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MANŒUVRES ALGÉRO-RUSSES : MOSCOU VEUT RASSURER RABAT

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Nous sommes maintenant à quelques semaines des exercices militaires algéro-russes « Bouclier du désert » qui doivent se tenir début novembre au camp d’entrainement de Hammaguir, base proche de Béchar, ville du sud-ouest algérien se trouvant à quelques encablures de la frontière avec le Maroc. 

La porte-parole du ministère russe des Affaire étrangères Maria Zakharova, reprise par l’agence Spoutnik, a déclaré :  « nous tenons à souligner que, comme tous les exercices militaires auxquels la Russie participe, ceux-ci ne visent aucun tiers», la diplomate ajoute que : «ces exercices de lutte contre le terrorisme sont planifiés et menés dans le cadre du programme de coopération militaire avec l’Algérie». 

Les observateurs voient dans ce message appuyé la volonté de rassurer le voisinage de l’endroit où doivent se mener ces opérations ; en fait le Maroc, pays avec lequel Moscou entretient des relations commerciales denses. La Russie pourvoie, entre autres, à une part importante de la consommation marocaine en céréales pendant que Rabat y exporte une grande quantité de ses agrumes.  

Selon plusieurs sources, d’autres pays comme l’Égypte confrontée à un terrorisme chronique au Sinaï, le Kazakstan ou le Pakistan devraient être associés à ce programme qui avait suscité, lors de son annonce, une vigoureuse campagne de dénonciation dans la presse marocaine où des milieux diplomatiques avaient cru deviner une impulsion du Palais Royal. 

Notons que de son côté, le Maroc a abrité au mois de juin les plus grandes manœuvres militaires organisées en Afrique, l’African Lion 2022, auxquelles ont participé les USA. 

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MAROC : DES CANONS CAESARS POUR LES FAR

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Le canon français Caesar va être livré à l’armée marocaine. En fait, un lot dont le nombre n’a pas été rendu public qui représente une partie de la commande de 36 unités passées par le Royaume en 2020 est déjà parvenu au Maroc. Le 16 novembre dernier, des officiers français ont procédé à l’École royale de l’artillerie a une initiation à l’utilisation de ce canon considéré comme l’une des meilleures armes d’artillerie au monde. 

Fabriqué par les usines françaises Nexter, le Caesar est réputé pour sa précision et sa mobilité qui le met à l’abri des riposte ennemies. Ce canon d’une portée de 40 kilomètres a été découvert par l’opinion publique à la suite de ses performances dans la guerre livrée par la Russie à l’Ukraine. 

Dans un premier temps, le transfert à l’armée ukrainienne d’une partie du stock dédié à l’armée française avait laissé croire que compte tenu de la durée nécessaire à sa fabrication (18 mois environ), l’industrie militaire française ne serait pas en mesure d’honorer les commandes qui lui ont été faites. Il semblerait que des mesures aient été prises pour accélérer la cadence de production. 

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ALGÉRIE-TUNISIE : COOPÉRATION POURQUOI FAIRE ?

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Les relations algéro-tunisiennes ont connu cette semaine un rebond remarqué. Le ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra s’est rendu à Tunis le 26 novembre où il a été reçu par le président Kaïs Saïed.  Deux jours plus tard, et sans annonce préalable, c’est la cheffe du gouvernement Najla Bouden qui arrive à Alger où elle a été reçue par Abdelmadjid Tebboune en présence de son premier ministre et du ministre des Affaires étrangères.

Lundi 28 novembre, au terme de l’audience que lui a accordée le Président Tebboune, elle ne donne aucune indication sur la teneur de son entretien, se contentant d’une déclaration convenue: “J’ai eu l’honneur de rencontrer le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune à qui j’ai transmis les salutations et les félicitations renouvelées du Président Kaïs Saïed pour le succès du Sommet arabe abrité par l’Algérie, début novembre, ainsi que ses vœux de davantage de prospérité pour l’Algérie”, exprimant sa “gratitude à l’Algérie pour son soutien à la Tunisie en cette conjoncture sensible que le pays traverse”.

Cette visite est, selon la cheffe du gouvernement tunisien, destinée à discuter des intérêts communs des deux pays et préparer la prochaine réunion de la commission mixte algéro-tunisienne prévue à Alger. Depuis des décennies et jusque-là, aucune préparation de la réunion ordinaire de la commission mixte n’avait nécessité le déplacement d’un responsable de ce niveau. Du coup, ce déplacement inopiné ouvre la voie à toutes sortes de spéculations.

Depuis le coup de force opéré par Kaïs Saïed en juillet 2021, Alger a manifesté une disponibilité permanente à l’égard de son voisin de l’est auquel il a octroyé un prêt financier et assuré un approvisionnement en gaz dans une situation socio-économique particulièrement tendue. En retour, Tunis a exprimé une évolution notable sur des dossiers importants comme celui du Sahara occidental dont elle a abandonné la traditionnelle neutralité, un positionnement sur la guerre en Ukraine non hostile à Moscou ou une gestion particulièrement fermée de l’information pratiquée par Alger depuis l’arrivée de Tebboune au pouvoir.

En effet, au moment où le régime algérien sévit contre les médias audiovisuels indépendants en harcelant El Kadi Ihsane, directeur de Radio M et Maghreb émergent, derniers ilots de libre expression, la ministre de la justice tunisienne, Leila Jaffel, engage une procédure judiciaire au nom de la cheffe du gouvernement contre le site Business news pour avoir publié un article critique sur le bilan de cette dernière. Outre la tentation de la soumission des voix contestataires, les deux régimes partagent également l’investissement d’un islamo-conservatisme qui doit faire pièce aux périls de la francophonie que le calendrier de cette organisation vient d’imposer à Kaïs Saïed à Djerba. Un espace sur lequel Alger, engagé dans un mouvement de brusque et brutale défrancisation de son éducation, ne désespère pas d’amener le tunisien sinon à s’en séparer du moins à s’en éloigner.

Seul critère sur lequel les deux capitales devront trouver matière à composer : le traitement du mouvement des Frères musulmans. Le président tunisien livre une guerre sans merci contre le parti islamiste Ennahdha – non pas sur le fond de la doctrine – qu’il estime être l’unique source capable de remettre en cause son aventure solitaire. Or le pouvoir algérien qui a fait le choix stratégique de composer avec un islam de bazar dans lequel baigne cette mouvance envoie régulièrement des messages à son allié pour l’inviter à atténuer ses attaques contre le parti de Ghannouchi. D’autant que les procédures utilisées dans ces assauts anti Ennahdha frisent l’illégalité et provoquent de plus en plus d’exaspération et d’indignation dans l’opinion alors que cette formation politique, à son firmament dans la phase post-révolution, a engendré dix ans après un tel rejet dans la société tunisienne que Kaïs Saïed s’est cru autorisé à toutes les infractions constitutives d’un coup d’Etat.

Pour cet ancien dirigeant d’entreprises publiques algériennes, qui requiert l‘anonymat et habitué des cénacles algéro-tunisiens, « le rapprochement des deux pouvoirs est plus dû à la volonté de renforcer les conceptions autoritaires des Etats que la perspective de construire un nouvel environnement ouvert sur des gouvernances crédibles et légitimes ».

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SAHARA OCCIDENTAL : GUETTERES PRUDENT

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Le roi Mohamed VI a reçu ce mercredi le secrétaire général de l’ONU Antonio Gutteres à l’occasion du 9éme forum de l’Alliance des civilisations qui s’est tenu à Fès les 22 et 23 novembre.

On relève dans le communiqué sanctionnant cette rencontre l’engagement permanent du monarque chérifien pour « la promotion des valeurs d’ouverture, de tolérance, de dialogue et de respect des différences ». Par ailleurs, il est souligné « la contribution constructive et constante du Royaume pour le maintien et la consolidation de la paix, le renforcement de la stabilité et la promotion du développement, notamment dans le continent africain ».

En revanche, le secrétaire général de l’ONU s’est gradé de s’exprimer sur la question du Sahara occidental alors que Mohamed VI a insisté pour rappeler « la position constante du Maroc pour le règlement de ce différend régional sur la base de l’initiative d’autonomie, dans le cadre de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume ». 

Signe de l’embarras onusien sur un problème qui déchire l’Afrique du nord depuis bientôt un demi-siècle, la réaffirmation du « soutien du Royaume aux efforts du secrétaire général et de son envoyé personnel, Stafan De Mistura, aux fins de la conduite du processus politique, ainsi qu’à la MINURSO pour l’observation du cessez-le-feu » n’a pas davantage amené Guterres à avancer sur ce dossier que Rabat pose désormais comme premier paramètre de calibrage de ses relations avec ses partenaires. Pour rappel, le cessez le feu observé depuis 1991 est désormais rompu par des accrochages récurrents opposant le Polisario et les FAR. En novembre 2021 et en septembre 2022, des victimes civiles algériennes et mauritaniennes, touchées vraisemblablement par des drones marocains, ont été déplorées dans la zone de Guerguerat située à l’extrême sud-ouest du Sahara occidental.

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SÉCURITÉ DE LA COUPE DU MONDE : LE QATAR CHOISIT LE MAROC

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Des contingents des services de police marocains sont arrivés à Doha pour assurer la sécurité publique pendant la durée de la coupe du monde. Près de 250 gendarmes français sont également positionnés dans la capitale qatarie avec un rôle plus discret. Ces derniers qui ont une mission d’expertise doivent, si les circonstances le commandaient, intervenir dans une opération d’urgence. Mais la palme de la visibilité revient évidemment aux agents marocains qui procèdent à la sécurisation des lieux et, en cas de besoin, au contrôle des individus suspects. « On ne peut pas demander à des gendarmes français d’intervenir publiquement au Qatar. Outre la délicatesse politique de ce genre d’actions, on les voit mal interpellant un couple homosexuel qui se serait pris la main ou se serait embrassé » confie un ancien diplomate français longtemps basé à Rabat.

Le même fonctionnaire assure que le Maroc n’est pas peu fier de voir le professionnalisme de ses services de sécurité trouver une reconnaissance lors d’un évènement planétaire…au grand dam de son voisin algérien qui pensait avoir enfoncé un coin entre le Qatar et le royaume chérifien. Lors du dernier sommet arabe organisé à Alger le 1er novembre, le Qatar fut le seul pays de la péninsule arabique à avoir assuré sa représentation au plus haut niveau, les autres nations (Arabie saoudite, Jordanie, Emirats arabe Unis, Oman et Bahrein) ayant dépêché des responsables subalternes.

L’Algérie travaille à un axe rassemblant la Turquie, proche de Doha après son isolement dans la région, pour faire pièce au pôle qui se construit autour de l’Arabie saoudite bien décidée à agir en tant que puissance régionale qui cherche à s’émanciper progressivement de la tutelle américaine.

La proximité que cultive Alger avec Doha est donc essentielle à son repositionnement diplomatique. Le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs tenu à être présent lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde alors que le team algérien, sorti lors des phases éliminatoires, est absent de la compétition. 

Le choix du Maroc comme puissance chargée de la sécurité du tournoi est plus qu’une décision technique : les observateurs l’interprètent aussi comme  un signal destiné à faire entendre qu’en Afrique du nord, le Qatar, si délicate que soit sa situation dans le Golfe, refuse de prendre partie entre les deux frères ennemis.

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TUNISIE : CONTRE LES OPPOSANTS, LA TENTATION ALGÉRIENNE ?

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La satellisation de la Tunisie dans l’orbite algérienne se confirme chaque jour un peu plus.  Pourtant, à la fin des années 80, les intellectuels nord-africains se prenaient à rêver de voir la sécularisation bourguibienne infuser dans la région. Le mur de Berlin venait de tomber et l’exaltation tiers-mondiste d’Alger avait cessé d’agiter les cénacles universitaires et autres cercles panarabistes plus ou moins aspiré par l’illusion iranienne. La Ligue des droits de l’homme tunisienne avait activement accompagné la naissance de sa sœur algérienne et le statut de la citoyenne tunisienne fut longuement évoqué par des résistantes comme Meryem Belmihoub pour tenter de bloquer le funeste code de la famille qui asservit aujourd’hui encore les Algériennes. Bref, le projet sociétal laborieusement porté par Bourguiba était assumé par les élites nord-africaines qui y voyaient la construction nationale la plus adaptée pour survivre dans une mondialisation que ni la paranoïa post-coloniale de Boumediene ni l’absolutisme monarchique de Hassan II n’avaient vu venir. 

Trente ans plus tard la pédagogie politique s’inverse. Fasciné par le populisme arabo-islamique resuscité par Alger, Kais Saied rêve d’aligner son pays sur le modèle autocratique de son voisin de l’ouest. Les exemples de ce mimétisme sont nombreux. Alger qui a criminalisé l’action politique par l’introduction de l’article 87 bis dans son arsenal juridique a inspiré à Tunis le décret-loi 54 du 13 septembre qui en est le reflet. Ces deux derniers jours ont vu la précipitation de décisions judiciaires qui n’ont rien à envier aux oukases algériens où l’on commence par incriminer des opposants avant de demander à l’appareil judiciaire de trouver matière à constituer un dossier à charge.  Qu’on en juge.

À un mois d’élections législatives anticipées marquées par une désaffection citoyenne et un état d’impréparation inégalés dans l’histoire de la Tunisie indépendante, dans un contexte de poussée inflationniste et de déficit budgétaire inquiétants pour la paix sociale, les abus de pouvoir de Kais Saied rendent le climat politique de plus en plus délétère.

Ce matin du 16 novembre, l’opposant Fadhel Abdelkéfi, président du parti Afek Tounes et ancien ministre en charge du développement puis des finances dans le gouvernement Chahed (2016-2017), a été interdit par la police des frontières de l’aéroport Tunis Carthage de sortir du territoire national sans que celle-ci ne lui présente aucune notification administrative ou judiciaire. Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a tenté de justifier cette interdiction en déclarant que « Fadhel Abdelkefi, fait l’objet d’une interdiction de voyage, émise par le tribunat de première instance de Tunis 1. Les services de la police aux frontières lui ont conseillé de se diriger vers le tribunal en question pour régler ses affaires avec la justice » (sic). Réagissant à ces propos dans un post Facebook, Fadhel Abdelkéfi a affirmé qu’il s’est rendu au Tribunal de première instance de Tunis et qu’il n’a trouvé aucune affaire déposée contre lui, ni dans aucun autre tribunal. Pour lui, le processus d’instruction a été inversé : il a été interdit de voyager le temps de chercher une affaire pour laquelle le convoquer. Et de s’interroger : « Devant le public, j’exhorte le ministère de l’Intérieur ou de la Justice ou toute autre autorité compétente de m’informer qui m’a interdit de voyage ». 

Il est clair pour de nombreux observateurs et acteurs de la vie politique tunisienne que le donneur d’ordres est Kais Saied lui-même. Il est de notoriété publique que ce dernier voue une haine inextinguible à l’endroit de Fadhel Abdelkéfi, présenté souvent comme une alternative crédible à l’actuel locataire de Carthage.  On se rappelle la violence des propos du chef de l’État à son égard fin 2021. Le désignant sans le nommer, Kais Saied l’avait traité de « plus grand des voleurs » et regrettait que la justice l’ait blanchi dans une affaire qui l’opposait à la direction des douanes alors qu’il dirigeait une société d’intermédiation financière, suggérant de surcroit qu’il avait corrompu des juges. 

Au-delà du cas personnel de Fadhel Abdelkéfi, ce sont plus largement ses opposants politiques que Kais Saied a décidé de persécuter. Ces derniers mois, plusieurs anciens députés et ministres ont déjà fait l’objet de mesures similaires d’interdiction de voyage ou d’incarcération abusives n’ayant pas eu de suites. 

Depuis quelques jours les réseaux sociaux bruissent d’une affaire de meurtre vieille de 20 ans dont la ministre de la Justice a décidé de rouvrir le dossier après que le président de la République a rencontré, lors d’une récente visite à la prison de la Mornaguia, le principal inculpé dans cette affaire. Étrange coïncidence, un des témoins de cette affaire à l’époque du meurtre n’est autre que Lotfi Mraihi, candidat à la présidentielle de 2019 et président d’un petit parti, l’UPR (Union Populaire Républicaine) qui vient de lancer une initiative politique intitulée « Dégage » qui vise à forcer le président de la république à la démission. Les pages Facebook proches de Kais Saied martèlent sans cesse le nom de Lotfi Mraihi en évoquant cette affaire.

Avec les opposants politiques, c’est aussi la presse indépendante qui fait les frais de ces violations répétées des libertés publiques.

Ainsi le 11 novembre, la ministre de la Justice Leïla Jaffel attaque en justice le site d’information Business News, connu pour son indépendance et son ton critique à l’égard du pouvoir. Cette plainte près le Tribunal de première instance de Tunis accuse Business News de « diffamation, publication de fausses informations, allégations mensongères contre un fonctionnaire public et injures contre la cheffe du gouvernement ». Selon la plainte l’article incriminé a « des conséquences touchant la sûreté du pays et cherche à atteindre les institutions de l’État ».

Mme Jaffel invite le parquet à lancer les poursuites pénales nécessaires contre Business News conformément aux dispositions du décret-loi 54 du 13 septembre 2022 relatif aux crimes liés aux systèmes d’information et de communication. Ce décret-loi décrié et dénoncé par les organisations des droits de l’homme et les professionnels de la presse vise essentiellement à museler les voix dissidentes y compris lorsqu’elles s’expriment dans les espaces privés que sont les réseaux sociaux (Article 24 ci-dessous) *. Le recours déloyal à ce décret « scélérat » prouve bien les intentions hostiles du pouvoir à l’égard de la presse indocile. Le code spécifique de la presse (décret 115, de 2011) auquel tout article de presse est légalement soumis n’aurait pas permis de telles sanctions.

Fidèle à sa ligne éditoriale, l’équipe de Business News ne baisse pas les bras : « Si la cheffe du gouvernement et sa ministre cherchent à intimider et à faire taire Business News, qu’elles déchantent, nous ne nous laisserons pas faire. Le droit à l’information et la liberté de la presse sont sacrés pour nous et pour nos lecteurs ».

Ces offensives judiciaires spectaculaires et simultanées interrogent sur le timing choisi alors que le pays est sous les radars avec l’ouverture le 19 novembre du sommet de la francophonie à Djerba. On se souvient qu’il y a à peine 6 mois sa tenue était compromise à cause notamment de la position intransigeante du premier ministre canadien qui dénonçait les coups portés au processus démocratique en Tunisie. Si Justin Trudeau a finalement consenti à se rendre au sommet sur insistance de son ami Emmanuel Macron, cela ne signifie nullement un blanc-seing accordé au président Saied par la communauté des États francophones. Kais Saied restera comptable auprès d’eux comme des autres partenaires traditionnels de la Tunisie des renoncements imposés à un projet démocratique parfois maladroit mais si plein de promesses. 

*Sous-section 3 – Des rumeurs et fausses nouvelles

·       Art. 24 – Est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de cinquante mille dinars quiconque utilise sciemment des systèmes et réseaux d’information et de communication en vue de produire, répandre, diffuser, ou envoyer, ou rédiger de fausses nouvelles, de fausses données, des rumeurs, des documents faux ou falsifiés ou faussement attribués à autrui dans le but de porter atteinte aux droits d’autrui ou porter préjudice à la sureté publique ou à la défense nationale ou de semer la terreur parmi la population.

·       Est passible des mêmes peines encourues au premier alinéa toute personne qui procède à l’utilisation de systèmes d’information en vue de publier ou de diffuser des nouvelles ou des documents faux ou falsifiés ou des informations contenant des données à caractère personnel, ou attribution de données infondées visant à diffamer les autres, de porter atteinte à leur réputation, de leur nuire financièrement ou moralement, d’inciter à des agressions contre eux ou d’inciter au discours de haine.

·       Les peines prévues sont portées au double si la personne visée est un agent public ou assimilé.

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ALGÉRIE : LIBÉRATION DE DÉTENUS D’OPINION

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Cinq jours après les sévères critiques essuyés lors de son examen périodique universel (EPU) au Conseil des droits humains (CDH) à Genève (voir adn-med du 13 novembre 2022), l’Algérie ferait-elle montre d’une relative disponibilité à l’écoute de la communauté internationale ? Le tribunal de Dar El Beida, (banlieue est d’Alger), vient en effet de libérer ce mercredi une vingtaine de détenus d’opinion après un procès marathon qui a duré plus de vingt-quatre heures et au cours duquel furent mobilisés une quarantaine d’avocats. Il y a eu des acquittements et des libérations après des condamnations qui recouvrent la période passée en détention, cependant, d’autres prévenus ne sont pas rentrés chez eux, la sanction qui leur a été infligée étant plus longue que le temps de leur emprisonnement.

La plupart de ces prisonniers sont des activistes originaires de Kabylie. Certains furent arrêtés pour appartenance au mouvement du MAK qui prône l’indépendance de la Kabylie alors qu’ils n’en faisaient pas partie ou qu’ils en avaient démissionné de longue date comme c’est le cas de Bouaziz Aït Chebib. Le responsable de cette entité, Ferhat Mehenni, s’est vu, pour sa part, condamné à perpétuité par contumace. Depuis la promulgation de l’article 87bis qui criminalise tout propos critique à l’endroit du pouvoir, le mouvement islamiste Rachad comme le MAK sont désignés par Alger comme des organisations terroristes.

Ces libérations ne doivent cependant pas être prises comme une tendance générale attestant d’une volonté d’apaisement du pouvoir. Au moment même où délibérait le tribunal de Dar El Beida, des interpellations ou des condamnations avaient lieu un peu partout dans le territoire national.

Plus de deux cents militants sont toujours en détention pour avoir exprimé dans la presse ou sur les réseaux sociaux une opinion, apporté leur soutien à des citoyens victimes d’arbitraire, exhibé l’emblème amazigh ou participé à des regroupements ou des manifestations.

À la la fin des années 90, les arrestations pour délit d’opinion avaient quasiment disparu. Après l’essoufflement du mouvement citoyen de février 2019,  le régime algérien – assumant depuis l’arrivée de Tebboune au pouvoir en décembre 2020 une certaine filiation avec la période Boumediène dont il veut réhabiliter les paradigmes et les méthodes – a renoué avec les emprisonnements préventifs, les harcèlements contre les médias privés et les interdictions de sorite du territoire national, autant de violations de droits citoyens qu’Alger refuse toujours de considérer comme des atteintes aux libertés fondamentales.   

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UE-TUNISIE : SAIED PLUS AUTISTE QUE JAMAIS

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Le commissaire européen à la justice Didier Reynders a effectué une visite en Tunisie le 11 novembre où, en plus du chef de l’État, il a rencontré le ministre des Affaires étrangères Othman Jerandi, la ministre de la Justice Léila Jaffel et le ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine. Le choix de ces deux derniers départements qui se sont distingués par des décisions et positions ayant provoqué de nombreuses protestations catégorielles ou d’autres émanant de la société civile donne une indication des lieux de pouvoir où l’UE souhaiterait voir les choses évoluer vers plus de normalité et de transparence.

Le communiqué de la présidence de la république rapportant le compte rendu de l’audience accordée par Kais Saied au commissaire européen est surréaliste. Didier Reynders a eu droit à un cours de droit comparé plus ou moins ésotérique. Dans un monologue qui lui est propre, le locataire du Palais de Carthage a fait étalage de commentaires sentencieux où il expliquait que les approches théoriques de la pensée politique ayant cours en occident appelaient une sérieuse interprétation critique, soulignant que des cas de révision confirmant ses dires étaient d’ailleurs à l’étude.  

Le chef de l’État a également vanté l’expérience tunisienne en termes de rénovation du droit arguant que « contrairement à ce qui se dit dans certains milieux à l’étranger, le 25 juillet était une nécessité pour sauver l’Etat tunisien ». Toujours droit dans ses bottes, Kais Saied a déclaré que son pays était à l’avant-garde par rapport à plusieurs pays européens sur des dossiers comme celui de la constitution, de la loi électorale et des droits des femmes.

Les observateurs ont relevé que le communiqué de la présidence a passé sous silence les interventions du commissaire européen. C’est la délégation de l’UE en Tunisie qui a fait état des positions, plutôt rudes, exprimées par Didier Reynders qui a martelé que :  «  Pour sauvegarder tout acquis démocratique, il est essentiel de renforcer l’État de droit, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et le respect pour les droits humains » soulignant que «  la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de manifestation ainsi que les autres libertés fondamentales sont des valeurs essentielles des États démocratiques et de l’UE (…) Nous y veillons au sein de l’UE, notamment à travers la publication du rapport sur l’État de droit ».  

S’agissant des prochaines étapes concernant les élections et les négociations avec les institutions financières internationales, le commissaire européen a déclaré : « L’UE a rappelé à plusieurs reprises que le dialogue est une condition essentielle pour la soutenabilité des réformes politiques et économiques » ajoutant que « l’UE continuera à suivre de près les prochaines étapes du pays et restera à côté du peuple tunisien et à l’écoute de ses besoins. Elle réaffirme sa disponibilité et sa volonté à apporter son soutien pour mener à bien le retour à la normalité démocratique ». Normalité démocratique que Kais Saied considère comme un péril pour la nation. Pour l’instant, ni les nombreuses visites des responsables américains, ni les invitations de l’UE à atténuer son autoritarisme ne semblent dissuader le président tunisien de poursuivre une aventure solitaire dont lui seul connait l’objectif si tant est qu’il en ait véritablement un, hormis l’exercice du pouvoir absolu.  

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DROITS DE L’HOMME : L’ALGÉRIE ÉPINGLÉE À L’ONU

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Une quinzaine de pays dont les USA, l’Allemagne, la Belgique, le Canada, la Suède, l’Australie, mais aussi le Maroc et Israël ont interpellé ce vendredi l‘Algérie sur les violations des droits des citoyens ayant fait valoir leurs libertés d’expression, d’association, de réunion… Outre ces dénonciations sur les abus commis sur des centaines d’Algériens aujourd’hui détenus pour certains sans jugement, ces pays ont déploré l’existence de textes de loi dont le fameux 87bis associant tout propos hostiles au régime à un acte terroriste. D’autres intervenants ont soulevé la question du code de la famille et des droits des minorités. Si les interpellations du Maroc et d’Israël, peuvent s’apparenter à des manœuvres d’opportunisme politique, les deux pays, en conflit avec Alger, ne sont pas exempts de reproches en matière de violations des droits humains, les interventions d’autres nations aux traditions démocratiques bien établies peuvent avoir un écho plus convaincant auprès de l’opinion internationale. En effet, l’Allemagne, le Canada ou la Belgique qui développent pourtant d’importantes relations commerciales et économiques avec l’Algérie, trouveront une écoute plus crédible dans cette période où l’invasion de l’Ukraine par Moscou anesthésie considérablement les vigilances internationales sur les abus des régimes autocratiques. 

On aura relevé le silence de la France engagée dans un processus relationnel qui se veut à la fois dense et cynique, chacun des deux partenaires sachant que son vis-à-vis sait que leur nouvelle alliance froide et technocratique, est aussi sensible que factice. 

La réponse de la délégation algérienne fut digne des déclarations soviétiques. Ceux que l’on appelle des détenus d’opinion sont des prisonniers auxquels est appliqué le droit commun. Les lois algériennes sont conformes au droit international et si des ambiguïtés peuvent exister dans certaines formulations, « le magistrat qui agit en toute liberté », allégua le ministre de la justice, sait interpréter le texte dans le sens de l’équilibre et de la sérénité. 

En attendant plus de deux cents citoyens croupissent dans les geôles du régime pour avoir posté un message critique ou ironique sur la toile. Le journaliste El Kadi Ihsane vient de se voir impliqué dans une troisième affaire tout aussi abracadabrante que les deux précédentes où il est accusé de terrorisme. Il doit repasser devant le juge d’instruction ce lundi.  

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TUNISIE : PLUS DE 700.000 ÉLÈVES NON SCOLARISÉS

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À la mi-novembre, plus de 14.000 enseignants suppléants, contractuels et vacataires de l’enseignement de base observent toujours la grève qu’ils ont déclenchée depuis la rentrée.


La cause ? Selon le syndicat du secteur, le ministère de tutelle ne veut pas engager un dialogue de fond sur le statut et les salaires que souhaite discuter cette corporation précarisée par l’instabilité des recrutements et les salaires qu’ils n’ont pas reçu depuis six mois. Le ministère de l’éducation qui cherche à retourner l’opinion contre les grévistes alterne appel à la reprise et menace de poursuites judiciaires. Sur le fond il reste sourd aux revendications des enseignants arguant qu’il est impossible d’envisager un recrutement durable avant trois ans, (conséquence semble-t-il des négociations du gouvernement pour un accord avec le FMI qui prévoit un gel de la masse salariale sur 3 ans). En réponse à cette campagne, le secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement de base, Taoufik Chebbi, a, d’ailleurs, accusé le ministère de l’Éducation d’avoir déformé la réalité en semant de fausses informations et en occultant les accords passés avec les précédents gouvernements.


Faute de recevoir des promesses d’échanges crédibles et satisfaisantes, le syndicat propose de maintenir les mouvements de protestation.
De nombreuses voix, dont la direction de l’UGTT, s’élèvent pour dénoncer un pourrissement qui affecte les catégories sociales les plus précaires, les couches aisées voire les classes moyennes envoyant leurs enfants dans les écoles privées. C’est en effet dans les zones rurales et les périphéries des grandes villes que l’on retrouve le plus grand nombre d’enseignants vacataires.
Un trimestre est bientôt écoulé sans que des centaines de milliers d’enfants tunisiens n’aient renoué avec la scolarité.

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PEGASUS : L’ÉPIDEMIE DE L’ESPIONITE

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La députée européenne néerlandaise Sophia in’t Veld (groupe Renew) vient de rendre publique la première version du rapport de la commission lancée par le Parlement européen pour faire le point sur l’étendue de l’usage du logiciel Pegasus qui avait défrayé la chronique en 2021 au point d’avoir conduit des experts de l’ONU à demander un moratoire sur l’utilisation des logiciels espions. 

On se rappelle que le Maroc fut accusé d’avoir exploité illégalement cette technologie pour écouter ses opposants mais aussi des personnalités étrangères de premier plan comme le président Emmanuel Macron, le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez ou des dirigeants algériens. Les plaintes déposées contre l’État marocain par des ONG comme Reporters sans frontières avancent laborieusement tant est difficile la fourniture de preuves matériellement vérifiables dans ce genre d’opérations.

Le rapport de 150 pages produit à Bruxelles ce mardi révèle que quatre pays de l’Union européenne dont la Hongrie, la Pologne, la Grèce auraient également eu recours à Pegasus pour espionner leurs opposants. Dans ce dernier pays, le pouvoir dispose d’un autre logiciel Predator pour suivre des contestataires, des journalistes mais aussi… des membres du gouvernement. Le quatrième pays de l’UE à être épinglé est l’Espagne. On apprend que Madrid a utilisé le logiciel qui a servi à capter les conversations de Pedro Sanchez pour écouter des dizaines de militants indépendantistes catalans.

Force est de constater que tous les pays s’accommodent de ces pratiques, chacun s’y adonnant selon les possibilités et opportunités qui s’offrent à lui. On se souvient que la France avait fourni à Kadhafi des moyens sophistiqués pour écouter ses adversaires. Sous Obama, la NSA, prise la main dans le sac, dût avouer avoir espionné la chancelière Angela Merkel…Comme toujours dans ce genre de manipulations c’est le vieux dicton qui prévaut : il n’est pas interdit de voler mais de se faire attraper.  

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