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Politique

DANIEL LECONTE : « LA LAÏCITÉ S’EST VUE RETOURNÉE CONTRE ELLE-MÊME »

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Le drame de la petite Lola impose à nouveau dans l’urgence et la passion les questions de la laïcité, de l’immigration, de l’islamisme et, plus généralement, des relations algéro-françaises. Afin d’extraire ces problématiques existentielles des caricatures et des hypocrisies, ADN-MED a sollicité le journaliste, auteur et réalisatieur Daniel Leconte, lui-même natif d’Algérie, pour engager une réflexion globale et libre sur des sujets qui se brouillent et et se complexifient faute d’avoir été débattus loyalement et courageusement. Entretien.  

Vous vous êtes retiré de la vie médiatique française après en avoir été l’un des acteurs les plus en vue pendant une quarantaine d’années. Votre société a produit plus de 600 films sur les grandes thématiques de notre siècle. Vous demeurez un observateur attentif sur les questions sociétales qui agitent la scène française et vous vous êtes exprimé à l’occasion de l’agression commise contre Salman Rushdie. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la question de la laïcité en France ?

Avant de vous répondre sur la laïcité, je voudrais profiter de l’occasion pour faire une digression  sur mon retrait supposé de la vie professionnelle auquel vous faite allusion. Disons que je me suis mis en retrait provisoirement plutôt que retiré  définitivement. Que ceux qui m’aiment bien se rassurent. Quant à ceux qui m’aiment moins ou pas du tout, je leur dis à bientôt.   

Il y a deux façons d’observer  l’évolution de la laïcité en France pour en faire le  bilan. 

Observer la responsabilité de l’assaillant d’un côté  et de l’autre, celle de l’agressé . 

Si on regarde du point de vue de l’agresseur, il n’y aucun doute à affirmer : c’est en gros I’Islam prosélite qui agresse la laïcité française.  Et ce,  depuis  la radicalisation de l’Islam il y a 40 ans environ.  La laïcité chez nous a été défiée frontalement par une idéologie conquérante dissimulée derrière la religion. Cette idéologie véhiculée par une version belliqueuse de l’Islam  est une doctrine exportée chez nous  et répandue principalement en France  parmi  les immigrés et les  descendants  d’immigrés d’Afrique du Nord. Longtemps  présentée  comme un épouvantail dans le monde arabo- musulman, la laïcité  est devenue un peu plus tard la cible privilégiée des islamistes chez nous   parce que c’est en France que les résistances sont le plus grandes à l’intrusion de la religion dans la vie de la cité. Gagner la bataille contre la laïcité en France pour les islamistes, c’était ouvrir de grands espaces ailleurs à cet Islam là, notamment dans les démocraties moins vigilantes que la France sur la question religieuse.  Instrumentalisée puis dénaturée par les «  barbus »,  la laïcité s’est vue alors  retournée contre elle même.  De contrat pacifique passé  entre  les religions et les Etats laïcs,  la laïcité a été travestie et présentée à leurs « adeptes » comme une mauvaise manière, une provocation contre l’Islam, une arme de destruction idéologique massive au service de l’universalisme occidental.  La combattre devenait donc une injonction, la harceler, une nécessité. C’était s’attaquer à la tête : faire céder la France d’abord pour s’emparer ensuite du monopole religieux sur les Musulmans en Occident. 

Officiellement,  on a coutûme de dater cette attaque contre la laïcité à l’affaire du voile de Creil en octobre 1989, quand trois collégiennes refusent d’enlever leur voile en classe et suscitent une vive polémique qui  provoque trois mois de débats intellectuels et médiatiques. Quelques semaines plus tard,  un arrêt du Conseil d’état estime que le port du foulard islamique n’est pas incompatible avec le principe de laïcité. Les islamistes ont gagné la première manche.  En 2003, Jacques Chirac alors président de la République reprend  le dossier au début, il constitue un groupe de réflexion  sur l’application du principe de laïcité dans la République : la Commission Stasi. Il va s’en suivre des recommandations dont  le projet de loi qui fut présenté au parlement. Ce projet prévoit d’interdire les signes religieux dans les écoles publiques françaises. En 2004, cette loi est votée et adoptée par l’Assemblée nationale. Elle entre en vigueur dans les écoles françaises. La laïcité a pris sa revanche. 

Les provocations islamistes ne s’arrêteront pas là. Jusqu’à aujourd’hui la laïcité a été défiée à maintes reprises. Un fois sur le voile intégral, une autre fois sur le tchador, sur le burkini ou encore les sorties scolaires et tout récemment encore avec l’épisode des abayas. Entre temps, les groupes djihadistes sont sortis du bois et sont passés à l’acte armes à la main. Qui avec les Kalachnikov contre la rédaction de Charlie qui avait reproduit les caricatures de Mahomet, puis contre les jeunes du Bataclan , puis un camion contre les piétons sur la promenade des Anglais à Nice et les couteaux contre Samuel Patty pour les mêmes raisons que Charlie,  et tous les autres, ceux  qui sont morts en France assassinés par les groupes djihadistes. 

Si on regarde maintenant la responsabilité de l’agressé, il faut bien reconnaître d’abord  que majoritairement les Français ne sont pas prêts à mourir pour honorer le petit père Combes, initiateur de la loi de séparation de l’Eglise et l’Etat. Le modèle laïc ne convainc plus les Français de «  souche », ceux-là mêmes  qui ont grandi culturellement et religieusement dans la culture judéo-chrétienne. Ces Français -là sont en proie au doute «  identitaire » et ne se bousculent plus comme avant pour défendre la laïcité. Alors, certes, ce n’est pas un mouvement uniforme. Il y a eu des régressions et des avancées, Il y a eu la  victoire de  Charlie Hebdo au procès des caricatures en 2007, les 4 millions de français le 11  janvier 2015 dans les rues de France après la tuerie de Charlie quatre jours plus tôt. Il y a eu la prise de conscience des journalistes et de l’opinion pendant les deux mois de procès en première instance de Charlie. Mais il y a eu aussi la mort de Samuel Patty et la hausse des signalements à l’école pour les entorses à la laïcité. C’est la preuve même que les «  anticorps » contre  ce grignotage de la laïcité sont actifs dans la société française certes,  mais qu’ils sont encore trop seuls pour combattre ce cancer. C’est la démonstration que  le « mal » persiste et même qu’il s’étend. Et de ce vue, les écarts de langage répétés d’Emmanuel Macron  sur des sujets qui de près ou de loin ont à voir avec la laïcité pèsent lourds dans la  balance.   

Sur le sujet de la laïcité, sous les coups de boutoir d’un islamisme agressif, nous avons changé de paradigme. Contre l’Eglise catholique qui voulait mettre la main sur les esprits, la bataille a souvent été féroce et les laïcs ont fini par gagner la bataille. Nous avons alors connu une période faste de 80 ans environ. La question religieuse n’en était plus une. L’Eglise était revenue à la place qui lui avait été assignée par la loi. Les vieux conflits qui avaient déchirés la France depuis les guerres de religion étaient circonscrits. Les relations entre croyants et incroyants étaient apaisées. Cette histoire croyait-on était derrière nous. Et puis tout a changé avec un cocktail explosif où se sont mélangés trois ingrédients : la fin de la colonisation, l’immigration massive vers la France d’une population majoritairement islamisée sur le plan culturel comme sur le plan religieux et le réveil d’un Islam conquérant et prosélite. Alors pourquoi ?  

Pendant la période coloniale, la France n’avait déjà pas fait grand chose pour expliquer son modèle laïc aux «  indigènes » considérant que c’était perdu d’avance de le faire puisqu’à aucun moment l’idée d’une intégration n’avait été sérieusement envisagée par le colonisateur.  Après l’indépendance, elle n’a pas compris non plus que l’ouverture des vannes de l’immigration allait permettre d’importer dans notre pays des problèmes qui n’avaient jamais été pris en charge en Algérie par les nouveaux dirigeants du FLN, ceux-là mêmes qui avaient confisqué la révolution à leur profit après l’indépendance. Ces dirigeants avaient même fait le contraire puisque Abane Ramdane, le seul homme d’Etat de cette génération qui avait milité dès 1956 au Congrès de la Soumamm pour la séparation du politique et  du religieux et en avait imposé la présence dans la charte finale, a  été assassiné dans des conditions atroces 16 mois après ce Congrès historique. J’ajoute que ce sont ceux qui ont politiquement éliminé Abane Ramdane qui  prendront  le contrôle politique du FLN  avant la signature des accords d’Evian pour donner le la et le tempo de la décolonisation en Algérie. 

Dès lors, la France ayant pris la décision en 1962 d’ouvrir sans limite  ses portes aux ressortissants algériens, la voie était ouverte pour qu’à la longue, les fondamentaux étant en place, la donne change du tout au tout sur la laïcité en France. Et d’autant plus encore si on ne prenait pas très tôt en charge ce problème. Or, c’est exactement ce qui s’est passé. La France n’a pas pris en charge ce problème, elle a nié cette évidence : beaucoup des ressortissants algériens qui se sont installés chez nous  n’étaient pas du tout préparés à cette révolution culturelle d’avoir à accepter le contrat laïc qui avait été négocié avant eux,  et depuis longtemps,  entre les Eglises et l’Etat. C’était tout le contraire. La laïcité était même devenue avec le temps une  composante essentielle, consubstancielle de l’identité française. Elle s’opposait  sur le plan des principes aux liaisons dangereuses en Algérie entre la junte militaire et l’islam des Oulemas, entre la Mosquée et l’Etat. Et quand est venu le temps des islamistes et du Djihad, ce grand fossé est devenu précipice. Pour les  populations travaillées par le régime algérien et ses partenaires religieux   qui se déversaient en France, adhérer à la laïcité, symbole de l’universalisme français n’était évidemment pas la priorité. Au contraire, cela revenait pour beaucoup d’entres eux  à renier ses origines et son identité, une sorte de trahison en somme, un peu comme passer avec armes et bagages chez l’ennemi. Si, j’ajoute que de 450.000 Nord-africains vivant en France en 1962, on est passé à près de 7 millions en 2022 qui ont conservé des liens politiques,  culturels et religieux profonds avec leur pays d’origine, on peut imaginer l’ampleur du défi à relever.  

Ce n’est pas la seule raison bien sûr pour expliquer les difficultés que rencontre aujourd’hui la laïcité en  France mais c’est une raison majeure qui surpasse toutes les autres. L’effondrement des grandes croyances humanistes ou laïques telles que le communisme ou le patriotisme  ou encore le déclin du catholicisme chez «  la fille aînée de l’Eglise »  ont facilité le retour du  besoin de croire, donc du religieux dans l’espace public. Cet effondrement a fait le lit des religions les plus prosélites et de l’Islam en particulier. Il a rendu moins «  sexy » l’alphabet laïc, moins pertinent pour servir de modèle d’intégration. Dans la jeunesse immigrée issue d’Afrique du nord et d’Afrique noire colonisées par la France, les rancoeurs accumulées de l’ancien colonisé se sont mélangées avec celles de l’exclusion voire du racisme parfois répandu chez l’ancien colonisateur. Avec la confiscation d’un Islam des lumières au profit d’un Islam conquérant, la laïcité est devenu alors  aux yeux des islamistes l’étendard de l’ennemi. Au lieu d’être l’instrument qui apaise les conflits et la guerre des religions, elle  a été travestie et présentée par les islamistes à leurs adeptes  comme une arme de guerre de l’Etat français pour déclarer la guerre aux  Musulmans.      .                    

Comment et pourquoi votre pays subit-il ces involutions ?

D’abord parce que la voix de la France n’a plus le même poids dans le monde aujourd’hui. Et  la laïcité qui passait hier comme une singularité, une « exception française » tolérée parce qu’il s’agissait de la France, pays des lumières,   devient aux yeux de certains, une relique du temps passé.  Quand vient l’heure du bilan de la colonisation, ce sont les idéologues militants qui ont pris la place des historiens sérieux. Ils ont mis la main sur l’activité mémorielle pour en contrôler les contenus, conquérir des parts de marché politiques et en faire une rente à vie. Il fût un temps où la laïcité républicaine, acquis lointain de la Révolution française  était  un marqueur du progrès et de l’humanisme. Brandi par un pays puissant et conquérant, elle devenait attractive. Aujourd’hui, critiquée pour avoir accompagnée et légitimée la colonisation des esprits, elle ne l’est plus,  ou beaucoup moins. Alors on l’accuse d’être identitaire, c’est à dire défensive,  là où elle avait été longtemps une barrière solide contre l’obscurantisme. 

Cette faiblesse  dans le monde mondialisé dans lequel nous vivons, les populations du Sud qui débarquent sur nos côtes ont appris à la connaître. Aidés parfois par «  le sanglot de l’homme blanc », premiers wokes avant le wokisme, ces populations ont fini par savoir nous  regarder les yeux dans les yeux de bonne foi parfois, de mauvaise foi souvent, et à défier nos certitudes républicaines. Chez nous, ils en ont même déconstruit les rouages pour mieux appuyer là où cela fait mal et obtenir un droit du sol moins inconfortable que celui dont disposaient leurs ancêtres.  Pour ceux de ces immigrants animés de bonnes intentions qui ont profité des générosités de cette « faiblesse », c’est tant  mieux,  pour eux et aussi pour nous. La France a gagné des recrues de qualité, des alliés et même des amis chers dans cette affaire.  Mais les autres ?   N’oublions pas en effet que sur la laïcité, ce n’est pas avec nos nouveaux amis venus d’Algérie  que nous avons à ferrailler. Avant de se résoudre à venir en France, ceux-là ont généralement payé le prix fort d’une guerre civile meurtrière dirigée par les islamistes contre eux . Sur la laïcité, ce sont nos alliés contre un ennemi commun : les ultras d’un Islam dévoyé qui challenge les pesanteurs qui paralysent la France et minent l’Algérie.  

Cela fait longtemps que nous n’avions pas eu à affronter un adversaire aussi redoutable, plus redoutable encore que le catholicisme à la fin du 19 siècle au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat ,  quand nous avons voulu faire rentrer les croyants irréductibles dans le rang. Cela fait beaucoup pour un pays devenu fragile. Nous croyions être débarrassés pour toujours de cette histoire ancienne. Et voici qu’elle resurgit de plus belle. 

On aurait tort de croire pour autant que l’origine du problème remonte à l’indépendance de l’Algérie et à l’immigration invasive. Certes, les fautes graves commises de part et d’autre,  avant et après  de l’Indépendance, ont accéléré cette évolution. Mais c’est un déclin qui suit un autre déclin plus brutal encore : Juin 1940, l’effondrement de la France 20 ans après avoir vaincu l’Allemagne en 1919. De cet effondrement là, la France ne se remettra jamais. La défaite maquillée en victoire pour la circonstance quand la France retrouvera en 1945, ses attributs de grande puissance ne changeront rien à cette réalité brutale que sa voix dans le monde ne sera probablement plus jamais la même. Les Français le vivent mais le plus souvent, ils le vivent sans le savoir, ce qui est pire. Ils préfèrent croire dur comme fer à la fable, c’est à dire au récit d’un France résistante qui aurait combattu le nazisme les armes à la main. Regardez aussi l’antiaméricanisme des Français,  c’est un sport national chez nous.  Rien ne les agace plus que de savoir qu’ils ont été libérés par les Américains. Au point d’attribuer à Staline, plutôt qu’à Roosevelt, à Churchill et aux soldats américains, anglais et canadiens,  qui sont venus se faire massacrer pour nous sur les plages de Normandie,  le mérite d’avoir vaincu Hitler et permis à la France de retrouver son intégrité. Quand on est un grand peuple, on se remet difficilement d’avoir raté les grands  rendez-vous avec l’Histoire. Et plus difficilement encore quand on baissé la tête devant les Nazis, qu’on raconte le contraire et qu’au final parce que cela nous arrange, on  désigne comme son libérateur une dictature communiste plutôt que les démocraties rassemblées. 

Dans  la génération d’après, il s’en est suivie la culpabilité, (  la honte rentrée ? ) d’être les héritiers d’une génération sans héritage, une sorte de désinvolture, de légèreté envers tout engagement. Seuls ou presque,  les enfants de résistants et résistantes  et les déportés, pour d’autres raisons,  ont gardé en eux les valeurs de la France d’avant, celles de la Révolution, des Lumières et de la République. C’est cette France-là qui avait partagé les droits de l’homme et du citoyen avec le reste du monde.  Dans l’entre deux guerres, la laïcité avait été son étendard et les «  Hussards de la République »,  ses serviteurs. Pas touche à l’école républicaine, pas touche à la laïcité. C’était un totem. Après guerre, ce temps-là était révolu.  La voix de la France portait moins et la laïcité n’avait plus le même attrait.                  

Certains disent que nous sommes sortis de l’Histoire. Je ne crois pas que se soit définitif, tout est possible en effet, voyez le l’Ukraine, voyez le réveil de l’Europe, voyez le naufrage de Poutine. Qui aurait dit il y a un an que l’Ukraine mettrait la Russie à genoux ? Qui aurait pensé que les menaces de Poutine auraient réveillé le patriotisme urkrainien plutôt qu’elle ne l’aurait dissuadé ? Et qui même en son temps aurait pu croire qu’un homme,  De Gaulle , aurait pu à lui seul remettre la France debout et lui permettre de parler au monde ? Après tout,  ce n’est qu’une affaire de volonté en politique et d’un peu de courage, justement ce qui nous manque tant aujourd’hui. Est-ce inéluctable d’en passer par là pour renouer  avec la grande histoire et avec elle, avec une  laïcité plus conquérante ?          

Vous êtes né à Oran. A titre personnel vous avez gardé une relation apaisée avec l’Algérie, votre livre « Camus si tu savais » écrit en 1979 et réédité en 2004 …en atteste. Comment peut-on évoluer sereinement entre les postures de la gauche tiers-mondiste, ou du Sud global comme on le dit maintenant, qui cultivent le communautarisme comme un éternel droit de réparation post-colonial, les aigreurs passéistes qui ne parviennent pas à s’affranchir d’une émotion qui empêche de voir le réel et des invectives francophobes de ceux qui vivent de la rente mémorielle ? C’est compliqué.

Disons que cela fait beaucoup de gens mal intentionnés tout cela. Cette addition de gens qui veulent renverser la table , c ‘est la France d’aujourd’hui, un monôme permanent qui s’amuse des libertés démocratiques  comme d’un hochet au-dessus d’un lit d’enfant alors que le monde se déchire autour du berceau. C’est ne rien connaître à l’Histoire que de ne pas savoir résister à la tentation de croire que le bla bla pluraliste peut sauver le monde du non-sens. Ce bla bla  y participe,  en première ligne,  pour essayer de nous faire croire qu’il joue un rôle alors qu’il est au balcon et compte les points. Et pendant ce temps, Marianne subit les outrages des faux dévôts qui conspirent à sa perte…  

En France aujourd’hui, on rend l’Etat responsable de tous les malheurs, c’est le propre d’un monde d’assistés. La liberté c’est l’apprentissage du contraire. Voyez le délire des irresponsables qui aujourd’hui soutiennent Poutine en France en rêvant tout haut qu’ils sont progressistes. Voyez les pseudos historiens du décolonial qui veulent nous convaincre que la France a commis un crime contre l’humanité il y a deux siècles alors que c’est la commission Afrique de la Chambre des pairs en 1830 qui a été le premier lanceur d’alertes sur ce sujet. Et que ce sont les historiens français et eux seuls, qui ont documenté le crîmes de guerre de l’armée d’Afrique en Algérie il y a près de 100 ans, c’est à dire bien avant la naissance du FLN et le déclenchement de la lutte armée en Algérie. Cherchez l’erreur !

En ce qui me concerne, je pense que la société française est au moins aussi responsable que l’Etat de la situation dans laquelle se trouve la France. N’oublions pas la leçon de Marc Bloch dans «  l’Etrange défaite » écrit en 1941. Juin 40, ce n’est pas seulement l’effondrement de l’Etat français, c’est aussi la société française qui s’abîme et se délite dans son pathos pour nous convaincre qu’il n’y a pas péril en la demeure. Rien que pour ces raisons, on pourrait souhaiter l’irruption d’un homme providentiel pour remettre à l’endroit tout ce qui est à l’envers. Et pourquoi pas après tout même si cela ne se décrète pas. Sauf que l’Histoire nous  a plutôt appris avec Napoléon III que l’on ne cuisine pas deux fois sans risque les bonnes  recettes. Et puis n’est pas De Gaulle qui veut. Quand bien même ce serait le cas, ce serait une erreur de compter sur des solutions miracles. C’est Gramsci qui nous enseigne qu’il n’y a pas de victoire politique qui ne soit pas précédée d’une victoire culturelle, d’une victoire dans la bataille des idées dans la société. C’est cela qu’il faut viser pour sortir la laïcité du tunnel.  C’est ne plus laisser la culture, le savoir et l’information entre les mains d’amateurs militants, de causes exotiques entre autres. C’est faire tomber autant que faire se peut les barrières inutiles. Celles qui protègent des institutions et des hommes  qui n’ont d’autre fonction que de se servir plutôt que de servir. Et se méfier des idéologies qui n’ont d’autres missions que de détourner notre regard de l’essentiel, de nous vendre du rêve en lieu et place de  la réalité. En contrepartie, ce à quoi j’adhère,  c’est de fluidifier les échanges entre les gens qui sont d’accord sur l’essentiel, la démocratie et l’Etat de droit ; c’est non négociable,  et d’œuvrer ensemble quels que soient les régions, quels que soient les pays, quelles que soient les religions, quels que soient les points de vues.  Ce que vous faites à ADN-med me paraît, de ce point de vue, la bonne méthode à long terme. Faire tomber les barrières nationales pour parler en la même langue, celle du progrès humain et de la liberté retrouvée.        

Le président Macron a changé de pied à plusieurs reprises sur les relations franco-algériennes. De « la colonisation crime contre l’humanité » à la célébration actuelle d’une coopération froide et désincarnée ignorant les violations patentes des droits humains en passant par la dénonciation d’un « régime politico-militaire qui vit d’une rente mémorielle » la palette est plutôt caléidoscopique. Quel est le vrai curseur diplomatique français sur ce dossier ?

Je ne suis pas diplomate donc je me garderai bien de répondre  à cette question en tant que diplomate.  Ce que je crois en revanche, c’est que la manière dont Macron s’y est pris pour parler de la mémoire coloniale est tellement outrancière et maladroite qu’elle est contre- productive. Je n’aurai jamais imaginé que Macron que je tiens en estime pour son intelligence soit capable de faire de telles bourdes. C’est pour moi, incompréhensible. Quant à la mémoire commune qu’on nous a vendu comme une trouvaille magnifique, c’est au mieux un rêve passéiste,  la  nostalgie néo- colonialiste, paternaliste, d’une époque révolue. Je ne comprend même pas comment les Algériens si susceptibles quand on touche au mémoriel,  aient laissé faire notre Président. Je ne vois qu’une explication : Ils avaient la main sur ce dossier. Ils  savaient qu’ils avaient « pris la tête » de Macron comme ils l’ont plus ou moins fait sur ce sujet avec tous les autres Présidents français.     

Vu le résultat des relations franco-algériennes depuis 60 ans, ma conviction c’est que nous avons perdu 60 ans! La prise en charge de la question mémorielle par nos deux Etats a eu pour  seul effet de compliquer et de rendre toxique tous les autres échanges, quels qu’ils soient, entre nous : économiques, politiques, culturels, diplomatiques ou  militaires. Ca n’a servi à rien sinon à alimenter les ressentiments de part et d’autre et à creuser les différences au lieu de les combler. Au terme de ce retour dans le passé, je suis aujourd’hui convaincu que c’est seulement à partir des relations personnelles et particulières que des échanges fructueux peuvent exister entre nos deux peuples. 

J’ajoute que contrairement à tout ce qui a été dit jusqu’ici, De Gaulle n’a pas rompu avec l’Algérie en 1962 parce qu’il était un « ami » du monde arabe. C’est l’inverse. Il a rompu avec l’Algérie parce que , maurrassien, il pensait que nous n’avions rien à voir avec ce monde-là. Et d’ailleurs, il n’incluait pas dans ce monde que les Arabes. Il y incluait aussi « les Kabyles,  les Berbères et  les Juifs que lesdits Arabes ont colonisés et islamisés après avoir conquis le Maghreb au VII siècle. ». De mémoire, je crois même qu’il avait inclus les Pieds noirs, dans cette liste de « parias » qui n’avaient rien à voir avec nous.  Alors comment s’étonner  aujourd’hui encore si beaucoup d’entre eux se sont sentis abandonnés par lui   au moment de l’Indépendance. Il y croyait d’autant plus qu’il a même coupé les ponts et brûlé tous ses vaisseaux sans vouloir négocier sérieusement avec le FLN pour s’en aller au plus vite quitte à laisser les Algériens se débrouiller seuls face à leurs nouveaux maîtres. Ce sont de mauvaises raisons qui l’ont conduit à prendre une bonne décision, du moins sur le papier.  

Au final, il faut bien sûr reconnaître  que De Gaulle a fait ce qu’aucun autre que lui n’aurait pu faire à sa place sans déclencher une guerre civile, il a mis fin à cette anomalie historique qu’était devenue l’Algérie française.  Vu les circonstances, vu, ce que nous savons aujourd’hui après 60 ans de recul, et vu surtout, parce que c’était lui, on aurait pu rêver  qu’il fasse mieux  pour la France comme pour le peuple algérien et qu’il ne brade rien d’essentiel. Il aurait pu négocier jusqu’au bout avec le FLN pour obtenir des conditions qui préservent des relations à minima cordiales entre la France et l’Algérie ou, faute de quoi,   rompre tous liens après l’Indépendance. Il était assez « grand » pour le faire et il ne l’a pas fait . Si l’avait fait, je suis sûr que nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui .  

Je ne suis absolument pas d’accord bien sûr avec cette vision, maurrassienne,  du peuple français exprimée par De Gaulle. Je considère que les hommes valent plus par ce qu’ils font que par ce qu’ils sont. Mais avec le recul,  il faut bien reconnaître qu’il y a une part de vrai dans ce constat brutal que «  n’avions rien à voir avec monde-là ».Nous n’avions rien à voir sauf que De Gaulle s’est juste trompé de monde. Nous n’avions rien à voir,  peut être,  avec    cette description ethnique d’une Algérie décrite par lui mais aussi, et surtout,  rien à voir avec une Algérie sous influence du panarabisme prêché par Boumedienne, allié de Nasser, l’ennemi juré de la France de l’époque. Rien à voir avec le communisme soviétique de Brejnev avec lequel le régime algérien a  fait alliance avant même l’Indépendance et  jusqu’à la Russie de Poutine dont il est toujours l’allié. Rien à voir avec l’islamisme meurtrier du FIS avec lequel ce régime a fait ami-ami pour combattre  les démocrates dans son propre peuple. Rien à voir avec Les 200.000 morts de la guerre civile. Rien à voir avec les clans qui se partagent la rente énergétique. Rien à voir avec les Oulémas réformistes qui font la police ethnique, religieuse, culturelle et des mœurs dans la société algérienne. Rien à voir enfin avec un régime  militaire qui dirige l’Algérie de manière ininterrompue depuis  60 ans. 

Ces Algéries-là qui n’ont rien à voir avec nous, à quel moment De Gaulle et ses successeurs les ont ils interpellé, questionné leurs idées, pointé du doigt leurs compromissions et dénoncé leurs méthodes ? Qu’avions nous à attendre à vouloir parler mémoire coloniale deux siècles après la conquête et 60 ans après l’Indépendance avec un régime  aussi peu vertueux  et qui prétend nous donner des leçons de morale sans jamais se regarder dans la glace ? 

A force de se taire sur tous ces sujets, les idées recues véhiculées  par les professionnels de «  la cause des autres », ont fini par s’installer et devenir des vérités d’évidence. Certes, ces idées reçues ne sont  souvent que des postures  ou, au mieux,  des humeurs humanistes qui dissimulent des  a-priori politiques.  Mais c’est à partir de là que prospèrent des recherches « savantes », des opinions radicales  et toxiques comme celles produites par les adeptes du  «  décolonialisme » par exemple . Ce sont les mêmes idées reçues  qui sont recyclées sans avoir jamais été confontrées à l’épreuve de la critique. Elles ont fini par constituer une banquise de contre-vérités présentées comme la vérité. Elles sapent tout dialogue fécond et,  en monopolisant l’attention des médias, elles fond obstacle  à un récit alternatif qui rassemble. Il faudra bien un jour que  cette banquise fonde pour libérer la parole. C’est le moment ou jamais d’agir pour le faire. Il est déjà très tard. Avant qu’il ne  soit trop tard, il faut demander à notre Président de se ressaisir et de se mettre en marche avec nous pour nous aider à faire enfin bouger les lignes. Il y va plus que d’être au plus juste de la réalité de notre récit national. Il y va de notre vivre ensemble.     

Vous vous apprêtez à écrire un ouvrage sur la guerre d’Algérie. Quelques mots pour Adn-med ?

Je viens de vous faire en gros la synthèse du sujet qui sera traité dans ce livre. Vous en savez donc déjà beaucoup…     

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MAROC : DES CANONS CAESARS POUR LES FAR

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Le canon français Caesar va être livré à l’armée marocaine. En fait, un lot dont le nombre n’a pas été rendu public qui représente une partie de la commande de 36 unités passées par le Royaume en 2020 est déjà parvenu au Maroc. Le 16 novembre dernier, des officiers français ont procédé à l’École royale de l’artillerie a une initiation à l’utilisation de ce canon considéré comme l’une des meilleures armes d’artillerie au monde. 

Fabriqué par les usines françaises Nexter, le Caesar est réputé pour sa précision et sa mobilité qui le met à l’abri des riposte ennemies. Ce canon d’une portée de 40 kilomètres a été découvert par l’opinion publique à la suite de ses performances dans la guerre livrée par la Russie à l’Ukraine. 

Dans un premier temps, le transfert à l’armée ukrainienne d’une partie du stock dédié à l’armée française avait laissé croire que compte tenu de la durée nécessaire à sa fabrication (18 mois environ), l’industrie militaire française ne serait pas en mesure d’honorer les commandes qui lui ont été faites. Il semblerait que des mesures aient été prises pour accélérer la cadence de production. 

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ALGÉRIE-TUNISIE : COOPÉRATION POURQUOI FAIRE ?

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Les relations algéro-tunisiennes ont connu cette semaine un rebond remarqué. Le ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra s’est rendu à Tunis le 26 novembre où il a été reçu par le président Kaïs Saïed.  Deux jours plus tard, et sans annonce préalable, c’est la cheffe du gouvernement Najla Bouden qui arrive à Alger où elle a été reçue par Abdelmadjid Tebboune en présence de son premier ministre et du ministre des Affaires étrangères.

Lundi 28 novembre, au terme de l’audience que lui a accordée le Président Tebboune, elle ne donne aucune indication sur la teneur de son entretien, se contentant d’une déclaration convenue: “J’ai eu l’honneur de rencontrer le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune à qui j’ai transmis les salutations et les félicitations renouvelées du Président Kaïs Saïed pour le succès du Sommet arabe abrité par l’Algérie, début novembre, ainsi que ses vœux de davantage de prospérité pour l’Algérie”, exprimant sa “gratitude à l’Algérie pour son soutien à la Tunisie en cette conjoncture sensible que le pays traverse”.

Cette visite est, selon la cheffe du gouvernement tunisien, destinée à discuter des intérêts communs des deux pays et préparer la prochaine réunion de la commission mixte algéro-tunisienne prévue à Alger. Depuis des décennies et jusque-là, aucune préparation de la réunion ordinaire de la commission mixte n’avait nécessité le déplacement d’un responsable de ce niveau. Du coup, ce déplacement inopiné ouvre la voie à toutes sortes de spéculations.

Depuis le coup de force opéré par Kaïs Saïed en juillet 2021, Alger a manifesté une disponibilité permanente à l’égard de son voisin de l’est auquel il a octroyé un prêt financier et assuré un approvisionnement en gaz dans une situation socio-économique particulièrement tendue. En retour, Tunis a exprimé une évolution notable sur des dossiers importants comme celui du Sahara occidental dont elle a abandonné la traditionnelle neutralité, un positionnement sur la guerre en Ukraine non hostile à Moscou ou une gestion particulièrement fermée de l’information pratiquée par Alger depuis l’arrivée de Tebboune au pouvoir.

En effet, au moment où le régime algérien sévit contre les médias audiovisuels indépendants en harcelant El Kadi Ihsane, directeur de Radio M et Maghreb émergent, derniers ilots de libre expression, la ministre de la justice tunisienne, Leila Jaffel, engage une procédure judiciaire au nom de la cheffe du gouvernement contre le site Business news pour avoir publié un article critique sur le bilan de cette dernière. Outre la tentation de la soumission des voix contestataires, les deux régimes partagent également l’investissement d’un islamo-conservatisme qui doit faire pièce aux périls de la francophonie que le calendrier de cette organisation vient d’imposer à Kaïs Saïed à Djerba. Un espace sur lequel Alger, engagé dans un mouvement de brusque et brutale défrancisation de son éducation, ne désespère pas d’amener le tunisien sinon à s’en séparer du moins à s’en éloigner.

Seul critère sur lequel les deux capitales devront trouver matière à composer : le traitement du mouvement des Frères musulmans. Le président tunisien livre une guerre sans merci contre le parti islamiste Ennahdha – non pas sur le fond de la doctrine – qu’il estime être l’unique source capable de remettre en cause son aventure solitaire. Or le pouvoir algérien qui a fait le choix stratégique de composer avec un islam de bazar dans lequel baigne cette mouvance envoie régulièrement des messages à son allié pour l’inviter à atténuer ses attaques contre le parti de Ghannouchi. D’autant que les procédures utilisées dans ces assauts anti Ennahdha frisent l’illégalité et provoquent de plus en plus d’exaspération et d’indignation dans l’opinion alors que cette formation politique, à son firmament dans la phase post-révolution, a engendré dix ans après un tel rejet dans la société tunisienne que Kaïs Saïed s’est cru autorisé à toutes les infractions constitutives d’un coup d’Etat.

Pour cet ancien dirigeant d’entreprises publiques algériennes, qui requiert l‘anonymat et habitué des cénacles algéro-tunisiens, « le rapprochement des deux pouvoirs est plus dû à la volonté de renforcer les conceptions autoritaires des Etats que la perspective de construire un nouvel environnement ouvert sur des gouvernances crédibles et légitimes ».

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SAHARA OCCIDENTAL : GUETTERES PRUDENT

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Le roi Mohamed VI a reçu ce mercredi le secrétaire général de l’ONU Antonio Gutteres à l’occasion du 9éme forum de l’Alliance des civilisations qui s’est tenu à Fès les 22 et 23 novembre.

On relève dans le communiqué sanctionnant cette rencontre l’engagement permanent du monarque chérifien pour « la promotion des valeurs d’ouverture, de tolérance, de dialogue et de respect des différences ». Par ailleurs, il est souligné « la contribution constructive et constante du Royaume pour le maintien et la consolidation de la paix, le renforcement de la stabilité et la promotion du développement, notamment dans le continent africain ».

En revanche, le secrétaire général de l’ONU s’est gradé de s’exprimer sur la question du Sahara occidental alors que Mohamed VI a insisté pour rappeler « la position constante du Maroc pour le règlement de ce différend régional sur la base de l’initiative d’autonomie, dans le cadre de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume ». 

Signe de l’embarras onusien sur un problème qui déchire l’Afrique du nord depuis bientôt un demi-siècle, la réaffirmation du « soutien du Royaume aux efforts du secrétaire général et de son envoyé personnel, Stafan De Mistura, aux fins de la conduite du processus politique, ainsi qu’à la MINURSO pour l’observation du cessez-le-feu » n’a pas davantage amené Guterres à avancer sur ce dossier que Rabat pose désormais comme premier paramètre de calibrage de ses relations avec ses partenaires. Pour rappel, le cessez le feu observé depuis 1991 est désormais rompu par des accrochages récurrents opposant le Polisario et les FAR. En novembre 2021 et en septembre 2022, des victimes civiles algériennes et mauritaniennes, touchées vraisemblablement par des drones marocains, ont été déplorées dans la zone de Guerguerat située à l’extrême sud-ouest du Sahara occidental.

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SÉCURITÉ DE LA COUPE DU MONDE : LE QATAR CHOISIT LE MAROC

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Des contingents des services de police marocains sont arrivés à Doha pour assurer la sécurité publique pendant la durée de la coupe du monde. Près de 250 gendarmes français sont également positionnés dans la capitale qatarie avec un rôle plus discret. Ces derniers qui ont une mission d’expertise doivent, si les circonstances le commandaient, intervenir dans une opération d’urgence. Mais la palme de la visibilité revient évidemment aux agents marocains qui procèdent à la sécurisation des lieux et, en cas de besoin, au contrôle des individus suspects. « On ne peut pas demander à des gendarmes français d’intervenir publiquement au Qatar. Outre la délicatesse politique de ce genre d’actions, on les voit mal interpellant un couple homosexuel qui se serait pris la main ou se serait embrassé » confie un ancien diplomate français longtemps basé à Rabat.

Le même fonctionnaire assure que le Maroc n’est pas peu fier de voir le professionnalisme de ses services de sécurité trouver une reconnaissance lors d’un évènement planétaire…au grand dam de son voisin algérien qui pensait avoir enfoncé un coin entre le Qatar et le royaume chérifien. Lors du dernier sommet arabe organisé à Alger le 1er novembre, le Qatar fut le seul pays de la péninsule arabique à avoir assuré sa représentation au plus haut niveau, les autres nations (Arabie saoudite, Jordanie, Emirats arabe Unis, Oman et Bahrein) ayant dépêché des responsables subalternes.

L’Algérie travaille à un axe rassemblant la Turquie, proche de Doha après son isolement dans la région, pour faire pièce au pôle qui se construit autour de l’Arabie saoudite bien décidée à agir en tant que puissance régionale qui cherche à s’émanciper progressivement de la tutelle américaine.

La proximité que cultive Alger avec Doha est donc essentielle à son repositionnement diplomatique. Le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune a d’ailleurs tenu à être présent lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde alors que le team algérien, sorti lors des phases éliminatoires, est absent de la compétition. 

Le choix du Maroc comme puissance chargée de la sécurité du tournoi est plus qu’une décision technique : les observateurs l’interprètent aussi comme  un signal destiné à faire entendre qu’en Afrique du nord, le Qatar, si délicate que soit sa situation dans le Golfe, refuse de prendre partie entre les deux frères ennemis.

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TUNISIE : CONTRE LES OPPOSANTS, LA TENTATION ALGÉRIENNE ?

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La satellisation de la Tunisie dans l’orbite algérienne se confirme chaque jour un peu plus.  Pourtant, à la fin des années 80, les intellectuels nord-africains se prenaient à rêver de voir la sécularisation bourguibienne infuser dans la région. Le mur de Berlin venait de tomber et l’exaltation tiers-mondiste d’Alger avait cessé d’agiter les cénacles universitaires et autres cercles panarabistes plus ou moins aspiré par l’illusion iranienne. La Ligue des droits de l’homme tunisienne avait activement accompagné la naissance de sa sœur algérienne et le statut de la citoyenne tunisienne fut longuement évoqué par des résistantes comme Meryem Belmihoub pour tenter de bloquer le funeste code de la famille qui asservit aujourd’hui encore les Algériennes. Bref, le projet sociétal laborieusement porté par Bourguiba était assumé par les élites nord-africaines qui y voyaient la construction nationale la plus adaptée pour survivre dans une mondialisation que ni la paranoïa post-coloniale de Boumediene ni l’absolutisme monarchique de Hassan II n’avaient vu venir. 

Trente ans plus tard la pédagogie politique s’inverse. Fasciné par le populisme arabo-islamique resuscité par Alger, Kais Saied rêve d’aligner son pays sur le modèle autocratique de son voisin de l’ouest. Les exemples de ce mimétisme sont nombreux. Alger qui a criminalisé l’action politique par l’introduction de l’article 87 bis dans son arsenal juridique a inspiré à Tunis le décret-loi 54 du 13 septembre qui en est le reflet. Ces deux derniers jours ont vu la précipitation de décisions judiciaires qui n’ont rien à envier aux oukases algériens où l’on commence par incriminer des opposants avant de demander à l’appareil judiciaire de trouver matière à constituer un dossier à charge.  Qu’on en juge.

À un mois d’élections législatives anticipées marquées par une désaffection citoyenne et un état d’impréparation inégalés dans l’histoire de la Tunisie indépendante, dans un contexte de poussée inflationniste et de déficit budgétaire inquiétants pour la paix sociale, les abus de pouvoir de Kais Saied rendent le climat politique de plus en plus délétère.

Ce matin du 16 novembre, l’opposant Fadhel Abdelkéfi, président du parti Afek Tounes et ancien ministre en charge du développement puis des finances dans le gouvernement Chahed (2016-2017), a été interdit par la police des frontières de l’aéroport Tunis Carthage de sortir du territoire national sans que celle-ci ne lui présente aucune notification administrative ou judiciaire. Un porte-parole du ministère de l’Intérieur a tenté de justifier cette interdiction en déclarant que « Fadhel Abdelkefi, fait l’objet d’une interdiction de voyage, émise par le tribunat de première instance de Tunis 1. Les services de la police aux frontières lui ont conseillé de se diriger vers le tribunal en question pour régler ses affaires avec la justice » (sic). Réagissant à ces propos dans un post Facebook, Fadhel Abdelkéfi a affirmé qu’il s’est rendu au Tribunal de première instance de Tunis et qu’il n’a trouvé aucune affaire déposée contre lui, ni dans aucun autre tribunal. Pour lui, le processus d’instruction a été inversé : il a été interdit de voyager le temps de chercher une affaire pour laquelle le convoquer. Et de s’interroger : « Devant le public, j’exhorte le ministère de l’Intérieur ou de la Justice ou toute autre autorité compétente de m’informer qui m’a interdit de voyage ». 

Il est clair pour de nombreux observateurs et acteurs de la vie politique tunisienne que le donneur d’ordres est Kais Saied lui-même. Il est de notoriété publique que ce dernier voue une haine inextinguible à l’endroit de Fadhel Abdelkéfi, présenté souvent comme une alternative crédible à l’actuel locataire de Carthage.  On se rappelle la violence des propos du chef de l’État à son égard fin 2021. Le désignant sans le nommer, Kais Saied l’avait traité de « plus grand des voleurs » et regrettait que la justice l’ait blanchi dans une affaire qui l’opposait à la direction des douanes alors qu’il dirigeait une société d’intermédiation financière, suggérant de surcroit qu’il avait corrompu des juges. 

Au-delà du cas personnel de Fadhel Abdelkéfi, ce sont plus largement ses opposants politiques que Kais Saied a décidé de persécuter. Ces derniers mois, plusieurs anciens députés et ministres ont déjà fait l’objet de mesures similaires d’interdiction de voyage ou d’incarcération abusives n’ayant pas eu de suites. 

Depuis quelques jours les réseaux sociaux bruissent d’une affaire de meurtre vieille de 20 ans dont la ministre de la Justice a décidé de rouvrir le dossier après que le président de la République a rencontré, lors d’une récente visite à la prison de la Mornaguia, le principal inculpé dans cette affaire. Étrange coïncidence, un des témoins de cette affaire à l’époque du meurtre n’est autre que Lotfi Mraihi, candidat à la présidentielle de 2019 et président d’un petit parti, l’UPR (Union Populaire Républicaine) qui vient de lancer une initiative politique intitulée « Dégage » qui vise à forcer le président de la république à la démission. Les pages Facebook proches de Kais Saied martèlent sans cesse le nom de Lotfi Mraihi en évoquant cette affaire.

Avec les opposants politiques, c’est aussi la presse indépendante qui fait les frais de ces violations répétées des libertés publiques.

Ainsi le 11 novembre, la ministre de la Justice Leïla Jaffel attaque en justice le site d’information Business News, connu pour son indépendance et son ton critique à l’égard du pouvoir. Cette plainte près le Tribunal de première instance de Tunis accuse Business News de « diffamation, publication de fausses informations, allégations mensongères contre un fonctionnaire public et injures contre la cheffe du gouvernement ». Selon la plainte l’article incriminé a « des conséquences touchant la sûreté du pays et cherche à atteindre les institutions de l’État ».

Mme Jaffel invite le parquet à lancer les poursuites pénales nécessaires contre Business News conformément aux dispositions du décret-loi 54 du 13 septembre 2022 relatif aux crimes liés aux systèmes d’information et de communication. Ce décret-loi décrié et dénoncé par les organisations des droits de l’homme et les professionnels de la presse vise essentiellement à museler les voix dissidentes y compris lorsqu’elles s’expriment dans les espaces privés que sont les réseaux sociaux (Article 24 ci-dessous) *. Le recours déloyal à ce décret « scélérat » prouve bien les intentions hostiles du pouvoir à l’égard de la presse indocile. Le code spécifique de la presse (décret 115, de 2011) auquel tout article de presse est légalement soumis n’aurait pas permis de telles sanctions.

Fidèle à sa ligne éditoriale, l’équipe de Business News ne baisse pas les bras : « Si la cheffe du gouvernement et sa ministre cherchent à intimider et à faire taire Business News, qu’elles déchantent, nous ne nous laisserons pas faire. Le droit à l’information et la liberté de la presse sont sacrés pour nous et pour nos lecteurs ».

Ces offensives judiciaires spectaculaires et simultanées interrogent sur le timing choisi alors que le pays est sous les radars avec l’ouverture le 19 novembre du sommet de la francophonie à Djerba. On se souvient qu’il y a à peine 6 mois sa tenue était compromise à cause notamment de la position intransigeante du premier ministre canadien qui dénonçait les coups portés au processus démocratique en Tunisie. Si Justin Trudeau a finalement consenti à se rendre au sommet sur insistance de son ami Emmanuel Macron, cela ne signifie nullement un blanc-seing accordé au président Saied par la communauté des États francophones. Kais Saied restera comptable auprès d’eux comme des autres partenaires traditionnels de la Tunisie des renoncements imposés à un projet démocratique parfois maladroit mais si plein de promesses. 

*Sous-section 3 – Des rumeurs et fausses nouvelles

·       Art. 24 – Est puni de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de cinquante mille dinars quiconque utilise sciemment des systèmes et réseaux d’information et de communication en vue de produire, répandre, diffuser, ou envoyer, ou rédiger de fausses nouvelles, de fausses données, des rumeurs, des documents faux ou falsifiés ou faussement attribués à autrui dans le but de porter atteinte aux droits d’autrui ou porter préjudice à la sureté publique ou à la défense nationale ou de semer la terreur parmi la population.

·       Est passible des mêmes peines encourues au premier alinéa toute personne qui procède à l’utilisation de systèmes d’information en vue de publier ou de diffuser des nouvelles ou des documents faux ou falsifiés ou des informations contenant des données à caractère personnel, ou attribution de données infondées visant à diffamer les autres, de porter atteinte à leur réputation, de leur nuire financièrement ou moralement, d’inciter à des agressions contre eux ou d’inciter au discours de haine.

·       Les peines prévues sont portées au double si la personne visée est un agent public ou assimilé.

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ALGÉRIE : LIBÉRATION DE DÉTENUS D’OPINION

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Cinq jours après les sévères critiques essuyés lors de son examen périodique universel (EPU) au Conseil des droits humains (CDH) à Genève (voir adn-med du 13 novembre 2022), l’Algérie ferait-elle montre d’une relative disponibilité à l’écoute de la communauté internationale ? Le tribunal de Dar El Beida, (banlieue est d’Alger), vient en effet de libérer ce mercredi une vingtaine de détenus d’opinion après un procès marathon qui a duré plus de vingt-quatre heures et au cours duquel furent mobilisés une quarantaine d’avocats. Il y a eu des acquittements et des libérations après des condamnations qui recouvrent la période passée en détention, cependant, d’autres prévenus ne sont pas rentrés chez eux, la sanction qui leur a été infligée étant plus longue que le temps de leur emprisonnement.

La plupart de ces prisonniers sont des activistes originaires de Kabylie. Certains furent arrêtés pour appartenance au mouvement du MAK qui prône l’indépendance de la Kabylie alors qu’ils n’en faisaient pas partie ou qu’ils en avaient démissionné de longue date comme c’est le cas de Bouaziz Aït Chebib. Le responsable de cette entité, Ferhat Mehenni, s’est vu, pour sa part, condamné à perpétuité par contumace. Depuis la promulgation de l’article 87bis qui criminalise tout propos critique à l’endroit du pouvoir, le mouvement islamiste Rachad comme le MAK sont désignés par Alger comme des organisations terroristes.

Ces libérations ne doivent cependant pas être prises comme une tendance générale attestant d’une volonté d’apaisement du pouvoir. Au moment même où délibérait le tribunal de Dar El Beida, des interpellations ou des condamnations avaient lieu un peu partout dans le territoire national.

Plus de deux cents militants sont toujours en détention pour avoir exprimé dans la presse ou sur les réseaux sociaux une opinion, apporté leur soutien à des citoyens victimes d’arbitraire, exhibé l’emblème amazigh ou participé à des regroupements ou des manifestations.

À la la fin des années 90, les arrestations pour délit d’opinion avaient quasiment disparu. Après l’essoufflement du mouvement citoyen de février 2019,  le régime algérien – assumant depuis l’arrivée de Tebboune au pouvoir en décembre 2020 une certaine filiation avec la période Boumediène dont il veut réhabiliter les paradigmes et les méthodes – a renoué avec les emprisonnements préventifs, les harcèlements contre les médias privés et les interdictions de sorite du territoire national, autant de violations de droits citoyens qu’Alger refuse toujours de considérer comme des atteintes aux libertés fondamentales.   

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UE-TUNISIE : SAIED PLUS AUTISTE QUE JAMAIS

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Le commissaire européen à la justice Didier Reynders a effectué une visite en Tunisie le 11 novembre où, en plus du chef de l’État, il a rencontré le ministre des Affaires étrangères Othman Jerandi, la ministre de la Justice Léila Jaffel et le ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine. Le choix de ces deux derniers départements qui se sont distingués par des décisions et positions ayant provoqué de nombreuses protestations catégorielles ou d’autres émanant de la société civile donne une indication des lieux de pouvoir où l’UE souhaiterait voir les choses évoluer vers plus de normalité et de transparence.

Le communiqué de la présidence de la république rapportant le compte rendu de l’audience accordée par Kais Saied au commissaire européen est surréaliste. Didier Reynders a eu droit à un cours de droit comparé plus ou moins ésotérique. Dans un monologue qui lui est propre, le locataire du Palais de Carthage a fait étalage de commentaires sentencieux où il expliquait que les approches théoriques de la pensée politique ayant cours en occident appelaient une sérieuse interprétation critique, soulignant que des cas de révision confirmant ses dires étaient d’ailleurs à l’étude.  

Le chef de l’État a également vanté l’expérience tunisienne en termes de rénovation du droit arguant que « contrairement à ce qui se dit dans certains milieux à l’étranger, le 25 juillet était une nécessité pour sauver l’Etat tunisien ». Toujours droit dans ses bottes, Kais Saied a déclaré que son pays était à l’avant-garde par rapport à plusieurs pays européens sur des dossiers comme celui de la constitution, de la loi électorale et des droits des femmes.

Les observateurs ont relevé que le communiqué de la présidence a passé sous silence les interventions du commissaire européen. C’est la délégation de l’UE en Tunisie qui a fait état des positions, plutôt rudes, exprimées par Didier Reynders qui a martelé que :  «  Pour sauvegarder tout acquis démocratique, il est essentiel de renforcer l’État de droit, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et le respect pour les droits humains » soulignant que «  la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de manifestation ainsi que les autres libertés fondamentales sont des valeurs essentielles des États démocratiques et de l’UE (…) Nous y veillons au sein de l’UE, notamment à travers la publication du rapport sur l’État de droit ».  

S’agissant des prochaines étapes concernant les élections et les négociations avec les institutions financières internationales, le commissaire européen a déclaré : « L’UE a rappelé à plusieurs reprises que le dialogue est une condition essentielle pour la soutenabilité des réformes politiques et économiques » ajoutant que « l’UE continuera à suivre de près les prochaines étapes du pays et restera à côté du peuple tunisien et à l’écoute de ses besoins. Elle réaffirme sa disponibilité et sa volonté à apporter son soutien pour mener à bien le retour à la normalité démocratique ». Normalité démocratique que Kais Saied considère comme un péril pour la nation. Pour l’instant, ni les nombreuses visites des responsables américains, ni les invitations de l’UE à atténuer son autoritarisme ne semblent dissuader le président tunisien de poursuivre une aventure solitaire dont lui seul connait l’objectif si tant est qu’il en ait véritablement un, hormis l’exercice du pouvoir absolu.  

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DROITS DE L’HOMME : L’ALGÉRIE ÉPINGLÉE À L’ONU

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Une quinzaine de pays dont les USA, l’Allemagne, la Belgique, le Canada, la Suède, l’Australie, mais aussi le Maroc et Israël ont interpellé ce vendredi l‘Algérie sur les violations des droits des citoyens ayant fait valoir leurs libertés d’expression, d’association, de réunion… Outre ces dénonciations sur les abus commis sur des centaines d’Algériens aujourd’hui détenus pour certains sans jugement, ces pays ont déploré l’existence de textes de loi dont le fameux 87bis associant tout propos hostiles au régime à un acte terroriste. D’autres intervenants ont soulevé la question du code de la famille et des droits des minorités. Si les interpellations du Maroc et d’Israël, peuvent s’apparenter à des manœuvres d’opportunisme politique, les deux pays, en conflit avec Alger, ne sont pas exempts de reproches en matière de violations des droits humains, les interventions d’autres nations aux traditions démocratiques bien établies peuvent avoir un écho plus convaincant auprès de l’opinion internationale. En effet, l’Allemagne, le Canada ou la Belgique qui développent pourtant d’importantes relations commerciales et économiques avec l’Algérie, trouveront une écoute plus crédible dans cette période où l’invasion de l’Ukraine par Moscou anesthésie considérablement les vigilances internationales sur les abus des régimes autocratiques. 

On aura relevé le silence de la France engagée dans un processus relationnel qui se veut à la fois dense et cynique, chacun des deux partenaires sachant que son vis-à-vis sait que leur nouvelle alliance froide et technocratique, est aussi sensible que factice. 

La réponse de la délégation algérienne fut digne des déclarations soviétiques. Ceux que l’on appelle des détenus d’opinion sont des prisonniers auxquels est appliqué le droit commun. Les lois algériennes sont conformes au droit international et si des ambiguïtés peuvent exister dans certaines formulations, « le magistrat qui agit en toute liberté », allégua le ministre de la justice, sait interpréter le texte dans le sens de l’équilibre et de la sérénité. 

En attendant plus de deux cents citoyens croupissent dans les geôles du régime pour avoir posté un message critique ou ironique sur la toile. Le journaliste El Kadi Ihsane vient de se voir impliqué dans une troisième affaire tout aussi abracadabrante que les deux précédentes où il est accusé de terrorisme. Il doit repasser devant le juge d’instruction ce lundi.  

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TUNISIE : PLUS DE 700.000 ÉLÈVES NON SCOLARISÉS

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À la mi-novembre, plus de 14.000 enseignants suppléants, contractuels et vacataires de l’enseignement de base observent toujours la grève qu’ils ont déclenchée depuis la rentrée.


La cause ? Selon le syndicat du secteur, le ministère de tutelle ne veut pas engager un dialogue de fond sur le statut et les salaires que souhaite discuter cette corporation précarisée par l’instabilité des recrutements et les salaires qu’ils n’ont pas reçu depuis six mois. Le ministère de l’éducation qui cherche à retourner l’opinion contre les grévistes alterne appel à la reprise et menace de poursuites judiciaires. Sur le fond il reste sourd aux revendications des enseignants arguant qu’il est impossible d’envisager un recrutement durable avant trois ans, (conséquence semble-t-il des négociations du gouvernement pour un accord avec le FMI qui prévoit un gel de la masse salariale sur 3 ans). En réponse à cette campagne, le secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement de base, Taoufik Chebbi, a, d’ailleurs, accusé le ministère de l’Éducation d’avoir déformé la réalité en semant de fausses informations et en occultant les accords passés avec les précédents gouvernements.


Faute de recevoir des promesses d’échanges crédibles et satisfaisantes, le syndicat propose de maintenir les mouvements de protestation.
De nombreuses voix, dont la direction de l’UGTT, s’élèvent pour dénoncer un pourrissement qui affecte les catégories sociales les plus précaires, les couches aisées voire les classes moyennes envoyant leurs enfants dans les écoles privées. C’est en effet dans les zones rurales et les périphéries des grandes villes que l’on retrouve le plus grand nombre d’enseignants vacataires.
Un trimestre est bientôt écoulé sans que des centaines de milliers d’enfants tunisiens n’aient renoué avec la scolarité.

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PEGASUS : L’ÉPIDEMIE DE L’ESPIONITE

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La députée européenne néerlandaise Sophia in’t Veld (groupe Renew) vient de rendre publique la première version du rapport de la commission lancée par le Parlement européen pour faire le point sur l’étendue de l’usage du logiciel Pegasus qui avait défrayé la chronique en 2021 au point d’avoir conduit des experts de l’ONU à demander un moratoire sur l’utilisation des logiciels espions. 

On se rappelle que le Maroc fut accusé d’avoir exploité illégalement cette technologie pour écouter ses opposants mais aussi des personnalités étrangères de premier plan comme le président Emmanuel Macron, le président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez ou des dirigeants algériens. Les plaintes déposées contre l’État marocain par des ONG comme Reporters sans frontières avancent laborieusement tant est difficile la fourniture de preuves matériellement vérifiables dans ce genre d’opérations.

Le rapport de 150 pages produit à Bruxelles ce mardi révèle que quatre pays de l’Union européenne dont la Hongrie, la Pologne, la Grèce auraient également eu recours à Pegasus pour espionner leurs opposants. Dans ce dernier pays, le pouvoir dispose d’un autre logiciel Predator pour suivre des contestataires, des journalistes mais aussi… des membres du gouvernement. Le quatrième pays de l’UE à être épinglé est l’Espagne. On apprend que Madrid a utilisé le logiciel qui a servi à capter les conversations de Pedro Sanchez pour écouter des dizaines de militants indépendantistes catalans.

Force est de constater que tous les pays s’accommodent de ces pratiques, chacun s’y adonnant selon les possibilités et opportunités qui s’offrent à lui. On se souvient que la France avait fourni à Kadhafi des moyens sophistiqués pour écouter ses adversaires. Sous Obama, la NSA, prise la main dans le sac, dût avouer avoir espionné la chancelière Angela Merkel…Comme toujours dans ce genre de manipulations c’est le vieux dicton qui prévaut : il n’est pas interdit de voler mais de se faire attraper.  

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