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Diaspora. Rentrer au pays ou pas ?

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C’est un sentiment partagé par de nombreux Algériens impliqués dans les activités politiques à l’étranger en ce début d’été : aller rendre visite aux proches ou s’abstenir. La volonté du pouvoir de faire taire la diaspora est une priorité ; d’où cet autoritarisme débridé pour dissuader ou empêcher les citoyens de voyager librement. 

C’est en effet à l’aune de cette crainte qu’est mesuré le risque de partir ou ne pas partir. Les interpellations de Lazhar Zouimia et Hassina Bourzah résidant au Québec et largement médiatisées sont deux exemples d’intimidation destinés à faire peur à faire taire celles et ceux qui désirent rendre visite à leurs familles en Algérie. Le message est clair : chacun doit savoir qu’il risque de subir une interdiction de quitter le pays ou même être arrêté à l’arrivée. 

Parce qu’ils sont solidaires avec leurs compatriotes vivants au pays, les Algériens de l’étranger se trouvent diabolisés ! La révolution citoyenne de février 2019 qui a ébranlé les appareils politiques de l’État a donné de vrais espoirs aussi bien aux nationaux qu’aux amis de l’Algérie. La diaspora s’est impliquée comme un acteur prégnant en faveur de ce soulèvement. Qu’elle se trouve au Canada, en France ou ailleurs, son adhésion a permis de mieux sensibiliser l’opinion mondiale qui voyait dans cette participation une solidarité pouvant faciliter la levée de l’enclavement du pays auquel travaille depuis toujours le pouvoir algérien.  

Un engagement chèrement payé au vu du nombre d’émigrés détenus ou qui sont sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN). 

Plongée parmi les compatriotes sommés de choisir entre la fidélité à leurs idées et leurs proches. 

En cette période des vacances, ils sont nombreux à se poser la question de savoir s’il y a ou non un danger à rendre visite à la famille restée au pays. Et il faut le reconnaitre, cette opération terreur occupe bien des esprits. Est-ce que pour autant elle a un effet démobilisateur ? Rien n’est moins sur. Chacun sait qu’à tout moment il peut être accusé d’être un militant de telle organisation terroriste ou de fomenter un complot contre l’armée. C’est ce qui est arrivé à Lazhar Zouaimia, un ressortissant vivant au Canada. Le jour de son retour au Québec en février 2022, il est accusé d’être lié à des activités terroristes, appréhendé à l’aéroport d’Alger et incarcéré pendant 40 jours. Connu pour son engagement pacifique, une forte mobilisation s’est organisée pour le soutenir. C’est d’ailleurs grâce à cette solidarité qu’il a réussi à retrouver sa famille au Québec. Mais souhaite-t-il retourner à Sedrata, sa ville natale ? Lors d’une discussion que nous avons eue avec lui à l’occasion du rassemblement qui s’est déroulé le dimanche 3 juillet au parc François-Perreault à Montréal pour célébrer le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, il avoue : « Ce que je ne comprends toujours pas, c’est qu’une fois que la justice a statué sur mon cas et qu’aucune charge ne pesait contre moi et donc qu’en principe j’étais libre de quitter le pays, la police des frontières a trouvé quand même un moyen de me retenir en annonçant au service du département de la surveillance et de la sécurité, DSS, anciennement DRS, que je devais subir un interrogatoire. Je me trouvais pris en otage dans un imbroglio bureaucratique : des agents sont venus me voir pour faire des vérifications suivies de questions absurdes, aucune cohérence avec la décision de justice émise par le tribunal de Constantine qui a décidé que je n’étais plus sous contrôle judiciaire et donc libre de mes mouvements. J’ai évidemment raté mon avion pour Montréal. Il a fallu que ma femme me trouve un billet immédiatement pour aller en Espagne, l’essentiel étant de quitter mon propre pays pour enfin retrouver ma famille. »

Par la suite, Lazhar a raconté devant l’assistance avec force détails son empêchement de revenir au Canada, son incarcération dans les locaux du DSS et ensuite à la prison Abdelhamid Boussouf de Constantine. Malgré ses épreuves, l’homme avait l’air serein : « Je me suis retrouvé avec une douzaine de prisonniers qui ont à peine l’âge de mon fils Mehdi décédé il y a deux ans ; en les voyant dans une cellule avec moi, j’ai oublié mon sort. Wahid, 20 ans, est un passionné de la photographie, il est arrêté pour une publication sur Facebook. Il y avait là un enseignant en tamazight, un vendeur de drapeaux, etc. Tous des victimes à qui on a déjà passablement perturbé leur avenir. ». 

Il parle aussi de Hadjira Belkacemi, originaire de Tidjelabine (Algérois), qui est bloquée en Algérie depuis janvier 2022 pratiquement pour les mêmes raisons que lui : « Je lui parle souvent, j’essaie du mieux que je peux de venir à son aide. Je ne comprends pas pourquoi elle a été empêchée de revenir au Canada. Ses enfants et son mari souffrent de cette injustice. On ne sait même pas quelle est la structure qui pourrait vraiment étudier son cas un jour pour la laisser rejoindre sa famille. C’est triste, ce qui arrive en Algérie, ce n’est pas une dictature, c’est pire. Je ne sais pas comment qualifier ce pouvoir, il n’y a aucune règle à suivre, même leurs propres lois, ils les piétinent ; c’est incompréhensible! », conclut-il. 

Il n’est pas le seul à ne rien comprendre ! 

L’Histoire de Hamid venant d’Imchedalen ex- Maillot, région de Bouira, mérite aussi d’être relatée. Il a prévu d’arriver au Canada au mois de mai passé, mais il a été retenu et empêché de sortir à l’aéroport d’Alger alors que sa famille a pu passer malgré tout. Son voyage entrait dans le cadre de l’immigration. Le fait que sa femme et ses enfants ne soient pas accompagnés les a mis dans une situation très délicate, notamment quand il a fallu entreprendre les démarches administratives nécessaires à leur installation. Heureusement qu’un de ses cousins a pu s’occuper d’eux. 

Il raconte : « La police des frontières m’a questionné sur mes activités politiques comme le fait de suivre Dr Sadi dans les réseaux sociaux et particulièrement sur Facebook. Je lui ai signifié que Saïd Sadi est un homme politique qui a dirigé un parti agréé depuis 1989, et ce sont des milliers si ce n’est des centaines de milliers d’Algériens qui le suivent et l’écoutent ».

Aucun élément légal pouvant justifier son interpellation n’a été retenu contre lui ; il n’a quand même pas pu quitter le pays. Ce n’est qu’après plusieurs semaines de désagréments, d’allusions et de menaces quant à son comportement une fois établi dans son pays d’accueil qu’il a été décidé de le laisser partir. 

Suivant de loin notre échange, Kamel, exprime une opinion forte : « Lorsqu’on n’est pas dans un État de droit, l’exécutif se substitue au pouvoir judiciaire. Donc les décisions ne peuvent être qu’arbitraires. Je préfère m’abstenir de rentrer au pays pour voir ma famille, car je suis convaincu que ces méthodes propres aux régimes autoritaires ne vont pas tenir longtemps dans le contexte régional actuel. Le régime d’Alger est dans une phase de reconstitution voire de raffermissement du clan dominant. Malgré cela, il est condamné à arrêter la folie des arrestations de tous les activistes ou de simples citoyens qui ne s’inscrivent pas dans le soutien du pouvoir en place. Tout a une fin. »

Une autre activiste dénommée Alia, d’origine algéroise, également connue pour son engagement en faveur des détenus politiques et très impliquée dans la révolution de février au Canada témoigne. Elle s’est exprimée la gorge nouée et des larmes aux yeux : « Je ne regretterai jamais le fait d’être solidaire avec les détenus. En regardant les portraits de ces pauvres victimes, je pense directement aux mamans qui souffrent de cette injustice. J’en ai eu certaines au téléphone. J’avoue que c’est pénible de tenir une discussion sans être interrompue par des sanglots. ». Elle poursuit : « Ma mère était très malade et ma famille a tout fait pour me raisonner afin de ne pas me rendre en Algérie. Mon frère m’avait dit : si tu viens, ils vont t’arrêter et au lieu de nous occuper de notre maman, nous allons courir les commissariats et les prisons à ta recherche. Je les ai écoutés, mais malheureusement j’ai perdu ma mère en février 2022 sans l’avoir vue avant son départ. Et présentement j’en souffre ; je n’arrive pas à faire mon deuil ». Une autre histoire qui atteste que la répression peut atteindre tout le monde et de toute sortes de manières.

Azzedine très actif au sein de la diaspora du Canada, confie : « Si l’occasion se présente, je ne vais pas hésiter pour aller en Algérie. J’ai toujours milité pour le changement dans mon pays. Je n’ai insulté personne et je n’ai pas porté atteinte aux institutions de l’État algérien. Depuis, le début de la révolution, nous avons insisté sur le caractère pacifique du mouvement et évité toute forme de confrontation. J’assume mes positions politiques comme les millions autres Algériens qui ont dénoncé le pouvoir. Dans tous les cas, c’est une conjoncture qui ne pourra pas durer dans le temps. Sinon, tous les Algériens sont potentiellement suspects. Ces pratiques ont pour objectif de semer la peur dans nos esprits ».

Les témoignages poignants de Lazhar, Hamid, Alia, Kamel ou Azzedine, dévoilent une détermination intacte à continuer à lutter pour voir un jour l’Algérie libre et démocratique. Finalement, la peur de rentrer au pays a eu un effet contre-productif : exaspérer les émigrés qui, même s’ils prennent des précautions, savent que ces atteintes à leurs droits constituent une obligation de continuer le combat. La majorité des activistes que nous avons rencontrés éviteront de repartir dans l’immédiat en Algérie, mais aucun n’est décidé à renoncer à ses convictions.     

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ALGÉRIE  : 49 CONDAMNATIONS À MORT PRONONCÉES DANS L’AFFAIRE BENSMAÏL

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49 condamnations à mort et quinze autres allant de 3 à 10 ans de prison assorties d’amendes ont été prononcées ce jeudi en première instance par le tribunal de Dar El Beida (banlieue est d’Alger) dans le procès concernant la mort de l’artiste Djamal Bensmaïl lynché à Larba Nath Irathen, wilaya de Tizi Ouzou, alors qu’il venait prêter main forte à la population en proie à des incendies meurtriers pendant l’été 2021. 102 inculpés avaient été jugés dans un procès qui a duré du 15 au 19 novembre.

Étranger à la région, Djamal Bensmaïl fut pris pour un pyromane avant d’être sauvagement assassiné par une foule en furie qui finit par brûler son cadavre. 

La scène avait provoqué une immense indignation dans le pays sur laquelle certaines sources soufflèrent pour stigmatiser la région de Kabylie où avait eu lieu le drame. Il fallut la dignité et le courage du père éploré qui refusa de voir le sacrifice de son fils servir de sombres desseins politiques pour éviter le pire. La communauté kabyle compte en effet des centaines de milliers des siens dans toutes les villes algériennes et les commentaires et autres jugements expéditifs lancés sur les réseaux sociaux auraient pu provoquer l’irréparable.

Des zones d’ombre avaient marqué cet évènement. Des images montrant l’artiste vivant dans un fourgon de police circulèrent sur le net. À ce jour, les autorités peinent à fournir des explications convaincantes quant à savoir pourquoi la victime s’est retrouvée livrée à la foule. 

Pour rappel, les condamnations à mort ne sont pas mises à exécution en Algérie depuis 1993 même si elles continuent à être prononcées notamment contre les auteurs d’actions terroristes . 

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MAROC : UNE INETRNAUTE CONDAMNÉE POUR ATTEINTE À L’ISLAM 

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Âgée de 39 ans, Fatima Karima a été condamnée à deux ans de prison ferme pour « atteinte à la religion islamique par voie électronique ».  La jeune femme « a entamé une grève de la faim il y a 13 jours pour protester contre son sévère jugement », a révélé mardi 1er novembre à l’AFP un de ses proches qui avoue que sa famille redoute « une détérioration de son état de santé ». Fatima Karima qui fut condamnée le 15 août par le tribunal de Oued Zem (banlieue est de Casablanca) a vu sa peine confirmée en appel le 14 septembre. En première instance, la prévenue qui avait présenté ses excuses à toute personne qui se serait « sentie offensée » par ses posts a tenu néanmoins à faire valoir son droit à la liberté d’expression qui est garanti par la Constitution marocaine.

C’est le parquet qui a déclenché les poursuites en actionnant l’article 267-5 du Code pénal marocain qui punit de six mois à deux ans de prison ferme toute personne qui « porte atteinte à la religion musulmane ».La sanction peut être portée à cinq ans d’emprisonnement si l’incriminé s’est exprimé en public. 

Ce n’est pas la première fois que ce genre de condamnation est prononcé par la justice marocaine. Il y a un an, une autre jeune femme italo-marocaine fut également condamnée à trois ans et demi de prison pour « atteinte à la religion musulmane » pour avoir ironisé sur Facebook sur des versets coraniques. Après une campagne de protestation menée par les militants des droits humains, la prisonnière qui a vu sa peine réduite en appel à deux mois de prison avec sursis, a retrouvé la liberté. 

Au Maroc, les organisations des droits humains interviennent régulièrement pour dénoncer cette loi qui contrevient à la liberté d’expression, d’autant, soulignent-elles, que ce texte de loi « ne spécifie pas concrètement les faits qui pourraient constituer une atteinte ».

Signe d’un regain de conservatisme général, depuis deux à trois ans, les justices des trois pays d’Afrique du nord multiplient les procès – jusque-là rares sinon exceptionnels – pour des infractions concernant des sujets sociétaux. Après l’extinction des manifestations qui avaient secoué les pays en 2019, les tribunaux algériens ont condamné des internautes, souvent jeunes, pour offense à l’islam. L’affaire la plus retentissante fut néanmoins celle de l’universitaire et islamologue Saïd Djabelkheir qui fut, lui aussi, poursuivi pour atteinte à la religion à la suite d’un dépôt de plainte venant de militants islamistes. Ce mardi, c’est un membre de la Ligue Tunisienne des droits de l’homme, LTDH qui, invoquant la chariâ, a justifié la polygamie sur les ondes de radio Mosaïque alors que celle-ci est interdite dans le pays.  

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AFFAIRE OMAR RADDAD : LA JUSTICE REJETTE LA REQUETE EN RÉVISION

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La deuxième requête en révision introduite par le jardinier marocain Omar Raddad vient d’être à nouveau rejetée. Vingt-huit ans après avoir été condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle avant d’être gracié par le président Jacques Chirac, Omar Raddad est donc libre mais n’est pas innocenté dans l’un des procès qui aura défrayé la chronique depuis bientôt un quart de siècle. Il avait été accusé d’avoir tué Ghislaine Marchal chez laquelle il travaillait. Les enquêteurs ont trouvé écrit par le sang de la victime la fameuse phrase « Omar m’a tuer » sur laquelle les expertises furent opérées sans parvenir à établir un avis définitif.

On se souvient que l’avocat Jacques Vergès s’était saisi de l’affaire et qu’aujourd’hui encore l’académicien Jean Marie Rouart se tient toujours au côté du condamné. Son avocate Me Sylvie Noachovitch qui a déclaré « être scandalisée » par cette décision n’exclut pas d’en appeler la Cour européenne des droits de l’homme. 

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TUNIS : LES FEMMES SOLIDAIRES DES IRANIENNES

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Des femmes tunisiennes auxquelles se sont associés quelques rares hommes se sont rassemblées ce vendredi devant le centre culturel iranien pour exprimer leur soutien aux femmes iraniennes qui manifestent depuis plus de deux semaines dans plusieurs villes du pays contre le régime. Ces protestations, où l’on a vu des citoyennes brûler leur voile et se couper les cheveux en public, sont venues à la suite du décès d’une jeune femme, Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs qui lui reprochait de ne pas avoir suffisamment couvert ses cheveux.

Les Tunisiennes ont scandé des slogans hostiles au régime iranien et d’autres dénonçant la répression qui a déjà fait plusieurs dizaines de victimes.

En réaction à ces manifestations, le pouvoir des mollahs a coupé l’accès à internet, isolant ainsi les contestataires des réseaux sociaux qui leur avaient permis de porter à la connaissance de l’opinion internationale des actions audacieuses qui gagnaient les plus grandes villes du pays.

Jusqu’à présent, la Tunisie reste le seul pays musulman où s’est exprimée la solidarité avec les Iraniennes. 

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ALGER FERME « CARITAS ALGÉRIE »

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« Caritas Algérie » est une organisation caritative qui a soixante ans d’existence. Elle vient de se voir signifier son arrêt définitif. C’est ce que l’on apprend à travers le communiqué de l’archevêché d’Alger en date du 25 septembre. 

« L’Église Catholique en Algérie, (Association diocésaine d’Algérie) a le regret d’annoncer la fermeture définitive de son service appelé « Caritas Algérie » à partir du 1er octobre 2022 et ce conformément à la demande des pouvoir publics ».

L’archevêque d’Alger Monseigneur Jean-Paul Vesco a tenté en vain de défendre cette structure qui, selon lui n’est pas une ONG, argument que ne veulent pas entendre les autorités algériennes.

La traditionnelle frilosité du pouvoir à l’encontre des organisations internationales activant sur le sol algérien s’est considérablement accentuée depuis l’insurrection de février 2019. Des militants bénéficiant de financements destinés au lancement de divers programmes à caractère social ou éducatif ont vu leurs activités interdites, certains ont même été interpellés. 

Ce jeudi, un décret exécutif réduisant sévèrement les conditions d’accès des artistes étrangers sur le territoire algérien vient d’être publié au journal officiel.

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ALGÉRIE : FLAMMES, LARMES, RAMES ET QUESTIONS

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Une année après les incendies de forêts qui ont endeuillé la Kabylie et dévasté son patrimoine forestier et arboricole, le nord-est du pays subit le même drame. À croire que l’été 2021 fut une paisible et florissante saison touristique. Les corrections qu’appelaient les insuffisances criantes en matière d’équipements, d’entretien des zones à risques et d’information des citoyens ne figurent pas au menu d’un pouvoir trop occupé à vilipender les ennemis intérieurs et extérieurs de l’Algérie nouvelle. Les résultats sont encore là : 43 morts et plus de 200 blessés, dont certains gravement atteints, sont à déplorer selon un bilan qui, hélas, risque de s’alourdir. De nouvelles familles éplorées qui devront se reconstruire dans la douleur et la mutilation et des handicapés qui garderont des séquelles définitives à cause d’une incurie qui, non seulement perdure, mais refuse de s’amender. Cette année comme la précédente, aucune sanction n’est pour l’instant annoncée.

Primat du dogmatisme

Outre ces irremplaçables pertes humaines, l’une des toutes premières zones de la biodiversité méditerranéenne a vu plus de 10.000 de ses 80.000 hectares partir en fumée. Une remarquable variété d’oiseaux, de mammifères -dont le fameux cerf de Barbarie- et de poissons en ont fait un site classé par l’UNESCO. Rafik Baba Ahmed, ancien directeur de ce parc qui se confiait à la radio française France info avouait son pessimisme sur l’avenir de cette reconnaissance et, plus généralement, des lieux car, dit-il, “avec le temps, les incendies affaiblissent la forêt, la rendant vulnérable aux autres agressions comme celles des insectes nuisibles, mais surtout les activités humaines”. On peut en effet constater sur place que des routes sont ouvertes sans toujours anticiper les risques qu’elles peuvent représenter en tant que vecteur de nuisance humaine et que des faveurs sont octroyées pour la construction d’un habitat dont l’emplacement souleva réserves et même courageuses contestations de la part d’associations. Extérieurs aux arcanes du sérail, ces avertissements restèrent lettre morte. 

Selon des informations qui demandent à être confirmées, la direction des forêts aurait pris option auprès de l’Espagne pour une mise à disposition de six bombardiers d’eau en cas de besoin pour la saison estivale 2022. Le contrat aurait été résilié à la fin juillet pour cause de tensions diplomatiques survenues entre Alger et Madrid, suite au changement de cap espagnol sur la question du Sahara occidental. Pourquoi n’a-t-on pas envisagé une alternative au refus de coopérer avec la péninsule ibérique en retenant un autre prestataire ? La chose est d’autant plus incompréhensible que la crise algéro-espagnole avait déjà atteint son pic début juin.  Pourquoi s’entête-t-on à refuser d’équiper le pays de canadairs maintenant que la crise ukrainienne avec la hausse des hydrocarbures qu’elle a engendrée a renfloué les caisses de l’État algérien ? La réponse de cet ancien responsable du ministère de l’intérieur prêterait à sourire s’il ne s’agissait pas de tant de vies calcinées et de pertes matérielles incommensurables : « Dans le système algérien, il est de bon ton d’accabler les dirigeants tombés en disgrâce mais depuis 1962 aucun pouvoir en place n’a accepté une remise en cause de ses positions ni a fortiori initié une autocritique. Accepter d’acquérir des bombardiers d’eau après toutes ces catastrophes reviendrait à admettre que les décisions destinées à assurer la sécurité des populations et de leur environnement n’ont pas été prises en temps opportun. Plus grave, cela risquerait de soulever la question des affectations budgétaires, grand tabou de la politique financière nationale. Reconnaitre une erreur ou une faute ne fait pas partie de l’adn du régime ». 

Autisme

Le fait est que dans sa dernière intervention célébrant la journée de l’armée qu’il a instituée il y a de cela une année, le chef de l’État algérien n’a pas manqué de stigmatiser les ennemis de l’Algérie qui ne digèrent pas ses succès. Rien ne semble pouvoir arrêter ou combler la béance tectonique qui sépare le discours officiel du réel.

Au bord d’une piste menant à la maison qu’il construisait, un paysan nous désigne les chevrons toujours attachés à la benne de sa camionnette qu’il avait chargés le jour du malheur pour placer la toiture d’une petite étable. Il nous explique qu’il avait été arrêté par des flammes gigantesques qui sautaient comme des étoiles filantes. Il constate les ruines encore fumantes de ce qui fut le chantier de sa vie : « Si j’étais venu une demi-heure avant j’aurais été moi aussi brûlé. Et mon fils unique âgé de 17 ans serait orphelin. Je vais tailler ces chevrons pour en faire des rames et l’aider à partir. Il faut qu’il quitte cet enfer ». Quand nous lui dîmes qu’aujourd’hui les réseaux de trafiquants qui organisent les départs des haragas utilisent des embarcations à moteur, il nous répondit : « Même avec des rames les jeunes se jetteront à l’eau ».  

Sur la toile, des internautes cherchent à constituer un groupe d’experts pour évaluer le coût des pensions accordées aux familles des victimes – en vérité dérisoires par rapport au dommages subis -, celui des habitations à reconstruire, du manque à gagner de l’exploitation du bois et du liège perdus, de l’érosion mais, surtout, du reboisement qu’il faudra bien entreprendre un jour. Il serait intéressant de voir à combien de canadairs correspondront ces pertes et ces dépenses.

Il faut cependant relever que ce déni n’est pas le propre du pouvoir. L’année dernière, de nombreux influenceurs assurèrent que les feux qui avaient embrasé la Kabylie étaient le fait du pouvoir alors qu’il suffisait de regarder autour de soi pour constater que des fumerolles émanent des décharges sauvages dès les premiers soleils printaniers et que des centaines de milliers de bouteilles de vin ou de bière jetées au bord des routes constituaient autant de loupes prêtes à focaliser les rayons solaires quand arrivent les grandes canicules. 

Les rares citoyens vertueux qui organisent des volontariats pour ramasser ces bombes à retardement furent sommés, et pour certains, menacés de renoncer à s’exprimer quand ils osèrent dire qu’une partie au moins des incendies étaient la conséquence de l’incivisme des locaux.

Au premier comme au second degré, les feux qui reviennent carboniser le pays chaque été sont des manifestations paroxystiques d’un brasier qui consume en permanence l’Algérie. 

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ALGÉRIE : PRÉHISTOIRE ET IDÉOLOGIE

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C’est une longue dépêche de l’APS publiée ce samedi qui rapporte les déclarations du chercheur algérien en préhistoire Mohamed Sahnouni qui suit depuis plus d’une dizaine années les deux sites préhistoriques de Ain Lahneche-Ain Boucherit (sétifois) ainsi que celui de Tigehnnif à l’ouest du pays, deux sites ont suscité un vif intérêt de la communauté scientifique internationale. Le premier qui remonte à 2,4 millions d’années est désormais reconnu pour être le second endroit le plus anciennement colonisé par l’homme après celui de Gona en Ethiopie qui, lui, est daté de 2,6 millions d’années.  « Les projets de recherche innovants en Algérie dans le domaine de la préhistoire, dont ceux du complexe Ain Lahneche-Ain Boucherit à Sétif et du site de Tighennif à Mascara, visent à “décoloniser la préhistoire algérienne et à réécrire l’histoire de cette période de manière scientifique, moderne et objective“, affirme l’imminent (sic) archéologue », écrit l’agence de presse officielle algérienne.

Sauf découverte majeure, les scientifiques n’ont généralement pas coutume de s’exprimer en période estivale, la communauté scientifique comme le reste de la société étant elle aussi en vacances.

« On ne peut qu’être surpris de voir un scientifique ajouter sa voix à la campagne du pouvoir algérien qui habille une fermeture politique, médiatique et culturelle tous azimuts par des déclarations solennelles appelant à combattre l’aliénation coloniale en accusant de collusion avec les ennemis de la nation ceux qui expriment une opinion différente des slogans officiels » se désole un archéologue qui avait longtemps exercé au musée du Bardo avant de choisir l’exil.

La déclaration de Mohamed Sahnouni que l’APS connecte à la commémoration du 60 ème anniversaire célébrée avec une pompe militaire que le pays n’avait pas connu depuis une vingtaine d’années a heurté nombre d’universitaires algériens qui assistent impuissants à l’emprise d’injonctions politiques et idéologiques permanentes du régime sur leur institution.

Il est vrai que l’histoire en général, et la préhistoire n’échappe pas à la règle, fut interprétée de manière tendancieuse par les autorités coloniales. Le problème est que le pouvoir algérien qui cultiva longtemps la mystique de la nation algérienne qui existerait depuis le VII ème siècle, passant par perte et profit l’antiquité et la préhistoire, a reproduit les mêmes manipulations avec quelques fois des assertions encore plus outrancières que celles de la période coloniale.  Il faut croire que la tendance n’est pas prête de s’inverser.   

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TUNISIE : UN HUMORISTE PROVOQUE UN VRAI DÉBAT POLITIQUE

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Lotfi ABDELLI, l’un des humoristes les plus décapants de la scène tunisienne vient de mettre au centre du débat national les enjeux que la classe politique ne parvenait pas à imprimer dans le champ social et médiatique.

Le dimanche 7 aout, l’artiste se présente au fameux festival international de Sfax qui rassemble quelques 5.000 spectateurs. Comme à son habitude, Lotfi Abdelli transgresse les us et pratiques sociales par un propos dérangeant sans pour autant atteindre les provocations que l’on observe dans certains spectacles européens. Un doigt d’honneur par ci, un « m… » par-là ne doivent, en principe, pas provoquer une révolution sociétale. On n’y est pas encore en Tunisie mais, qu’il l’ait intentionnellement décidé ou non, Lotfi Abdelli a mis au centre des échanges sociaux les problèmes que la Tunisie couve sans pour autant les avoir discutés ouvertement. Du moins pas depuis l’arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir, ou, plus exactement, pas depuis son coup de force du 21 juillet 2021.

Après un sonore « m… » adressé au président, la police monte sur scène bouscule l’artiste et, selon plusieurs témoignages, malmène son producteur Mohamed Boudhina, entraînant du même coup l’interruption du spectacle. Il n’en fallut pas plus pour que la toile s’embrase pour se transformer en terrain d’une guerre idéologique où s’opposent les défenseurs de l’humoriste et ses imprécateurs. « Sfax est une ville conservatrice, Abdelli est vulgaire. Il n’a pas respecté les familles » s’indigne un internaute pendant que d’autres rétorquent que le propre de l’humoriste est de provoquer et que ceux qui ont les oreilles chastes n’avaient qu’à rester chez eux.

La presse conventionnelle s’en mêle. Le site business news qui consacre un long article à l’évènement met les deux pieds dans le plat : « La même personne qui profère des obscénités dans la rue et rit aux éclats devant des humoristes étrangers insolents, devient soudain puritaine et avocate des bonnes mœurs quand un artiste ou un créateur tunisien ose parler au-dessous de la ceinture à la télévision, au théâtre, voire même au cinéma. Le même Tunisien qui s’abonne à l’IP TV et ses centaines de chaînes pornographiques et à Netflix et ses centaines de films et de séries défendant les LGBT et les couples gays, refuse catégoriquement une scène de nu sur une chaîne de télévision tunisienne ou qu’une fiction évoque l’homosexualité.  Ce même Tunisien qui ne s’offusque guère des tenues légères abordées (sic) par les touristes en été mais souhaiterait couvrir, de la tête aux pieds, ses concitoyennes ou à les insulter dans la rue. Celui-là même qui, lorsqu’il vit à l’étranger, accepte qu’on mange en terrasse devant lui à Ramadan, mais accuse ses concitoyens qui ne font pas le jeûne de ne pas respecter sa foi et de porter atteinte à ses sentiments de croyant ».

En trois jours l’incident devient une affaire d’État. 

Dans la nuit du dimanche au lundi, les syndicats de la police appellent leur institution à ne plus sécuriser les spectacles de Lotfi Abdelli. Un de ses membres a même déclaré que les services de sécurité sont là pour protéger « les bonnes mœurs ». Après ce dérapage, le ministère de l’intérieur rétropédale et indique que c’est le geste grossier de Abdelli qui a irrité des forces de sécurité présentes pour protéger le spectacle mais qu’en aucune façon celles-ci n’ont pris la décision de ne plus sécuriser les apparitions de l’artiste. Et pour calmer le jeu, le ministère assure qu’une enquête administrative est ouverte pour préciser les positions et attitudes de chacun dans ce problème. Mardi matin, c’est la Ligue des Droits de l’Homme qui s’insurge et alerte contre la tentation de transformer « des forces de l’ordre en des milices de la promotion de la vertu et de la prévention du vice ».

De son côté, l’artiste annonce avoir pris la décision de quitter le pays… 

La classe politique peinait à mettre les mots idoines sur les risques du pouvoir absolu de Kaïs Saïed. Un humoriste a imposé un débat de fond sur une régression politique qui signe l’avènement d’une Tunisie islamo-conservatrice qui s’impose progressivement à la nation citoyenne voulue par Bourguiba et ses compagnons. 

Il y a encore 3 à 4 ans, les Tunisiens pouvaient suivre à la télévision des débats où des homosexuels défendaient leurs droits. Aujourd’hui c’est un humoriste qui doit quitter le pays pour pouvoir espérer faire sourire. Tout un programme.  

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Diaspora. Rentrer au pays ou pas ?

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C’est un sentiment partagé par de nombreux Algériens impliqués dans les activités politiques à l’étranger en ce début d’été : aller rendre visite aux proches ou s’abstenir. La volonté du pouvoir de faire taire la diaspora est une priorité ; d’où cet autoritarisme débridé pour dissuader ou empêcher les citoyens de voyager librement. 

C’est en effet à l’aune de cette crainte qu’est mesuré le risque de partir ou ne pas partir. Les interpellations de Lazhar Zouimia et Hassina Bourzah résidant au Québec et largement médiatisées sont deux exemples d’intimidation destinés à faire peur à faire taire celles et ceux qui désirent rendre visite à leurs familles en Algérie. Le message est clair : chacun doit savoir qu’il risque de subir une interdiction de quitter le pays ou même être arrêté à l’arrivée. 

Parce qu’ils sont solidaires avec leurs compatriotes vivants au pays, les Algériens de l’étranger se trouvent diabolisés ! La révolution citoyenne de février 2019 qui a ébranlé les appareils politiques de l’État a donné de vrais espoirs aussi bien aux nationaux qu’aux amis de l’Algérie. La diaspora s’est impliquée comme un acteur prégnant en faveur de ce soulèvement. Qu’elle se trouve au Canada, en France ou ailleurs, son adhésion a permis de mieux sensibiliser l’opinion mondiale qui voyait dans cette participation une solidarité pouvant faciliter la levée de l’enclavement du pays auquel travaille depuis toujours le pouvoir algérien.  

Un engagement chèrement payé au vu du nombre d’émigrés détenus ou qui sont sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN). 

Plongée parmi les compatriotes sommés de choisir entre la fidélité à leurs idées et leurs proches. 

En cette période des vacances, ils sont nombreux à se poser la question de savoir s’il y a ou non un danger à rendre visite à la famille restée au pays. Et il faut le reconnaitre, cette opération terreur occupe bien des esprits. Est-ce que pour autant elle a un effet démobilisateur ? Rien n’est moins sur. Chacun sait qu’à tout moment il peut être accusé d’être un militant de telle organisation terroriste ou de fomenter un complot contre l’armée. C’est ce qui est arrivé à Lazhar Zouaimia, un ressortissant vivant au Canada. Le jour de son retour au Québec en février 2022, il est accusé d’être lié à des activités terroristes, appréhendé à l’aéroport d’Alger et incarcéré pendant 40 jours. Connu pour son engagement pacifique, une forte mobilisation s’est organisée pour le soutenir. C’est d’ailleurs grâce à cette solidarité qu’il a réussi à retrouver sa famille au Québec. Mais souhaite-t-il retourner à Sedrata, sa ville natale ? Lors d’une discussion que nous avons eue avec lui à l’occasion du rassemblement qui s’est déroulé le dimanche 3 juillet au parc François-Perreault à Montréal pour célébrer le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, il avoue : « Ce que je ne comprends toujours pas, c’est qu’une fois que la justice a statué sur mon cas et qu’aucune charge ne pesait contre moi et donc qu’en principe j’étais libre de quitter le pays, la police des frontières a trouvé quand même un moyen de me retenir en annonçant au service du département de la surveillance et de la sécurité, DSS, anciennement DRS, que je devais subir un interrogatoire. Je me trouvais pris en otage dans un imbroglio bureaucratique : des agents sont venus me voir pour faire des vérifications suivies de questions absurdes, aucune cohérence avec la décision de justice émise par le tribunal de Constantine qui a décidé que je n’étais plus sous contrôle judiciaire et donc libre de mes mouvements. J’ai évidemment raté mon avion pour Montréal. Il a fallu que ma femme me trouve un billet immédiatement pour aller en Espagne, l’essentiel étant de quitter mon propre pays pour enfin retrouver ma famille. »

Par la suite, Lazhar a raconté devant l’assistance avec force détails son empêchement de revenir au Canada, son incarcération dans les locaux du DSS et ensuite à la prison Abdelhamid Boussouf de Constantine. Malgré ses épreuves, l’homme avait l’air serein : « Je me suis retrouvé avec une douzaine de prisonniers qui ont à peine l’âge de mon fils Mehdi décédé il y a deux ans ; en les voyant dans une cellule avec moi, j’ai oublié mon sort. Wahid, 20 ans, est un passionné de la photographie, il est arrêté pour une publication sur Facebook. Il y avait là un enseignant en tamazight, un vendeur de drapeaux, etc. Tous des victimes à qui on a déjà passablement perturbé leur avenir. ». 

Il parle aussi de Hadjira Belkacemi, originaire de Tidjelabine (Algérois), qui est bloquée en Algérie depuis janvier 2022 pratiquement pour les mêmes raisons que lui : « Je lui parle souvent, j’essaie du mieux que je peux de venir à son aide. Je ne comprends pas pourquoi elle a été empêchée de revenir au Canada. Ses enfants et son mari souffrent de cette injustice. On ne sait même pas quelle est la structure qui pourrait vraiment étudier son cas un jour pour la laisser rejoindre sa famille. C’est triste, ce qui arrive en Algérie, ce n’est pas une dictature, c’est pire. Je ne sais pas comment qualifier ce pouvoir, il n’y a aucune règle à suivre, même leurs propres lois, ils les piétinent ; c’est incompréhensible! », conclut-il. 

Il n’est pas le seul à ne rien comprendre ! 

L’Histoire de Hamid venant d’Imchedalen ex- Maillot, région de Bouira, mérite aussi d’être relatée. Il a prévu d’arriver au Canada au mois de mai passé, mais il a été retenu et empêché de sortir à l’aéroport d’Alger alors que sa famille a pu passer malgré tout. Son voyage entrait dans le cadre de l’immigration. Le fait que sa femme et ses enfants ne soient pas accompagnés les a mis dans une situation très délicate, notamment quand il a fallu entreprendre les démarches administratives nécessaires à leur installation. Heureusement qu’un de ses cousins a pu s’occuper d’eux. 

Il raconte : « La police des frontières m’a questionné sur mes activités politiques comme le fait de suivre Dr Sadi dans les réseaux sociaux et particulièrement sur Facebook. Je lui ai signifié que Saïd Sadi est un homme politique qui a dirigé un parti agréé depuis 1989, et ce sont des milliers si ce n’est des centaines de milliers d’Algériens qui le suivent et l’écoutent ».

Aucun élément légal pouvant justifier son interpellation n’a été retenu contre lui ; il n’a quand même pas pu quitter le pays. Ce n’est qu’après plusieurs semaines de désagréments, d’allusions et de menaces quant à son comportement une fois établi dans son pays d’accueil qu’il a été décidé de le laisser partir. 

Suivant de loin notre échange, Kamel, exprime une opinion forte : « Lorsqu’on n’est pas dans un État de droit, l’exécutif se substitue au pouvoir judiciaire. Donc les décisions ne peuvent être qu’arbitraires. Je préfère m’abstenir de rentrer au pays pour voir ma famille, car je suis convaincu que ces méthodes propres aux régimes autoritaires ne vont pas tenir longtemps dans le contexte régional actuel. Le régime d’Alger est dans une phase de reconstitution voire de raffermissement du clan dominant. Malgré cela, il est condamné à arrêter la folie des arrestations de tous les activistes ou de simples citoyens qui ne s’inscrivent pas dans le soutien du pouvoir en place. Tout a une fin. »

Une autre activiste dénommée Alia, d’origine algéroise, également connue pour son engagement en faveur des détenus politiques et très impliquée dans la révolution de février au Canada témoigne. Elle s’est exprimée la gorge nouée et des larmes aux yeux : « Je ne regretterai jamais le fait d’être solidaire avec les détenus. En regardant les portraits de ces pauvres victimes, je pense directement aux mamans qui souffrent de cette injustice. J’en ai eu certaines au téléphone. J’avoue que c’est pénible de tenir une discussion sans être interrompue par des sanglots. ». Elle poursuit : « Ma mère était très malade et ma famille a tout fait pour me raisonner afin de ne pas me rendre en Algérie. Mon frère m’avait dit : si tu viens, ils vont t’arrêter et au lieu de nous occuper de notre maman, nous allons courir les commissariats et les prisons à ta recherche. Je les ai écoutés, mais malheureusement j’ai perdu ma mère en février 2022 sans l’avoir vue avant son départ. Et présentement j’en souffre ; je n’arrive pas à faire mon deuil ». Une autre histoire qui atteste que la répression peut atteindre tout le monde et de toute sortes de manières.

Azzedine très actif au sein de la diaspora du Canada, confie : « Si l’occasion se présente, je ne vais pas hésiter pour aller en Algérie. J’ai toujours milité pour le changement dans mon pays. Je n’ai insulté personne et je n’ai pas porté atteinte aux institutions de l’État algérien. Depuis, le début de la révolution, nous avons insisté sur le caractère pacifique du mouvement et évité toute forme de confrontation. J’assume mes positions politiques comme les millions autres Algériens qui ont dénoncé le pouvoir. Dans tous les cas, c’est une conjoncture qui ne pourra pas durer dans le temps. Sinon, tous les Algériens sont potentiellement suspects. Ces pratiques ont pour objectif de semer la peur dans nos esprits ».

Les témoignages poignants de Lazhar, Hamid, Alia, Kamel ou Azzedine, dévoilent une détermination intacte à continuer à lutter pour voir un jour l’Algérie libre et démocratique. Finalement, la peur de rentrer au pays a eu un effet contre-productif : exaspérer les émigrés qui, même s’ils prennent des précautions, savent que ces atteintes à leurs droits constituent une obligation de continuer le combat. La majorité des activistes que nous avons rencontrés éviteront de repartir dans l’immédiat en Algérie, mais aucun n’est décidé à renoncer à ses convictions.     

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Société

FRANCE-MAROC : L’AFFAIRE OMAR RADDAD RELANCÉE ?

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Selon la très médiatique avocate Sylvie Noachovitch qui s’occupe de Omar Raddad depuis 2008, le dossier de ce dernier – qui revient de façon récurrente sur la scène médiatique depuis 1991 quand Ghislaine Marchal qui employait le franco-marocain comme jardinier fut retrouvée morte dans sa résidence La Chamade située dans les Alpes maritimes, sud-est de la France – va connaitre un nouveau rebondissement. A l’époque, une phrase écrite en sang « Omar m’a tuer » est restée dans les annales judiciaires. 

S’exprimant dans l’émission « Crimes et faits divers » animée par Jean Marc Morandini, Sylvie Noachovitch, a déclaré qu’« un supplément d’information a été ordonné » et elle annonce que le renvoi de ce dossier à la Cour de révision et de réexamen des condamnations pénales est prévu pour le 15 septembre prochain.

D’après l’avocate, deux faits nouveaux sont à l’origine de cette nouvelle procédure. Une enquête menée discrètement en 2002 par des éléments de la gendarmerie contenant, selon ses dires, des pistes sérieuses pouvant mener aux auteurs réels du crime n’a jamais été portée à la connaissance des différentes parties. Par ailleurs, elle assure avoir présenté à la Justice un rapport d’expertise avec des traces ADN “exploitables” qui ne correspondent pas à l’identité génétique d’Omar Raddad. Quatre empreintes génétiques appartenant à quatre individus de sexe masculin ont été retrouvées sur deux portes et un morceau de bois de la scène du crime. 

Suite à un long procès marqué par de sérieuses hésitations voire des distorsions judiciaires, Omar Raddad est condamné le 2 février 1994 à dix-huit ans de réclusion criminelle. Au Maroc l’émoi est grand et la population prend fait et cause pour Raddad. Le palais royal est embarrassé. Hassan II mandate le prince Hichem pour prendre langue avec le président français auquel est proposé la grâce de deux français condamnés au Maroc pour viol en échange de la libération du franco-marocain. Le 4 septembre 1998, le président Jacques Chirac accorde une grâce partielle au détenu qui sort après avoir bénéficié d’une réduction de peine. Cependant, en dépit de cette décision, le condamné demeure coupable au regard de la loi française ; ce qui conduit le concerné à continuer le combat en vue d’obtenir un acquittement et une annulation du jugement.

Pour rappel, le célèbre avocat Jacques Vergès qui avait défendu Omar Raddad avait introduit en juin 2001, une requête en révision auprès de la Chambre criminelle de la Cour de cassation qui a été rejetée le 20 novembre 2002.

Ce renvoi promet d’être l’un des évènements qui tiendront en haleine les chroniqueurs judiciaires. 

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