Suivez-nous !

Culture

LƐID AMEGGAZ  صاحا عيدكم  BONNE FÊTE DE L’AÏD

Culture

« LE FRANÇAIS EST UN HÉRITAGE DE L’HISTOIRE ». Propos recueillis par Mustapha HARZOUNE.

Publié il y a

le

Par

Professeur Agrégée retraitée et Docteur ès-Lettres, Jeanne FOUET est l’auteure d’Écritures de la survie en milieu carcéral. Autobiographie des prisonniers marocains des « années de plomb » (L’Harmattan, 2019). Dans cette étude elle « questionne les limites de ce qu’un être humain peut supporter en termes d’atteinte à ses droits fondamentaux, et présente les ressources mobilisées par des prisonniers marocains durant « les années de plomb ». « Les survivants qui ont rédigé leur autobiographie, quelle que soit leur histoire privée et leur origine sociale, témoignent tous d’une redécouverte intense de leur sentiment d’appartenance à l’espèce humaine et du désir effréné de préserver une dignité mise à rude épreuve » rapporte Jeanne Fouet dans cet entretien qu’elle a accepté de donner au site ADN-MED. 

Il y est aussi question de Driss Chraïbi, auquel elle a consacré son sujet de thèse soutenu en 1997 (Aspects du paratexte dans l’œuvre de Driss Chraïbi) ou de « l’héritage » de la langue française aujourd’hui en Afrique du Nord.

Pourquoi ce long et précis travail sur les témoignages des détenus marocains? Qu’est-ce qu’ils nous disent d’eux-mêmes et de la société marocaine des années 70 ?

Jeanne Fouet. Les témoignages des rescapés marocains s’avèrent précieux à plus d’un titre. En ce qui concerne les détenus militaires, ces hommes, jeunes encore, ont subi une détention de très longue durée dans des conditions proprement inhumaines au bagne de Tazmamart et la mortalité y a été très élevée. Les survivants qui ont rédigé les autobiographies que j’ai étudiées témoignent d’une stratégie de mise à mort lente due uniquement aux conditions de leur incarcération: rations de famine comportant des aliments toxiques, eau insuffisante, aucune hygiène dans une cellule constamment obscure, sans aucun ameublement -une dalle de béton, un trou pour les excréments- aucun vêtement de rechange en presque deux décennies, aucun soin médical, aucun courrier, aucune visite; abondance de pathologies physiques et psychiques. Le détenu meurt de faim, paralysé, dévoré par les insectes, piqué par les scorpions, ravagé de diarrhée, progressivement aveugle et édenté.

Trois frères appartenant à la classe affairiste cossue du Maroc, les Bourequat, ont également subi une très longue détention arbitraire de près de 20 ans -dont la dernière moitié à Tazmamart- due à un règlement de compte avec un des hommes les plus puissants du Maroc des années de plomb, Dlimi. Ils ont réussi à survivre mais ont conservé des séquelles graves de leur emprisonnement.

Enfin, mon corpus comporte l’étude de cinq ouvrages rédigés par madame Oufkir et trois de ses enfants (l’aînée, Malika, a écrit deux livres). La mère et ses six enfants dont le dernier n’avait pas trois ans ont été enfermées près de vingt ans également dans des lieux sinistres et ont enduré des souffrances multiples.

En quoi ces textes nous disent-ils quelque chose de la société marocaine du début des années 1970 ? Ils nous montrent déjà que l’appareil judiciaire est totalement défaillant : les militaires déportés à Tazmamart avaient pour certains bénéficié d’un procès au terme duquel diverses peines avaient été prononcées sans condamnation à mort. Les frères Bourequat et la famille Oufkir “disparaissent” du jour au lendemain sans qu’aucune plainte ne puisse être déposée. Les gardiens des détenus présentent des profils trop souvent ahurissants de méchanceté gratuite et de limitation intellectuelle. Par ailleurs, la presse paraît entièrement aux ordres du pouvoir, aucun écho des entraves au droit n’est présent. A cette époque, la terreur règne au Maroc. Hassan II a échappé à deux coups d’Etat et gouverne brutalement. Un autre aspect intéressant, c’est dans cette société le rôle joué par l’armée : beaucoup des militaires incarcérés appartiennent à des classes sociales défavorisées et ont gravi des échelons sociaux grâce à leur réussite aux concours d’entrée en écoles militaires. Plusieurs témoignages montrent l’attachement à cette institution -pas tous ! – et font état de l’inquiétude de l’armée devant les dérives de la politique menée par le roi et son clan. Une autre classe sociale, celles des riches et puissants, est abordée dans le corpus grâce aux ouvrages de la famille Oufkir. On y apprend pas mal de choses sur la vie au Palais et sur les intrigues de Cour.

Les survivants qui ont rédigé leur autobiographie, quelle que soit leur histoire privée et leur origine sociale, témoignent tous d’une redécouverte intense de leur sentiment d’appartenance à l’espèce humaine et du désir effréné de préserver une dignité mise à rude épreuve. Les relations des prisonniers entre eux attestent le plus souvent des sentiments d’empathie envers le sort du voisin. Entraide dans la misère et la mort, et lutte commune contre la folie parviennent à structurer les échanges quand ils peuvent avoir lieu. L’emprisonnement crée des micro-sociétés tentant d’établir des règles communes, et d’instaurer des complémentarités nécessaires. Les bricoleurs sont bienvenus tout autant que les amateurs de littérature et de cinéma capables de raconter des histoires.

Quelle est l’originalité de ces témoignages, de la littérature en général, comparée à la science historique ?

Jeanne Fouet. Le témoignage carcéral participe à la constitution de l’archive d’une période historique. Il offre également une compréhension de la tragédie humaine. La fiction, depuis toujours, permet de transcender les données du réel en apportant du monde au monde, et capture les affects du lecteur. Ce n’est pas la même posture psychique, mais notre humanité comporte toutes ces possibilités de rationalité et d’émois.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur l’œuvre de Driss Chraïbi ? 

Jeanne Fouet. J’ai choisi de faire de Driss Chraïbi mon sujet de thèse de manière totalement affective. On m’avait proposé Proust ! Mais j’avais lu La Mère du printemps – l’Oum er-Bia et je me suis lancée dans une spécialité universitaire parce que j’ai vécu de 4 à 10 ans tout à côté de l’Oum-er-Bia et que j’y ai lavé ma poupée… Chraïbi est un auteur parfois inégal, mais de grand intérêt. J’ai publié deux ouvrages et de nombreux articles sur son œuvre. Ce romancier évolue du désenchantement au désespoir et propose des fictions qui interrogent -parfois sur un mode facétieux, mais bigrement efficace- les principales structures de la société marocaine du vingtième siècle et leurs changements ou paralysies morbides. Le devenir des sociétés nord-africaines lui semble compromis par la perte des valeurs populaires et leur remplacement par une idéologie de l’arrivisme individuel. Je dis bien “populaires” et non pas “traditionnelles”, car pour lui les traditions étouffent la jeunesse et figent le présent des peuples. Ses pseudo-mémoires installent une critique acide du fonctionnement du pouvoir royal, par le biais d’un personnage comique, l’inspecteur Ali, dans les dernières années de publication.

Driss Chraïbi représente encore aujourd’hui un modèle d’intégrité et de l’intellectuel engagé. Qu’en est-il aujourd’hui de la relève – à l’heure parfois des engagements « à bon compte » ? 

Jeanne Fouet. En ce qui concerne le Maroc, plusieurs très bons auteurs contemporains méritent l’attention, Mohamed Nedali, Abdellah Taïa, Mahi Binebine, ou Fouad Laroui en particulier, qui est un peu le fils spirituel de Chraïbi. Quant à un auteur comme Tahar Benjelloun – qui a donné lieu à beaucoup de critiques et de jalousies locales ! –  un prix Goncourt, ce n’est pas rien…J’ai déjà travaillé sur son œuvre, elle est inégale, mais comporte quelques beaux romans tel Jours de silence à Tanger, trop peu connu.

La langue française serait-elle en danger en AFN ? 

Jeanne Fouet. La langue française est en danger partout ; même dans l’hexagone ! La perte de qualité de l’enseignement public y est pour beaucoup, et jouent également des facteurs sociétaux comme l’addiction aux écrans où l’on use d’une orthographe appauvrie, et le monde des images et de la rapidité en général. La place des littératures francophones maghrébines dans l’enseignement français est ridiculement restreinte. Dans les pays du Maghreb, je ne connais pas les programmes, mais je redoute qu’il en soit de même.

Peut-on considérer le français comme constitutif des cultures nord-africaines, revendiquer cette langue comme partie intégrante d’une histoire et d’une identité ?

Jeanne Fouet. A titre personnel autant que professionnel, je considère que la langue française est constitutive du paysage mental des générations ayant connu l’époque coloniale puis l’indépendance ou en étant issues. Pour les très jeunes générations, il n’en est peut-être pas de même… L’histoire est toujours en mouvement, les identités se construisent et/ou se déconstruisent. Le manque d’identité stable empêche de se confronter aux limites identitaires et autorise le refuge dans l’espace religieux intégriste. L’Algérie en sait quelque chose ! C’est un espace où l’on est censé révérer une langue sacrée, donc morte, rassurante, infiniment plus sécurisante que l’emploi d’une langue vivante. Au Maroc, plusieurs langues cohabitent : darija, arabe classique, français berbère, espagnol au nord. Le français permet l’expression de la contestation partageable avec d’autres locuteurs d’autres pays. Il permet aussi de poursuivre des études supérieures car les liens avec l’ancien colonisateur restent solides.

Quel regard portez-vous sur la francophonie : survivance coloniale ou (autre) ouverture au monde ?

Jeanne Fouet. Les deux, bien sûr ! Le français est un héritage de l’histoire violente de la colonisation, mais son usage est multiple, et il y a des héritages qui valent la peine d’être acceptés !

Dans le champs littéraire (et médiatique) national français, quelle place occupe la littérature française issue des différentes migrations, nord-africaines en particulier ?  Sont-elles à la marge, voire marginalisées ?

Jeanne Fouet. La littérature francophone maghrébine occupe une place non négligeable dans le paysage éditorial français. Elle reste à la marge dans l’enseignement, mais certains écrivains obtiennent lectorat et notoriété. Pour une fois je vais citer une écrivaine originaire d’Algérie : Alice Zeniter, dont L’art de perdre m’a fortement impressionnée par la qualité de l’écriture, de la composition, et des thématiques traitées.

Que pensez-vous de la création du site ADN-MED ? Le fait qu’il s’agisse d’un site d’expression française peut-il constituer un obstacle par rapport à sa raison d’être ?

Jeanne Fouet. Franchement je ne vois pas en quoi cela pourrait constituer un obstacle ! Mais je suis peut-être partiale !

Bibliographie : 

·      Jeanne Fouet, Écritures de la survie en milieu carcéral : autobiographies de prisonniers marocains des “années de plomb”, L’Harmattan, 2019
·      Jeanne Fouet, La mère du printemps (L’Oum-er-Bia) de Driss Chraïbi : étude pédagogique, L’Harmattan 2008
·      Jeanne Fouet, Driss Chraïbi en marges, L’Harmattan, 1999
Partager avec
Continuer la lecture

Culture

LƐID AMEGGAZ  صاحا عيدكم  BONNE FÊTE DE L’AÏD

Publié il y a

le

Par

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

Festival des Amazighs marocains du Canada 

Publié il y a

le

Par

La culture amazighe du Maroc à l’honneur à Montréal 

Par Younès Lamri

« Festival des Amazighs marocains du Canada » : l’affiche annonçant l’événement a failli passer inaperçue. C’est que c’est la première fois qu’un événement, de surcroit culturel, est organisé par une organisation amazighe marocaine. Fondée en 2019, l’association Anir des Amazighs marocains du Canada s’emploie avec des moyens rudimentaires de promouvoir la langue et la culture berbères, bien ancrées dans le pays natal. 

Au début, l’association Anir s’est contentée d’un travail de proximité auprès de la communauté marocaine en organisant des fêtes et des sorties, notamment familiales, comme c’est le cas durant Yennayer, le Nouvel An amazigh. 

Plus d’une trentaine d’associations ont vu le jour depuis une quinzaine d’années, mais plusieurs n’ont duré que le temps d’une brise qui passe, faute de moyens le plus souvent. 

Communauté cosmopolite, les Marocains constituent une forte communauté immigrée avec les Français, les Algériens et les Haïtiens. Même s’ils sont plus nombreux numériquement, les Berbères du Maroc sont moins visibles que les autres communautés marocaines, comme par exemple les Juifs marocains, arrivés plus tôt au Québec. 

« La spécificité de la “communauté” marocaine, par rapport à l’algérienne et à la tunisienne, réside dans son histoire migratoire en deux temps et sa composition religieuse hétérogène », écrivent les universitaires Myriam Abouzaïd et Houda Asal dans leur enquête sur la diaspora marocaine au Canada*. 

« Les Marocains juifs étant implantés au Québec depuis longtemps, et ayant développé leurs propres réseaux et organisations, ils ne rencontrent pas les difficultés d’insertion économique et sociale des migrants arrivés à partir des années 1990 », analysent-elles, précisant que cela n’a pas manqué d’avoir une certaine incidence d’un point de vue identitaire et associatif, en raison du substrat séfarade développée par la population juive marocaine. 

Toujours est-il que la communauté berbéro-marocaine essaie de s’insérer dans le magma migratoire avec ses spécificités qui se manifestent dans la sauvegarde du patrimoine et la transmission intergénérationnelle de la langue maternelle. À ce propos, le Centre culturel marocain, Dar El Maghrib avait innové à ses débuts en 2013 par l’enseignement de la langue amazighe avec le soutien de Rabat. 

Pour revenir au festival prévu vendredi et samedi, les organisateurs ont arrêté un programme riche et varié, selon la formule consacrée, avec des projections de films, du théâtre, de la danse et des soirées musicales. Les groupes de musique Azawan et Aza se produiront respectivement vendredi et à la clôture samedi. Un défilé et une cérémonie de simulation de mariage traditionnel figurent également au programme du festival qui se déroulera au Centre culturel marocain, à Montréal. 

L’événement agrée plusieurs membres de la communauté marocaine qui ont salué l’initiative de Anir, à l’image de Rachid, un technicien en télécommunications, qui découvre pour la première fois l’existence de cette organisation. « C’est ce genre de cadre qui manque à notre communauté pour mettre de l’avant notre spécificité culturelle, comme le font les autres communauté immigrantes », s’extasie-t-il. 

Y. L. 

*Myriam Abouzaïd et Houda Asal, « Les Marocains au Canada : histoire, profil et enjeux », revue « Hommes et Migrations », 2013.

Trois questions à Brahim Amarir, président de l’association Anir 

Le président de l’association Anir, Brahim Amarir, espère inscrire le festival dans la durée, pour peu que les moyens suivent, en projetant son organisation dans le futur avec comme ambition la fédération des Amazighs marocain au Canada autour de la nécessité de sauvegarde de la langue maternelle et la culture ancestrale. 

Natif en 1970 à Tidili, à Agadir, M. Amarir, un commerçant bien établi sur la place de Montréal, veut bâtir ce projet ambitieux autour de la nécessité de sauvegarde la langue maternelle et la culturelle ancestrale, même à mille lieues de la terre natale. 

Notre association est peu connue sur la scène culturelle, est-ce que c’est la première sortie de votre association ? Si c’est le cas, peut-on savoir pourquoi ? 

Brahim Amarir : Non, ce n’est pas la première fois que nous occupons le terrain, même si ce fut toujours modestement. Au départ, nos activités ont toujours été organisées dans l’optique de promouvoir la langue et la culture amazighes du Maroc au Canada. Nous avons été également très présents au niveau de notre communauté, avec l’organisation de fêtes et de sorties familiales, comme c’est le cas durant Yennayer, le Nouvel An berbère.

Qu’en est-il justement de la langue amazighe au sein de la diaspora marocaine au Canada ? Et quels liens entretient votre association avec le pays natal ?

La langue amazighe est très présente dans la communauté marocaine au Canada. Les familles amazighes sont attachées à leur culture et transmettent leur héritage culturel à leurs enfants nés au Canada. Avec le mouvement associatif marocain, on tente de nouer des contacts et de développer une relation de confiance avec les artistes marocains pour les faire produire ici au Canada, notamment dans la métropole québécoise Montréal, dans nos projets futurs. 

Une dernière question pour terminer, vous avez de projets dans l’avenir, avec-vous des liens de coopération avec le mouvement associatif nord-africain actif au Québec ?

Non, pour le moment, on n’a pas encore noué des avec d’autres associations amazighes nord-africaines ici au Canada, mais on n’exclut pas l’éventualité à moyen terme. Dans un premier temps, nous allons nous concentrer sur notre programme en faisant mûrir nos projets qui sont à présent à l’état embryonnaire. Notre association continuera de promouvoir notre culture et célébrer les événements culturels et historiques avec la communauté. Avec l’ambition de faire découvrir notre héritage aux Canadiens, nous allons nous employer à édifier des relations de partenariat avec d’autres associations au Canada ainsi qu’aux États-Unis. La promotion de nos activités se fera toujours dans un environnement de fraternité et de respect des institutions publiques marocaines et canadiennes.

Y. L. 

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

 UN ECOMUSÉE DE L’ALGÉRIE À MONTRÉAL par Yahia ARKAT

Publié il y a

le

Par

Un écomusée de l’Algérie est sur le point de voir le jour à Montréal avec l’inauguration de l’événement « Musée éphémère » prévue dimanche dans le cadre du Festival des arts de l’arrondissement de Montréal-Nord. 

L’initiative revient à un groupe d’artistes et de citoyens algériens établis au Canada qui souhaitent faire vivre la culture et les arts de leur pays d’origine dans la société d’accueil.

C’est aussi en écho au désir des membres de la communauté algérienne « de se réapproprier pleinement leur patrimoine ethnographique mémoriel » qu’une association dénommée « Les Amis de l’Écomusée de l’Algérie » a été récemment créée, indique Asma Aït Hamouda, secrétaire générale de l’Écomusée de l’Algérie.

Cette organisation ambitionne de répondre à l’aspiration légitime d’un projet culturel dédié à la mémoire et au patrimoine matériel et immatériel algériens. 

« Ce projet, qui s’appuie sur la participation citoyenne, vise à revivifier le patrimoine mémoriel, notamment auprès des jeunes Algériens afin de leur permettre de porter en toute fierté leur identité d’origine tout en s’épanouissant en tant que membres à part entière de la société d’accueil », explique l’organisme initiateur dans un communiqué rendu public. 

Le programme dévoilé vendredi prévoit, entre autres, des séances de contes ancestraux, une exposition d’artefacts, entre la poterie, la tapisserie et la dinanderie et des chants et prestations musicales ainsi qu’un cérémonial de thé. 

L’Événement pour le lancement de l’Écomusée de l’Algérie aura lieu au pavillon Henri-Bourassa durant toute l’après-midi de dimanche.

Dans le sillage de cet événement qui a mobilisé des artistes algériens à l’instar du peintre Ali Kichou, une exposition de photos d’objets culturels ancestraux se tient jusqu’à mercredi à la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord. 

Ce projet culturel agrée nombre de membres de la diaspora algérienne au Québec, à l’Image de Kamel, lui aussi artiste-peintre et occasionnellement sculpteur, qui salue une initiative qui tranche avec le folklorisme des activités de ce qu’il appelle les « marchands de nostalgies stériles ». 

« Ça nous change du folklore ressassant ‘’ahuzu n tuyat’’ (danses des haussements d’épaules) sans préparation ni perspectives ; on a enfin une offre artistique qui mérite d’être soutenu », lance-t-il à la cantonade. 

Le caractère citoyen et automne de ce projet est susceptible de fédérer la communauté algérienne autour de choix artistiques enfin élaborés et sérieusement programmés, espère ce militant associatif qui cite des exemples de projets réussis chez d’autres communautés culturelles, comme La Maison d’Italie et La Maison d’Haïti, deux projets bâtis sur une réputation désormais bien établie.

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

MAGHREB ORIENT DES LIVRES À PARIS

Publié il y a

le

Par

La 25ème session du Maghreb des livres (5éme pour Orient des livres) se tient à l’Hôtel de ville de Paris du vendredi 13 au dimanche 15 mai. En 2021, il avait fallu organiser une séance restreinte au mois de juillet pour cause de Covis 19. 

Cette année, la conférence inaugurale était animée par Alice Zeniter, auteure et dramaturge dont l’étoile ne cesse de monter depuis que son roman autobiographique « L’art de perdre » l’avait révélée au grand public en 2017.

Les journées alternent conférences-débats, tables rondes, rencontres avec des collégiens ou des lycées et des séances dédicaces avec les auteurs.

Les éditeurs tunisiens et marocains bien que distribués en France ne semblent pas bénéficier d’un lectorat plus conséquent que les Algériens. Pourtant ces derniers sont largement pénalisés cette saison par la suppression de la valise diplomatique par laquelle était acheminées leurs productions à Paris. Sur les étals beaucoup de maisons algériennes dont Casbah et Barzach sont absentes. En revanche les éditions Frantz fanon ont exposé une partie non négligeable de leur répertoire.

L’affluence de ce vendredi était modeste. Michel, le responsable de la librairie explique cette relative désaffection par le fait que l’ouverture du salon se déroule un jour de semaine.

Pour sa part, une chargée de communication avance une raison plus politique : « Quand le Maghreb des livres était organisé de façon autonome, les lecteurs francophones étaient massivement présents dès le premier jour. Depuis que l’on a confondu cette manifestation avec L’Orient des livres, il y a comme une confusion des productions dont les centres d’intérêt ne sont pas faciles à concilier. Et cela se traduit par une certaine dispersion du public qui ne retrouve pas la matrice culturelle et intellectuelle familière de sa région ».

Notre interlocutrice estime néanmoins que la présence d’auteurs à succès annoncés pour le week-end devrait provoquer une affluence plus consistante.

« En tout état de cause, se désole Hamid, journaliste, l’évènement annuel dédié à la production culturelle écrite francophone nord-africaine se déroule à Paris, et non dans l’une des capitales des trois pays concernés ».       

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

Hend SADI à Montréal : « La permanence du combat identitaire est un motif d’espoir ». Par Yahia ARKAT 

Publié il y a

le

Par

Devant une salle archicomble, le militant de la cause amazigh Hend Sadi a dézingué les ennemis de l’identité berbère, notamment les partisans de l’arabo-islamisme, soulignant que le combat pour tamazight qui persiste malgré la répression requiert beaucoup de détermination. S’exprimant samedi à Montréal dans une conférence sous le thème générique « la Légitimité politique et l’instrumentalisation de l’histoire », organisée dans le cadre des festivités du Printemps berbère de la Fédération des Amazighs de l’Amérique du Nord (FAAN), le professeur Sadi est revenu longuement sur les falsifications et manipulations de l’histoire qui ont amputé le récit national du fait amazigh.

Le débat identitaire soulevé dans « Idir El Watani » par de jeunes militants nationalistes durant les années 1940 avait fait ruer dans les brancards les islamo-conservateurs et les illusionnistes d’une Oumma chimérique, après l’émergence de la Nahda. « Les Oulémas s’acharnaient à éradiquer toute trace du fait amazigh », a martelé d’emblée le conférencier.

La sortie du roman « La Colline oubliée » de Mouloud Mammeri qui a fait l’objet de tirs groupés des centres conservateurs et des Oulémas dans la revue « Le Jeune Musulman » a remis au centre des débats la problématique de l’identité nationale. Les anathèmes dont a fait l’objet le roman fondateur de la littérature algérienne contrastent avec la critique positive de Taha Hussein. « Les militants berbéristes avaient inscrit tamazight dans une démarche révolutionnaire de libération nationale », a expliqué l’intervenant. Cette séquence de l’histoire a fait réagir le public lors des débats qui ont suivi l’intervention de Hend Sadi. Un militant des événements de 1981 à Bejaïa s’est interrogé sur ce retournement de l’histoire qui fait que des courants politiques et idéologiques qui n’étaient pas à l’avant-garde du combat libérateur se sont emparé du pouvoir une fois l’indépendance acquise.

Un autre intervenant a interrogé le conférencier sur le moyen de sortir de cette impasse d’un combat identitaire dans le creux de la vague. M. Sadi a averti contre la ghettoïsation de ce combat, citant la croisade de Ahmed Gaïd Salah contre le drapeau amazigh pour le circonscrire à la seule Kabylie. Or, prolongement naturel du combat berbériste des années 1940, le Printemps berbère né à Tizi Ouzou a donné à tamazight une résonnance nord-africaine. Salah, un militant démocrate installé au Québec depuis deux décennies, a mis en exergue la négation du fait amazigh par le Makhzen marocain, en dépit des avancées institutionnelles engrangées par la langue amazighe. Sur cet aspect, comme pour répondre à un parent dont les enfants suivent des cours de langue amazighe, le professeur Sadi s’est inquiété du recul de la langue berbère, soulignant l’importance d’une prise en charge institutionnelle.

Cependant, le degré de prise en charge institutionnelle et le reflux de la revendication amazighe ne doivent pas cacher la permanence du combat porté par des générations de militants dans un cadre fraternel. « La persistance de ce combat qui se maintient malgré la répression est un signe de vitalité et un motif d’espérer », a conclu sur une note d’espoir Hend Sadi qui a animé deux autres conférences à Ottawa et à Sherbrooke. Pr Sadi a également dédicacé ses publications, dont l’essai « Mouloud Mammeri ou la Colline emblématique » a été épuisé rapidement. 

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

QUELS ENJEUX LINGUISTIQUES ET CULTURELS EN ALGÉRIE ET EN AFRIQUE DU NORD ? Tamazight comme ciment nord-africain Par Kamel AMARI*

Publié il y a

le

Par

La commémoration du printemps amazigh d’avril 80 intervient dans un contexte de lourde répression politique et de sévère étouffement médiatique. Malgré ces handicaps et d’autres plus anciens, la problématique culturelle et identitaire s’avère désormais le point nodal autour duquel se joue le devenir géopolitique nord-africain. 

La politique linguistique adoptée par les pays nord-africains (Algérie, Maroc et Tunisie), au lendemain de leur indépendance, est basée sur la suprématie de la langue arabe classique à laquelle fut octroyée le statut de langue nationale et officielle au détriment des langues populaires, en l’occurrence tamazight et l’arabe algérien et du français. 

Nous privilégierons le cas algérien car par un phénomène de rejet, la colonisation de peuplement a produit la politique linguistique la plus caricaturale une fois l’occupant vaincu. Cependant, la logique arabo-islamiste a pesé, certes de façons différentes et à divers degrés, sur les conceptions populistes éducatives post-coloniales des trois pays.   

En 1962 le régime algérien avait sollicité des sociolinguistes de Berkeley (Californie, USA) afin d’élaborer une représentation sociolinguistique du pays (Alexandra Filhon, Langues d’ici et d’ailleurs, 2009 ). Ces derniers ont émis un certain nombre de recommandations qui traduisent les pratiques langagières dans la société algérienne et proposé la nécessité de promouvoir de tamazight et l’arabe algérien. Le gouvernement a interdit la publication des préconisations des chercheurs américains et s’est employé à mener une arabisation tous azimuts. Rappelons qu’à l’indépendance, il n’y avait que quelques milliers d’Algériens lettrés en langue arabe sur une population d’environ 10 millions d’habitants.

  Quatre langues étaient alors potentiellement candidate à la reconnaissance étatique : l’arabe classique, le français, tamazight et l’arabe algérien. Le régime a décidé de faire de l’arabe classique la langue du pouvoir alors que dans les faits elle n’était la langue naturelle d’aucun citoyen.

 Le français considéré officiellement comme langue étrangère demeurait l’outil des institutions de l’État dans la mesure où l’arabisation ne pouvait pas répondre aux besoins du fonctionnement de l’administration ou des cercles économiques.  Langue de la modernité, d’ouverture sur le monde et d’acquisition de savoirs technologiques, le français sera adopté par les classes dirigeantes qui le destinent à leurs enfants tout en le stigmatisant comme le reliquat du colonialisme. 

  L’arabe algérien bien que langue écrite ne dût sa survivance qu’au fait qu’elle était pratiquée par une majorité d’Algériens. Son statut fut toléré comme une séquelle qu’il fallait endurer en attendant d’en être lavés par l’arabe classique. Cette vision de langue invalidante avait provoqué de sérieux préjudices socio-linguistiques entre enfants et parents, les premiers ne voyant pas leurs géniteurs comme des modèles dont il faut valoriser les valeurs mais des poids dont ils devaient se détacher.

Concernant tamazight, elle fut longtemps dénoncée comme un stigmate, une tare sur laquelle pouvait jouer les ennemis de la nation arabo-islamique pour attenter à son unité. Son statut a fini par évoluer grâce aux militants qui ont sacrifié leur temps, leur énergie, leurs moyens et, pour certains, leur vie. Aujourd’hui, tamazight est certes enseignée, essentiellement en Kabylie, mais cela demeure un acquis fragile qui est régulièrement remise en cause par les forces islamo-conservatrices. En 2016, la constitution algérienne consacre le caractère ‘’ officiel ‘’ de tamazight. Mais si l’on abstrait la dimension symbolique de l’annonce, importante dans ce genre d’annonce, cette concession voit son effectivité considérablement limitée car les rédacteurs ont opté pour un changement de définition de langue officielle. Pour les sociolinguistes, une langue officielle est de fait une langue des institutions de l’État. Néanmoins, dans la constitution algérienne il est stipulé : ‘’ L’arabe demeure la langue officielle de l’État’’, ce qui exclut implicitement tamazight de cette fonction. Pour cette langue, il est concédé que : ‘’ tamazight est également langue nationale et officielle ‘’. Cette formulation fait que dans les institutions, l’usage de la langue arabe est exclusif. Cette intégration au rabais autorise toutes les interprétations et même tous les abus puisque des manifestants sont emprisonnés pour avoir arboré l’étendard amazigh. 

Avril 80 représente un moment de rupture qui a dessiné un contour crucial pour les revendications identitaires, culturelles et, plus généralement, démocratiques en Algérie avant de déteindre sur l’Afrique du Nord. En effet, il convient de rappeler que d’emblée les animateurs du printemps amazigh lièrent les question linguistique et culturelle au projet de société démocratique. 

Que l’on prenne ce dossier du point de vue d’un pouvoir qui a arabisé pour soumettre la société algérienne à des dogmes aliénants ou que l’on s’y intéresse du côté des militants amazighes, on tombe invariablement sur le même constat : La problématique linguistique est éminemment politique. A travers ce combat, les acteurs du mouvement de 80 ont clairement affiché l’exigence d’ouvrir le pays au pluralisme linguistique et politique, l’un ne pouvant pas aller sans l’autre.  

 La politique d’arabisation culturelle et éducative traduit d’une part une lutte entre l’élite francophone et l’élite arabophone et d’autre part un affrontement entre le dirigeant et le citoyen puisque l’on a déjà vu que les responsables du régime protègent leur progéniture de l’arabisation. Ce stratagème a pour finalité d’empêcher la formation d’une élite politique capable de représenter une alternative à un système qui construit sa pérennité par la soumission psychologique et culturelle.  Le régime a déclaré la guerre à tamazight car outre les valeurs sociétales qu’elle porte, la prise en charge effective de cette langue implique une redéfinition de l’entité nationale et de ses repères. La violence du sectarisme panarabiste a objectivement accéléré la genèse du patriotisme amazighe. A travers l’opposition linguistique se joue en fait la question du projet de société car l’arabisation est aussi porteuse d’islamisme.

En prônant l’islam comme religion de l’État, le FLN a voulu déposséder tactiquement les islamistes de leur arme d’attaque privilégié mais ce faisant, ce parti a piégé la nation puisqu’il a lié la légitimité du pouvoir politique à la sacralité religieuse. Fondamentalement, le régime et les islamistes ont le même projet de société. 

En matière linguistique, les gouvernants d’Afrique du Nord ont fait des choix similaires. Bourguiba qui a dissout les écoles coraniques dès 1958 et tenté de valoriser l’arabe populaire fut contrarié par la tendance panarabiste dont les options finirent par culminer avec le gouvernement Mzali, ce qui provoqua une rupture définitive entre les deux hommes. Au Maroc, Hassan II ne marqua un recul devant une arabisation massive dont il attendait un sujet soumis que lorsque des experts l’alertèrent sur un risque vital pour son régime : l’arabisation totale avait comme implication mécanique l’avènement de l’islamisme (voir sur adn-med article du 11 février 2022 par Hassan Aourid). Avertissement qui ne fit pas écho en Algérie où Boumediène et Chadli livrèrent aux conservateurs l’éducation, les médias, les mosquées et la justice.

L’arabisation a pour finalité de compenser le déficit de légitimité populaire en investissant dans l’idéologie arabo-islamiste. Au Maroc, la monarchie guidée par le commandeur des croyants devenait, grâce à la préemption de la religion, un pouvoir d’essence divine. En Algérie, c’est à travers l’unicité de la religion, de la langue et du parti que le système FLN se pose comme la source et l’arbitre de la nation. Le printemps berbère d’avril 80 a provoqué une profonde transformation des mentalités qui a fini par diffuser dans les populations amazighophones nord-africaines avant de voir la problématique de l’histoire de la culture et des langues gagner les communautés arabophones. Ces dernières années, le débat s’est installé en Tunisie dans la jeunesse estudiantine où, pourtant, seule l’ile de Djerba et quelques localités du sud pratiquent l’amazighe.

Le choix de l’approche diglossique (hiérarchisation des statuts des langues) adoptée par l’Algérie et le Maroc traduit les conflits linguistiques dont les soubassements sont en fait politiques. Ces inégalités de statuts des langues ne favorisent pas la coexistence pacifique entre les communautés. Le sociolinguiste français Jean Louis Calvet évoque la notion de guerre des langues ‘’. 

  Un chemin de possible pacification de l’espace nord-africain pourrait venir de l’adaptation des résolutions du congrès de la Soummam qui voient dans ce sous-continent un ensemble devant être gouverné par le politique et non l’arbitraire militaire ou religieux. Ces orientations ont été reconduites, avec les limites inhérentes à la guerre froide et la décolonisation, par la conférence de Tanger d’avril 1958 qui préconisait une gouvernance fédérale. Cette convergence ne peut avoir de sens que si elle est adossée au substrat amazigh qui demeure le fondement auquel doit d’adosser toute mise en perspective démocratique de la région.

  En définitive, les questions linguistiques et culturelles sont les condiments politiques qui ont servi à l’instauration de régimes hybrides ou autoritaires en Afrique du nord. La mise en débat de ce dossier peut conduire à l’avènement de la cité démocratique dans chaque pays et favoriser la construction de Tamazgha. La gestion démocratique des espaces plurilingues redonne assurance et confiance aux communautés et évite l’apparition des conflits nés de sentiments d’exclusion et de marginalisation. Le renouveau linguistique conditionne le futur politique et la stabilité géopolitique de l’Afrique du nord.

Kamel AMARI, journaliste.

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

ALGÉRIE. SILA, UNE OASIS DANS UN DÉSERT

Publié il y a

le

Par

Après deux ans d’absence due à la crise sanitaire, la 25ème édition du Salon international du livre d’Alger a pu se tenir du 24mars au 1 avril. Malgré les conditions difficiles dans lesquelles elle a été préparé, l’ambiance anxiogène qui règne en Algérie à cause de l’affaissement du pouvoir d’achat et de la répression politique qui s’est banalisée ces derniers temps, la manifestation a été un franc succès sur tous les plans. En effet, en plus des 1250 exposants venus de 36 pays qui ont répondu à l’appel, les plus de 300.000 titres exposés, le public aussi a été de la partie et a dépassé le 1.3  million de visiteurs durant les 8 jours. 

L’Italie, qui a été l’invité d’honneur cette année, a marqué sa présence par un vaste programme de promotion de la littérature italienne, notamment en proposant des projets de traduction, mais aussi en revisitant les liens historiques qu’elle a avec l’Algérie à travers la figure emblématique de l’édition italienne, Giangiacomo Feltrenili, qui a soutenu la révolution algérienne en publiant la plupart des écrits qui était censurés en France durant la période coloniale. 

Si la littérature a eu la part belle durant cette manifestation comme à l’accoutumée, le livre inhérent à l’histoire et à la mémoire a également était présent. Le Tome 2 des mémoires de Lakhdar Bentobal et le Tome 2 des Mémoires de Sadek Hadjeres portant sur la crise de1949 qui a secoué le PPA-MTLD, ont été les deux livres d’histoire les plus demandés. Il y a également le beau-livre fait par Kamel Daoud et Raymond Depardon, Son œil dans ma main, qui a fait parler de lui.

Dans le livre politique, c’est incontestablement Révolution du 22 février. Du miracle au mirage de Saïd Sadi ainsi que Mon islam, ma liberté de Kahina Bahloul, première femme imame en France, qui ont fait l’évènement. 

Dans le domaine de la littérature, la réédition de quelques livres de Yasmina Khadra par Casbah, la sortie des derniers romans de Anouar Benmalek, Hakim Laâlam, Akli Tadjer, Lamine Benallou, Amin Zaoui, Bachir Mefti, etc., ont reçu un accueil chaleureux de la part du public et confirment, une fois de plus, l’intérêt toujours grandissant des Algériens pour les belles lettres.

Il y a matière à engager une réflexion de fond sur la pérennité, l’adhésion populaire et le succès commercial d’un événement organisé dans un pays où la vie culturelle s’est éteinte progressivement depuis la fin des années 80. Les scènes théatrales, les salles de cinéma ou même les galas artistiques qui composaient une partie importante de la vie citadine algérienne disparaissent dans une société qui ignore la vie collective après le crépuscule. Exception qui confirme la règle dans ce marasme, le SILA survit. Des études sociologiques méritent d’être consacrées à ce phénomène.  

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

ALGÉRIE. SILA : LE LIVRE FACE AU CORONA ET L’INFLATION

Publié il y a

le

Par

Après l’interruption imposée par le COVID, la 25ème édition du salon international du livre d’Alger (SILA) ouvert ce vendredi revient en force avec les étals pourvus par les éditeurs algériens, les partenaires étrangers, traditionnellement participant à cette manifestation, n’ayant pas pu assurer de présence significative pour cette reprise. Cette défaillance n’a pas dissuadé les amateurs de lecture de se rendre massivement dès le premier jour à un événement qui mobilise les foules malgré les crises sociale et économique qui rendent les prix difficilement abordables pour une grande majorité des bourses. 

Cette année encore, le succès populaire est donc assuré, les transports urbains ont même dû renforcer leurs navettes pour répondre à l’affluence enregistrée dès le premier jour.

La pause imposée par l’épidémie, un mal pour un bien diront certains, a permis aux éditeurs d’opérer une sélection qualitative aisément remarquable aussi bien dans la fiction que les ouvrages politiques ou historiques. 

Les éditions Barzach publient le Sénégalais « La plus secrète mémoires des hommes », prix Goncourt 2022, Casbah produit le deuxième tome 2 des mémoires de Lakhdar Bentobbal rédigé par l’historien Daho Djerbal, malgré le conflit qui oppose l’auteur aux enfants du défunt ainsi que l’ouvrage de Idir Hachi « 1871, une levée en armes pour l’honneur de la terre ».  La maison Frantz Fanon met à la disposition du public le deuxième tome consacré par Saïd Sadi au Hirak « Révolution du 22 février du miracle au mirage, une impasse algérienne » après le premier tome « Révolution du 22 février, un miracle algérien » publié en 2019. Les éditions Koukou éditent l’universitaire Farida Aït Ferroukh qui signe « Kateb Yacine et Debza, au cœur du printemps berbère ». 

Notons que les pouvoirs publics qui ont exonéré les éditeurs de taxes ont également sensiblement réduit les frais de location des stands. En retour, beaucoup d’entre eux ont fait un effort significatif pour réduire leurs marges et permettre au plus grand nombre de pouvoir accéder aux ouvrages de leur choix.

Un paradoxe se confirme dans cette vingt cinquième édition : le livre francophone se porte bien en Algérie en dépit du recul de l’enseignement du français et même, on l’a vu plus récemment, une volonté affichée des autorités à stigmatiser la langue de Molière.   

Partager avec
Continuer la lecture

Culture

MAROC. HOMMAGE AUX PIONNIERS DISPARUS DE LA CAUSE AMAZIGHE

Publié il y a

le

Par

Les vendredi 25 et samedi 26 mars aura lieu à Meknès une manifestation qui veut éclairer la lecture du renouveau nord-africain.

La puissante association culturelle ASIDD soutenue par d’autres institutions organise une commémoration célébrant les vies et parcours des pionniers de la cause Amazighe au Maroc parmi lesquels sera évoqué le défunt Moha Ajaajaa, symbole d’humilité, de constance et de détermination d’un combat qui aura largement inspiré les mutations politiques et sociétales du Maroc moderne. 

Adossés aux travaux de collectes d’information du tissu associatif du royaume, une vingtaine de narrateurs dont les universitaires Lahcen Oulhaj, Hassan Aourid et Ahmed Assid rappelleront les luttes qui ont conduit à une réappropriation identitaire qui structure le Maroc en devenir avec l’espoir que ces témoignages susciteront de larges débats culturels, économiques, institutionnels et géopolitiques sur l’ensemble de Tamazgha. Cette action se veut à la hauteur des enjeux qu’appelle la libération, la vraie, des peuples de la région qui doivent parler à leur conscience pour apprendre enfin à parler entre eux. 

Souvent seuls, pourchassés pendant de longues et douloureuses années, avec des moyens dérisoires, ces acteurs, parce que sûrs d’être dans le sens de la marche de l’Histoire, ont fait redécouvrir à leur peuple les dimensions qui le réconcilient avec son passé et l’installe dans une universalité où parce que l’on agit comme partenaire singulier, on devient membre à part entière de la communauté des hommes. 

Cette cérémonie est plus qu’une remontée dans le passé. C’est une pratique dynamique qui ancre le présent et l’avenir dans une histoire revisitée par une lucidité qui assume les mémoires sans céder aux sectarismes. 

Hier objet de toutes les suspicions, la dimension amazighe devient source d’une reconstruction transnationale qui dessine le socle sur lequel peut enfin s’ériger l’Afrique du nord libre, solidaire et démocratique.

Révélée au grand jour en avril 1980 en Kabylie, la problématique amazighe bourgeonne au Maroc, infuse en Libye et maintenant, de plus en plus, en Tunisie, induisant l’éclosion de la pensée moderne qui fait de l’altérité et de la tolérance les fondements de la construction de la cité du futur.  

Il reste à espérer que les actes de cette cérémonie soient rapidement publiés pour être mis à la disposition des chercheurs mais aussi du public afin de faire connaitre ces vies de volonté et de fidélité auxquelles nous devons tant et inspirer d’autres initiatives dans d’autres pays. 

Partager avec
Continuer la lecture

Les plus vus de la semaine

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com