Suivez-nous !

Société

Diaspora. Rentrer au pays ou pas ?

Publié il y a

le

C’est un sentiment partagé par de nombreux Algériens impliqués dans les activités politiques à l’étranger en ce début d’été : aller rendre visite aux proches ou s’abstenir. La volonté du pouvoir de faire taire la diaspora est une priorité ; d’où cet autoritarisme débridé pour dissuader ou empêcher les citoyens de voyager librement. 

C’est en effet à l’aune de cette crainte qu’est mesuré le risque de partir ou ne pas partir. Les interpellations de Lazhar Zouimia et Hassina Bourzah résidant au Québec et largement médiatisées sont deux exemples d’intimidation destinés à faire peur à faire taire celles et ceux qui désirent rendre visite à leurs familles en Algérie. Le message est clair : chacun doit savoir qu’il risque de subir une interdiction de quitter le pays ou même être arrêté à l’arrivée. 

Parce qu’ils sont solidaires avec leurs compatriotes vivants au pays, les Algériens de l’étranger se trouvent diabolisés ! La révolution citoyenne de février 2019 qui a ébranlé les appareils politiques de l’État a donné de vrais espoirs aussi bien aux nationaux qu’aux amis de l’Algérie. La diaspora s’est impliquée comme un acteur prégnant en faveur de ce soulèvement. Qu’elle se trouve au Canada, en France ou ailleurs, son adhésion a permis de mieux sensibiliser l’opinion mondiale qui voyait dans cette participation une solidarité pouvant faciliter la levée de l’enclavement du pays auquel travaille depuis toujours le pouvoir algérien.  

Un engagement chèrement payé au vu du nombre d’émigrés détenus ou qui sont sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN). 

Plongée parmi les compatriotes sommés de choisir entre la fidélité à leurs idées et leurs proches. 

En cette période des vacances, ils sont nombreux à se poser la question de savoir s’il y a ou non un danger à rendre visite à la famille restée au pays. Et il faut le reconnaitre, cette opération terreur occupe bien des esprits. Est-ce que pour autant elle a un effet démobilisateur ? Rien n’est moins sur. Chacun sait qu’à tout moment il peut être accusé d’être un militant de telle organisation terroriste ou de fomenter un complot contre l’armée. C’est ce qui est arrivé à Lazhar Zouaimia, un ressortissant vivant au Canada. Le jour de son retour au Québec en février 2022, il est accusé d’être lié à des activités terroristes, appréhendé à l’aéroport d’Alger et incarcéré pendant 40 jours. Connu pour son engagement pacifique, une forte mobilisation s’est organisée pour le soutenir. C’est d’ailleurs grâce à cette solidarité qu’il a réussi à retrouver sa famille au Québec. Mais souhaite-t-il retourner à Sedrata, sa ville natale ? Lors d’une discussion que nous avons eue avec lui à l’occasion du rassemblement qui s’est déroulé le dimanche 3 juillet au parc François-Perreault à Montréal pour célébrer le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, il avoue : « Ce que je ne comprends toujours pas, c’est qu’une fois que la justice a statué sur mon cas et qu’aucune charge ne pesait contre moi et donc qu’en principe j’étais libre de quitter le pays, la police des frontières a trouvé quand même un moyen de me retenir en annonçant au service du département de la surveillance et de la sécurité, DSS, anciennement DRS, que je devais subir un interrogatoire. Je me trouvais pris en otage dans un imbroglio bureaucratique : des agents sont venus me voir pour faire des vérifications suivies de questions absurdes, aucune cohérence avec la décision de justice émise par le tribunal de Constantine qui a décidé que je n’étais plus sous contrôle judiciaire et donc libre de mes mouvements. J’ai évidemment raté mon avion pour Montréal. Il a fallu que ma femme me trouve un billet immédiatement pour aller en Espagne, l’essentiel étant de quitter mon propre pays pour enfin retrouver ma famille. »

Par la suite, Lazhar a raconté devant l’assistance avec force détails son empêchement de revenir au Canada, son incarcération dans les locaux du DSS et ensuite à la prison Abdelhamid Boussouf de Constantine. Malgré ses épreuves, l’homme avait l’air serein : « Je me suis retrouvé avec une douzaine de prisonniers qui ont à peine l’âge de mon fils Mehdi décédé il y a deux ans ; en les voyant dans une cellule avec moi, j’ai oublié mon sort. Wahid, 20 ans, est un passionné de la photographie, il est arrêté pour une publication sur Facebook. Il y avait là un enseignant en tamazight, un vendeur de drapeaux, etc. Tous des victimes à qui on a déjà passablement perturbé leur avenir. ». 

Il parle aussi de Hadjira Belkacemi, originaire de Tidjelabine (Algérois), qui est bloquée en Algérie depuis janvier 2022 pratiquement pour les mêmes raisons que lui : « Je lui parle souvent, j’essaie du mieux que je peux de venir à son aide. Je ne comprends pas pourquoi elle a été empêchée de revenir au Canada. Ses enfants et son mari souffrent de cette injustice. On ne sait même pas quelle est la structure qui pourrait vraiment étudier son cas un jour pour la laisser rejoindre sa famille. C’est triste, ce qui arrive en Algérie, ce n’est pas une dictature, c’est pire. Je ne sais pas comment qualifier ce pouvoir, il n’y a aucune règle à suivre, même leurs propres lois, ils les piétinent ; c’est incompréhensible! », conclut-il. 

Il n’est pas le seul à ne rien comprendre ! 

L’Histoire de Hamid venant d’Imchedalen ex- Maillot, région de Bouira, mérite aussi d’être relatée. Il a prévu d’arriver au Canada au mois de mai passé, mais il a été retenu et empêché de sortir à l’aéroport d’Alger alors que sa famille a pu passer malgré tout. Son voyage entrait dans le cadre de l’immigration. Le fait que sa femme et ses enfants ne soient pas accompagnés les a mis dans une situation très délicate, notamment quand il a fallu entreprendre les démarches administratives nécessaires à leur installation. Heureusement qu’un de ses cousins a pu s’occuper d’eux. 

Il raconte : « La police des frontières m’a questionné sur mes activités politiques comme le fait de suivre Dr Sadi dans les réseaux sociaux et particulièrement sur Facebook. Je lui ai signifié que Saïd Sadi est un homme politique qui a dirigé un parti agréé depuis 1989, et ce sont des milliers si ce n’est des centaines de milliers d’Algériens qui le suivent et l’écoutent ».

Aucun élément légal pouvant justifier son interpellation n’a été retenu contre lui ; il n’a quand même pas pu quitter le pays. Ce n’est qu’après plusieurs semaines de désagréments, d’allusions et de menaces quant à son comportement une fois établi dans son pays d’accueil qu’il a été décidé de le laisser partir. 

Suivant de loin notre échange, Kamel, exprime une opinion forte : « Lorsqu’on n’est pas dans un État de droit, l’exécutif se substitue au pouvoir judiciaire. Donc les décisions ne peuvent être qu’arbitraires. Je préfère m’abstenir de rentrer au pays pour voir ma famille, car je suis convaincu que ces méthodes propres aux régimes autoritaires ne vont pas tenir longtemps dans le contexte régional actuel. Le régime d’Alger est dans une phase de reconstitution voire de raffermissement du clan dominant. Malgré cela, il est condamné à arrêter la folie des arrestations de tous les activistes ou de simples citoyens qui ne s’inscrivent pas dans le soutien du pouvoir en place. Tout a une fin. »

Une autre activiste dénommée Alia, d’origine algéroise, également connue pour son engagement en faveur des détenus politiques et très impliquée dans la révolution de février au Canada témoigne. Elle s’est exprimée la gorge nouée et des larmes aux yeux : « Je ne regretterai jamais le fait d’être solidaire avec les détenus. En regardant les portraits de ces pauvres victimes, je pense directement aux mamans qui souffrent de cette injustice. J’en ai eu certaines au téléphone. J’avoue que c’est pénible de tenir une discussion sans être interrompue par des sanglots. ». Elle poursuit : « Ma mère était très malade et ma famille a tout fait pour me raisonner afin de ne pas me rendre en Algérie. Mon frère m’avait dit : si tu viens, ils vont t’arrêter et au lieu de nous occuper de notre maman, nous allons courir les commissariats et les prisons à ta recherche. Je les ai écoutés, mais malheureusement j’ai perdu ma mère en février 2022 sans l’avoir vue avant son départ. Et présentement j’en souffre ; je n’arrive pas à faire mon deuil ». Une autre histoire qui atteste que la répression peut atteindre tout le monde et de toute sortes de manières.

Azzedine très actif au sein de la diaspora du Canada, confie : « Si l’occasion se présente, je ne vais pas hésiter pour aller en Algérie. J’ai toujours milité pour le changement dans mon pays. Je n’ai insulté personne et je n’ai pas porté atteinte aux institutions de l’État algérien. Depuis, le début de la révolution, nous avons insisté sur le caractère pacifique du mouvement et évité toute forme de confrontation. J’assume mes positions politiques comme les millions autres Algériens qui ont dénoncé le pouvoir. Dans tous les cas, c’est une conjoncture qui ne pourra pas durer dans le temps. Sinon, tous les Algériens sont potentiellement suspects. Ces pratiques ont pour objectif de semer la peur dans nos esprits ».

Les témoignages poignants de Lazhar, Hamid, Alia, Kamel ou Azzedine, dévoilent une détermination intacte à continuer à lutter pour voir un jour l’Algérie libre et démocratique. Finalement, la peur de rentrer au pays a eu un effet contre-productif : exaspérer les émigrés qui, même s’ils prennent des précautions, savent que ces atteintes à leurs droits constituent une obligation de continuer le combat. La majorité des activistes que nous avons rencontrés éviteront de repartir dans l’immédiat en Algérie, mais aucun n’est décidé à renoncer à ses convictions.     

Partager avec
Continuer la lecture
Cliquer pour commenter

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Société

TUNISIE : UN HUMORISTE PROVOQUE UN VRAI DÉBAT POLITIQUE

Publié il y a

le

Par

Lotfi ABDELLI, l’un des humoristes les plus décapants de la scène tunisienne vient de mettre au centre du débat national les enjeux que la classe politique ne parvenait pas à imprimer dans le champ social et médiatique.

Le dimanche 7 aout, l’artiste se présente au fameux festival international de Sfax qui rassemble quelques 5.000 spectateurs. Comme à son habitude, Lotfi Abdelli transgresse les us et pratiques sociales par un propos dérangeant sans pour autant atteindre les provocations que l’on observe dans certains spectacles européens. Un doigt d’honneur par ci, un « m… » par-là ne doivent, en principe, pas provoquer une révolution sociétale. On n’y est pas encore en Tunisie mais, qu’il l’ait intentionnellement décidé ou non, Lotfi Abdelli a mis au centre des échanges sociaux les problèmes que la Tunisie couve sans pour autant les avoir discutés ouvertement. Du moins pas depuis l’arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir, ou, plus exactement, pas depuis son coup de force du 21 juillet 2021.

Après un sonore « m… » adressé au président, la police monte sur scène bouscule l’artiste et, selon plusieurs témoignages, malmène son producteur Mohamed Boudhina, entraînant du même coup l’interruption du spectacle. Il n’en fallut pas plus pour que la toile s’embrase pour se transformer en terrain d’une guerre idéologique où s’opposent les défenseurs de l’humoriste et ses imprécateurs. « Sfax est une ville conservatrice, Abdelli est vulgaire. Il n’a pas respecté les familles » s’indigne un internaute pendant que d’autres rétorquent que le propre de l’humoriste est de provoquer et que ceux qui ont les oreilles chastes n’avaient qu’à rester chez eux.

La presse conventionnelle s’en mêle. Le site business news qui consacre un long article à l’évènement met les deux pieds dans le plat : « La même personne qui profère des obscénités dans la rue et rit aux éclats devant des humoristes étrangers insolents, devient soudain puritaine et avocate des bonnes mœurs quand un artiste ou un créateur tunisien ose parler au-dessous de la ceinture à la télévision, au théâtre, voire même au cinéma. Le même Tunisien qui s’abonne à l’IP TV et ses centaines de chaînes pornographiques et à Netflix et ses centaines de films et de séries défendant les LGBT et les couples gays, refuse catégoriquement une scène de nu sur une chaîne de télévision tunisienne ou qu’une fiction évoque l’homosexualité.  Ce même Tunisien qui ne s’offusque guère des tenues légères abordées (sic) par les touristes en été mais souhaiterait couvrir, de la tête aux pieds, ses concitoyennes ou à les insulter dans la rue. Celui-là même qui, lorsqu’il vit à l’étranger, accepte qu’on mange en terrasse devant lui à Ramadan, mais accuse ses concitoyens qui ne font pas le jeûne de ne pas respecter sa foi et de porter atteinte à ses sentiments de croyant ».

En trois jours l’incident devient une affaire d’État. 

Dans la nuit du dimanche au lundi, les syndicats de la police appellent leur institution à ne plus sécuriser les spectacles de Lotfi Abdelli. Un de ses membres a même déclaré que les services de sécurité sont là pour protéger « les bonnes mœurs ». Après ce dérapage, le ministère de l’intérieur rétropédale et indique que c’est le geste grossier de Abdelli qui a irrité des forces de sécurité présentes pour protéger le spectacle mais qu’en aucune façon celles-ci n’ont pris la décision de ne plus sécuriser les apparitions de l’artiste. Et pour calmer le jeu, le ministère assure qu’une enquête administrative est ouverte pour préciser les positions et attitudes de chacun dans ce problème. Mardi matin, c’est la Ligue des Droits de l’Homme qui s’insurge et alerte contre la tentation de transformer « des forces de l’ordre en des milices de la promotion de la vertu et de la prévention du vice ».

De son côté, l’artiste annonce avoir pris la décision de quitter le pays… 

La classe politique peinait à mettre les mots idoines sur les risques du pouvoir absolu de Kaïs Saïed. Un humoriste a imposé un débat de fond sur une régression politique qui signe l’avènement d’une Tunisie islamo-conservatrice qui s’impose progressivement à la nation citoyenne voulue par Bourguiba et ses compagnons. 

Il y a encore 3 à 4 ans, les Tunisiens pouvaient suivre à la télévision des débats où des homosexuels défendaient leurs droits. Aujourd’hui c’est un humoriste qui doit quitter le pays pour pouvoir espérer faire sourire. Tout un programme.  

Partager avec
Continuer la lecture

Société

Diaspora. Rentrer au pays ou pas ?

Publié il y a

le

Par

C’est un sentiment partagé par de nombreux Algériens impliqués dans les activités politiques à l’étranger en ce début d’été : aller rendre visite aux proches ou s’abstenir. La volonté du pouvoir de faire taire la diaspora est une priorité ; d’où cet autoritarisme débridé pour dissuader ou empêcher les citoyens de voyager librement. 

C’est en effet à l’aune de cette crainte qu’est mesuré le risque de partir ou ne pas partir. Les interpellations de Lazhar Zouimia et Hassina Bourzah résidant au Québec et largement médiatisées sont deux exemples d’intimidation destinés à faire peur à faire taire celles et ceux qui désirent rendre visite à leurs familles en Algérie. Le message est clair : chacun doit savoir qu’il risque de subir une interdiction de quitter le pays ou même être arrêté à l’arrivée. 

Parce qu’ils sont solidaires avec leurs compatriotes vivants au pays, les Algériens de l’étranger se trouvent diabolisés ! La révolution citoyenne de février 2019 qui a ébranlé les appareils politiques de l’État a donné de vrais espoirs aussi bien aux nationaux qu’aux amis de l’Algérie. La diaspora s’est impliquée comme un acteur prégnant en faveur de ce soulèvement. Qu’elle se trouve au Canada, en France ou ailleurs, son adhésion a permis de mieux sensibiliser l’opinion mondiale qui voyait dans cette participation une solidarité pouvant faciliter la levée de l’enclavement du pays auquel travaille depuis toujours le pouvoir algérien.  

Un engagement chèrement payé au vu du nombre d’émigrés détenus ou qui sont sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire national (ISTN). 

Plongée parmi les compatriotes sommés de choisir entre la fidélité à leurs idées et leurs proches. 

En cette période des vacances, ils sont nombreux à se poser la question de savoir s’il y a ou non un danger à rendre visite à la famille restée au pays. Et il faut le reconnaitre, cette opération terreur occupe bien des esprits. Est-ce que pour autant elle a un effet démobilisateur ? Rien n’est moins sur. Chacun sait qu’à tout moment il peut être accusé d’être un militant de telle organisation terroriste ou de fomenter un complot contre l’armée. C’est ce qui est arrivé à Lazhar Zouaimia, un ressortissant vivant au Canada. Le jour de son retour au Québec en février 2022, il est accusé d’être lié à des activités terroristes, appréhendé à l’aéroport d’Alger et incarcéré pendant 40 jours. Connu pour son engagement pacifique, une forte mobilisation s’est organisée pour le soutenir. C’est d’ailleurs grâce à cette solidarité qu’il a réussi à retrouver sa famille au Québec. Mais souhaite-t-il retourner à Sedrata, sa ville natale ? Lors d’une discussion que nous avons eue avec lui à l’occasion du rassemblement qui s’est déroulé le dimanche 3 juillet au parc François-Perreault à Montréal pour célébrer le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, il avoue : « Ce que je ne comprends toujours pas, c’est qu’une fois que la justice a statué sur mon cas et qu’aucune charge ne pesait contre moi et donc qu’en principe j’étais libre de quitter le pays, la police des frontières a trouvé quand même un moyen de me retenir en annonçant au service du département de la surveillance et de la sécurité, DSS, anciennement DRS, que je devais subir un interrogatoire. Je me trouvais pris en otage dans un imbroglio bureaucratique : des agents sont venus me voir pour faire des vérifications suivies de questions absurdes, aucune cohérence avec la décision de justice émise par le tribunal de Constantine qui a décidé que je n’étais plus sous contrôle judiciaire et donc libre de mes mouvements. J’ai évidemment raté mon avion pour Montréal. Il a fallu que ma femme me trouve un billet immédiatement pour aller en Espagne, l’essentiel étant de quitter mon propre pays pour enfin retrouver ma famille. »

Par la suite, Lazhar a raconté devant l’assistance avec force détails son empêchement de revenir au Canada, son incarcération dans les locaux du DSS et ensuite à la prison Abdelhamid Boussouf de Constantine. Malgré ses épreuves, l’homme avait l’air serein : « Je me suis retrouvé avec une douzaine de prisonniers qui ont à peine l’âge de mon fils Mehdi décédé il y a deux ans ; en les voyant dans une cellule avec moi, j’ai oublié mon sort. Wahid, 20 ans, est un passionné de la photographie, il est arrêté pour une publication sur Facebook. Il y avait là un enseignant en tamazight, un vendeur de drapeaux, etc. Tous des victimes à qui on a déjà passablement perturbé leur avenir. ». 

Il parle aussi de Hadjira Belkacemi, originaire de Tidjelabine (Algérois), qui est bloquée en Algérie depuis janvier 2022 pratiquement pour les mêmes raisons que lui : « Je lui parle souvent, j’essaie du mieux que je peux de venir à son aide. Je ne comprends pas pourquoi elle a été empêchée de revenir au Canada. Ses enfants et son mari souffrent de cette injustice. On ne sait même pas quelle est la structure qui pourrait vraiment étudier son cas un jour pour la laisser rejoindre sa famille. C’est triste, ce qui arrive en Algérie, ce n’est pas une dictature, c’est pire. Je ne sais pas comment qualifier ce pouvoir, il n’y a aucune règle à suivre, même leurs propres lois, ils les piétinent ; c’est incompréhensible! », conclut-il. 

Il n’est pas le seul à ne rien comprendre ! 

L’Histoire de Hamid venant d’Imchedalen ex- Maillot, région de Bouira, mérite aussi d’être relatée. Il a prévu d’arriver au Canada au mois de mai passé, mais il a été retenu et empêché de sortir à l’aéroport d’Alger alors que sa famille a pu passer malgré tout. Son voyage entrait dans le cadre de l’immigration. Le fait que sa femme et ses enfants ne soient pas accompagnés les a mis dans une situation très délicate, notamment quand il a fallu entreprendre les démarches administratives nécessaires à leur installation. Heureusement qu’un de ses cousins a pu s’occuper d’eux. 

Il raconte : « La police des frontières m’a questionné sur mes activités politiques comme le fait de suivre Dr Sadi dans les réseaux sociaux et particulièrement sur Facebook. Je lui ai signifié que Saïd Sadi est un homme politique qui a dirigé un parti agréé depuis 1989, et ce sont des milliers si ce n’est des centaines de milliers d’Algériens qui le suivent et l’écoutent ».

Aucun élément légal pouvant justifier son interpellation n’a été retenu contre lui ; il n’a quand même pas pu quitter le pays. Ce n’est qu’après plusieurs semaines de désagréments, d’allusions et de menaces quant à son comportement une fois établi dans son pays d’accueil qu’il a été décidé de le laisser partir. 

Suivant de loin notre échange, Kamel, exprime une opinion forte : « Lorsqu’on n’est pas dans un État de droit, l’exécutif se substitue au pouvoir judiciaire. Donc les décisions ne peuvent être qu’arbitraires. Je préfère m’abstenir de rentrer au pays pour voir ma famille, car je suis convaincu que ces méthodes propres aux régimes autoritaires ne vont pas tenir longtemps dans le contexte régional actuel. Le régime d’Alger est dans une phase de reconstitution voire de raffermissement du clan dominant. Malgré cela, il est condamné à arrêter la folie des arrestations de tous les activistes ou de simples citoyens qui ne s’inscrivent pas dans le soutien du pouvoir en place. Tout a une fin. »

Une autre activiste dénommée Alia, d’origine algéroise, également connue pour son engagement en faveur des détenus politiques et très impliquée dans la révolution de février au Canada témoigne. Elle s’est exprimée la gorge nouée et des larmes aux yeux : « Je ne regretterai jamais le fait d’être solidaire avec les détenus. En regardant les portraits de ces pauvres victimes, je pense directement aux mamans qui souffrent de cette injustice. J’en ai eu certaines au téléphone. J’avoue que c’est pénible de tenir une discussion sans être interrompue par des sanglots. ». Elle poursuit : « Ma mère était très malade et ma famille a tout fait pour me raisonner afin de ne pas me rendre en Algérie. Mon frère m’avait dit : si tu viens, ils vont t’arrêter et au lieu de nous occuper de notre maman, nous allons courir les commissariats et les prisons à ta recherche. Je les ai écoutés, mais malheureusement j’ai perdu ma mère en février 2022 sans l’avoir vue avant son départ. Et présentement j’en souffre ; je n’arrive pas à faire mon deuil ». Une autre histoire qui atteste que la répression peut atteindre tout le monde et de toute sortes de manières.

Azzedine très actif au sein de la diaspora du Canada, confie : « Si l’occasion se présente, je ne vais pas hésiter pour aller en Algérie. J’ai toujours milité pour le changement dans mon pays. Je n’ai insulté personne et je n’ai pas porté atteinte aux institutions de l’État algérien. Depuis, le début de la révolution, nous avons insisté sur le caractère pacifique du mouvement et évité toute forme de confrontation. J’assume mes positions politiques comme les millions autres Algériens qui ont dénoncé le pouvoir. Dans tous les cas, c’est une conjoncture qui ne pourra pas durer dans le temps. Sinon, tous les Algériens sont potentiellement suspects. Ces pratiques ont pour objectif de semer la peur dans nos esprits ».

Les témoignages poignants de Lazhar, Hamid, Alia, Kamel ou Azzedine, dévoilent une détermination intacte à continuer à lutter pour voir un jour l’Algérie libre et démocratique. Finalement, la peur de rentrer au pays a eu un effet contre-productif : exaspérer les émigrés qui, même s’ils prennent des précautions, savent que ces atteintes à leurs droits constituent une obligation de continuer le combat. La majorité des activistes que nous avons rencontrés éviteront de repartir dans l’immédiat en Algérie, mais aucun n’est décidé à renoncer à ses convictions.     

Partager avec
Continuer la lecture

Société

FRANCE-MAROC : L’AFFAIRE OMAR RADDAD RELANCÉE ?

Publié il y a

le

Par

Selon la très médiatique avocate Sylvie Noachovitch qui s’occupe de Omar Raddad depuis 2008, le dossier de ce dernier – qui revient de façon récurrente sur la scène médiatique depuis 1991 quand Ghislaine Marchal qui employait le franco-marocain comme jardinier fut retrouvée morte dans sa résidence La Chamade située dans les Alpes maritimes, sud-est de la France – va connaitre un nouveau rebondissement. A l’époque, une phrase écrite en sang « Omar m’a tuer » est restée dans les annales judiciaires. 

S’exprimant dans l’émission « Crimes et faits divers » animée par Jean Marc Morandini, Sylvie Noachovitch, a déclaré qu’« un supplément d’information a été ordonné » et elle annonce que le renvoi de ce dossier à la Cour de révision et de réexamen des condamnations pénales est prévu pour le 15 septembre prochain.

D’après l’avocate, deux faits nouveaux sont à l’origine de cette nouvelle procédure. Une enquête menée discrètement en 2002 par des éléments de la gendarmerie contenant, selon ses dires, des pistes sérieuses pouvant mener aux auteurs réels du crime n’a jamais été portée à la connaissance des différentes parties. Par ailleurs, elle assure avoir présenté à la Justice un rapport d’expertise avec des traces ADN “exploitables” qui ne correspondent pas à l’identité génétique d’Omar Raddad. Quatre empreintes génétiques appartenant à quatre individus de sexe masculin ont été retrouvées sur deux portes et un morceau de bois de la scène du crime. 

Suite à un long procès marqué par de sérieuses hésitations voire des distorsions judiciaires, Omar Raddad est condamné le 2 février 1994 à dix-huit ans de réclusion criminelle. Au Maroc l’émoi est grand et la population prend fait et cause pour Raddad. Le palais royal est embarrassé. Hassan II mandate le prince Hichem pour prendre langue avec le président français auquel est proposé la grâce de deux français condamnés au Maroc pour viol en échange de la libération du franco-marocain. Le 4 septembre 1998, le président Jacques Chirac accorde une grâce partielle au détenu qui sort après avoir bénéficié d’une réduction de peine. Cependant, en dépit de cette décision, le condamné demeure coupable au regard de la loi française ; ce qui conduit le concerné à continuer le combat en vue d’obtenir un acquittement et une annulation du jugement.

Pour rappel, le célèbre avocat Jacques Vergès qui avait défendu Omar Raddad avait introduit en juin 2001, une requête en révision auprès de la Chambre criminelle de la Cour de cassation qui a été rejetée le 20 novembre 2002.

Ce renvoi promet d’être l’un des évènements qui tiendront en haleine les chroniqueurs judiciaires. 

Partager avec
Continuer la lecture

Société

Bonne fête de l’Aïd – L3id amerbuh – صاحا عيدكم

Publié il y a

le

Par

Partager avec
Continuer la lecture

Politique

ALGÉRIE. LA POLICE SALUE LA PRESSE NATIONALE

Publié il y a

le

Par

C’est à l’école supérieure de police Ali Tounsi (Alger) qu’a été célébrée par anticipation ce jeudi la journée mondiale de la liberté de la presse coïncidant avec la date du 3 mai. Une dépêche de l’APS rapporte que la lieutenant Salma Saoudi a lu un discours au nom du directeur général de la police nationale qui a salué les réalisations de la presse nationale en matière de sensibilisation et de lutte contre les informations erronées.

Associé à la manifestation, Abdeslam Benzaoui, directeur de l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI), a insisté sur  « le rôle de la presse, vitrine du pays, aux plans interne et externe ainsi que dans la stabilité de la patrie ». Il a, par ailleurs, invité les journalistes à ” faire montre de déontologie, à se tenir aux règles journalistiques et à veiller à la crédibilité de l’information, notamment face à l’espace virtuel qui a changé le concept du journalisme. »

La cérémonie a été mise à profit pour mettre en valeur la revue de la police dont le premier numéro a été produit en février 1975.

Cet évènement survient au moment où la presse privée traverse des grandes difficultés financières et de sérieuses contraintes politiques et professionnelles. En effet, les autorités s’emploient à changer dans un sens plus restrictif les lois en matière d’information et le pouvoir politique exerce un contrôle drastique sur l’affectation de la publicité des annonceurs publics. Le quotidien francophone Liberté appartenant au premier groupe privé algérien CEVITAL a fermé il y a un mois et nul ne sait combien de temps tiendra El Watan, le second titre francophone qui fut longtemps considéré comme le journal de référence algérien.

Pendant plusieurs années, les éditeurs de la presse privée organisaient la commémoration de cette date dans des lieux plus neutres en invitant des figures nationales ou étrangères du monde de la communication ou des ONG chargées de veiller à l’indépendance de la liberté d’informer. La crédibilité de la presse privée algérienne fut longtemps citée en exemple. On apprend que le journaliste Khaled Drareni, qui a passé près d’un an de prison, vient d’être nommé représentant de Reporters sans frontières (RSF) pour l’Afrique du nord dont le siège est basé à Tunis.   

Partager avec
Continuer la lecture

Société

Le contre-courant de l’islamisme, c’est de militer en faveur de la laïcité par Mahfoudh MESSAOUDENE*

Publié il y a

le

Par

Dans un essai intitulé : Fenêtre sur l’islam, Ses musulmans, Ses islamistes, Ferid Racim Chikhi*, nous livre un travail de recherche et de réflexion large et audacieux. Des explications et des points de vue en réponse à des questionnements complexes concernant la religion musulmane. De l’Orient vers l’Occident en passant par l’Afrique du Nord, l’idéologie islamiste se propage, au fil des quarante dernières années, d’une façon aussi inquiétante que déroutante. 

Afin de mieux éclairer un phénomène déstabilisant, souvent ambigu et mal compris, l’auteur a mis la focale sur les sources et les symptômes du problème. Il a exposé des faits historiques et des éléments analytiques pour orienter le lecteur sur une problématique qui suscite inquiétudes et perturbations dans les vies individuelles et collectives. La laïcité et la citoyenneté sont parmi les sujets essentiels qu’il s’est engagé à défendre dans sa société d’accueil le Québec après s’y être impliqué en Algérie pour éclairer un débat qui peine à s’installer dans la lucidité et la liberté. 

Ferid Racim Chikhi a quitté l’Algérie depuis une vingtaine d’années pour s’installer au Québec avec sa famille. Il s’est mobilisé dans l’Association Québécoise des Nord-Africains pour la Laïcité (AQNAL) avec d’autres militants pour prévenir les Québécois sur le danger de l’islamisme, parcours qui a conduit à l’écriture de cet essai.

Dans le préambule, l’auteur précise que son livre est destiné particulièrement aux Québécois qu’il veut aider à faire une distinction entre les nombreuses confusions, informations erronées et autres fausses explications venant soit des médias occidentaux culpabilisés par la séquence coloniale soit des organisations internationales infiltrées par le lobbysme islamiste. 

Son passage à l’Assemblée nationale du Québec d’abord à titre individuel ensuite comme représentant du Rassemblement pour la Laïcité et enfin en tant que membre d’AQNAL, où ses études sur la question des accommodements religieux ont été assumé comme un engagement citoyen. Se battre contre l’islamisme et soulever en même temps la problématique de l’appréhension de la religion musulmane dans la société est, en effet, un grand défi sociétal à la base de la construction d’une collectivité qui doit respecter, intégrer et se protéger. Par ses interventions lucides et sans complaisance, l’auteur a interpellé les élus sur les risques d’un amalgame qui a toujours joué en faveur d’activistes qui instrumentalisent les accommodements raisonnables à savoir les islamistes et les candidats au parlement qui se cherchent des votes d’obédience communautaire. Position délicate car il faut faire avancer le débat en dénonçant les intentions de ceux qui cultivent les conduites victimaires, en cassant les tabous négateurs d’échanges adultes et loyaux et, dans le même élan, en luttant contre la stigmatisation et en faisant la distinction entre l’islam et l’islamisme. 

Cet essai est sans doute un cas d’école nécessitant une attention particulière. C’est un dictionnaire de bonne vulgarisation qui donne des définitions et explications de concepts galvaudés par les polémiques à travers une approche sociologique, philosophique, historique mais aussi religieuse pour chacune des thématiques et des points nodaux qui structurent et irriguent l’islam politique. En fait, cet ouvrage est un pare feu qui aide à soumettre au champ des débats libres les insinuations et autres pollutions par lesquels les courants religieux imposent des opinions en dehors de la bataille des idées sans laquelle aucun libre arbitre ne peut être construit en connaissance de cause.

La narration restitue quelques repères essentiels à la saine compréhension des processus constitutifs des diverses tendances qui s’emploient à répandre leur doxa dans le monde. Le wahhabisme, le salafisme et le khomeynisme sont trois doctrines apparues au milieu du XXième siècle et qui se disputent aujourd’hui les sociétés transformées en champ de bataille. 

L’auteur relate comment, avec les années, ces trois courants extrémistes ont radicalement bouleversé les sociétés dans les États du sud avant d’atteindre des pans entiers des pays du nord pour des considérations, à la fois, politiques, économiques et géostratégiques mais dont, au fond, la finalité est de prendre revanche sur une histoire du monde à laquelle le radicalisme islamiste estime devoir infliger sa suprématie. Ferid Racim Chikhi qui analyse les dégâts provoqués par l’islamisme dans les pays d’origine explique qu’en empêchant les sociétés de progresser vers la voie démocratique, on creuse des écarts entre les communautés migrantes et la société d’accueil comme on peut le voir au Québec. On comprend alors qu’en étouffant la démocratie dans les terres d’islam, le fondamentalisme investit objectivement dans une stratégie qui aliène les sujets chez eux et les conditionnent à porter le fer contre le monde des Infidèles le jour où les circonstances les y conduiront.  

Ne voulant pas s’extérioriser du champ d’études, Ferid Chikhi qui s’immerge dans l’humus théologique, rappelle : « Les prophètes ont été les premiers à s’indigner et les premiers à désobéir aux ordres établis ». Cette citation a une vocation évidente : désarmer les propagandes islamistes qui accusent d’’islamophobie tous ceux qui critiquent la religion. Au Québec, plus qu’ailleurs, cette ruse qui relève d’une forme de terrorisme intellectuel a mis les politiciens et une partie non négligeable de l’opinion dans une position de prudence, ce qui amène à éviter toute critique de l’islam et sa pratique alors que les autres cultes sont soumis au tamis de la raison. Cet interdit créé un climat dont l’impact est immédiat : l’islamisation, qui ne peut faire l’objet d’aucune remarque, est un sujet tabou, ce qui mécaniquement en facilite la propagation.

L’ouvrage remonte la stratégie islamiste en en situant les origines de façon pragmatique. Le rappel de la citation de Youssef El-Qardaoui, le prédicateur égyptien installé au Qatar, pose les enjeux : « Avec vos lois démocratiques (civiles), nous vous coloniserons. Avec nos lois islamiques (coraniques), nous vous dominerons ». L’islamisme n’est pas une tumeur bénigne alerte l’auteur. En se positionnant comme connaisseur de l’islam et victime de l’islamisme, il met en évidence une singularité tirée d’un vécu qui a laissé des stigmates toujours visibles sur la société algérienne dont il est originaire. 

Les méthodes utilisées par les islamistes en occident sont identifiées en tant que déclinaisons de préceptes édictés par les tuteurs comme Al Qrardaoui. : « Cependant, la stratégie des islamistes, l’instrumentalisation de leurs femmes y compris, sait utiliser les insuffisances des législations et les lacunes des institutions ainsi qu’une certaine naïveté des agents de l’État et des employés du secteur parapublic », écrit Chikhi. 

La femme voilée est devenue un objet de lutte, de polémique et de convoitise. Un atout majeur qu’on exhibe afin de mettre sur la défensive la société occidentale et ses dirigeants, tactique qui ouvre la voie à d’autres exigences communautaires. 

Autre fait relevé dans l’essai et qui est en train de faire son apparition également au Québec : la relation contre nature des islamistes avec la gauche qui en devient un précieux relais politique et médiatique. En perte de vitesse dans un monde dont elle n’a pas anticipé les évolutions, la gauche québécoise tente de reconstituer une base sociale et électorale autour du fondamentalisme. 

L’auteur qui a longtemps suivi les méandres institutionnels de son pays d’accueil dévoile une inclination autrement plus inquiétante puisque la dérive ne concerne plus un courant politique mais des institutions. Ferid Racim Chikhi signale une tentation qui gagne de plus en plus de terrain : des communautés étrangères auxquelles est proposée une intégration fondée sur la religion plutôt que la citoyenneté. 

L’avertissement à un Québec dont la tolérance vire quelques fois au laxisme est clair : l’islam politique aura de beaux jours devant lui si on continue à le nier en tant que menace majeure pour l’ordre démocratique ou si l’on perpétue le déni en réduisant les dérives de ses promoteurs à des incartades folkloriques. 

Ferid Chikhi parle au migrant comme au Québécois. Il rappelle les leçons d’autres acteurs tout en les liant pour leur donner le continuum nécessaire à la perception d’un péril qui se répand dans le temps et l’espace avec méthode et minutie. En citant deux érudits de réputation mondiale Soheib Bencheikh qui été la cible des islamistes et Mohamed Arkoun, l’Algérien qui a été chassé par l’Égyptien El-Kardaoui d’une conférence sur l’islam organisée à Alger en 1980, il en appelle à la mémoire pour nourrir l’espoir. Et d’autres esprits comme Ghaleb Bencheikh, Malek Chebel et Naïma Dib qui ont porté la parole de vérité sont également invoqués pour que leurs pensées soient additionnées comme des pierres qui construisent la maison de la raison. Un travail long qu’il faut entreprendre avec solidarité et patience car il s’agit de faire naitre la citoyenneté dans un espace musulman livré à la rancœur, au populisme et à la démagogie. 

Ferid Racim Chikhi qui assume son engagement nous délivre un message : évitons d’être naïfs ou polémistes ; soyons clairs car on n’a pas trouvé mieux que la laïcité pour protéger l’homme des dégâts de la confiscation du culte.

*Mahfoudh Messaoudene, journaliste.

*Ferid Racim Chikhi, analyste senior, Groupe d’études et de réflexions Méditerranée Amérique du Nord ( GERMAN).

Fenêtres Sur l’islam Ses musulmans Ses Islamistes

Édité à compte d’auteur chez Bouquinbec

https://boutique.bouquinbec.ca/fenetres-sur-l-islam-ses-musulmans-ses-islamistes.html

269 pages = 29$Can

Entrevue avec l’auteur.

1)             Cela fait vingt ans que vous êtes installé au Québec avec votre famille. Qu’est-ce qui vous amené à rejoindre AQNAL ?

Depuis que j’ai quitté l’Algérie, via l’Allemagne, j’avais pris la résolution de me tenir éloigné de la militance et du monde politique. Mais, comme on dit : Tu chasses le naturel il revient au Galop. En fait, l’association québécoise des Nord-africains pour la laïcité a été créée spontanément en 2012, en raison du vide face aux islamistes qui, dès 2008, se sont manifestés pour parler au nom de tous les musulmans du Québec. Ça m’a irrité au point que je suis revenu sur le terrain de la militance pour œuvrer en faveur de la laïcité.

En 2011, je suis intervenu, comme simple citoyen, à la commission des institutions de l’Assemblée nationale pour attirer l’attention des élus sur le phénomène islamiste qui germait dans la province et notamment à Montréal. Mais mis à part quelques-uns, les autres se sont montrés intéressés mais restés inactifs. En 2012, le gouvernement de Mme Marois a tenté de baliser les ‘’accommodements raisonnables’’ qui allaient vite devenir ‘’déraisonnables’’ le halal, le yajouz, le haram sont devenus des concepts utilisés ici et là, notamment dans les quartiers à forte concentration de musulmans. 

Des débats, des conférences, des manifestations ont été organisés et c’était avec satisfaction que j’ai constaté que ce n’étaient pas tous les Québécois qui étaient favorables aux quelques islamistes qui, aidés de certains médias, faisaient dans la provocation. Les Québécois, savent que lorsque la religion prend trop de place des pans entiers de la population y perdent leur raison. Pendant plus d’un demi-siècle ils ont déconfessionnalisé l’éducation nationale et la politique sans que la tradition judéo-chrétienne ne perde ses repères mais voici que les islamistes font parler d’eux à grands coups de publicité victimaire culpabilisant au passage les Québécois et toute la société d’accueil. 

En 2012, lors d’une conférence sur la laïcité, nous étions nombreux venus d’Algérie, du Maroc, d’Égypte, de Tunisie et de France (Franco-Algériens, Franco-Marocains, Franco-Tunisiens, etc…) à avoir exprimé nos inquiétudes contre les agissements des groupes islamistes. C’est là que l’idée d’une association regroupant au départ une centaine de personnes est mise en place et avec un petit groupe nous avons évoqué l’appellation de Nord-Africains pour nous démarquer de Maghrébins avec la connotation que nous lui connaissons. Très vite nous conquîmes des espaces d’échanges pour nous exprimer et faire part de nos expériences passées à lutter contre l’intégrisme. Nous sommes vite devenus, je dirais incontournables pour tout ce qui concerne la laïcité. 

2)             Avez-vous constaté des différences dans la façon d’intégration selon l’origine des citoyens issus des 3 pays d’Afrique du Nord.

Il faut juste préciser qu’au Québec, nous comptons quatre pays de l’Afrique du Nord : L’Algérie, l’Égypte, et le Maroc et la Tunisie. Les différences dans la façon de s’intégrer dépendent des individus et de leurs approches de la société d’accueil. Cela dépend aussi de leur propre communauté. Qu’ils soient Algériens, Marocains, Égyptiens ou Tunisiens ; il y a ceux qui se démarquent par leur éducation, leur instruction, leur sociabilité. Il est vrai que presque tous les Nord-Africains arrivés au Québec sont très instruits, ils ont une bonne culture, je dirais, ‘’internationale’’, d’autres diront, universelle. Ils ont étudié en français et maitrisent parfaitement l’arabe et un grand nombre maitrise aussi l’anglais. Il y a ceux qui sont venus au Canada et s’intègrent comme Canadiens ; il y a ceux qui sont venus au Québec, tout en étant citoyens Canadiens et préfèrent vivre en français. Cependant, ceux qui se sont regroupés dans ce qui est qualifié de Petit Maghreb, il est évident que le poids de leurs pays d’origine est prégnant. Ils vivent ‘’l’incertitude dans la certitude communautariste’’. Il faut juste savoir que presque tous les Nord-Africains ont l’esprit entrepreneurial; s’ils ne sont pas employés dans les entreprises québécoises et canadiennes, s’ils ne sont pas dans l’enseignement ou la santé, ils ont créé leurs commerces et leurs entreprises et ils en vivent bien. Toutefois, ils ne partagent pas toutes les valeurs québécoises. À mon humble avis cela relève de la crainte de perdre les leurs.  

3)             Depuis quand avez-vous pensé ce livre ?

Au départ, vers la fin des années 2000, je ne pensais qu’à rédiger quelques articles que je publiais, ici et là, sur des journaux électroniques comme le Huffington post Québec. Par la suite en 2016, quelques-unes de mes réflexions ont été reproduites partiellement par, à titre indicatif, ‘’Le Courrier International‘’, notamment celui intitulé : Pourquoi les musulmans ne parlent pas ? 

https://www.courrierinternational.com/article/vu-du-canada-les-musulmans-sont-emmures-dans-le-silence

Cet article a par la suite, été repris intégralement dans un livre collectif

https://boutique.courrierinternational.com/la-boutique/livre-l-islam-en-debat.html

C’est en 2017, que l’idée de me lancer dans l’écriture de cet essai a émergé et s’est très vite concrétisée.

4)             En avez-vous des échos si oui quels en est la nature.

Absolument, au Québec, plusieurs de ceux qui l’ont lu m’ont fait part, par écrit, de leur satisfaction et presque tous m’ont dit ce qu’ils avaient appris comme différence entre Islam et Islamisme ou sur les pratiques des différents rites qui font la diversité au sein de l’Islam, les pratiques sociales de l’Islam de l’Asie et celui de l’Afrique du Nord. 

5)             Avez-vous noté une volonté de transmettre une mémoire des pays d’origine des parents vers les enfants ? Y a-t-il d’autres référents que le religieux dans cette mémoire ? 

Lorsqu’il s’agit d’un écrit qui devient public, il y a forcément une histoire, une mémoire, un pan du patrimoine qui sont transférés à ceux qui lisent. Mais, il faut reconnaitre que contrairement aux Québécois, aux Canadiens, aux Nord-Américains et même aux Européens pour qui le livre fait partie des instruments de transfert du savoir et de la connaissance, les lecteurs Nord-Africains restent dans l’oralité. Quelques lecteurs algériens qui l’ont lu m’ont fait part de leurs impressions très positives mêmes s’ils en connaissent des pans entiers. Ils ont eu plaisir à lire quelques-unes de mes réflexions, surtout le chapitre sur Karn Arba’tache. 

Et pour la seconde partie de votre question, il y a bien entendu d’autres référents que le religieux dans cette mémoire. Prenez note que pour la transmission de l’histoire et du patrimoine algérien, des parents vers les enfants, nous avons avec un groupe de compatriotes qui créé un Écomusée de l’Algérie. Il prend petit à petit forme. Nous le destinons d’abord à la communauté algérienne du Québec et bien entendu aux Québécois. Mais, il n’est pas exclu qu’une extension soit envisagée avec nos frères Tunisiens et Marocains, notamment en raison du partage civilisationnel de Tamazgha.

Merci pour cet échange.

Partager avec
Continuer la lecture

Société

MAROC. LANCEMENT D’UNE RADIO JUDAÏQUE

Publié il y a

le

Par

Selon des sources concordantes, le Maroc va lancer incessamment une radio concernant les Juifs et le judaïsme. Ce media émettra, 24h/24, en arabe classique, en français, en darija et en hébreu.

La Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) présidée par Akharbach a déjà donné son accord. Ce media aura vocation à mieux découvrir la dimension hébraïque comme composante du patrimoine marocain.

L’initiative vient de la part d’un homme d’affaire israélien d’origine marocaine particulièrement actif dans l’enseignement privé.

Depuis la normalisation des relations avec Israël annoncée par l’ancien président américain Donald Trump fin 2020, plusieurs médias israéliens investissant la scène marocaine cherchent à y installer des bureaux de liaison ou à y recruter des correspondants permanents. 

Pour rappel, la constitution marocaine, approuvée par référendum populaire en juillet 2011, stipule dans son préambule que l’apport hébraïque est un des affluents ayant enrichi l’identité nationale.

Partager avec
Continuer la lecture

Société

REPORTAGE. AVEC LES SANS-PAPIERS ALGÉRIENS À MONTRÉAL par Younes LAMRI

Publié il y a

le

Par

L’homme se camoufle dans ses vêtements chauds et enveloppants comme pour se fondre dans la grisaille urbaine et conjurer les risques des contrôles policiers : Djamel, la trentaine bedonnante et l’œil morne, a gardé ce réflexe de bête traquée qui doit éviter de se faire remarquer par des patrouilleurs quand il était un des nombreux sans-papiers à Paris ; précaution qui ne lui a pas pour autant évité l’expulsion vers l’Algérie.

Ne voulant pas renoncer à son projet de vivre sous des cieux occidentaux plus cléments, le jeune homme a abandonné ses études en deuxième année de comptabilité car, dit-il, il ne se voyait pas « passer sa vie à servir dans un entrepôt des grossistes qui raflent toutes les marchandises pour dominer le marché de la distribution ». La rancœur est grosse chez cet aîné d’une famille de quatre enfants dont le père, agent d’état civil à la commune, a tenu à assurer une formation solide à ses enfants. Comme nombre de ses camarades, Djamel se consumait dans son village niché sur l’un des pitons de la chaîne de montagnes bordant la plaine de la Medjana qui s’étend au nord la ville de Bordj Bou Arreridj jusqu’au jour où il a finalement pu se faire délivrer le visa qui lui a ouvert les portes du Canada. Mal vie qui cherche à se dissoudre sous d’autres cieux. Les grossistes, c’est, en fait, un alibi. 

Pour lui, l’Europe ou l’Amérique du Nord, c’est kif-kif. « L’essentiel était de fuir l’enfer », confie le clandestin professionnel. « Dès que j’ai mis les pieds à l’aéroport de Montréal, ma décision fut prise : je ne retournerai plus au bled », assure l’ancien parisien, bien décidé à « griller » son visa de six mois et voir venir.

Son ami Karim dont le front dégarni donne un petit air de sérieux à sa voix suave est arrivé bien avant lui au pays de l’Érable. Lui fait figure d’ancien. Il tente de rassurer le nouvel arrivant en lui expliquant qu’au Québec, la police n’arrête pas systématiquement des citoyens pour vérifier leur statut ou leur identité. « Oui, tu peux toujours philosopher toi ; moi, mon avis est tranché », rétorque, sceptique, Djamel au privilégié qui bénéficie du statut de réfugié, puisqu’il a pu obtenir en 2012 le fameux document marron du ministère canadien de l’Immigration et des Réfugiés.

Depuis 2001, l’Algérie est considérée comme un pays sûr par Ottawa. Cela veut dire que les demandeurs d’asile algériens ont moins de chance de voir aboutir leur requête. Il n’en demeure pas moins que quelques rares chanceux parviennent à passer à travers les mailles du filet de sélection. La majorité des candidats à l’immigration arrive en fait avec un visa touristique et décide ne pas retourner au pays. 

Pour se faire accepter comme réfugié, il faut se préparer au parcours du combattant en acceptant les interminables attentes des appels qui, d’ailleurs n’arrivent pas toujours, ou végéter dans les dédales d’une administration rigoureuse après des convocations surprises ; sans compter l’éventualité d’une réponse négative au bout du parcours, car ce statut n’est pas octroyé au premier venu.

En dépit de ces difficultés et incertitudes, on sait que les immigrés sans statut administratif augmentent chaque année même si les chiffres officiels n’offrent pas de précisions sur le nombre de demandeurs algériens.

Sur la rue Jean-Talon, les cafés Sables d’or et Barbes sont devenus des sites quasi officiels où les sans-papiers, en quête de conseils, viennent découvrir la meilleure méthode à suivre afin de se donner le plus de chances possibles de parvenir à la régularisation de leurs situations. C’est là qu’ils procèdent à des échanges d’informations et décortiquent ensemble les failles qui peuvent se nicher dans des lois concernant les réfugiés. L’exercice est souvent vain, la loi canadienne laissant peu de place aux interprétations.

En attendant de trouver une hypothétique issue positive à leur sort, les sans-papiers aspirant à un statut légal tentent quand même de survivre en travaillant au noir. L’emploi non déclaré est si répandu à Montréal que le gouvernement du Québec a mis en branle sa machine de contrôle. Récemment, une société de placement de travailleurs a été soumise à l’amende pour n’avoir pas déclaré des salariés qu’elle a pourtant engagés.

Affable et compatissant, Karim est devenu une sorte d’institution parallèle, une bouée de sauvetage pour de nombreux sans-papiers qu’il se fait un devoir de rassurer et d’orienter du mieux qu’il le peut dans leurs démarches. C’est ce qu’il souhaite faire admettre à son ami Djamel. Mais, l’éphémère Parisien qui a connu douze métiers et treize misères dans l’Hexagone ne veut pas se faire repérer par l’administration avant d’avoir pris ses marques. « Pour le moment, je bosse et je suis en bonne santé, c’est l’essentiel. La paperasse viendra après », soutient-il.

20.000 $ pour un mariage arrangé.

Rachid, un autre trentenaire, vigoureux et obstiné est technicien en bâtiment. Lui aussi a connu un parcours sinueux. Arrivé en 2017, il a tenté d’intégrer le milieu de la construction qu’il croyait connaître le mieux. Mais il a vite déchanté. « On voulait m’exploiter car je n’avais pas le droit de travailler », raconte Rachid.

Sans perdre de temps, il se trouve un autre job, toujours sous la table, dans la distribution de publi-sacs. Travailleur acharné, il a pu mettre de côté un petit pactole durant son séjour de six mois. 

Rachid, une boule de « chemma » (tabac à chiquer) sous la lèvre supérieure, nous dit qu’il a passé beaucoup de temps au café pour glaner les informations qui lui permettraient de sortir de la clandestinité. Ne voulant pas déposer son dossier pour un statut de réfugié, en raison des chances qu’il sait minimes de se faire accepter, il se résolut à explorer autre chose, tout en continuant son travail au noir. Il a quand même trouvé le temps et le moyen de repartir au pays pour sept mois et d’en ressortir pour revenir à Montréal. Une affaire compliquée « d’héritage mal soldée », lâche-t-il sans s’attarder sur ses déboires familiaux. 

C’est dans une fabrique de manufacture de produits cosmétiques, à l’occasion d’une rencontre fortuite que la chance lui sourit. Une collègue de travail, au courant de son projet, lui met la puce à l’oreille. Elle lui propose un mariage arrangé avec une femme divorcée. L’opération devait couter 25.000 $ avec une clause de divorce. Pugnace, Rachid avait réussi à négocier un rabais de 5.000 $.

Ce genre de trafic n’est pas répandu au Québec, contrairement à la France où le commerce du mariage blanc a fait florès dans l’Hexagone particulièrement dans les années 1990-2000…avec son lot d’arnaques.

Le secret de Rachid n’a pas été gardé bien longtemps. À l’époque des « préliminaires » déjà le « vieux » Karim, devenu aussi par la force des choses le chroniqueur du café, avait tenté de l’avertir. Une connaissance commune, Samir pour ne pas le nommer, glissa-t-il malicieusement, avait dû débourser, lui aussi, la bagatelle de 25.000 euros pour « arranger » un mariage qui a failli virer au chantage glauque, puisque qu’une femme qui s’était mise de la partie avait voulu faire monter les enchères à trois reprises. C’était sa manière de dissuader les jeunes de ne pas céder à ce genre de tentations. 

Rachid, lui, a pu échapper à ces marchandages. Après l’entame des formalités administratives du mariage, il avait attendu 18 mois pour faire reconnaitre sa liaison factice. La pandémie de COVID-19 avait perturbé beaucoup de services publics, allongeant d’autant les délais des traitements définitifs des dossiers. « Au moins, avec cette inscription, j’avais pu travailler légalement », se convainc le futur ex marié qui avait recouru à l’aide juridique pour son divorce, issue tacite convenue d’un commun accord dès le départ dans ce genre d’alliances. Et c’est désormais chose faite.

Officiellement divorcé à 36 ans, il pense enfin à refaire sa vie comme résident permanent. « Pas sûr d’avoir les papiers si j’avais demandé le statut de réfugié », se persuade Rachid, avant de prendre congé de ses amis attablés au café, la carte de résident dans la main droite et la boîte de « chemma » dans la paume de l’autre.

Ces trois cas sont loin d’être isolés. Nous avons rencontré d’autres sans-papiers qui n’ont pas voulu témoigner. Les individus vivent des situations sociales et matérielles plus ou moins tendues, mais tous présentent un point commun : aucun ne veut repartir en Algérie. La majorité des jeunes Algériens quitte le pays dans des conditions de grande précarité et une fois à l’étranger, ils redoublent d’ingéniosité pour régulariser leur situation et s’établir légalement dans le pays d’accueil. « Notre pays n’a rien à nous offrir », déplore laconiquement Djamel, toujours réfugié dans sa doudoune, alors que la saison hivernale est déjà loin derrière. Son passage à Paris au cours duquel il s’est accoutumé à esquiver les contrôles policiers a laissé des traces au point de tressaillir à la vue de la moindre patrouille. 

Une tension qui s’accumulant au désespoir qui a rongé les vies dans les pays d’origine a constitué la trame de l’ouvrage remarquable de l’avocat Stéphan Handfield, spécialiste de l’immigration : un roman dense et tragique inspiré de faits réels, « Fatima, parcours d’une réfugiée » dont on trouvera la note de lecture ci-après.

Elle s’appelle Fatima et a fui son pays pour se réfugier au Canada. La vie de misère avec son ex-mari Omar l’a poussée à divorcer, mais en raison du poids des traditions et du conditionnement familial, elle finit par renouer avec son conjoint par le truchement d’un mariage religieux. Victime de violences conjugales, la mère de quatre filles n’entrevoit pas le bout du tunnel. « Il a même menacé de me verser de l’essence sur le corps et d’y mettre le feu », raconte la narratrice. 

Un jour, Omar est appelé en mission professionnelle à l’étranger. Avant de partir, il veut arranger le mariage de sa fille de 13 ans avec un richissime homme d’affaires, proche de la famille. « Moi j’étais prête à mourir, mais je devais sauver mes filles de ce sacrifice », avoue Fatima qui envisage alors de quitter son enfer à tout prix. Un visa au Canada pour rejoindre sa sœur permet à la mère de famille de sortir du pays…mais avec un sentiment quelque peu mitigé. « Vendredi 1er février 2019, je quittais l’Algérie, avec les quatre enfants et enceinte d’un cinquième, sachant pertinemment que je n’y remettrai probablement plus jamais les pieds », rapporte Fatima. 

Très vite, une demande de réfugiée est déposée, ce qui lui permet de rester légalement au Canada, le temps que sa demande soit étudiée par un tribunal de l’immigration. Après des péripéties et une multitude de procédures bureaucratiques, elle finit par avoir le fameux sésame ; un document marron à huit chiffres : réfugiée. 

Mais le malheur la poursuit toujours. Son époux arrive au Canada et propose à Fatima de le parrainer, alors qu’elle a déposé en bonne et due forme une plainte pour violences conjugales contre lui. Elle hésite mais finit par se résigner à le parrainer. Or, elle a plaidé devant le commissaire en immigration être victime de ses abus, ce qui l’a aidée dans sa cause. Avec cette nouvelle requête, c’est le début d’une descente aux enfers à rebondissements. Son statut de réfugiée est révoqué et elle doit quitter le sol canadien où se trouve toujours son époux en situation irrégulière.

Un matin, il sort de l’appartement menotté encadré par une escouade de policiers. L’irréparable va se produire. 

Écrit dans un style dépouillé avec des références juridiques précises mais qui n’égarent pas l’attention du lecteur, « Fatima, le parcours d’une réfugiée » de Stéphane Handfield est un roman d’une densité émouvante et captivante. 

Me Handfield restitue dans ce récit romancé le calvaire, la fuite et les péripéties du parcours tragique d’une femme de 40 ans. Le récit est centré sur le sort des réfugiés ballottés entre l’attente du sésame marron et la menace de se faire expulser à tout moment, une angoisse qui donne une saveur et un poids étranges au quotidien de personnes qui, après avoir renié leur pays, doivent sortir de leur vie pour tenter d’en habiter une autre. Est-ce possible et à quel prix ? 

« Fatima, le parcours d’une réfugiée », Stéphane Handfield, éditions Wilson & Lafleur,

Montréal, janvier 2022, Prix 17,95 $.

Partager avec
Continuer la lecture

Société

ALGÉRIE. ALLOCATION CHÔMAGE : ATTRACTIVITÉ ET INTERROGATIONS 

Publié il y a

le

Par

L’allocation chômage qui sera versée à partir du 28 mars prochain bénéficiera déjà à 580 000 personnes dont plus de la moitié sont des femmes. Selon le directeur de l’agence nationale de l’emploi (ANEM), Abdelkader Djaber qui faisait ce mercredi une évaluation d’étape de cette décision, les postulants se répartissent ainsi : 63% sont des femmes, 38% sont titulaires de diplômes universitaires, un peu plus de 19% de ces primo-demandeurs sont diplômés de la formation professionnelle et 43% proviennent de diverses catégories.

La demande d’emploi est forte dans un marché du travail atone. Monsieur Djaber annonce que « 1.080.000 personnes ont déposé leur dossier parmi lesquelles 92% ont déjà pu avoir « un rendez-vous avec les structures locales de l’emploi ». 

 Par ailleurs, le même responsable indique que la signature récente d’une convention entre l’ANEM et Algérie Poste, a « permis l’ouverture de 166.000 comptes courants postaux (CCP) au profit des demandeurs d’emploi inscrits au niveau de l’ANEM et qui ne possédaient pas de compte CCP ». 

Autant de connexions qui permettent d’avoir des éléments statistiques fiables et actualisés et, surtout, de socialiser des jeunes qui auraient pu connaitre des parcours de vies aléatoires voire chaotiques sans ces relations qui les insèrent dans des circuits administratifs qui peuvent les informer et les guider vers des opportunités professionnelles qu’ils auraient eu probablement plus de peine à repérer et identifier par eux-mêmes.

« C’est probablement l’une des décisions les plus pertinentes qui ait été prise par les pouvoirs publics ces 10 dernières années en Algérie », concède ce syndicaliste du CNAPEST pourtant peu connu pour être tendre avec les instances éducatives du pays.

Si les effets immédiats de cette mesure sont indiscutables, leur portée à moyen et long terme reste posée. Que deviennent ces jeunes une fois accueillis par les structures locales de l’emploi elles-mêmes confrontées à la diminution drastique du volume de production des entreprises dont beaucoup réduisent leurs effectifs quand elles ne cessent pas leurs activités ?

Combien de temps le trésor public pourra-t-il supporter ces financements sachant que l’embellie financière consécutive à l’envolée des prix du baril est d’ores et déjà grevée par la flambée des céréales et des autres produits manufacturés dont l’Algérie est une grande importatrice ?

Par ailleurs, les réformes structurelles de l’économie préconisées par les instances financières internationales tardent à voir le jour. La polémique qui a opposé le pouvoir algérien à la Banque mondiale atteste d’un conservatisme idéologique qui prédomine toujours dans les sphères décisionnelles du pouvoir algérien.  Voir adn-med du 6 janvier. Rapport de suivi : la banque mondiale réagit).

Partager avec
Continuer la lecture

Société

TUNISIE. LEÏLA BENALI S’EXPRIME SUR UNE RADIO TUNISIENNE

Publié il y a

le

Par

Pour la première fois depuis la chute du pouvoir de son mari, l’épouse de l’ancien dictateur tunisien a donné ce dimanche 20 mars une interview au journaliste Oussama Chaouali qui a été diffusée sur les ondes de la radio Mosaïque FM. L’objet de l’entretien concerne une polémique opposant l’ancienne « régente de Carthage » à l’épouse du cuisiner de la présidence sous le règne des Benali.

Des enregistrements qui ont fuité ont en effet fait état d’argent qu’aurait fait parvenir Leïla Ben Ali en Tunisie à partir de l’Arabie saoudite en vue d’acquérir des propriétés immobilières en vue de préparer son retour au pays natal.  Cette dernière a déclaré que ces allégations étaient infondées et qu’elle avait déjà saisi les justices tunisienne et saoudienne qui auront à se prononcer sur ce sujet.

Ne tenant visiblement pas à faire perdurer son exposition médiatique, l’épouse de Ben Ali a tenu à faire savoir qu’elle n’avait jamais voulu s’exprimer tant que son époux était vivant mais que depuis sa disparition, elle se voyait contrainte d’intervenir pour mettre des limites à des propos émanant notamment d’un avocat, Mounir Ben Salha, qui, contrairement à ce qu’il avance, n’avait jamais été investi par le couple pour intercéder en leur faveur en Tunisie. « Quand Ben Ali était là, je n’ai jamais voulu intervenir. Maintenant qu’il ne l’est plus, je ne peux le laisser poursuivre son arnaque et j’ai dû intervenir pour poser les limites », a-t-elle insisté.

Au-delà des faits qui sont, somme toute, secondaires au regard des incertitudes institutionnelles, économiques et sociales que traverse la Tunisie, c’est le fait même qu’une femme, incarnant aux yeux d’une grande majorité de citoyens le drame et la forfaiture ait pu s’exprimer sur un média national qui est relevé par des observateurs avec des avis nuancés voire opposés. 

Certains estimant inacceptable qu’une personne qui a participé en première ligne à la prédation nationale ose encore se montrer ou demander réparation pendant que d’autres arguent qu’il est de l’honneur du pays de ne pas interdire le recours à la justice à une citoyenne quelles que soient, par ailleurs, ses culpabilités dans d’autres dossiers. Selon ces derniers, cette distinction est d’autant plus impérieuse que l’institution judiciaire tunisienne est aujourd’hui à la croisée des chemins. 

Partager avec
Continuer la lecture

Les plus vus de la semaine

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com