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US ET UE EN TUNISIE : OPPOSITION SUR FOND D’ISLAMISME POLITIQUE

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Les stratégies européennes et américaines sur la Tunisie se situent sur des trajectoires strictement opposées. 

Le 28 janvier, les Américains annonçaient l’octroi d’une rallonge de 46 millions de dollars pour soutenir Tunis dans sa lutte contre la pandémie Covid après avoir été parmi les tout premiers à avoir salué la feuille de route de Kaïs Saïed. 

Quinze jours plus tard, le 12 février, Josep Borrell, Vice-président de la commission européenne et Haut responsable de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité déclarait que l’UE « cherche l’arrêt de l’aide à la Tunisie ». 

Quelques semaines plus tard, les deux principaux partenaires de la Tunisie, l’UE et les USA, changent simultanément de position, ce qui fait qu’il se retrouvent toujours diamétralement opposés.  

Le 4 mars, l’administration Biden demande au Congrès des réductions drastiques sur les aides militaire et économique US, amputant la première de 51 millions de dollars sur les 112 prévus et ne laissant que 40 millions de dollars à la seconde soit la moitié de l’offre initiale. Le Département d’Etat a fait savoir que cette proposition de réduction de l’aide économique et à la sécurité reflétait la préoccupation de l’administration américaine face au recul démocratique en Tunisie.

Empruntant le chemin inverse, l’UE affirme le 29 mars par la voix de son Commissaire pour la politique de voisinage et de l’élargissement Olivier Varhelye, de passage à Tunis, qu’elle apporte son appui à la feuille de route du président tunisien, promettant aussi une aide financière conséquente. 

Ce chassé-croisé politico-diplomatique qui aurait dû être dépassé par l’invasion de l’Ukraine qui a ressoudé les Occidentaux a, au contraire, été exacerbé par le fait que pour les Européens, les turpitudes de Kaïs Saïed demeurent un moindre mal face aux menaces de l’Internationale islamiste représentée par Rached Ghannouchi. La perception du péril fondamentaliste est forcément différente en Sicile, en Sardaigne ou à Lampedusa qu’en Floride. Au-delà de la proximité géographique, il y a une vraie divergence doctrinale entre la vision qu’ont les Européens et les Américains de la mouvance islamiste ; ces derniers considérant que le mouvement des Frères musulmans, par exemple, peut bénéficier d’un préjugé favorable quant à sa disponibilité à respecter les libertés fondamentales. Cette approche a déjà connu un premier échec en Egypte où, sitôt élu, le chef de l’État Morsi, aujourd’hui disparu, s’est attaqué à la constitution pour s’accaparer tous les pouvoirs, initiative qui a provoqué le retour des militaires égyptiens au pouvoir avec la bénédiction…des Américains.

C’est sur cette divergence que surfe adroitement Kaïs Saïed qui vient de recevoir le ministre des Affaires étrangères saoudien. Ryad est l’ennemi juré des Frères musulmans dont l’un des membres, le journaliste Jamel Khashoggi a été torturé et tué dans le consulat saoudien d’Istanbul ; assassinat qui est, à ce jour, à l’origine des vives tensions entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, Biden refusant toujours de prendre au téléphone MBS, lequel n’hésite pas à afficher des postures diplomatiques en net décalage avec les postions et recommandations du protecteur américain, que ce soit dans la cadre de l’OPEP ou même dans l’enceinte des Nations-Unies.  

En tout état de cause, le monde musulman est, pour quelques temps encore, condamné à choisir entre Morsi et Sissi et maintenant entre Kaïs et Ghanouchi. À Tunis, les esprits sagaces s’interrogent : le conflit entre le locataire de Carthage et son adversaire porte-t-il vraiment sur l’islamisme ? Pour beaucoup, la fin de non-recevoir opposée par le président tunisien au projet de loi sur l’égalité successorale est déjà un élément de réponse. 

Dit autrement, ce ne sont pas les islamistes ou les militaro-baathistes qui sont forts. Ce sont les démocrates qui sont faibles. Et cette faiblesse accule à des choix contraints tous les partenaires démocrates des pays musulmans.      

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ALGÉRIE. TROIS ANS DE PRISON FERME REQUIS CONTRE EL KADI IHSANE.

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Jugé ce mardi dans un procès à rebondissements intenté par l’ancien ministre de la Communication Amar Belhimer, le journaliste El kadi Ihsane qui dirige le site Maghreb Émergent et Radio M a vu le représentant du parquet requérir contre lui 3 ans de prison ferme et l’interdiction d’exercer sa profession, autant dire que la justice a prononcé la mort des deux derniers médias qui osent défendre une ligne éditoriale autonome.  

Placé sous contrôle judiciaire depuis le 18 mai 2021, El Kadi Ihsane fait aussi l’objet d’une ISTN (interdiction de sortie du territoire nationale). Les chefs d’inculpation retenus portent sur 3 sujets : perturbation des élections, diffusion de fausses informations et enfin réouverture du dossier de la tragédie nationale. 

El Kadi Ihasne qui est également poursuivi pour « appartenance à une organisation terroriste » devra passer devant le tribunal de Larbaa nath irathen. Son nom a été retrouvé sur le téléphone d’un activiste qui l’avait mis en lien au moment où la gendarmerie venait procéder à son arrestation.

Pour rappel, El Kadi ihsane avait déjà été emprisonné en 1981 alors qu’il était étudiant à l’université d’Alger.

Dans la même semaine, on apprend que l’ancien président de l’emblématique club la Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) a été arrêté. 

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TEBBOUNE À ANKARA. QUAND L’ÉCONOMIE BUTE SUR LA GÉOPOLITIQUE

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La visite d’Etat qu’effectue le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune depuis ce dimanche revêt un caractère singulier dans la mesure où Ankara s’est imposé comme un acteur majeur dans la région. Sur la Libye comme l’Ukraine ou le Sahara occidental, la Turquie ne manque pas de se faire entendre, quitte à ajuster son propos en fonction d’intérêts qui doivent tenir compte de deux pays, le Maroc et l’Algérie, d’égale importance et que rien ne semble pouvoir réconcilier.  

Alger qui est de plus en plus isolé sur le dossier du Sahara est également lesté par son alignement sur Moscou après l’invasion de l’Ukraine attend beaucoup de son partenaire turc. L’agence de presse officielle APS annonce cette visite comme un évènement prometteur de perspectives bilatérales et régionales innovantes :  «  La visite de trois jours du président Tebboune en Turquie, devra permettre de donner un nouvel élan à la coopération bilatérale soutenue par un Traité d’amitié et de coopération, depuis 2006, et de renforcer le partenariat liant les deux pays et poursuivre la concertation politique sur les questions régionales et internationales » peut-on lire dans une dépêche du 14 mai 2022.

Sauf que l’Algérie est affilée à Moscou et que la Turquie, membre de l’OTAN, ferme le détroit des Dardanelles à la flotte russe basée en Méditerranée ce qui lui interdit l’accès à la Mer Noire. La Turquie stratège soutient Kiev et joue de ce conflit pour renforcer son poids en Europe centrale. Et en bon opportuniste, elle en profite pour affaiblir l’opposition kurde. En effet Ankara exige le retrait du soutien que la Suède et la Finlande ont accordé au PKK pour ne pas opposer son véto aux candidatures de ces deux pays à l’OTAN. 

Sur le terrain libyen, Erdogan est un partenaire déclaré du gouvernement de Tripoli (reconnu par la communauté internationale) qui affronte Haftar alors que l’Algérie exige le départ de toutes les parties étrangères pour donner une chance à une solution politique libyo-libyenne. 

D’un point de vue économique, les intérêts turcs sont conséquents en Algérie mais le climat des affaires marocain, largement encouragé par des alliés occidentaux, ne peut pas laisser indifférents les entreprises turques déjà très présente dans le royaume. 

L’agence Antalya est beaucoup plus sobre que l’APS quant au traitement de la visite d’Abdelmadjid Tebboune.  « Des accords, protocoles et mémorandums d’accord sur le renforcement de la coopération existante seront également signés au cours de la visite, qui coïncide avec la célébration du 60è anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Turquie et l’Algérie. »     

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TUNISIE. KAÏS SAÏED : FUNAMBULISME ENTRE ALGER ET LE CAIRE 

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Le chef de l’État tunisien a reçu ce vendredi le président du conseil des ministres égyptien, Mustapha Kamel Madbouli auquel il a renouvelé sa disponibilité à renforcer « les relations séculaires » qui lient les deux pays. Il a assuré à son invité qu’il partageait « des principes et des visions communes » avec le maréchal Sissi tout en cultivant, par ailleurs, une grande proximité avec Alger dont les relations avec le Caire ne sont pas des plus harmonieuses. 

Certes, la nature despotique des régimes égyptien et algérien fascine Kaïs Saïed, lui aussi adepte des passages en forces et peu scrupuleux du respect de l’ordre constitutionnel, mais quand il faut décliner sa double affiliation par une diplomatie compatible avec les visions de ses deux puissants partenaires, les choses virent au funambulisme politique.  

En effet, le locataire de Carthage a souligné sa détermination à stabiliser la coordination avec l’Égypte sur « les questions régionales et internationales » sur lesquelles Alger et le Caire sont bien souvent aux antipodes l’un de l’autre. Il a par exemple précisé que, comme l’Algérie, pour lui la stabilité en Libye concerne la stabilité dans toute la région, ce qui implique que la solution pacifique et politique dans ce pays ne peut être que libyo-libyenne. Or, l’Égypte est résolument engagée avec le maréchal Haftar lui-même largement cornaqué par les Émirats arabes Unis et la Russie. Par ailleurs, Kaïs Saïed qui a rompu la tradition de neutralité de son pays sur la question du Sahara occidental en affichant une posture pro-algérienne risque de se retrouver rapidement face à Sissi dont le ministre des Affaires étrangères Sameh Chouikri en visite le 9 mai dernier au Maroc vient de réitérer son soutien à la solution marocaine d’une guerre qui dure depuis 1976. Enfin, sur le conflit du barrage de la Renaissance qui déchire l’Égypte et l’Éthiopie, Tunis, souhaitant rééquilibrer sa divergence avec le Caire sur la question du Polisario, s’est clairement aligné sur l’Égypte alors qu’Alger temporise sur cet épineux dossier. 

À considérer le despotisme des trois pouvoirs comme facteur de solidarité éternelle autorisant de se jouer des uns et des autres ou pire de jouer les uns contre les autres, Kaïs Saïed prend le risque de subir l’ire de l’un de ses mentors si ce n’est les deux. 

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ALGÉRIE. L’OTAN APRÈS POUTINE

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Hasard de calendrier ou conjonction calculée par l’un des partenaires ou les deux ? Le fait est qu’au lendemain de la visite du ministre des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov, une importante délégation de l’Otan dirigée par Hans-Werner Weirmann, Directeur Général de l’État-major militaire international de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) est arrivée à Alger pour une visite de deux jours. La composition de la partie algérienne qui l’a reçue au ministère de la Défense nationale laisse penser que cette mission n’est pas une initiative impromptue.

En effet, ont pris part à la réunion de travail, outre le chef d’état-major Saïd Chengriha, les commandants de Forces, les chefs des départements et des directeurs centraux du ministère de la Défense nationale et de l’État-Major de l’ANP. Un tel aéropage suppose une préparation des participants ou, à tout le moins, une volonté d’accorder une importance protocolaire particulière à l’évènement. Du reste, l’analyse que le responsable algérien donne de la visite témoigne d’une volonté de maintenir sinon de développer des relations durables et mutuellement bénéfiques avec les visiteurs : « Votre visite traduit l’intérêt accordé par l’OTAN à notre région et démontre ainsi l’importance que votre organisation confère aux efforts consentis sur le plan régional dans le domaine de la sécurité et de la stabilité des pays de la rive sud de la Méditerranée”, a souligné Saïd Chengriha qui ajoute : « que la compréhension mutuelle des questions actuelles permettra aux deux parties de mieux cerner les défis sécuritaires auxquels sont confrontés les pays de notre région et aboutira certainement à la construction d’une vision commune, à même de prémunir davantage notre région des dangers de la division et de l’état d’insécurité”. Les projections opérationnelles que suggère une telle lecture ne manquent pas de surprendre quand on sait les tensions induites par la guerre que livre le principal partenaire militaire de l’Algérie à l’Ukraine que Poutine désignait explicitement comme le cheval de Troie de l’OTAN deux jours auparavant à l’occasion de son discours du 9 mai.

Le reste de l’intervention de Chengriha, plus politique, relève de la doxa de la diplomatie algérienne qui a toujours revendiqué une forme de non-alignement qui ne l’ont pas privée d’assumer des proximités avec le bloc soviétique ; statut qui a mécaniquement glissé vers la Russie après la chute du mur de Berlin. La condamnation du deux poids deux mesures dont serait coupable la communauté internationale participe de la même rhétorique : « Tout en condamnant la politique de deux poids deux mesures, que la communauté internationale emploie actuellement dans le traitement des questions des peuples opprimés, l’Algérie continuera, à l’instar des autres États du monde, de coopérer avec ses alliés et ses partenaires dans le cadre de ses intérêts nationaux et de ses principes immuables », a tenu à rappeler le chef d’état-major de l’ANP. Le message vaut surtout pour signifier que l’armée demeure le seul acteur qui conçoit et décide des axes stratégiques qui doivent guider les postions et alliances du pays. 

De son côté le responsable de la délégation de l’OTAN a salué « le rôle pivot que joue l’Algérie dans la préservation de la sécurité et de la stabilité dans la région, en apportant son aide et assistance dans différents domaines aux pays du voisinage, tout en les accompagnant dans le règlement de leur situation sécuritaire ».

Au-delà des considérations historiques et doctrinales hérité d’un passé qui peut connaitre de sérieux bouleversements dans les mois ou années à venir, les occidentaux veulent réinsérer l’Algérie dans leur dispositif militaro-sécuritaire au moment où la traditionnelle tutelle française subit des contestations de plus en plus vives au Sahel.   

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LAVROV À ALGER : POUTINE CONTRE-ATTAQUE

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Officiellement, c’est pour célébrer le 60éme anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays que le ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov a effectué ce mardi une visite à Alger au cours de laquelle il a été reçu par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune. À la sortie de cette entrevue, la déclaration du patron de la diplomatie russe a été formulée sur un ton qui s’est voulu ordinaire sinon banal.

 “Dans le souci de développer les relations au volet politique et pour renforcer la coopération commerciale, économique, militaire, artistique, culturelle et humanitaire, nous avons transmis au Président Tebboune l’invitation de son homologue russe, Vladimir Poutine, pour effectuer une visite à Moscou”.

Inviter un chef d’État dans un pays qui, selon le renseignement américain, s’apprêterait à décréter la loi martiale n’a rien d’anodin. En outre, l’Agence de presse officielle APS fait état de la signature d’un « nouveau document servant de base au renforcement des relations bilatérales », sans plus de précision quant à la nature de ce « nouveau document », son contenu ou l’agenda des dispositions qu’il stipule.  

La Russie traverse l’une des phases les plus critiques de son histoire post-soviétique. « L’opération spéciale » lancée le 24 février par Moscou souffre d’une improvisation qui affecte sérieusement les équilibres internes et externes du pays. Lors du discours prononcé ce 9 mai, Vladimir Poutine a exprimé une position dont la tiédeur a contrasté avec le bellicisme qui caractérisait son propos aux premiers jours de la guerre qu’il a engagée en Ukraine.  

Sur la scène internationale, l’isolement est sérieux et les sanctions commencent à peser sur le fonctionnement des entreprises et le quotidien des citoyens ; d’où la nécessité de compter ses soutiens. La Chine affiche une attitude mesurée voire attentiste et l’Inde s’en tient à l’exploitation de l’aubaine d’un baril russe avoisinant les 35 dollars US, pendant que le Brent se négocie à près de 110 dollars.

Sur le continent africain et dans le monde arabe, Moscou compte beaucoup sur Alger pour étendre son audience au-delà des rues qui lui sont plutôt favorables. La Russie a salué l’activisme algérien à l’occasion de la réunion (tardive) de la ligue arabe qui a abouti à la constitution d’un groupe de contact composé de l’Algérie, de l‘Égypte, du Soudan et du secrétaire général de cette instance qui s’est rendu à Moscou et Kiev le 11 avril pour appeler les deux parties à privilégier « une solution diplomatique ». Une position renvoyant dos à dos les deux pays qui est en fait une façon de voler au secours de la Russie qui venait d’essuyer un sévère désaveu à l’ONU. Plus décisif, le Kremlin attend d’Alger qu’elle aide au maintien du blocage de la production des pays de l’OPEP pour ne pas compenser le manque des flux pétrolier et gazier russes que les occidentaux s’apprêtent à mettre sous embargo. 

C’est donc bien plus qu’une visite symbolique qu’a effectuée Lavrov ce mardi en Algérie. Si Bamako et Bangui, formellement satellisées, représentent un intérêt économique et militaire pour Moscou, Alger reste un partenaire irremplaçable quand les questions géopolitiques reviennent au-devant de la scène.  

Pour l’instant les difficultés militaires et diplomatiques de plus en plus manifestes de la Russie et le bouleversement géostratégiques quelles annoncent ne semblent pas avoir impacté l’alignement historique d’Alger qui se prépare à effectuer à l’automne prochain des manœuvres militaires conjointes avec Moscou dans le sud-ouest algérien sur fond de tensions paroxystiques avec le Maroc. 

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MADRID – RABAT : LA DÉLICTATE QUESTON MIGRATOIRE AU MENU

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C’est le premier dossier que l’Espagne et le Maroc décident de traiter concrètement depuis la visite effectuée par le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez au Maroc le 7 avril dernier. Le Groupe migratoire mixte permanent maroco-espagnol a tenu ce vendredi une réunion présidée par Khalid Zerouali, Wali directeur de la migration et de la surveillance des frontières au ministère de l’intérieur marocain. La partie espagnole était représentée par Jesus Perea Cortijo, secrétaire d’État des Migrations, d’Angeles Moreno Bau, secrétaire d’État aux Affaires extérieures et mondiales et de Rafael Pérez Ruiz, secrétaire d’État à la Sécurité.

Les deux parties ont convenues de faciliter la circulation des personnes et des biens entre les deux pays, l’Espagne s’engageant à recevoir plus d’étudiants marocains dans ses institutions universitaires. La volonté de relancer les mouvements migratoires réguliers est cependant équilibrée par la décision commune de conjuguer les efforts policiers qui multiplieront les surveillances et patrouilles maritimes pour réduire les flux clandestins et lutter contre les réseaux mafieux de trafic de migrants. Cet assouplissement qui doit bénéficier à la migration régulière marocaine est appuyé par l’engagement de Rabat de rapatrier tous les mineurs identifiés, ce qui représente une avancée notable d’un pays nord-africain quand on sait que les 3 pays de la région ont jusque-là opposé un refus à peine voilé à l’expulsion de leurs ressortissants.   

Le dossier migratoire constituait un sujet de tensions voire de fâcheries permanentes entre les deux royaumes. On se rappelle qu’en signe de rétorsion envers l’Espagne qui avait hospitalisé Ibrahim Ghali, responsable du Polisario atteint de covid, les autorités marocaines avaient laissé déferler en mai 2021 près de 10.000 migrants dont des mineurs sur l’enclave espagnole de Ceuta. 

La lune de miel que vivent Madrid et Rabat est régulièrement secouée par Alger qui manifeste son irritation par divers commentaires et menaces. Le 27 avril, un communiqué officiel algérien faisait savoir que « Les quantités de gaz naturel algérien livrées à l’Espagne, dont la destination n’est autre que celle prévue dans les contrats, seront considérées comme une violation des engagements contractuels. Par conséquent, cela pourrait conduire à la rupture du contrat qui lie Sonatrach avec ses clients espagnols ».

L’Espagne, soucieuse de ne pas envenimer davantage ses relations avec l’Algérie, a aussitôt réagi par l’intermédiaire de sa ministre de la Transition écologique et du défi démographique, Teresa Ribera qui a assuré que le gaz algérien ne sera pas revendu au Maroc. 

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MAROC. MANŒUVRES MILITAIRES DE L’AFRICAN LION 2022 EN JUIN

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Les manœuvres militaires conjointes rassemblant les Forces armées royales (FAR) et les forces américaines se dérouleront du 20 juin au premier juillet prochains. Une quarantaine d’autres pays y seront associés parmi lesquels le Royaume-Uni, le Ghana, le Sénégal ainsi que des équipes de l’OTAN.

La revue des FAR donne des précisions sur les sites, les projections et la nature des opérations programmées.

La dernière réunion de planification qui s’est déroulée pendant 4 jours (21 au 25 mars) au siège de l’État-major de la Zone Sud à Agadir a retenu les régions d’Agadir, Tan Tan, Kénitra, El Mahbes, Taroudant, et Ben Guerrir. Par ailleurs, et en plus des exercices militaires terrestres, aéroportés, maritimes et des entrainements sur des interventions anti-terroristes, l’édition 2022 prévoit également des opérations de décontamination nucléaire, radiologique, biologique et chimique. 

Les manœuvres précédentes avaient mobilisé environ 8.000 personnes des deux sexes parmi lesquels des Américains et des soldats d’autres nations. 

Pour rappel, le site spécialisé « Global Firepower » qui vient de rendre public son classement annuel des plus grandes puissances militaires classe les États-Unis toujours en tête de liste, devant la Russie et la Chine. L’Inde arrive en quatrième position.

Pour ce qui concerne le Maroc Global Firepower précise que les Forces armées royales comptent 325 000 soldats, avec 200 000 actifs, 100 000 réservistes et 25 000 paramilitaires.

À noter que de son côté l’Algérie prévoit pour l’automne prochain des manœuvres avec l’armée russe dans la région du sud-ouest.   

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TUNISIE. LA SANTÉ MENTALE DE KAÏS SAÏED EN DÉBAT

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Cette fois c’est Nadia Akacha, l’ancienne cheffe de cabinet de Kaïs Saïed qui se fait l’écho d’une information jusque-là évoquée dans des cercles d’initiés à Tunis. Dans une série d’enregistrements fuités qui ont fait l’effet d’une bombe sur la toile, Nadia Akacha livre diverses confidences dont elle a dit pour certaines qu’elles étaient manipulées. Ce dimanche 2 mai, elle prévoit un destin funeste au locataire de Carthage qui, selon elle, réagit par le déni devant une pathologie mentale qui aurait largement dégradé son état psychologique ; situation dont jouerait sa belle- sœur (la sœur de son épouse).

« Il finira très mal, parce qu’il est malade et ne reconnaît pas sa maladie. Il va droit au mur, même sur le plan personnel et psychologique, il va mal, très très mal. Il y a un médecin qui

suit son état. Il a prévu qu’il aurait une grande crise et il l’aura parce que ce genre de pathologie dégénère en l’absence de soin et d’encadrement. Sa famille aggrave son cas et le rend fou, notamment, Atika [Ndlr : la belle-sœur du président] » confie l’ancienne responsable de l’administration présidentielle. 

Les décisions imprévisibles du chef de l’État, son introversion, son aversion pour le dialogue comme son insensibilité à l’environnement ont fait l’objet de plusieurs notes de diplomates en poste à Tunis. Les milieux médicaux de la capitale bruissent d’informations préoccupantes sur le comportement du dirigeant tunisien et ses conséquences sur la stabilité voire la survie du pays. Néanmoins, ces données qui circulaient dans des sphères circonscrites ne semblent pas avoir eu d’effet notable sur l’opinion publique dont les sondages révèlent une disposition paradoxale des populations à l’endroit de Kaïs Saïed. Le président dispose en effet d’un soutien populaire avoisinant les 65%. Mais lorsque le Tunisien est invité à donner son sentiment sur la façon dont est géré la nation, il exprime une opinion majoritairement négative à près de 60%. De plus, sa consultation citoyenne, lancée à grand renfort de publicité, n’a connu que 7% de de participation. Les révélations fracassantes de l’ancienne dame de fer de Carthage ont projeté dans l’agora la question de l’équilibre mental du président. Cette problématique induit déjà une autre considération : Kaïs Saïed dispose-t-il du discernement nécessaire à l’accomplissement de sa mission ? 

La rumeur anime désormais les discussions des chaumières mais il est trop tôt pour évaluer l’impact de l’urticante sortie de Nadia Akacha sur l’opinion publique.  

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ALGÉRIE. LA POLICE SALUE LA PRESSE NATIONALE

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C’est à l’école supérieure de police Ali Tounsi (Alger) qu’a été célébrée par anticipation ce jeudi la journée mondiale de la liberté de la presse coïncidant avec la date du 3 mai. Une dépêche de l’APS rapporte que la lieutenant Salma Saoudi a lu un discours au nom du directeur général de la police nationale qui a salué les réalisations de la presse nationale en matière de sensibilisation et de lutte contre les informations erronées.

Associé à la manifestation, Abdeslam Benzaoui, directeur de l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI), a insisté sur  « le rôle de la presse, vitrine du pays, aux plans interne et externe ainsi que dans la stabilité de la patrie ». Il a, par ailleurs, invité les journalistes à ” faire montre de déontologie, à se tenir aux règles journalistiques et à veiller à la crédibilité de l’information, notamment face à l’espace virtuel qui a changé le concept du journalisme. »

La cérémonie a été mise à profit pour mettre en valeur la revue de la police dont le premier numéro a été produit en février 1975.

Cet évènement survient au moment où la presse privée traverse des grandes difficultés financières et de sérieuses contraintes politiques et professionnelles. En effet, les autorités s’emploient à changer dans un sens plus restrictif les lois en matière d’information et le pouvoir politique exerce un contrôle drastique sur l’affectation de la publicité des annonceurs publics. Le quotidien francophone Liberté appartenant au premier groupe privé algérien CEVITAL a fermé il y a un mois et nul ne sait combien de temps tiendra El Watan, le second titre francophone qui fut longtemps considéré comme le journal de référence algérien.

Pendant plusieurs années, les éditeurs de la presse privée organisaient la commémoration de cette date dans des lieux plus neutres en invitant des figures nationales ou étrangères du monde de la communication ou des ONG chargées de veiller à l’indépendance de la liberté d’informer. La crédibilité de la presse privée algérienne fut longtemps citée en exemple. On apprend que le journaliste Khaled Drareni, qui a passé près d’un an de prison, vient d’être nommé représentant de Reporters sans frontières (RSF) pour l’Afrique du nord dont le siège est basé à Tunis.   

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QUAND L’UKRAINE DIVISE L’AFRIQUE DU NORD

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La Tunisie et le Maroc ont assisté à la réunion dénommée « Groupe consultatif de défense de l’Ukraine », regroupant une quarantaine de pays occidentaux et tenue ce mardi sous l’égide du Pentagone sur la base aérienne US de Ramstein en Allemagne.

Cette rencontre qui avait pour objectif d’amplifier l’aide financière et militaire apportée à l’Ukraine est un tournant dans la guerre que livre Moscou à Kiev. La décision d’assumer la livraison de matériels militaires offensifs lourds est de nature à tendre davantage les relations avec la Russie. Même l’Allemagne, jusque-là restée en retrait, annonce envoyer aux Ukrainiens des chars léopards dotés de puissants canons anti-aériens.

À côté des deux pays nord-africains, le Kenya et le Libéria sont les autres nations africaines à avoir été associées à la réunion de Ramstein. Au Moyen-Orient Israël, la Jordanie et le Qatar, pourtant tous soucieux de préserver leurs relations avec Moscou, ont été également appelés à participer à ce conclave qui a vocation à se tenir une fois par mois. Enfin, dans l’Indo-pacifique, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle Zélande complètent le cercle des acteurs appelés à se déterminer dans le conflit russo-ukrainien. 

En Afrique du nord, cette réunion vient refixer les anciens équilibres. La Tunisie qui avait un instant été tentée par un alignement sur les positions algériennes vient d’être rattrapée par son histoire. Installée depuis son indépendance dans le camp occidental, son armée est essentiellement équipée par les USA. Kaïs Saïed qui a fait le choix de se rapprocher de l’Algérie en abandonnant notamment la position de neutralité traditionnelle de son pays sur la question du Sahara occidental doit maintenant s’adapter à des situations qui contrarient ses projets.

Les Etats-Unis assurent que les participations des pays extérieurs à l’OTAN ont été faites « de manière unilatérale et souveraine ». Le cas de la Tunisie qui a été amenée à se replacer sur ses anciennes positions atteste du fait que les Occidentaux, à leur tête les Américains, sont bien décidés à faire de la guerre de l’Ukraine une opportunité pour acculer, comme au temps de la guerre froide, les nations à choisir leur choix de société. 

La troisième guerre mondiale n’a pas commencé mais ses prémices se précisent. Et l’Afrique du Nord n’y échappe pas. Le Maroc et la Tunisie réintègrent le camp occidental et Alger est plus que jamais proche de Moscou.                    

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