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Algérie. Méandres du réseau autoroutier

Cas de la pénétrante Bejaia-autoroute est-ouest

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Le réseau autoroutier algérien qui conditionne le développement du pays est au cœur de scandales financiers, techniques et sécuritaires à rebondissements. Reportage édifiant d’adn-med sur la pénétrante devant désenclaver Bejaia et son port qui dessert une grande partie de la région centre du pays.

Trois heures pour parcourir dix kilomètres ! 

Après l’ouverture partielle de la pénétrante d’Ahnif, reliant Bouira à Akbou ( wilaya de Bejaïa), nombreux furent les usagers qui avaient cru être délivrés des  interminables bouchons de la RN26. Cependant, malgré cette inauguration, le calvaire dure toujours. Dans les faits, la mise en service de ce tronçon n’a fait que déplacer les embouteillages vers les localités de Tikrit et Sidi Aïch qui sont devenues un cauchemar pour tous ceux qui se rendent de Bejaïa vers Alger ou inversement.

En effet, sitôt quitté le carrefour d’Akhaq, des milliers d’automobilistes se retrouvent pris au piège à mi-chemin entre Tikrit et Seddouk. Dès la sortie de l’autoroute, les premiers bouchons commencent. Les conducteurs sont contraints de rouler pare-choc contre pare-choc sur une distance d’au moins cinq kilomètres. Un peu plus loin, et avant d’arriver à Tikrit, un immense embouteillage est déjà formé. Les nerfs sont mis à rude épreuve. Il faut 35 voire 45 minutes pour parcourir 5 petits kilomètres. Les habitués du trajet prennent leur mal en patience, tout en sachant pertinemment que le problème est permanent. Ainsi, dès le petit matin, des convois saturent les différentes artères de cette petite bourgade dont les habitants doivent en plus endurer les klaxons de chauffeurs excédés. « Il y a trop de voitures, beaucoup trop ! Je suis à l’arrêt depuis près de 20 minutes et je suis déjà en retard pour mon rendez-vous. C’est infernal !», peste ce jeune pharmacien qui se morfond dans un SUV rouge bloqué à notre niveau. La notion d’heure de pointe n’a plus grande signification, tant la densité du trafic routier est constante.

Ces embouteillages, auront eu raison de la patience de quelques voyageurs, à l’image de Mohand qui a trouvé la parade à son mal quotidien : « Il est devenu impossible de se déplacer en voiture, j’ai donc décidé de rouler en moto. Certes, c’est moins confortable, mais ça permet de se faufiler entre les véhicules et de gagner du temps ». Pour traverser le centre-ville de Tikrit, il faut compter une heure en moyenne. Une fois sorti de cette localité, la circulation se libère enfin et on peut espérer pouvoir avancer plus rapidement. Mais quelques kilomètres plus loin, un autre embouteillage, et non des moindres, contraint à nouveau la circulation. C’est celui de la ville de Sidi Aïch. Il faut 45 minutes pour traverser une cité de six kilomètres. Il est vrai qu’au niveau de cette ville, la route est passablement délabrée. Les nids-de-poule et autres crevasses sont partout et chacun tente de les éviter, ce qui entraine des débordements qui ralentissent davantage le trafic, avec les incartades qui peuvent dégénérer dans de fougueuses empoignades.

Pour tenter de rattraper le temps perdu, les conducteurs accélèrent et beaucoup se font flasher par les radars de la gendarmerie nationale posés entre R’mila et El-Kseur.

Au total, il aura fallu plus de trois heures pour parcourir les 10 kilomètres séparant l’échangeur d’Akhnaq et la commune de Sidi Aïch. Autrement dit, le gain de temps généré par le choix d’emprunter la pénétrante d’Ahnif est largement dilapidé par les trois goulets d’étranglement constituant la traversée des localités que pour des raisons incompréhensibles, les concepteurs n’ont pas pu ou su éviter.

Le 30 juin, date de la délivrance ? 

La mise à disposition du tronçon Takrit-Timezrit (16 km) devait intervenir le 30 mars. Or, on a appris lors de la dernière visite effectuée par le ministre des Travaux publics à Béjaia que cette ouverture est finalement reportée au 30 juin prochain. « On a annoncé le mois de juin et je pense que c’est réalisable. Je veillerai à ce que le délai soit tenu et que ce tronçon soit bien livré à cette période », a affirmé le ministre sur les ondes de la radio locale. Selon la même source, sur les 100 kilomètres du projet, 68 ont été ouverts à la circulation jusqu’à présent. Le taux d’avancement des travaux est donc de 85% et au niveau des deux tunnels de Sidi-Aich, ce taux est de  95% .

Lancée en 2013, la pénétrante autoroutière reliant Bejaïa à l’autoroute est-ouest s’est avérée être le serpent des mers d’un réseau autoroutier algérien qui a défrayé la chronique par des malfaçons et des malversations dépassant tout entendement. Les retards enregistrés par la réalisation de ce projet sont tels que le chef de l’Etat s’en est personnellement mêlé. Tebboune a ordonné de terminer les travaux « dans les plus brefs délais » lit-on dans un communiqué de la Présidence. Les approximationsdu texte n’ont pas manqué de provoquer dérision et scepticisme dans la région. On apprend dans le même communiqué que le président de la république a décidé de l’octroi de fonds nécessaires pour l’achèvement de cet interminable infrastructure sans en préciser la somme.

Les péripéties de ce chantier sont nombreuses. En 2017 deux tronçons distincts ont été livrés ; à savoir celui d’Ahnif à Akbou puis celui qui prolonge le réseau jusqu’à Akhnak (Seddouk). Décidés en 2005 ; les travaux n’ont commencé qu’en 2013, soit 8 ans plus tard. Ils ont été confiés au consortium algéro-chinois Sapta-CRCC pour un coût évalué à 1.5 milliard de dollars et un délai de réalisation de 30 mois. Désormais, le projet cumule plus de quatre ans de retard et a déjà englouti 3.8 milliards de dollars, soit le double du budget initialement alloué ! 

R.B

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Algérie : « Resto Er-rahma » ou le culte apaisé

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Algérie : « Resto Er-rahma » ou le culte apaisé

Qui dit mois du Ramadhan, dit flambée des prix due aux spéculateurs mais aussi entraide et partage. Des valeurs, qui, quoi qu’on dise, sont fortement enracinées dans la société algérienne, notamment en ces temps de crise. À Bouira ( 100 kilomètres à l’est de la capitale), plusieurs associations caritatives activent dans ce créneau, appelé communément « resto Rahma », afin d’offrir aux nécessiteux et autres automobilistes pris de court au moment de la rupture du jeûne, un repas aussi consistant que convivial. 

700 couverts par jour en moyenne 

Au niveau du chef-lieu de la wilaya, l’association caritative Manaâr Es-sabil, a planté sa « khaïma ( grand chapiteau, ndlr)», à l’intérieur même de la station de taxis de la wilaya, sise à la sortie ouest de la ville. Les membres de ladite association, tous des bénévoles, ne ménagent aucun effort pour permettre à des citoyens, sans préjuger de leur origine, de rompre leur jeûne dans des conditions décentes et accueillantes.

Vendredi 24 mars, 2e jour du mois de carême, une trentaine de jeunes et moins jeunes, étaient sur le pied de guerre pour s’adonner ce qui s’apparente à un rituel bien huilé. Pourtant, vers 16h, El-Hadj Hamoudi Hamid, président de cette association donnait l’impression de ne plus savoir où donner de la tête. Son téléphone portable n’arrêtait pas de sonner. Les commandes de fruits, légumes, viandes et boissons passées la veille, viennent d’être acheminées. « Grâce à Dieu et à nos généreux donateurs, nous allons tenir notre engagement, comme nous espérions pouvoir le faire chaque soir depuis le début du mois de carême », dit-il d’un ton soulagé. Il est vrai que le défi est de taille : fournir un bol de chorba, une entrée et un plat de résistance à des dizaines de jeûneurs, durant tout un mois. « La tâche est loin d’être aisée, mais nous avons une force inébranlable qui nous guide : les préceptes du Coran et le message de notre Prophète (QSSSL) », affirme ce sexagénaire, entre deux coups de fil.

A voir cette fourmilière de bénévoles se donner corps et âme pour sustenter des inconnus donne à cette opération des allures de sacerdoce que chaque participant endosse avec calme et concentration. 16h30, une commande pressante est en attente, celle des boissons. « Vous voulez voir l’envers du décor ? Venez ! », nous invitera un assistant, vêtu d’un gilet fluorescent. À bord de sa Toyota Hillux, Mourad de son prénom, profitera de cette escapade pour nous raconter la genèse de leur association. « Tout a commencé en 2014, lorsque nous avons décidé de venir en aide aux éléments de la police, qui organisaient de manière hebdomadaire des opérations resto Rahma, au même endroit. Grâce à nos efforts et aux dons d’âmes charitables, nous nous sommes constitués en groupe et avec l’autorisation des pouvoirs publics, nous avons entamé notre travail et cela fait bientôt 10 ans que ça dure », a-t-il raconté. Une fois arrivé à bon port, une villa discrète située en plein cœur de la ville de Bouira, on trouve la commande en question qui attendait d’être chargée. Il y avait là une trentaine de fardeaux de boisson gazeuse, eau minérale et jus de fruits. « Il faut bien cela pour étancher la soif de 700 hôtes ». Ce chiffre, selon notre interlocuteur, est une moyenne quotidienne. « Oui, 700 et quelques fois s, comme le premier jour du mois de carême à cause du carambolage sur l’autoroute, nous avons enregistré plus de 1000 jeuneurs que nous avons pu gérer », a-t-il souligné.

30 millions de centimes dépensés quotidiennement

Une fois de retour au camp de base, il était déjà 18h. Pas une minute de répit pour El Hadj Hamoudi, car il lui faut encore superviser l’arrivage des grosses marmites de chorba et autres plats. À la question de savoir combien de donateurs sont impliqués dans cette opération, notre vis-à-vis expliquera qu’il est actuellement en « partenariat » avec trois donateurs qui souhaitent garder l’anonymat. « Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il s’agit de deux entrepreneurs et d’un haut cadre de l’Etat. Voilà la vraie croyance. Agir en toute discrétion et ne rien attendre en retour. », s’est-il contenté de dire. Et à combien s’élève la facture de cette opération ? Pour répondre à cette question, El Hadj Hamoudi, passera la parole à M. Boularess Allal, qui occupe le poste de trésorier au sein de cette association. « Entre les fruits et légumes, la viande, les boissons et autres gourmandises de circonstances, on dépasse les 30 millions de centimes par jour », a-t-il révélé.

À ce moment précis, le président de l’association Manaâr El-Sabil, profitera de l’occasion pour rappeler aux autorités locales leur engagement de leur fournir un autre chapiteau plus grand et plus solide. « En 2016 les autorités locales se sont engagées solennellement et publiquement à nous octroyer une nouvelle khaïma. Depuis, cette promesse n’a toujours pas été honorée (…) nous sollicitons aujourd’hui les pouvoirs publics actuels, pour respecter cet engagement afin de nous aider à mieux accomplir notre mission », a-t-il appelé. 18h45, l’armada de bénévoles peaufine les dernières retouches et les premiers jeûneurs commencent à affluer. En quelques minutes, l’esplanade fut envahie de bus de voyageurs et de SDF « Cette khaïma est un signe que la solidarité de Ramadhan a encore de beaux jours devant elle en Algérie. Même si tout n’est pas parfait dans notre pays, l’esprit du Ramadhan et ses valeurs sontt encore là et c’est une formidable lueur d’espoir pour des lendemains meilleurs. », confiera un citoyen avant d’entamer son bol de chorba. Ces actes témoignent de la difficulté à appréhender l’état réel de la société algérienne. On peut trouver dans une ville et, des fois, dans le même quartier des comportements égoïstes et agressifs et, dans le même temps, découvrir chez des personnes de la même génération et, quelques fois, de la même condition sociale, des attitudes de générosité et de dévouement qui ne demandent qu’à s’exprimer et dans l’anonymat. « Si les pouvoirs publics veillaient à encourager ces qualités, la société vivrait dans la paix et la tolérance de chacun et la religion serait alors regardée et vécue avec plus de calme » se prend à rêver Hamid, un jeune chauffeur constantinois qui a voulu éviter le centre-ville pour ne pas perdre de temps et qui  a été l’un des bénéficiaires du repas de ce vendredi. 

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Ramadan au Maroc. De l’inflation aux sirènes de l’export : les maux de la ménagère

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Ramadan au Maroc. De l’inflation aux sirènes de l’export : les maux de la ménagère

L’avènement du Ramadan remet au premier plan la discussion sur la qualité des produits les plus consommés par les Marocains en ce mois sacré. Dans ce même contexte, le pouvoir d’achat des ménages se trouve lourdement impacté par l’inflation et une hausse quasi constante des prix.

L’escalade vertigineuse du niveau des prix se poursuit dans les marchés du Royaume, et le Ramadan ravive les tensions. Ce mardi 21 mars, la Commission des finances de la Chambre des représentants a convoqué la ministre de l’Economie et des Finances, Nadia Fattah Alaoui, pour discuter des mesures  prises  l’Exécutif face à la hausse des prix.

« Les prix des denrées alimentaires de base reviendront à la stabilité dans les prochains jours », a notamment promis la ministre à la presse avant la tenue de sa réunion avec la Commission. Si les prix ont récemment atteint des seuils records, c’est « en raison des conditions climatiques », a déclaré Fattah Allaoui. Le dégringolade promise se concrétisera, d’après la ministre, par « l’augmentation attendue du rythme de production dans les prochains jours ».

Exemple phare évoqué par la ministre, le prix des tomates qui a augmenté en janvier dernier en raison de la situation climatique, avant de connaître une baisse. Ceci dit, « les matières de base resteront disponibles sur tous les marchés », et « le gouvernement continuera de prendre des mesures pour faire baisser les prix de certains produits de base », rassure la responsable.   

Démantèlement tarifaire

En Commission, Nadia Fattah Alaoui a expliqué que « l’inflation exercée sur les prix aurait été plus importante sans l’intervention du gouvernement et du soutien apporté à un ensemble de biens de consommation, à l’image d’un ensemble de pays ». Face aux députés, la ministre a rapporté que pour 2022, « l’indice des prix à la consommation a atteint 6,6 %, alors qu’il n’avait pas dépassé les 2 % durant une dizaine d’années ».

5 milliards de dirhams d’appui financier à l’Office national de l’électricité et de l’eau (ONEE), plus de 40 milliards de dirhams pour soutenir le prix du gaz butane, de la farine subventionnée et du blé importé, 4,8 milliards de dirhams de soutien direct aux professionnels du transport pour réduire le coût élevé et maintenir la stabilité des prix des matières premières face aux contrecoups du prix élevé du gaz sur le marché international… Ce sont là les chiffres exposés par la ministre pour donner un aperçu des actons entreprises par l’exécutif.

S’agissant des mesures douanières complémentaires, Fattah Alaoui est revenue sur la suspension des droits de douane pour l’importations de blé tendre et dur, de coton, des huiles brutes et des oléagineux, tout en réduisant de moitié les redevances sur le lait en poudre, ainsi que sur les importations de beurre, et l’arrêt de la perception des droits d’importation sur les importations de 200 000 veaux destinés à l’abattage, en plus de la suspension des droits sur les importations de vaches laitières et de moutons.

Pic de consommation

Les dattes, très prisées par les Marocains en ce mois, continuent d’alimenter la polémique. Au parlement toujours, le député du Parti du progrès et du socialisme (PPS, groupe d’opposition), Addi Chajri, a récemment interrogé le ministre de l’Industrie et du commerce Riyad Mazour sur « l’abondance des produits locaux et l’obtention de l’autosuffisance face aux produits importés qui submergent les marchés nationaux ».

En ligne de mire de ce député, des dates produites en Algérie « passées en contrebande par le Mali et la Mauritanie qui ne respectent pas les normes minimales de sécurité et de santé ». Selon l’élu, « des analyses de laboratoire ont prouvé que les dattes algériennes exportées vers l’Europe contiennent des substances cancérigènes, en raison de l’utilisation de pesticides et de produits chimiques interdits ».

Porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, expliquera le 16 mars dernier sur ce sujet que l’Office national de sécurité sanitaire (ONSSA) « surveille de très près les produits alimentaires importés », et que les certificats que l’Office délivre « sont soumis au contrôle d’institutions internationales ». Il n’y a pas de vers dans le fruit, rassure le responsable gouvernemental en déclarant que « toutes les études et analyses de laboratoire sont soigneusement contrôlées afin de préserver la sécurité sanitaire des citoyens ».

Course aveugle à l’export

Sur le volet fruits et légumes, les prix ont connu une flambée record depuis d’année. Tantôt imputée aux effets de sécheresse, tantôt attribuée à la décision des opérateurs agricoles de privilégier l’export, cette hausse est également décriée par certains acteurs du secteur. Lundi 20 mars, l’Association des producteurs et exportateurs des fruits et légumes de Chtouka Aït Baha (APEFEL) a adressé une missive, signée par deux autres associations interprofessionnelles de la région du Souss, au ministre de l’Agriculture. Motif : leur « non-respect d’un accord avec le ministère concernant l’approvisionnement du marché intérieur en tomates et la limitation des exportations ». Les trois opérateurs justifient leur démarche par « des manquements et de déséquilibres au vu et au su des fonctionnaires du ministère » avec comme résultat « la négligence du marché intérieur face aux débouchés de l’export ».

Ministre de tutelle, Mohamed Sadiki s’était justement réuni à Agadir le 14 février dernier avec les représentants de la Chambre d’agriculture et de ces associations au sujet de l’approvisionnement du marché intérieur. En aval, une commission mixte a été créée pour gérer la crise avec comme recommandation du ministre de « n’autoriser aucun processus d’achat de tomates sur le marché intérieur qui déboucherait sur une exportation », rappellent les professionnels dans leurs leur correspondance. Un quota initial d’exportation a même été fixé, de l’ordre de 1 200 tonnes, à condition que le marché intérieur soit étroitement surveillé par ladite commission. « Cependant, nous avons été surpris par notre exclusion de la commission, dont les administrateurs ont pris des décisions unilatérales pour gérer la crise, passant outre vos instructions afin d’empêcher l’achat de tomates du marché intérieur pour les exporter », regrettent les signataires.

Appareil de contrôle

« Comment le producteur peut-il avoir une vision claire lui permettant de communiquer de manière responsable avec ses clients ? », s’interrogent les professionnels du secteur, indiquant que cette mesure « a causé plusieurs perturbations affectant à la fois le marché intérieur et le marché d’exportation ». Résultat, les trois associations ont annoncé leur retrait de la commission en tant que représentants des producteurs et exportateurs.

Pour le groupe PPS de la première Chambre qui a déposé une proposition de loi en ce sens, l’Etat doit se doter d’une Agence nationale pour la distribution de produits alimentaires. « Les mesures urgentes prises par les pouvoirs publics, malgré leur importance, ne pourront limiter l’impactde la tendance haussière du taux d’inflation sur le pouvoir d’achat des citoyens », justifie le parti d’opposition. Le texte s’inspire des recommandations du Conseil économique, social et environnemental (CESE) à travers un mémorandum qui souligne l’urgence de réorganiser les filières de commercialisation et de légaliser le rôle des intermédiaires, maillon faible du circuit de distribution des fruits et légumes au Maroc.

La proposition du PPS vise à confier à cette agence la gestion du stock national de produits alimentaires, maintenir l’équilibre de l’offre et de la demande, contrôler la distribution et la chaîne d’approvisionnement, et s’assurer que cette dernière fonctionne normalement. Elle suggère également que cette agence soit dotée de la capacité de déterminer les quantités de produits alimentaires nécessaires au marché national et, en conséquence, de pouvoir intervenir pour bloquer temporairement ou définitivement l’exportation ou l’importation de certains produits jugées vitaux.

J.A.

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Algérie. Méandres du réseau autoroutier

Cas de la pénétrante Bejaia-autoroute est-ouest

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Le réseau autoroutier algérien qui conditionne le développement du pays est au cœur de scandales financiers, techniques et sécuritaires à rebondissements. Reportage édifiant d’adn-med sur la pénétrante devant désenclaver Bejaia et son port qui dessert une grande partie de la région centre du pays.

Trois heures pour parcourir dix kilomètres ! 

Après l’ouverture partielle de la pénétrante d’Ahnif, reliant Bouira à Akbou ( wilaya de Bejaïa), nombreux furent les usagers qui avaient cru être délivrés des  interminables bouchons de la RN26. Cependant, malgré cette inauguration, le calvaire dure toujours. Dans les faits, la mise en service de ce tronçon n’a fait que déplacer les embouteillages vers les localités de Tikrit et Sidi Aïch qui sont devenues un cauchemar pour tous ceux qui se rendent de Bejaïa vers Alger ou inversement.

En effet, sitôt quitté le carrefour d’Akhaq, des milliers d’automobilistes se retrouvent pris au piège à mi-chemin entre Tikrit et Seddouk. Dès la sortie de l’autoroute, les premiers bouchons commencent. Les conducteurs sont contraints de rouler pare-choc contre pare-choc sur une distance d’au moins cinq kilomètres. Un peu plus loin, et avant d’arriver à Tikrit, un immense embouteillage est déjà formé. Les nerfs sont mis à rude épreuve. Il faut 35 voire 45 minutes pour parcourir 5 petits kilomètres. Les habitués du trajet prennent leur mal en patience, tout en sachant pertinemment que le problème est permanent. Ainsi, dès le petit matin, des convois saturent les différentes artères de cette petite bourgade dont les habitants doivent en plus endurer les klaxons de chauffeurs excédés. « Il y a trop de voitures, beaucoup trop ! Je suis à l’arrêt depuis près de 20 minutes et je suis déjà en retard pour mon rendez-vous. C’est infernal !», peste ce jeune pharmacien qui se morfond dans un SUV rouge bloqué à notre niveau. La notion d’heure de pointe n’a plus grande signification, tant la densité du trafic routier est constante.

Ces embouteillages, auront eu raison de la patience de quelques voyageurs, à l’image de Mohand qui a trouvé la parade à son mal quotidien : « Il est devenu impossible de se déplacer en voiture, j’ai donc décidé de rouler en moto. Certes, c’est moins confortable, mais ça permet de se faufiler entre les véhicules et de gagner du temps ». Pour traverser le centre-ville de Tikrit, il faut compter une heure en moyenne. Une fois sorti de cette localité, la circulation se libère enfin et on peut espérer pouvoir avancer plus rapidement. Mais quelques kilomètres plus loin, un autre embouteillage, et non des moindres, contraint à nouveau la circulation. C’est celui de la ville de Sidi Aïch. Il faut 45 minutes pour traverser une cité de six kilomètres. Il est vrai qu’au niveau de cette ville, la route est passablement délabrée. Les nids-de-poule et autres crevasses sont partout et chacun tente de les éviter, ce qui entraine des débordements qui ralentissent davantage le trafic, avec les incartades qui peuvent dégénérer dans de fougueuses empoignades.

Pour tenter de rattraper le temps perdu, les conducteurs accélèrent et beaucoup se font flasher par les radars de la gendarmerie nationale posés entre R’mila et El-Kseur.

Au total, il aura fallu plus de trois heures pour parcourir les 10 kilomètres séparant l’échangeur d’Akhnaq et la commune de Sidi Aïch. Autrement dit, le gain de temps généré par le choix d’emprunter la pénétrante d’Ahnif est largement dilapidé par les trois goulets d’étranglement constituant la traversée des localités que pour des raisons incompréhensibles, les concepteurs n’ont pas pu ou su éviter.

Le 30 juin, date de la délivrance ? 

La mise à disposition du tronçon Takrit-Timezrit (16 km) devait intervenir le 30 mars. Or, on a appris lors de la dernière visite effectuée par le ministre des Travaux publics à Béjaia que cette ouverture est finalement reportée au 30 juin prochain. « On a annoncé le mois de juin et je pense que c’est réalisable. Je veillerai à ce que le délai soit tenu et que ce tronçon soit bien livré à cette période », a affirmé le ministre sur les ondes de la radio locale. Selon la même source, sur les 100 kilomètres du projet, 68 ont été ouverts à la circulation jusqu’à présent. Le taux d’avancement des travaux est donc de 85% et au niveau des deux tunnels de Sidi-Aich, ce taux est de  95% .

Lancée en 2013, la pénétrante autoroutière reliant Bejaïa à l’autoroute est-ouest s’est avérée être le serpent des mers d’un réseau autoroutier algérien qui a défrayé la chronique par des malfaçons et des malversations dépassant tout entendement. Les retards enregistrés par la réalisation de ce projet sont tels que le chef de l’Etat s’en est personnellement mêlé. Tebboune a ordonné de terminer les travaux « dans les plus brefs délais » lit-on dans un communiqué de la Présidence. Les approximationsdu texte n’ont pas manqué de provoquer dérision et scepticisme dans la région. On apprend dans le même communiqué que le président de la république a décidé de l’octroi de fonds nécessaires pour l’achèvement de cet interminable infrastructure sans en préciser la somme.

Les péripéties de ce chantier sont nombreuses. En 2017 deux tronçons distincts ont été livrés ; à savoir celui d’Ahnif à Akbou puis celui qui prolonge le réseau jusqu’à Akhnak (Seddouk). Décidés en 2005 ; les travaux n’ont commencé qu’en 2013, soit 8 ans plus tard. Ils ont été confiés au consortium algéro-chinois Sapta-CRCC pour un coût évalué à 1.5 milliard de dollars et un délai de réalisation de 30 mois. Désormais, le projet cumule plus de quatre ans de retard et a déjà englouti 3.8 milliards de dollars, soit le double du budget initialement alloué ! 

R.B

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Algérie. Carburant GPL : un marché qui explose

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Algérie. Carburant GPL : un marché qui explose

Le GPL (Gaz de propane liquéfié), connaît une solide stabilité depuis plusieurs années déjà. Son prix  est toujours à 9 DA/l et selon les spécialistes, il n’en bougera pas de sitôt. De quoi saper le moral des conducteurs qui roulent aux carburants traditionnels.

Trois à six mois d’attente pour un rendez-vous

Ainsi et selon le responsable de Naftal, Mohamed Yazid Lamara, la consommation de ce carburant a dépassé toutes les prévisions. Son entreprise a tablé sur une commercialisation d’un million de tonnes à l’horizon 2023 ; or rien que pour l’année écoulée, Naftal a commercialisé plus d’un 1.4 millions de tonnes. D’ailleurs et d’après les statistiques du ministère de la transition énergétique publiées en décembre dernier, plus de 650 000 véhicules roulent au GPL en Algérie et ce nombre devrait atteindre les 1.1 millions d’ici la fin de l’année en cours. Une fois n’est pas coutume, les déclarations des responsables et les chiffres avancés, sont en parfaite adéquation avec la réalité du terrain. On assiste en effet à une véritable ruée des automobilistes pour ce carburant low cost et « eco-freindly ». 

Ces derniers mois, un véritable engouement s’est créé pour ce carburant bon marché et les « convertis » au GPL ou sous son appellation commerciale Sirghaz, se comptent par centaines chaque mois. C’est du moins ce qui a été constaté à Alger où les automobilistes font la queue au niveau de l’agence Naftal, ou bien auprès des équipementiers privés agréés, pour prendre rendez-vous. Ce jeudi, l’agence Nafatl de Kouba ( commue de la capitale), était prise d’assaut par des dizaines d’automobilistes désireux de prendre rendez-vous dans le but de s’équiper en kit GPL. « Je viens de décrocher un rendez-vous pour le 2 avril », se réjouira un automobiliste croisé aux abords de ladite agence. Un autre, moins chanceux, s’est vu fixé un rendez-vous pour le début mai. « À croire que toute l’Algérie veut se mettre au gaz ! », a-t-il pesté, avant de nuancer ses propos. « Cependant, c’est compréhensible avec ces augmentations du prix de l’essence, passer à la pompe, est devenu un supplice », a-t-il concédé.

Du côté de Naftal, on s’est refusé de communiquer sur le sujet de manière officielle en l’absence du directeur d’agence. Néanmoins, certains employés ont accepté de nous renseigner. « Le prix du kit GPL est fixé à 55 000 DA et les rendez-vous, sont compris généralement entre 3 à 6 mois », indiquera un technicien. Et de  poursuivre : « ces dernières semaines , on tourne à plein régime et on équipe en moyenne 2 véhicules par jour. C’est un rythme intense ! ». Du côté des équipementiers privés qui doivent disposer d’un agrément des autorités concernées, la même affluence est observée, avec pratiquement les mêmes délais et un prix relativement plus élevé.

Les importateurs de kits GPL pris de court 

Ainsi, au niveau d’un concessionnaire agréé basé dans la commune de Mohamadia (est d’Alger), le kit GPL est cédé pour la coquette de sommes 62 000 DA. « C’est un investissement qui sera très vite rentabilisé compte tenu des kilomètres que j’avale au quotidien », témoigne un automobiliste qui est venu prendre rendez-vous. Un autre, qui se définit comme étant un « pionnier » du GPL, car il s’est équipé en 2010 et qui était là pour effectuer une simple révision, avoue que ce carburant est pour lui « une bouffée d’oxygène ». « Avant, j’avais un budget spécial carburant. Désormais, je ne m’en soucie même plus », dira-t-il. Et d’ajouter « Un plein à 400 DA ça fait rêver hein ? Eh bien, figurez que je débourse 400 DA pour un plein qui me tient 600 km ». Alléchant ! Pour sa part, le technicien agréé affichait la mine des mauvais jours. Un mauvais chiffre d’affaires ? Des recettes en baisses ? Que nenni ! Il est submergé par les commandes et fait face à une rupture de stock de kits GPL. « Mon carnet de commandes explose et mon fournisseur m’a fait défaut. Une poisse ! », fulmine-t-il. Et d’expliquer « Les importateurs ont été pris de court par cet engouement, ce qui donne forcément une pénurie de kit (…) ils sont importés essentiellement d’Italie ».

Ce problème a été soulevé chez la plupart des équipementiers. Pourtant l’ex-DG de Naftal, Hocine Rizou, avait annoncé en janvier 2017 qu’une usine de fabrication de kits GPL sera implantée à Mascara pour mettre un terme à l’importation de ces kits. Au niveau de la ville de wilaya de Boumerdès ( 60 kilomètres à l’est de la capitale), Slimane Maâsoun, un autre concessionnaire agréé, a, semble-t-il, pris les devants en s’assurant un stock relativement suffisant, mais qui reste selon lui, en deçà de la demande exprimée. « Il y’a une véritable pénurie des kits, surtout séquentiel. Nous sommes soumis à une forte pression », a-t-il admis. Pour lui, l’augmentation des automobilistes roulant au GPL, serait de l’ordre de 30%. Un pourcentage qui est  appelé ,d’après notre interlocuteur, à évoluer. « Nous assistons à un véritable boom de ce marché. Pour vous donner un ordre d’idées, nous équipions une à deux voitures par jour, et actuellement nous sommes à 4, voire 6 par jour », a-t-il soutenu. Dans son atelier, les techniciens s’affairaient à placer les kits des clients découragés par les prix des carburants classiques.

Une sécurité optimale

Enfin, dernier point et non des moindres, celui relatif à la sécurité des véhicules roulant au GPL. Car dans la conscience collective des citoyens, qui dit gaz, dit combustion à risque et donc explosion. Or ces idées reçues, ont été balayés d’un revers de la main par l’ensemble nos interlocuteurs. Ces derniers affirment que les constructeurs automobiles et équipementiers possèdent, aujourd’hui un solide savoir-faire en matière de véhicules GPL. « Leur sécurité est optimale », certifie M. Belaïd. Et de préciser « Actuellement, le matériel GPL suit la règlementation européenne. Cette dernière édicte les conditions d’implantation, de fabrication et de qualité des kits. Tous nos kits sont soumis au contrôle de l’ingénieur des mines et les contrôles techniques sont réglementés ». En outre et selon les services de Naftal, les nouveaux modèles de kits, sont équipés de soupapes de sécurité. Ce procédé a été adapté pour empêcher tout risque d’explosion. Ainsi, les véhicules GPL peuvent naturellement accéder aux parkings souterrains et tunnels. De plus et selon M. Maâsoun, les réservoirs de GPL, sont fabriqués en acier, lequel est 20 fois plus résistant au percement que celui du carburant traditionnel.

Les augmentations des carburants qui vont probablement se poursuivre ( voir adn-med du 15 mars ) ont indéniablement fait du GPL une valeur refuge, en attendant la conversion énergétique promise par les pouvoirs publics, lesquels se sont engagés à introduire l’accès à la voiture électrique d’ici l’horizon 2026 ! Une gageure.

Algérie. Carburant GPL : un marché qui explose

R.B

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Reportages

Services de vidéo à la demande et streaming en Algérie

Un nouvel Eldorado ou se croisent le bon, le brute et le truand

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Services de vidéo à la demande et streaming en Algérie

Avec la démocratisation de l’utilisation d’internet en Algérie, la consommation digitale dans le pays connaît une hausse significative et surtout diversifiée. En effet, il est loin le temps où l’algérien se suffisait de consulter sa messagerie électronique, surfer sur les moteurs de recherche ou « scroller » sur les diverses plateformes des réseaux sociaux. D’ailleurs et de l’aveu même du ministre de la Poste et des Télécommunications, l’internet et ses multiples possibilités n’est plus un luxe pour les citoyens, mais une commodité de base au même titre que l’électricité et l’eau courante. Le contexte du Covid-19, marqué par le confinement lié à la crise sanitaire, a permis l’émergence en Algérie d’entreprises de start up spécialisées dans le divertissement digital, et, plus précisément, dans le SVOD (subscription video on demand) ou bien service de vidéo à la demande, proposant films, séries et documentaires à la manière des géants mondiaux du domaine, à l’instar de Netflix, Disney+ ou Amazone Prime. Ceci d’une part. De l’autre, et comme cela se passe souvent les pays à faible performance administrative et fiscale, on retrouve des entreprises avec des capitaux et des effectifs algériens, ayant opté pour le côté obscur de ce créneau désormais des plus lucratifs : le piratage. Deux facettes d’une même pièce qui révèlent une mise à jour radicale de notre mode de consommation numérique. 

Magma vidéo ou le Netflix algérien 

Magma LTD est l’une de ces starts up algériennes qui a misé sur l’industrie du divertissement numérique et qui a su tirer son épingle du jeu. L’un de ses deux cofondateurs, M. Zaidi Ahmed, revient pour adn-med.com à ce qui s’assimile à une succès story semblable à celle de Reed Hastings et Marc Randolph, les fondateurs de Netflix. « Mon associé et moi, on est tous les deux des cinéphiles avérés », dira d’emblée M. Zaidi pour illustrer la genèse de son entreprise. Et de poursuivre « De ce fait et comme pratiquement tous les cinéphiles, nous écumions les vidéothèques du quartier pour louer ou acheter nos films préférés (…), personnellement je suis arrivé à une collection de 900 DVD, avec tous les désagréments liés à une telle collection », nous explique-t-il. Ce jeune entrepreneur, ainsi que son ami et associé, armés uniquement de leur passion et abnégation, ont entamé l’aventure Magmovie fin 2019, début 2020 en collaboration avec une entreprise Suisse, Oxima, spécialisée dans la communication. « Magmovie comprend deux personnes physiques, mon associé et moi et une personne morale, Oxima », précisera M. Zaidi.  Pour notre interlocuteur, le pari était risqué, car même s’il n’était pas insurmontable, le terrain local de cette industrie était relativement vierge. « Je ne dirais pas qu’on s’est lancés dans l’inconnu car nous avions fait une étude en amont, nous savions que ce créneau était des plus porteurs, mais il était tout à fait naturel d’avoir certaines appréhensions », admettra M. Zaidi. Concernant la logistique déployée, notre vis-à-vis nous confie qu’elle est énorme. Puisque selon ses dires, il n’est pas aisé d’acheter les droits de milliers de films et séries proposés sur sa plateforme, les stocker sur des serveurs avec plusieurs formats de résolution allant du 144p ( SD) jusqu’à 1080p ( Full HD). « Pour pouvoir offrir à nos clients le meilleur du cinéma mondial, une qualité irréprochable et dans la plus parfaite légalité, nous avons énormément investi », soutiendra M. Zaidi. Pour ce dernier, sa plateforme offre plus de 3000 titres, entre films, séries, documentaires et mangas, le tout de manière on ne peut plus régulière. « Nous avons des accords avec l’Onda ( Office national des droits d’auteurs, NDLR) qui nous permettent d’agir conformément à la loi, chose qui est assez rare dans notre domaine d’activité », s’est-il réjouit. S’agissant de la grille des abonnements proposés, M. Zaidi expliquera qu’elle a été « parfaitement étudiée », afin de répondre à tous les budgets. Ainsi, Magmovie propose actuellement quatre packs, à savoir : débutants, fans, cinéphile et addict, pour respectivement, 500 DA par mois, 1200 DA sur une période de souscription de trois mois, 2500 DA pour un abonnement de sept mois et 5000 DA pour un abonnement de 15 mois. « Ces packs incluent la possibilité de consommer du contenu sur quatre supports différents, une qualité pouvant aller jusqu’à l’Ultra haute définition (UHD) et un support technique H24 et 7j/7, un service que nous sommes pratiquement les seuls à proposer », se félicitera le co-fondateur de la jeune start up. 

L’hébergement, un écueil de taille 

La jeune entité économique fait face comme n’importe quelle entreprise à certaines embûches qui freinent son développement. Le contraire aurait été étonnant, notamment dans le segment de la SVOD, lequel est encore à ses balbutiements dans notre pays. Ces obstacles, M. Zaidi les résume en deux principaux points : l’absence de data center à même d’héberger leur contenu digital mais aussi, et surtout, la concurrence déloyale à laquelle cette entreprise fait face de la part d’autres structures recourant au piratage. 

Ainsi et s’agissant de l’hébergement du contenu proposé par la plate-forme Magmovie, notre interlocuteur indiquera que son entreprise a conclu un accord avec un hébergeur français, à défaut d’un data center local. Néanmoins, M. Zaidi tiendra à souligner un élément non négligeable à savoir que les données privées des utilisateurs sont hébergées en Algérie. « Il est vrai que notre contenu digital est hébergé au niveau des serveurs d’un partenaire étranger et plus précisément français. Cependant, je tiens à préciser que les noms d’utilisateurs et mots de passe de nos abonnés, sont hébergés en Algérie. Pour nous, c’est une question de principe et de sécurité », soutient-il. Dans la foulée, M. Zaidi, a déploré une quasi absence de data center en Algérie, des structures indispensables pour ce genre d’activité. « Nous aurions aimé héberger notre contenu dans nos propres serveurs, ou encore disposer de serveurs dans des data centers locaux, mais hélas, ils ne sont pas disponibles actuellement (…) si un jour l’opportunité se présente on n’hésitera pas une seule seconde à rapatrier notre contenu en Algérie. Cela nous sera bénéfique sur tous les plans », assure-t-il.

Autre épine dans le pied de ce jeune start uper, et non des moindres : le piratage. « C’est une véritable plaie ! », pestera Zaidi, avant d’égrainer les raisons de son mécontentement. « Nous payons les droits de nos produits rubis sur ongle, nous avons des frais liés à notre activité et des prestataires de service à rétribuer, etc. Bref, le lot quotidien de toute entreprise digne de ce nom. De l’autre côté, vous avez certains concurrents qui piratent du contenu et le revendent pour une bouchée de pain », fera observer notre interlocuteur, non sans amertume. À la question de savoir si les services de l’ONDA ont été interpellés à propos du phénomène du piratage, M. Zaidi répondra par l’affirmative. « Lors de notre dernière entrevue qui remonte à septembre dernier, nous avons soulevé ce problème aux responsables dudit organisme, mais rien de concret. Même si, je tiens le préciser, nous avons perçu une réelle volonté de la part des responsables de l’Onda de tenter d’endiguer ce phénomène », a-t-il conclu. 

Toutes les chaines du monde pour une poignée de dinars

Le dernier évènement footballistique qui s’est déroulé au Qatar, a eu l’effet d’un « boost » auprès des revendeurs d’IPTV (télévision par internet). Fini le temps où on emmenait le récepteur satellite chez le « bidouilleur » du coin pour le flasher. Exit les réglages fastidieux de la parabole pour capter le meilleur satellite qui propose le plus de matchs et un contenu varié. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour auprès des revendeurs de Panel, situés majoritairement au niveau de Belfort (Est d’Alger).   Chacun de ces derniers, propose des offres allant de 4000 DA/an jusqu’à 20 000 DA/an, pour le produit dit « premium » incluant près de 9000 chaines de télévision de toute la planète, des séries et des films avec des qualités de résolution allant de la SD (standard) et arrivant jusqu’à la 4K HDR et Dolby Vision, si tant est que le client dispose d’un équipement adéquat et de bonne connexion internet, ce qui est l’autre plaie qui entrave la démocratisation effective de l’internet en Algérie. D’ailleurs et de l’aveu même de certains vendeurs agréés, c’est la relative amélioration du débit proposé par Algérie Telecom, l’opérateur historique et l’unique existant dans le pays, et l’arrivée de la fibre optique ainsi que l’introduction de la VDSL qui a permis un tel engouement auprès du grand public. Ainsi, pour un prix abordable, les consommateurs qui optent pour le piratage bénéficient d’une large gamme de produits. En effet, les bouquets BeIN Sports, RMC et Canal+, dont les abonnements annuels cumulés flirtent avec les 1000 euros, sont accessibles pour… 4000 DA، soit 20 euros. Plus d’un consommateur, aussi scrupuleux et soucieux de la loi soit-il, s’y laisse volontiers tenter.

Dans ce segment, les Algériens ne sont pas en reste, puisqu’on ne dénombre pas moins de trois « entreprises » composées d’équipes d’hackers algériens qui redoublent d’ingéniosité et de tactiques pour contourner, voire « briser » les restrictions mises en place par les diffuseurs. Dans le but d’en savoir davantage sur le sujet, nous avons tenté de prendre attache avec trois « entreprises » algériennes activant dans le domaine du streaming illégal : Arox, Atlas IPTV et Gogo. Cependant, aucune d’elles n’a accepté de s’exprimer publiquement. Un refus en vérité prévisible, car elles opèrent en violation complète des lois en vigueur régissant la propriété artistique et intellectuelle. Néanmoins, une source qui a requis l’anonymat, a accepté de nous livrer certains aspects de ce juteux business. 

Pirates ou « Robins des Bois 2.0 » ?  

Tout d’abord, comment ces plateformes procèdent-elles ? Eh bien, notre source, un hacker chevronné, nous apprend qu’il exploite une faille liée à la technologie « HDCP », laquelle permet en théorie, de protéger les flux en streaming en provenance des diffuseurs. « Concrètement et sans rentrer dans des techniques, on essaie de créer un pont ou un tunnel caché qui détourne le contenu des diffuseurs vers nos serveurs et qui nous permet de les retravailler et les diffuser sur notre plateforme », avoue-il. Et de poursuivre « Si vous regardez par exemple un match en direct sur BeIN Sport à la source et le même match sur une plateforme de streaming, vous allez remarquer un léger décalage d’environ 20 secondes. C’est le temps que met le piratage pour rédiger le flux de la source vers nos serveurs, les encoder avec les formats adéquats et les diffuser à partir de nos serveurs ». Il est vrai qu’hormis les soirs des grandes messes footballistiques, où des freez et autres baisses de la qualité de l’image dues à la saturation des serveurs, l’image proposée par ces services d’IPTV, n’a rien à envier à celle de Canal Sat, Orange ou encore BeIN Sports. 

À la question de savoir où se trouvent lesdits serveurs, notre interlocuteur s’est montré quelque peu hésitant, avant de répondre « essentiellement au Luxembourg et en Belgique puisque ces deux pays ne sont pas très regardants en la matière ».

S’agissant de la domiciliation bancaire de ces plateformes, notre source indiquera qu’elle est basée à Malte, du moins pour la société à laquelle il appartient. Au sujet de l’épineuse question de l’éthique relative à ce qui s’assimile à du vol caractérisé de contenu digital, notre source dit avoir une tout autre conception des choses, une vision proche celle de Robins des Bois. « Il est vrai que du point de vue juridique, nous sommes considérés comme étant des voleurs, néanmoins, personnellement j’estime que nous offrons un service aux abonnés qui en Algérie ne peuvent se le permettre financièrement. Nous nous battont contre les multinationales de la diffusion qui font payer une fortune pour du contenu qui devrait être accessible au plus grand nombre », a-t-il argué. 

Mais dans les faits, il ne faut pas non plus oublier qu’Arox TV, Gogo ou Atlas IPTV sont susceptibles de disparaitre du jour au lendemain suite à une opération des forces de l’ordre. Et aussi que dans le même temps, outre la perte de leurs deniers, les abonnés sont susceptibles de faire partie de la liste de clients concoctées par les pirates, et donc d’être eux aussi sanctionnés pénalement. Sous d’autres cieux, le piratage du contenu digital est sévèrement combattu par les autorités concernées. En effet, le 2 décembre 2022, un réseau de pirates belges, composé de six personnes a été condamné à verser plus de 7 millions d’euros de dommages et intérêts aux diffuseurs légitimes de rencontres sportives dont ils détournaient les flux. 

L’ONDA préconise le blocage technique  

En Algérie, et en l’absence d’organisme dédié à lutter contre ce genre de pratiques comme c’est le cas en France avec la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI), le piratage risque d’avoir encore de beaux jours devant lui. Sauf si les autorités mettent en place un mécanisme efficient pour tenter de l’endiguer. Ce qui risque de durer avec des pouvoirs publics qui ne parviennent pas à éradiquer un change parallèle de devises qui si fait publiquement en pleine capitale. Une première évolution apparait cependant. Selon le chargé de communication auprès de l’ONDA, M. Zonter Saïd, l’option du « blocage technique » est sérieusement envisagée. « Récemment, des commissions mixtes incluant le ministère de la culture, celui des Postes et des Télécommunications, ainsi que des services de notre office, ont commencé à plancher sur la question », nous apprend-il.

Selon lui, le blocage technique des adresses IP identifiées à l’étranger, grâce à la restriction géographique, demeure à l’heure actuelle le meilleur moyen de limiter la propagation du piratage et protéger les starts up nationales activant dans la légalité. « L’ONDA n’est pas un service de répression, nous sommes plutôt un intermédiaire entre les entreprises du digital et les ayants droits. Pour ce qui est du streaming, nous aurions souhaité avoir des personnes physiques avec qui nous pourrions trouver un terrain d’entente. Or dans les faits, c’est loin d’être le cas », déplore M. Zonter. Et de détailler : « Nous avons affaire à des nébuleuses, voire des sociétés fictives qui bafouent la propriété intellectuelle protégée par la loi. De ce fait, nous estimons que le blocage technique de ces serveurs est la solution idoine ». Notre vis-à-vis notera également « l’impérieuse nécessité » de mettre à jour l’arsenal juridique existant. « Le streaming et l’IPTV est un phénomène récent en Algérie et, de ce fait, le législateur devra mettre en place de nouveaux mécanismes pour lutter de manière efficiente », a-t-il en outre préconisé. Sur un volet plus global, le chargé de communication auprès de l’Onda, a profité de cette occasion pour exhorter les starts up algériennes à prendre attache avec les producteurs nationaux afin de diffuser leur contenu sur leurs plateformes. « Comme je l’ai déjà souligné, nous sommes un trait d’union entre les producteurs et les diffuseurs. Notre organisme n’est pas une sorte de gendarme, mais un intermédiaire qui protège les intérêts et droits des artistes. D’ailleurs, notre principale activité se concentre actuellement sur les volet lyrique et musical ».

 Avec cette plongée dans les méandres de ce nouveau business où cohabitent le bon ( les startupers innovants), la brute ( les multinationales qui abusent de leur positions quasi monopolistiques) et le truand ( les petits brigands qui jouent sur ces mêmes abus pour s’affranchir du minimum éthique), on arrive à un double constat. L’industrie du digital en Algérie va se développer dans les prochaines années. In reste à savoir dans que écosystème général cela sera fera. Un problème qui dépasse les capacités et moyens des jeunes start-upers. D’ailleurs, les autorités publiques viennent se prendre des décisions favorisant les exportations de prestations des services numériques, qui sont désormais exonérées des formalités de la domiciliation bancaire.

Mais comme trop souvent en Algérie, les anticipations arrivent rarement en temps opportun. Le fléau du piratage risque de tuer dans l’œuf toute initiative sérieuse visant à développer des services de SVOD et de télévision via internet. Pourtant le chantier auquel se sont attelés les jeunes associés de Magmovie concerne une industrie d’aujourd’hui et du futur qui traite de la connaissance, de l’information et du divertissement, c’est-à-dire de la culture.

R.B

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Économie

Algérie : marché de voiture d’occasion en Algérie

Le calme qui précède la délivrance ?

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Algérie : marché de voiture d’occasion en Algérie

Le marché de voiture en Algérie serait sur le point de se débloquer après plusieurs années de léthargie, causée par une gestion à la hussarde de ce segment. En effet, le gouvernement vient d’annoncer la réouverture des importations de véhicules neufs et a, dans la foulée, donné les noms des concessionnaires automobiles agréés. Il s’agit des marques Fiat, Opel et JAC. D’ailleurs et selon le ministre de l’Industrie, la commercialisation de ces trois marques devra se faire d’ici la fin du mois en cours, en attendant le retour progressif d’autres marques. Mais psychologiquement, le gouvernement compte aussi sur la sortie prévue en décembre prochain de la première voiture fabriquée en Algérie sous la marque Fiat pour équilibrer l’offre et la demande. Ces annonces ont déjà eu sinon un stabilisateur du moins une fluctuation des cours sur le marché des véhicules d’occasion dont les coûts, qui se chiffrent toujours en centimes, avaient atteint des niveaux exorbitants entre 2018 et 2022. 

La pondération en maître mot 

À Bouira et plus précisément au niveau du marché hebdomadaire de voitures d’occasion d’Aomar (100km à l’est de la capitale), l’un des plus importants du pays, les acheteurs tout comme les revendeurs étaient dans l’expectative. Mardi dernier, lors de notre passage sur les lieux, un constat des plus saisissants sautait aux yeux : les potentiels acquéreurs comme les propriétaires, se regardaient en chiens de faïences. Les premiers, encouragés par les récentes annonces du gouvernement proposaient des prix relativement bas et les vendeurs ou revendeurs, étaient confrontés à un dilemme cornélien : vendre à un prix plancher et n’avoir pas ou peu de plus-value, ou attendre sans avoir précisément de quoi seraient faits les lendemains. En effet, les vendeurs baissent de 20 à 50 000 000 de centimes le prix de leur véhicule sans pour autant trouver preneurs. Les acheteurs de leur côté, après avoir été pendant des années en position de faiblesse, tentent désormais de deviner les perspectives qui pourraient s’ouvrir dans ce secteur.  Et visiblement, avec les fluctuations des prix, ils préfèrent attendre l’arrivée des voitures neuves pour être enfin  fixés les tarifs des véhicules d’occasion. 

Une baisse moyenne de 50 millions de centimes constatée

Les coûts qui dépassaient tout entendement au mois de septembre dernier, se sont stabilisés, sans pour autant s’effondrer. Ainsi, une Renault Clio 3 de l’année 2002 qui dépassait les 130 millions de centimes au mois de septembre, a perdu près de 50 millions pour se négocier à hauteur de 82 millions. Idem pour une Peugeot 406 HDI de 2004. Concédée à 180 millions de centimes, elle a vu sa valeur reculer de près de moitié pour atteindre les 98 millions. Pour les voitures relativement récentes, les prix sont moins vertigineux qu’à l’automne dernier, mais ils demeurent hors de portée des bourses modestes. Il faut dire qu’une Nissan Micra mise en circulation en 2013 était estimée à 310 millions de centimes en janvier dernier ; elle se négocie actuellement entre 200 et 180 millions. Une Dacia Logan de 2012 qui frôlait les 280 millions, voit son prix osciller désormais entre les 180 et 165 millions de centimes. « Les prix ont baissé et vont continuer à baisser », dira un potentiel acheteur avec optimisme, mais non sans une certaine appréhension. « Il faudrait attendre quelques jours de plus pour être vraiment informé de l’état réel du marché avant de se décider », dira Mahmoud, un citoyen de la commune voisine de Kadiria. Notre interlocuteur, l’air faussement nonchalant, affirme qu’il est à la quête d’une petite citadine depuis 2021 mais ne se montre pas pressé. « J’ai commis l’énorme erreur de vendre ma Clio 2008 pour la modique somme de 120 millions de centimes, j’avais grand besoin de liquidités à l’époque. Et depuis, je n’ai pas pu m’offrir une voiture tant elles étaient hors de prix », a-t-il confié. 

Globalement, le reflux des prix est sensible. Une Logan 2015 est proposée à 180 millions alors que son prix dépassait les 250 millions il y a quelques mois. Idem pour les Kia Picanto dont les éventuels acheteurs n’hésitent plus à faire des offres à moins de 150 millions. Il faut dire que le même modèle de l’année 2013, affichant 135 000 km au compteur, cabossé et avec plusieurs retouches approximatives sur la carrosserie, s’était vendu quelques jours auparavant pour la somme de 190 millions de centimes. Le propriétaire d’une Seat Ibiza 2014 qui était estimée à 290 millions s’est vu proposer actuellement 210 millions, la Peugeot 301 Active qui était présentée à 230 millions a baissé de 60 millions pour partir à 170. La décote est incontestable mais compte tenu des revenus des ménages, les prix demeurent excessifs. Le propriétaire d’une Seat Ibiza 2014 qui attendaient d’encaisser 290 millions s’est vu proposer actuellement 210 millions, la Peugeot 301 Active qui était présentée à 230 millions a baissé de 60 millions pour se stabiliser à 170 000 000 de centimes.

Les courtiers dans l’impasse

 Cette baisse ne concerne cependant pas les grosses cylindrées. Les citoyens faisaient mine de ne pas apercevoir les véhicules Volkswagen ou Mercedes, tant les prix proposés sortent de l’économie du possible. De leur côté, les revendeurs de ces modèles constatant le manque d’intérêt de la clientèle, guettent le moindre acquéreur. « Franchement, on est dans une impasse (…) le marché stagne, les acheteurs se font rares et les voitures aussi », déclare Madjid. « Nous ne pouvons plus vendre et ni même acheter, c’est devenu très difficile. Et pour vendre à perte, jamais ! », s’étrangle-t-il. Et d’ajouter : « Je comprends les consommateurs. Ce n’est plus comme avant, où avec un budget de 70 ou 90 millions de centimes, on pouvait sortir du marché avec un véhicule qui tient la route. Aujourd’hui, il faut au moins 150 à 180 millions de centimes, et encore, même à ce prix on n’est pas sûr de dénicher quelque chose de potable ! », a-t-il admis.

Quoi qu’il en soit, et en attendant la fin du mois de mars ou au plus tard début avril, date à laquelle les pouvoirs publics se sont engagés à importer pas moins de 10 000 véhicules d’ici décembre prochain, le marché de la voiture d’occasion connait une période qui déstabilise vendeurs et acheteurs.                                                                             

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Reportages

Reportage/Algérie : Boulanger, une profession dans le pétrin !

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Algérie : Boulanger ; une profession dans le pétrin !

La profession de boulanger vit une grave crise en Algérie et quand on sait l’importance de ces artisans dans la vie quotidienne des citoyens, on est en droit de s’inquiéter sur la dégradation l’état de santé de cette activité qui se s’aggrave de jour en jour. En effet, les professionnels du pain, comme ils aiment se définir, se disent confrontés à une crise sans précédent. Entre manque chronique de matière première, pénurie de mains d’œuvre qualifiée, tarifs en total déphasage avec les différentes inflations, et pour couronner le tout, un syndicat aux abonnés absents, le métier périclite.

« Nous sommes à l’agonie! »

C’est le cri de détresse que nous avons entendu chez nombre de boulangers qui tirent la sonnette d’alarme, à l’image de ce boulanger de la ville de Bejaia ( 220 kilomètres à l’est de la capitale) « J’exerce ce métier depuis près de 20 ans, et je peux vous dire en toute franchise, ce n’est pas un métier que je peux conseiller à mon fils. Travailler à perte, conflits permanents, et abandon total de notre soi-disant syndicat. Voilà ce qu’est notre profession ». Un autre boulanger de la ville de Bouira ( 150 kilomètres à l’est d’Alger) a fait le même constat «  Cela fait 23 ans que je suis au fournil. Je commence le travail à 1h00 du matin afin d’honorer les commandes des cantines scolaires, celles des entreprises, des réfectoires de la police et de la protection civile. À 5h00 du matin, tout est prêt. Ce métier requiert sérieux, passion et sacrifice. Sinon, mieux vaut prendre une autre voie », explique-t-il. En voulant en savoir plus sur ce qu’il en est de leur syndicat, il répond en riant : « Un syndicat ? C’est plutôt une mafia. On est livrés à nous-même, celui qui vous dit le contraire est un menteur ». Un autre boulanger qui vient de terminer sa tournée de livraison ajoute: « Notre profession est malade, gangrenée par des opportunistes, affairistes, bref, des gens qui n’ont rien à avoir avec ce métier. J’étais à deux doigts de mettre la clef sous la porte à cause de cette vermine qui pollue un artisanat aussi noble que celui fabrique le pain, oui le pain quotidien ». Lui aussi déplore, par ailleurs, l’indifférence de l’Union Générale des Commerçants et Artisans Algériens, l’UGCAA à leur égard. « On est des commerçants, ce qui implique que le syndicat doit se plier en quatre pour préserver et défendre notre profession. Eh bien, sachez que ce syndicat se moque éperdument de nous, pis encore, il nous met les bâtons dans les roues. Il sert ses intérêts en se targuant de fédérer les commerçants, mais en réalité c’est tout le contraire ».

Ces avis montrent bien le désarroi et le mal-être que connaît la profession. Du côté du syndicat des boulangers affilés à l’Association nationale des commerçants algériens (ANCA), on assure avoir formulé des propositions concrètes au ministère du Commerce. Ces dernières consistent essentiellement en l’allègement des charges des boulangers, ainsi que la production d’une farine spécifique pour la fabrication du pain exclusivement, avec un prix qui garantit la marge bénéficiaire des professionnels et qui préserve le pouvoir d’achat des consommateurs. 

La menace d’une grève plane 

Toutes ces propositions seront, selon l’ANCA, soumises à la base pour une éventuelle adoption ou clarification. Du coté des boulangers interrogés, on évoque avec insistance l’interdiction de la vente du pain au niveau des magasins d’alimentation générale.  Selon une source proche de ces artisans, cette pratique qui est qualifiée d’illégale et d’anticoncurrentielle, nuirait gravement à la profession de boulangers. « Nous sommes décidés à aller au bout de cette revendication et si les services le du ministère du Commerce ne veulent pas nous prêter une oreille attentive, nous irons vers un débrayage », menace-t-il.

Selon certains boulangers, les magasins d’alimentation générale s’approvisionneraient auprès de « boulangers clandestins » à des prix dérisoires. Selon le président du Club des boulangers, une augmentation légale du prix de la baguette est vitale pour la survie de la profession. « Vue la conjoncture actuelle, où les prix des matières premières augmentent sans cesse, les boulangers ne peuvent éternellement vendre à perte », dira-t-il. A ce sujet, notre interlocuteur indiquera qu’une plateforme revendicative contenant trois points centraux a été exposée au ministère du Commerce. « On s’est entretenu le mois dernier avec le ministre du Commerce, nous lui avons proposé de revoir le prix de la baguette, l’interdiction de vendre du pain dans les magasins d’alimentation générale et nous avons aussi, formulé le vœu de la formation », a-t-il soutenu.  Sur ce chapitre, Faouzi Behiche, président du Club des Boulangers Algériens ( CBA), a tenu à souligner que « Plus de 3000 artisans boulangers ont fermé boutique ces dix derniers mois, c’est un chiffre qui donne froid dans le dos et surtout qui renseigne sur la précarité dans laquelle se débattent ces artisans et leur manque de formation aux nouvelles techniques qui régissent cette profession », a-t-il affirmé.

Expliquant ce marasme, le président de l’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (APOCE), le Dr Mustapha Zebdi, pointe du doigt les grossistes de blé tendre et les accuse d’être à l’origine de cette pénurie puisque le blé est la matière première de fabrication de la farine panifiable destinée aux boulangers. Le même responsable affirme que certains minotiers exigent des boulangers de payer la farine plus chère que le prix fixé par l’administration pour la leur vendre. « Le tarif officiel du quintal de farine, déterminé par l’État, est de 2 000 DA le quintal mais ils poussent les boulangers à débourser jusqu’à 2 800 DA», s’indigne-t-il. M. Zebdi évoque également un deuxième problème. Selon lui, certains boulangers ont abandonné la vente du pain ordinaire pour s’adonner à la production du pain à base de semoule. Le produit n’est pas mauvais pour la consommation mais ils coûte le double du prix du pain ordinaire. « Beaucoup de boulangeries ne vendent plus le pain à 10 DA. Elles préfèrent mettre en avant le pain amélioré afin de le vendre à 15, voire 20 DA le baguette », ajoute M. Zebdi, qui appelle les autorités à réagir face à « ces pratiques qui portent atteinte à l’intérêt du consommateur ». Le calvaire que vit cette catégorie professionnelle si essentielle au quotidien du citoyen et les lenteurs mises à solutionner des situations identifiées et portées à la connaissance des pouvoirs publics depuis des mois voire pour certains problèmes depuis des années illustre la dégradation du fonctionnement administratif dont l’un des travers se manifeste  par la perturbation de la chaine de commandement qui peine à transmettre dans les délais des données fiables aux organismes chargés de les étudier. Sous le cas du dossier boulangerie couve un mal bien plus général : l’indigence de l’administration  

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Reportage/Algérie : Inflation galopante, pénuries inexplicables et impuissance de l’Etat

La paupérisation de la société s’accentue

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L’inflation autour des produits de large consommation bat des records en Algérie. Si l’Office national des statistiques (ONS), soutient que l’inflation est « stable » par rapport à l’an dernier, à la même période, à savoir 9.1%, les consommateurs ont constaté une envolée des prix rarement enregistrée. En parallèle, le salaire moyen du fonctionnaire algérien selon ledit organisme chargé des statistiques est estimé à 45 000 DA (220 euros) par mois. Il n’a pas ou peu évolué depuis pratiquement quinze ans. On assiste à une sévère paupérisation de la société et la quasi disparition de la classe moyenne en Algérie. Pour s’en convaincre, une virée au niveau du marché des fruits et légumes d’Ali Malah, l’un des plus importants de la capitale suffit. 

L’Ognon fait pleurer les portefeuilles ! 

Ainsi et à quelques jours du mois du Ramadhan, lequel est réputé à juste titre, être le mois de toutes les flambées, les citoyens croisés étaient partagés entre colère et dépit. En effet, la courgette était affichée entre 150 et 160 DA le kilogramme, l’ognon entre 180 et 200 DA ! 200 DA pour trois ou quatre ognons. Les carottes allaient de 120 à 140 DA/ kg, selon la qualité. Pour ce qui est de la tomate de premier choix, elle était cédée à 130 DA le kilo et 110 DA pour celle de qualité moindre. La laitue, très prisée durant le mois de carême oscillait entre 160 et 170 DA, les haricots verts culminaient à 450 DA, voire 500 DA.  La pomme de terre, quant à elle, oscillait entre 60 et 80 DA. Le citron était à plus de 400DA et les olives vertes dénoyautées à 600 DA. Quant aux olives noires, elles étaient à 400 DA.

S’agissant des fruits, la fameuse banane était exposée aux alentours des 450 DA, les pommes locales à 850 DA et celles d’importation flirtaient avec les 1400 DA ! Autrement dit, hors de portée des bourses fragiles. Les viandes, restent inaccessibles pour les citoyens ordinaire. Le kilogramme de poulet s’est littéralement envolé pour avoisiner les 480 DA le kilo. La viande rouge, aussi bien bovine qu’ovine, frise carrément l’indécence en culminant respectivement à 2400 et 2200DA le kilogramme. 

Semoule et lait en sachet : l’inextricable mystère 

Autres denrées qui raréfient mystérieusement à l’approche du mois de carême : le sac de semoule et le lait en sachet. Deux produits de large consommation et subventionnés par l’Etat. A Alger, Boumerdès (50 kilomètres à l’Est de la capitale), Sétif et Constantine (200 et 350 kilomètres à l’Est d’Alger), des queues interminables se forment quotidiennement devant les dépositaires. Ces derniers, du moins ceux interrogés, n’expliquent pas cette situation qu’ils qualifient d’« étrange ». Pourtant, ce n’est pas la production qui manque et le marché est alimenté de manière régulière, assurent-ils. « Nous avons constaté que toute notre production, estimée à 5 200 quintaux par jour (115 000 quintaux par mois) disparaissait des étals dans l’heure qui suit la livraison. Nous avons toujours produit la même quantité depuis plus de quatre ans. Il n’y a aucune pénurie de blé et nous recevons régulièrement nos quotas en matière première », assure M. Bendaoud, directeur commercial de la filiale céréales des Hauts-Plateaux regroupant huit moulins, dont deux unités à travers six wilayas du centre et de l’est du pays. « Nous n’avons pas compris les raisons de cet affolement », s’étonne-t-il, tout en arguant du fait que « l’approvisionnement du marché se fait le plus normalement du monde. Il n’y a aucune autre explication que l’hystérie qui a touché le consommateur et peut-être la spéculation de certaines personnes ».

Il est à noter que la filiale des céréales inscrit son activité dans le cadre des orientations stratégiques du groupe Agrodiv qui préconise la vente directe au consommateur, et ce, afin de réguler le marché en respectant les prix administrés par l’État, d’où l’ouverture de 69 points de vente et supérettes à travers plusieurs wilayas et la contribution à l’approvisionnement de la filiale Dicopa spécialisée dans la distribution de semoule au niveau national.  

Le même constat vaut  pour le sachet de lait subventionné qui a pratiquement disparu des étals. Les consommateurs, nerveux et exaspérés par cette situation, ne cessent de faire la navette entre leur domicile et les magasins d’alimentation générale : « On attend ce maudit sachet depuis 7h du matin ! Il est midi et toujours rien ! », fulmine un père de famille croisé devant les dépôts de la société publique Giplait. Dans la commune de Birkhdem (ouest de la capitale), le sachet de lait, était introuvable dimanche. D’après certains commerçants de la région, la distribution de cet aliment n’est pas totalement assurée en temps normal et avec la panne qui touche la laiterie de Tizi-Ouzou, le sachet de lait est devenu un aliment rare. « Vous savez, on est obligé de s’approvisionner à Blida, car les distributeurs de la wilaya sont carrément défaillants », assure un détaillant.

Spéculation : l’hydre se régénère !

Face à ces pénuries et flambées aussi bien vertigineuses qu’inexpliquées, les détaillants, tout comme les consommateurs pointent du doigt les grossistes, qui feraient de la spéculation autour des marchandises. Et effet et selon nombre de détaillants, ils seraient otages des grossistes. « Les grossistes imposent leur loi en vendant à des prix fixes, non négociables et surtout en très petites quantités », fait remarquer ce détaillant de Bir Khadem qui reçoit l’assentiment de son voisin, gérant d’une petite quincaillerie. Pour lui, les spéculateurs utilisent un stratagème bien huilé :  ils créent la pénurie. « Certains individus pourtant connus des autorités font la pluie et le beau temps. Ils sont puissants, soutenus par des responsables hauts placés. Ils stockent, créent la pénurie et s’abritent derrière la loi de l’offre et de la demande. Ce sont eux qui fixent les règles selon leurs intérêts », s’indigne un commerçant du marché Ali Mellah. Les détaillants tout comme nous les commerçants, on est otage de ces spéculateurs sans foi ni loi », notera avec un certain dépit, Brahim, un autre commerçant.

Récemment encore, le ministre algérien du Commerce, M. Kamel Rezig, s’est entretenu avec les différents organismes chargés de la régulation des prix, et les associations de protection des consommateurs, afin de trouver une issue à cette crise lancinante. Toutefois, aucune feuille de route ni programme n’ont été tracés au terme de cette rencontre. Des méthodes coercitives ont été mises en place par le gouvernement, mais avec une efficience somme toute relative. Afin d’endiguer le phénomène de la spéculation, les pouvoirs publics ont sorti « l’artillerie lourde », en pénalisant cet acte. Ainsi, des peines de prison ferme, allant de 2 à 20 ans de réclusion et même la perpétuité, ont été prononcées contre certains spéculateurs aux quatre coins du pays. Le dernier verdict en date, a été rendu contre trois grossistes indélicats. En effet, le tribunal criminel près la Cour d’Alger, a prononcé une peine d’emprisonnement à perpétuité à l’encontre des trois accusés. Ces derniers, ont été reconnus coupables de « spéculation dans le cadre d’un réseau criminel organisé et de contrebande portant atteinte à l’économie nationale ». Cependant et en dépit des lourdes peines prononcés à l’encontre de ce que des citoyens appelelnt pouvertemnt la mafia de la spéculation, cette dernière demeure toujours vivace car les condamnations touchent des acteurs non protégés. Or déplore le quincailler, ceux qui abusent se savant à l’abri de la loi. Signe, s’il en est, de l’impuissance de l’Etat face à ce mythique Hydre de Lerne.

Revalorisations des salaires à dose homéopathique 

Seul point positif dans ce tableau des moins reluisants, celui de la récente revalorisation des salaires et autres pensions de retraites décidées par le chef de l’Etat au mois de décembre dernier. Toutefois, il ne faudrait pas s’attendre à une aubaine qui viendrait d’une quelconque manne. En effet et selon les échelons et les indices de la Fonction publique, ces augmentations qui prendront effet à partir du 20 mars, oscillent entre 4000 et 10 000 DA. Autant dire bien peu de choses devant l’ogre de l’inflation qui dévore littéralement le pouvoir d’achat des Algériens. Youcef Chorfa, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale a explicité récemment les grandes lignes de cette « mini bouffée » d’oxygène.   Selon lui, l’appoint financier des dernières augmentations de salaire est de 340 milliards de dinars en 2023 et souligne qu’ « elle sera de l’ordre de 681 milliards de dinars en 2024. Si l’on ajoute ce qui a été fait en 2022, l’incidence financière sera de 900 milliards de dinars ». Ces chiffres paraissent éloquents à première vue, mais en y regardant de plus près, ils sont relativement dérisoires comparativement aux réelles attentes des citoyens. Néanmoins et à la décharge du gouvernement et selon nombre de spécialistes économiques, la « parcimonie » opérée par les pouvoirs publics dans le cadre de ces augmentations est dictée par le maintien de l’équilibre budgétaire de l’Etat, lequel se maintient à flot grâce à la rente pétrolière. Quoi qu’il en soit, et même si l’ensemble des experts saluent la « résilience » de l’économie algérienne, comparativement à ses voisions marocains et tunisiens, elle n’en demeure pas moins fragile à plusieurs égards. Pis encore, elle pourrait se détériorer davantage, si les pouvoirs publics s’obstinent encore et toujours à « colmater » au lieu d’engager des réformes radicales quitte à briser les paradigmes toxiques de l’administration bureaucratique.

R.B

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