dimanche, décembre 3, 2023
Politique

ALGERIE : « SOS-DISPARUS » DANS LE COLLIMAEUR DU POUVOIR  

Née à la fin des années 90 pour défendre le droit à la justice et à la vérité aux familles dont des membres ont été victimes de disparitions forcées lors de la « décennie noire », l’association « SOS-disparus » risque de connaître le même sort que la LADDH. 

Arbitraire d’Etat 

Quelques jours seulement après la confirmation de la dissolution de la ligue algérienne de défense des droits de l’homme, LADDH, l’association « SOS-disparus » se retrouve, à son tour, dans le collimateur des autorités. Mercredi, aux alentours de 18 heures, deux policiers dont un en uniforme et l’autre en civil se sont présentés au siège de l’association sise à Alger. A l’avocate qui leur a ouvert la porte, ils ont demandé après le propriétaire pour lui remettre une convocation.  

« Le document de format A4 entre les mains de l’officier de police n’avait nullement l’apparence d’une convocation. Un document plutôt très inquiétant », indique l’association dans un communiqué publié sur sa page Facebook. SOS-disparus ne fournit pas davantage de détails sur cette intervention. Mais, en ciblant le propriétaire de l’appartement servant de local à l’association, laquelle n’a pas d’existence légale malgré toutes les démarches entreprises, les autorités entendent visiblement la réduire au silence par les pressions ou les intimidations. « Les familles de disparus déclarent aux plus hautes instances algériennes que la rue les a vus naitre, elles continueront d’y grandir et d’exister tant qu’elles n’auront pas trouvé de réponses à leurs questions, avec ou sans local », promet l’association.

Le déni fait loi

La question des disparitions forcées est considérée comme « close » par les autorités algériennes à la faveur de la charte pour la paix et la réconciliation nationale adoptée en 2005. A l’inverse de l’Afrique du sud ou du Maroc où des instances « vérité et justice » ont pu avoir une fonction de catharsis dans les sociétés, le pouvoir algérien a préféré la voie du déni. Outre les indemnisations proposées aux familles, cette charte disculpe les agents de l’Etat éventuellement impliqués dans les disparitions et interdit l’évocation de la « tragédie », selon le vocable officiel. « Aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la République, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vertu de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la Nation et de la préservation des institutions de la République algérienne démocratique et populaire», dispose l’article 45 de la charte, tandis que l’article 46 prévoit qu’« est puni d’un emprisonnement de 3 à 5 ans et d’une amende de 250 000 dinars algériens à 500 000 dinars algériens, quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la tragédie nationale, pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’Etat, nuire à l’honorabilité des agents qui l’ont dignement servi, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international ». 

Officiellement, le nombre de disparus est estimé à plus de 8000 personnes, dont la plupart des familles a été indemnisée, alors que les ONG évoquent le nombre de 24000. Mais l’association « SOS-disparus », non convaincue de la démarche officielle, a toujours poursuivi son combat en faveur de la « vérité » et de la « justice ». Durant ces dernières années, ses locaux ont même été ouverts aux activistes et autres avocats pour organiser leurs rencontres. « SOS disparus et le CFDA (comité des familles des disparus en Algérie) appellent à la solidarité inconditionnelle à toutes les organisations de défense des droits de l’homme en Algérie qui subissent la répression d’un Etat autoritaire. Nos associations représentent les derniers bastions démocratiques à donner une voix aux victimes des violences de l’Etat algérien », conclut le communiqué. 

Longtemps sujet tabou, carte de pression de certains organismes internationaux et de formations politiques à la fin des années 90 sur le régime algérien, « SOS disparus » qui limite ses investigations aux seules disparitions attribuées aux agents de l’Etat connut une période de controverses du fait qu’elle refusait d’intégrer dans ses investigations les disparitions dont s’étaient rendus coupables les groupes islamistes. Une attitude qui priva l’association de soutiens de cercles intellectuels et politiques qui voyaient dans son approche, une partialité que ces acteurs interprétèrent comme un alignement sur les thèses des islamistes qui nient ou occultent leur responsabilité dans des enlèvements individuels ou collectifs de civils. Il demeure que le rouleau compresseur du régime n’épargne aucune structure qui échappe à son contrôle et ceci indépendamment des orientations idéologiques des animateurs.

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