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UNE RESPONSABLE TUNISIENNE DES DROITS HUMAINS REFOULÉE À ALGER  

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On pensait que l’Algérie n’avait fermé que ses frontières terrestres et aériennes de l’ouest. Erreur ; les entrées des voisins de l’est, du moins celles et ceux qui aspirent à une Afrique du nord solidaire et démocratique, ne sont pas plus simples. Yosra Frawes, avocate tunisienne, militante féministe et des droits humains a été refoulée sans raisons à l’aéroport d’Alger le 1er décembre dernier alors qu’elle arrivait de Tunis pour assister à une rencontre sur les droits des femmes. La militante tunisienne est directrice exécutive du bureau Maghreb et Moyen-Orient de la Fédération Internationale des Droits Humains (FIDH) depuis 2021 après avoir été présidente de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) de 2018 à 2021. C’est à ce titre qu’elle s’était rendue la dernière fois en Algérie avec d’autres militants des droits humains, le 8 mars 2019, afin de soutenir le « Hirak » alors en pleine effervescence. 

Le récit de sa mésaventure -dont une version synthétique a été publiée dans le journal libanais « L’Orient – Le Jour » du 10/12/2022- est une description amère et, hélas, réaliste du niveau de régression des libertés en Algérie ; il révèle aussi les intentions des dirigeants quant aux sombres projets qu’ils conçoivent pour l’avenir nord-africain. Témoignage. 

« Vous avez battu la France ! »

Le policier : Bonjour madame, vous êtes tunisienne ?

– Oui.

– Mara7ba bik A Lalla. Oh c’était énorme hier ! Vous avez battu la France !

Je souris à son enthousiasme, mais je ne peux m’empêcher de répondre :

– Oui, une belle victoire. Mais ça s’arrête là. Comme pour toujours pour nous, c’est une moitié de joie.

Puis d’un ton plus sérieux, il dit : Pouvez-vous me rappeler la date de votre dernière visite en Algérie Madame ?

– Oui, c’était en 2019, je crois…

– Ah oui, mais je ne trouve pas trace de votre passage, écrivez-moi votre métier sur la fiche.

Je l’avais déjà mentionné, mais je m’exécute et j’écris : Yosra Frawes responsable FIDH, avant de lui demander s’il avait retrouvé la date de ma dernière visite. Penché sur son ordinateur, il ne me répond pas. Pour lui faciliter la tâche, je lui précise être venue en Algérie avant la pandémie. 

Il dit : « bizarre ! » puis il appelle sa collègue. Une femme, la quarantaine environ, l’air sévère avance vers lui. Je ne m’étonne pas de cette dureté affichée, dans ce métier, majoritairement masculin, une femme ne peut s’imposer autrement. Tout en l’observant s’approcher, l’idée me vient que je suis probablement fichée, en raison de ma profession, responsable dans une ONG internationale de défense des droits humains. 

Je prends alors la précaution d’effacer de mon téléphone les messages et photos de mes ami.es militant.es algérien.ne.s, au cas où je suis fouillée. J’écris aussi un court message : « je suis bloquée à l’aéroport d’Alger » pour un envoi rapide au cas où mes craintes se confirment. Et j’attends. 

Le policier est toujours plongé sur son ordinateur qu’il n’abandonne que pour prendre des notes sur une fiche. Il est si affairé qu’il a l’air d’avoir oublié ma présence. Entre temps, la policière arrive, entre dans le box de son collègue et, d’un geste rapide, elle prend mon passeport.

Je n’ai plus de doutes maintenant, mais j’attends le verdict et plutôt que broyer du noir, je pense à la rencontre sur les droits des femmes à laquelle j’allais assister et dont je me faisais une joie. 

La policière interrompt ma rêverie en m’ordonnant de ranger mon téléphone que j’avais à la main. « Madame, me dit-elle, rangez votre portable c’est interdit de l’utiliser ici ».

Je fais celle qui n’a pas entendu et lui demande s’ils ont bien la wifi en ce lieu. Sèchement, elle répond : « non, madame ». Je range mon téléphone en prenant bien soin de cliquer sur envoyer le message que j’avais rédigé et destiné à l’organisatrice de la rencontre à laquelle je me rendais. Mais le message, je m’en apercevrais plus tard, ne parviendra pas à sa destinataire. Pas de réseau téléphonique non plus. 

Mon passeport à la main, la policière me demande de la suivre. Je m’apprête à le faire quand le policier de derrière son poste se penche vers moi et me dit à voix basse: « prévenez ceux qui vous ont invitée, vous êtes interdite d’entrée en Algérie ».

Je l’avais deviné et pourtant à l’apprendre, j’ai les larmes aux yeux : un autre pays de la région s’ajoute à ceux où je ne peux me rendre. Guerre, occupation et maintenant l’Algérie pour d’autres raisons, politiquesévidemment.

Je pleure parce que c’est l’Algérie, la 25ème Wilaya de la Tunisie, notre grande sœur comme l’aiment à l’appeler les Tunisiens. J’avais visité l’Algérie en 2000, je l’avais sillonnée en train, et on m’avait alors traité de folle. Le pays sortait à peine de longues années de violences, le sang qui y avait coulé à peine séché. Mais ce fut l’un des plus beaux voyages de ma vie. Je voyais enfin ce pays, et les ponts suspendus de Constantine dont j’avais tant rêvé en lisant Ahlem  Mostaghanmi. 

J’y étais retournée, en mars 2019, soutenir le Hirak, avec Khadija Cherif, Messoud Romdhani, Soukaina Abdessmad et Jamel Msallem, Émerveillée par la pugnacité des jeunes algériens révoltés, leur humour et leur créativité. J’avais continué à les soutenir et à m’associer à leur critique d’un régime de plus en plus répressif et féroce à leur égard. 

Naïve, j’avais cru que le régime qui m’avait certainement repérée alors, m’aurait, avec le temps, oubliée. Mais non, sa rancune est tenace. Et je suis, le cœur lourd, la policière. Je m’adresse à elle avec un mélange d’amertume et de révolte pour ce mur élevé entre les Tunisien.ne.s et les algériens.ne.s : « je suis interdite d’entrer en Algérie, c’est bien ça ? Vous n’en avez donc pas assez des murs ? »

Elle ne daigne pas me répondre. Elle m’indique une chaise et disparaît dans un bureau. Je m’assois et reprends mon téléphone, essayant de contacter mes ami.e.s. En vain.

Au bout d’environ une vingtaine minutes qui m’apparaissent une éternité, cinq policiers dont deux en civil s’approchent de moi. Je lève la tête quand l’un d’eux qui semble le plus âgé me demande: « Madame, qu’est ce qui se passe? » 

Les autres ne disent rien, un sourire goguenard aux lèvres. Je me fends du même sourire et répond : « c’est à vous de me dire ce qui se passe ». 

Je subis par la suite un véritable interrogatoire, ils se relayent pour poser les questions : 

« Non sincèrement, Madame, c’est quoi le problème ? » 

Je dis : « Demandez à votre collègue, celui qui m’a dit que je suis interdite d’entrer en Algérie» 

– « Il doit y avoir une raison. Laquelle selon vous ? »

Je commence à m’énerver, je hausse le ton en répondant : « je ne le sais pas, si vous voulez le savoir, posez donc la question à celui qui a pris cette décision ». 

– « Calmez-vous Madame, je vous le dis sincèrement et j’essaie de comprendre parce qu’on m’a dit que vous venez souvent en Algérie. Alors dites-moi, qu’avez-vous fait au juste la dernière fois que vous êtes venue et qui avez-vous rencontré ? »

Je suis à cran: « C’est un interrogatoire que vous me faites là ? »

Les uns se fendent d’un large sourire, un autre répond : « Non, non pas du tout … ».

Le plus âgé, celui qui m’avait apostrophé le premier dit : « allez, pas la peine, vous êtes énervée, Madame. On vous laisse tranquille ».

Ils s’éloignent pour s’arrêter quelques mètres plus loin. Ils parlent entre eux, ils délibèrent certainement sur mon cas.  

Auprès de moi, sont assis deux jeunes, une femme et un homme. Toute à mon affaire, je n’avais pas fait attention à eux quand la policière, celle qui m’avait conduit ici, les avait installés à mes côtés. 

Je me tourne vers le jeune homme qui me semble être algérien : ils vous ont interdit de rentrer ?

Le sourire aux lèvres, il dit oui.

-Vous savez pourquoi ? 

Il ne répond pas et se contente de sourire. 

La jeune femme qui l’accompagne demande à ce qu’on lui traduise nos propos. Je pense alors que son compagnon est interdit de rentrer parce qu’il est avec une étrangère. 

Je lui demande si c’est son mari et c’est lui qui répond oui. 

– Et c’est parce que vous êtes marié à une étrangère que vous avez ce problème ? Il répond, l’air désolé, le sourire contrit : « c’est ça, oui, mais ça ira. Maalich. »

Au loin, mais suffisamment proches, des bribes de conversation de la brigade de policiers qui n’avaient interrogée me parviennent : je les entends surtout répéter: « ettounsya…ettounsya ». 

L’heure du déjeuner approche, il y a moins de trafic, un policier fait les cent pas, les autres ont disparu. Je le suis des yeux et quand il s’éloigne, je demande au jeune homme s’il veut bien me rendre un service. Il hoche la tête en signe d’acceptation. 

– Vous avez une connexion? Je peux utiliser votre téléphone pour appeler quelqu’un à Alger ?

Il me dit, à voix basse, que nous sommes dans un lieu hors réseau. Je lui dis alors :

– Vous avez probablement plus de chance de sortir avant moi. Pourriez-vous appeler quelqu’un pour moi et l’informer de ma situation ? Il répond hesitant : 

– ehhh…oui j’essaierai. 

Je comprends qu’il ne le fera probablement pas, mais je ne me résigne pas et lui donne le numéro. Sait-on jamais ! 

Une policière passe. Je lui demande l’autorisation d’aller aux toilettes. Je veux surtout essayer de capter un réseau et me dégourdir les jambes. Elle m’y autorise, me fait accompagner par l’une de ses collègues, certainement préposée à ce genre de mission, et moins gradée. 

Mais je ne parviens pas à me connecter et quand je reviens prendre ma place, j’y trouve le policier qui m’avait interrogée en premier : « Vous savez Madame, me dit-il, vous pouvez aller manger si vous le désirez ». Je n’ai pas faim, mais je demande si je peux fumer, s’il y a un endroit où je pourrais le faire, en attendant le dénouement. Il m’indique un endroit discret où je pourrais aller fumer autant de fois que je le voudrais. Je pressens à sa réponse que l’attente sera longue.

Je vais fumer, la cigarette me détend un peu et quand je retourne à ma place, un jeune homme, âgé d’environ 25 ans, m’accoste. Il est beau et porte un badge, il travaille donc ici.

– Bonjour, Madame dit-il, je peux vous tenir compagnie ?

– Oui bien sûr. Je m’appelle Yosra Frawes et vous? 

Il se présente. Il est policier, chargé, dit-il, de faciliter le passage des passagers.

« On m’a dit que vous êtes stressée, alors je viens vous tenir compagnie. Il ne s’agit pas d’un interrogatoire car si c’était le cas on vous mettrait dans un bureau pour vous questionner de manière formelle. Je vous parle à titre personnel et j’aimerais vraiment comprendre quel est votre problème ». 

Je ne me fais pas d’illusions, je sais que ce sera encore un interrogatoire. Tant qu’à faire autant tuer le temps avec ce beau jeune homme, kabyle de surcroît car j’ai, je l’avoue, un faible pour ce type d’hommes.

Je lui dis ma profession et la raison de ma venue en Algérie. Il pose beaucoup de questions, il veut des détails, précis, sur la rencontre prévue, les personnes qui m’ont invitée. Je dis : « Une rencontre sur les droits des femmes en Algérie. Je ne connais pas les participantes, je suis invitée par une institution avec qui j’ai l’habitude de travailler en Tunisie ». L’une des rares organisations internationales qui continue, contre vents et marées, à mener quelques actions en Algérie.

Il me demande le programme de la rencontre. Je réponds l’avoir sur mon mail et que pour le consulter, j’ai besoin d’une connexion: « Si vous m’en donnez une, je peux vous le montrer, le programme ». Il n’est pas dupe et fait comme s’il n’avait pas entendu. 

Puis il s’enquiert de mes activités en Tunisie. Il est aimable, prévenant, m’écoute avec attention et montre même de l’admiration quand je lui fais part de mon engagement pour les droits des femmes et contre les violences, de la loi tunisienne portant sur leur élimination, à l’adoption de laquelle j’avais participé. 

Puis il revient à l’Algérie, à mes dernières visites dans son pays. Je n’hésite pas à lui dire mon soutien au Hirak. À quoi bon cacher ce qu’ils doivent déjà savoir. Toute à mes souvenirs, je lui parle avec enthousiasme de ma rencontre avec la grande Djamila Bouhired, ce jour de la marche du Hirak, en mars 2019, j’étais à ses côtés à la grande poste d’Alger. Je lui raconte comment les gens se bousculaient juste pour la toucher, comme on le fait avec une sainte. 

Il dit, alors, visiblement ému : « J’ai la chair de poule ! Quelle chance Madame ! Vous savez, c’est une légende pour nous, Djamila Bouhired ! ».

Un instant, je ne doute pas de sa sincérité. Une complicité s’installe entre nous, son émotion à l’évocation d’El moudjahida m’atteint comme du miel sur mon cœur. On parle de tout et de rien, comme de vieux amis. De la beauté de Hammamet et d’Oran, des droits humains, de la révolution des femmes iraniennes, des jeunes et du danger qu’ils courent sur les réseaux sociaux, de Yasmina Khadra, de ce que le jour doit à la nuit.

Djamila Bouhired fut mon passeport d’entrée au cœur de ce jeune policier. Je lisais de l’admiration dans ses yeux quand il m’écoutait. Confiant, il me parle de lui, de sa mère, et du hasard qui l’a conduit à son métier : policier. Un bon policier. Car jamais il n’oublie son enquête, sur laquelle il revient encore et encore, de manière subtile. Il dit : « j’aurais aimé participer à cette réunion avec vous, et vous entendre parler, vous qui êtes si vive et intelligente ». Mais comme lui, je sais manier l’art de l’esquive, je glisse sur les questions qui pourraient causer du tort à mes amies algériennes. Je dévie la conversation quand ses questions sont plus précises et qu’il réclame des noms. Comme il le fit pour la connexion à internet, je fais celle qui n’a pas entendu.  

Je reste lucide, malgré le trop plein d’émotions, les interrogatoires, ma détention à l’aéroport, le charme kabyle. 

Et je lui dis, quand notre entretien touche à sa fin, « si c’est ma profession que vous me reprochez, elle n’est un secret pour personne, elle est inscrite sur mon passeport. La défense des droits humains c’est mon job, mon engagement, ma vie. C’est ce que je suis qui m’a fait côtoyer Djamila Bouhired au Hirak. Je n’ai pas peur, ni de la prison ni de mourir pour mes idées. Et je sais que c’est pour cette raison que vous me refusez d’entrer dans votre pays ». Il dit, à voix basse: « Non, ce n’est pas la raison, sinon nous serions une dictature, n’est-ce pas ? ».

Je dis : « C’est à vous de trouver la réponse à votre question ».

Notre conversation s’arrêtera là. Il note sur son portable les dates de la rencontre prévue à Oran et l’hôtel de résidence après avoir vérifié avec moi leur exactitude. 

Puis il prend congé en m’assurant qu’il ne s’agit certainement que d’une erreur du système informatique qui a été renouvelé à l’occasion du sommet de la ligue arabe, tenu au mois de novembre à Alger et qu’après vérification sur les fichiers manuels, mon cas sera réglé. Je ne manque pas de lui dire en le saluant que la confiscation de mon passeport, les longues heures d’attente à l’aéroport sont une atteinte à mes droits. Et que je souhaite rentrer à Tunis, au plus vite, par le premier avion. 

Mon avion pour Oran avait décollé, sans moi. Je retrouve mon banc quand un autre policier vient me demander mon billet. Je vais donc être rapatriée. J’en avais fait une capture d’écran que je lui montre. Il la trouve floue et me demande qui l’a faite, « on ne voit pas les détails, madame ». C’est moi même qui ai fait la capture d’écran : vous voyez mon numéro de vol et l’horaire, n’est-ce pas suffisant ? La dernière tentative pour m’arracher le nom de mes hôtes algériens échoue. Il s’en va. Pas très loin de moi, les policiers papotent quand l’un d’eux ouvre son talkie-walkie et j’entends une voix grave l’annoncer : c’est bon pour le jeune, la tunisienne diel (mot dialecte algérien pour dire de la) la FIDH non ».

Un autre arrive, vers 16 heures, il me dit que j’ai le droit d’aller me restaurer, si je le souhaite, en m’indiquant un escalier. Je n’ai pas vraiment faim, mais je prends le chemin qu’il m’indique, en quête de réseau. En sortant de la zone où j’ai été confinée de longues heures, je pense à ce film dans lequel Tom Hanks est bloqué pendant des années dans un terminal pour des raisons politiques, seul, avec la vue des avions qui décollent et atterrissent et qui l’aident à survivre.  

Au restaurant, le serveur me félicite aussi pour le match, « Vous avez vaincu la France A Lalla! ». La boule à la gorge, je souris quand même pour ne pas le décevoir. 

À l’entrée du restaurant, un policier en garde ne me lâche pas un instant du regard. Pas de connexion dans mon téléphone alors qu’un homme, assis à quelques mètres de moi, l’ordinateur ouvert, converse à voix haute. Lui est bien connecté. 

Je le fixe du regard, espérant qu’il sente ma présence et comprenne, tant j’y mets d’énergie, ma supplication muette : utiliser sa machine, un instant, rien qu’un petit instant. Mais non, il est tout à sa conversation et mes ondes s’évaporent sans l’atteindre.  

Je me console en mangeant la tartelette aux épinards que j’avais commandé. Je la savoure lentement m’imaginant croquer de délicieux crustacés. On se console comme on peut. Puis je me rends au bar et commande un dessert. Je prends mon temps, je fais plusieurs allers retours au bar, prendre ma commande de dessert, en faire une autre, une boisson, retourner la chercher.

Je jette de temps en temps des coups d’œil furtifs au policier de garde. À un moment, je comprends à le voir s’agiter, qu’il commence à s’impatienter et qu’il est temps que je rejoigne ma zone de confinement. Mais je ne m’empresse pas de le rejoindre. Je sors mon téléphone de mon sac et je songe à m’enregistrer. Sait-on jamais et si après la vérification des fiches manuelles, le pire m’arrivait ? Laisser une trace de ma détentionà l’aéroport d’Alger est peut-être absurde, mais j’ouvre quand même le recorder.

Je reprends mon bagage à main, ramasse mes affaires et j’emboîte le pas au policier. Je ne m’étais pas trompée, il était bien là pour moi et m’attendait. Il prend un autre chemin. Je lui demande : et où est-ce qu’on va maintenant ?

– Dans un quart d’heure vous allez prendre votre vol, Madame.

– Pour Oran?

– Pour Tunis.

– Vous allez donc vous débarrasser de moi, vous allez me refouler ?

– Wallah madame nous aurions aimé vous avoir parmi nous, Mara7ba bik.

Un autre agent m’accoste : « mara7ba bik netwannssou bik, comme dit la chanteuse Warda Aldjazairia. L’Algérie, c’est votre pays Madame, c’est le Maghreb arabe.

– Quel Maghreb arabe monsieur, quel grand Maghreb ? C’est le Maghreb des grands murs. Vous avez peur de moi parce que je revendique la liberté et les droits humains. N’ayez pas peur de la liberté c’est la meilleure chose qui puisse vous arriver.

Le policier qui m’avait surveillée au restaurant et escortée le foudroie du regard. Puis il avance et je le suis. Un autre nous rejoint. Il a mon passeport à la main et me dit: « Alors tout s’est bien passé madame, vous n’avez manqué de rien j’espère ? »

– A part ma liberté de circulation, non, je n’ai manqué de rien. » 

Il part d’un grand éclat de rire.

– C’est mon passeport que vous tenez à la main?

– Oui. 

Arrivés à la zone d’embarquement, mon escorte se dirige directement au poste d’Air Algérie, tenu par une femme. Je ne le suis pas, je fais la queue avec les autres passagers, comme si de rien n’était, comme une passagère ordinaire. 

– Arwa7i A Lalla, me hèle mon escorte, après avoir donné le billet qu’ils m’avaient pris à l’hôtesse d’Air Algérie.

Je dis aux passagers qui font la queue et que je dépasse, « excusez-moi, je suis désolée mais comme vous le voyez, ils sont en train de me refouler de l’Algérie, je ne suis ni une terroriste ni une criminelle, je défends juste la démocratie et les droits humains ». Je le répète comme une litanie à chacun des passagers que je dépasse dans l’indifférence générale, voire même le mépris. J’ai le sentiment que toute l’Algérie veut se débarrasser de moi en ce moment. 

Mais mes mots, je le sais, déshabillent, lèvent le couvercle sur ce dont on ne peut qu’avoir honte. Oui une femme, une Tunisienne est chassée de l’Algérie et ils n’y peuvent rien.

Voilà donc qu’on me refoule du pays qui ne nous demande ni timbre de voyage ni visa.

Non, nous n’avons pas vaincu la France, nous avons été vaincu.es par nous nous-mêmes. 

Yosra Frawes,

Tunis le 2 décembre 2022

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Politique

Interview avec Saïd SADI : « Le confort du silence est un poison lent »

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Interview avec Said SADI : « Le confort du silence est un poison lent »

ADN-MED : Vous venez de publier le troisième tome de vos mémoires « la Haine comme rivale » * qui couvre la décennie 1987-1997, une période sanglante qui a marqué la vie de la nation et qui hante et hantera encore longtemps les âmes. Dans quel état d’esprit est-on quand on décide de parler d’un drame que beaucoup veulent oublier ?

S. SADI : Dans le même état d’esprit que celui qui a présidé à la rédaction des deux premiers tomes La guerre comme berceau et La fierté comme viatique. Dire tout ce qui s’est passé, simplement, calmement, pour aider à comprendre comment le pays en est arrivé là et de quelle manière et avec difficultés, externes mais aussi internes, nous avons fait face à une tragédie dont j’explique qu’en réalité elle venait de loin. La méthode consiste à ne rien occulter mais à ne rien juger, non plus. L’essentiel était de bien documenter les faits et propos rapportés. Si vous voulez oublier l’histoire ou la tromper, elle se rappellera toujours à vous.

ADN-MED : Êtes-vous satisfait de votre entreprise ?

S. SADI : Ce n’est pas à moi de le dire. Ce que je retiens de l’avis des tous premiers lecteurs, dont certains sont étrangers, c’est que le livre se lit bien. Ensuite, l’ouvrage confirme ce que donnaient à entendre les deux premiers tomes : il y a besoin d’apprendre et de comprendre l’Algérie. Cela dit, les partisans du « ce n’est pas le moment de dire telle ou telle vérité » ou les amateurs d’invectives risquent d’être déçus. La décision de ne rien occulter est un choix. Les instrumentalisations de l’Histoire et le refoulement de la libre parole ont couté cher à notre peuple ; d’un autre côté, le devoir et la nécessité de rappeler, préciser voire de révéler des faits, dont certains peuvent être sensibles, sont tout à fait compatibles avec la pondération. Il y a eu tant de choses qui se sont dites et écrites sans renvoyer à des références ni même, quelques fois, à des auteurs identifiés. Avec les réseaux sociaux, les rumeurs et les malveillances peuvent vite prendre racine. Et ce n’est pas en alimentant des polémiques avec des posts ou des vidéos que l’on va rétablir les vérités. D’où l’utilité de l’écrit documenté qui restitue les évènements en donnant les sources et les arguments qui les ont déterminés. C’est une pédagogie que nous devons apprendre et transmettre : discuter posément de choses qui ont été enfouies ou censurées. Même lorsque son propre camp est impliqué ou que sa propre responsabilité est engagée. Ce n’est pas un exercice facile dans un monde dominé par l’oralité où les surenchères et les amalgames brouillent souvent les repères pour conduire à des sociétés amnésiques. Et une société sans mémoire est orpheline de sa propre histoire. N’importe quel imposteur peut alors s’ériger en tuteur ou en parrain et prendre en otage la nation.

Il ne s’agit pas de distribuer les bons et les mauvais points mais de contribuer à bien décrypter le passé non pour le sacraliser mais pour l’appréhender comme lieu de sédimentation de l’expérience humaine sur lequel peuvent se construire les cités stables et durables parce qu’elles ont assumé de se lire de manière adulte. Toutes les grandes nations ont regardé leur histoire en face. Retrouver les documents validant les situations décrites fut le plus long. Mais mes investigations furent simplifiées par le fait que j’ai écrit toutes mes interventions et que je prenais note quasiment chaque soir sur les actualités du jour. Par ailleurs, des militants dévoués comme Rabah Aït Messaoud ont constitué des dizaines de fascicules rassemblant l’essentiel des écrits concernant nos actions et décisions. Il serait d’ailleurs souhaitable que ces précieuses brochures soient numérisées car, avec le temps et les aléas de la vie, le papier peut se dégrader ou disparaitre. Alors oui, le travail n’a pas été simple mais ceux qui en ont pris connaissance trouvent le résultat utile.  

ADN-MED : Comment avez-vous procédé pour construire votre témoignage ? Quelles sont les critères qui déterminent le fait que, par exemple, vous reteniez telle situation plutôt que telle autre ?

Il n’y a pas vraiment eu de choix. L’économie générale du travail a consisté à traiter ce qui peut aider le citoyen à construire sa propre opinion ou l’adapter si elle a été élaborée sur la base d’une information erronée, que celle-ci soit d’ailleurs délivrée de bonne ou de mauvaise foi. La création de l’UMA, qui n’a du reste pas fait l’objet de grands commentaires dans nos rangs, n’a pas été abordée dans ce tome. L’initiative n’était pas conçue avec la volonté politique de répondre aux enjeux nord-africains, à savoir l’ancrage de notre région dans son histoire, ses consistances socio-culturelles et son environnement géopolitique qui est la Méditerranée occidentale. C’était « un syndicat de chefs d‘État » dont l’entreprise disparut comme elle était née : dans l’indifférence générale des populations des pays concernés. A l’inverse, les collusions du militarisme avec le fondamentalisme, l’antikabylisme, la problématique du maraboutisme, la corruption intellectuelle et matérielle de certaines élites, les sources de la violence culturelle et politique et leurs diverses manifestations sont analysées à travers les actions concrètes que génèrent ces phénomènes. Le plus dangereux, ce n’est pas de parler de sujets supposés délicats ou qui « fâchent », mais de les laisser à la discrétion des producteurs de rumeurs, de ressentiments ou, pire, de manipulations. Notre société a une histoire singulière ; au niveau de l’analyse, il est important de l’accepter telle qu’elle est si on veut la faire évoluer. Ce n’est donc pas la publicité d’un évènement qui est à l’origine du choix, si tant est que l’on peut parler ici de choix, des sujets traités dans ce livre mais l’importance qu’ils ont pris dans la construction de la mémoire et donc de la vie publique algérienne. Ainsi, la fameuse rencontre d’une demi-heure avec Larbi Belkheir sur laquelle on a fait fantasmer la Kabylie est rappelée dans une vérité historique et son contexte politique qui ont stupéfait les lecteurs qui en ont pris connaissance. L’idée est de mettre à disposition de la communauté nationale du contenu vérifiable pour permettre la meilleure perception possible de la terrible période 1987-1997 ; ce qui exige de donner accès à notre intimité politique. Ce que nous avons pensé, dit, écrit ou fait ne nous appartient pas car il traite et engage le destin collectif des Algériens.

ADN-MED : Vous avez évoqué dans le livre la haine générale qui vous avait cernés. Si celle du pouvoir qui est fondée sur l’autoritarisme et les coups de force connus depuis 1962 et celle des islamistes étaient attendues, il est plus difficile de saisir celle de certains courants qui se réclamaient alors de la mouvance démocratique.

S. SADI : La haine est malheureusement une forme de culture consubstantielle à la vision politique du mouvement national puis du FLN où la fin a toujours justifié les moyens. Certains l’attribuent à la violence du fait colonial qui a réverbéré dans le champ autochtone, d’autres la relient à des pratiques bien plus anciennes, une forme d’atavisme. Les choses ne sont pas aussi binaires, j’ai essayé d’apporter des explications plus nuancées à ce phénomène qui a, en partie, contaminé aussi notre génération. La compétition loyale ou le compromis sont des normes inconnues chez l’ancien personnel politique. L’avènement du RCD qui en appelait à la refondation nationale remettait en cause les hiérarchies et les bases du débat national. D’où l’hystérie et les diffamations qui accueillirent sa naissance. Le bouleversement que nous annoncions faisait sincèrement peur à des militants qui avaient voué leur vie à la reconquête de leur terre et qui voyaient leur projet remis en cause par des paradigmes illisibles pour leur logiciel. Même l’ambassade d’Irak avait condamné la légalisation du RCD, sans que le gouvernement algérien ait dénoncé cette ingérence.  Les anecdotes illustrant cette violence psycho-sociologique en surprendront plus d’un. La haine était générale dans l’humus algérien mais elle avait également gagné les observateurs étrangers car, de par son histoire passionnée, la question algérienne faisait peu de place à la lucidité. Je rapporte l’aveuglement – on découvrira dans le livre que le mot n’est pas trop fort – des socialistes français, médias et parti confondus, qui a considérablement compliqué la période abordée dans ce livre. C’est ce courant qui a façonné le concept « éradicateurs », appliqué aux démocrates – globalement assimilés au RCD, aux communistes et aux femmes (même si on évitait de citer ces dernières) – et celui de « réconciliateurs » pour désigner respectivement les islamistes et leurs alliés. Sans compter le dévastateur « qui-tue-qui ? ». Il fallait rechercher les raisons qui ont construit ces slogans mortifères ; sans esprit de vengeance mais sans complaisance.  Avec le recul, le regard peut devenir un outil de compréhension. Si on fait l’effort de la distanciation, on peut éviter la tentation polémique. Percer les mécanismes du fléau de la haine était l’un des défis de ce témoignage.

ADN-MED : En fermant votre livre on réalise qu’on a traversé la Kabylie, l’Algérie, l’Afrique du nord et même la France et l’Europe. Ce n’est pas un peu trop ambitieux ?  Ma question est : pourquoi écrivez-vous ?

S. SADI : Nous en avons voulu à nos ainés de ne pas avoir fait part de ce qu’ils ont accompli ou dont ils étaient dépositaires. J’ai personnellement harcelé le colonel Ouamrane, M’hamed Yazid, Omar Oussedik et tant d’autres pour écrire leurs mémoires ou, au moins, enregistrer leurs souvenirs. Trop peu de gens l’ont fait. Ce silence consécutif à la fatigue, la peur ou le dépit a ouvert la voie aux impostures. Il fallait éviter que notre combat sombre dans les mêmes travers. Et des prémices analogues aux confusions qui ont embrouillé le récit de la guerre de libération nationale commençaient à poindre ici et là. Nous ne pouvions pas reproduire ce que nous reprochions à nos anciens. Nous avons été sevrés de vérités sur notre passé, nos enfants ont le droit d’accéder à la réalité des luttes qui pèsent quotidiennement sur leurs vies. Il suffit de voir le révisionnisme et même le négationnisme que certaines mouvances lancent pour travestir la décennie traitée dans ce livre pour apprécier les dommages des non-débats ou des censures. Quant à l’élargissement de la focale sur le champ politique de notre combat et son extension sur d’autres terrains, il renvoie à la nature même de notre engagement. Nous sommes une génération atypique qui voulait assumer ses racines et habiter un monde où nous n’étions pas toujours bien entendus.

Je sais bien que mon avis ici a une part de subjectivité mais je le livre quand même.  Nous évoluions dans un univers étalonné par la lutte armée et la haine. Ce qui fait que même pour le jeune qui n’a pas connu la guerre de libération, la responsabilité politique devait revenir à celui qui a livré bataille les armes à la main. Une conception de la vie publique qui dérapera avec les conséquences que l’on sait. L’ambition de mon témoignage c’est de rappeler que des jeunes ont inventé le combat pacifique dans un pays régenté par la violence, qu’ils ont introduit les dossiers sur lesquels balbutiera, toujours en retard, un personnel politique traditionnel qui les ignorait et les haïssait et qu’au regard de l’Histoire, ces jeunes ne sont pas moins légitimes que ceux qui ont libéré le pays. Ce sont leurs idées qui ont contribué à replacer la nation dans la modernité. Je demeure convaincu que si les Mammeri, Yacine, Issiakhem et certains vertueux maquisards retirés de la vie politique comme Omar Boudaoud ne nous avaient pas fertilisés pour introduire du neuf dans un monde politiquement congelé, l’Algérie aurait connu une évolution encore plus dramatique que celle qu’elle a subie.

Notre combat ne recouvre pas l’entièreté de la période d’après-guerre mais il en est le réacteur démocratique qui a permis d’envisager d’autres perspectives, même si celles-ci ne sont toujours pas mises en œuvre. Notre parcours organique est le support d’une vision qui ne s’interdisait aucune audace. J’ai insisté dans le tome II et je reviens dans ce livre sur notre détermination, que d’aucuns considéraient comme de l’inconscience, à vouloir faire admettre l’idée que la libération nationale pouvait être aussi au bout du crayon et pas uniquement au bout du fusils.  Et je comprends que cela puisse paraitre ambitieux de voir des militants qui n’ont pas « fait le coup de feu », seul barème de la crédibilité politique, prétendre au statut de fondateurs de la nouvelle nation. Évidemment, cette opinion venant d’un acteur concerné par cette relecture peut être discutée.

ADN-MED : Vous l’avez évoqué plus haut, mais revenons-y. Vous savez très bien que certains vous diront que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Que leur répondez-vous ? 

S. SADI : Que je respecte leur opinion et même que je comprends l’appréhension que peut susciter chez certains le fait de nous mettre face à nos réalités. Mais il y a un choix à faire : favoriser la quiétude immédiate que confère le refoulement ou avoir le courage de la lucidité pour ne pas condamner nos enfants à payer le prix de nos erreurs. Ce n’est pas parce que notre combat fut nouveau qu’il avait été un long fleuve tranquille. Comme pour toutes les séquences de notre histoire, notre période doit aussi doit être édulcorée de ses approximations et contre-vérités, l’essentiel étant de s’en tenir aux faits dûment établis. Le confort du silence est un poison lent. Et cela est vrai de tout temps et dans tous les pays. Si on avait débattu ouvertement de l’assassinat d’Abane à l’indépendance, nul doute que l’on aurait pu éviter l’exécution de Boudiaf en direct à la télévision. Croyez-moi, les citoyens sont disposés à entendre toutes les vérités dès lors qu’elles sont dictées par le souci d’éviter la permanence du mensonge et non par les pulsions de la colère ou la volonté de perpétuer des querelles. On me fera grâce du fait que, pour ne pas polluer davantage un climat général déjà pesant, je me suis abstenu pendant des années de répondre à des attaques montées autour de fake-news les plus outrancières. Mais lorsqu’une donnée, indépendamment de son importance, structure la mémoire il faut rétablir la vérité des faits. Dans ce cas nous ne sommes plus dans des considérations personnelles mais dans le devoir de restaurer la réalité d’un patrimoine commun. Mustapha Bacha auquel est dédié ce livre n’avait pas peur de la responsabilité ni des risques auxquels elle exposait mais il redoutait par-dessus toutes les désinformations. La réponse qu’il avait faite en plénière à la campagne de déstabilisation engagée par la police politique lors du congrès extraordinaire du RCD fait toujours le tour de la toile.

Nous devons ces vérités à ceux qui ont payé de leur vie leurs convictions. Nous les devons aussi à nos enfants car il faut arrêter le cercle infernal de l’hypocrisie qui nie et donc pérennise la société de la vanité qui refuse l’évaluation qui prévient les rechutes des régressions historiques. Le problème n’est pas de savoir si une information est douce ou amère mais si elle est vraie ou fausse. Boudiaf disait : « Il faut toujours dire la vérité au peuple. » et il avait raison. Un grand ami de l’Algérie, Jean Lacouture, avait écrit : « Le témoignage est un combat. »

ADN-MED : Et la suite de cette fresque ?

S. SADI : Le tome IV, Le pouvoir comme défi qui recouvre la période 1997-2007 et le tome V, L’honneur comme héritage qui prend le relai. Puissent d’autres acteurs apporter leur part de vérité à notre histoire d’après-guerre pour contribuer à un meilleur éveil des esprits et l’apaisement des consciences. L’Histoire des hommes a un enseignement implacable : rien de durable n’a été construit sur le mensonge.

Saïd Sadi, Mémoires. La Haine comme rivale, 1987-1997, Tome III. Éditions Frantz Fanon (Algérie) ; éditions Altava (France), 2023. Disponible aussi sur les plateformes de vente en ligne et en librairies.

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Algérie : L’islamologue Saïd Djabelkhir relaxé

Ce procès remet sous les projecteurs la question de la liberté de conscience supprimée dans la nouvelle constitution de 2020.

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Algérie : L’islamologue Saïd Djabelkhir relaxé

Condamné en première instance, en avril 2021, à une peine de trois ans de prison ferme, l’islamologue algérien, Said Djabelkhir, a été relaxé ce mercredi par la chambre pénale de la Cour d’Alger.

Inquisition

Annoncé par l’intéressé lui-même sur son compte facebook, ce verdict intervient à l’issue d’un procès en appel concernant un jugement du tribunal de Sidi M’Hamed l’ayant condamné le 22 avril 2021 à trois ans de prison ferme et à une amende de 50000 da (250 euros).

Said Djabelkhir était poursuivi pour « offense à l’islam » et « dénigrement du dogme » et « des préceptes de l’islam » en vertu de l’article 144 bis du code pénal algérien réprimant le blasphème. Tout a commencé au début de l’année 2020, lorsqu’un prédicateur salafiste, Mohamed Ali Ferkous, prononça une « fetwa » contre la célébration de Yennayer, nouvel an berbère en le qualifiant de « fête païenne ». En réponse, Said Djabelkhir affirme, à travers des publications, que certaines pratiques de l’Islam, à l’image du pèlerinage et de la Omra ou encore le rite du sacrifice sont antérieures à l’Islam et d’origine païenne. Une sortie qui n’était pas du goût de certains milieux islamo-conservateurs que le penseur, un des rares à tenter d’ouvrir le débat autour d’une vision et d’un regard rénovés de l’Islam, a irrité.

Fin janvier de la même année, un enseignant d’informatique, de l’université de Sidi Bel Abbes, Abderrazak Boubedjra, soutenu par une poignée d’avocats, décide d’intenter une action en justice contre l’islamologue. Cette action, qui a remis sous les projecteurs la question de la liberté de conscience, supprimée dans la nouvelle constitution de 2020, et des libertés publiques, n’a pas manqué de susciter une vague d’indignation dans les milieux progressistes et intellectuels, en Algérie et à l’étranger.

Soutien salutaire

Dans une tribune publiée fin janvier 2022 dans les médias, une vingtaine d’intellectuels et d’essayistes dont Boualem Sansal, écrivain algérien; Rémi Brague, philosophe, membre de l’Institut de France; Chantal Delsol, philosophe, membre de l’Institut de France; Claude Habib, professeur émérite des universités; Annie Laurent, docteur en science politique et essayiste; Zineb El Rhazoui, journaliste et militante des droits de l’homme, Javier Borrego Borrego, ancien juge à la Cour européenne des droits de l’Homme; Alfred de Zayas, historien, écrivain et ancien expert indépendant des Nations Unies sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable ou encore Claude Gilliot, islamologue français; Yassine Mansour, doctorant et Hela Ouardi, professeure universitaire et écrivaine tunisienne ont appelé les autorités algériennes à garantir les libertés d’expression et de recherche académique, conformément au droit international, notamment au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie en 1989. Ils ont également appelé à l’abrogation de l’article 144 bis du code pénal. Reste à savoir si cette relaxe fera désormais jurisprudence et partant sur les limites du débat sur la religion dans un pays où l’islamisme est devenu social.  

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Politique

INTERVIEW AVEC RAZIKA ADNANI : « Le sentiment d’infériorité des populations maghrébines est incarné dans cette citation d’Ibn Badis. »

Razika Adnani est une philosophe, islamologue et conférencière franco-algérienne. Elle est membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et membre du conseil scientifique du centre civique du fait religieux. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont le dernier est Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique. Une étude socio-politique publiée par Fondapol en décembre 2022.

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Razika Adnani est une philosophe, islamologue et conférencière franco-algérienne. Elle est membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et membre du conseil scientifique du centre civique du fait religieux. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont le dernier est Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique. Une étude socio-politique publiée par Fondapol en décembre 2022.

ADN-MED : Dans votre dernier ouvrage « Maghreb, : l’impact de l’Islam sur l’évolution sociale et politique. Maroc, Algérie, Tunisie », vous décrivez un sentiment d‘infériorité chez les populations maghrébines qui se cherchent des ascendances arabes et cultivent un islam plus ostentatoire et rigoriste que celui des autres. Ce zèle constaté par Ibn Khaldoun chez nous ne se retrouve pas, en tout cas pas à ce point, chez les musulmans asiatiques. Pourquoi ?

R.A. : Dans mon ouvrage, j’analyse le phénomène du retour en arrière et du renoncement progressif aux acquis de la Nahda, période de modernisation située entre le début du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, et qui a changé considérablement les pays musulmans. Cependant, progressivement et sous l’influence des conservateurs et du renforcement du religieux, on constate un retour en arrière aux traditions et au passé dans les domaines politique et social dans les trois pays du Maghreb ainsi que dans tous les pays à majorité musulmane. Je me suis demandée jusqu’où ira ce renoncement aux acquis de la Nahda, car la Nahda c’est l’abolition de l’esclavage et de la dhimmitude, c’est la reconnaissance des droits des femmes : droit à l’éducation, au travail, droit de sortir de la maison et de ne pas se voiler, même si elles n’ont jamais eu les mêmes droits juridiques que les hommes. Ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan, où les talibans privent les filles de leur droit d’aller à l’école, privent les femmes de voyager et d’accéder à l’université et même aux soins puisqu’ils ont déclaré qu’un homme ne peut pas soigner une femme, est très inquiétant. Rappelons que Daesh a rétabli l’esclavage et n’oublions surtout pas que dans les années 1990, le FIS (Front islamiste du salut) algérien envisageait les mêmes règles obscurantistes notamment pour les Algériennes. C’est pour cela que celles-ci devaient être les premières à sortir dans les rues pour soutenir les femmes afghanes, mais ce n’est pas le cas.

L’excès de zèle concernant la pratique de la religion et le désir d’avoir des ascendances arabes concernant une grande partie de Maghrébins soulevés par Ibn Khaldûn sont des éléments explicatifs du penchant de ces populations pour fondamentalisme, une pratique rigoriste de l’islam qui persiste aujourd’hui. Pourquoi n’observe-t-on pas, ou pas de cette ampleur, ce phenomene chez d’autres populations islamisées comme en Asie ? C’est une question que je me suis justement posée lorsque j’ai écrit mon ouvrage La nécessaire réconciliation dans lequel j’ai considéré que la réconciliation des populations maghrébines avec leur histoire ancienne et leurs origines, donc avec elles-mêmes, est indispensable pour remédier à beaucoup de leurs problèmes. L’analyse des deux doctrines islamiques,  les plus répandues au Maghreb et même en Afrique à l’exception de la partie la plus à l’est : le malékisme et le soufisme, m’a permis de déduire qu’elles portent une très grande responsabilité dans la relation que les maghrébins entretiennent avec eux-mêmes et pourquoi beaucoup ont préféré s’inventer des origines arabes et sont dans une pratique rigoriste de l’islam.

Cependant, d’autres éléments ne sont pas à négliger dans la compréhension de ce phénomène, telle que celui du pouvoir et de la langue. Concernant la langue, les Amazighs ont fait de leur langue une langue orale, et c’est le cas des autres langues africaines, bien avant l’arrivée de l’islam. Avec l’arabisation des villes, le berbère ou tamazight a reculé vers les zones rurales devenant la langue de la ruralité et de l’illettrisme. Et parce que les hommes et les femmes sont toujours à la recherche d’honneurs, pour les obtenir ils préfèrent adopter une langue de savoir et de pouvoir. Beaucoup de Berbères ont ressenti de la honte à parler le tamazight.

La France a sa part de responsabilité dans la pérennisation de ce phénomène. Dans une note publiée en janvier1991, l’historien français Daniel Rivet raconte que Napoléon III (1808-1873) voulait créer un royaume arabe s’étendant d’Alger à Baghdâd sous la protection de la France ; on peut donc dire que Napoléon III est le précurseur du panarabisme. Daniel Rivet ajoute qu’en arrivant à Alger le 17 septembre 1860, Napoléon III a déclaré dans son discours que le premier devoir de la France était de s’occuper « du bonheur des trois millions d’Arabes ». Ainsi, Napoléon III pour des raisons politiques décide que les trois millions d’Algériens étaient des Arabes. La France a créé au XIXe siècles « Les bureaux Arabes » pour s’occuper des affaires de la population autochtone. Pour elle, il y avait, les Européens et les Arabes, ce qui a consolidé la prétention d’être Arabes chez une partie de la population.

ADN-MED : Vous dites que le malékisme comme le soufisme, dominant en Afrique du nord, sont consubstantiels du retour au passé. Ces deux doctrines imprègnent l’islam urbain ou confrérique. Quid du troisième islam ? Le syncrétisme qui a absorbé des rudiments du dogme et s’accommode de rites païens. Des paysans adorent autant un rocher ou un olivier qu’un saint. Que représente cette croyance si mal étudiée ? A-t-elle un avenir ou peut-elle évoluer dans un monde désormais spirituellement contraint par l’école, les médias, la toile ?

R.A. : Dans cet ouvrage j’analyse l’idée qui revient très souvent chez beaucoup de  Maghrébins et des populations de l’Afrique subsaharienne, selon laquelle le soufisme et le malékisme seraient la solution à tous les problèmes qui se posent au sein de l’islam. Or, ces deux doctrines majoritaires en Afrique font partie des causes des problèmes d’une part et, d’autre part, le croire signifie qu’on pense encore que la solution ne peut venir que du passé et des salafs étant donné que les deux doctrines remontent aux premiers siècles de l’islam.

Or, la solution ne peut venir que d’un esprit libéré de la suprématie du passé présenté constamment comme seul porteur de vérité. Il n’y a pas d’avenir pour ces sociétés si elles ne sont pas capables de regarder vers le futur, de s’émanciper de l’esprit salafiste.

Une des questions qui interpelle beaucoup aujourd’hui est l’échec des mouvements populaires dans les pays à majorité musulmane à révolutionner leurs sociétés. Bien au contraire tous ces mouvements débouchent sur davantage de conservatisme et de renoncement aux acquis de la Nahda donc sur un retour en arrière, au passé. La raison réside justement dans la peur de regarder vers l’avenir qui fait que ces mouvements sont incapables de concevoir des idées nouvelles nécessaires pour créer le changement, c’est-à-dire de réformes sociales et politiques profondes. Vous avez raison de citer l’école car c’est au niveau de l’école que le travail doit commencer. L’école doit cultiver chez les jeunes leurs capacités à s’émanciper intellectuellement et avoir comme objectif de développer en eux l’esprit scientifique. C’était un des projets de la Nahda comme je le dis dans l’ouvrage. Le problème, c’est que l’école n’est pas épargnée par l’impact de la montée du religieux et du retour en arrière.

ADN-MED : Comment expliquez-vous que ce qui a valu dans la chrétienté où l’amazighe Saint Augustin a pu perforer le glacis du dogme pour s’évader philosophiquement avant de faire partager, pour ne pas dire endosser, ses innovations à l‘Eglise ne s’est-il pas produit pour l’islam en Afrique du nord où les autochtones ont investi la surenchère religieuse ?

R.A. : Les maghrébins n’ont pas pu s’évader philosophiquement car la philosophie est l’activité d’une pensée libre capable d’exercer son esprit critique sans contraintes hormis celle de la cohérence et de l’honnêteté intellectuelle. Cette dernière est selon moi très importante.  Or, les Maghrébins ont adopté  des doctrines, le malékisme, le soufisme et l’acharisme, qui ne valorisaient pas la pensée libre, rationnelle et créatrice. Elles sont fondées sur l’idée que la vérité n’est pas construite mais révélée et transmise, autrement dit ne valorisent pas le travail de la pensée. Dans le malékisme, la pensée n’intervient qu’en dernier recours, car la première source du savoir juridique est le Coran, ensuite les hadiths(les paroles) du prophète, ensuite les traditions des compagnons du prophète, ensuite les habitudes des habitants de Médine. Dans le soufisme, la vérité est dévoilée à certaines personnes qui sont les saints. Quant à l’acharisme qui est la doctrine théologique que le malékisme l’islam le plus répandu au Maghreb a adopté vers le xe siècle, il prône le littéralisme, le déterminisme et la théorie du Coran incréé qui ont comme objectif d’empêcher la pensée de s’exprimer. Ces doctrines ne valorisant pas la pensée créatrice et rationnelle font que les musulmans répètent des idées reçues au sujet de leur religion sans jamais les remettre en question, ni les soumettre à l’esprit critique pour vérifier leur degré de véracité. Le problème, c’est que l’islam n’est pas seulement une religion, c’est également un système social, juridique et politique. Ainsi, ont voulu les musulmans qu’il soit en tout cas jusque-là. S’interdire de réfléchir au sujet de l’islam, revient à s’interdire de réfléchir au sujet de la société, du droit et de la politique, de l’art et de la science. C’est à ce niveau-là que se situe le problème de tous les musulmans.

Pour s’évader philosophiquement, il faut croire en soi et en son intelligence, ce que ni le malékisme ni  le soufisme, fondés sur la supérimatie des Arabes, ne permettent au Maghreb et en Afrique subsaharienne. « Il ne peut attribuer (c’est-à-dire Dieu) ce grand message qu’à une nation grande, car seules les grandes nations et les grands peuples peuvent entreprendre les grandes tâches » disait Ibn Badis (1889-1940), fondateur de l’association des oulémas musulmans algériens, en parlant des Arabes. Sachant que Dieu n’a confié aux Berbères aucune grande tâche. Ils ne seraient selon les propos d’Ibn Badis ni une grande nation ni un grand peuple, contrairement aux Arabes. Tout le sentiment d’infériorité des populations maghrébines est incarné dans cette citation d’Ibn Badis.

ADN-MED : L’Afrique du nord a subi les sept plus grandes invasions qu’ait connues la Méditerranée. Sans jamais avoir disposé d’un État centralisé, le parler berbère, les repères mentaux, le rapport à la nature, bref la culture a survécu. Il n’est rien resté, ou si peu, de la civilisation, par ailleurs florissantes, des Étrusques, des Aztèques ou des Incas. Comment expliquer cette résilience ?  

R.A. :  Parce que ces populations n’ont pas abandonné leur langue malgré leur admiration pour la langue arabe, la langue du Coran et du prophète, dans beaucoup de région la langue berbère a continué à être utilisée. Parce qu’elles sont restées attachées à leur culture y compris dans les régions qui se sont arabisées. Une langue et une culture continuent de vivre s’il y a des gens qui s’y attachent et les utilisent. Il y a aussi le fait que l’arabisation s’est faite sur une longue période et n’a touché généralement que les grandes villes et que les Berbères n’ont pas cédé le pouvoir aux Arabes. Je pense que ce dernier élément a aidé à la préservation de leur culture. Bien que beaucoup de ceux qui ont le pouvoir ont prétendu avoir des origines arabes pour avoir la légitimité politique. La plus grande vague d’arabisation en Afrique du nord a eu lieu après les indépendances de ces pays et la généralisation de l’école arabisée mais aussi des moyens de communication orientés vers le Proche Orient. Cependant, et paradoxalement, on constate depuis quelques années une prise de conscience et une résistance pour la protection de la culture et la langue berbère qui concernent également les arabophones qui sont majoritairement des Berbères arabisés.

ADN-MED : Depuis quelques années, des élites nord-africaines assument, chacun à sa manière, de poser la question de la réforme du corpus du Coran. On a vu en Tunisie Heda Ouardi exposer librement ses recherches sur les origines et la transmission du message islamique. Récemment au Maroc l’universitaire Lahcen Oulhaj a produit une contribution remarquée opposant l’islam populaire (néoplatonicien) et celui des puissants (aristotélicien). Vous-même invitez à explorer une vision cultuelle décomplexée pour faire émerger la citoyenneté. Pourquoi est-ce plus dans de cette région que se développe cette audace qui, au fond, soulève la seule vraie question que pose l’islamisme ?

R.A. : Aujourd’hui les questions liées à l’islam et le problème de l’islamisme interrogent beaucoup les musulmans et cela dans tout le monde musulman. En Égypte, l’islamisme, qu’on présente comme synonyme des frères musulmans, est l’un des sujets qui suscitent le plus de débat notamment avec l’arrivée du Général Sissi au pouvoir qui a fait de leur confrérie son opposant politique. Cependant, l’important est de savoir comment la question est posée. Quelle est la réponse ou les réponses qu’on y apporte ? Ces réponses sont-elles capables de résoudre les problèmes qui se posent au sein de l’islam et d’apporter des réponses fiables ? Concernant le terme islamisme, s’il signifie l’islam politique, définition que les Occidentaux lui donnent à partir des années 1970, l’islam est un islamisme étant donné qu’il n’est pas séparé de sa dimension politique et cela depuis l’an 622. D’ailleurs, le terme islamisme est né en Occident. Il n’était pas connu dans la pensée musulmane.

Pour ma part, j’ai toujours considéré que le travail au sein de l’islam était une condition sine qua none pour toute réforme sociale et politique et surtout pour que ces réformes ne soient pas menacées par le retour en arrière qui se fait toujours par une riposte de la part des conservateurs qu’ils mènent au nom de l’islam. J’ai toujours expliqué et plus en détails dans mon ouvrage Islam : quel problème ? Les défis de la réforme que cette réforme doit être tournée vers l’avenir avec pour objectif non pas de changer la charia pour lui permettre de continuer à administrer la société, mais que les croyants puissent vivre leur religion sans se trouver en conflit avec les règles de la société qui sont issues de la raison. C’est pour cela que la réforme de l’islam doit en premier lieu faire que l’islam soit une religion et non une politique.

ADN-MED : A bien vous lire, la victoire des religieux sur les modernistes renvoie au fait que dans les pays musulmans ces derniers n’assument pas le changement avec notamment l’égalité et la liberté de la femme, nœud gordien de l’emprise théocratique. Pourquoi les élites algériennes, tunisiennes ou marocaines marquent-elles un arrêt devant l’obstacle à chaque fois que la rupture s’impose ?

R.A. : Lorsque les pays musulmans voulaient se moderniser au début du XXe siècle, ils se sont heurtés au principe de l’égalité qui ne concerne pas seulement les musulmans par rapport au non-musulmans et les maîtres par rapport aux esclaves mais aussi les femmes par rapport aux hommes. Quand on analyse cette période de modernisation jusqu’à aujourd’hui, on réalise que les musulmans ont accepté les deux premières mais pas la troisième. C’est à ce niveau précisément, c’est-à-dire l’égalité entre les hommes et les femmes, que le principe d’égalité pose problème dans les sociétés musulmanes marquées par le patriarcat.

Aucun de ces pays du monde arabe et du Maghreb n’a reconnu l’égalité entre les femmes et les hommes. Les décisions politiques étaient pourtant aux mains des démocrates mais tous ont affirmé les discriminations à l’égard des femmes au nom de la charia.  Bourguiba n’a pas libéré la femme tunisienne de toutes les discriminations juridiques dont elle était victime. Les modernistes et les démocrates n’étaient pas émancipés de leur désir de dominer l’autre et cet autre était la femme. Le point commun que les démocrates avaient avec les islamistes était celui de soumettre les femmes à la domination masculine, c’est-à-dire de les exclure de la modernité. Les démocrates ont sur ce point précis cédé aux islamistes, ce qui a fait échouer la construction de l’État moderne.

Le problème des discriminations juridiques et sociales dont sont victimes les femmes sont encore un tabou pour la majorité de l’élite intellectuelle et politique alors qu’elles sont au cœur de toutes les difficultés à sortir du passé et de l’archaïsme. Une des conséquences de l’impact de l’islam sur l’évolution sociale, est visible dans le combat féministe. Les femmes revendiquent de moins au moins leur droit d’avoir les mêmes droits juridiques que les hommes. Même quand elles sont universitaires, médecins ou ingénieur, elles acceptent au nom de la religion d’être juridiquement inférieurs

ADN-MED : Votre vision de l’occident laisse perplexe. Source des lumières, ses tergiversations le place, selon vous, en situation de vulnérabilité historique critique. Vous donnez en exemple les récurrences qui caractérisent les reculs ou démissions devant la guérilla du voile pour illustrer une forme de défaite idéologique qui ne s’avoue pas.  Pourquoi cette indolence ? Fin de cycle inéluctable comme en ont connu d’autres civilisations ? Culpabilité post-coloniale mal cicatrisée ? Recul devant un islam à plusieurs visages mais toujours conquérant ?…  

R..A. : La civilisation occidentale traverse une période très difficile. Elle est fondée sur des valeurs, l’égalité et la liberté, qu’elle n’est plus capable de défendre. Aujourd’hui beaucoup d’Occidentaux défendent le port du voile alors qu’il est fondamentalement discriminatoire. Il suffit de se rappeler qu’il est imposé aux femmes et non aux hommes et que son objectif est de distinguer les femmes voilées dites « pudiques » des femmes non-voilées dites « non-pudiques » qui mériteraient d’être agressées. Logiquement une civilisation qui n’est pas capable de défendre ses fondements est une civilisation en déclin. Nous verrons ce que dira l’avenir car quand il s’agit du comportement humain, celui-ci est capable de changer le cours de l’histoire. L’égalité entre tous les êtres humains, notamment entre les femmes et les hommes, est ce que la civilisation occidentale a offert de plus noble et de plus précieux à l’humanité. Ce sont ces valeurs qui ont permis aux musulmans d’abolir l’esclavage et le système de la dhimmitude, sans aller au point de reconnaître l’égalité entre les hommes et les femmes. Si l’humanité renonce à l’égalité de tous les êtres humains en droit et dignité, c’est à un pan entier de son évolution vers la maturité qu’elle renoncera.

Quant aux causes de cette indolence, comme vous dites, elles sont multiples. Les nouvelles idéologies déviantes, arrivant notamment des États-Unis, qui travestissent le sens des termes égalité et liberté, les problèmes économiques qui font qu’on s’inquiète de son compte bancaire que des valeurs humanistes. Les pays riches qui répandent un islam radical et conquérant ont compris la logique du capitalisme et ils l’utilisent à leur profit.

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Politique

ALGERIE : « SOS-DISPARUS » DANS LE COLLIMAEUR DU POUVOIR  

A l’inverse de l’Afrique du sud ou du Maroc qui assumèrent vérité et justice, l’Algérie opta pour le déni.

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ALGERIE : « SOS-DISPARUS » DANS LE COLLIMAEUR DU POUVOIR

Née à la fin des années 90 pour défendre le droit à la justice et à la vérité aux familles dont des membres ont été victimes de disparitions forcées lors de la « décennie noire », l’association « SOS-disparus » risque de connaître le même sort que la LADDH. 

Arbitraire d’Etat 

Quelques jours seulement après la confirmation de la dissolution de la ligue algérienne de défense des droits de l’homme, LADDH, l’association « SOS-disparus » se retrouve, à son tour, dans le collimateur des autorités. Mercredi, aux alentours de 18 heures, deux policiers dont un en uniforme et l’autre en civil se sont présentés au siège de l’association sise à Alger. A l’avocate qui leur a ouvert la porte, ils ont demandé après le propriétaire pour lui remettre une convocation.  

« Le document de format A4 entre les mains de l’officier de police n’avait nullement l’apparence d’une convocation. Un document plutôt très inquiétant », indique l’association dans un communiqué publié sur sa page Facebook. SOS-disparus ne fournit pas davantage de détails sur cette intervention. Mais, en ciblant le propriétaire de l’appartement servant de local à l’association, laquelle n’a pas d’existence légale malgré toutes les démarches entreprises, les autorités entendent visiblement la réduire au silence par les pressions ou les intimidations. « Les familles de disparus déclarent aux plus hautes instances algériennes que la rue les a vus naitre, elles continueront d’y grandir et d’exister tant qu’elles n’auront pas trouvé de réponses à leurs questions, avec ou sans local », promet l’association.

Le déni fait loi

La question des disparitions forcées est considérée comme « close » par les autorités algériennes à la faveur de la charte pour la paix et la réconciliation nationale adoptée en 2005. A l’inverse de l’Afrique du sud ou du Maroc où des instances « vérité et justice » ont pu avoir une fonction de catharsis dans les sociétés, le pouvoir algérien a préféré la voie du déni. Outre les indemnisations proposées aux familles, cette charte disculpe les agents de l’Etat éventuellement impliqués dans les disparitions et interdit l’évocation de la « tragédie », selon le vocable officiel. « Aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vertu de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation et de la préservation des institutions de la République algérienne démocratique et populaire», dispose l’article 45 de la charte, tandis que l’article 46 prévoit qu’« est puni d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 250 000 dinars algériens à 500 000 dinars algériens, quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à l’honorabilité des agents qui l’ont dignement servi, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international ». 

Officiellement, le nombre de disparus est estimé à plus de 8000 personnes, dont la plupart des familles a été indemnisée, alors que les ONG évoquent le nombre de 24000. Mais l’association « SOS-disparus », non convaincue de la démarche officielle, a toujours poursuivi son combat en faveur de la « vérité » et de la « justice ». Durant ces dernières années, ses locaux ont même été ouverts aux activistes et autres avocats pour organiser leurs rencontres. « SOS disparus et le CFDA (comité des familles des disparus en Algérie) appellent à la solidarité inconditionnelle à toutes les organisations de défense des droits de l’homme en Algérie qui subissent la répression d’un Etat autoritaire. Nos associations représentent les derniers bastions démocratiques à donner une voix aux victimes des violences de l’Etat algérien », conclut le communiqué. 

Longtemps sujet tabou, carte de pression de certains organismes internationaux et de formations politiques à la fin des années 90 sur le régime algérien, « SOS disparus » qui limite ses investigations aux seules disparitions attribuées aux agents de l’Etat connut une période de controverses du fait qu’elle refusait d’intégrer dans ses investigations les disparitions dont s’étaient rendus coupables les groupes islamistes. Une attitude qui priva l’association de soutiens de cercles intellectuels et politiques qui voyaient dans son approche, une partialité que ces acteurs interprétèrent comme un alignement sur les thèses des islamistes qui nient ou occultent leur responsabilité dans des enlèvements individuels ou collectifs de civils. Il demeure que le rouleau compresseur du régime n’épargne aucune structure qui échappe à son contrôle et ceci indépendamment des orientations idéologiques des animateurs.

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Politique

26 ASSOCIATIONS TUNISIENNES SOLIDAIRES DE LA LADDH

La société civile tunisienne promeut et assume la solidarité nord-africaine

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26 ASSOCIATIONS TUNISIENNES SOLIDAIRES DE LA LADDH

La dissolution aussi abusive que rocambolesque dont a fait l’objet la LADDH a surpris puis révolté l’opinion nationale. La plus ancienne organisation autonome de la société civile algérienne vient de recevoir le soutien de 26 associations tunisiennes activant dans le pays ou la diaspora.

Le communiqué qui revient sur les motifs fallacieux et illégaux qui ont présidé à cet abus d’autorité ( Voir ADN-Med du 23 janvier ) « condamne la décision arbitraire de dissoudre la LADDH » et rappelle que cette sanction  «  coïncide avec une campagne de criminalisation et de diabolisation de la LADDH et s’inscrit dans le cadre de l’engagement de poursuites, d’interdictions et de (sic) d’emprisonnements qui visent les organisations et les médias indépendants dans le but d’intimider, d’assujettir et d’étouffer toute voix critique discordante. »

Malgré les tentatives assumées du régime de Kaïs Saïed d’en venir à bout, la société civile tunisienne promeut et assume la solidarité nord-africaine. Elle manque en effet rarement l’occasion de témoigner son soutien aux citoyens ou organisations algériennes et marocaines, victimes de la répression des régimes qui sévissent dans leurs pays respectifs. Une culture citoyenne qui, jusque-là,  n’a pas d’équivalent dans les deux autres nations d’Afrique du nord où les militants ne parviennent pas à se mobiliser quand des violations des lois sont commises au-delà de leurs propres frontières. En l’occurrence, le message insiste sur l’impératif de la cohésion qui doit lier les trois peuples. 

« Les organisations et les associations tunisiennes soussignées, partant de leur conviction en l’unité de la lutte des peuples du Grand Maghreb pour la liberté, la dignité, la justice et la souveraineté contre toutes les formes de tyrannie et d’arbitraire, proclament leur pleine solidarité avec la ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme et ses militants… »

Par ailleurs, « Les signataires appellent les autorités algériennes à revenir sur leur décision arbitraire ( …) et à respecter les libertés individuelles et publiques, au premier rang desquelles la liberté d’opinion et d’expression et le droit d’association »

Pour rappel, les fondeurs de la LADDH avaient pris langue avec les dirigeants de la Ligue tunisienne, la LTDH dès 1983, c’est à dire bien avant de lancer leur initiative en Algérie. Première ONG œuvrant à la promotion des droits de l’homme en Afrique du Nord et déjà affiliée à la FIDH, l’expérience de la LTDH fut, selon les témoignages de ces membres, d’une grande utilité quand il fallut affronter le régime et déjouer les manœuvres de diversion et de désinformation que ce dernier déploya sur la scène internationale.

Les organisations signataires :

  • Coalition Tunisienne Contre la Peine de Mort
  • Organisation contre la torture en Tunisie
  • Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme
  • Syndicat National des journalistes Tunisiens
  • Association Tunisienne des Femmes Démocrates
  • Association Tunisienne pour la vigilance et l’Etat civique
  • Observatoire National Pour la Défense du Caractère Civil de l’Etat
  • DAMJ : Association Tunisienne pour la justice et l’égalité
  • Association Beity
  • Forum de la pensée citoyenne et progressiste
  • Organisation AL-Bawsala
  • Organisation du Martyr de la liberté Nabil Barakati -Mémoire et Fidélité
  • Association pour la promotion du droit à la différence
  • Association Tunisienne de Défense des droits de l’Enfant
  • Association Tunisienne de l’Action Culturelle
  • Association des Tunisiens en France
  • Comité de vigilance pour la démocratie en Tunisie-Belgique
  • Association Tunisienne des Droits et Libertés
  • Groupe Tawhida Ben Chikh, recherche et action pour la santé des femmes
  • Association Mawjoudin We Exist
  • Association Joussour Citoyenneté 
  • Danseurs Citoyens Sud
  • Association Femme et Citoyenneté
  • Association Intersection pour les Droits et les Libertés
  • Association Legal Agendas Tunisia
  • Association Bina
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Politique

FRANCE-MAROC :  LA CRISE ?

Acculé, le Maroc dénonce la complicité de la France et de l’Europe avec…l’Algérie.

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FRANCE-MAROC : LA CRISE ?

La tension est vive entre Rabat et Paris. Une campagne politico-médiatique engageant le Parlement et les médias périphériques du Palais royal accuse la France d’avoir fomenté la condamnation quasi-unanime du Parlement européen dénonçant les atteintes aux libertés de la presse et l’emprisonnement des journalistes dans le Royaume. La résolution des eurodéputés est d’autant plus mal vécue à Rabat qu’elle fait suite au scandale de corruption qu’on appelle désormais à Bruxelles et Strasbourg le Marocgate.  ( voir ADN-Med du 20 janvier. )

Dépit marocain

Les attaques marocaines sont suffisamment directes et nombreuses pour susciter une réponse officielle de la part de la porte-parole du Quai d’Orsay, Anne Claire Legendre qui rassure : « Nous sommes au contraire dans un partenariat d’exception que nous entendons nourrir », et d’insister pour préciser que son pays inscrivait sa relation avec le Maroc « dans les 10 à 20 ans » qui viennent. Une manière de suggérer que le réchauffement qui caractérise les relations franco-algériennes et qui hérisse bien des poils à Rabat, ne peut se faire au détriment de l’amitié franco-marocaine, autrement plus ancienne et stable.

Le Maroc, qui traverse actuellement une tempête diplomatique et médiatique dont il se serait bien passé, s’indigne pêle-mêle de l’arrogance de l’ancienne puissance coloniale et de la trahison d’un pays ami. Les deux chambres du parlement réunies en sciences extraordinaire, déclarent être « profondément préoccupées » à la suite des « allégations selon lesquelles les autorités marocaines auraient corrompu des députés au Parlement européen. » Le député Ahmed Touizi résume assez bien le message que sont chargés de délivrer les officiels de la classe politique marocaine : « Dans les coulisses de cette décision ( la résolution du parlement européen NDLR )  se cache un pays que l’on croyait ami et partenaire sûr mais l’odeur du gaz lui a fait perdre la tête. » Allusion on ne peut plus claire aux multiples et récentes visites que se rendent les autorités françaises et algériennes.

En plus de se retrouver sur la sellette au Parlement européen où il était jusque-là considéré comme le partenaire du Sud le plus fiable, Rabat suit avec inquiétude et agacement la densité des échanges qui se développent entre Alger et Paris. Le site Hespress écrit que la résolution de Strasbourg ciblant le Royaume a été « dirigée par la France pour satisfaire sa nouvelle alliance avec l’Algérie ».  Preuve de cette coupable complicité ? Les eurodéputés du parti du président français « ont voté à l’unanimité » le texte condamnant les violations de la liberté de la presse au Maroc. Une accusation que la porte-parole du Quai d’Orsay balaie d’un revers de la main en rappelant que « le Parlement européen exerce ses prérogatives de manière indépendante. » Même Jeune Afrique, pourtant très prudent quand il doit traiter de l’épineux dossier algéro-marocain, se désole : « Maladresses, faux pas et incompréhensions se multiplient entre Paris et Rabat », ce qui ne facilitera pas un « retour à la normale », écrit le magazine fondé par Bechir ben Yahmed

Le dépit marocain est tel que la visite d’Emmanuel Macron prévue pour le premier trimestre 2023 n’est toujours pas fixée.

Ambiguïtés européennes

Au Maroc, nul ne peut aborder le fond d’un problème qui ronge sa diplomatie. Le lobbying de Rabat fraie souvent avec la tentation permanente d’exporter les largesses que dispense le Palais à ses sujets quand il décide de gratifier une allégeance. Faute de pouvoir évoquer ce travers, on pointe les ambiguïtés qui accompagnent la charge des parlementaires européens contre Rabat. Et il est vrai qu’il y a matière à spéculation. La résolution du Parlement européen est arrivée bien après les condamnations abusives qui avaient frappé les journalistes marocains des mois voire, pour certains, des années auparavant. Du coup, on saisit cette concomitance pour souligner que cette décision a d’abord été une sanction qui fait suite à l’éclatement du scandale de corruption qui a éclaboussé le Maroc et le Qatar visés par des enquêtes révélant les méthodes peu orthodoxes employées par ces deux pays pour circonvenir des eurodéputés indélicats. Vite faite, la relation de cause à effet donne prise au discours tiers-mondiste qui soutient que la défense des droits de l’homme prônée par l’Occident est bien souvent une opération à la carte qui sert à faire pression sur les Etats du sud dans des circonstances particulières. Et de citer l’Algérie épargnée par les interpellations européennes – parce que protégée par Paris, susurre-t-on à Rabat – alors que le pays subit un hiver démocratique où la presse est l’une des premières victimes.

Entre la France et le Maroc plane toujours l’ombre de l’Algérie. Présentement, Rabat se plait à mettre en avant ses relations historiques avec les Etats-Unis dont il accuse la France de mal accepter l’excellence. Une diversion de plus pour éluder le conflit, pour l’instant diplomatique, qui oppose deux voisins que tout invite à coopérer et qui demeure le nœud gordien de l’instabilité chronique de l’Afrique du nord.    

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Politique

CHENGRIHA A PARIS : LE FOND ET LA FORME

La visite du militaire algérien à Paris précède et fixe le contenu et le sens de celle que doit effectuer au mois de mai le président Tebboune

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CHENGRIHA A PARIS : LE FOND ET LA FORME

Le chef de l’état-major de l’armée nationale populaire algérienne, l’ANP vient de clore ce jeudi 26 janvier une visite de quatre jours à Paris au cours de laquelle il a rencontré son homologue français après avoir été reçu par le président français et son ministre des armées, Sébastien Lecornu ; un ordre protocolaire qui souligne le poids de l’institution militaire dans le système politique algérien.

Nouveau décor

Si les secousses politiques récurrentes ont peu influé sur la qualité des relations qu’entretiennent les armées des deux pays, vérifiées notamment par la bonne coopération de leurs services de renseignement, les déplacements de responsables militaires de haut rang, qui plus est sur une période aussi longue sont peu fréquents. Du reste, les communiqués sanctionnant ces liens sont peu diserts. L’Algérie, soucieuse de préserver sa rhétorique anticolonialiste préfère afficher les exercices communs effectués avec les militaires russes ou d’autres partenaires et la France évite d’insister sur l’exposition d’une institution qui a conduit une guerre sanglante qui a meurtri les populations locales, épisode que n’hésitent pas à lui rappeler les officiels algériens à chaque poussée de fièvre survenant entre les deux capitales. 

Cette visite n’échappe pas à la règle : elle a servi à définir « les perspectives et les voies permettant de consolider la coopération dans les deux domaines militaire et sécuritaire », fait savoir le ministère de la défense algérienne dans un communiqué lapidaire. Pour leur part, les médias de l’Hexagone se sont contentés de signaler l’arrivée du militaire algérien à Paris.  

Il faut donc chercher ailleurs les explications qui font de ce déplacement un évènement particulier. Sa durée, quatre jours, son agenda – il survient à peine cinq mois après le voyage du président français qui avait eu à Alger une séance de travail avec la haute hiérarchie militaire algérienne, une première, et il précède la visite du président Abdelmadjid Tebboune, programmée pour le mois de mai –, autant d’éléments qui font que les observateurs initiés aux arcanes de la politique algérienne ont scrupuleusement suivi les faits et gestes du chef de l’état-major de l’ANP.

Les militaires algériens, apparaissent rarement sur la scène politique et encore moins quand il s’agit d’échanges avec la France. Cette visibilité assumée atteste d’une démarche inédite. Tout se passe comme si l’armée, véritable détentrice du pouvoir, entendait fixer dans l’intimité des cabinets les règles devant désormais lier les deux nations et les objectifs auxquels elles doivent tendre avant que ces accords ne soient rendus publics au printemps lors de la visite du chef de l’Etat algérien. 

Alger a la main

Dans les milieux français, les commentaires se font encore plus discrets. Les relations avec l’Algérie se remettent d’une violente brouille, pas question donc de prendre le moindre risque de perturber une lune de miel que Macron entend bien prolonger en mariage de raison faute de le vivre dans la passion que célèbrent les amoureux des deux peuples. Paris qui a fait son deuil de la singularité de son histoire avec Alger veut rester pragmatique avec des dirigeants qui tiennent toujours à cultiver leur statut de colonisé pour empêcher l’émergence de rapports transparents et horizontaux où des gouvernements adultes pourraient se parler en tant que tels.

Pour Alger le message est clair. Si la France renonce à son soft power en Algérie, c’est-à-dire qu’elle accepte la disparition de langue française et qu’elle s’abstient de commenter le caractère despotique du régime en place, les affaires peuvent prospérer. Le pouvoir apprécie d’ailleurs que le chef de l’Etat français – jugé peu convaincu de la réalité de la culture française et insensible aux  ressentis subjectifs légués par l’histoire – ait rétropédalé sur les jugements crus qu’il avait portés sur la nature du régime algérien en 2021. Sitôt le regret esquissé, les entreprises françaises furent informées qu’elles allaient accéder au marché algérien et, pourquoi pas, voir le volume commercial de leurs exportations revenir à des niveaux qui pourraient avoisiner ceux qui avaient longtemps fait de la France le premier fournisseur de l’Algérie. Le deal est simple : silences contre contrats. Sur le plan économique, les choses étaient bien engagées après la visite de la première ministre française qui a rapidement suivi celle de son président. Il restait à étendre la nouvelle vision aux domaines militaires.  

Au lendemain de l’indépendance et malgré le choix de la proximité avec l’URSS, la coopération militaire algéro-française  était dense, notamment en matière de formation. Beaucoup de hauts gradés algériens ont bénéficié d’un stage, d’une mise à niveau ou d’une spécialisation dans l’une des grandes écoles militaires françaises et ceci pour toutes les armes.

Avec le déclin de la langue française, ces cycles se rarifièrent pour être effectués en Russie (qui a toujours accueilli des militaires algériens), dans certains pays anglo-saxons, plus rarement ceux de l’ex Europe de l’est et quelques académies arabes.

C’est donc une vieille tradition que cherche à restaurer l’état-major algérien. Pourquoi ?

On vient de le voir, business is business, et la France où vit une communauté importante d’Algériens sensibles au destin de son pays d’origine, a décidé « de stériliser émotionnellement » ses rapports avec son ancienne colonie. Le quai d’Orsay n’a pas soufflé mot sur les abus d’un pouvoir décidé à caporaliser la société. Sensible à cette compréhension, les responsables algériens font autant de concessions économiques que nécessaire pour obtenir les silences complices sans lesquels il leur serait vain de postuler à un minimum de respectabilité internationale.

Un autre problème pèse sur cette conjoncture où se croisent les considérations diplomatiques et géopolitiques. En effet, en Afrique du nord, Paris vit un ménage à trois. Pour voler le statut de partenaire privilégié à Rabat, Alger est prêt à bien des accommodements voire des sacrifices. Après avoir accusé le coup suite à l’alignement de Madrid sur les positions marocaines dans le dossier du Sahara occidental, les Algériens suivent avec une jubilation non dissimulée le scandale de corruption dans lequel se débat le Royaume au Parlement européen. Dans l’immédiat, Rabat n’est plus le vis à vis fiable et prévisible que choyait l’Union européenne et Alger compte bien pousser la situation à son avantage.

Enfin, le déclassement de la France au Sahel – où l’Algérie reste particulièrement présente et active -, met cette dernière dans un rapport de force qui lui est largement favorable.

Limites d’une entente

A première vue, la France semble avoir cautérisé les béances politiques et les aigreurs subjectives qui minaient ses relations avec le système FLN. Les données sur lesquelles repose cette nouvelle entente sont factuellement justes. Mais à y regarder de près, les règles qui fondent le new deal algéro-français sont stratégiquement erronées pour certaines et aléatoires pour d’autres, autant de considérations qui annoncent, à terme, des retours de flammes à hauts risques.   

La sous-traitance sécuritaire tacite concédée par la force des choses à l’Algérie au Sahel sera rapidement confrontée à un conflit de loyauté que ne peut longtemps compenser le grand écart auquel se livrent les Algériens. Pour le président français, les milices russes Wagner présentes en Libye, au Mali, en Centre Afrique et bientôt au Burkina Faso sont une manifestation de l’impérialisme russe qui surfe sur les ressentiments post-coloniaux. Une analyse que ne peut se permettre d’entendre Alger pour qui Moscou reste un allié, c’est un euphémisme, de premier choix qui pourvoit à l’essentiel des besoins de son armée. Par ailleurs, dans la crise ukrainienne, la position du pouvoir algérien – qui aspire à rejoindre les BRICS – confirme ses préférences pour le futur ordre mondial auquel travaille le Kremlin et où les autocraties se présenteraient comme une alternative à la démocratie occidentale décadente.  

Sur le plan régional, rien ne dit que les difficultés passagères essuyées par le Maroc – qui sont aussi des signes d’un régime conservateur qui peine à s’affranchir de pratiques féodales qui handicapent d’abord le citoyen marocain – ne seront pas dépassées par la dynamique d’ouverture amorcée, entre autres, par « les accords d’Abraham ».

Autre erreur d’appréciation stratégique : l’émigration.  Passer par perte et profit la communauté algérienne résidant en France – potentiel levier de connexion féconde entre les deux pays –  en encourageant la Mosquée de Paris à accomplir des missions dévolues à l’ambassade et celles de la défunte et sinistre Amicale des Algériens en Europe est un pari risqué. L’expérience a montré que s’agissant de l’islam, la délégation de l’autorité politique au dogme religieux, quand bien même celui-ci serait-il incarné par un profil bcbg, pour espérer canaliser ou, plus grave, former les esprits, a en définitive toujours profité aux radicalismes. C’est parce que l’Algérie a confié son école aux Oulamas que le fondamentalisme a prospéré.

Reste la question énergétique. Consommant l’essentiel des ressources financières tirées de ses hydrocarbures pour importer des produits de première nécessité, l’Algérie n’a pas pu investir suffisamment pour augmenter ses capacités de production gazière. Tenue par des contrats qui la lie à l’Espagne et ayant fait le choix d’alimenter massivement l’Italie qui envisage d’être un hub pour le gaz algérien, elle ne peut satisfaire d’autres demandes, en tout cas pas dans les prochaines années.

Enfin, tirer profit d’un exode des cadres algériens poussés à l’exil par l’indigence d’un pouvoir que l’on se choisit comme l’un de ses partenaires privilégiés dans le sud ne peut constituer un projet de construction géopolitique viable sur les moyen et long termes.  On ne peut pas coopérer durablement avec un pays qui ne parvient pas à retenir, rassurer et séduire ses enfants.

Cette difficulté à définir des perspectives communes crédibles et performantes pouvant garantir la stabilité dans la Méditerranée occidentale et en Afrique du nord est aggravée par l’incapacité des élites algériennes à porter un projet démocratique alternatif. 

Dans la nouvelle relation algéro-française, la tactique prime la stratégie. En s’occupant des effets et en occultant délibérément les causes de leurs mésententes, Paris et Alger peuvent se procurer une période de répit, ce faisant elles auront différé – et à quel prix ? – les moments de vérité que n’ont pas voulu traiter des régimes qui gouvernent deux peuples qui, quoi qu’on dise, ont vécu ensemble pendant plus d’un siècle et qui sont plus que jamais interdépendants.      

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Politique

LA SOUS-SECRÉTAIRE US SISON A ALGER : UNE VISITE PARTICULIERE

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LA SOUS-SECRÉTAIRE US A ALGER : UNE VISITE ET DES QUESTIONS

La sous-secrétaire américaine Michele SISON en charge des organisations internationales est arrivée à Alger ce mardi où elle a été reçue par le président algérien. « Ma visite était une opportunité pour renforcer et élargir notre coopération avec l’Algérie et cerner ses priorités au sein du réseau onusien et du conseil des Droits de l’Homme, étant donné que l’Algérie et les Etats-Unis sont des membres élus au sien de ce conseil », peut-on lire auprès de l’agence officielle APS qui rapporte la déclaration de madame SISON.

Interpellation

La sobriété de cette dépêche contraste avec les termes de la conférence de presse tenue par la sous-secrétaire d’État américaine à l’ambassade des USA à Alger – où elle a reçu des activistes des droits de l’homme et des journalistes – et au cours de laquelle elle a donné plus de détails sur les propos qu’elle a adressés aux responsables algériens : « la société civile, y compris les défenseurs des droits de l‘homme et les journalistes indépendants, peuvent être des partenaires essentiels pour le gouvernement et en tant qu’État membre ( du conseil des droits de l’homme, CDH, NDLR ) qui cherche à mettre en œuvre ses engagements internationaux en matière de droits de l’homme pour tous. » Le décalage qui caractérise les actes du pouvoir algérien avec ses déclarations publiques et ses obligations internationales semblent avoir constitué une partie importante du message délivré par madame Sison. : « Nous tenons à souligner que l’expérience a montré que lorsque les gens sont en mesure d’exercer leurs libertés fondamentales (…) les sociétés sont plus pacifiques et plus prospères. » Concernant la question de l’adhésion de l’Algérie au CDH pour ce mandat de trois ans, la responsable US a déclaré : « Aux Etats-Unis et dans le monde, les journalistes indépendants et les médias indépendants sont des piliers essentiels de la démocratie et de la société civile (…) L’Algérie s’est présentée et a été élue au CDH. Nous avons tous la responsabilité de respecter ces priorités ».S’agissant du problème de l’examen périodique des droits de l’homme en Algérie qui a eu lieu à Genève au mois de novembre et pendant lequel le régime algérien a essuyé des critiques de la plupart des pays démocratiques, madame Sison a insisté sur le fait que le pays doit accepter les « visites de rapporteurs spéciaux de l’ONU lorsque de telles demandes sont faites. », chose à laquelle l’Algérie ne souscrit pas toujours de bonne grâce.

Alger sur la sellette

Ce déplacement survient dans un contexte de rétrécissement particulièrement sévère des libertés, la dernière décision liberticide concerne deux projets de loi portant sur l’exercice du droit syndical et le droit de grève. Des textes si restrictifs qu’ils ont été rejetés même par la très officielle Union générale des travailleurs algériens, l’UGTA.

Depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune au pouvoir en 2020, L’Algérie s’est engagée dans une politique de repression permanente qui conjugue les arrestations arbitraires et les dissolutions des associations de la société civile. Plus de 300 personnes, dont certaines sont en détention préventive depuis plus d’une année, croupissent toujours en prison et, récemment encore, le Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, créée en 1985, a été dissoute ( voir ADN-Med du 23 janvier) après une décision de justice prise le 29 septembre sans que l’organisation concernée ne soit informée de la sanction qui l’avait frappée. Auparavant, d’autres structures de la société civile comme SOS Bab El Oued, Rassemblement action jeunesse, RAJ ou l’organisation caritative CARITAS avaient connu le même sort.

Radio M, dernier media libre algérien, a vu son directeur El Kadi Ihsane arrêté le 24 décembre et ses locaux mis sous scellés. Un abus qui a provoqué une réaction du département d’Etat-américain dont le porte-parole a déclaré à cette occasion : « Nous avons relevé et continuerons de relever le rôle essentiel de la presse auprès du gouvernement algérien (…) nos relations bilatérales dans le monde sont renforcées lorsqu’il y a des progrès dans le domaine des droits de l’homme, y compris ceux liés à la liberté d’expression ».

D’aucuns n’hésitent pas à poser la question de savoir si cette arrestation n’a pas précipité – ou même si elle n’est pas à l’origine – de la visite de madame Sison en Algérie.

Certaines décisions du régime sont prises en dehors de toute légalité, les dirigeants ayant fait le choix de jouer de la terreur pour tétaniser les citoyens dans et en dehors du pays. Outre les arrestations d’activistes de la société civile, des émigrés rentrés au pays pour des raisons familiales ou professionnelles font régulièrement l’objet d’interdiction de sortie du territoire national, ISTN.

Pour l’instant, le pouvoir algérien semble tabler sur la crise ukrainienne qui accapare l’opinion internationale pour réintroduire et imposer les canons de la pensée unique chers au FLN.

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Politique

TUNISIE : L’UNIVERSITAIRE CHAIMA ISSA DEVANT LA JUSTICE MILITAIRE

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TUNISIE : L’UNIVERSITAIRE CHAIMA ISSA DEVANT LA JUSTICE MILITAIRE

Militante des droits humains, journaliste, membre du Collectif « Citoyens contre le coup d’État » et du Comité politique du Front de Salut national, Chaima ISSA est une figure connue des luttes démocratiques tunisiennes. Elle devra comparaitre le 27 janvier 2023 devant le Tribunal militaire de 1ère Instance de Tunis pour répondre de trois hallucinants chef d’inculpation ; à savoir : « l’incitation, par n’importe quel moyen, d’un groupe de plus de trois militaires, à la désobéissance, la résistance et l’exercice des violences contre le supérieur hiérarchique », « offense au chef de l’État » et, enfin, « la production, la diffusion, l’envoi, la rédaction de fausses nouvelles et données, de rumeurs, dans le but de porter atteinte aux droits d’autrui ou de porter préjudice à la sureté publique ou à la défense nationale ou de semer la terreur parmi la population ».

Motif de ces accusations ? Avoir déclaré sur Radio IFM le 22 décembre 2022 que devant « l’impasse constitutionnelle et politique dans laquelle se trouve le pays depuis le coup d’État du 25 juillet 2021, l’effondrement économique qui sévit, l’échec des élections du 17 décembre 2022 » elle « doute que les institutions de défense du pays continueront de soutenir un tel processus, notamment le second tour d’élections législatives fictives ».

Cette convocation a provoqué un tollé dans la société civile tunisoise où un « Comité de soutien à Chaima ISSA » rassemblant les grands noms des mondes universitaire, médiatique, associatif et politique s’est aussitôt mis en place pour dénoncer la dérive autoritaire du régime et les dangers que représente le recours abusif à la justice militaire pour harceler les opposants.

On retrouve parmi les premiers signataires les noms de la juriste Sana Ben Achour, Bochra Bel Haj Hmida, avocate féministe et ancienne présidente de la Commission des libertés individuelles et de l’égalité, COLIBE, Kamal Jendoubi, ancien ministre et ancien président de l’instance supérieure indépendante pour les élections, ISIE, Khadija Cherif, ancienne vice-présidente de la FIDH, Souhair Belhassein, présidente d’honneur de la FIDH, Yadh Ben Achour ancien doyen et président du comité des droits humains, Hatem Nafti, journaliste, essayiste…

C’est sous le pouvoir de Kaïs Saïed, juriste de profession, que la dérive politico-judiciaire, banalisant l’implication de la justice militaire, connait en Tunisie une ampleur rarement égalée.

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Politique

TUNISIE : CINQ IMMOLATIONS PAR LE FEU EN UNE SEMAINE

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TUNISIE : CINQ IMMOLATIONS PAR LE FEU EN UNE SEMAINE

C’est l’avocat et fondateur du parti Erray el wataniya, Mabrouk Korchid qui s’alarme dans un post publié ce dimanche : cinq personnes se sont immolées par le feu en l’espace d’une semaine. Toutes les victimes ont réagi à des situations sociales désespérées. La dernière en date est un ouvrier qui est venu devant le siège du gouvernorat de Nabeul pour mettre fin à ses jours ce samedi.  Évacué à l’hôpital, l’homme a succombé à ses blessures.

Le message particulièrement tranché est une interpellation adressée directement au président  Kaïs Saïed auquel il reproche son incapacité à se connecter avec la dégradation d’une situation intenable : «  le nombre de personnes décédées après s’être immolées par le feu en une semaine dépasse celui de ces vingt dernières années », relève l’avocat qui ne manque pas de dénoncer la pompe des déplacements des membres du gouvernement qui mobilisent des escouades d’agents pour paralyser la circulation.

Mabrouk Korchid qui stigmatise un pouvoir qui cherche « à jeter en prison des opposants à travers des procès injustes » prévoit une fin ubuesque à des responsables qui se donnent en spectacle « avec une cravache » pendant que « les pauvres brûlent et que les opposants sont opprimés. »

En Tunisie le climat social se détériore dangereusement, la situation financière du pays reste tributaire d’aides internationales qui tardent à venir – le FMI a récemment différé une réunion devant traiter un prêt de 1,9 milliard de dollars – la répression multiforme sévit quotidiennement, l’opposition se mobilise mais reste divisée à cause du sulfureux parti islamiste Ennehdha.

A Tunis toutes les chancelleries sont suspendues à une question à laquelle elles peinent à répondre : combien de temps peut durer cette situation ?  

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