jeudi, novembre 30, 2023
Éditorial

La portée du double martyre des Palestiniens

Beaucoup ont estimé excessive la déclaration de l’écrivain marocain Tahar ben Jelloun qui écrivait ce 13 octobre dans le magazine français le Point que «  le 7 octobre, la cause palestinienne est morte assassinée », ajoutant que «  la brutalité, quand elle s’attaque aux femmes et aux enfants, devient barbarie et n’a aucune excuse ni justificatif. »  On épiloguera encore longtemps sur la responsabilité du mouvement Hamas dans les cadavres de civils qui sont extraits des décombres à Gaza city entre deux bombardements israéliens. 

Si l’avenir du peuple palestinien est réduit au mouvement Hamas, agrégat de chefs plus ou moins maffieux planqués au Qatar et du djihad islamiste, usine de kamikazes dont le principal carburant est l’exaspération de jeunes sans avenir, on peut avoir quelques soucis pour une cause ayant mobilisé plusieurs générations de militants et qui, elles aussi, avait recouru au terrorisme comme lors des jeux olympiques de Munich en 1972 mais jamais à cette barbarie stratégique que dénonce Ben Jelloun. Où sont les équivalents des Arafat, Nayef Hamatmeh ou Georges Habache qui ont su mener un combat digne et respectable dans des conditions de douloureux isolement et de grande précarité logistique tout en respectant le pluralisme politique dans l’organisation du Fath et même les différences de culte.

Resté muet pendant plusieurs jours, Mahmoud Abbas et politiquement mort ; disqualifié par ses égarements et un clanisme prédateur. Comme cela est arrivée avec tant d’autres dirigeants arabes aveuglés par les avantages et les ivresses du pouvoir, son incurie a fait de l’islamisme l’unique alternative aux Palestiniens dont les soutiens traditionnels se posent désormais la question de savoir si un pouvoir islamiste de plus, parce que c’est bien de cela dont il s’agit, est une perspective souhaitable pour les Palestiniens et le monde musulman en général.

A cet abîme que plus personne ne veut voir s’ajoute un autre fondamentalisme regroupé autour de Netanyahou qui, pour échapper à la justice, a son pays mené dans une impasse historique. Car Israël est autant menacé par ses extrêmistes millénaristes que par l’arc chiite piloté par l’Iran qui refuse de se voir déclassé par un sunnisme qui commençait à découvrir le pragmatisme à travers les très imparfaits accords d’Abraham. 

Au lieu de renforcer les élans de disponibilités politiques qu’ont manifesté plusieurs pays musulmans en faisant des concessions en Cisjordanie, le premier ministre israélien y a multiplié les colonies avec en prime des propos indignes de certains de ses ministres à propos du peuple palestinien. Première conséquence de ce radicalisme : l’Arabie saoudite qui abrite les lieux saints de l’islam vient de faire savoir qu’elle suspendait ses discussions sur la normalisation avec Israël. Nombre d’observateurs n’hésitent d’ailleurs pas à assurer que l’attaque du 7 octobre avait essentiellement vocation à faire avorter le rapprochement entre Riad et Tel Aviv dont les implications politiques et spirituelles auraient pu conduire à une reconfiguration géopolitique sans précédent dans la région. Sur ce point précis, et ce n’est pas anodin, Nentanyahou aura été le meilleur allié de Hamas et, par ricochet, de l’Iran.  

Puisse s’engager en Afrique du nord un débat libéré des prurits populistes où la fascination de la mort conjuguée à un anti-sémistisme atavique empêche de voir que les assouvissements des pulsions honteuses sont la sève de l’islamisme qui fut et reste le poison du monde musulman. 

Un dernier mot. Beaucoup de grandes âmes qui occupent aujourd’hui les plateaux de télévision pour désigner l’intégrisme musulman comme la source du mal absolu au Moyen-Orient avec ses répliques en Occident sont les mêmes que celles qui avaient salué et soutenu jusqu’à la déraison un mouvement sanguinaire dont les factions avaient endeuillé l’Algérie.

Pour l’heure, le Palestinien est condamné à agoniser sous l’horreur islamiste ou mourir sous la bombe israélienne. Une alternative morbide que l’Afrique du nord peut encore éviter. Mais il faut faire vite.

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