Suivez-nous !

Éditorial

TUNISIE : LA JUSTICE RÉSISTE À KAÏS SAÏED

Publié il y a

le

C’est un véritable camouflet que le tribunal administratif vient d’infliger à Kaïs Saïed en suspendant la révocation de 47 sur les 57 magistrats qu’il avait congédiés en juin dernier les accusant pêle-mêle d’entraves à la justice, de corruption ou… d’adultère. Atteints dans leur dignité et leur honneur ces juges n’ont eu d’autres recours que d’observer une longue et périlleuse grève de la faim. 

Cette décision qui n’est pas susceptible d’appel revêt, dans cette conjoncture post-référendaire constitutionnelle, une signification particulière en ce sens que la remise en cause d’une injonction présidentielle émane de l’institution qu’il avait visée et voulu asservir avant toutes les autres pour asseoir et valider ses dépassements sans risque de contestation. Il s’avère finalement que tous les mécanismes juridiques, administratifs et politiques hérités de la révolution de janvier 2011 résistent tant bien que mal, contrairement à ce que pourrait laisser croire les faibles mobilisations engagées contre les abus répétitifs du président. Par ailleurs, les réactions suscitées par cette sentence dans les sphères politiques, médiatiques ou professionnelles attestent que le coup de force de l’homme fort de Carthage commence à être contre-productif. Non seulement les structures syndicales de la magistrature saluent l’indépendance du tribunal administratif mais des acteurs qui avaient pris fait et cause pour le président ont soit admis la réhabilitation des magistrats et donc implicitement le désaveu de leur mentor, soit observé un silence pesant après une longue et lourde obséquiosité. C’est le cas du bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Bouderbala, soutien de première ligne de Kaïs Saïed qui s’est félicité de cette décision qu’il considère comme « une concrétisation du cours de la justice ». 

La décision du tribunal administratif ne manquera pas également de provoquer des répliques dans plusieurs secteurs. Des personnalités politiques suggèrent -certaines exigent- que le président demande des excuses. D’autres appellent à la démission de la ministre de la justice Leila Jaffel et du ministre de l’intérieur. La première n’a d’ailleurs pas été reçue au Palais de Carthage depuis le 6 juin dernier alors qu’elle en était une invitée particulièrement privilégiée. Selon le très sérieux hebdomadaire « Acharaa’ El Magharibi » la liste des magistrats révoqués a été préparée, à la demande du président, par Leila Jaffel pour régler des comptes avec certains de ses collègues magistrats et punir ceux qui refusaient d’obtempérer à ses instructions visant l’opposition. Mais les dossiers préparés à partir de fiches de police inconsistantes étaient inévitablement voués au rejet d’un Tribunal administratif réputé pour ses traditions de rigueur professionnelle depuis l’ère Ben Ali. La ministre de la justice risque d’être le bouc émissaire que le président offrira en pâture au « peuple qui veut » à défaut de pouvoir prouver le bien-fondé du décret de révocation qu’il s’est empressé de signer le 1er juin 2022, et qui constitue une injustice flagrante dommageable à son image. 

À Tunis, ce coup de maillet de la justice est perçu comme un coup porté sur la tête de Kaïs Saïed.

Le président qui croyait avoir fait le plus dur en s’octroyant tous les pouvoirs avant de faire avaliser son coup de force par une constitution présidentialiste sur mesure découvre que c’est maintenant que les épreuves commencent pour lui : il doit régler les problèmes du pays. Avec une société civile qui n’a pas dit son dernier mot.

Même la centrale syndicale restée anormalement discrète dans les dernières turbulences politiques semble vouloir reprendre place dans l’arène publique. Son secrétaire général Noureddine Tabboubi vient de déclarer que la Tunisie est dans « un calme qui précède la tempête ». 

Partager avec
Continuer la lecture
Cliquer pour commenter

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Éditorial

NOUVEL AN AMAZIGH : FERVEUR POPULAIRE ET RETENUE OFFICIELLE

Publié il y a

le

Par

Lors de l’inauguration du stade portant le nom de Nelson Mandela, le chef de l’État algérien, parti après son discours, revint sur ses pas pour dire devant les micros : « Excusez-moi, j’ai oublié quelque chose : Yennayer ameggaz, (bonne année en amazighe) avant de lancer son mot fétiche : Tahya el Djazaïr (vive l’Algérie en arabe). Un peu plus tard, il publia un tweet où l’on pouvait lire “À l’occasion du nouvel an amazigh, je souhaite bonheur et prospérité à notre patrie, ainsi qu’à toutes les Algériennes et tous les Algériens. Assegas Amegaz”. L’oubli est sa réparation en disent long sur les ambiguïtés d’une date portée par la tradition avant de la voir s’incruster progressivement dans les sphères institutionnelles nord-africaines.

En Algérie, sur décision de l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika, Yennayer est un jour férié depuis la fin 2017. Pourtant, le citoyen qui porte l’emblème amazigh peut se retrouver en prison. Signe d’une dynamique qui caractéristise un profond renouveau, les ambassades des USA et du Canada présentent leurs vœux depuis plusieurs années au peuple algérien, ce qui ne manque pas de provoquer les froncements de sourcils de quelques dirigeants…et des islamistes.

Au Maroc, c’est le chef du gouvernement du Maroc, Aziz Akhannouch, lui-même berbérophone, qui a annoncé à l’occasion de Yennayer l’utilisation de l’amazigh dans l’administration publique. En revanche, le Roi, lui, est demeuré muet donnant à lire une volonté de ne pas conférer sa signification symbolique à un fait sociétal que l’on souhaite, pour l’instant, contenir dans une dimension administrative alors qu’il gagne l’ensemble des catégories sociales. 

Aux Iles Canaries, les autorités locales assument de commémorer Yennayer comme un signifiant participant de la réappropriation de l’identité guanche.

Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, en Tunisie ce sont les jeunes, dont beaucoup n’ont pas un vécu direct de cette festivité, qui réhabilitent la commémoration du nouvel an amazigh. Même chose en Libye où les manifestations les plus massives sont animées par des générations que Kadafi avait tout fait pour les déconnecter de leurs racines.

Prolongeant ce regain d’intérêt populaire, les diasporas se regroupent, selon les pays ou les régions d’origine, pour partager un moment de souvenir et de solidarité. Des retrouvailles que peinent à réussir les représentations diplomatiques.  

La célébration du nouvel an amazigh qui coïncide avec le 12 janvier est le premier mois et le premier jour de l’an du calendrier agraire nord-africain. Les militants se plaisent à lier cet évènement à la commémoration de l’accession au pouvoir du pharaon Sheshnoq 1er. Un prince berbère qui a fondé sa propre dynastie dans l’Egypte antique. Une façon subliminale de compenser les infortunes de l’histoire tourmentée du peuple amazigh qui a rarement pu disposer d’un État central puissant et pérenne.

Longtemps réduit au lendemain des indépendances à la survivance d’une pratique essentiellement commémorée par les populations rurales, l’évènement consistait en la préparation d’un diner qui rassemblait les familles autour d’un plat agrémenté de viande, généralement un volatile sacrifié pour la circonstance.

C’est au cours des années 70 que le nouvel an amazigh connait ses premières manifestations collectives concrétisées par des discussions animées par les étudiants gravitant autour du cours de berbère dispensé par l’écrivain Mouloud Mammeri à Alger. Après le printemps berbère d’avril 80, Yennayer fut l’objet d’un intérêt plus attentionné chez les élites kabyles. Dans les universités, des conférences, des expositions ou des collations furent organisées par des comités de cités qui invitaient des artistes à se produire dans les campus pour porter la parole d’une authenticité niée par un arabo-islamisme négateur d’altérité et ignorée par une administration coloniale jacobine. Des publications rappelant les origines et le sens d’une tradition impensée apparurent et servirent à animer des débats plus larges sur la langue, la culture et l’histoire de Tamazgha. En une vingtaine d’années, un souffle dont nul ne put identifier les causes immédiates et les circuits se répandit par-delà les frontières et les interdits. Des villages puis des quartiers commencèrent à donner un caractère festif plus collectif à cet anniversaire en organisant des processions, avec ou sans déguisements, où l’on voit des populations de tout âge et condition revêtues de leurs plus beaux atours communier pendant toute la journée.

Désormais les personnes s’appellent spontanément pour se souhaiter la bonne année et les journaux ne manquent pas l’occasion d’en faire autant à leurs lecteurs.

La ferveur populaire qui caractérise cette célébration dans les pays d’Afrique du nord contraste avec la façon dont elle est marquée dans les sphères officielles où la décrispation des pouvoirs sur le fait amazigh reste emprunte de retenue voire de gêne.

La célébration de Yennayer est une lame de fond qui, au-delà de ses aspects conviviaux, révèle la quête singulière d’une identité nord-africaine contrariée par l’histoire et qui renait par une volonté populaire qui impose ses codes aux régents. D’habitude, ce sont les décisions des princes qui dictent les paramètres définissant et structurant les destins des peuples.

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

RELATIONS ALGÉRO-FRANCAISES : UNE PAGE EST TOURNÉE

Publié il y a

le

Par

Dans une interview accordée par le chef de l’État algérien Abdelmadjid Tebboune au quotidien le Figaro publiée le 29 décembre 2022, le lecteur se voit offrir un entretien soporifique dans lequel on ne retrouve pas un mot sur une fermeture politique et médiatique sans équivalent depuis l’ouverture au pluralisme. L’omission est d’autant plus surprenante que cette censure est aggravée par une répression quotidienne bafouant les droits les plus élémentaires et que l’entretien a été conduit par le très expérimenté Yves Thréard. Selon certaines indiscrétions, cette condition aurait été le préalable mis par la partie algérienne pour que l’interview ait lieu. 

On pourrait considérer que la ligne éditoriale d’un grand journal français relevant de l’éthique et de la compétence de sa rédaction, le Figaro est en droit de négocier les sujets pouvant intéresser son lectorat et les termes dans lesquels ils doivent être abordés. Sauf que le titre en question est l’organe qui porte et répercute les conceptions économiques et financières du grand patronat français et que ce dernier s’apprête à signer avec l’Algérie des contrats embrassant un nombre considérable de secteurs de la vie nationale. 

Cette attractivité du marché algérien n’est évidemment pas étrangère au réchauffement des relations des deux pays consacrés par la visite effectuée par le président Macron au mois d’août ; visite aussitôt suivie par une escouade de ministres emmenée par la chef du gouvernement Elisabeth Borne avec l’objectif de donner une suite concrète à la déclaration d’Alger appelant à « ouvrir une nouvelle page » entre Paris et Alger.

La formule est redondante mais cette fois, il y a bien détermination des deux capitales à transcender une relation ambivalente marquée par un yoyo politico-diplomatique auquel aucun gouvernement français n’a échappé depuis 1962. 

Après avoir tenté de se démarquer de ses prédécesseurs en déclarant en 2017 à Alger que « la colonisation était un crime contre l’humanité » alors qu’il était candidat à la présidentielle, Macron dut se rendre à l’évidence : le pouvoir algérien ne pouvait pas se dessaisir de son principal outil de propagande : l’exploitation perpétuelle de la séquence coloniale. C’est donc Hachemi Djaaboud, alors ministre du travail algérien qui fut chargé en avril 2021 d’administrer la piqure de rappel en expliquant que « la France était un ennemi traditionnel et éternel ». Se sentant d’autant plus grugé que le rapport Stora – sur lequel le président français comptait beaucoup pour dépolluer les mémoires – avait été ignoré par Alger, Macron, rompant avec les formules elliptiques, assuma ce que tous les responsables français pensent mais taisent : le pouvoir algérien est « un régime politico-militaire (…) qui vit d’une rente mémorielle ». Beaucoup crurent alors que la France avait enfin décidé de traiter l’Algérie de façon adulte et décomplexée. C’est mal connaître l’influence des lobbies économiques qui mirent tout leur poids à faire rétropédaler l’auteur du coming-out. 

Une fois passée la tempête qui dura une dizaine de mois, le président français alla à Canossa et endossa les préconisations du patronat qui estime qu’il faut définitivement aseptiser les rapports algéro-français en restant insensible aux propos et décisions des dirigeants algériens car pour la finance française l’essentiel est ailleurs. Des renseignements fiables font état de recherches importantes portant sur les terres rares et les métaux précieux dans le grand sud algérien. Par ailleurs, l’invasion de l’Ukraine par la Russie fera monter le prix du baril ce qui fait d’Alger un client solvable. Les seuls considérants qui peuvent définir les relations algéro-françaises doivent être étalonnés par l’aspect comptable. Le deal est simple : accès préférentiel aux marchés contre silence et complicité devant le despotisme. Peu importe que la langue française soit déclassée ou que les libertés publiques soient malmenées. Pour la France, l’Algérie n’est plus un pays dont les histoires et les communautés sont interpénétrées par des liens personnels et officiels tissés par une histoire passionnée et qui, comme telle, connait des moments jubilatoires et des périodes de tensions. Désormais, Paris observe ce qui se passe en Algérie avec le même détachement que ce qui surviendrait au Guatémala ou au Sri Lanka. 

On a enfin normalisé les relations algéro-françaises. Il reste à savoir si on a adopté la bonne manière…Et combien de temps cela va-t-il tenir.                  

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

MAROC-ALGÉRIE : LES MOTS QUI PEUVENT TUER

Publié il y a

le

Par

Après le sommet arabe tenu à Alger le premier novembre où Algériens et Marocains se sont livré une féroce bataille de communication pour s’accuser mutuellement d’indélicatesses diplomatiques voire de provocations, le conflit qui oppose Alger et Rabat connait une soudaine pause. Du moins au niveau des officiels. Les responsables de haut rang des deux pays évitent en effet les invectives et les raccourcis qui rythmaient leurs échanges, directs ou indirects. Des sources bien informées expliquent cette accalmie par l’intercession du président français Emmanuel Macron qui doit arriver au Maroc au premier trimestre 2023 pour une visite d’État qui fait suite à celle qui l’a mené en Algérie au mois d’août et dont les Marocains n’ont que modérément apprécié une forme et un contenu qu’ils assimilent à un parti pris de Paris en faveur de leur frère ennemi.      

Depuis qu’il a éclaté en 1963 quand, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, le Maroc lança ses troupes en direction de Tindouf pour occuper le sud-ouest du pays dont il revendiquait la propriété, le conflit algéro-marocain n’a plus dégénéré sur le plan armé. Hormis les attaques menées par le Polisario soutenu par l’Algérie, les affrontements directs n’ont pas dépassé le stade de joutes verbales et ceci en dépit de poussées de fièvre récurrentes où les Marocains dénoncent un pouvoir de généraux cupides et prétentieux pendant que les Algériens moquent une féodalité pressurisant son peuple. 

Est-ce à dire que cette retenue préfigure une détente qui permettrait aux deux belligérants de prendre le recul nécessaire à une évaluation des dommages induits par une animosité qui occupe l’essentiel des énergies et moyens des États sans pour autant entrainer les opinions publiques dans leurs antagonismes ? On peut en douter. Les esquives des dirigeants constatées ces dernières semaines apparaissent comme des postures relevant du souci de ne pas donner à voir devant l’opinion internationale des institutions responsables de tensions préjudiciables aux peuples et aux partenariats étrangers fiables et féconds. 

On assiste à une forme de sous-traitance de ce conflit larvé aux médias qui ne manquent pas une occasion pour rappeler, souligner et, au besoin, amplifier un incident ou une information concernant l’un ou autre des deux régimes. Dans un premier temps, les Algériens ont innové en occultant l’exceptionnel parcours de la sélection marocaine à Doha puis en faisant de l’implication du royaume dans le scandale de corruption qui éclabousse les institutions européennes un sujet permanent de jubilation où l’outrance des narrations disqualifie les approches journalistiques qui auraient pourtant largement suffi à accabler Rabat. De leurs côtés, les journalistes marocains se saisissent de l’interdiction du survol de l’espace aérien algérien par l’aéronef qui ramenait chez eux les Lions de l’Atlas pour relancer les incidents ayant marqué les jeux méditerranéens d’Oran et les anicroches ayant émaillé la compétition des U17 organisée à Sig (ouest algérien)  pour légitimer le droit voire le devoir de leur pays à saisir les instances sportives internationales contre un État qui abuse des manœuvres politiciennes pour dévoyer l’éthique sportive. L’éditorialiste du journal l’Opinion, proche du Palais, invite les autorités compétentes à « exiger des garanties quant à la sécurité et la quiétude de ses sportifs, ainsi que (sic) concernant le libre accès de ses journalistes en territoire algérien pour y exercer leur métier. Sinon, le Maroc serait pleinement dans son droit de boycotter cette compétition (CAN 2023 NDLR) organisée en territoire ennemi ». Ennemi, le mot est lâché.

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

HISTOIRE EN ALGÉRIE : ENTRE OUVERTURE, CENSURE ET TABOU

Publié il y a

le

Par

Le mercredi 30 novembre, Abdelmadjid Tebboune a reçu un groupe d’historiens algériens avant de désigner les membres qui doivent faire équipe avec leurs homologues français en vue d’entamer le traitement de l’improbable dossier de « l’histoire commune  » aux deux pays. L’entreprise peut avoir du sens s’il s’agit d’échange et de partage de documents ou de témoignages mais on ne sait pas et on ne voit pas comment deux pays peuvent écrire de concert une séquence historique qui les a déchirés pendant près d’un demi-siècle. Le même jour, un colloque dédié au poète Mufdi Zakaria dans le palais de la culture qui porte son nom s’est terminé sans que l’auditoire sache que l’auteur des paroles de l’hymne national algérien est mort à Tunis en 1977 parce que Boumediene l’avait contraint à l’exil. À ce jour, on ne trouve pas de document officiel faisant état de l’assassinat de Abane Ramdane par ses pairs en décembre 1957 au Maroc. La même omerta est observée sur la séquestration des ossements des colonels Amirouche et Haoues pendant vingt ans sur ordre de Boumediene…

Les historiens algériens dénoncent depuis des lustres le problème de l’accès aux archives dans leurs propres pays. Plus généralement, les décisions, activités et productions concernant la guerre de libération nationale sont frappées du sceau de l’imprimatur. Le film consacré à Krim Belkacem par le cinéaste Ahmed Rachedi évacue les conditions de son assassinat à Frankfort en 1970 suite à une opération des services spéciaux algériens, ce qui fait que le spectateur découvre la date et le lieu de sa naissance, suit un parcours passablement édulcoré mais sort de la projection en ignorant la fin de vie du signataire des accords d’Evian.

On observe présentement une vigoureuse campagne des autorités algériennes célébrant batailles héroïques, disparitions de combattants de la guerre de Libération nationale aseptisant les évènements pour en faire des repères structurants de la mémoire nationale à laquelle le pouvoir s’identifie de façon subliminale. Particulièrement exigeant envers l’ancienne puissance coloniale quand il s’agit d’interprétation de l’histoire contemporaine du pays, le régime algérien peine à se trouver des normes et des bilans en dehors de la lutte contre l’occupation française quand il faut légitimer sa gestion.  

La question de l’histoire et de la mémoire en Algérie demeure otage de considérations politiques et, plus dommageable pour une restitution crédible et féconde du passé, de susceptibilités et objectifs claniques voire personnels. L’une des conséquences de cette emprise est que la chaire d’Histoire de l’université d’Alger est l’une des moins prolifiques en matière de soutenances.    

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

COUPE DU MONDE : CULPABILITÉS, POLÉMIQUES ET SURPRISES

Publié il y a

le

Par

En refusant le brassard inclusif, le président de la FIFA Giani Infantino, désormais résidant qatari, ne fait pas grand-chose pour éloigner les soupçons de corruptions et de concessions marchandées qui ont interdit les gestes susceptibles de protéger les valeurs universelles du sport. Céder devant les oukases des régimes hôtes surtout si ces derniers sont riches, assombrit un peu plus l’environnement dans lequel évolue un milieu qui navigue entre compromissions désamorcées et scandales judiciaires impossibles à étouffer.

Le courage de la sélection iranienne qui refusa de chanter l’hymne national en signe de solidarité avec les femmes perses sur lesquelles les mollahs font tirer à balles réelles ne suffit pas à rattraper les petits arrangements de dirigeants mêlant affairisme et opportunismes politiciens mais il remet les choses à leur juste place.

Pour le reste, et sans susciter les engouements qu’a toujours engendrés le plus grand challenge sportif du monde, les téléspectateurs, un brin culpabilisés de suivre une manifestation sulfureuse, regardent sans trop commenter. Un internaute à l’évidence addict de football résume bien la situation : « Comme tout être humain qui se respecte, je suis scandalisé par les conditions infligées aux travailleurs qui ont construit les stades et les palaces et tout aussi révulsé par les soumissions de la FIFA qui a abandonné les homosexuels contre l’argent qatari. Je m’étais promis de laisser mon téléviseur éteint. Mais à l’approche de certaines affiches, je sens que je vais craquer. Alors je vais regarder les matchs comme d’autres cèdent devant un film pornographique : honteusement ». Sur les réseaux sociaux, on ne retrouve pas les commentaires enfièvrés qui accompagnent habituellement les premières rencontres. D’autant que les surprises n’ont pas manqué. L’Arabie Saoudite a renversé l’Argentine de Messi, la modeste Tunisie a tenu en échec le Danemark et la France privé de Benzema – dont il commence à se dire que son absence est peut-être un mal pour un bien – a marqué son entrée de façon tranchée en étrillant l’Australie par le score sans appel de 4 à 1.   

Les exigences de Doha à voir sportifs et spectateurs se soumettre à ses dictats ont largement contribué à limiter l’afflux des étrangers vers la pétromonarchie. C’est l’une des rares coupes du monde où l’on voit les tribunes dégarnies lorsque jouent des équipes habituées à figurer dans le dernier carré de la compétition.

Longtemps mis sous le boisseau, les préalables qui doivent présider à l’octroi des grands rendez-vous sportifs ne peuvent plus être différés. L’Argentine, la Russie ou la Chine qui furent ou sont de sinistres dictatures ont organisé la Coupe du monde ou les jeux olympiques.  L’hypocrisie qui botte en touche en affirmant que le sport doit rester apolitique ne tiendra pas longtemps. Salutaire débat. La sortie de cette casuistique sera probablement l’un des rares acquis de l’aventure qatarie.  

Il est des opportunités pour rappeler des évidences. Les considérations politiques sont une chose et les valeurs universelles qui fondent le droit et la justice, sans lesquels aucune société humaine n’est viable, en sont une autre.

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

SCANDALES DE LA COUPE DU MONDE : LA PART DES CHOSES

Publié il y a

le

Par

Des protestations en cascades giclant des pays démocratiques pour dénoncer les abus infligés aux travailleurs étrangers et les stigmatisations ciblant des minorités sont suivies par des réactions de solidarité sans nuances avec le Qatar à quelques jours de la Coupe du monde de football qui commencera à partir de dimanche à Doha. Les droits LGBT et les conditions de travail imposés aux ouvriers népalais, bengalis ou pakistanais – dont Amnesty international signale plus de 6000 décès – constituent les deux sujets autour desquels les observateurs expriment leur indignation. Cette campagne appelle deux remarques. La première concerne les nations du Nord, la seconde renvoie aux pays de culture musulmane qui crient à un suprémacisme blanc qui veut imposer ses valeurs à l’ensemble de l’humanité. 

S’agissant des cris d’orfraie émanant des capitales occidentales qui condamnent les atteintes aux libertés fondamentales (droit de travail bafoué ou criminalisation des orientations sexuelles) ; on peut effectivement relever que lorsque la Coupe du monde de football se tenait dans des pays d’Amérique latine, alors sous dictature militaire, peu de voix s’étaient élevées pour condamner les violations massives et permanentes des plus élémentaires des droits. Des milliers de citoyens furent enlevés et assassinés sans qu’une fédération ou une équipe nationale de quelques pays que ce soit n’ait pensé à émettre une protestation officielle. Les rares initiatives, courageuses et périlleuses, qui furent prises pour dénoncer les arbitraires des juntes latino-américaines vinrent des joueurs locaux. On se souvient tous du combat du brésilien Socrates. Pour le reste, on n’a pas vu que la présence du dictateur argentin Videla dans les tribunes officielles engendra de grands émois dans les chancelleries ou les rédactions sportives. Le football comme tous les sports doit rester apolitique, ne cessait-on d’alléguer alors. Et ceci jusqu’aux jeux olympiques de Moscou en 1980. Il y a donc bel et bien une distorsion dans cette morale à la carte où des ordres politiques oppresseurs reçoivent des traitements différenciés selon les zones d’influences et les aires culturelles et religieuses dont ils relèvent. On peut toujours arguer que le monde se démocratisant, il est normal et heureux que ce qui était toléré il y a quarante ou cinquante ans ne le soit plus aujourd’hui. Fort bien. Mais présentons ces évolutions comme des acquis de l’humanité et ne faisons pas comme si les abus de pouvoir n’avaient jamais existé dans des pays ayant organisé la Coupe du monde de football.  

On peut par ailleurs rappeler que le féodalisme du régime qatari n’est pas une nouveauté. Il eut fallu que les instances internationales réfléchissent avant de confier une telle compétition à un pouvoir dont les lois liberticides et les archaïsmes politiques, à commencer par le financement du mouvement des Frères musulmans ne sont un secret pour personne. Il y a donc bien un brin d’hypocrisie dans le remue-ménage de ces dernières semaines qui méritait d’être relevé. Mais pas pour les mêmes raisons que celles qu’invoquent des observateurs du sud conditionnés ou instruits par Doha dont les capacités en matière de communication sont infinies.

Le discours victimaire ressassé par des médias du monde arabe qui se plaisent à voir dans les réactions d’indignation des ONG et de certains milieux sportifs des postures de stigmatisation d’un pays musulman est à la fois puéril et dangereux. Si les us et coutumes d’un pays doivent, par principe et pour toujours, être préservées et respectées, l’esclavage devrait toujours être admis et béni et le droit de cuissage reconnu.  Il se trouve que l’histoire du monde a connu les évolutions les plus salutaires à travers des épopées qui ont eu lieu pour théâtre Athènes. Faudra-t-il renier des acquis qui appartiennent désormais à l’humanité au motif que le monde musulman, entré dans une profonde involution depuis des siècles, ne participe plus depuis bien longtemps aux avancées de l’histoire des hommes. Les commentaires qui déplorent les préférences données aux immigrants ukrainiens par rapport à ceux venus de Syrie ou d’Afrique du nord n’ont pas lieu d’être. Là aussi, trêve d’hypocrisie. Un pays d’accueil cherchera naturellement à favoriser l’afflux de populations dont la présence ne perturbe pas l’harmonie et la cohérence de ses codes et normes. Les vigiles de culture musulmane pointant les insuffisances des pays occidentaux seraient bien inspirés de signaler les outrages et outrances que commettent des régimes dont ils défendent le droit à la différence par la pérennisation de l’arbitraire et de la régression. 

Quant à saluer la bravoure de Poutine qui assure libérer le sud de l’hégémonie occidentale, il est peut-être utile de relever que le maitre du Kremlin qui a dévasté un pays vaste, riche ayant enfanté d’illustres penseurs et artistes est bien mal placé pour engendrer l’émancipation du monde. 

La coupe du monde du Qatar doit interpeler le Nord sur son retard à l’allumage sur certaines décisions et mises en application des valeurs démocratiques ; ces distorsions ne doivent pas être l’occasion de célébrer les stratégies qui érigent le retard historique en privilège du vaincu.    

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

ADHÉSION DE L’ALGÉRIE AUX BRICS : RÉVEIL DIPLOMATIQUE ET ALÉAS GÉOSTRATÉGIQUES

Publié il y a

le

Par

L’Algérie a fait part ce lundi de sa demande d’adhésion aux BRICS (forum comprenant la Chine, la Russie, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud). C’est Leila Zerrouki, chargée des grands partenariats internationaux au ministère algérien des Affaires étrangères qui a annoncé le dépôt officiel de la candidature. Selon l’agence de presse officielle APS, « la démarche algérienne d’intégrer les BRICS intervient dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et la volonté de la Chine et de la Russie de créer un contrepoids à ce qu’elles considèrent comme « l’hégémonie occidentale » », ce qui suggère une forme d’alignement du pays sur le binôme Chine-Russie, stratégie qui ne fait pas l’unanimité dans le sérail algérien.

C’est lors du dernier sommet des BRICS tenu en Chine en juin 2022 que fut prise la décision d’ouvrir l’adhésion à d’autres nations comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou l’Algérie.

L’annonce de ce lundi était attendue.

On se souvient qu’au mois de juin, le chef de l’État algérien avait participé à la réunion de haut niveau du BRICS. En juillet, Abdelmadjid Tebboune, avait affirmé que l’Algérie “s’intéresse aux BRICS, en ce qu’ils constituent une puissance économique et politique”, ajoutant que ” l’adhésion à ce groupe mettrait l’Algérie, pays pionnier du non-alignement, à l’abri des tiraillements entre les deux pôles”. 

Lors de l’ouverture des travaux d’une rencontre gouvernement-walis qui se tenait au mois de septembre, le chef de l’État rappelait que l’Algérie avait pour objectif le développement du produit intérieur de manière à pouvoir adhérer aux BRICS. L’occasion lui en est fournie par le maintien du surenchérissement des hydrocarbures consécutif à l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui permettra de porter les rentrées en devises du pays à plus de 50 milliards de dollars pour l’année 2022.

Ces derniers jours les choses se sont accélérées. Ce mardi, le représentant spécial du président russe pour le Moyen-Orient et l’Afrique et vice-ministre des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov a déclaré que « la Russie salue la volonté de l’Algérie de rejoindre les BRICS ». Auparavant, le ministre des Affaires étrangères chinois affirmait que son pays soutenait ” l’Algérie dans son rôle de président tournant de la Ligue arabe et dans la bonne tenue du Sommet arabe et accueillait favorablement son adhésion à la famille des BRICS”. En outre, les observateurs s’accordent à dire que l’élection de Lula au Brésil renforcera probablement la candidature de l’Algérie. 

L’approche algérienne est néanmoins marquée par des dissonances qui se révèlent dans l’analyse de l’APS, proche des services de renseignement, qui justifie l’adhésion par la nécessité de faire contrepoids à « l’hégémonie occidentale » alors que le chef de l’État, lui, arguait qu’il s’agit de mettre l’Algérie « à l’abri des tiraillements des deux pôles », sachant que l’un de ces « deux pôles » est celui dans lequel il aspire à faire entrer son pays.    

Pour autant, l’ouverture du cercle des BRICS à d’autres nations peut l’exposer à de nouveaux problèmes. En effet, l’élargissement qui augmente les volumes des marchés et donc les marges de négociation des BRICS dans les fora internationaux comme l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale ne manquera pas de poser de sérieuses questions géopolitiques. Faire cohabiter l’Algérie et l’Iran avec l’Arabie saoudite ne sera pas toujours chose aisée. 

Cette candidature confirme une chose : le réveil de la diplomatie algérienne sous la conduite du ministre des Affaires étrangères et de la communauté nationale établie à l’étranger, Ramtane Lamamra dont la carrière fut hachée par de longues mises à l’écart. Il reste qu’un diplomate, si talentueux soit-il, ne peut que mettre son talent au service de la vision du pouvoir politique, laquelle doit être cohérente et pertinente pour atteindre performance et crédibilité. Le choix fait par l’État profond de revenir aux fondamentaux tiers-mondistes des années soixante-dix fait-il consensus dans le régime et est-il le plus adapté dans le nouveau monde qui se profile ? 

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

CLOTURE DU SOMMET ARABE : LE CONSENSUS MOU A PRÉVALU SUR LA RÉNOVATION

Publié il y a

le

Par

La déclaration commune ayant sanctionné le 31ème sommet de la Ligue arabe qui s’est déroulé à Alger les 1er et 2 novembre dont on trouvera l’intégralité ci-dessous a préservé l’essentiel : avoir évité un clash, quitte à différer les analyses lucides et ignorer les traitements concrets des dossiers. (Voir la chronique de Saïd Chekri).

  L’insistance du ministre algérien des affaires étrangères Ramtane Lamamra à se féliciter de la réussite du sommet auquel il a tant donné révèle un dopage verbal qui vise à farder une banalité d’autant plus terne que l’Algérie a tenu à faire de cette réunion un évènement majeur envers et contre les réalités politiques, diplomatiques et géopolitiques qui hypothéquaient toute possibilité de rénovation. Mais qu’importe : le régime algérien friand d’affichage s’est attribué sa « déclaration d’Alger » comme il y a pu disposer d’une autre sur la crise malienne ou sur le chantier palestinien. En la matière, il y a bien une permanence dans la ligue arabe : la pensée magique aide à digérer les dures déconvenues.

Soutien aux efforts, recommandations à, encouragements pour, nécessité de…les appels aux bonnes intentions et volontés constituent l’essentiel du menu de la résolution finale. On ne relève aucune mise en place d’un organe chargé de suivre un dossier ni agenda ou étape d’évaluation d’une action.

Consolation pour l’Algérie qui a surinvesti la question palestinienne, le communiqué commence par l’évocation de ce problème avec une radicalité qui reprend les termes et positions des pays de l’ex Front du refus. Le respect des frontières d’avant 1967, le retour des réfugiés, la récupération de Jérusalem comme capitale de l’État palestinien…sont rappelés sans ambiguïtés. Cependant, même pour ce sujet, sur lequel pourtant aucun dirigeant ne peut marquer un recul ou une nuance sans se mettre en difficulté avec son opinion publique, la proposition algérienne concernant la création d’un « comité arabe de liaison et de coordination en soutien à la cause palestinienne » fut passée par perte et profit. 

La scène internationale connait le même traitement. La crise ukrainienne qui oppose les membres de la Ligue fut abordée par un équilibrisme de funambule : la condamnation de la violence pour les pro-ukrainiens est contrebalancée par le souci des considérations sécuritaires des pays frontaliers chère aux pro-russes. 

Seul consensus franc : la condamnation de l’impulsivité iranienne qui menace notamment au Yémen.

La conclusion d’un membre des non-alignés présent au sommet résume assez bien la teneur des conclusions : « L’eau tiède ne brûle pas mais elle ne permet pas de cuire les aliments. » 

Texte intégral de la déclaration finale.

“Nous, dirigeants des États arabes, réunis dans la ville d’Alger en République Algérienne Démocratique et Populaire, les 1er et 2 novembre 2022, correspondant au 7-8 Rabi’ al-Thani 1444 de l’Hégire, à l’occasion de la trente et unième (31) session ordinaire du Conseil de la Ligue des États Arabes au niveau du sommet, à l’aimable invitation de Son Excellence le Président Abdelmadjid Tebboune, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire :

Mus par notre histoire commune et par les liens de solidarité arabe qui a épousé sa plus belle expression à travers l’adhésion des peuples et des pays arabes à la lutte du peuple algérien durant la Glorieuse Révolution de Novembre et les sacrifices des frères arabes pour le triomphe de leurs frères Algériens.

En remémoration des résolutions historiques prises par les dirigeants arabes lors de tous les sommets précédents, y compris ceux tenus en Algérie à des étapes charnières de l’histoire de notre Nation, et compte tenu des acquis collectivement réalisés lors de ces haltes en faveur des causes de la Nation arabe et de l’action arabe commune.

Conscients de la conjoncture délicate et des développements effrénés sur la scène internationale et des signes de l’état actuel de polarisation qui augurent d’une reconfiguration des rapports de force, avec tous les dangers que cette situation fait peser sur notre sécurité nationale et sur la stabilité de nos patries, et ce qu’elle nous dicte comme impératif de fédérer nos efforts pour préserver nos intérêts communs et se positionner en tant qu’acteur influent et agissant pour dessiner les contours d’un nouvel ordre international basé sur la justice et l’égalité souveraine entre États.

Nous saluons l’initiative de Son Excellence le Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, M. Abdelmadjid Tebboune qui a choisi la “Réunification des rangs” pour thème de notre sommet, exprimons notre profonde fierté de partager, avec le président, le Gouvernement et le peuple algériens, les festivités marquant le 68e anniversaire de la Glorieuse Révolution de Novembre, et nous nous inclinons à la mémoire des vaillants martyrs qui ont irrigué de leur sang béni cette terre pure: 

Nous déclarons ce qui suit :

Premièrement : Concernant la cause palestinienne

– Importance de la centralité de la cause palestinienne, du soutien absolu aux droits inaliénables du peuple palestinien, y compris son droit à la liberté, à l’autodétermination et à l’établissement de l’État de Palestine indépendant, pleinement souverain sur les lignes du 4 juin 1967, avec Al Qods Est pour capitale, le droit au retour et à l’indemnisation des réfugiés palestiniens, conformément à la résolution 194 de 1948 de l’Assemblée générale des Nations Unies.

– Attachement à l’Initiative arabe de paix de 2002, avec tous ses éléments et priorités, et engagement vis-à-vis d’une paix juste et globale en tant qu’option stratégique pour mettre fin à l’occupation israélienne de toutes les terres arabes, y compris le Golan syrien, les fermes de Chebaa et les collines libanaises de Kafr Shuba, et résoudre le conflit arabo-israélien sur la base du principe de “la terre contre la paix”, du droit international et des résolutions pertinentes de la Légalité internationale.

– Poursuite des efforts visant à protéger la ville d’Al-Qods occupée et ses lieux saints et à la défendre contre les tentatives inacceptables et condamnables visant à en modifier la démographie et l’identité arabo-musulmane et chrétienne ainsi que le statut historique et juridique, notamment à travers le soutien à la tutelle hachémite historique pour protéger les lieux religieux islamiques et chrétiens, et à l’Administration des waqfs d’Al-Qods et des affaires de la mosquée d’Al Aqsa relevant du ministère jordanien des Waqfs et des Lieux islamiques, disposant de la compétence exclusive en la matière, en sus du rôle du comité d’Al-Qods et du Fonds Al-Qods pour défendre la ville d’Al-Qods et soutenir la résistance de sa population.

– Levée du blocus israélien imposé à la bande de Ghaza et condamnation de l’usage de la force par l’occupation contre les Palestiniens, et de toutes les pratiques barbares, dont les assassinats et les arrestations arbitraires, tout en réclamant la libération de tous les détenus et les prisonniers, notamment les enfants, les femmes, les malades et personnes âgées.

– Adoption et soutien à l’approche de l’État de Palestine pour obtenir la qualité de membre à part entière aux Nations Unies, et appel aux pays n’ayant pas encore reconnu l’État de Palestine à le faire, outre l’impératif appui aux efforts juridiques palestiniens visant à tenir l’occupation israélienne pour responsable des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité qu’elle a commis et qu’elle continue de commettre à l’encontre du peuple palestinien.

– Hommage aux efforts arabes déployés pour l’unification des rangs palestiniens, et à la signature par les frères palestiniens de la “Déclaration d’Alger”, issue de la “Conférence d’unification des rangs pour l’unité nationale palestinienne”, tenue à Alger du 11 au 13 octobre 2022 et nécessité de conjuguer les efforts des pays arabes pour accélérer la réalisation de cet objectif noble, notamment à travers l’accompagnement des frères palestiniens pour concrétiser les étapes convenues dans la Déclaration susmentionnée.

Deuxièmement : Concernant la conjoncture qui prévaut dans le monde arabe

– Renforcement de l’action arabe commune pour protéger la sécurité nationale arabe dans son concept global et sous toutes ses dimensions politique, économique, alimentaire, énergétique, hydrique et environnementale, et contribution au règlement des crises que traversent certains pays arabes, de manière à préserver l’unité des pays membres, leur intégrité territoriale et leur souveraineté sur leurs ressources naturelles à la hauteur des aspirations de leurs peuples à une vie décente.

– Rejet de toute forme d’ingérence étrangère dans les affaires internes des pays arabes et attachement au principe des solutions arabes aux problèmes arabes à travers le renforcement du rôle de la Ligue arabe dans la prévention et le règlement des crises de manière pacifique, et renforcement des relations interarabes. Dans ce cadre, nous saluons les démarches et les efforts consentis par plusieurs États arabes, notamment l’État du Koweït, en faveur de la solidarité arabe et du Golfe.

– Pleine solidarité avec le peuple libyen et soutien aux efforts visant à mettre un terme à la crise libyenne à travers une solution inter-libyenne qui préserve l’unité et la souveraineté de la Libye, protège sa sécurité et la sécurité des pays voisins et réalise les aspirations de son peuple à l’organisation d’élections dans les meilleurs délais pour assurer une stabilité politique pérenne.

– Soutien au Gouvernement légitime du Yémen, à la formation du Conseil de direction présidentiel et aux efforts consentis pour parvenir à une solution politique à la crise du Yémen, conformément aux références en vigueur, tout en insistant sur la nécessité de renouveler la trêve humanitaire comme étape essentielle de ce processus visant la réalisation d’un règlement politique inclusif qui garantisse l’unité, la souveraineté, la stabilité et l’intégrité territoriale du Yémen et la sécurité des pays du Golfe arabe, ainsi que sur le rejet de toutes les formes d’ingérence étrangère dans ses affaires intérieures.

– Rôle collectif et de chef de file des États arabes dans les efforts visant à parvenir à une solution politique à la crise syrienne et au traitement de toutes ses retombées politiques, sécuritaires, humanitaires et économiques en vue de garantir l’unité et la souveraineté de la Syrie, réaliser les aspirations de son peuple et restaurer sa sécurité, sa stabilité et sa place aux niveau régional et international.

– Soutien à l’activité constitutionnelle en Irak, y compris la formation du Gouvernement, tout en saluant les efforts visant à réaliser la stabilité et le développement économique et à concrétiser les espoirs et les aspirations du peuple irakien, ainsi que les succès réalisés par l’Irak dans la lutte contre les organisations terroristes et les sacrifices de son peuple dans la défense de la souveraineté et de la sécurité de son pays.

– Solidarité avec la République du Liban pour la préservation de sa sécurité et de sa stabilité et soutenir les mesures qu’elle a prises pour asseoir sa souveraineté sur son territoire et son espace maritime, pour que ce pays mette en œuvre les réformes requises et que le Parlement élise un nouveau président du pays.

– Soutien à la République fédérale de Somalie pour la consolidation des bases de la sécurité et de la stabilité à travers la contribution des États arabes au renforcement des capacités nationales somaliennes dans le domaine de la lutte antiterroriste, en vue de permettre à ce pays frère de relever les défis qui se posent à lui dans l’étape actuelle, notamment face à la crise aiguë de la sécheresse.

– Soutien aux efforts continus en faveur d’une solution politique entre Djibouti et l’Érythrée concernant le différend frontalier et la question des prisonniers djiboutiens.

– Nécessité de contribuer à soutenir les États arabes qui ont traversé ou traversent une conjoncture politique, sécuritaire et économique difficile, ou ceux qui font face à des situations exceptionnelles du fait des catastrophes naturelles, par la mobilisation des moyens disponibles selon les formules en place aux niveaux bilatéral, arabe, régional et international.

– Nécessité de créer une zone dénucléarisée et exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient, conformément aux références convenues, et d’inviter toutes les parties concernées à rejoindre et mettre en œuvre le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qui demeure la pierre angulaire du Système mondial de non-prolifération nucléaire.

Troisièmement : concernant le renforcement et la modernisation de l’action arabe commune

– S’engager à la poursuite du processus de renforcement et de modernisation de l’action arabe commune et à sa promotion à la hauteur des aspirations des peuples arabes, suivant une nouvelle approche confortant les cadres traditionnels et érigeant les préoccupations du citoyen arabe au cœur de ses priorités.

– Valoriser les propositions constructives présentées par le Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, M. Abdelmadjid Tebboune pour l’activation du rôle de la Ligue arabe en matière de prévention et de règlement des conflits, en sus de la consécration de la dimension populaire et le renforcement de la place des jeunes et de l’innovation dans l’action arabe commune.

– Souligner la nécessité de lancer une dynamique interactive entre les institutions arabes officielles et les acteurs de la société civile avec toutes ses obédiences et forces vives, et ce à travers la création d’espaces d’échange d’idées, de débat fructueux et de dialogue constructif à même d’unifier les efforts pour relever les défis qui se posent avec l’association de tout un chacun.

– S’engager à multiplier les efforts pour la concrétisation du projet d’intégration économique arabe suivant une vision globale assurant une exploitation optimale des atouts des économies arabes, mais aussi des opportunités précieuses qu’elles présentent, l’objectif étant d’assurer une activation complète de la Grande zone arabe de libre-échange (GZALE), en prévision de la création de l’Union douanière arabe.

– Mettre l’accent sur la conjugaison des efforts en vue de consolider les capacités arabes collectives en matière de riposte aux défis posés dans les domaines de la sécurité alimentaire, sanitaire et énergétique, et de lutte contre les changements climatiques, tout en soulignant l’impératif développement des mécanismes de coopération en vue de l’institutionnalisation de l’action arabe dans ces domaines.

Quatrièmement : concernant les relations avec les pays du voisinage et les partenariats

– Souligner la nécessité d’établir des relations saines et équilibrées entre la communauté arabe et la communauté internationale, y compris son environnement islamique, africain et euro-méditerranéen, des relations reposant sur le respect des règles de bon voisinage, la confiance, la coopération fructueuse et l’engagement mutuel aux principes consacrés dans la charte des Nations Unies, en tête desquels le respect de la souveraineté des pays et la non-ingérence dans leurs affaires internes.

– Insister sur l’importance des forums de coopération et de partenariat existant entre la Ligue arabe et les différents partenaires internationaux et régionaux, étant des espaces importants pour la concertation politique et l’établissement des relations et de partenariats équilibrés, basées sur le respect et les intérêts mutuels.

Cinquièmement : concernant la situation internationale

– Souligner que les tensions croissantes sur la scène internationale mettent en évidence, plus que jamais, les dysfonctionnements structurels des mécanismes de gouvernance internationaux, et le besoin impérieux de les traiter au titre d’une approche garantissant l’équité et l’égalité entre tous les pays et mettant un terme à la marginalisation des pays en développement.

– Affirmer l’importance de la participation des pays arabes dans la définition des contours du nouvel ordre mondial post-Covid-19 et guerre en Ukraine, en tant que bloc harmonisé et uni et comme un acteur qui peut, avec sa volonté, ses capacités et ses compétences, contribuer de manière efficace et positive dans ce domaine.

– S’engager aux principes des non-alignés et à la position arabe commune vis-à-vis de la guerre en Ukraine, laquelle position repose sur le rejet du recours à la force et l’adoption de solutions pacifiques à travers l’adhésion effective du Groupe de contact de la Ligue arabe au niveau ministériel (composé de l’Algérie, d’Égypte, de la Jordanie, du Soudan, de l’Irak et des Émirats arabes unis, outre le secrétaire général de la Ligue arabe) aux efforts internationaux visant à cristalliser une solution politique à la crise en adéquation avec les principes de la Charte onusienne et prenant en ligne de compte les préoccupations sécuritaires des parties prenantes, tout en rejetant la politisation des organisations internationales. Mettre en avant, dans ce cadre, les efforts déployés par d’autres pays arabes à l’image du Royaume d’Arabie Saoudite.

– Valoriser la politique équilibrée adoptée par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+), afin de garantir la stabilité des marchés énergétiques mondiaux et la pérennité des investissements dans ce secteur stratégique dans le cadre d’une approche économique assurant la protection des intérêts des pays producteurs et consommateurs à la fois.

– Relever la nécessité d’unifier les efforts visant à lutter contre le terrorisme et toute forme d’extrémisme, tarir les sources de son financement, et mobiliser la communauté internationale dans le cadre d’une approche aux dimensions complémentaires reposant sur l’engagement aux règles du droit international et aux résolutions pertinentes de l’ONU, notamment en ce qui a trait à la revendication des partenaires d’interdire l’utilisation de leurs territoires comme refuge ou plateforme d’incitation ou de soutien aux actes de terrorisme contre d’autres pays.

– Saluer les initiatives louables de certains pays arabes visant à mettre un terme à la prolifération de l’islamophobie, réduire les tensions et promouvoir les valeurs de tolérance, de respect de l’autre, de dialogue entre religions, cultures et civilisations, et de faire prévaloir les valeurs du vivre ensemble en paix, proclamée par l’ONU comme Journée internationale, à l’initiative de l’Algérie.

– Se féliciter, dans ce cadre, de la visite historique du Pape du Vatican au Royaume de Bahreïn, et de sa participation avec le Grand Imam de la Mosquée d’Al-Azhar Al-Charif, président du Conseil des sages musulmans, Dr. Ahmed Mohamed Al-Tayyeb, aux travaux du “Forum de Bahreïn pour le dialogue entre l’Orient et l’Occident pour la coexistence humaine”.

– Saluer le rôle important des pays arabes face aux défis majeurs auxquels est confrontée l’humanité, à l’instar des changements climatiques, tout en se félicitant, dans ce contexte, de l’initiative verte du Moyen-Orient, lancée par l’Arabie Saoudite.

– Affirmer la nécessité pour les États arabes de jouer un rôle éminent dans l’organisation des grandes manifestations internationales qui se veulent des évènements importants et structurants des relations internationales.

Nous exprimons dans ce cadre : 

– Notre soutien à la République arabe d’Égypte qui s’apprête à abriter la 27e session de la Conférence des États parties à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. 

– Notre appui à l’État du Qatar qui se prépare à abriter la Coupe du Monde de football 2022, et notre entière confiance en sa capacité à organiser une édition remarquable de cet évènement international, mais aussi notre condamnation des campagnes diffamatoires à son égard.

– Notre soutien au Royaume du Maroc qui accueillera le 9e Forum mondial de l’Alliance des Civilisations des Nations Unies, les 22 et 23 novembre dans la ville de Fès.

– Notre soutien à l’État des Émirats arabes unis qui se prépare à abriter la 28e session de la Conférence des États parties à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

– Notre soutien à la candidature de Riyadh (Royaume d’Arabie Saoudite) pour accueillir “EXPO 2030”.

En conclusion :

– Nous exprimons notre profonde reconnaissance au président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, M. Abdelmadjid Tebboune pour ses précieux efforts dans l’organisation et la gestion des réunions du Sommet avec sagesse et clairvoyance, ainsi que pour son rôle dans l’approfondissement de la concertation, de la coordination et la réunion de toutes les conditions garantissant la réussite de cette importante échéance arabe qui s’est déroulée dans un esprit fraternel et consensuel exemplaire. De même que nous saluons hautement ses contributions et initiatives ayant fait de ce Sommet une halte distinguée en faveur de l’action arabe commune”.

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

SOMMET ARABE : LES AMBIGUITÉS D’ALGER

Publié il y a

le

Par

Le pouvoir algérien aura tout fait pour donner du sens à une rencontre dont il attend renaissance interne et reconnaissance internationale. En faisant coïncider la tenue de ce sommet avec le 1er novembre, Alger vise au moins deux choses : asseoir son autorité au plan national en replongeant  le pays dans le panarabisme pour se déconnecter de la perspective nord-africaine – où il voit des évolutions peu conformes aux dogmes unicistes du tiers-mondisme qui lui sont toujours chères -, après avoir été sérieusement secoué par un mouvement citoyen qui n’a pas su trouver en son sein les énergies et les intelligences à même de concrétiser  l’alternative démocratique qu’appelait et qu’attendait la rue. Ceci pour l’aspect domestique. Il n’est cependant pas inutile de considérer les arrière-pensées internationales qui structurent les calculs algériens. Les reconfigurations géopolitiques qui se profilent avec la guerre de l’Ukraine et qui ne manqueront pas d’affecter le Sud sont déjà un sujet de luttes sourdes où s’opposent deux visions diamétralement opposées. 

La volonté algérienne de recréer un nouveau Front du refus prend appui sur la radicalité palestinienne qui anime toujours le HAMAS, lequel s’emploie à monter les surenchères pendant que l’Autorité palestinienne peine à faire admettre une voie plus réaliste, piégée qu’elle est autant par ses concurrents de Ghaza que les faucons israéliens qui disqualifient les tentatives de compromis laborieusement esquissées par la gauche et une partie des élites intellectuelles de l’État hébreu.  

Face à la volonté de réanimer le souffle panarabiste des années 70 inspirée par l’Algérie – qui a satellisé la Tunisie -, émerge une autre perspective à laquelle travaillent l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe : une projection plus libérale de la zone couverte par les pays de la Ligue qui associerait Israël sous conditions que celui-ci apporte une traduction convaincante de l’idée de la construction de deux États. Cette option rallie on l’a dit Riyad, les Émirats du Golfe mais aussi l’Égypte et le Maroc. On peut y ajouter le Liban qui vient de signer un accord de délimitation de sa frontière maritime avec Tel Aviv qui veut voir dans ce pacte une reconnaissance de fait d’Israël.  

Au regard du nombre et de l’importance des nations qui y souscrivent, cette deuxième alternative devrait aisément l’emporter. Rien n’est moins sûr. 

D’une part, le libéralisme économique sur lequel tablent les partisans de la pax arabica tarde à trouver ses déclinaisons politiques. En dépit de certaines audaces juridiques et de réelles avancées sociétales enregistrées en Arabie saoudite, les archaïsmes y demeurent encore lourds et ce ne sont pas les abus d’autorité qui étouffent l’Égypte qui donneront plus de crédit aux ouvertures promises par les promoteurs d’un Moyen Orient intégré et qui ne serait plus constitué de protectorats des USA pour certaines de ses composantes et des parcelles d’influence russe ou chinoises pour d’autres. Par ailleurs, et ce n’est pas un moindre problème, leurs concurrents n’auront qu’à souffler sur les braises du ressentiment pour faire flamber la rue arabe, le populisme ayant toujours une longueur d’avance quand il faut mobiliser des foules conditionnées à voir dans leur déclin les résultats des méfaits de l’étranger et non la conséquence de la gouvernance de leurs dirigeants.

Pour autant, le camp mené par l’Algérie n’est pas en meilleure posture.  Alger qui se félicite d’avoir réussi à mettre en contact les deux factions rivales palestiniennes interdit à tout pays ou groupe de pays de la Ligue de prendre l’initiative d’une intercession entre elle et Rabat. Cette politique manque de cohérence et affecte, par ricochet, la sincérité de la démarche entreprise en direction des Palestiniens. Du coup, les accusations de manipulations de la cause palestinienne fusent et nul doute que cette contradiction pèsera, si ce n’est déjà fait, sur le niveau de représentation des participants et la nature des résolutions du sommet. 

Pourtant, l’hyperactif Lamamra n’a pas ménagé sa peine. Il a réussi à réveiller l’intérêt de gouvernements qui avaient désinvesti une Ligue qui valait plus par les polémiques et les invectives qui polluaient ses débats que par des propositions réalistes et consensuelles ; il a fini par rapprocher des points de vue divergents voire franchement hostiles et rationnalisé au mieux les préparatifs pour prévenir les couacs et les mésententes de dernière minute. 

Cette débauche d’énergie sera-t-elle suffisante pour faire oublier le fait que sous les appels au rassemblement couvent deux projets antinomiques et qui portent sur rien moins que la façon de se projeter dans le monde de demain ? 

On n’est jamais aussi sûr de compliquer un problème qu’en le niant. Or, pour l’instant, aucun des deux protagonistes ne veut assumer ses méthodes et avouer ses objectifs.      

Partager avec
Continuer la lecture

Éditorial

ABSENCE DE MBS À ALGER : INTERROGATIONS, SPÉCULATIONS ET PERSPECTIVES

Publié il y a

le

Par

Samedi le prince héritier saoudien, MBS a appelé le chef de l’État algérien pour l’informer de son absence au sommet de la Ligue arabe prévu à Alger le 1er et le 2 novembre prochains. Abdelmadjid Tebboune assure « comprendre la situation » et fait bon cœur contre mauvaise fortune en déclarant que « l’Arabie saoudite sera avec nous en toutes circonstances ». Officiellement, cette défaillance est due « aux recommandations de ses médecins (du prince héritier NDLR) ».  Première question : une affection suffisamment grave pour empêcher un voyage en avion de l’une des personnes les plus en vue dans le monde pouvait-elle rester inconnue des services de renseignements des grandes puissances ou même des médias d’investigations ?

Profondes divergences doctrinales

En tout état de cause, l’annonce de cette absence de dernière minute survient dans un contexte marqué par quatre grands évènements dont trois concernent les relations bilatérales liant Alger et Riad. On se souvient qu’après sa visite surprise à Paris le 28 juillet dernier, MBS, qui devait faire un détour par Alger avait, là encore, annulé son escale sans qu’il ait expliqué ou justifié de façon crédible ce qui fut interprété par nombre d’observateurs comme une esquive. Plus fondamentalement, le fougueux prince, gestionnaire des lieux saints de l’islam, s’est engagé dans un processus de réformes sociétales, éducatives, culturelles et économiques dont nul ne sait où il s’arrêtera…ni comment il se terminera. MBS n’a-t-il pas déclaré que plus de 80% des hadiths prêtaient à équivoque. Ceci, au moment où le pouvoir algérien supprime dans sa constitution la liberté de conscience, s’enferme dans une arabisation sectaire et assume une endogamie avec l’islamisme qui le conduit à partager le parlement avec les partis fondamentalistes. Sur un plan géopolitique, l’Arabie saoudite qui n’a pas normalisé ses relations avec Israël accompagne de façon quasi officielle les pays du Golfe qui s’y sont résolus. Les relations entre Riad et Rabat déjà solides se sont encore resserrées depuis que le Maroc a établi des relations diplomatiques avec l’État hébreu. Et dans le conflit algéro-marocain MBS ne fait pas mystère de ses sympathies pour Mohamed VI. C’est donc au moment où Riad travaille à une recomposition en profondeur de la scène moyen-orientale sur la base d’une nouvelle doctrine qui associerait Israël comme un acteur intégrable dans un univers jusque-là hostile que l’Algérie relance la doxa panarabiste des années 60. Autant dire que les visions futures du « monde arabo-musulman » de l’Algérie et de l’Arabie Saoudite sont sensiblement différentes quand elles ne s’entrechoquent pas sur des dossiers comme le Yemen ou le positionnement à adopter vis à vis de l’Iran. Seul point de convergence : l’attitude à observer sur le marché des hydrocarbures. Mais là aussi les Saoudiens, exportateurs majeurs, qui se sont connectés avec les Russes dans le cadre de « l’OPEP plus » savent qu’ils peuvent dicter un format énergétique auquel les Algériens n’ont d’autres choix que d’adhérer. 

Concurrence géopolitique

Au sortir de la décolonisation, l’Algérie, héritière d’une guerre de libération longtemps appréciée comme l’un des tout premiers référents politiques des pays non-alignés, exerça un magister tiers-mondiste qui fut rarement contesté au Sud. Face aux bouleversements qui annoncent un nouveau monde, les Saoudiens semblent déterminés à prendre la tête d’un mouvement de rénovation du Sud qui nivellerait mieux les disparités entre les deux hémisphères de la planète. En plus des réformes éducatives et culturelles qui prétendent placer le citoyen au centre de leur projet, les Saoudiens se repositionnent sur la scène internationale en tant que leader des nouveaux enjeux. Le Royaume qui fut un protectorat américain pendant tout le XXème siècle vient de prendre une décision qui ne passa pas inaperçue auprès des analystes qui tentent d’anticiper les lectures de lendemains inédits. Après avoir dénoncé en tant que criminel MBS, Joe Biden parti à Riad pour obtenir une augmentation de la production de pétrole en revint bredouille. Pire, quelques jours plus tard, le prince héritier se rapprocha de Moscou pour bloquer la mise sur le marché d’une plus grande quantité de brut, ce qui eut pour effet d’empêcher la réduction du prix du baril qu’attendaient Washington et l’Europe mis sous pression énergétique à la suite de la guerre en Ukraine. 

On le voit, les raisons sanitaires invoquées pour expliquer l’absence de MBS à Alger, quand même seraient-elles vérifiées médicalement, n’évacuent pas une compétition féroce qui oppose Alger et Riad et qui porte sur le devenir du monde musulman. En indexant le sommet de la Ligue arabe sur les fondamentaux de l’arabo-islamisme pendant que Riad cherche à lui inventer d’autres inspirations et manifestations, Alger a peut-être présumé de ses capacités. 

Il est trop tôt pour connaitre les rapports de force qui détermineront l’impact de deux trajectoires diamétralement opposées. Mais force est de constater que, pour l’instant, la mobilité et l’inventivité politiques sont du côté des saoudiens dont le pays est encore loin d’être une démocratie et que le conservatisme arabo-islamiste est cultivé par Alger. La formule est suffisamment surprenante pour être relevée. 

Partager avec
Continuer la lecture

Les plus vus de la semaine

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com