À l’inverse de ce qui pouvait exister dans les années 60/70 et même avant les indépendances, les élites du Maghreb d’aujourd’hui en particulier les Algériens et les Marocains s’ignorent.

Cette ignorance est le terreau de toutes les dérives et rend possible l’impensable. La simple observation des propos peu amènes qui s’échangent sur les réseaux sociaux entre Algériens et Marocains, est un bon indicateur de cet état.

Cette ignorance fonde des représentations caricaturales et le plus souvent absurdes desréalités socio-politiques du voisin, y compris au sein de groupes au niveau socioculturel élevé. Il faut donc accentuer ses échanges, tous les échanges autant que faire se peut.

Pour ce qui concerne les échanges entre opérateurs économiques, ils sont bien sûr plus que souhaitables. Ils constitueront le socle réel du nécessaire rapprochement entre ces pays, loin des rêves lyriques d’union des néo baasistes, en prenant pour modèle l’exceptionnelle réussite de la CEE devenue progressivement Union Européenne. Cependant, cet horizon est pour l’heure, pour des raisons bien évidentes, totalement fermé.

8) L’invasion de l’Ukraine dessine un nouveau monde où, malgré son emprise militaire, l’autocratie poutinienne risque de ne pas se relever. L’Algérie et quelques rares pays (Syrie, Ouganda, Soudan, Mali, Corée du Nord) continuent à tabler sur la permanence russe. Une explication à cette fidélité ?

Un politologue américain a résumé de manière caricaturale le régime politico-économique russe en disant « la Russie c’est une armée et une station-service », propos qui ne sont pas sans évoquer certaines situations. Il y a bien sûr une longue histoire qui couvre toute la période de l’Algérie indépendante, et même avant, où l’URSS dont la Russie est perçue comme la continuation, a souvent été proche de l’Algérie, en dépit de son choix officiel de non-alignement. Il y a des liens solides qui se sont noués en particulier au sein de l’institution sécuritaire qui a le poids politique qu’on sait, mais pas seulement.

Cependant au-delà de cette histoire, il y a ce qui se présente comme la nouvelle alternative au modèle démocratique ouvert, de régime semi autocratique que les politologues nomment démocratie illibérale ou encore démocrature et qu’incarne assez bien la Russie actuelle.

Ces régimes hybrides sont fondés sur un capitalisme d’État censé dépasser les impasses économiques qui avaient ruiné les pays « socialistes », associé à un régime autoritaire tolérant cependant, quelques espaces de liberté, tant que ceux-ci ne menacent pas les fondamentaux du régime.

Cette nouvelle alternance aux systèmes libéraux occidentaux, séduit les régimes autoritaires en peine de modèle, après la déroute des années 80/90 qui avaient vu émerger le modèle démocratique libéral comme horizon indépassable de l’avenir politique de ces pays.

L’idéal type de l’alternance à ce schéma, étant la Chine aux résultats économiques spectaculaires, associés à un régime politique autoritaire et même dans ce cas précis totalitaire. À cela s’ajoute une solidarité effective dans l’épreuve qu’on a pu ainsi constater dans le cas syrien, où sans l’intervention militaire massive de la Russie, le régime de Assad était perdu.

Dans le contexte de ce qu’on appelait les printemps arabes, c’est-à-dire du réveil des sociétés civiles de cette aire de civilisation, réclamant la pleine souveraineté aux régimes autocratiques qui l’ont usurpée, cette action salvatrice pour ce régime n’a pas été oubliée et a permis de tisser une nouvelle alliance, une nouvelle « amitié ».

Il y a plus, à l’instar de tous les régimes dictatoriaux contestés dans l’histoire, la causalité externe est systématiquement évoquée, la fameuse main de l’étranger.

Une vision policière commune des révolutions démocratiques, assimilées à un complot occidental (les révolutions de couleur) a aussi permis de forger une vision commune, assimilant ces révolutions démocratiques au complot d’un nouvel impérialisme ayant pour objet de vassaliser ces pays dans le cadre d’un capitalisme mondialisé porté par des valeurs ultra libérales et moralement « décadentes ».

On est ainsi loin des « solidarités progressistes » d’antan, lorsque les luttes contre le colonialisme ou l’apartheid donnaient du sens à cette alliance, mais plutôt sur un partenariat fondé sur une convergence d’intérêts et une visions conservatrice autoritaire communes.

* Djaffar LAKHDARI est diplômé de sciences politiques Paris. Economiste de formation, il a été un des acteurs du “Collectif de la société civile pour la transition démocratique” au début du Hirak.  Ses interventions en font une voix qui compte dans le débat concernant les thèmes portés par le mouvement citoyen.

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TUNSIE. UNE VISITE DE L’OTAN SÈME LE TROUBLE

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C’est par un commentaire posté sur la page facebook de l’ambassade de Turquie à Tunis que l’opinion publique a découvert qu’une délégation de l’OTAN a séjourné dans le pays. 

« En tant qu’Ambassade point de contact de l’Otan en Tunisie, nous avons eu le plaisir d’organiser un briefing pour les représentants des pays alliés en vue de partager les résultats des pourparlers et consultations que la délégation de l’Otan a eus avec la partie tunisienne lors de sa visite » écrit la représentation diplomatique qui ajoute, par ailleurs que pour l’Alliance, la Tunisie est un partenaire essentiel. 

Pour des raisons qui n’ont pas fini d’interroger classe politique et observateurs, le pouvoir tunisien n’a pas communiqué sur cette visite. Nul ne peut dire quel est le contenu des discussions et concertations engagées par les deux parties ni même donner la composition de la partie tunisienne qui a reçu la délégation.

Notons que la Turquie qui se réjouit de la relation privilégiée qu’entretient la Tunisie avec l’Alliance est le seul pays membre de cette organisation à avoir, pour l’instant, opposé son véto aux candidatures de la Suède et de la Finlande déposée ce mercredi, alors que les Etats-Unis ont déclaré le lendemain même que les deux pays remplissaient toutes les conditions pour adhérer à l’OTAN. 

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ALGÉRIE. TROIS ANS DE PRISON FERME REQUIS CONTRE EL KADI IHSANE.

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Jugé ce mardi dans un procès à rebondissements intenté par l’ancien ministre de la Communication Amar Belhimer, le journaliste El kadi Ihsane qui dirige le site Maghreb Émergent et Radio M a vu le représentant du parquet requérir contre lui 3 ans de prison ferme et l’interdiction d’exercer sa profession, autant dire que la justice a prononcé la mort des deux derniers médias qui osent défendre une ligne éditoriale autonome.  

Placé sous contrôle judiciaire depuis le 18 mai 2021, El Kadi Ihsane fait aussi l’objet d’une ISTN (interdiction de sortie du territoire nationale). Les chefs d’inculpation retenus portent sur 3 sujets : perturbation des élections, diffusion de fausses informations et enfin réouverture du dossier de la tragédie nationale. 

El Kadi Ihasne qui est également poursuivi pour « appartenance à une organisation terroriste » devra passer devant le tribunal de Larbaa nath irathen. Son nom a été retrouvé sur le téléphone d’un activiste qui l’avait mis en lien au moment où la gendarmerie venait procéder à son arrestation.

Pour rappel, El Kadi ihsane avait déjà été emprisonné en 1981 alors qu’il était étudiant à l’université d’Alger.

Dans la même semaine, on apprend que l’ancien président de l’emblématique club la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) a été arrêté. 

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TEBBOUNE À ANKARA. QUAND L’ÉCONOMIE BUTE SUR LA GÉOPOLITIQUE

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La visite d’Etat qu’effectue le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune depuis ce dimanche revêt un caractère singulier dans la mesure où Ankara s’est imposé comme un acteur majeur dans la région. Sur la Libye comme l’Ukraine ou le Sahara occidental, la Turquie ne manque pas de se faire entendre, quitte à ajuster son propos en fonction d’intérêts qui doivent tenir compte de deux pays, le Maroc et l’Algérie, d’égale importance et que rien ne semble pouvoir réconcilier.  

Alger qui est de plus en plus isolé sur le dossier du Sahara est également lesté par son alignement sur Moscou après l’invasion de l’Ukraine attend beaucoup de son partenaire turc. L’agence de presse officielle APS annonce cette visite comme un évènement prometteur de perspectives bilatérales et régionales innovantes :  «  La visite de trois jours du président Tebboune en Turquie, devra permettre de donner un nouvel élan à la coopération bilatérale soutenue par un Traité d’amitié et de coopération, depuis 2006, et de renforcer le partenariat liant les deux pays et poursuivre la concertation politique sur les questions régionales et internationales » peut-on lire dans une dépêche du 14 mai 2022.

Sauf que l’Algérie est affilée à Moscou et que la Turquie, membre de l’OTAN, ferme le détroit des Dardanelles à la flotte russe basée en Méditerranée ce qui lui interdit l’accès à la Mer Noire. La Turquie stratège soutient Kiev et joue de ce conflit pour renforcer son poids en Europe centrale. Et en bon opportuniste, elle en profite pour affaiblir l’opposition kurde. En effet Ankara exige le retrait du soutien que la Suède et la Finlande ont accordé au PKK pour ne pas opposer son véto aux candidatures de ces deux pays à l’OTAN. 

Sur le terrain libyen, Erdogan est un partenaire déclaré du gouvernement de Tripoli (reconnu par la communauté internationale) qui affronte Haftar alors que l’Algérie exige le départ de toutes les parties étrangères pour donner une chance à une solution politique libyo-libyenne. 

D’un point de vue économique, les intérêts turcs sont conséquents en Algérie mais le climat des affaires marocain, largement encouragé par des alliés occidentaux, ne peut pas laisser indifférents les entreprises turques déjà très présente dans le royaume. 

L’agence Antalya est beaucoup plus sobre que l’APS quant au traitement de la visite d’Abdelmadjid Tebboune.  « Des accords, protocoles et mémorandums d’accord sur le renforcement de la coopération existante seront également signés au cours de la visite, qui coïncide avec la célébration du 60è anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Turquie et l’Algérie. »     

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TUNISIE. KAÏS SAÏED : FUNAMBULISME ENTRE ALGER ET LE CAIRE 

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Le chef de l’État tunisien a reçu ce vendredi le président du conseil des ministres égyptien, Mustapha Kamel Madbouli auquel il a renouvelé sa disponibilité à renforcer « les relations séculaires » qui lient les deux pays. Il a assuré à son invité qu’il partageait « des principes et des visions communes » avec le maréchal Sissi tout en cultivant, par ailleurs, une grande proximité avec Alger dont les relations avec le Caire ne sont pas des plus harmonieuses. 

Certes, la nature despotique des régimes égyptien et algérien fascine Kaïs Saïed, lui aussi adepte des passages en forces et peu scrupuleux du respect de l’ordre constitutionnel, mais quand il faut décliner sa double affiliation par une diplomatie compatible avec les visions de ses deux puissants partenaires, les choses virent au funambulisme politique.  

En effet, le locataire de Carthage a souligné sa détermination à stabiliser la coordination avec l’Égypte sur « les questions régionales et internationales » sur lesquelles Alger et le Caire sont bien souvent aux antipodes l’un de l’autre. Il a par exemple précisé que, comme l’Algérie, pour lui la stabilité en Libye concerne la stabilité dans toute la région, ce qui implique que la solution pacifique et politique dans ce pays ne peut être que libyo-libyenne. Or, l’Égypte est résolument engagée avec le maréchal Haftar lui-même largement cornaqué par les Émirats arabes Unis et la Russie. Par ailleurs, Kaïs Saïed qui a rompu la tradition de neutralité de son pays sur la question du Sahara occidental en affichant une posture pro-algérienne risque de se retrouver rapidement face à Sissi dont le ministre des Affaires étrangères Sameh Chouikri en visite le 9 mai dernier au Maroc vient de réitérer son soutien à la solution marocaine d’une guerre qui dure depuis 1976. Enfin, sur le conflit du barrage de la Renaissance qui déchire l’Égypte et l’Éthiopie, Tunis, souhaitant rééquilibrer sa divergence avec le Caire sur la question du Polisario, s’est clairement aligné sur l’Égypte alors qu’Alger temporise sur cet épineux dossier. 

À considérer le despotisme des trois pouvoirs comme facteur de solidarité éternelle autorisant de se jouer des uns et des autres ou pire de jouer les uns contre les autres, Kaïs Saïed prend le risque de subir l’ire de l’un de ses mentors si ce n’est les deux. 

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ALGÉRIE. L’OTAN APRÈS POUTINE

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Hasard de calendrier ou conjonction calculée par l’un des partenaires ou les deux ? Le fait est qu’au lendemain de la visite du ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov, une importante délégation de l’Otan dirigée par Hans-Werner Weirmann, Directeur Général de l’État-major militaire international de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est arrivée à Alger pour une visite de deux jours. La composition de la partie algérienne qui l’a reçue au ministère de la Défense nationale laisse penser que cette mission n’est pas une initiative impromptue.

En effet, ont pris part à la réunion de travail, outre le chef d’état-major Saïd Chengriha, les commandants de Forces, les chefs des départements et des directeurs centraux du ministère de la Défense nationale et de l’État-Major de l’ANP. Un tel aéropage suppose une préparation des participants ou, à tout le moins, une volonté d’accorder une importance protocolaire particulière à l’évènement. Du reste, l’analyse que le responsable algérien donne de la visite témoigne d’une volonté de maintenir sinon de développer des relations durables et mutuellement bénéfiques avec les visiteurs : « Votre visite traduit l’intérêt accordé par l’OTAN à notre région et démontre ainsi l’importance que votre organisation confère aux efforts consentis sur le plan régional dans le domaine de la sécurité et de la stabilité des pays de la rive sud de la Méditerranée”, a souligné Saïd Chengriha qui ajoute : « que la compréhension mutuelle des questions actuelles permettra aux deux parties de mieux cerner les défis sécuritaires auxquels sont confrontés les pays de notre région et aboutira certainement à la construction d’une vision commune, à même de prémunir davantage notre région des dangers de la division et de l’état d’insécurité”. Les projections opérationnelles que suggère une telle lecture ne manquent pas de surprendre quand on sait les tensions induites par la guerre que livre le principal partenaire militaire de l’Algérie à l’Ukraine que Poutine désignait explicitement comme le cheval de Troie de l’OTAN deux jours auparavant à l’occasion de son discours du 9 mai.

Le reste de l’intervention de Chengriha, plus politique, relève de la doxa de la diplomatie algérienne qui a toujours revendiqué une forme de non-alignement qui ne l’ont pas privée d’assumer des proximités avec le bloc soviétique ; statut qui a mécaniquement glissé vers la Russie après la chute du mur de Berlin. La condamnation du deux poids deux mesures dont serait coupable la communauté internationale participe de la même rhétorique : « Tout en condamnant la politique de deux poids deux mesures, que la communauté internationale emploie actuellement dans le traitement des questions des peuples opprimés, l’Algérie continuera, à l’instar des autres États du monde, de coopérer avec ses alliés et ses partenaires dans le cadre de ses intérêts nationaux et de ses principes immuables », a tenu à rappeler le chef d’état-major de l’ANP. Le message vaut surtout pour signifier que l’armée demeure le seul acteur qui conçoit et décide des axes stratégiques qui doivent guider les postions et alliances du pays. 

De son côté le responsable de la délégation de l’OTAN a salué « le rôle pivot que joue l’Algérie dans la préservation de la sécurité et de la stabilité dans la région, en apportant son aide et assistance dans différents domaines aux pays du voisinage, tout en les accompagnant dans le règlement de leur situation sécuritaire ».

Au-delà des considérations historiques et doctrinales hérité d’un passé qui peut connaitre de sérieux bouleversements dans les mois ou années à venir, les occidentaux veulent réinsérer l’Algérie dans leur dispositif militaro-sécuritaire au moment où la traditionnelle tutelle française subit des contestations de plus en plus vives au Sahel.   

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Politique

LAVROV À ALGER : POUTINE CONTRE-ATTAQUE

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Officiellement, c’est pour célébrer le 60éme anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays que le ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov a effectué ce mardi une visite à Alger au cours de laquelle il a été reçu par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune. À la sortie de cette entrevue, la déclaration du patron de la diplomatie russe a été formulée sur un ton qui s’est voulu ordinaire sinon banal.

 “Dans le souci de développer les relations au volet politique et pour renforcer la coopération commerciale, économique, militaire, artistique, culturelle et humanitaire, nous avons transmis au Président Tebboune l’invitation de son homologue russe, Vladimir Poutine, pour effectuer une visite à Moscou”.

Inviter un chef d’État dans un pays qui, selon le renseignement américain, s’apprêterait à décréter la loi martiale n’a rien d’anodin. En outre, l’Agence de presse officielle APS fait état de la signature d’un « nouveau document servant de base au renforcement des relations bilatérales », sans plus de précision quant à la nature de ce « nouveau document », son contenu ou l’agenda des dispositions qu’il stipule.  

La Russie traverse l’une des phases les plus critiques de son histoire post-soviétique. « L’opération spéciale » lancée le 24 février par Moscou souffre d’une improvisation qui affecte sérieusement les équilibres internes et externes du pays. Lors du discours prononcé ce 9 mai, Vladimir Poutine a exprimé une position dont la tiédeur a contrasté avec le bellicisme qui caractérisait son propos aux premiers jours de la guerre qu’il a engagée en Ukraine.  

Sur la scène internationale, l’isolement est sérieux et les sanctions commencent à peser sur le fonctionnement des entreprises et le quotidien des citoyens ; d’où la nécessité de compter ses soutiens. La Chine affiche une attitude mesurée voire attentiste et l’Inde s’en tient à l’exploitation de l’aubaine d’un baril russe avoisinant les 35 dollars US, pendant que le Brent se négocie à près de 110 dollars.

Sur le continent africain et dans le monde arabe, Moscou compte beaucoup sur Alger pour étendre son audience au-delà des rues qui lui sont plutôt favorables. La Russie a salué l’activisme algérien à l’occasion de la réunion (tardive) de la ligue arabe qui a abouti à la constitution d’un groupe de contact composé de l’Algérie, de l‘Égypte, du Soudan et du secrétaire général de cette instance qui s’est rendu à Moscou et Kiev le 11 avril pour appeler les deux parties à privilégier « une solution diplomatique ». Une position renvoyant dos à dos les deux pays qui est en fait une façon de voler au secours de la Russie qui venait d’essuyer un sévère désaveu à l’ONU. Plus décisif, le Kremlin attend d’Alger qu’elle aide au maintien du blocage de la production des pays de l’OPEP pour ne pas compenser le manque des flux pétrolier et gazier russes que les occidentaux s’apprêtent à mettre sous embargo. 

C’est donc bien plus qu’une visite symbolique qu’a effectuée Lavrov ce mardi en Algérie. Si Bamako et Bangui, formellement satellisées, représentent un intérêt économique et militaire pour Moscou, Alger reste un partenaire irremplaçable quand les questions géopolitiques reviennent au-devant de la scène.  

Pour l’instant les difficultés militaires et diplomatiques de plus en plus manifestes de la Russie et le bouleversement géostratégiques quelles annoncent ne semblent pas avoir impacté l’alignement historique d’Alger qui se prépare à effectuer à l’automne prochain des manœuvres militaires conjointes avec Moscou dans le sud-ouest algérien sur fond de tensions paroxystiques avec le Maroc. 

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Politique

MADRID – RABAT : LA DÉLICTATE QUESTON MIGRATOIRE AU MENU

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C’est le premier dossier que l’Espagne et le Maroc décident de traiter concrètement depuis la visite effectuée par le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez au Maroc le 7 avril dernier. Le Groupe migratoire mixte permanent maroco-espagnol a tenu ce vendredi une réunion présidée par Khalid Zerouali, Wali directeur de la migration et de la surveillance des frontières au ministère de l’intérieur marocain. La partie espagnole était représentée par Jesus Perea Cortijo, secrétaire d’État des Migrations, d’Angeles Moreno Bau, secrétaire d’État aux Affaires extérieures et mondiales et de Rafael Pérez Ruiz, secrétaire d’État à la Sécurité.

Les deux parties ont convenues de faciliter la circulation des personnes et des biens entre les deux pays, l’Espagne s’engageant à recevoir plus d’étudiants marocains dans ses institutions universitaires. La volonté de relancer les mouvements migratoires réguliers est cependant équilibrée par la décision commune de conjuguer les efforts policiers qui multiplieront les surveillances et patrouilles maritimes pour réduire les flux clandestins et lutter contre les réseaux mafieux de trafic de migrants. Cet assouplissement qui doit bénéficier à la migration régulière marocaine est appuyé par l’engagement de Rabat de rapatrier tous les mineurs identifiés, ce qui représente une avancée notable d’un pays nord-africain quand on sait que les 3 pays de la région ont jusque-là opposé un refus à peine voilé à l’expulsion de leurs ressortissants.   

Le dossier migratoire constituait un sujet de tensions voire de fâcheries permanentes entre les deux royaumes. On se rappelle qu’en signe de rétorsion envers l’Espagne qui avait hospitalisé Ibrahim Ghali, responsable du Polisario atteint de covid, les autorités marocaines avaient laissé déferler en mai 2021 près de 10.000 migrants dont des mineurs sur l’enclave espagnole de Ceuta. 

La lune de miel que vivent Madrid et Rabat est régulièrement secouée par Alger qui manifeste son irritation par divers commentaires et menaces. Le 27 avril, un communiqué officiel algérien faisait savoir que « Les quantités de gaz naturel algérien livrées à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, seront considérées comme une violation des engagements contractuels. Par conséquent, cela pourrait conduire à la rupture du contrat qui lie Sonatrach avec ses clients espagnols ».

L’Espagne, soucieuse de ne pas envenimer davantage ses relations avec l’Algérie, a aussitôt réagi par l’intermédiaire de sa ministre de la Transition écologique et du défi démographique, Teresa Ribera qui a assuré que le gaz algérien ne sera pas revendu au Maroc. 

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MAROC. MANŒUVRES MILITAIRES DE L’AFRICAN LION 2022 EN JUIN

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Les manœuvres militaires conjointes rassemblant les Forces armées royales (FAR) et les forces américaines se dérouleront du 20 juin au premier juillet prochains. Une quarantaine d’autres pays y seront associés parmi lesquels le Royaume-Uni, le Ghana, le Sénégal ainsi que des équipes de l’OTAN.

La revue des FAR donne des précisions sur les sites, les projections et la nature des opérations programmées.

La dernière réunion de planification qui s’est déroulée pendant 4 jours (21 au 25 mars) au siège de l’État-major de la Zone Sud à Agadir a retenu les régions d’Agadir, Tan Tan, Kénitra, El Mahbes, Taroudant, et Ben Guerrir. Par ailleurs, et en plus des exercices militaires terrestres, aéroportés, maritimes et des entrainements sur des interventions anti-terroristes, l’édition 2022 prévoit également des opérations de décontamination nucléaire, radiologique, biologique et chimique. 

Les manœuvres précédentes avaient mobilisé environ 8.000 personnes des deux sexes parmi lesquels des Américains et des soldats d’autres nations. 

Pour rappel, le site spécialisé « Global Firepower » qui vient de rendre public son classement annuel des plus grandes puissances militaires classe les États-Unis toujours en tête de liste, devant la Russie et la Chine. L’Inde arrive en quatrième position.

Pour ce qui concerne le Maroc Global Firepower précise que les Forces armées royales comptent 325 000 soldats, avec 200 000 actifs, 100 000 réservistes et 25 000 paramilitaires.

À noter que de son côté l’Algérie prévoit pour l’automne prochain des manœuvres avec l’armée russe dans la région du sud-ouest.   

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TUNISIE. LA SANTÉ MENTALE DE KAÏS SAÏED EN DÉBAT

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Cette fois c’est Nadia Akacha, l’ancienne cheffe de cabinet de Kaïs Saïed qui se fait l’écho d’une information jusque-là évoquée dans des cercles d’initiés à Tunis. Dans une série d’enregistrements fuités qui ont fait l’effet d’une bombe sur la toile, Nadia Akacha livre diverses confidences dont elle a dit pour certaines qu’elles étaient manipulées. Ce dimanche 2 mai, elle prévoit un destin funeste au locataire de Carthage qui, selon elle, réagit par le déni devant une pathologie mentale qui aurait largement dégradé son état psychologique ; situation dont jouerait sa belle- sœur (la sœur de son épouse).

« Il finira très mal, parce qu’il est malade et ne reconnaît pas sa maladie. Il va droit au mur, même sur le plan personnel et psychologique, il va mal, très très mal. Il y a un médecin qui

suit son état. Il a prévu qu’il aurait une grande crise et il l’aura parce que ce genre de pathologie dégénère en l’absence de soin et d’encadrement. Sa famille aggrave son cas et le rend fou, notamment, Atika [Ndlr : la belle-sœur du président] » confie l’ancienne responsable de l’administration présidentielle. 

Les décisions imprévisibles du chef de l’État, son introversion, son aversion pour le dialogue comme son insensibilité à l’environnement ont fait l’objet de plusieurs notes de diplomates en poste à Tunis. Les milieux médicaux de la capitale bruissent d’informations préoccupantes sur le comportement du dirigeant tunisien et ses conséquences sur la stabilité voire la survie du pays. Néanmoins, ces données qui circulaient dans des sphères circonscrites ne semblent pas avoir eu d’effet notable sur l’opinion publique dont les sondages révèlent une disposition paradoxale des populations à l’endroit de Kaïs Saïed. Le président dispose en effet d’un soutien populaire avoisinant les 65%. Mais lorsque le Tunisien est invité à donner son sentiment sur la façon dont est géré la nation, il exprime une opinion majoritairement négative à près de 60%. De plus, sa consultation citoyenne, lancée à grand renfort de publicité, n’a connu que 7% de de participation. Les révélations fracassantes de l’ancienne dame de fer de Carthage ont projeté dans l’agora la question de l’équilibre mental du président. Cette problématique induit déjà une autre considération : Kaïs Saïed dispose-t-il du discernement nécessaire à l’accomplissement de sa mission ? 

La rumeur anime désormais les discussions des chaumières mais il est trop tôt pour évaluer l’impact de l’urticante sortie de Nadia Akacha sur l’opinion publique.  

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ALGÉRIE. LA POLICE SALUE LA PRESSE NATIONALE

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C’est à l’école supérieure de police Ali Tounsi (Alger) qu’a été célébrée par anticipation ce jeudi la journée mondiale de la liberté de la presse coïncidant avec la date du 3 mai. Une dépêche de l’APS rapporte que la lieutenant Salma Saoudi a lu un discours au nom du directeur général de la police nationale qui a salué les réalisations de la presse nationale en matière de sensibilisation et de lutte contre les informations erronées.

Associé à la manifestation, Abdeslam Benzaoui, directeur de l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI), a insisté sur  « le rôle de la presse, vitrine du pays, aux plans interne et externe ainsi que dans la stabilité de la patrie ». Il a, par ailleurs, invité les journalistes à ” faire montre de déontologie, à se tenir aux règles journalistiques et à veiller à la crédibilité de l’information, notamment face à l’espace virtuel qui a changé le concept du journalisme. »

La cérémonie a été mise à profit pour mettre en valeur la revue de la police dont le premier numéro a été produit en février 1975.

Cet évènement survient au moment où la presse privée traverse des grandes difficultés financières et de sérieuses contraintes politiques et professionnelles. En effet, les autorités s’emploient à changer dans un sens plus restrictif les lois en matière d’information et le pouvoir politique exerce un contrôle drastique sur l’affectation de la publicité des annonceurs publics. Le quotidien francophone Liberté appartenant au premier groupe privé algérien CEVITAL a fermé il y a un mois et nul ne sait combien de temps tiendra El Watan, le second titre francophone qui fut longtemps considéré comme le journal de référence algérien.

Pendant plusieurs années, les éditeurs de la presse privée organisaient la commémoration de cette date dans des lieux plus neutres en invitant des figures nationales ou étrangères du monde de la communication ou des ONG chargées de veiller à l’indépendance de la liberté d’informer. La crédibilité de la presse privée algérienne fut longtemps citée en exemple. On apprend que le journaliste Khaled Drareni, qui a passé près d’un an de prison, vient d’être nommé représentant de Reporters sans frontières (RSF) pour l’Afrique du nord dont le siège est basé à Tunis.   

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