dimanche, décembre 3, 2023
Éditorial

Editorial. La France vue du sud

Quelques minutes après l’annonce du rejet des deux motions de censure déposées par l’opposition, des groupes de manifestans, souvent infiltrés par des bandes de casseurs, sont sortis un peu partout en France pour crier leur colère. Auparavant, des permanences de parlementaires furent saccagées. On a quelques raisons de considérer qu’il ne s’agit là que du début d’une séquence fièvreuse sur laquelle ne manqueront pas de surfer les extrémistes de droite et de gauche. La loi populiste que nous connaissons bien au sud est solidement installée en France : si ce n’est pas mon opinion qui passe, je casse

Un parlement dégradant

Au train où vont les choses, on serait presque heureux, nous, Tunisiens, Algériens et Marocains de vivre sous les régimes despotiques qui nous éreintent. Car, si l’on observe les choses sous l’angle de la pédagogie de la régression, force est de constater que la France apprend vite.

Ce lundi, il n’a manqué que neuf petites voix à une opposition que tout divise mais soudée par la haine de Macron pour que la motion de censure initiée par Liot ( Liberté, indépendants, Outre-mer et territoires ), un groupe du centre-droit, ne renverse le gouvernement Borne. Mais outre ces préoccupantes données arithmétiques, c’est la façon dont s’est déroulée la contestation dans l’enceinte parlementaire qui laisse présager des lendemains funestes pour la vie politique française.

Le parti socialiste français, où ce qu’il en reste, pérore autant qu’il le peut pour mériter la condescendance mélanchonienne et, symétriquement, les Républicains guettent le satisfécit de la bienveillance lepéniste. Du reste, le jeune président du Rassemblement national, RN, Jordan Bardela a bien fait savoir qu’en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, il garantissait la survie aux députés LR dociles en ne leur mettant pas de candidature concurrente RN dans leur circonscription. Argument imparable auquel ont été sensibles 19 députés républicains qui ont voté la motion de censure de Liot et même, du moins pour certains d’entre eux, celle déposée par le parti de Marine Lepen. A gauche, et sitôt le vote défavorable à l’opposition connu, Jean Luc Mélanchon – qui n’admet toujours pas que la France se soit refusée à ses fulgurances -, appelle à « la censure populaire en tout temps et toute circonstance ».  Les survivants socialistes regardent le bout de leurs souliers, de peur de subir les foudres d’un robespierriste plus revanchard que jamais.

Espèces en voie d’extinction, les partis de Jaurès et de Gaule subsistent à la marge de la vie politique, tolérés par des tuteurs extrémistes qui consentent à leur laisser aspirer quelques bouffées d’oxygène avant de leur remettre la tête dans le marigot populiste. Insultes, anathèmes et menaces de la France insoumise ont hanté l’hémicycle pendant que les députés du Rassemblement national, devenus les arbitres des élégances, comptaient les points. France lunaire où les médias qui ont trop longtemps confondu le devoir d’informer et le droit de faire les lois sinon les rois perdent le nord. Devant ces violences endémiques, les commentateurs de télévision, attendant de voir venir, détournent les regards quand ils ne les justifient pas par le « mépris » d’un président désormais ciblé personnellement.   

Le spectacle donné par la représentation nationale française marquera les esprits. Il n’a rien à envier aux empoignades observées dans certains de nos parlements quand les combinazziones des parrains n’ont pas dissous en amont les querelles d’égo et les appétits prébendiers. Vue du sud, la France s’installe dans la décadence. Et paradoxalement, c’est au moment où elle lui ressemble le plus qu’elle y est progressivement décriée, marginalisée et déclassée au profit de la sulfureuse protection russe, du vorace négoce chinois ou du ténébreux bazar turc.   

Un pouvoir inaudible

Couvertes par les quolibets et les invectives des députés insoumis, les interventions de la première ministre furent inaudibles. Ses arguments avaient pourtant leur logique. La France ne peut pas continuer à travailler moins que tous ses voisins européens. Son économie ne survivrait pas à cette paresse. Au sud nous connaissons bien ces situations où la parole d’un régime usé et discrédité ne parvient plus à imprimer, même quand elle est portée par le bon sens, même quand elle offre de pieuses vérités ou des solutions réalistes. Les esprits conditionnés à entendre les surenchères et les appels à la vengeance demandent du sang. N’a-t-on pas décapité la momie d’Emmanuel Macron ? Et quand ce genre de dynamique s’enclenche, la raison n’a plus de place. Certains expliquent cette défiance par la fougue et la suffisance d’un jeune chef d’Etat qui a prétendu faire table rase du passé. Les arrogances et l’agaçante impulsivité d’Emmanuel Macron qui a voulu ignorer voire rabaisser les corps intermédiaires n’ont certainement pas arrangé les choses. L’humiliation infligée à un Jean louis Borloo qui ne demandait qu’à apporter sa part de générosité et d’humanité à une démarche spartiate ou la porte claquée devant Laurent Berger, homme de compromis s’il en est, furent autant de maladresses voire de fautes qui ont brouillé la vision réformatrice d’un Emmanuel Macron pressé et égotique.  Mais le mal français a des origines plus profondes que l’hubris d’un jeune homme arrivé au pouvoir par effraction. Le pays a mal à lui-même. Au sud nous connaissons bien cette maladie. Quand trop d’espoirs sont déçus, l’avenir est écrit par le désespoir.

Les résultats obtenus, si positifs soient-ils, ne se voient plus. Le réel compte moins que la frustration. En France, le chômage baisse ; malgré la grisaille du climat social, le pays attire les investisseurs, les touristes reviennent et, dans une Europe inquiète, la voix française est écoutée et attendue. En dépit de ces signaux, une majorité de citoyens préfère entendre la minorité qui parle aux pulsions de mort.

Dans cette dérive mortifère, l’islamise n’est pas inactif. Il soutient pour ensuite les prendre en otage les forces éruptives qui peuvent perturber ou, pourquoi pas, pulvériser l’ordre des Infidèles ou souffle sur les braises du communautarisme afin de consolider les citadelles du ressentiment.

Une période de turbulences arrive en France. Le président Macron n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est confronté à l’adversité.  La fougue et l’audace qui lui ont permis de surmonter la crise des gilets jaunes suffira-t-elle à ramener le calme ? Et quand bien même y parviendrait-il, cela freinerait-il la forte inclination de la nation à se précipiter encore plus dans la voie de la tiers-mondisation ? Au sud, nous pensions être les dépositaires exclusifs et les meilleurs producteurs de cette capacité à entretenir le pire en soi. Il faut croire que les Français tiennent à nous imiter sinon nous dépasser.

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