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International

L’ISLAMISME DÉCHIRE DE NOUVEAU OTTAWA ET LE QUEBEC

« L’islamophobie », arme privilégiée contre la laïcité

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L’ISLAMISME DÉCHIRE DE NOUVEAU OTTAWA ET LE QUEBEC

Tout est parti de la nomination de Madame Amira Elghawaby à une fonction politique au
sein de gouvernement de Trudeau. Cette femme, militante communautariste assumée,
vient d’être désignée comme représentante spéciale du Canada dans la lutte contre
l’islamophobie pour un mandat de quatre ans. Une nomination qui a suscité des remous
dans la majorité de la classe politique québécoise et particulièrement les défenseurs de la
laïcité.

Une figure controversée

C’est que la dame n’est pas une inconnue. Ses propos tenus en 2019 soulevèrent une vague
d’indignation quand elle affirma qu’ « une majorité des Québécois » étaient influencée « par
un sentiment antimusulman
».
La réaction à cette promotion fut quasi-immédiate. Une pétition (1) de 200 personnes, rassemblant diverses confessions et opinions, est envoyée au premier ministre Justin Trudeau pour exiger le départ de Madame Amira Elghawabi et l’abolition de ce poste. Initiée par Madame Nadia El-Mabrouk, la cheffe de file du Rassemblement pour la laïcité et d’autres personnalités connues pour leur engagement à défendre les valeurs de la société québécoise, les signataires affirment : « Après avoir manifesté autant de préjugés à l’égard des Québécois, Mme Elghawaby n’a tout simplement pas l’autorité morale pour occuper un tel poste. S’il s’agit de bâtir des ponts et de poursuivre un dialogue constructif, encore faut-il pouvoir inspirer confiance. Or, ses excuses tardives et sous haute pression politique semblent plus contraintes que spontanées. »
En effet, les postures, sinon radicales du moins caricaturales, de madame El Ghawabi quant à la prégnance du culte dans la définition de la citoyenneté irritent les Québécois de toutes
origines, dans la mesure où, en plus de leur impertinence sociétale, elles sont récupérées par
le parti libéral, qui détient le pouvoir fédéral, et dont les discours contribuent à alimenter la
haine entre citoyens. Justin Trudeau s’est personnellement impliqué dans la vigoureuse campagne menée contre la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21) que le gouvernement
provincial a adopté le 16 avril 2019 suite au vote du parlement du Québec. Lors de son passage à Montréal en décembre 2021, le premier ministre est encore revenu contre cette loi en invitant les Québécois à la rejeter tout en se disant disponible à fournir une assistance fédérale pour sa contestation judiciaire devant les tribunaux.
Une divergence qui vient raviver les traditionnels antagonismes opposant les anglophones et les francophones au Canada.
Du reste, les propos tenus par Amira Elghawaby furent essentiellement rapportés par le
journal The Gazette connu pour son hostilité déclarée au nationalisme québécois et qui a
donné une interprétation ambiguë du sondage concernant de cette loi. Ecrit par le
journaliste Jason Magder et publié le 18 mai 2019, le média anglophone titrait : « A new poll shows support for Bill 21 is built on anti-Islam sentiment » (un nouveau sondage montre que l’appui au projet de loi 21 repose sur un sentiment antimusulman).

L’islamophobie : un concept piégeur

Au Québec, la désignation de Madame El Ghawaby est vécue comme une provocation
portant atteinte à la séparation de l’Eglise et de l‘Etat chère aux populations francophones et
une prime donnée au communautarisme britannique. Pour les signataires, le mise en avant
de l’islamophobie est une opportunité offerte aux adeptes du fondamentalisme dont
l’objectif avoué est de promouvoir une idéologie politique en Occident. Ils avertissent :
« C’est le concept que tentent de faire accepter les régimes et les activistes islamistes les
plus fondamentalistes à travers le monde pour faire passer toute « offense » à la religion
musulmane pour un crime.
» Ils ajoutent que : « C’est ce qui a valu à l’écrivain Salman Rushdie la fatwa émise par le régime iranien qui ordonne à tout musulman, où qu’il soit, de le tuer, et qui a, hélas, fini par être mise à exécution. C’est ce qui a valu également aux dessinateurs de Charlie Hebdo d’avoir été assassinés. Mme Elghawaby a elle-même signé en 2020 une chronique où elle assimilait au racisme les caricatures publiées par Charlie Hebdo. Est-ce que le Canada veut promouvoir une femme et un poste qui confondent de cette façon liberté d’expression légitime et propos racistes ? ».

Pour ses auteurs, la pétition vise un double objectif : d’une part sensibiliser les citoyens et
les dirigeants sur le danger que représente la stratégie des activistes islamistes qui surfent
adroitement sur une victimisation culpabilisant « l’homme blanc » et, de l’autre, dénoncer
l’irresponsabilité de formations politiques qui jouent d’un dossier aussi inflammable pour
espérer glaner quelques voix dans des élections. C’est le cas de Québec solidaire, un parti de
gauche qui peine à s’extraire d’un populisme qui ne lui a pourtant pas beaucoup réussi
électoralement et qui refuse de se prononcer en faveur d’une motion adoptée par les élus
québécois exigeant de mettre fin au mandat d’Amira Elghawaby. Une nomination qui, plus
que les différences linguistiques qui ont opposé les communautés francophones et
anglophones, risque de relancer de façon décisive la dynamique souverainiste. « Cette
nomination pose la question vitale de notre vivre ensemble
» tranche un enseignant
universitaire membre d’un collectif qui envisage de lancer une journée de réflexion sur la
nomination de madame El Ghawaby et la pertinence de créer un poste chargé de lutter contre
l’islamophobie, un terme qu’il dit « malsain et piégeur. »

Messaoudene Mahfoudh, Signataire de la pétition

Montréal, Québec


https://laicitequebec.org/Documents/Liste_signataires-
Lettre_ouverte_%c3%a0_Justin_Trudeau.pdf

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Politique

ALGERIE : IHSANE EL KADI DEVANT LE JUGE CE JEUDI  

Dossier encombrant dans un contexte de préparatifs d’une visite du chef de l’Etat algérien à Paris.

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ALGERIE : IHSANE EL KADI DEVANT LE JUGE CE JEUDI

Plus d’un mois après son incarcération à la prison d’El Harrach, banlieue Est d’Alger, le journaliste, Ihsane El Kadi, directeur du pôle éditorial des médias « Radio M » et « Maghreb Emergent » est convoqué pour ce jeudi devant le juge instructeur du tribunal de Sidi M’Hamed.

Selon ses avocats, Me Mustapha Bouchachi et Me Abdellah Heboul, Ihsane El Kadi devrait être auditionné sur le fond de l’affaire dans laquelle il est poursuivi. Une affaire liée à un présumé financement de ses médias en provenance de l’étranger et de l’intérieur du pays. « En application des dispositions de l’article 11 du Code de procédure pénale, le procureur de la République près le Tribunal de Sidi M’hamed informe l’opinion publique de l’ouverture d’une enquête préliminaire, par les services de police judiciaire, contre le dénommé (K.I) pour son implication dans la réception de fonds de l’intérieur du pays et de l’étranger et la collecte de dons sans autorisation pour faire la propagande de services étrangers à travers l’exploitation du siège de la société Interface Médias pour gérer le site web non autorisé Radio M à travers lequel il présente au public des publications et des émissions susceptibles de nuire à l’intérêt national, via divers réseaux sociaux », avait indiqué, le 29 décembre dernier, le parquet d’Alger dans un communiqué rendu public peu après l’incarcération de Ihsane El Kadi.

Cette audition, pour le moins inattendue, compte tenu de la lenteur qui caractérise le traitement des dossiers par la justice algérienne, pourrait éventuellement déboucher, selon les avocats, sur un non-lieu en vertu des dispositions du code de procédure pénale. Tout comme elle pourrait donner lieu à une programmation de procès. Mais cette décision des autorités judiciaires cache mal l’embarras du pouvoir qui s’est retrouvé avec un dossier embarrassant entre les mains, l’incarcération d’Ihsane el Kadi ayant suscité un tollé tant dans l’opinion interne que, plus préoccupant pour le pouvoir, sur la scène internationale. Plusieurs milliers de personnes, dont des figures de renom, ont, en effet, signé une pétition réclamant la libération du journaliste, alors que de grands médias internationaux ont saisi l’affaire pour pointer du doigt la dérive autoritaire du régime. Une situation d’autant plus encombrante que les atteintes répétées aux libertés et aux droits de l’Homme font partie du quotidien algérien dans un contexte de préparatifs d’une visite du chef de l’Etat algérien à Paris programmée pour le mois de mai. Nom établi dans la scène médiatique algérienne, Ihsane El Kad a été arrêté dans la nuit du 23 au 24 décembre 2022, par des officiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour être maintenu en garde à vue pendant 5 jours au centre principal des opérations (CPO) Antar situé à Ben-Aknoun banlieue nord-ouest d’Alger, avant d’être placé en détention provisoire jeudi 29 décembre 2022. Peu avant, le siège d’interface médias, société éditrice des deux médias, Radio M et Maghreb Emergent, a été mis sous scellés. Alors qu’elle devait examiner une demande de liberté provisoire introduite par la défense, le 18 janvier dernier, la chambre d’accusation de la Cour d’Alger avait statué en catimini sur l’affaire trois jours plutôt en l’absence des avocats et en décidant de maintenir le journaliste en détention. Une décision dénoncée par les avocats et qui lève une partie du voile sur le traitement d’un dossier dont le régime donne à penser qu’il gère après coup une situation prise dans la précipitation et, estiment certains, sans consensus dans les arcanes du pouvoir.

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International

Manifestation contre la réforme des retraites aujourd’hui à Paris. La CGT veut radicaliser le conflit.

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Politique

LA MILITANTE AMIRA BOURAOUI MALMENEE EN TUNISIE

La militante algérienne Amira Bouraoui a été bloquée en Tunisie durant 4 jours avant de
pouvoir embarquer pour la France.

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LA MILITANTE AMIRA BOURAOUI MALMENEE EN TUNISIE

Arrivée en Tunisie vendredi dernier par voie terrestre, Amira Bouraoui s’est rendue àl’aéroport de Tunis Carthage où elle a présenté son passeport français pour prendre le volsur Paris. La police des frontières n’ayant pas trouvé de traces de son entrée en Tunisie l’a placée en garde à vue. Alertée, l’ambassade de France à Tunis, demande la libération d’une ressortissante française qui doit être reconduite vers le pays dont elle détient la nationalité.

Présentée à un juge lundi 6 février, Amira Bouraoui est remise en liberté en attendant decomparaître le 23 février pour entrée illégale en territoire tunisien. Sauf que, à la sortie dubureau du magistrat, des policiers en civil l’appréhendent devant ses avocats et laconduisent à la direction générale des frontières où elle est maintenue en garde à vue dans l’attente de son expulsion vers l’Algérie programmée le jour même selon ses avocats. Aux protestations de ces derniers, les agents de la police judiciaire rétorquent qu’ils « n’ont rien à faire de la décision d’un juge. »

Ce dossier qui enflamme la toile est tout près de virer au conflit diplomatique. L’avocatfrançais, François Zimeray veut croire que la mise sous protection de l’ambassade de France d’une citoyenne française est une garantie suffisante pour son rapatriement. L’avocat qui avait auparavant déclaré : « ma cliente a fait l’objet d’une tentative d’enlèvement et de séquestration de la part de certaines autorités dépositaires de la force publique en Tunisie, à la demande des autorités algériennes » menaça de déposer une plainte « pour enlèvement et séquestration » auprès du parquet de Paris. De son côté, l’avocat Tunisien Hashem Badra qui déplore également un enlèvement, condamne les conditions d’arrestation et de détention de sa cliente « placée dans une cage en verre. »

Les amis tunisiens d’Amira Bouraoui et les organisations des droits humains qui s’activentfortement redoutent alors que les connivences politiques qui lient Alger et Tunis n’obligentla justice tunisienne à remettre l’activiste aux autorités algériennes en dépit du fait qu’elle se trouve en Tunisie avec un passeport français.

Contactés par les défenseurs de la militante ainsi que par la presse, le ministère de l’intérieur tunisien comme le ministère des affaires étrangères français, visiblement embarrassés par l’affaire, préfèrent ne pas répondre.

Finalement, Amira Bouraoui a pu prendre l’avion pour la France lundi 06 février en soirée et rejoindre son fils qu’elle n’a pas vu depuis 3 ans.

Agée de 46 ans, cette femme médecin de profession est une activiste connue en Algérie. Elle était une des dirigeantes et figures marquantes du mouvement « Barakat » qui a mené la fronde contre le 4éme mandat de Bouteflika, en 2014. En 2021 elle avait été condamnée à deux ans de prison pour « offense à l’islam » et « au chef de l’Etat ». Ayant fait appel, elle n’avait pas été mise en détention. Cette condamnation n’avait pas dissuadé Amira Bouraoui de continuer son combat. Depuis septembre, elle animait une émission politique sur Radio M, “le Café Presse Politique”, dont elle a continué à assurer la diffusion depuis son domicile, y compris après la mise sous scellés des locaux de ce media.

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Société

CHAN : LE SENEGAL VAINQUEUR AUX TIRS AUX BUTS

Un « grand » SY fait la différence dans une compétition controversée

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CHAN : LE SENEGAL VAINQUEUR AUX TIRS AUX BUTS

Ce fut un match disputé de bout en bout. Malgré la médiocre qualité de la pelouse, rapidement dégarnie par les courses effrénées des joueurs algériens et sénégalais, le match n’a rien perdu de son intensité, y compris pendant les prolongations. En dépit de l’important déchet technique, la partie fut plaisante tant la générosité des 22 acteurs fut entière. Si la maitrise technique fut plutôt sénégalaise dont le flanc gauche fut une menace constante, les occasions les plus nettes furent algériennes. Et à deux reprises au moins l’immense gardien sénégalais SY dut mettre en valeur ses deux mètres dix pour dévier des balles chaudes.

La séance de tirs aux buts se termina par le score de 4 partout. Le Sénégal réussit son premier tir alors que l’Algérien Mahiouz, buteur de son équipe, offrit une passe molle plein axe à un SY qui ne se gêna pas pour cueillir le cadeau.

Le Sénégal remporte la septième édition d’un CHAN qui aura surtout valu par les rebondissements politico-médiatiques qui ont conduit au retrait du Maroc détenteur du titre. Une défection qui sera un vrai casse-tête pour la CAF comme pour la FIFA, l’Algérie et le Maroc, par ailleurs tous les deux candidats à l’organisation de la CAN 2025, s’accusant mutuellement de politisation de la compétition.

On aura relevé l’absence du chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune qui a délégué son premier ministre Aimène Benabderrahmane pour représenter le pays hôte à la finale disputée dans le nouveau stade de Baraki baptisée du nom de Nelson Mandela. 

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Sports

A LA VEILLE DE LA FINALE, LE MAROC IGNORE TOUJOURS LE CHAN

Le football n’échappe pas à la stratégie de la tension.

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A LA VEILLE DE LA FINALE, LE MAROC IGNORE TOUJOURS LE CHAN

Réponse du berger à la bergère, le Maroc tient sa revanche. On a beau scruter les sites d’information marocains à la vielle de la finale du championnat d’Afrique des nations, CHAN, concernant les joueurs locaux et qui opposera ce samedi l’Algérie contre le Sénégal, rares sont les médias qui font référence à cette compétition continentale qui se joue sans le Maroc.

Si l’on excepte Media 24 qui se réjouit à la perspective de « sanctions disciplinaires attendues contre l’Algérie après la fin du CHAN », la quasi-totalité des journaux observe un strict embargo sur un évènement sportif retransmis dans le monde entier et qui dure depuis deux semaines.

En coulisse, ce mutisme est justifié par une longue série de récriminations. Le traitement peu orthodoxe réservé par les médias officiels algériens au parcours des Lions de l’Atlas qui ont atteint la demi-finale lors de la dernière coupe du monde, « l’obstruction mise à la participation du Maroc au CHAN » et l’invitation adressée au petit fils de Nelson Mandela « qui ne joue pas de rôle dans les instances du football …. (et qui) a pris la parole devant tout le stade pour attaquer le Maroc », (voir adn-med du 17 janvier), l’hostilité exprimée par le public contre le Maroc font partie du catalogue de reproches régulièrement exposés par les dirigeants marocains devant les diplomates et les visiteurs invités à assister à l’ouverture du championnat du mondial des clubs – le mondialito est concomitant du CHAN -, organisée le premier février à Tanger.

La presse du Royaume ne tarit en effet pas d’éloges sur le faste de cette cérémonie. Les autorités marocaines ont soigneusement scénarisé leur patrimoine culturel national, manière d’appeler à l’union sacrée contre l’ennemi intime et, dans le même élan, faire diversion sur le Marocgate qui pèse sur les relations, naguère privilégiées, qu’avait nouées Rabat avec l’Union européenne.

Dans la conjoncture actuelle, le football n’échappe pas à la stratégie de la tension.

Pour les deux pays, l’objectif n’est manifestement pas de tendre à l’apaisement mais de collecter le plus d’arguments possibles pour prendre à témoin l’opinion internationale et rendre le voisin responsable de la détérioration de l’environnement régional.

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Économie

QUEBEC : L’ENTREPRENEURIAT RASSEMBLE LA DIASPORA NORD-AFRICAINE

Un cadre économique nord-africain au Québec ouvre de vraies perspectives aux trois pays

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QUEBEC : L’ENTREPRENEURIAT RASSEMBLE LA DIASPORA NORD-AFRICAINE

L’évènement est d’autant plus remarquable qu’il est le fait de jeunes opérateurs tunisiens, algériens et marocains dont on pouvait imaginer qu’à l’inverse leur ainés, soudés par le combat anti-colonialiste, les premiers avaient été impactés par la doxa belliqueuse dans laquelle se sont engagés les pouvoirs algérien et marocain depuis bientôt un demi-siècle.

Une initiative réfléchie

Un projet de réseautage entre jeunes entrepreneurs nord-africains établis au Canada est en passe de retisser les liens que les régimes politiques tentent de dissoudre dans un climat de rejet réciproque soigneusement entretenu par les factions conservatrices des deux principaux pays de la région.

L’initiative revient à la Jeune Chambre de commerce algérienne du Canada (JCCAC) qui a décidé d’organiser un événement de réseautage à Montréal, conjointement avec la Jeune Chambre marocaine du Québec (JCMQ) et la Jeune Chambre tunisienne du Québec (JCTQ). Cet événement, pionnier dans les annales de la diaspora nord-africaine, aura lieu mercredi prochain au siège social de la Banque de développement du Canada (BDC), à Montréal. Il poursuit l’objectif d’offrir des outils pratiques aux jeunes émigrés désireux de se lancer dans les affaires. Beaucoup de nos compatriotes, jeunes diplômés le plus souvent, manquent d’informations à même de les aider à intégrer l’écosystème économique et financier québécois, déplorent d’une même voix les organisateurs. Il est vrai que l’élite entrepreneuriale nord-africaine est relativement jeune et que ses débuts dans le monde du business de la Belle province sont récents, contrairement aux communautés italienne, libanaise et portugaise, par exemple, qui y sont établies depuis longtemps.

Le président de la JCCAC, Mehdi Houhou, estime que ce genre de rencontres participe à créer des liens entre entrepreneurs et autres chefs d’entreprises, dont certains ignorent par exemple « l’existence de programmes de soutien financier dédiés aux jeunes investisseurs ». L’objectif assigné au cocktail de mercredi prochain est donc de sensibiliser les membres des trois chambres consulaires sur les occasions de financement et de mentorat avec l’espoir de démontrer la complémentarité des trois chambres et donc leur intérêt à conjuguer leurs expertises. Le climat des affaires contraste avec ce qui se fait dans les pays d’Afrique du Nord, en ce sens qu’au Québec il faut à peine une demi-journée pour créer une entreprise, parfois moins. D’ailleurs, la JCCAC prévoit d’organsiner une mission commerciale en Algérie en associant des entreprises québécoises et canadiennes pour prospecter les opportunités du moment, le commerce mondial ayant connu de profonds bouleversements après l’invasion de l’Ukraine.

Transcender les aléas conjoncturels

Même si on peut évoquer les discriminations qui peuvent, par moment, affecter les diasporas dans leurs pays d’origine, « cela ne doit pas constituer, pour autant, un obstacle rédhibitoire pour les jeunes entrepreneurs », croit pouvoir dire un membre de la CJTQ pour qui une telle initiative « est une occasion de faire rayonner la communauté avec tout ce qu’elle peut apporter au développement des sociétés des trois pays ».

Outre la BDC, les organismes Evol, Futurpreneur, Investissement Québec et PME Montréal sont également partenaires de cet événement qui ambitionne de démontrer la synergie des potentialités économiques nord-africaines. Il y a un marché de cent millions de consommateurs que les binationaux peuvent aider à mieux faire connaitre mais il existe aussi un marché de la communauté nord-africaine dans les pays d’accueil que, pour les raisons abordées auparavant, les pouvoirs algériens et marocains ne veulent et ne peuvent envisager, pour l’instant, de prendre en charge. La diaspora est donc appelée à amorcer la pompe de ce chantier si essentiel à la solidarité nord-africaine au Canada, à sa visibilité dans ce pays et à la stabilité des relations Canada-Afrique du nord.  

Jusque-là, l’idée de construire un entité nord-africaine identifiable au Canada n’a pas dépassé le cadre de rares et modestes rencontres autour de manifestations organisées par les associations culturelles amazighes. La mise en place d’un cadre économique nord-africain au Québec ouvre de vraies perspectives aux trois pays, veut se convaincre ce tout nouveau membre de la TCTQ.

La volonté de démontrer une entente et une disponibilité à soutenir un pays autre que celui dont on est originaire a été révélé par un puissant et spontané élan populaire lors de la Coupe du monde de football organisée au Qatar. À chaque victoire de l’équipe du Maroc, on a vu des Algériens et des Tunisiens festoyer et célébrer les Lions de l’Atlas avec les supporters marocains dans une ambiance sur laquelle les crispations qui gèlent les relations entre les États nord-africains n’avaient aucune emprise.

De Montréal : Younès Lamri

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Politique

Interview avec Saïd SADI : « Le confort du silence est un poison lent »

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Interview avec Said SADI : « Le confort du silence est un poison lent »

ADN-MED : Vous venez de publier le troisième tome de vos mémoires « la Haine comme rivale » * qui couvre la décennie 1987-1997, une période sanglante qui a marqué la vie de la nation et qui hante et hantera encore longtemps les âmes. Dans quel état d’esprit est-on quand on décide de parler d’un drame que beaucoup veulent oublier ?

S. SADI : Dans le même état d’esprit que celui qui a présidé à la rédaction des deux premiers tomes La guerre comme berceau et La fierté comme viatique. Dire tout ce qui s’est passé, simplement, calmement, pour aider à comprendre comment le pays en est arrivé là et de quelle manière et avec difficultés, externes mais aussi internes, nous avons fait face à une tragédie dont j’explique qu’en réalité elle venait de loin. La méthode consiste à ne rien occulter mais à ne rien juger, non plus. L’essentiel était de bien documenter les faits et propos rapportés. Si vous voulez oublier l’histoire ou la tromper, elle se rappellera toujours à vous.

ADN-MED : Êtes-vous satisfait de votre entreprise ?

S. SADI : Ce n’est pas à moi de le dire. Ce que je retiens de l’avis des tous premiers lecteurs, dont certains sont étrangers, c’est que le livre se lit bien. Ensuite, l’ouvrage confirme ce que donnaient à entendre les deux premiers tomes : il y a besoin d’apprendre et de comprendre l’Algérie. Cela dit, les partisans du « ce n’est pas le moment de dire telle ou telle vérité » ou les amateurs d’invectives risquent d’être déçus. La décision de ne rien occulter est un choix. Les instrumentalisations de l’Histoire et le refoulement de la libre parole ont couté cher à notre peuple ; d’un autre côté, le devoir et la nécessité de rappeler, préciser voire de révéler des faits, dont certains peuvent être sensibles, sont tout à fait compatibles avec la pondération. Il y a eu tant de choses qui se sont dites et écrites sans renvoyer à des références ni même, quelques fois, à des auteurs identifiés. Avec les réseaux sociaux, les rumeurs et les malveillances peuvent vite prendre racine. Et ce n’est pas en alimentant des polémiques avec des posts ou des vidéos que l’on va rétablir les vérités. D’où l’utilité de l’écrit documenté qui restitue les évènements en donnant les sources et les arguments qui les ont déterminés. C’est une pédagogie que nous devons apprendre et transmettre : discuter posément de choses qui ont été enfouies ou censurées. Même lorsque son propre camp est impliqué ou que sa propre responsabilité est engagée. Ce n’est pas un exercice facile dans un monde dominé par l’oralité où les surenchères et les amalgames brouillent souvent les repères pour conduire à des sociétés amnésiques. Et une société sans mémoire est orpheline de sa propre histoire. N’importe quel imposteur peut alors s’ériger en tuteur ou en parrain et prendre en otage la nation.

Il ne s’agit pas de distribuer les bons et les mauvais points mais de contribuer à bien décrypter le passé non pour le sacraliser mais pour l’appréhender comme lieu de sédimentation de l’expérience humaine sur lequel peuvent se construire les cités stables et durables parce qu’elles ont assumé de se lire de manière adulte. Toutes les grandes nations ont regardé leur histoire en face. Retrouver les documents validant les situations décrites fut le plus long. Mais mes investigations furent simplifiées par le fait que j’ai écrit toutes mes interventions et que je prenais note quasiment chaque soir sur les actualités du jour. Par ailleurs, des militants dévoués comme Rabah Aït Messaoud ont constitué des dizaines de fascicules rassemblant l’essentiel des écrits concernant nos actions et décisions. Il serait d’ailleurs souhaitable que ces précieuses brochures soient numérisées car, avec le temps et les aléas de la vie, le papier peut se dégrader ou disparaitre. Alors oui, le travail n’a pas été simple mais ceux qui en ont pris connaissance trouvent le résultat utile.  

ADN-MED : Comment avez-vous procédé pour construire votre témoignage ? Quelles sont les critères qui déterminent le fait que, par exemple, vous reteniez telle situation plutôt que telle autre ?

Il n’y a pas vraiment eu de choix. L’économie générale du travail a consisté à traiter ce qui peut aider le citoyen à construire sa propre opinion ou l’adapter si elle a été élaborée sur la base d’une information erronée, que celle-ci soit d’ailleurs délivrée de bonne ou de mauvaise foi. La création de l’UMA, qui n’a du reste pas fait l’objet de grands commentaires dans nos rangs, n’a pas été abordée dans ce tome. L’initiative n’était pas conçue avec la volonté politique de répondre aux enjeux nord-africains, à savoir l’ancrage de notre région dans son histoire, ses consistances socio-culturelles et son environnement géopolitique qui est la Méditerranée occidentale. C’était « un syndicat de chefs d‘État » dont l’entreprise disparut comme elle était née : dans l’indifférence générale des populations des pays concernés. A l’inverse, les collusions du militarisme avec le fondamentalisme, l’antikabylisme, la problématique du maraboutisme, la corruption intellectuelle et matérielle de certaines élites, les sources de la violence culturelle et politique et leurs diverses manifestations sont analysées à travers les actions concrètes que génèrent ces phénomènes. Le plus dangereux, ce n’est pas de parler de sujets supposés délicats ou qui « fâchent », mais de les laisser à la discrétion des producteurs de rumeurs, de ressentiments ou, pire, de manipulations. Notre société a une histoire singulière ; au niveau de l’analyse, il est important de l’accepter telle qu’elle est si on veut la faire évoluer. Ce n’est donc pas la publicité d’un évènement qui est à l’origine du choix, si tant est que l’on peut parler ici de choix, des sujets traités dans ce livre mais l’importance qu’ils ont pris dans la construction de la mémoire et donc de la vie publique algérienne. Ainsi, la fameuse rencontre d’une demi-heure avec Larbi Belkheir sur laquelle on a fait fantasmer la Kabylie est rappelée dans une vérité historique et son contexte politique qui ont stupéfait les lecteurs qui en ont pris connaissance. L’idée est de mettre à disposition de la communauté nationale du contenu vérifiable pour permettre la meilleure perception possible de la terrible période 1987-1997 ; ce qui exige de donner accès à notre intimité politique. Ce que nous avons pensé, dit, écrit ou fait ne nous appartient pas car il traite et engage le destin collectif des Algériens.

ADN-MED : Vous avez évoqué dans le livre la haine générale qui vous avait cernés. Si celle du pouvoir qui est fondée sur l’autoritarisme et les coups de force connus depuis 1962 et celle des islamistes étaient attendues, il est plus difficile de saisir celle de certains courants qui se réclamaient alors de la mouvance démocratique.

S. SADI : La haine est malheureusement une forme de culture consubstantielle à la vision politique du mouvement national puis du FLN où la fin a toujours justifié les moyens. Certains l’attribuent à la violence du fait colonial qui a réverbéré dans le champ autochtone, d’autres la relient à des pratiques bien plus anciennes, une forme d’atavisme. Les choses ne sont pas aussi binaires, j’ai essayé d’apporter des explications plus nuancées à ce phénomène qui a, en partie, contaminé aussi notre génération. La compétition loyale ou le compromis sont des normes inconnues chez l’ancien personnel politique. L’avènement du RCD qui en appelait à la refondation nationale remettait en cause les hiérarchies et les bases du débat national. D’où l’hystérie et les diffamations qui accueillirent sa naissance. Le bouleversement que nous annoncions faisait sincèrement peur à des militants qui avaient voué leur vie à la reconquête de leur terre et qui voyaient leur projet remis en cause par des paradigmes illisibles pour leur logiciel. Même l’ambassade d’Irak avait condamné la légalisation du RCD, sans que le gouvernement algérien ait dénoncé cette ingérence.  Les anecdotes illustrant cette violence psycho-sociologique en surprendront plus d’un. La haine était générale dans l’humus algérien mais elle avait également gagné les observateurs étrangers car, de par son histoire passionnée, la question algérienne faisait peu de place à la lucidité. Je rapporte l’aveuglement – on découvrira dans le livre que le mot n’est pas trop fort – des socialistes français, médias et parti confondus, qui a considérablement compliqué la période abordée dans ce livre. C’est ce courant qui a façonné le concept « éradicateurs », appliqué aux démocrates – globalement assimilés au RCD, aux communistes et aux femmes (même si on évitait de citer ces dernières) – et celui de « réconciliateurs » pour désigner respectivement les islamistes et leurs alliés. Sans compter le dévastateur « qui-tue-qui ? ». Il fallait rechercher les raisons qui ont construit ces slogans mortifères ; sans esprit de vengeance mais sans complaisance.  Avec le recul, le regard peut devenir un outil de compréhension. Si on fait l’effort de la distanciation, on peut éviter la tentation polémique. Percer les mécanismes du fléau de la haine était l’un des défis de ce témoignage.

ADN-MED : En fermant votre livre on réalise qu’on a traversé la Kabylie, l’Algérie, l’Afrique du nord et même la France et l’Europe. Ce n’est pas un peu trop ambitieux ?  Ma question est : pourquoi écrivez-vous ?

S. SADI : Nous en avons voulu à nos ainés de ne pas avoir fait part de ce qu’ils ont accompli ou dont ils étaient dépositaires. J’ai personnellement harcelé le colonel Ouamrane, M’hamed Yazid, Omar Oussedik et tant d’autres pour écrire leurs mémoires ou, au moins, enregistrer leurs souvenirs. Trop peu de gens l’ont fait. Ce silence consécutif à la fatigue, la peur ou le dépit a ouvert la voie aux impostures. Il fallait éviter que notre combat sombre dans les mêmes travers. Et des prémices analogues aux confusions qui ont embrouillé le récit de la guerre de libération nationale commençaient à poindre ici et là. Nous ne pouvions pas reproduire ce que nous reprochions à nos anciens. Nous avons été sevrés de vérités sur notre passé, nos enfants ont le droit d’accéder à la réalité des luttes qui pèsent quotidiennement sur leurs vies. Il suffit de voir le révisionnisme et même le négationnisme que certaines mouvances lancent pour travestir la décennie traitée dans ce livre pour apprécier les dommages des non-débats ou des censures. Quant à l’élargissement de la focale sur le champ politique de notre combat et son extension sur d’autres terrains, il renvoie à la nature même de notre engagement. Nous sommes une génération atypique qui voulait assumer ses racines et habiter un monde où nous n’étions pas toujours bien entendus.

Je sais bien que mon avis ici a une part de subjectivité mais je le livre quand même.  Nous évoluions dans un univers étalonné par la lutte armée et la haine. Ce qui fait que même pour le jeune qui n’a pas connu la guerre de libération, la responsabilité politique devait revenir à celui qui a livré bataille les armes à la main. Une conception de la vie publique qui dérapera avec les conséquences que l’on sait. L’ambition de mon témoignage c’est de rappeler que des jeunes ont inventé le combat pacifique dans un pays régenté par la violence, qu’ils ont introduit les dossiers sur lesquels balbutiera, toujours en retard, un personnel politique traditionnel qui les ignorait et les haïssait et qu’au regard de l’Histoire, ces jeunes ne sont pas moins légitimes que ceux qui ont libéré le pays. Ce sont leurs idées qui ont contribué à replacer la nation dans la modernité. Je demeure convaincu que si les Mammeri, Yacine, Issiakhem et certains vertueux maquisards retirés de la vie politique comme Omar Boudaoud ne nous avaient pas fertilisés pour introduire du neuf dans un monde politiquement congelé, l’Algérie aurait connu une évolution encore plus dramatique que celle qu’elle a subie.

Notre combat ne recouvre pas l’entièreté de la période d’après-guerre mais il en est le réacteur démocratique qui a permis d’envisager d’autres perspectives, même si celles-ci ne sont toujours pas mises en œuvre. Notre parcours organique est le support d’une vision qui ne s’interdisait aucune audace. J’ai insisté dans le tome II et je reviens dans ce livre sur notre détermination, que d’aucuns considéraient comme de l’inconscience, à vouloir faire admettre l’idée que la libération nationale pouvait être aussi au bout du crayon et pas uniquement au bout du fusils.  Et je comprends que cela puisse paraitre ambitieux de voir des militants qui n’ont pas « fait le coup de feu », seul barème de la crédibilité politique, prétendre au statut de fondateurs de la nouvelle nation. Évidemment, cette opinion venant d’un acteur concerné par cette relecture peut être discutée.

ADN-MED : Vous l’avez évoqué plus haut, mais revenons-y. Vous savez très bien que certains vous diront que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Que leur répondez-vous ? 

S. SADI : Que je respecte leur opinion et même que je comprends l’appréhension que peut susciter chez certains le fait de nous mettre face à nos réalités. Mais il y a un choix à faire : favoriser la quiétude immédiate que confère le refoulement ou avoir le courage de la lucidité pour ne pas condamner nos enfants à payer le prix de nos erreurs. Ce n’est pas parce que notre combat fut nouveau qu’il avait été un long fleuve tranquille. Comme pour toutes les séquences de notre histoire, notre période doit aussi doit être édulcorée de ses approximations et contre-vérités, l’essentiel étant de s’en tenir aux faits dûment établis. Le confort du silence est un poison lent. Et cela est vrai de tout temps et dans tous les pays. Si on avait débattu ouvertement de l’assassinat d’Abane à l’indépendance, nul doute que l’on aurait pu éviter l’exécution de Boudiaf en direct à la télévision. Croyez-moi, les citoyens sont disposés à entendre toutes les vérités dès lors qu’elles sont dictées par le souci d’éviter la permanence du mensonge et non par les pulsions de la colère ou la volonté de perpétuer des querelles. On me fera grâce du fait que, pour ne pas polluer davantage un climat général déjà pesant, je me suis abstenu pendant des années de répondre à des attaques montées autour de fake-news les plus outrancières. Mais lorsqu’une donnée, indépendamment de son importance, structure la mémoire il faut rétablir la vérité des faits. Dans ce cas nous ne sommes plus dans des considérations personnelles mais dans le devoir de restaurer la réalité d’un patrimoine commun. Mustapha Bacha auquel est dédié ce livre n’avait pas peur de la responsabilité ni des risques auxquels elle exposait mais il redoutait par-dessus toutes les désinformations. La réponse qu’il avait faite en plénière à la campagne de déstabilisation engagée par la police politique lors du congrès extraordinaire du RCD fait toujours le tour de la toile.

Nous devons ces vérités à ceux qui ont payé de leur vie leurs convictions. Nous les devons aussi à nos enfants car il faut arrêter le cercle infernal de l’hypocrisie qui nie et donc pérennise la société de la vanité qui refuse l’évaluation qui prévient les rechutes des régressions historiques. Le problème n’est pas de savoir si une information est douce ou amère mais si elle est vraie ou fausse. Boudiaf disait : « Il faut toujours dire la vérité au peuple. » et il avait raison. Un grand ami de l’Algérie, Jean Lacouture, avait écrit : « Le témoignage est un combat. »

ADN-MED : Et la suite de cette fresque ?

S. SADI : Le tome IV, Le pouvoir comme défi qui recouvre la période 1997-2007 et le tome V, L’honneur comme héritage qui prend le relai. Puissent d’autres acteurs apporter leur part de vérité à notre histoire d’après-guerre pour contribuer à un meilleur éveil des esprits et l’apaisement des consciences. L’Histoire des hommes a un enseignement implacable : rien de durable n’a été construit sur le mensonge.

Saïd Sadi, Mémoires. La Haine comme rivale, 1987-1997, Tome III. Éditions Frantz Fanon (Algérie) ; éditions Altava (France), 2023. Disponible aussi sur les plateformes de vente en ligne et en librairies.

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Algérie : L’islamologue Saïd Djabelkhir relaxé

Ce procès remet sous les projecteurs la question de la liberté de conscience supprimée dans la nouvelle constitution de 2020.

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Algérie : L’islamologue Saïd Djabelkhir relaxé

Condamné en première instance, en avril 2021, à une peine de trois ans de prison ferme, l’islamologue algérien, Said Djabelkhir, a été relaxé ce mercredi par la chambre pénale de la Cour d’Alger.

Inquisition

Annoncé par l’intéressé lui-même sur son compte facebook, ce verdict intervient à l’issue d’un procès en appel concernant un jugement du tribunal de Sidi M’Hamed l’ayant condamné le 22 avril 2021 à trois ans de prison ferme et à une amende de 50000 da (250 euros).

Said Djabelkhir était poursuivi pour « offense à l’islam » et « dénigrement du dogme » et « des préceptes de l’islam » en vertu de l’article 144 bis du code pénal algérien réprimant le blasphème. Tout a commencé au début de l’année 2020, lorsqu’un prédicateur salafiste, Mohamed Ali Ferkous, prononça une « fetwa » contre la célébration de Yennayer, nouvel an berbère en le qualifiant de « fête païenne ». En réponse, Said Djabelkhir affirme, à travers des publications, que certaines pratiques de l’Islam, à l’image du pèlerinage et de la Omra ou encore le rite du sacrifice sont antérieures à l’Islam et d’origine païenne. Une sortie qui n’était pas du goût de certains milieux islamo-conservateurs que le penseur, un des rares à tenter d’ouvrir le débat autour d’une vision et d’un regard rénovés de l’Islam, a irrité.

Fin janvier de la même année, un enseignant d’informatique, de l’université de Sidi Bel Abbes, Abderrazak Boubedjra, soutenu par une poignée d’avocats, décide d’intenter une action en justice contre l’islamologue. Cette action, qui a remis sous les projecteurs la question de la liberté de conscience, supprimée dans la nouvelle constitution de 2020, et des libertés publiques, n’a pas manqué de susciter une vague d’indignation dans les milieux progressistes et intellectuels, en Algérie et à l’étranger.

Soutien salutaire

Dans une tribune publiée fin janvier 2022 dans les médias, une vingtaine d’intellectuels et d’essayistes dont Boualem Sansal, écrivain algérien; Rémi Brague, philosophe, membre de l’Institut de France; Chantal Delsol, philosophe, membre de l’Institut de France; Claude Habib, professeur émérite des universités; Annie Laurent, docteur en science politique et essayiste; Zineb El Rhazoui, journaliste et militante des droits de l’homme, Javier Borrego Borrego, ancien juge à la Cour européenne des droits de l’Homme; Alfred de Zayas, historien, écrivain et ancien expert indépendant des Nations Unies sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable ou encore Claude Gilliot, islamologue français; Yassine Mansour, doctorant et Hela Ouardi, professeure universitaire et écrivaine tunisienne ont appelé les autorités algériennes à garantir les libertés d’expression et de recherche académique, conformément au droit international, notamment au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par l’Algérie en 1989. Ils ont également appelé à l’abrogation de l’article 144 bis du code pénal. Reste à savoir si cette relaxe fera désormais jurisprudence et partant sur les limites du débat sur la religion dans un pays où l’islamisme est devenu social.  

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Politique

INTERVIEW AVEC RAZIKA ADNANI : « Le sentiment d’infériorité des populations maghrébines est incarné dans cette citation d’Ibn Badis. »

Razika Adnani est une philosophe, islamologue et conférencière franco-algérienne. Elle est membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et membre du conseil scientifique du centre civique du fait religieux. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont le dernier est Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique. Une étude socio-politique publiée par Fondapol en décembre 2022.

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Razika Adnani est une philosophe, islamologue et conférencière franco-algérienne. Elle est membre du Conseil d’Orientation de la Fondation de l’Islam de France et membre du conseil scientifique du centre civique du fait religieux. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont le dernier est Maghreb : l’impact de l’islam sur l’évolution sociale et politique. Une étude socio-politique publiée par Fondapol en décembre 2022.

ADN-MED : Dans votre dernier ouvrage « Maghreb, : l’impact de l’Islam sur l’évolution sociale et politique. Maroc, Algérie, Tunisie », vous décrivez un sentiment d‘infériorité chez les populations maghrébines qui se cherchent des ascendances arabes et cultivent un islam plus ostentatoire et rigoriste que celui des autres. Ce zèle constaté par Ibn Khaldoun chez nous ne se retrouve pas, en tout cas pas à ce point, chez les musulmans asiatiques. Pourquoi ?

R.A. : Dans mon ouvrage, j’analyse le phénomène du retour en arrière et du renoncement progressif aux acquis de la Nahda, période de modernisation située entre le début du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, et qui a changé considérablement les pays musulmans. Cependant, progressivement et sous l’influence des conservateurs et du renforcement du religieux, on constate un retour en arrière aux traditions et au passé dans les domaines politique et social dans les trois pays du Maghreb ainsi que dans tous les pays à majorité musulmane. Je me suis demandée jusqu’où ira ce renoncement aux acquis de la Nahda, car la Nahda c’est l’abolition de l’esclavage et de la dhimmitude, c’est la reconnaissance des droits des femmes : droit à l’éducation, au travail, droit de sortir de la maison et de ne pas se voiler, même si elles n’ont jamais eu les mêmes droits juridiques que les hommes. Ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan, où les talibans privent les filles de leur droit d’aller à l’école, privent les femmes de voyager et d’accéder à l’université et même aux soins puisqu’ils ont déclaré qu’un homme ne peut pas soigner une femme, est très inquiétant. Rappelons que Daesh a rétabli l’esclavage et n’oublions surtout pas que dans les années 1990, le FIS (Front islamiste du salut) algérien envisageait les mêmes règles obscurantistes notamment pour les Algériennes. C’est pour cela que celles-ci devaient être les premières à sortir dans les rues pour soutenir les femmes afghanes, mais ce n’est pas le cas.

L’excès de zèle concernant la pratique de la religion et le désir d’avoir des ascendances arabes concernant une grande partie de Maghrébins soulevés par Ibn Khaldûn sont des éléments explicatifs du penchant de ces populations pour fondamentalisme, une pratique rigoriste de l’islam qui persiste aujourd’hui. Pourquoi n’observe-t-on pas, ou pas de cette ampleur, ce phenomene chez d’autres populations islamisées comme en Asie ? C’est une question que je me suis justement posée lorsque j’ai écrit mon ouvrage La nécessaire réconciliation dans lequel j’ai considéré que la réconciliation des populations maghrébines avec leur histoire ancienne et leurs origines, donc avec elles-mêmes, est indispensable pour remédier à beaucoup de leurs problèmes. L’analyse des deux doctrines islamiques,  les plus répandues au Maghreb et même en Afrique à l’exception de la partie la plus à l’est : le malékisme et le soufisme, m’a permis de déduire qu’elles portent une très grande responsabilité dans la relation que les maghrébins entretiennent avec eux-mêmes et pourquoi beaucoup ont préféré s’inventer des origines arabes et sont dans une pratique rigoriste de l’islam.

Cependant, d’autres éléments ne sont pas à négliger dans la compréhension de ce phénomène, telle que celui du pouvoir et de la langue. Concernant la langue, les Amazighs ont fait de leur langue une langue orale, et c’est le cas des autres langues africaines, bien avant l’arrivée de l’islam. Avec l’arabisation des villes, le berbère ou tamazight a reculé vers les zones rurales devenant la langue de la ruralité et de l’illettrisme. Et parce que les hommes et les femmes sont toujours à la recherche d’honneurs, pour les obtenir ils préfèrent adopter une langue de savoir et de pouvoir. Beaucoup de Berbères ont ressenti de la honte à parler le tamazight.

La France a sa part de responsabilité dans la pérennisation de ce phénomène. Dans une note publiée en janvier1991, l’historien français Daniel Rivet raconte que Napoléon III (1808-1873) voulait créer un royaume arabe s’étendant d’Alger à Baghdâd sous la protection de la France ; on peut donc dire que Napoléon III est le précurseur du panarabisme. Daniel Rivet ajoute qu’en arrivant à Alger le 17 septembre 1860, Napoléon III a déclaré dans son discours que le premier devoir de la France était de s’occuper « du bonheur des trois millions d’Arabes ». Ainsi, Napoléon III pour des raisons politiques décide que les trois millions d’Algériens étaient des Arabes. La France a créé au XIXe siècles « Les bureaux Arabes » pour s’occuper des affaires de la population autochtone. Pour elle, il y avait, les Européens et les Arabes, ce qui a consolidé la prétention d’être Arabes chez une partie de la population.

ADN-MED : Vous dites que le malékisme comme le soufisme, dominant en Afrique du nord, sont consubstantiels du retour au passé. Ces deux doctrines imprègnent l’islam urbain ou confrérique. Quid du troisième islam ? Le syncrétisme qui a absorbé des rudiments du dogme et s’accommode de rites païens. Des paysans adorent autant un rocher ou un olivier qu’un saint. Que représente cette croyance si mal étudiée ? A-t-elle un avenir ou peut-elle évoluer dans un monde désormais spirituellement contraint par l’école, les médias, la toile ?

R.A. : Dans cet ouvrage j’analyse l’idée qui revient très souvent chez beaucoup de  Maghrébins et des populations de l’Afrique subsaharienne, selon laquelle le soufisme et le malékisme seraient la solution à tous les problèmes qui se posent au sein de l’islam. Or, ces deux doctrines majoritaires en Afrique font partie des causes des problèmes d’une part et, d’autre part, le croire signifie qu’on pense encore que la solution ne peut venir que du passé et des salafs étant donné que les deux doctrines remontent aux premiers siècles de l’islam.

Or, la solution ne peut venir que d’un esprit libéré de la suprématie du passé présenté constamment comme seul porteur de vérité. Il n’y a pas d’avenir pour ces sociétés si elles ne sont pas capables de regarder vers le futur, de s’émanciper de l’esprit salafiste.

Une des questions qui interpelle beaucoup aujourd’hui est l’échec des mouvements populaires dans les pays à majorité musulmane à révolutionner leurs sociétés. Bien au contraire tous ces mouvements débouchent sur davantage de conservatisme et de renoncement aux acquis de la Nahda donc sur un retour en arrière, au passé. La raison réside justement dans la peur de regarder vers l’avenir qui fait que ces mouvements sont incapables de concevoir des idées nouvelles nécessaires pour créer le changement, c’est-à-dire de réformes sociales et politiques profondes. Vous avez raison de citer l’école car c’est au niveau de l’école que le travail doit commencer. L’école doit cultiver chez les jeunes leurs capacités à s’émanciper intellectuellement et avoir comme objectif de développer en eux l’esprit scientifique. C’était un des projets de la Nahda comme je le dis dans l’ouvrage. Le problème, c’est que l’école n’est pas épargnée par l’impact de la montée du religieux et du retour en arrière.

ADN-MED : Comment expliquez-vous que ce qui a valu dans la chrétienté où l’amazighe Saint Augustin a pu perforer le glacis du dogme pour s’évader philosophiquement avant de faire partager, pour ne pas dire endosser, ses innovations à l‘Eglise ne s’est-il pas produit pour l’islam en Afrique du nord où les autochtones ont investi la surenchère religieuse ?

R.A. : Les maghrébins n’ont pas pu s’évader philosophiquement car la philosophie est l’activité d’une pensée libre capable d’exercer son esprit critique sans contraintes hormis celle de la cohérence et de l’honnêteté intellectuelle. Cette dernière est selon moi très importante.  Or, les Maghrébins ont adopté  des doctrines, le malékisme, le soufisme et l’acharisme, qui ne valorisaient pas la pensée libre, rationnelle et créatrice. Elles sont fondées sur l’idée que la vérité n’est pas construite mais révélée et transmise, autrement dit ne valorisent pas le travail de la pensée. Dans le malékisme, la pensée n’intervient qu’en dernier recours, car la première source du savoir juridique est le Coran, ensuite les hadiths(les paroles) du prophète, ensuite les traditions des compagnons du prophète, ensuite les habitudes des habitants de Médine. Dans le soufisme, la vérité est dévoilée à certaines personnes qui sont les saints. Quant à l’acharisme qui est la doctrine théologique que le malékisme l’islam le plus répandu au Maghreb a adopté vers le xe siècle, il prône le littéralisme, le déterminisme et la théorie du Coran incréé qui ont comme objectif d’empêcher la pensée de s’exprimer. Ces doctrines ne valorisant pas la pensée créatrice et rationnelle font que les musulmans répètent des idées reçues au sujet de leur religion sans jamais les remettre en question, ni les soumettre à l’esprit critique pour vérifier leur degré de véracité. Le problème, c’est que l’islam n’est pas seulement une religion, c’est également un système social, juridique et politique. Ainsi, ont voulu les musulmans qu’il soit en tout cas jusque-là. S’interdire de réfléchir au sujet de l’islam, revient à s’interdire de réfléchir au sujet de la société, du droit et de la politique, de l’art et de la science. C’est à ce niveau-là que se situe le problème de tous les musulmans.

Pour s’évader philosophiquement, il faut croire en soi et en son intelligence, ce que ni le malékisme ni  le soufisme, fondés sur la supérimatie des Arabes, ne permettent au Maghreb et en Afrique subsaharienne. « Il ne peut attribuer (c’est-à-dire Dieu) ce grand message qu’à une nation grande, car seules les grandes nations et les grands peuples peuvent entreprendre les grandes tâches » disait Ibn Badis (1889-1940), fondateur de l’association des oulémas musulmans algériens, en parlant des Arabes. Sachant que Dieu n’a confié aux Berbères aucune grande tâche. Ils ne seraient selon les propos d’Ibn Badis ni une grande nation ni un grand peuple, contrairement aux Arabes. Tout le sentiment d’infériorité des populations maghrébines est incarné dans cette citation d’Ibn Badis.

ADN-MED : L’Afrique du nord a subi les sept plus grandes invasions qu’ait connues la Méditerranée. Sans jamais avoir disposé d’un État centralisé, le parler berbère, les repères mentaux, le rapport à la nature, bref la culture a survécu. Il n’est rien resté, ou si peu, de la civilisation, par ailleurs florissantes, des Étrusques, des Aztèques ou des Incas. Comment expliquer cette résilience ?  

R.A. :  Parce que ces populations n’ont pas abandonné leur langue malgré leur admiration pour la langue arabe, la langue du Coran et du prophète, dans beaucoup de région la langue berbère a continué à être utilisée. Parce qu’elles sont restées attachées à leur culture y compris dans les régions qui se sont arabisées. Une langue et une culture continuent de vivre s’il y a des gens qui s’y attachent et les utilisent. Il y a aussi le fait que l’arabisation s’est faite sur une longue période et n’a touché généralement que les grandes villes et que les Berbères n’ont pas cédé le pouvoir aux Arabes. Je pense que ce dernier élément a aidé à la préservation de leur culture. Bien que beaucoup de ceux qui ont le pouvoir ont prétendu avoir des origines arabes pour avoir la légitimité politique. La plus grande vague d’arabisation en Afrique du nord a eu lieu après les indépendances de ces pays et la généralisation de l’école arabisée mais aussi des moyens de communication orientés vers le Proche Orient. Cependant, et paradoxalement, on constate depuis quelques années une prise de conscience et une résistance pour la protection de la culture et la langue berbère qui concernent également les arabophones qui sont majoritairement des Berbères arabisés.

ADN-MED : Depuis quelques années, des élites nord-africaines assument, chacun à sa manière, de poser la question de la réforme du corpus du Coran. On a vu en Tunisie Heda Ouardi exposer librement ses recherches sur les origines et la transmission du message islamique. Récemment au Maroc l’universitaire Lahcen Oulhaj a produit une contribution remarquée opposant l’islam populaire (néoplatonicien) et celui des puissants (aristotélicien). Vous-même invitez à explorer une vision cultuelle décomplexée pour faire émerger la citoyenneté. Pourquoi est-ce plus dans de cette région que se développe cette audace qui, au fond, soulève la seule vraie question que pose l’islamisme ?

R.A. : Aujourd’hui les questions liées à l’islam et le problème de l’islamisme interrogent beaucoup les musulmans et cela dans tout le monde musulman. En Égypte, l’islamisme, qu’on présente comme synonyme des frères musulmans, est l’un des sujets qui suscitent le plus de débat notamment avec l’arrivée du Général Sissi au pouvoir qui a fait de leur confrérie son opposant politique. Cependant, l’important est de savoir comment la question est posée. Quelle est la réponse ou les réponses qu’on y apporte ? Ces réponses sont-elles capables de résoudre les problèmes qui se posent au sein de l’islam et d’apporter des réponses fiables ? Concernant le terme islamisme, s’il signifie l’islam politique, définition que les Occidentaux lui donnent à partir des années 1970, l’islam est un islamisme étant donné qu’il n’est pas séparé de sa dimension politique et cela depuis l’an 622. D’ailleurs, le terme islamisme est né en Occident. Il n’était pas connu dans la pensée musulmane.

Pour ma part, j’ai toujours considéré que le travail au sein de l’islam était une condition sine qua none pour toute réforme sociale et politique et surtout pour que ces réformes ne soient pas menacées par le retour en arrière qui se fait toujours par une riposte de la part des conservateurs qu’ils mènent au nom de l’islam. J’ai toujours expliqué et plus en détails dans mon ouvrage Islam : quel problème ? Les défis de la réforme que cette réforme doit être tournée vers l’avenir avec pour objectif non pas de changer la charia pour lui permettre de continuer à administrer la société, mais que les croyants puissent vivre leur religion sans se trouver en conflit avec les règles de la société qui sont issues de la raison. C’est pour cela que la réforme de l’islam doit en premier lieu faire que l’islam soit une religion et non une politique.

ADN-MED : A bien vous lire, la victoire des religieux sur les modernistes renvoie au fait que dans les pays musulmans ces derniers n’assument pas le changement avec notamment l’égalité et la liberté de la femme, nœud gordien de l’emprise théocratique. Pourquoi les élites algériennes, tunisiennes ou marocaines marquent-elles un arrêt devant l’obstacle à chaque fois que la rupture s’impose ?

R.A. : Lorsque les pays musulmans voulaient se moderniser au début du XXe siècle, ils se sont heurtés au principe de l’égalité qui ne concerne pas seulement les musulmans par rapport au non-musulmans et les maîtres par rapport aux esclaves mais aussi les femmes par rapport aux hommes. Quand on analyse cette période de modernisation jusqu’à aujourd’hui, on réalise que les musulmans ont accepté les deux premières mais pas la troisième. C’est à ce niveau précisément, c’est-à-dire l’égalité entre les hommes et les femmes, que le principe d’égalité pose problème dans les sociétés musulmanes marquées par le patriarcat.

Aucun de ces pays du monde arabe et du Maghreb n’a reconnu l’égalité entre les femmes et les hommes. Les décisions politiques étaient pourtant aux mains des démocrates mais tous ont affirmé les discriminations à l’égard des femmes au nom de la charia.  Bourguiba n’a pas libéré la femme tunisienne de toutes les discriminations juridiques dont elle était victime. Les modernistes et les démocrates n’étaient pas émancipés de leur désir de dominer l’autre et cet autre était la femme. Le point commun que les démocrates avaient avec les islamistes était celui de soumettre les femmes à la domination masculine, c’est-à-dire de les exclure de la modernité. Les démocrates ont sur ce point précis cédé aux islamistes, ce qui a fait échouer la construction de l’État moderne.

Le problème des discriminations juridiques et sociales dont sont victimes les femmes sont encore un tabou pour la majorité de l’élite intellectuelle et politique alors qu’elles sont au cœur de toutes les difficultés à sortir du passé et de l’archaïsme. Une des conséquences de l’impact de l’islam sur l’évolution sociale, est visible dans le combat féministe. Les femmes revendiquent de moins au moins leur droit d’avoir les mêmes droits juridiques que les hommes. Même quand elles sont universitaires, médecins ou ingénieur, elles acceptent au nom de la religion d’être juridiquement inférieurs

ADN-MED : Votre vision de l’occident laisse perplexe. Source des lumières, ses tergiversations le place, selon vous, en situation de vulnérabilité historique critique. Vous donnez en exemple les récurrences qui caractérisent les reculs ou démissions devant la guérilla du voile pour illustrer une forme de défaite idéologique qui ne s’avoue pas.  Pourquoi cette indolence ? Fin de cycle inéluctable comme en ont connu d’autres civilisations ? Culpabilité post-coloniale mal cicatrisée ? Recul devant un islam à plusieurs visages mais toujours conquérant ?…  

R..A. : La civilisation occidentale traverse une période très difficile. Elle est fondée sur des valeurs, l’égalité et la liberté, qu’elle n’est plus capable de défendre. Aujourd’hui beaucoup d’Occidentaux défendent le port du voile alors qu’il est fondamentalement discriminatoire. Il suffit de se rappeler qu’il est imposé aux femmes et non aux hommes et que son objectif est de distinguer les femmes voilées dites « pudiques » des femmes non-voilées dites « non-pudiques » qui mériteraient d’être agressées. Logiquement une civilisation qui n’est pas capable de défendre ses fondements est une civilisation en déclin. Nous verrons ce que dira l’avenir car quand il s’agit du comportement humain, celui-ci est capable de changer le cours de l’histoire. L’égalité entre tous les êtres humains, notamment entre les femmes et les hommes, est ce que la civilisation occidentale a offert de plus noble et de plus précieux à l’humanité. Ce sont ces valeurs qui ont permis aux musulmans d’abolir l’esclavage et le système de la dhimmitude, sans aller au point de reconnaître l’égalité entre les hommes et les femmes. Si l’humanité renonce à l’égalité de tous les êtres humains en droit et dignité, c’est à un pan entier de son évolution vers la maturité qu’elle renoncera.

Quant aux causes de cette indolence, comme vous dites, elles sont multiples. Les nouvelles idéologies déviantes, arrivant notamment des États-Unis, qui travestissent le sens des termes égalité et liberté, les problèmes économiques qui font qu’on s’inquiète de son compte bancaire que des valeurs humanistes. Les pays riches qui répandent un islam radical et conquérant ont compris la logique du capitalisme et ils l’utilisent à leur profit.

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